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POUR UNE NOUVELLE AXIOLOGIE HAÏTIENNE

Sur l’incarnation du Verbe

HAITI, POUR UNE CULTURE HUMANISANTE CONTRE  L’ALIÉNATION 

LA CULTURE VAUDOUE A-T-ELLE UN SENS PERVERS DE L’ENRACINEMENT

MONDE CONTEMPORAIN, LA LIBERTÉ ET LA QUESTION DU SENS

HAITI, SYNDROME DE L'OPPOSANT PERMANENT ROMANTIQUE ET PSEUDO RÉVOLUTIONNAIRE

Plaidoyer pour la profondeur.

SUR L’UTOPIE (HAÏTI)

 Haïti, faut-il mettre l’intellectuel à l’index?

POUR UNE NOUVELLE AXIOLOGIE HAÏTIENNE

En guise de vœux de Bonne année

L’axiologie est l’échelle des valeurs par lesquelles un homme ou une société se détermine et se juge! Si la valeur est ce qui mesure l’importance qualitative et quantitative de l’être quelque soit sa nature, elle est donc l’indice de la substance des êtres et des choses. À l’échelle humaine et sociale, elle révèle la vérité intrinsèque et extrinsèque, et l’intensité des principes qui président aux idées et comportements. En Haïti, pays d’exclusion, société d’ostracisme, système marginalisant, l'exclusion la plus féroce ne frappe pas que le paysan réduit au stade d’individu en dehors au pays en dehors, et il n'est pas le pire des exclus! La condition des abandonnés des bidonvilles est aussi un défi au statut de personne humaine, une déréliction programmée contre l’avènement de l’humain et du citoyen dans la société. C'est pourquoi j'ai dit ailleurs qu'il s'agit d'une situation d'horreur et d'abandon de l'être humain pris fatalement dans la contingence damnée faite malédiction sociale pour la plupart des natifs d’Haïti. Malédiction et fatalisme de la naissance dans un pays qui hait ses enfants! Voilà pourquoi, je n'ai de cesse de redire que l’axiologie haïtienne est à refaire, c'est à dire toute notre échelle de valeurs, toute notre approche de l'homme et la société, tout notre projet avorté de Nation, tout notre système étatique et ses structures, toute notre mentalité ostraciste qui exclut toujours l'autre, tout notre ego gigantesque qui monopolise, accapare tout par supériorité vis à vis de l'autre qui ne mérite rien, car notre weltanschauung (vision du monde) est pourrie jusqu’au médullaire. Tout notre néotribalisme post indépendantiste où des gonflés de pouvoir, des intumescents de toutes sortes de préjugés regardent de haut comme une espèce inférieure le reste de la population, toute notre mégalomanie de consommateur de luxe, tout notre pseudoracisme anachronique singeant le blanc raciste des colonialismes obsolètes... Il faut redonner à l’haïtien leur estime d’eux-mêmes. Mais en attendant, c’est la conscience des élites qui doit évoluer vers la libération afin de libérer la collectivité. Meiji, Castro, Bismarck, Lincoln, Kemal ont refondé avec un pan de leur élite nationale, la vison de leur peuple en réinventant l’identité étatico-sociale. Bref, tout notre comportement est à refaire car le monstre est en nous, les monstres, c'est nous! La laideur frappe tous, originaires d’Haïti, même naturalisés à l’étranger! Et, faut-il le souligner, il y a aussi des culpabilités à tous les niveaux et de toutes les "classes" sociales, mais les privilégiés cossus, corrupteurs et les rapines traditionnelles qui ont tout accaparé sans éduquer le peuple, sans envoyer des signes d'humanité, sans manifester des valeurs humaines et citoyennes sont de loin les premiers responsables de ce qui se passe aujourd'hui. Dans l’intervalle, nous devons cesser ce que j’appelle crise spéculaire, ce retour contre le ressemblant de l’haïtien traumatisé de sa propre image au miroir de son histoire de déchéance collective permanente après 1804! Sorte de suicide projeté qui met à mort le congénère, le ressemblant tout en idolâtrant le corrupteur étranger. Nous devons arriver à la désaliénation des élites elles-mêmes enfin libérées de la haine ou de la honte du soi ethnique et identitaire entretenue par les ennemis racistes, néocolonialistes et impérialistes du pays. Il faut arrêter l’entraliénation, ce jeu sordide d’identification de l’aliéné victime - quoique parfois enrichi et privilégié pour ne pas se rendre compte de sa misère existentielle- au visage et au projet de son victimaire. Le jeu malsain de l’aliénation dévoile, certes, la pathologie du corrupteur réificateur si impur dans sa substance qui corrompt et aliène autrui mais aussi la part de culpabilité de la victime, l’aliéné complice de ce mouvement ignoble et déshumanisant de réification qu’est l’aliénation.

