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QUELQUES MOTS SUR LE SCIENTISME ET SES IMPLICATIONS SOCIALES.

Sécurité et violence en Haïti, approche historico-culturelle…

DE L’AUTOCRATIE À LA DICTATURE SYSTÉMIQUE…

LIBERTÉ ET CONTRAINTE STRUCTURELLE

LE PRAGMATISME DU MARCHÉ OU LA MORT DE L’HOMME…

DUVALIER EST ET RESTERA À LA POUBELLE DE L’HISTOIRE!

LA DÉMOCRATIE AU PIÈGE DU POPULISME.

SIMPLE SUGGESTION culturelle SUR LA CONSTITUTION ET LA NATURE SOCIO-ÉTATIQUE D’Haïti.

Jacques Roumain, énonciateur d’une cosmophonie littéraire

 

QUELQUES MOTS SUR LE SCIENTISME ET SES IMPLICATIONS SOCIALES.

Par Camille Loty Malebranche

Il existe un scientisme méthodologique et un scientisme idéologique.

Le premier se réfère à l’inconnaissabilité du monde en dehors des voies et moyens de la science et ainsi, rejette toute autre mode de connaissance sans nécessairement proclamer l’inexistence de tout ce qui n’est pas pris en compte par la science. Il s’agit dans ce cas, de nier l’accès à toutes dimensions de l’univers non tangibles en dehors de la science et de sa méthode rationnelle, sans nier pour autant la possibilité de ces dimensions. C’est donc une posture intellectuelle dubitative face aux autres moyens de connaître ou de constituer un savoir et non une négation catégorique de l’objet de ces savoirs. C’est précisément la mise à la question de l’objectivation même de ces dimensions vu leur intangibilité, leur non objectivité. C’est un scientisme gnoséologique.

 Le second, quant à lui, est l’espace du dogme et de l’acte de foi en une soi disant science mais en fait, en l’expertise  de scientifiques déifiés par l’institution sociale, censés représenter la science elle-même. Ce scientisme se distingue du premier par son attitude absolutiste et radicale qui rejette pour inexistant tout ce à quoi la « méthode scientifique » propre à ces experts soutenant cette vision, ne désigne ou ne « prouve » comme vrai. C’est un scientisme doublement idéologique non seulement par ses prétentions ontologiques réductrices mais aussi par ses affiliations à des courants sociaux économiques et politiques, usant de ces experts, ces initiés, pour mystifier les « profanes » et manipuler les consciences, un peu comme une sorte d’avatar du fidéisme religieux. Dans cet ordre d’idées, il suffit qu’un quelconque individu consacré expert, donc scientifique « sachant tout » de l’Afghanistan, vienne pontifier devant les canadiens que l’intervention canadienne en ce pays, est un modèle pour qu’une partie de ladite presse comme une cohue dégonflée, acquiesce son mot sacré entraînant dans l’idolâtrie désinformante, tout un secteur de l’opinion sans plus oser questionner par peur d’être amateurs, les dessous d’inféodation aux États-Unis de l’intervention du Canada! De même en Haïti, il suffit que des « experts » viennent avec des mots laudatifs sur la privatisation des entreprises d’État pour que soit désarçonné tout un pan de la société civile préalablement opposée à ce néolibéralisme économique par peur de paraître profane et non initiée aux arcanes des sciences économiques!

Un bel exemple du « racisme de l’intelligence » dont parlait Bourdieu 1!  

Alors que le scientisme méthodologique reste un exclusivisme strictement gnoséologique d’une catégorie de la communauté scientifique, le scientisme idéologique, ontologique dans ses démarches, exclut du schème de l’Être tout ce qui ne se peut poser en objet par la science tel que l’entendent ses tenants. Néanmoins, nous devons signaler que pour libérer la connaissance humaine - si restreinte vu notre ignorance de la plupart des vérités et dimensions de l’univers et du monde, cette petite part de l’univers où vit et agit l’homme - il faudrait vraiment que sans se confondre, sans s’enchevêtrer, la science et l’intuition, la foi et le mythe, chacun dans son champ, puissent se déployer dans un véritable holisme cognitif sans basculer dans les déblatérations sacrales ou messes savantes, généralement pseudo scientifiques d’une certaine caste voulant davantage le pouvoir que le partage des connaissances, à l’instar de certains experts pontifes parfois endoctrinés et stipendiés, et qui, même dans les faits humains et sociaux, si couramment atypiques, osent au nom de la science, parler ex cathedra, induisant souvent en erreur par leur refus fanfaron de leur propre limite qui n’est en fait qu’une part des limites humaines, lesquelles faisaient si sagement dire à Popper 2 que l’une des caractéristiques de la véritable connaissance scientifique, c’est son éventuelle falsifiabilité par le questionnement.    

Les tenants du pouvoir de la société ayant toujours inventé la sociodicée 3, c’est à dire une théodicée du social posant le type de société en vogue comme dieu au-dessus de tout selon un code de justification de leurs pires méfaits, c’est aux majorités de se donner les moyens de s’informer valablement. Car être désinformé, ou uniquement informé par des journaux constituant la grande presse de l’institution sociale qui fait tout pour maintenir la société injuste dont elle profite, c’est se faire réduire au stade de jouet des tyrans souriants de la ploutocratie qui se dit démocratique sans souci des majorités.

 Dans un monde passant de la barbarie primitive telle l’anthropophagie à la barbarie de civilisation que sont les méfaits de l’économisme et de l’impérialisme; dans un monde où l’État de droit - loin s’en faut, n’ayant guère éliminé l’écrasement des faibles et l’exploitation plurale des majorités - favorise, à côté de l’égalité juridico-légale formelle des individus, le règne d’une société de privilèges, la construction d’une opinion juste des faits concernant tous, ne doit point être abandonnée aux seuls experts orchestrant l’exclusion de vrais débats rendant accessibles toutes les données et tous les enjeux à la société globale. 

1)       Bourdieu, texte écrit en 1983 avec pour sous-titre : Classe contre classe, le texte est reproduit dans Le monde Diplomatique, édition d’Avril 2004, p 24.

2)       K. Popper in La logique de la connaissance scientifique.

3)       Terme cher à P.A. Taguieff qui l’a utilisé dans son livre La couleur et le sang, avec pour sous-titre, racisme à la française.

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

 

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Sécurité et violence en Haïti, approche historico-culturelle…

 Camille Loty Malebranche

 (Au sujet de cette commission formée par Préval qui, à mon humble avis, risque de verser encore une fois, comme sous Latortue, à toutes sortes de propositions volontairement diffuses et confuses sur les concepts même de sécurité et de force publique trop souvent uniquement assimilée au militarisme, réduite à une affaire d’armée d’Haïti.

  [référence au texte paru sur Alterpresse :Haïti, la question de la sécurité publique revient sur le tapis].)