Dans la nouvelle axiologie, le primat de l’homme sur le profit et les préjugés, les armes et armures édificatrices telles l’éducation, le dialogue et le partage dans un espace public dûment aménagé renversant l’individualisme antisocial, antinational, antiétatique et antistructurel pour le renforcement du vouloir vivre collectif devront être les valeurs-boussole de la société. C’est par elles, inscrites dans de nouvelles structures institutionnelles, que peut naître la nation haïtienne effective et qu’émergera le citoyen haïtien véritable. C’est par elles que surgira la nouvelle humanité et société haïtienne enfin libre et désaliénée. Et pour que cette axiologie soit, il faut que finalement le collectif prime l’individuel par la force des lois et des strucutres, et grâce à la nouvelle éducation que j’appelle humano-citoyenne, c'est-à-dire d’humanisation de la société et de l’individu haïtiens pour exorciser nos déficits d’humanité, nos démons de barbarie qui ressurgissent à chaque crise aiguë affectant le pays de crises en impasses comme dans une aporie du supplice. La nouvelle axiologie a pour but premier d’instaurer une culture d’élite non élitiste parce qu’intégrant tous, où enfin l’individu haïtien aura un sentiment de propriété-appartenance par rapport à son pays où il ne sera plus ni un étranger, ni qu’un individu mais un vrai citoyen assumant en toute liberté ses droits et ses devoirs au sein de la nation que l’axiologie nouvelle aura ainsi contribuer à créer dans son effectivité. Alors, la nation ainsi sortie des limbes de l’univers fantomatique traditionnel où l’assigne l’État moloch uniquement répressif et phagocytant, sera nouvelle et marchera vers le progrès humain et social global, intégré et généralisé.

 

Allons-nous continuer avec nos manières d’autruche sociale par peur de nous regarder et de ne voir si hideux après nos deux siècles d’une indépendance qui pourtant fut un apport capital à l’abolition de l’esclavagisme dans le monde, où nous étions les phares d’un occident crapuleusement ténébreux et inhumain malgré ses discours humanistes d’alors? Ou au contraire, sommes-nous prêts à vaincre par le renouvellement de nous-mêmes?

 

Que la nouvelle année soit pour tous les haïtiens dignes de leur humanité et désirant une citoyenneté effective dans un pays effectif - loin de la gouvernance fantôme qui « dirige » aujourd’hui comme par démission - la méditation sur les moyens de fonder une nouvelle humanité haïtienne, une nouvelle société haïtienne, un nouveau pays haïtien!

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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 Sur l’incarnation du Verbe

  (Pour une parole communicative de notee humanité)

                  

   Par Camille Loty Malebranche

 

Pour le chrétien - en dépit du fait qu’il ne croit nullement à ce noël, fête hystérique du 25 décembre où se déferlent bêtement les plus bas instincts de consommation attisés par les commerçants; d’ailleurs la date elle-même est éloignée du mois de Nissan situé à l’arrivée du printemps et généralement considéré par les mystiques comme plus probablement celui de la Nativité du Messie en concordance avec la prophétique vétérotestamentaire qui présente le Messie comme le printemps de la nouvelle humanité - le mystère de l’Incarnation est celui du Verbe Lui-même. En deçà de Jésus en qui le Verbe Divin s’est incarné, il nous faut voir de près l’implication humaine de l’usage ou du mésusage du verbe à l’échelle sociale et culturelle. Le Verbe, Parole totale qui porte l’idée et tient à sa conséquence est régulièrement oublié et trahi dans la culture. De Dieu, est-il écrit, pas un iota de la Parole ne restera sans effet, sans avoir produit et accompli les termes de sa prononciation. De la Parole magique à la fois perfective et factitive de Dieu qui ordonne et crée par le fait même le contenu et l’essence de son ordonnance, comme le fameux « Que la lumière soit et la lumière fut » de la Genèse, à la parole prophétisée en passant par la parole éthique des commandements, le Verbe demeure celui qui soit immédiatement soit à la fin des temps ce qui s’accomplit ou qui doit s’accomplir… Maintenant pour aborder la misère des limites de la parole humaine, regardons sa déchéance à Babel. Nous savons que Babel a émietté le langage des individus transformé en idiolecte au point de confiner les hommes dans leur individuation inconsciente à l’intérieur même des sociétés dont ils relèvent et où ils prétendent former un tout, au point d’emprisonner la société dans une incommunication accablante voguant fatalement vers l’échec du genre humain dans sa tentative d’atteindre le ciel et d’être divine sans s’élever à la dimension de supra-animale de son humanité. Car le divin ne s’accomplit que par la spiritualité ou elle n’est que du vent! Spiritualité qui prime toute technique si celle-ci doit avoir une portée bénéfique pour l’Homme.  Ainsi, célébrer l’Incarnation du Verbe Incarné qui annonce le règne salvifique de la Parole communicative devenue Lumière, Vie et Liberté. Parole divine, soit, mais aussi parole humaine en tant que le Verbe s’est fait homme parmi nous. Plus tard, à la chambre haute, la Pentecôte verra la restitution translinguistique de la parole par le Paraclet. Le langage spirituel transcende à ce point les langues des hommes par l’esprit se substituant à lettre, que tous ont entendus et compris la voix de l’apôtre Pierre ce jour-là, malgré leur différence de langue et leur altérité culturelle. Ainsi, l’Esprit Suprême, l’Esprit divin sauve les hommes de la confusion parce que la gloire de Dieu rejoint toujours le Salut de l’homme! Ainsi, Dieu a produit le signe de la pentecôte comme indication d’une possible victoire humaine sur l’entêtement de l’orgueil humain qui a voulu conquérir le ciel c'est-à-dire l’accomplissement par la technique, celle loufoque de cette architecture de la tour devenue Babel… Mais l’obsession de faire par lui-même son élévation sans souci des révélations de sa nature spirituelle, continue de précipiter notre espèce dans la claustration que lui inflige, malgré l’effort divin, son propre orgueil oubliant les autres dimensions humaines au-delà de l’homo faber et de l’homo technicus. Rendus émetteurs de sons, cloisonnés dans leurs idiolectes qui se heurtent, les hommes et les cultures, loin de s’améliorer réciproquement au nom de notre perfectibilité d’espèce, ont entraîné tous les heurts et tous les ethnocentrismes de l’histoire!