 On n’échappe pas à ses origines et à l’histoire, on ne peut que les assumer en souverain ou en serf! Dans le contexte haïtien, où l’origine a été un acte d’agression, de déracinement des noirs de l’Afrique arrachés à leur famille et privés de la moindre trace de leur ascendants biologiques avant leur transplantation brutale sur l’île des Taïnos, île-charnier où ils ont été réifiés et esclavagisés pour la prospérité du maître blanc, la glorieuse force militaire - la seule armée qui ait fait quelque chose de viable, ayant été la force fondatrice qui a libéré les indigènes et créé le pays sorti  par elle du joug infâme du colonialisme - ne pouvait ne pas s’ériger par la suite comme un dieu démiurge s’octroyant malheureusement par manière de légitimité tous les droits sur ses créés. La racine des errements anti-droit et criminels de l’armée, ou disons plutôt, des armées qui ont eu préséance sur l’échiquier haïtien, saisie dans les travers humains, culturels et historiques, nous pousse, nous citoyens, à nous interroger sur le danger de constituer une nouvelle armée en Haïti. Une analyse factuelle et holistique des terribles instabilités et insécurités publiques, nous ramène toujours à l’irresponsabilité - ou pour plus de précision - à la dénaturation des responsabilités de l’armée haïtienne trop ubiquitaire dans les déviances de notre histoire de peuple. Sans avoir besoin d’un regard diachronique c'est-à-dire de nous étaler sur l’ensemble des prises d’armes et des révolutions organisées par nos généralissimes, l’histoire en compte par dizaines, nous allons très brièvement visualiser la chose d’un point vue actuel et donc synchronique à la lumière de l’histoire récente. Après la chute de Jean-Claude, comme une horde primitive et assassine, l’armée haïtienne, arriérée, brutale et féroce a montré ce que pouvait être la barbarie d’une soldatesque engluée dans les miasmes d’une culture où prime la violence, où la force des armes méprise mentalement et naturellement le droit. Le non droit connu récemment dans certains quartiers dominés par des bandits, n’était rien face aux crimes des soldats lors des coups d’état et des purges contre de prétendus ennemis de l’ordre! Nul n’est dupe ni amnésique! Je ne crois pas - et avec moi, tout haïtien sensé qui n’a pas d’intérêt mesquin à la reconstitution immédiate d’une armée - qu’on puisse créer des forces armées dans une société encore fragilisée par ses ex bourreaux militaires et civils, société traditionnellement menée par les armes et non par la loi, et s’attendre au respect constitutionnel garant de la démocratie. D’ailleurs, c’est antihaïtien que d’y penser rien que sur le plan du budget public! Mais cela, c’est une autre histoire. Pour revenir au dilemme de l’arbitraire culturel du militarisme haïtien, l’armée a fait et fera toujours partie de l’insécurité, tant qu’une réforme éducative et de mentalité profonde ne sera entreprise à l’échelle de la société. Armée de dealers, de criminels d’État, de criminels de droit commun, assassins voyous des pauvres et des patriotes, fomenteurs de coups d’État crapuleux… Ce n’est pas cette génération de 2007 qui réalisera la thaumaturgie d’une force armée digne et respectueuse de l’ordre civil, démocratique et constitutionnel. Non, je ne crois pas au miracle de la génération spontanée. Nous devons attendre au moins une véritable génération avant d’y penser : soit environ vingt (20) ans. Dans l’intervalle, pour Haïti et pour son peuple, il faut transformer toute la société en chantier de rééducation humano-citoyenne, faire passer la masse d’individus que constituent les différentes couches du peuple au stade de personnes humaines et de citoyens afin de créer une Nation et un État l’orientant. Il faut aussi penser à la prospérité et l’implantation de l’État de droit. Après et après seulement, s’il le faut, le kaki aura le sens d’honneur qu’il est censé avoir au service du collectif! Encore une fois, ici, il faut que les invités de Préval au sujet de la constitution d’une éventuelle nouvelle force armée, puissent s’élever dans une pureté critique face à la situation, loin de leurs accointances sociales et de leurs allégeances idéologiques - eux, qui pour la plupart, relèvent de la vieille école promilitariste, étant soit filleul d’ancien général, soit ancien membre de l’ex sordide armée d’Haïti, soit conseillers privilégiés d’anciens généraux - pour faire primer les vrais intérêts du pays.

 

Que dans cette affaire, Haïti prime les passions et intérêts individuels des invités officiels au débat!

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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DE L’AUTOCRATIE À LA DICTATURE SYSTÉMIQUE…

Par Camille Loty Malebranche

La permissivité, cette pierre d’achoppement de la volonté, est une attitude de mollesse et de passivité de la conscience faible, conscience tueuse des possibles et pouvoirs de la volonté. L’aboulie, à ce compte est moins pire, car il s’agit d’une pathologie diagnostiquée par la psychiatrie ou la psychopathologie alors que la passivité n’a rien de scientifiquement pathogène malgré ses ravages suicidaires sur les majorités réifiées de la planète. D’où le passif, malgré sa morbidité civile, son apathie sociale n’est jamais soigné comme un malade!

 D’ailleurs la société inhumaine  de manipulation de l’individu où nous vivons, encourage la passivité, la prône voire l’impose cyniquement, férocement, impitoyablement…

Dans l’histoire de l’humanité, l’autocratie a passablement dominé tous les pouvoirs monarchiques ou républicains qui ont précédé l’ère de la disparition des dictatures personnelles en Occident. En ces temps là, le roi, le président était non seulement au pouvoir mais était le pouvoir. Ce, même après l’abrogation du droit divin en monarchie. Puisque les constitutions n’ont jamais su empêcher les dictateurs de sévir brutalement et tyranniquement contre leurs sujets ou concitoyens. Néanmoins, depuis quelques années, environ une décennie et demie, le refrain des droits de l’homme profitant de l’institutionnalisation juridique des tribunaux internationaux, notamment le tribunal pénal - tribunal honteusement incompétent, ne pouvant interroger aucun étasunien comme Bush et les désastres criminels de sa guerre en Irak - mais permettant de juger pour crime contre l’humanité des dirigeants mal vus de pays généralement non blanc sauf dans le cas de la Serbie par les quelques puissances mondiales qui s’autoproclament le monde et qui ainsi se permettent d’accuser et de condamner des individus d’influence ayant violé leur vision de la morale planétaire, une fois au pouvoir dans des pays périphériques. C’est là un fait nouveau de prise d’hégémonie des pays les plus nantis qui peuvent être juges et partie par cette structure de prétendue justice consacrée par le droit international public par la passivité des pays du Sud. Non content de la Haye très rarement saisi de dossiers sérieux, compétent seulement pour des conflits entre états, « le monde » peut infliger sa justice aux criminels de pays voyous! Par ailleurs, après la chute du mur de Berlin, la disparition du danger des révolutions anticapitalistes, l’imposition de la globalisation politico-économique aux états les plus démunis de la périphérie se profile une nouvelle célébration des libertés axée sur l’individualisme, libertés confondues selon la propagande idéologique et médiatique des puissants à la souveraineté citoyenne. Une structurocratie régnant par la complaisance du grand nombre aux vœux de l’oligarchie ploutocratique, impose la dictature systémique de la fausse démocratie officielle des nouveaux États policiers d’aujourd’hui. Ploutocratie et démocratie sont, en effet, antithétiques. La première est un lieu de privilèges sans limites pour une poignée de familles, la seconde quant à elle, pour être vraie, suppose un ensemble de droits inviolables et de prérogatives inaliénables des citoyens autorisés vraiment à exercer leur citoyenneté au-delà du retour cyclique des élections et que toutes les structures de l’État et de la société devraient avoir la vocation de garantir à chacun et à tous. La morgue des riches maîtres des structures et la passivité permissive des peuples offre aux tyrans d’aujourd’hui la pseudo légitimité dont ils se targuent pour continuer à régner et traumatiser les majorités. Alors qu’une poignée de répéteurs atteints de l’écholalie systémique résonnent les manipulations idéologiques, l’héroïsation voire la déification du vil par les mass media emballant le grand nombre, bricolant des célébrités que consacre l’ovation populacière, achève de sacrifier les valeurs dans un monde vidé des principes humains qui faisaient encore son idéal, sa terre d’utopie jadis désirée! La mort de l’idéal, véritable abîme du présent et du pragmatisme desséchant, est un effet du populisme culturel et de la tyrannie du nombre dans une démocratie dénaturée où la sottise et les comportements réflexes priment la réflexion et l’esprit qui, seul, peut assumer la liberté en garantissant le statut de personne à l’individu, lequel est aujourd’hui plus qu’hier, fiché, formaté par les états hyperpolicés où nous sommes contraints de vivre. Dans un monde où l’intrusion de la star et de l’amuseur public dans l’imaginaire et les réflexes collectifs déclenche l’hystérie des foules, dans un monde où les rois carnavalesques  sont portés au timon des structures politiques et économiques par le vote du peuple réduit au stade de populace (laos)1 par incapacité d’être (démos)2, le système social prend dangereusement des allures de cirque avec ses bouffons inconscients s’adonnant à satiété aux inepties loufoques du populisme politique et culturel. La passivité sociale naïve et autodestructrice (antithèse même de la passivité agissante et suggestive du croyant armé de foi pour transformer le réel), laisse le choix aux monstres qui profitent du confort facile de leurs structures de pouvoir et dévorent l’homme réifié et fabriqué au moule du système voué à leur règne et service.