 

Et Babel a supplanté le verbe dans la civilisation…

 

Babel, la confusion, est entrée dans la civilisation par la forme même de cette élévation verticale qu’une poignée de fous voulaient ériger au-dessus de leurs frères pour régner sur eux par la tyrannie de la hauteur et de la distance. Alors que l’élévation doit être horizontale c'est-à-dire rencontre et ouverture à l’humanité entière par intégration de tous les membres de bonne volonté de l’espèce sans exclusion de droit et de chance à quiconque, depuis l’origine, par un curieux effet de dénaturation, de déshumanisation et de perversion du sens, le langage des cultures, toujours en quête de domination ethnique ou sociale sur l’autrui, a constamment basculé dans l’incommunication ou dans ce qui est pire, parce que crachat répugnant de l’esclavagiste, le diktat! Diktat du chef dominateur à ce qui aurait dû être la phratrie fraternelle. Diktat d’une ethnie en arme à une autre vaincue ou militairement conquise. Diktat de la ploutocratie impérialiste planétaire à l’écrasante majorité des non possédants. Diktat d’une presse du nord riche des moyens extrêmes de communiquer sur celle démunie des différents suds. Diktat du capital et de l’industrie de sous-traitance délocalisée aux nouveaux travailleurs esclaves des pays en développement. À ces nouveaux oracles profanateurs de la vérité de la nature humaine, la plupart obéissent sans prendre conscience de l’asservissement. Le cri du Verbe Incarné qui est Vérité et Lumière nous rappelle l’abomination de l’ordre en cours, de cette Babylone maudite du mensonge systémique de l’ordre exclusif de la consommation et du marché. Pour nous sauver du verbiage hypocrite du monde qui fait semblant de croire aux valeurs mais ne reconnaît que ce qui est vendable et rentable, le Christ-Verbe a chassé les vendeurs du temple comme pour nous dire que l’homme-temple sacré de Dieu en aucun cas ne devrait avoir à commettre la simonie de se vendre, de se soumettre ou se prostituer à aucun système pour sa subsistance voire son enrichissement temporel.   

 

 Défi du « je » locuteur dans la délégation du droit de comprendre

 Dire « je » en entamant la parole que l’on a à prononcer c’est prendre sur soi la responsabilité d’avoir sinon une pensée articulée tout au moins une opinion. Le je tiraillé, harcelé par les misères conscientes et inconscientes de l’homme, est ce qui fait mine d’exprimer la parole du sujet pourtant déjà objet de plusieurs forces au moment où il s’exprime. « Je est un autre » disait Rimbaud qui ne pouvait s’imaginer de son temps, l’immensité psychanalytique de son énoncé évoquant le je globalisateur du poète et de l’art ou de la philosophie, tous ces champs du discours où le locuteur parle pour l’Homme et pour l’espèce en général. La psychologie nous rappelle la difficulté de parler c'est-à-dire d’exprimer le soi du je qui parle. Les disséminations du langage se chargent de nous priver de la grammaire et de la syntaxe inconsciente de nos mots, nous rappelle judicieusement Lacan. Pourtant, la part de conscience quelque exiguë qu’elle soit-elle en nous, nous interpelle et nous appelle à la dignité d’assumer la parole prononcée. D’où la révélation de Dieu qui dit : «Mon nom est Yahvé » « Je Suis celui qui Suis ». Être sa Parole et son Essence, C'est-à-dire Esprit qui emplit tout et par qui tout est, voilà la nature divine. Et pour nous, en tout cas pour ceux d’entre nous qui croient, faits à son image, je dis qu’il est possible d’être jusque dans sa parole, sans devenir l’ombre de la culture de décomposition de l’essence humaine qui sévit à travers l’ordre socioéconomique et politique.  

 Nous vivons le temps des injonctions manipulatrices d’une presse mondiale sous la férule des producteurs, des designers et des commerçants. Un temps où la pharmaceutique vise à la surdose des soignés et où le système de santé veille à la médicalisation de la société plutôt qu’à sa santé, comme le dit si sublimement, Ivan Illich dans sa Némésis médicale. Par ailleurs, la technique devenue technologie de pointe en notre époque de pacte faustien paroxystique avec le profit et le lucre, la communication est rendue l’arme destructrice de l’humanité des sociétés à laquelle le marché substitue les objets fabriqués en véritable ersatz de l’essence humaine. Hélas! Ceux qui désinforment, ceux qui manipulent les majorités, trônent à l’avant-scène d’une communication désinformante, dénaturée parce que déroutée de sa vérité et retournée contre l’humanité. Et la plupart d’entre nous, délèguent l’humain privilège de réflexion et de compréhension à des porte-parole dont les lubies font office d’opinion publique. L’on oublie trop souvent que la délégation, toute délégation est par essence déperdition du pouvoir, du droit ou du privilège de celui qui délègue! Et l’opinion ainsi expropriée, demeure aujourd’hui la pierre où achoppe le droit de tous, en principe inaliénable de réfléchir et d’arriver à la vérité en comprenant par eux-mêmes! Car nous avons délégué à certains journalistes-vedettes vendus ou à quelques spécialistes histrions et stipendiés aux propos hypermédiatisés, notre devoir et droit d’interroger les choses! 

 

En fait au début de ce troisième millénaire de l’ère dite chrétienne, l’homme occidental prométhéen et planétarisé, se croyant souverain, n’est en fait, à l’instar du Prométhée - lui-même soi-disant libéré grâce à la force d’Héraclès  de sa damnation à avoir le foie dévoré par l’aigle envoyé des dieux punisseurs - qu’un roi des ruines et du désert. Héraclès qui libère Prométhée n’est que le symbole des délires humains d’une fausse liberté par la force et sans loi! Et l’on sait que Prométhée à sa libération n’a régné que sur les barbares scythes dans le désert de Scythie! Scythie n’est en réalité que la figuration des ruines de la Parole sans expression parce que déracinée de la nature spirituelle et transcendante de l’homme, des déserts langagiers, du silence barbare et bruyant des mensonges médiatiques et des déperditions et mutités sémantiques de nos paroles qui ne communiquent guère sinon que le vide et la barbarie cinglante d’une civilisation de la mort de l’humanité chez ceux qui se voudraient être des dieux par la désinformation! Là où le Verbe est sens, le règne prométhéen du progrès sans humanité - progrès uniquement voué au marché pour le marché et à son insidieuse prépondérance de profit et de plus value sur la ruine des dimensions sacrées de l’homme - a instauré le succédané de la consommation faussement procuratrice d’être par l’avoir. Thaumaturgie diabolique des establishments financiers et industriels!    

 

Puisse Jésus le Verbe fait homme, nous donner d’échapper au statut de carcasses bruyantes et sans communication auquel nous assignent le marché et son tintamarre chaotique de crise et d’extinction du sens!

 

Montréal, ce 18 décembre 2006

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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HAITI, POUR UNE CULTURE HUMANISANTE CONTRE  L’ALIÉNATION 