 terreur et artifice de la norme…

 Il n’y a de norme que la nature, fors cela, c’est du construit structuro-idéologique. Construit nécessairement artificiel des tenants de l’institution sociale. Construit diaboliquement aliénant et réifiant selon les artifices des maîtres des establishments. On sait que le normal est nécessaire, immuable et s’impose de soi par son essence à la différence du légal ou du réglementaire tous deux contingents venant des choix artificiels des hommes et qui, par leur modalité même, peuvent changer au gré des décideurs. Mais dans le social, l’idéologie a fini par faire croire au grand nombre que l’ordre injuste du pouvoir de classe des ploutocrates - ordre avec ses symboles et ses marques d’apparat distinctives de suprématie sur le grand nombre infériorisé - est normal. Car la force de l’establishment est d’opérer en invisible grâce à la kunée que constituent les structures rectrices de leurs intérêts. Ainsi tous fonctionnent dans les moules et « normes » conçus à la mesure des desiderata de classe du pouvoir. Là, l’impiété répugnante, est l’ardeur du sot savant utilisé par lesdites structures pour faire croire au sot naïf que l’ordre des choses est vraiment la norme et donc indépassable et naturel alors que lui comme le naïf, ne sont que de tristes pions d’un système antihumain, malsain au but abject et déshumanisant qui consiste à utiliser des hommes pour la gloire d’autres sans le moindre souci de l’humanité des utilisés transformés en ombres volontaires par passivité collective et inconscience.  

Prométhée ou le désert existentiel…

 Le principal mythe fondateur de l’occident, Prométhée, nous rappelle sous la plume d’Eschyle - sans doute un des plus anciens ennemis des déicides de la littérature mondiale - que l’orgueil humain porté contre Dieu aboutit à l’illusion du pouvoir. Le Prométhée d’Eschyle, voleur du feu olympien et condamné à la crucifixion sur le Caucase pour avoir le foie dévoré par un aigle, malgré sa libération par Héraclès symbole de force, ne put régner que dans le désert de Scythie sur la populace barbare que furent les scythes.

Cela, naturellement est pour évoquer la désertion de soi, le désert existentiel que devient la vie de l’homme sans Dieu, menée uniquement par l’arbitraire et l’illusion de la liberté et de la souveraineté que procurerait la force! Toute la montagne prométhéenne n’est en fait qu’un tertre mortuaire où s’amoncellent les dépouilles de la nature humaine assassinée et conduite loin de sa vocation. Car il est une vocation de l’homme de poursuivre l’essentiel c’est à dire l’idéal pluridimensionnel fondamentalement spirituel de la plénitude de son humanité, en assumant sans cesse et au plus haut, les grands élans de sa nature subvertis par l’idéologie systémique ennemie des principes d’Amour, de Liberté qui l’appellent. Si ici, nous n’avons point évoqué le principe de Vie qui forme avec l’amour en premier et la liberté en second, la triade de l’Élan humain, c’est parce que vivre n’est même pas une vocation mais un destin, car une vocation est un appel qui exige un acquiescement et une action responsive, alors qu’un destin n’est qu’une évolution allant de soi! Vie, destin sacré de l’homme, destin hélas, sans cesse galvaudé par des contingences et nécessités mortelles des structures ploutocratiques qui font primer la richesse du petit nombre sur l’être humain!

Dans un monde d’illusions où les artefacts du matérialisme sauvage font oublier l’essentiel, l’homme n’est même pas encore que la propagande des zéros produits en héros, lui brûle l’étape par le surhomme. Il nous faut ici être formel : grandeur sans humanité n’est qu’illusion aberrante, déchéance mortelle de la nature humaine! Et dans cet environnement d’aliénation ludique et structurelle de l’homme, le seul cri digne et salutaire qui puisse avoir droit de cité est ceci : Soyons hommes avant d’être grands… Soyons l’Homme contre la surhumanité hypertrophiée et réifiante du système! Le pire déni, le plus abominable des chemins de l’esprit est faut-il le dire, la profanation de la Vérité par la foi à l’Illusion. C’est en réalité le refus inconscient du mouvement ascendant de travail de soi et de résistance mentale et active face au programme macabre de reproduction des erreurs et mensonges du monde chez l’individu par les institutions de maintien de l’ordre social et culturel. Ce que j’appelle le charnel psychologique, qui est en fait de la cécité spirituelle de l’homme errant loin de sa vocation transcendante! L’on comprend que dans un univers où les prédateurs, les déprédateurs, les tueurs, les colons sont au pouvoir parce que vainqueurs, riches, bâtisseurs de pays et d’empire eux qui continuent sans trêve et sous d’autres formes leurs forfaits, la morale de façade qui a cours, ne peut être que pour berner les proies et justifier l’horreur de la domination des monstres et de l’exploitation de l’homme par l’homme.

 Que par un réveil actif loin des passivités permissives, les amis des majorités oubliées et asservies fassent briller pour tous, la lumière libératrice contre la ténèbre des structures et systèmes impies, monstrueux voire tératogènes de la mort de l’homme!

1)       Laos, du grec, le peuple désorganisé agissant comme la foule.

2)       Démos, du grec, le peuple organisé et s’assumant selon ses droits et devoirs civils.

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE 

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LIBERTÉ ET CONTRAINTE STRUCTURELLE

Par Camille Loty Malebranche

De la plus belle définition, la liberté est cet attribut de l’homme capable de déjouer les pronostics, de surprendre les planificateurs en contournant ou en éclatant les structures et leurs principes.

Le structuralisme, le behaviourisme et toute théorie du systématisme social et de son moulage de l’individu uniquement en sujet social n’ont eu cesse de tabler sur la détermination de l’homme par la structure sociale. À ce compte, l’homme ne serait que le produit du façonnement éducationnel et  culturel. Mais l’individu, cette « structure structurée » de Bourdieu se manifeste parfois comme une entité aléatoire au cœur des systèmes qui l’englobent et dont il est censé relever. Ni le soi disant habitus qu’il est voué à exprimer, ni « l’orthopédie sociale » que Foucault nous décrit dans son « Surveiller et punir» ne semblent assez forts pour faire de tous les individus de la société, cette chose moulée au creuset social et qui, sans anicroche se pâmerait au pressoir puissant de l’idéologie sociale dominante. L’individu humain - malgré tout le pas qu’il ait à franchir et que souvent, malheureusement, il ne franchit jamais pour être une personne humaine plénière, connaît des soubresauts qui sont la marque de son autre vocation brimée et déformée - la liberté. En dépit de la pesante misère sociale de l’individu écrasé par la monstruosité des choix oligarchiques et ploutocratiques contre l’avènement de l’homme et pour la réification permanente des individus selon l’ordre établi, le désordre de quelques-uns sévit encore dans le social en face de tous les attirails de contrôle et de tous les rétiaires structurels qui, aujourd’hui, mènent l’écoumène. Alors que tous ou presque tous sont fichés dans les dossiers policiers et de santé des autorités, la société et les états se surprennent à avoir peur de certains de leurs membres connus pour leur tendance à la révolte sans oublier ici l’autre peur plus terrifiante de la potentialité de réaction violente inconnue d’un nombre croissant d’individus contre la violence systémique d’État, systématiquement maintenue sur les populations. Et même, la peur est devenue l’emblème des métropoles! La société reconnaît et constate son échec dans ses tentatives viles et macabres de contrôle des individus par l’instauration des nouveaux États policiers en pleine démocratie. Car en passant, qu’est-ce que l’État policier, sinon que celui que nous vivons actuellement dans les métropoles et mégapoles occidentales créées à dessein pour l’émiettement des groupes humains jadis rapprochés par le contact et la communication, et où tous sont suivis de près, enfermés sans s’en rendre compte dans l’isolement d’un individualisme programmé qui voit les individus mécaniquement se soumettre en véritables ombres aux politiques et propagandes médiatiques appliquées dans leur vie! Les individus, renonçant pour la plupart à tout idéal humain sont devenus moins que rien, incapables même de répondre spontanément à une salutation humaine si elle ne vient d’un « seigneur du social ». La communication même minimale est devenue difficile entre les habitants des grandes villes. L’on comprend le pourquoi de ces singes de la télévision et des talk show qui vont minablement déblatérer en racontant leur vie privée à la télé mais qui refusent un simple bonjour à l’image de ces tristes cadavres ambulants et arrogants que l’on croise chaque jour dans les ascenseurs de Montréal ou de Paris! La misère ontologique, la pauvreté existentielle n’a d’égal que la grossièreté de ses individus-rejets.

La spontanéité et la liberté totalement perdue du grand nombre a sans doute inspiré les grandes théories du structuralisme social à la fin du 20ème siècle. Nous savons que les souffrances et déviances que nous décrivons dans ce texte furent une plaie de la Modernité, mais qu’en sera-t-il de l’individu post moderne? Aura-t-il la chance de se libérer de la société monstrueuse et tératogène qui, encore, tend ses pièges et étend ses filets? Nous croyons hélas que non! Car l’ordre social idéologique est resté le même. La liberté est désormais entrée dans la marge, privilège exclusif des marginaux! Nous savons que le terme de liberté est galvaudé par les champs théoriques qui prétendent le définir. La liberté du légaliste qui se résume aux limites établies par les lois s’opposera toujours à celle de l’anarchiste voire de l’esprit libre qui exige le primat de l’homme sur l’État et le système. La liberté du croyant, métaphysique et intuitive contre l’insignifiance et les torsions du sens existentiel, n’est pas celle de l’athée qui se morfond dans l’absurde et fait de sa soi disant émancipation de Dieu une plainte de douleur perpétuelle, liberté si lourde que le nihiliste n’arrive guère à la porter avec sérénité… Car il y a aussi aujourd’hui une grimace libertaire nouvelle en face des singeries diaboliques des fondamentalismes et intégrismes religieux, c’est la débile reprise de l’athéisme enfantin qui a régné aux 19ème et 20ème siècles de Stirner à Heidegger. Nos actuels athées de corridors avec leur traité sont si peu succulents qu’ils font littéralement dégueuler ceux qui ont connu les plats au moins épicés de leurs prédécesseurs. Mais cela constitue un autre thème à traiter. Sans entrer donc dans leur polémique ou athéologie si fade et si blême, il faut juste se rappeler Kierkegaard, grand philosophe chrétien qui fut libre et ennemi farouche des religions officielles institutionnelles.

Aspects prometteurs de la liberté

 Pour revenir à la liberté, disons enfin qu’elle  est bel et bien l’une des attractions les plus magnétiques de l’espèce lorsque l’espèce est autorisée d’exister sans les cerbères de l’ordre officiel et leurs manipulations médiatiques. La liberté trône la deuxième grande passion à la fois attractive et impulsive de l’homme après celle de l’amour qu’elle suit alors qu’elle prime celle de la vie.

Quatre faits caractéristiques prouvent la non disparition totale de la liberté humaine prise au lasso des structures.

1 La révolution.

Lorsqu’une révolution réussit, elle chambarde précisément les structures et de ce fait, laisse au révolutionnaire, le choix de nouvelles structures plus adaptées à ses vœux. L’homme sort des structures pour y entrer mais dans l’intervalle, il tient la houlette de son avenir par le devenir structurel qu’il imprime à la société et à l’État.

2 L’esthétique

La sensibilité créatrice ou critique est en fait un lieu de liberté par son caractère d’expression ou d’effet toujours éminemment unique à chaque créateur et critique intervenant.

3 L’imprévisibilité du devenir de l’action et de la réaction humaine.

Le sujet humain arrive parfois rejeter sa sujétion pour la subjectalité, cette dimension de sujet prenant le monde pour objet en s’opposant à tous les engrammes de l’éducation et à tous les dispositifs de contrôle et de répression. Comment expliquer, en effet, que quelque fois, de deux enfants élevés dans la même famille, fréquentant les mêmes milieux et partageant toute la bonne part connue de l’hérédité génétique, il y ait un qui soit socialement docile et l’autre rebelle trublion?  C’est que l’homme n’est pas un livre que l’on peut écrire d’avance, ni une pure matière que l’on peut structurer de manière certaine ou définitive… Le fait de ne pas pouvoir prévoir ce qu’un homme pensera demain ou même dans quelques minutes en est une preuve additionnelle. La procession du mental et la capacité d’être plus qu’un réagissant c'est-à-dire d’être proactif et de provoquer l’inimaginable, impondérable avant coup, constituent l’affirmation libre de l’égoïté humaine au-delà du surmoïque pressurant de l’éducation et du structurel.

C’est donc la liberté de l’homme-sujet souverain dans sa subjectalité contre le sujet-homme cloîtré dans la sujétion sociale, oui c’est cette liberté transcendante des contingences, qui - grâce à sa résistance aux imminences agressives des mécanismes de déconstitution de l’être transcendant qu’est l’homme - fait trembler et pester les tyrans souriants de nos démocraties liberticides.    

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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LE PRAGMATISME DU MARCHÉ OU LA MORT DE L’HOMME…