                                   Par Camille Loty Malebranche  

La nature est un « mitsein » (être avec) imposé à chacun de ses éléments y compris l’homme. La gérance humaine de la nature est limitée (le vieux mot de Bacon en dit long «on ne domine la nature qu’en lui obéissant »). La culture, quant à elle, est mitsein construit par les groupes humains, lieu paroxystique de partage, d’échange et de rencontre. Culture, rencontre contingente, aléatoire mais aussitôt structurée, réglementée des hommes, rencontre des hommes avec la nature et entre eux, projection et saisie à la fois imaginaire et rationnelle du réel, projection qui détermine la nature sociale des peuples. Mais avant d’aller plus loin dans notre démarche analytique, nous désignons par le néologisme « assingissement » le fait de folklorisation culturelle encouragée par l’occident dans « les pays exotiques », vocable sociocentriste et ethnocentriste plein de mépris. Vocable où une poignée pays se désignent comme essentiels et pointent d’autres comme figurants et comme curiosités afin de nourrir les thèses des ethnographes et ethnologues des pays du centre, tout en offrant l’assouvissement au tourisme sexuel à l’instar de la satisfaction des besoins en matières premières des industries occidentales. Vocable nourri par volonté discriminatoire - comme jadis Colomb changeant en indiens le nom des indigènes du « Nouveau Monde » - de la suprématie blanche ou de la ploutocratie des pays nantis qui ont fait le colonialo-esclavagisme puis infligé l’impérialisme aux habitants de ces autres sociétés non blanches ou non nantis, dits du sud ou de la périphérie qui ont une existence géographique mais perçus inessentiels à l’histoire vu qu’ils n’ont pas été intégré dans la révolution industrielle et qui n’existent que pour servir de marchepied voire de spectacle à la suprématie blanche et au capitalisme le plus sauvage). Car c’est de cela qu’il s’agit : de la domination féroce de l’homme par l’homme; de la réification diabolique de l’homme par l’homme! Les  pays du Nord, pour la plupart, une poignée d’anciens colons blancs européens et nord-américains, sont les seules sociétés de l’essentiel autoproclamés, les vrais tenants auxquels se réfère la phraséologie journalistique de leurs grands réseaux bêtement relayés par des folliculaires du sud, lorsque cette phraséologie évoque « le monde » ou la « communauté internationale ». Ce qui tend à « transformer les autres pays et  sociétés en singes imitant le monde sans vraiment l’être », leur méconnaissant l’autonomie dans leur préhension et leur appréhension du monde. Le Nord, inféodant fortement les organismes internationaux est dans l’adage journalistique admis : « le monde » qui se prononce sur les problèmes planétaires, alors que la grande majorité des États en développement ou en ruine est leur ombre. Écoutons à l’œuvre le jargon politico-diplomatique et journalistique actuel : quand la Corée du Nord fait un essai nucléaire, on nous dit qu’elle défie le monde ou la communauté internationale; quand l’Iran veut enrichir de l’uranium, on nous crie encore qu’il méprise le monde ou la communauté internationale; quand les palestiniens ont voté le Hamas, cette même presse du Nord mondialisée parce que relayée partout sur la planète nous intoxique par les mêmes rengaines et nous dit qu’ils ont choqué  communauté internationale et défié le monde! En Haïti, cette même communauté internationale dicte même comment respirer aux haïtiens qu’ils endettent par le même coup sans laisser le moindre espace d’utilisation positive de leur soi disant aide qui retourne exclusivement en salaire à leurs envoyés sur le terrain et en financement des services et du matériel venus du même Nord mortifère dans l’agencement de ces dites aides… Sachant que l’appauvrissement permanent du dominé est l’arme du dominateur opulent, ils s’arrangent pour enfoncer sans cesse les pays de « la périphérie » dans l’ornière d’une politique de défaitisme programmé avec la complicité d’organismes internationaux, de certains O.N.G. et d’une frange stipendiée, vendue et lugubre de ce qu’on appelle dans le même jargon politico-diplomatique contemporain et qui, dans sa vraie face est absolument salvatrice pour les États du Nord comme du sud : la société civile. Mais la « communauté internationale », « le monde » veille à ne pas laisser la vraie société pleinement opérante et efficace dans les « pays de la périphérie ». Communauté internationale, communauté de prédateurs au nom de la ploutocratie capitaliste masquée en démocratie pour pérenniser la paupérisation programmée depuis l’ère des colonialismes révolus. Ici, je me rappelle les propos de Bill Clinton lors du retour d’Aristide pour  soi disant restaurer la démocratie en Haïti: « Nous n’allons pas aider à rebâtir un pays totalement écrasé… » Parole flegmatique et sinistre qui confirme le projet blanc dans les pays non blancs, pour la plupart dits de la périphérie. On n’aide pas à la reconstruction mais à l’enlisement par le maintien crapuleux de la pauvreté qu’on a tissée par les colonialismes comme par la France éhontée qui garde encore l’argent de la subvention de ses colons esclavagistes criminels contre l’humanité, imposée à Haïti pour lui porter le dernier coup de sa destruction économique lors de son démarrage comme nouvel état-nation sur la planète. Pour faire digression, disons au moins ici que cela est terrible et désastreux quand on sait l’importance de l’accumulation primitive du capital pour tout état qui se construit. Soi dit en passant que le nouveau président élu d’Haïti jusque là ne donne aucun signal de négociation d’une formule de retour de cet argent injustement pris au pays par l’ancienne métropole qui fait tout pour confondre cette subvention aux colons déchus avec des réclamations autrement compliquées de réparation des torts de l’esclavagisme colonial. On sait bien que ce n’est nullement le même cas de figure ni la même occurrence juridico-légale. Sinon les juifs n’auraient pas pu recouvrer des comptes allemands dans les banques suisses, leur argent volé par les nazis! Une fois la trace d’un vol d’État est reconnue, cet État doit rembourser l’argent volé. Hélas notre presse du sud est submergée par la pollution les bruits du Nord dont elle est souvent l’écho et oublie parfois malgré sa bonne fois, de poser les vrais problèmes!…

 

                                       Le Ver dans le fruit

 