           Par Camille Loty Malebranche 

Disons-le d’emblée, nous abordons ici le pragmatisme comme mode de vie utilitaire de la société contemporaine. Il ne s’agit pas du pragmatisme gnoséologique qui cherche les meilleures méthodes d’accès aux connaissances ou du pragmatisme psychologique qui veut réduire les difficultés à l’approche d’un problème à résoudre mais de l’idéologie capitaliste avec son obsession du but et du profit économique qui doivent ponctuer toute action humaine sinon cette action ne vaudrait pas la peine d’être entreprise. Le pragmatisme est la vision d’une société où prédomine l’idéologie de l’individualisme sauvage et déshumanisant qui sert la performance et la prospérité du vendeur et fait la réussite matérielle par la production du rentable. Il s’agit, en effet, de la violence obsessive du rentable à tout prix, qui empreint l’idéologie sociale contemporaine jusqu’à la pathologie, jusqu’à la négation totale de l’homme aux dépens de qui se fait le succès aveugle du marché. Véritable pulsion morbide du lucre et de l’utilité immédiate, le pragmatisme altère toute l’action humaine qu’il prive de projection lointaine et transcendante. La réification systémique, haineuse de l’homme procède ainsi d’un mode de pensée pour qui tout est rentabilité et où le profit doit avoir la primauté. La haine de l’essence pluridimensionnelle de l’homme comme toute condition haineuse, est pauvreté d’être de qui hait. Le système économique haineux de l’homme constitue, dans ces conditions, un néant phagocytant l’être par toutes sortes d’ersatz, tout en proposant à l’individu un rictus mécanique des représentants de l’institution sociale sans se soucier de la personne humaine qu’elle pose et perçoit en tant que rouage biologique du devoir de performance et de consommation pour la prospérité de l’oligarchie ploutocratique. Oligarchie tyrannique qui, pourtant, singe la démocratie avec bruit et fureur. Là, le sens, cette attraction et impulsion de l’aventure humaine, se retrouve subverti dans la marche au supplice de toutes les dimensions non vendables de l’existence. Et le pire dans ce Babel où prévaut la manipulation, c’est la prétendue morale sociale conservatrice qui voudrait faire croire que des valeurs existent dans cette jungle d’agressivité matérialiste! Cette attitude duelle de proxénète prêcheur d’une société gibbeuse et grossière de ses lourdeurs pragmatiques, assène la plus terrible manipulation à l’entendement et au bon sens collectif dont elle se fait l’ombre simiesque!

 

La société pragmatique, altération perverse du rapport à soi.

 Behaviouriste et réificatrice, la société pragmatique taille l’homme à la mesure des besoins du profit de l’establishment. Idolâtrie du Mammon de la finance, simonie de l’être sacré de l’homme crucifié au pressoir du financiarisme, ce stade contemporain de prédominance de la virtuelle finance boursière dans l’économisme actuel, l’homme en devient la dernière chose qui importe au système social suspendu aux basques du marché des bourses.

                                  l’image perdue de l’humanité…

D’un point de vue métaphorique, l’action qui se déploie dans l’histoire individuelle ou sociale est considérée comme le miroir de la conscience de l’homme et de la société. Cette conscience, faut-il le rappeler, se construit dans les contingences de l’histoire individuelle et sociale, et par les nécessités de réponses des individus et catégories sociales au conditionnement systémique et historique. Conscience actuellement en crise dans l’ordre axiologique où les valeurs oublient le primat que devrait avoir la personne humaine. Crise spéculaire qui est déchirement intérieur combien traumatique de l’homme privé de sa propre image ontologique méconnaissable et quasi inapte à assumer ses prétentions à l’humanité! C’est un suicide systémique de l’humain qui ravage le traumatisé perdant toute balise et s’en remettant aux forces mêmes de son effacement dans la structure sociale dominante. C’est aussi une entraliénation car l’aliénation ici comme souvent, va du corrupteur au corrompu, du bourreau à la victime, puisque l’establishment ploutocratique - perdant toute humanité - définit une société monstrueuse par son matérialisme extrême qui s’identifie à lui, l’establishment bêtement pris au lasso du marché qu’il déifie. Vieille occurrence qui voit le maître esclave de son ordre esclavagiste!

L’allégorie du miroir commence, devons-nous le rappeler, dans l’histoire humaine par la légende. Le premier homme se serait pour la première fois miré dans la source coulant au paradis des origines et y aurait, émerveillé, contemplé son visage! Chez les grecs, Narcisse, ébloui de son reflet, se noya dans la fontaine à force de perdre conscience du danger de l’eau qui le reflétait. Malgré l’apparente mort, le mythe hellénique nous rapporte que de cette noyade du mirant contemplatif, poussa la fleur Narcisse. Comme si la contemplation, même excessive, même maladive, en imprégnant un individu fut-ce en le submergeant, finit par l’esthétiser, le propulser au rang de fleur. Mais le pragmatisme contemporain enlève à l’homme l’estime autocentrée, la contemplation de sa nature. Car l’une des pires misères sociales de l’homme d’aujourd’hui est de devoir conquérir « son être » par le postiche de la possession de biens et la disposition de services offerts sur le marché. Terrible subordination de l’ontologique à l’économique! Tout le mal social: mégalomanie, complexe d’infériorité, criminalité, suicide, frustration ou triomphalisme, tient hélas, en majeure partie de cette calamité existentielle du décentrage de l’homme dont le rapport à soi est exproprié par le système. Ainsi, le capitalisme porte la palme des expropriations… Après avoir exproprié les colonisés et les esclaves de leurs pays, de leurs terres de leurs biens, de leur nom, de leur force de travail; après avoir exproprié l’ouvrier de son temps et de son corps; le marché implacablement pragmatique et impassible quant à pluridimensionnalité humaine, exproprie «l’homme souverain et individualiste» d’aujourd’hui de son rapport à l’être en interférant infernalement jusque dans le rapport à soi de l’homme de la «Post modernité». Ici, le pragmatisme post moderne - ce prédicat chronologique flou qui réfère à notre époque de discours écologique et communautaire où la société civile tente de jouer un rôle moralisateur dans la conscience sociale - procède d’un principe ancien voire primitif: celui de l’incitation à l’instinct de prédation qui est chez l’homme. Instinct haïssable parce que générateur de cette déviance originelle combien démente vis-à-vis de la propriété: l’irrationnel et illusoire désir de posséder autre chose que soi, de conquérir l’être par l’avoir!

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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DUVALIER EST ET RESTERA À LA POUBELLE DE L’HISTOIRE!

Pour évoquer objectivement l’histoire d’un homme politique, il nous faut considérer sa conception de l’État à travers l’action et ses conséquences dans le temps. L’histoire réelle et vécue, celle qui prime les démarches historiennes toujours pleines de tendances et sensibilités du sujet social qu’est l’historien, s’érige dans le factuel des choix que les dirigeants politiques font pour la société. Choix qui donnent des résultats, résultats qui sont les seuls arguments valables et objectifs du jugement historique impartial porté sur les acteurs politiques les ayant faits. Choix qui sont l’empreinte mentale et comportementale des personnalités politiques définissant l’État et la nation par leur emprise sur les structures, ces moules de la société tant au niveau idéel, idéologique que téléologique c'est-à-dire des projections du soi social en vue de son accomplissement. Le pouvoir de François Duvalier, fondé sur le ressentiment entre les classes sans changement aucun des structures du lumpen-bourgeoisisme vétuste, la haine sociale comme bannière, la duperie comme méthode, la tyrannie féroce comme moteur avec comme résultat la chute d’Haïti au stade de pays le plus pauvre des Caraïbes, la multiplication de l’exode rural et de la bidonvilisation, l’anarchisme des macoutes sans autre loi que la protection du pouvoir duvaliérien, le déboisement des collines de Port-au-Prince…, le pouvoir de François Duvalier - disons-nous -  fut le mal absolu. Mal qui ne peut en aucun cas être absout que par la volontaire cécité analytique de ses profiteurs encore vivants ou de leurs dénaturés, dupés à dessein pour authentifier une mascarade pseudo historique de justification de celui qui a détruit les possibles d’Haïti d’entrer dans la modernité. Dire que Duvalier fut un progressiste et a créé des institutions pour moderniser l’État, cela relève de la manipulation et de la désinformation des simples en les figeant à la surface des faits. Car créer des institutions, est une chose, mais leur permettre de fonctionner avec autonomie et efficacité comme de vraies structures étatiques publiques qui modernisent l’État et le font bien fonctionner, est une autre. Duvalier a politisé chaque structure créée par son gouvernement pour en faire une chasse gardée de son pouvoir, où ses inconditionnels agissaient comme dans leurs domaines personnels privés au mépris du service public. D’ailleurs Duvalier a toujours misé sur l’arriération et la folklorisation mentale des citoyens. L’Onaac, soi disant fondé pour l’alphabétisation des masses, est un exemple probant de la dénaturation programmée des créations duvaliériennes, subverties, faites pour provoquer le contraire de leur vocation officielle! Si Duvalier a macoutisé une partie de la paysannerie, l’agriculture haïtienne a commencé à connaître son déclin avec lui par la fermeture des ports, le ralentissement des exportations agricoles et le délaissement des agriculteurs par l’État.

Si aujourd’hui, le duvaliérisme peut encore, malgré tout le mal qu’il a fait à ce pays, avoir droit de cité, cela prouve à quel point le cancer politique duvaliérien s’est métastasé pour altérer le tissu sociopolitique haïtien qui, après 1986, a dévoilé la gravité des ravages de cette bombe à retardement que fut l’action de François Duvalier à la tête de l’État. Quoiqu’ayant tous les défauts du fascisme et les tares des classes moyennes frustrées incapables de dépasser leurs haines et frustrations une fois au pouvoir dans la gérance de la chose publique, le duvaliérisme n’à point eu le nationalisme  et le progressisme réel qui agitait les fascistes du vingtième siècle. Rappelons-nous Hitler qui, au-delà des horreurs nazies, voulait vraiment que l’Allemagne fût au-dessus de tout! Duvalier, lui, n’avait qu’un but dans la vie : être président à vie et placer son fils au pouvoir à sa mort. Duvalier fut un minable autocrate à l’égo intumescent, sale et mesquin obnubilé par une vision politique myope, sans transcendance de ses contingences personnelles. L’on comprend qu’il n’a pu créer un parti et que seul son fils avec son nom pouvait et devait, de son point de vue pathologique, régner au mépris même de ses collaborateurs zélés les mieux éduqués et aptes à une hypothétique relève. Comme une fistule politique, le duvaliérisme a dévié le destin d’Haïti, dénaturé l’État et aggravé la crise du sens et la désignification qui sévissent encore plus lourdement dans un pays qu’il a laissé fantôme avec des institutions pour la plupart bidon. Et si le grand impact, tel que je le conçois, que puisse un leader sur sa phratrie, est celui sur les consciences par le moulage de l’imaginaire, l’imaginaire étant dans le temps, une force fondamentale dans le déterminisme de l’habitus individuel et du devenir des sociétés, Duvalier est un assassin d’âme, un massacreur de destin par l’arbitraire, la sauvagerie répressive, la crapulerie faite politique, l’utilisation ignoble de forcenés, l’appel aux instincts les plus bas les plus primitifs de ses partisans, la superstition haineuse du rationnel et la sottise qu’il n’a eu cesse d’exacerber au pouvoir en pourchassant l’esprit et toute critique constructive osant interroger les méthodes et les fins de son abjecte politique.

 

L’Histoire, oui, la grande, celle qui transcende les partis pris historiens, celle qui ne patauge pas dans l’Uchronie et la falsification a déjà jeté François Duvalier à la poubelle du mépris!      

 

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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LA DÉMOCRATIE AU PIÈGE DU POPULISME.

Par Camille Loty Malebranche

Tout pouvoir populaire n’est pas nécessairement démocratique ou libérateur. Il en est - tel le populisme, pareil au pouvoir incinérateur d’Érostrate jouant de l’État avec les allumettes des faux espoirs nourris aux émotions  volatiles et inflammables des masses - qui constitue une ironie incendiaire de l’inclusion politique et sociale des majorités et minorités qu’est la démocratie

Le populisme n’est jamais que la réaction de quelques opportunistes par le discours flatteur et la phraséologie flagorneuse envers les bas instincts de secteurs sociaux populaires en crise, réduits au stade de « foule » compacte et de horde primitive, qui doivent y trouver l’illusion de la prépondérance « populaire » sans recul ni lecture sinon que l’immédiat phénoménal des problèmes structurels ou politiques dont ils ignorent le substratum, les mécanismes et causes profondes, tout en versant dans la désignation de boucs émissaires selon leur position de classe. Même de bonne foi, le populisme est donc porté à la dénaturation en véritable ombre simiesque du concept d’émancipation collective qu’il galvaude par l’assomption de la frustration et de la colère populaire au stade de politique. Politique expéditive et d’assouvissement des instincts, privée néanmoins de conscientisation transformatrice.

L’équilibre social, toutefois, ne souffre pas d’être pris à la lorgnette déformante de l’extrémisme du discours d’ « amour-passion » des classes sociales sur elles-mêmes par leurs porte-paroles authentiques ou prétendus! Alors, de fait, la pire déperdition frappant le débat public et l’action politique qui en sourd, lui est infligée par ces amours de classes et leur excès d’appartenance exclusive et exacerbant les clivages de la société. Le populisme incite à des amours-passions de classe, amours-passions combien réductrices de la vision sociale, puisqu’elles altèrent l’action possible sur la situation objective des causes des inégalités et frictions entre classes et dévient naturellement la sérénité des rapports de force qui devraient par les idées et la mobilisation intellectuelle, idéelle et active des combattants du changement, interagir avec la vision en cours au niveau de l’institution sociale et du fonctionnement systémique de l’État.

Populisme politique et Populisme culturel

Le populisme connaît de faciès principaux : le culturel et le politique.

Aspect Culturel

Le populisme culturel se reconnaît par la standardisation des loisirs de masse et le nivellement des goûts des spectacles consommés, sur fond d’émotion collective programmée par la structuration bourgeoise du « star système » ou du sport de masse. Il renvoie à cette concorde fallacieuse entre les classes par les talk show et les programmes culturels des grandes chaînes de télévisions mimant l’effacement de la dichotomie caractéristique de toute société capitaliste entre consommation et pauvreté, abondance et privation. L’idéologie bourgeoise contemporaine, est celle du nivellement magique et onirique d’une société d’égalité par l’accès aux programmes des mass media et des loisirs populaires malgré toutes les inégalités et disparité de condition sévissant ailleurs entre les classes. L’idéologie bourgeoise se déploie cyniquement et stratégiquement dans le sens de l’abêtissement culturel des différentes couches des classes moyennes entraînées dans une féérie petite-bourgeoise, repues d’idoles créées à leur mesure dans les sports, le cinéma et les talk show! C’est là, le règne sordide et médiocre du populisme culturel et ses bas instincts de cirque. La sociodicée bourgeoise, ce discours d’autojustification de la société, ainsi structurée, verse dans l’hagiographie des hommes à succès dans la société, pour se faire sympathique envers le peuple, le gavant et le saoulant du populisme culturel susdit où les stars et le loisir (arts faciles, sport idéologisé et spectacles populaires) font, selon leur fonction idéologique, figure illusoire de proximité factice des riches et des puissants avec les pauvres et les exclus par le tintamarre d’une certaine presse populacière principalement télévisuelle et surenchérie dans des revues branchées.

ASPECT POLITIQUE

(Populisme politique de gauche et de droite. Angélisme de gauche et sociodicée de droite.)

De gauche ou de droite, le populisme est menteur, crapuleusement prometteur et fondé sur la manipulation émotionnelle des individus par de fausses analyses de la situation sociale et l’entretien de faux espoirs.