Retournons à notre préoccupation première dans cet article. Pourquoi les pays d’Afrique noire ou d’ascendance négro-africaine de partout dans leur majorité, ne réussissent-ils pas à sortir du guêpier en partie blanc de la paupérisation? D’abord, on le sait, le continent africain est un des plus riches au monde par les ressources naturelles du sol et du sous-sol. Cela est incontestable. Mais la malédiction nègre est dans le tribalisme jamais transcendé pour construire un consensus social à l’échelle des états redéfinis par l’hégémonie blanche au temps de la colonisation précisément pour piéger l’Afrique et la placer en condition permanente d’instabilité ou tout au moins de fragilité ethnique et socio-politique après les « décolonisations » ou plutôt pour être clair, après les départs physiques des colons. Ici la guerre; là, le banditisme social, l’hécatombe, le génocide, les immenses bidonvilles de non droit… Chez nous, afro-caribéens, malgré la longue durée de la baratte coloniale et le métissage, l’instinct mortel du tribalisme revient récurrent et effroyable hanter l’organisation sociale et politique. Mulatrisme et noirisme en sont des formes inavouées. Mais pire, le clientélisme électoraliste, le manichéisme politique et l’esprit violent et meurtrier de clan ou de camp sociopolitique récemment exacerbé par une idéologie partisane de déchirure sociale et de déchéance après la chute de l’affreuse dictature en 1986, contribuent à orchestrer la funèbre marche au supplice qu’on constate aujourd’hui. Notre lumpen-bourgeoisie, nos présidents-rois, nos premiers ministres archiducs jouant grossièrement au mépris de tout ce qui n’est pas de leur camp à moins que ce soit par froid calcul pour protéger leur propre pouvoir, sont loin d’être ces êtres dignes de rassembler les meilleurs pour le meilleur. Mais que leur importe! La politique du vide et du pire paie à leur clan, leur soi disant base! Ainsi, la mentalité tribaliste - qui fut si brillamment et justement combattue à l’antécédent même de notre fondation étatico-nationale, je cite les chefs de groupes éliminés pour créer Haïti (rappelons-nous Christophe éliminant Sans-Souci refusant d’abandonner sa crasse mentalité tribaliste de chef de groupe) - est devenue l’effigie morbide et sordide d’une société simiesque en déroute.             

                   Pour la transcendance victorieuse par la culture.

  Pour l’homme, la culture est manifestation transcendée de la nature par la  conscience transcendante, l’homme étant le seul être à se projeter et à projeter l’univers devenu monde par les signes émanés de lui qu’il interprète de même que les symboles qu’il y applique dans la pensée et l’action, ces sèves du rapport à soi, au semblable, au temps, à l’espace, à l’autre en général, rapport plural qui engendre l’imaginaire et le réel. Rapport à l’être et à ses situations, rapport aux contingences et nécessités, rapport donc de l’homme à l’univers dans toutes les dualités perceptives : immanence – transcendance; foi – absurde; Dieu – néant, ces attributs humains de la société et de l’histoire qui signalent notre dimension d’esprit au-delà de ce qu’on désigne comme animal humain. Toutefois, pour le social, disons-le, la culture : c’est le soi social étant l’essence différentiante des sociétés. C'est-à-dire l’identité même de chaque société. Autant une société ne peut être un simple regroupement d’individus sur un territoire, autant donc toute société émane de la somme des valeurs manifestées par des signes, des symboles référant les uns et les autres au vouloir-vivre social et à la « téléologie collective» (but immédiat et surtout lointain projeté par la communauté sociale). N’oublions pas que le signe émane d’un être présent qu’il présente alors que le symbole est projeté sur un être absent qu’il représente. Le signe évoque voire révèle la nature d’un être tandis que le symbole prétend simplement le représenter. La société - naissant des mythes fondateurs qui la structurent dans l’imaginaire des individus, des classes et déterminent son type de gérance humaine et institutionnelle voire le rapport interindividuel et entre lesdites classes - est donc une matérialisation dans les faits de la somme des signes et des symboles de son origine et de son évolution.

Haïti, terre de métissage divers et de dualismes extrêmes est un pays à identité forte. Sa face ethnographique et la truculence des héritages de son origine font que le vocable de culture y tient lieu d’un concept complexe qu’on ne peut aborder par les lorgnettes réductrices ou émotives coutumières. En tant que carrefour de rencontres des civilisations amérindienne (taïno), européenne, africaine, brassées  de force dans la baratte tropicale par ces actes d’assassinat des identités que furent les colonialismes, la hantise des douleurs historiques font de l’haïtien un être multiple et souvent une conscience de déchirement dans le rapport à soi et au monde. La violence et l’effraction coloniale du métissage ont au départ fait de ce qui constitue en soi une richesse, un abîme de conflits intérieurs inassumés. D’où une folklorisation de l’être collectif haïtien par la tendance des culturalistes de tout ressort (théoriciens et promoteurs souvent excentriques de la culture). Figés dans le passé comme des morts, ils ne font rien qui puisse poser la culture comme projection, comme propulsion futurologique de la nation. Déracinés, en effet, des mythes fondateurs authentiques : la valorisation du noir en Amérique, le refus de la colonisation sous toutes ses formes, la contribution à la libération de l’homme universel, nos pseudo théoriciens ont subi un repli sur soi, multipliant une démagogie indécente dans leur nombrilisme surenchérissant « de la geste de 1804 », geste combien galvaudée d’ailleurs par ces maîtres de la surenchère. Ces nationalistes culturalistes sont précisément de ceux qui ont anéanti et continuent d’anéantir le possible haïtien. À entendre parler nos culturalistes, l’univers haïtien n’aurait que deux dimensions : le vaudou et le créole en dehors de quoi c’est le néant. Pourtant ces culturalistes dans leur sécheresse ne proposent rien contre l’aliénation culturelle galopante, c'est-à-dire cette absence de sélectivité dans l’adoption des mœurs occidentales hypermédiatisées. Car à côté de la face rigide de la culture, celle qui revêt une ipséité originaire, un ancrage ethnique comme le vaudou que je désigne, hormis son ethnicité, avec les autres religions protestante et catholique en tant que paramètre important de la culture nationale, il y a les formes flexibles, versatiles de ladite culture que j’appelle sociale et qui se manifestent par les pratiques de la vie quotidienne. Des exemples: la manière de manger qui voit certains citadins manger des céréales en boîte pour déjeuner, la manière d’approcher l’autre sexe, la manière même de faire l’amour, les loisirs, l’influence extrême de la télévision d’abord et moindrement du multimédia… Cette espèce d’adaptation des niaiseries des « soap opera » (top modèles, les feux de l’amour) qui réinventent les rêves de la fille et la galanterie du jeune homme haïtiens, la mode vestimentaire sans oublier la consommation compulsive des biens et gadgets onéreux, cette dernière étant l’une des pires tares de la société haïtienne vu la fuite des devises qu’elle entraîne. Là, dans cette face flexible de la culture, l’aliénation sévit comme le meurtre du mental sain auquel elle substitue des pulsions irrationnelles, des réflexes malsains, des rêves expropriés où, par un  étrange goût de l’étranger à soi, la société haïtienne se nie et dénie ses valeurs. Voilà pourquoi, je préfère parler d’entraliénation c'est-à-dire d’un pacte obscur entre le victimaire froid effaceur et la victime consentante s’identifiant à l’objet même de son effacement! Ce miroir aux alouettes de l’haïtien asservi dans son mental et qui croit se libérer par le folklore et le culte tout en gardant les thèses même de la sociodicée occidentale (c'est-à-dire la justification des horreurs sociales telles l’individualisme, le racisme ici commué en colorisme, l’économisme tout en blâmant les victimes). Un ordre infect et pathogène à briser. La crise spéculaire (c'est-à-dire, une crise venant de ce miroir faux de valeurs fausses nous renvoyant l’envers de nous-mêmes), s’effacera si les élites s’attachent à brandir une autre vision du mérite social et de la construction collective. Car jusque-là, se pâmant dans la mollesse de leur appartenance à cette néoculture médiatique une bonne frange de nos élites se mesure et se distancie des majorités qui, elles, se lamentent d’ailleurs de ce manque, cette non appartenance qu’elles ne subissent que par faute d’argent. Une bonne part de la bourgeoisie haïtienne ne voit dans le pays qu’un instrument d’enrichissement. Instrumentalisation honteuse et fatale de tout un pays! (Remarquez que le terme d’ailleurs est mal défini en Haïti où il y a beaucoup de riches mais peu de comportements bourgeois, car il faut le dire aussi, l’investisseur industriel quelque soit ses origines ou sa couleur, est quand même et de loin plus digne et plus vrai bourgeois que tous ces vils millionnaires des régimes politiques récents qui se gargarisent de nationalisme de colorisme en général noiriste sans jamais rien investir ni risqué au pays). Les manières philistines, gonflées, simiesques de la majorité de nos riches qui ne proposent rien que leur appartenance au mode de vie occidental, constituent une malédiction pour le petit pays qu’elles étouffent. Quant aux politiciens corrompus, qui, substantialisent l’argent détourné et volé de l’État haïtien sans même l’investir alors qu’ils auraient dû être jugés et condamnés à le restituer tout en allant en prison, comme ces ex ministres haïtiens vivant à l’étranger avec la complaisance de leur pays d’accueil, et qui - sans travailler - mènent une vie de riches depuis vingt ans, après avoir dépensé au temps de leur règne toutes les devises du pays par des importations de luxe et des comptes ouverts en banques étrangères. Eux qui voudraient être pris pour des êtres dignes voire des hommes d’honneur, qu’ils sachent que la bête sociale même, telle la fourmi collabore à la vie collective, alors que, eux, ils ont détruit le pays qui les a honorés et fait riches. Un peu comme cet ancien ministre haïtien d’un dictateur rétrograde, exilé qui se dit idiotement bourgeois avec une impudence éhontée malgré les corruptions évidentes de la plupart des ministres de ce gouvernement passé auquel il appartenait! Voilà pourquoi nous soutenons que la justice doit exister contre les destructeurs arrogants d’Haïti. Seule une culture défolklorisée, rationnelle, étendue dans le sens de l’amélioration des mentalités et comportements peut sauver Haïti de ce gouffre pathologique et antisocial où ces élites insanes l’entraînent. Ni élitisme ni populisme ne peuvent respectivement dans leur intumescence ou grivoiserie délivrer la société de ses chaînes. La culture a pour vocation d’être non élitiste mais élitaire en tant qu’elle doit améliorer l’homme et l’émanciper pour la société en vue de le rendre plus positif dans le mitsein social et l’éthique nécessaire qu’implique tout mitsein. L’assingissement évoqué dans les propos liminaires de cet article, tel qu’il se fait de nos temps dans un monde haïtien si vide d’estime du soi ethnique et national et qui ne sait guère intégré les perles de l’occident sans patauger dans les vilenies de l’occidentalisme, ne cessera que par des élites désaliénées et engagées. Il faut que les intellectuels authentiques, les haïtiens libérés, les vraies élites aient le soutien du ministère de la culture - resté jusque là ministère de l’inutilité et de la sinécure à l’image de l’État haïtien lui-même qui s’est toujours fait la triste vocation d’État-Moloch avec ses tares centenaires effaçant le fonctionnement structurel - soit réadapté aux vrais problèmes de l’aliénation sociale haïtienne.