Populisme de gauche  

Le populisme de gauche est essentiellement une idéologie des pays de la périphérie généralement pauvres ou socialement désarticulés par une structure étatique dysfonctionnelle et d’exclusion qui voit la misère engendrer chez de bonnes franges de la population, l’espoir fébrile de messie politique. Il a comme mode inhérent à son fonctionnement, le discours frustré révolté et pseudo révolutionnaire où un messianisme grossier et grotesque du guide généralement issu lui-même des masses défavorisées et résolument tourné vers une vision platement plébéienne du pouvoir, confère à cet illuminé le statut d’un « leader charismatique » capable de drainer les foules et de déclencher une passion sauvage de horde. Sans leadership réel, le « leader populiste », dans cette occurrence, mise sur la plèbe qu’il exalte et dont les déferlements émotionnels sont pour lui la preuve sacrée de sa mission hiératique, une véritable crédibilité et authenticité transcendante voire prophétique de son statut de chef des masses, seul légitime et envoyé pour cette œuvre quasi cosmique. Sa venue au pouvoir est une sorte de parousie politique que seuls les ennemis du « peuple », notion qui prime celle de nation chez le populiste, osent mettre en question. Toutefois, jamais, le chef populiste - car c’est un chef et non un leader vu ses limites quant à l’axiologie que doit comporter tout leadership  - ne peut de fait, aller loin dans ses promesses, par manque de rigueur et de rationalité politique. Du reste, parmi les tares du populisme de gauche, nous notons l’allégorie de mirifiques promesses proclamées en grande pompe en vue de la transformation de la société « injuste » envers les couches défavorisées des classes moyennes et des masses qui se retrouvent confondues dans un rapprochement hyperpatriotique selon une soudaine conscience de ferveur humaniste et civique de ces couches moyennes à l’égard des miséreux citadins et paysans ou du lumpen prolétariat. Le creuset idéologique populiste se borne à cela, et se contente ainsi d’attiser la haine ou le ressentiment des classes entre elles. S’il ressemble au fascisme par son prophétisme, je cite le caractère sacré de la mission du chef, l’autre tare du populisme, et qui le  différencie du fascisme, hormis l’implication des classes moyennes qui nourrissent le pouvoir fasciste comme les cohues populistes, c’est l’absence ou la rareté de grandes compétences dans le giron de ses meneurs, absence due à un antiélitisme primaire. Car en général le fascisme, malgré sa répressivité, a un ressort élitiste dans sa vision de la gouvernance, et pour cela, se dote au moins de compétences issues des strates aisées des classes moyennes voire de la bourgeoisie. Pour le populisme, il s’agit toujours de pureté sacrale prophétique et hiératique du nouveau pouvoir à venir et qui refuse de se servir des ressources humaines dûment connues dans la société, précisément parce que celles-ci se seraient « souillées » avec des gouvernements précédents tous suspects d’accointance petite-bourgeoise ou bourgeoise. La « gauche » populiste, prône l’angélisme des masses, la vertu parfaite de la populace pour ne pas avoir à leur indiquer le chemin, pour ne pas être rigoureux dans l’éducation des masses et surtout, pour ne pas se voir obligé de tenir ses promesses intenables, et, ce qui est crapuleux, pour ne pas risquer de mécontenter sa base électorale et ses électeurs naturels. Tout cela, sans néanmoins cesser de défendre subrepticement les intérêts bourgeois au dédain des vrais intérêts des masses!

Populisme de droite

Disons-le ici, le populisme de droite nage dans le vague et l’opportunisme idéologique. En pays nantis, son terreau de fécondation et de germination, où les classes moyennes sont souvent majoritaires et constituent à la foi les secteurs socioprofessionnels et consommateurs, il argue de protection desdites classes moyennes par la baisse d’impôts, le financement d’études des jeunes, la protection de la famille et des femmes, et pointe du doigt les minorités, les marginalisés et les plus pauvres jugés non productifs et parasitaires. Il se substitue au fascisme qu’il édulcore et dont il hérite des classes et secteurs d’appui, et comme lui, il enflamme différentes strates des classes moyennes en surenchérissant leur abandon par l’État et l’exaltation de leur droit à un meilleur traitement devant se faire sur la ruine des maigres programmes sociaux tenus au bénéfice des plus paupérisés et aux dépens des « faveurs » trop généreuses accordées aux immigrants par la société trop ouverte aux étrangers! Nationalisme sordide et balourd brandissant les mêmes thèses de l’idéologie bourgeoise  de blâme des victimes de l’ordre social, arborant la haine de l’autre ou tout au moins son mépris et sa culpabilisation! Car la condition minoritaire des chômeurs, malgré le grand nombre de travailleurs misérables et mal payés, l’altérité des minorités par rapport aux majorités généralement considérées comme ethnie dominante et de souche, doivent entraîner la fermeté de l’État et l’exclusion de ces minorités quelles qu’elles soient au niveau des droits et privilèges. Enfin, c’est du nationalisme versant dans la même rhétorique de la sociodicée bourgeoise où l’establishment social a raison et accuse ceux qu’il veut désigner comme coupable des injustices et dysfonctionnements sociaux. Cela, les populistes de droite, le font sciemment tout en ménageant et absolvant pernicieusement les riches compagnies privées responsables des pires délocalisations, jouissant des plus juteuses subventions de l’État sur le dos des contributions fiscales de toute la société pour la création d’emplois sans sécurité, vu la facilité pour leurs filiales subventionnées de fermer boutique en criant faillite pour s’implanter ailleurs. Sans oublier ici parfois leur culpabilité industrielle dans les pires pollutions ou désastres écologiques et l’exploitation honteuse des démunis (enfants et adultes) des pays où elles s’installent.

Contre le populisme

Éduquer le peuple est la voie de résistance à l’opportunisme grivois du populisme quel qu’il soit. Voie que les secteurs sains de la société civile doivent prendre avec le peuple. Proposer des méthodes rationnelles d’élucidation des problèmes sociaux et pointant du doigt les seuls profiteurs de l’ordre capitaliste que sont les oligarchies ploutocrates qui possèdent tout et font trimer les non possédants qu’elles bernent par une fausse presse libre vouée à leur idéologie de riches et leurs intérêts de quasi caste, voilà le seul moyen d’émancipation réel des majorités manipulées, moyen éducationnel d’une démocratie rendue à sa vérité. Car l’ignorance du peuple et l’exploitation éhontée de cette ignorance pue toujours dangereusement la claustration sociale et la répression des victimes rendus boucs émissaires ciblés par les populistes et les fascistes, ces fidèles des riches, ces agents zélés mais inavoués de la ploutocratie féroce, qui dénaturent jusqu’au sens de la démocratie dont le vœu suprême - celui de tout les vrais démocrates - est la liberté plénière tant par l’intégration politique qu’économique des majorités comme des minorités.

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE  

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SIMPLE SUGGESTION culturelle SUR LA CONSTITUTION ET LA NATURE SOCIO-ÉTATIQUE D’Haïti.

Par camille loty malebranche

 Un aspect malheureusement négligé de la constitution haïtienne est sans doute, le rôle voire la mission de l'État et des secteurs de communication sociale, dans l'amélioration de la culture et l'élévation du niveau culturel des haïtiens. Cela ne doit pas être qu'une affaire d'écoles et d’universités, lesquelles souvent reprennent dans leur fonction de reproduction du schéma social en vogue, les mêmes tares de notre société malade et doivent être réformées, mais aussi, un engagement à édifier un nouveau type d'homme et de citoyen, capable de faire un pays et de constituer une nation véritable. Et cela, il faut que les citoyens appelés à la réflexion sur la constitution de 1987 et à un travail de consultation en vue d'un éventuel amendement de ladite charte mère, pensent à inclure comme suggestion fondamentale pour une prochaine constitution, la création des maisons de la culture où sont préposés des moniteurs chargés de transmettre les nouvelles valeurs susceptibles de changer, de purifier la weltanschauung collective haïtienne et d’ériger le nouveau pays, loin de l'Haïti égrugée d'aujourd'hui par les incohérences mentales et comportementales de la société qui l'ont amenée où elle est. À cet effet, l’État se doit d’investir dans l’éducation de masse par une véritable batterie d’émissions financées et tenues dans la presse parlée et écrite et dans le multimédia - vu la facilité de leur accès et l’efficacité de l’oralité et de l’audiovisuel à façonner les comportements collectifs - pour véritablement et valablement penser la nouvelle humanité et citoyenneté haïtienne. Il est donc question pour le ministère de la culture de rompre avec l’ostentation fallacieuse, la sinécure et la politique politicienne pour devenir, alors que croule l’ancien, le fer de lance du Nouveau sans cesse différé en Haïti par une mentalité sociale et étatique vétuste, médiocre et déshumanisante. Si la constitution définit la nature de l’État c'est-à-dire son essence républicaine, monarchique ou autre, nous devons l’armer cette fois pour qu’elle permette à la culture de rebâtir l’esprit et la nature de la société, en créant pour de vrai, l’Homme haïtien et le Citoyen haïtien qui, jusque là, comme un oiseau coincé dans son œuf, n’arrivent guère en deux cents ans de gestation, à briser leur coquille pour naître et activement contempler le ciel et emplir la terre de leur effectivité! Ici, gare à la confusion de la culture du changement avec le folklore et le culte, car ceux-ci sont parts du mal qui aliène l’action haïtienne depuis deux siècles. Ni la vaudou, ni le catholicisme ni les cultes réformés, ni l’islam ne peuvent rien dans leur empan hiératique pour la libération. La libération sociale est et doit être laïque et disposer de toutes les énergies sans évoquer le religieux ou le cultuel de ses intervenants. Laïcité éthique qui moralise la société en redynamisant la culture comme grand moule des mentalités collectives pur un nouvel espace public, un nouveau vivre ensemble libéré des projections malsaines d’un État moloch et d’une société de clivages grossiers et ridiculement ostracistes.  Car la culture de masse, lorsqu’elle échappe au populisme par quoi des profiteurs utilisent crapuleusement le peuple, est la matrice du nouveau, la parturiente de l’émancipation.

 Qu’une constitution nouvelle soucieuse d’enfanter le Nouveau, pourvoie à la dynamisation d’une autre mentalité par l’action culturelle pour une autre société plus digne et enfin humaine!

 CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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Jacques Roumain, énonciateur d’une cosmophonie littéraire

Par Camille Loty Malebranche

     À l’occasion des événements culturels marquant le centenaire du classique haïtien Jacques Roumain, je tiens à signaler que l’œuvre de Jacques Roumain constitue un voyage dans ce qu’il convient d’appeler une cosmophonie littéraire et didactique. La cosmophonie - que je définis comme activité créationnelle où l’univers est langage dans l’œuvre scripturale, s’opère par la mise à contribution de l’univers que sont la nature et les éléments : la terre, l’eau, la montagne, le feu, la flore, la faune, l’arc-en-ciel, la rosée…. dans l’élaboration de la chose littéraire à la fois comme morphologie esthétique et outil didactique dont use un écrivain pour peaufiner son message et sa symbolie. L’écriture de Roumain est cosmophonique en tant que dans une œuvre comme Gouverneur de la rosée, il propose les éléments de la nature dans une chaîne d’occurrences tenant lieu de lemmes dont les référents connotatifs sont la terre, l’eau, les ramiers, produis en symboles même de notre condition de peuple. L’univers (la nature) est chez Roumain, un exergue omniprésent, un espace pour le projet collectif des hommes, où l’écrivain s’empare de ladite nature comme mode d’une pédagogie sociale de la désaliénation. Pédagogie esthétique ou esthétique pédagogique - selon que pour le scripteur, la forme prime le message ou vice versa - la littérature, toute littérature digne de ce nom, est pédagogie en tant qu’elle tisse des pavées imaginaires qui brisent et percent nos culs-de-sac de la réalité, qu’elle transforme en voie. Car c’est un fait de l’art, par son primat de l’imaginaire, que d’égruger les apories par l’utopie et ses promesses bien réalistes d’amélioration de l’homme et de la société perçus dans leur perfectibilité. L’art est foi en la perfectibilité humaine, et c’est pour cela que ses rêves créateurs corsés dans les œuvres des artistes, ne sont jamais ni banals ni vains. Et pour revenir à Jacques Roumain, disons que sa pédagogie sociale est plus que jamais à jour dans une Haïti déracinée de ses mythes fondateurs par la médiocrité politique, la mesquinerie ténébreuse de ceux qui auraient dû être des phares… Comme à Fond Rouge, la sécheresse dévore et fissure le paysage social haïtien, et avec nos hommes-structures à l’égo pétrifié et exclusif de l’intérêt social, se poursuit macabre, la mise à mort de tout un pays. Le mental aride de nos élites n’a jusque là réalisé qu’une société clivée à l’extrême, lézardée dans ses fondements par l’incohérence des choix politiques et la vacuité de projet collectif. Ô fausses! si tristement fausses élites aux démarches factices et contreproductives! Alors que Roumain évoque Fond Rouge comme dépassement téléologique et politique des querelles mortifères, et conquête commune du devenir - je dirais ici communautaire - de l’eau donc de la vie, l’esprit obtus ou plutôt l’absence totale d’esprit de nos faux guides, continue d’être le fossoyeur de nos possibles de peuple. 

À quand la fin de l’ignoble ostracisme de notre société de lumpen aristocratisme, d’exclusion et d’aigreur où la haine du talent rare qui pourrait servir la communauté, confine les vraies lumières haïtiennes à l’exil, tant les paltoquets de la politique, de l’establishment économique et de la soi disant intelligentsia, se dressent en cerbères contre l’élan des porteurs de lanterne, contre les Diogène du relèvement…?

L’œuvre de Roumain, aujourd’hui encore, est un cri prescriptif contre la dissémination des forces constructives planifiée par les artifices de nos faucheurs d’énergie et de talents, ces haineux qui haïssent la lumière qu’ils n’ont pas, et qui font tout dans leur misérabilisme mental contreproductif, pour enfoncer le pays haïtien aux abîmes de l’érèbe! Alors que la vie de Roumain se lit elle-même comme un roman d’action qui - de l’incipit à la clausule - transcende les contingences et privilèges de naissance et de classe, et appelle à l’émancipation des masses opprimées, il nous faut mettre en garde le petit-bourgeoisisme intello qui s’en empare pour assouvir ses besoins de paraître. Mais pour le reste - ceux qui croient encore à la nécessité de changer l’ignominie haïtienne par une axiologie positive où priment la justice sociale et l’inclusion sociale des majorités exploitées, délaissées, humiliées voire réifiées selon les reproductions insidieuses et sordides de l’ordre colonialo-esclavagiste toujours en vogue dans la mentalité des colonisés colonisateurs de la faune sociale haïtienne – Roumain reste un inspirateur sûr.   

Au-delà du débat, naturellement enrichissant, notre propos votif est que les vrais clercs, sans être interdits par un État Moloch, puissent se lever sur la ruine des haines bicentenaires, comme un seul homme à l’instar de Fond Rouge pour gouverner une pure rosée nouvelle de bons augures qui annonceront comme dans une palingénésie c’est à dire une renaissance de l’univers, ici l’univers social haïtien, enfin lavé de ses souillures mentales et comportementales pour une cosmogénèse nouvelle proclamant la fin maudite du cycle bicentenaire où le mot haïtien ne cesse de renvoyer à l’échec!

L’impassibilité face à l’échec programmé du passé et l’exigence d’avenir par le nouveau mental réformé, telles doivent être l’arme et l’armure du devenir haïtien!

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

 

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