Les mythes fondateurs en tant qu’imaginaire qui ouvre l’histoire en créant la société dès lors supérieure à la simple fatalité d’une communauté géographique d’existence, doivent être réajustés. Certes, on ne réinvente pas l’essence ethnique (à moins de pratiquer une politique de métissage intense sur plusieurs décennies ou siècles par l’immigration et la favorisation des mariages interethniques) mais on peut commencer par améliorer l’identité de la société par la transformation de l’État. Toutes les grandes réformes ou révolutions l’ont fait à travers l’histoire. Des élites choisissent les métamorphoses positives ou négatives désirées de leur société. Cette flexibilité se constate facilement dans le cas d’un pays comme la Russie passant en moins d’un siècle du tsarisme (monarchie) des Romanov au bolchevisme unioniste de Lénine puis au capitalisme républicain des Gorbatchev et Eltsine. Là, nous avons la preuve que l’identité, terme clé de la culture et qui, pourtant, réfère à la nature sociale; identité qui est unicité parmi tous les ressemblants posés par elle comme altérité vis-à-vis du reste du monde, doit être une responsabilité de l’État au lieu d’être abandonnée à des turlupins de culturalistes en mal de discours. La presse haïtienne - surtout les chaînes de télévision - a une lourde tâche. Au lieu de présentations grivoises et populacières de grossièretés chansonnières avec leurs obscénités ou des impropriétés par manière de récréation permanente, la presse, et en particulier, la télévision haïtienne doit contribuer à la recréation du mental collectif loin de ces phares des ténèbres que constituent la dégradation culturelle pour la jeunesse victime des grivoiseries et pollutions médiatiques à la Britney Spears tenant du modèle de certaines chaînes de télévision des sociétés de basse consommation du Nord. Les médias pourraient privilégier des productions comportant des messages de désaliénation sur fond de comique et encourager le vrai art chansonnier, musical ou autre. Tout est à faire dans ce domaine. L’évasion doit rejoindre l’amélioration sur nos chaînes. En croyant s’évader nos téléspectateurs s’élèveront et seront remodelés mentalement pour la libération par l’exemple proposé dans les programmes éducatifs sans en avoir l’air! Car il est honteux de s’abandonner, voire de se pâmer dans la facilité et la récréation débile lorsque la recréation du mental par la culture réformée demeure la seule voie du changement positif.

Puisse une revalorisation de nos mythes fondateurs ajustés à nos nouveaux besoins nous permettre un nouveau projet collectif et national, une autre projection positive de notre société, notre ethnie!

Que ce que j’appelle la désignification, cette forme de crise d’être où tout est altéré, crise tellement pire que la crise d’identité, soit exorcisée pour le devenir digne et désaliéné de notre société. Alors et alors seulement la société rompra le statut folkloriste de singes en cage acrobates et épidermistes c'est-à-dire complexés par l’étranger, l’origine ethnique, la couleur claire de la peau et l’argent - singes qui s’ébattent et se tyrannisent mutuellement pour les rieurs froids du Nord  s’esclaffant à nos dépens! Car le Nord a une approche behavioriste dans la programmation de nos bêtises ou tout au moins de leur maintien, de leur encouragement, leur exacerbation voire leur incitation. Ni l’art ni le culte ne sauvent un pays sans une politique globale qui, entre autres, doit être culturelle pour leur assigner, au-delà du folklore ou de l’élitisme confinant, un rôle d’élite c’est à dire d’amélioration des mentalités au niveau du réflexif qui influencera jusqu’aux réflexes du comportement social! Car si l’homme individuel s’accomplit par la métaphysique et en Dieu, l’homme collectif (le citoyen ou la société) ne se réalise que par la politique et en l’homme engagé à faire ou à refaire l’histoire.

Que par une réforme plurielle et élitaire de la culture vienne la nouvelle humanité haïtienne!

Montréal,  Ce 21 novembre 2006   

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

 

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LA CULTURE VAUDOUE A-T-ELLE UN SENS PERVERS DE L’ENRACINEMENT

 Par Camille Loty Malebranche

 Enracinement et transcendance constituent les deux mouvements d’auto-accomplissement de la réalité humaine. La société, comme l’homme, n’a de choix que de féconder et d’élever sa vie par les ferments du dépassement qui abstrait et défait le corset de l’ici et du maintenant dans la projection positive de soi. Dans le contexte de l’homme collectif qu’est une société, l’enracinement ne s’oppose guère à la transcendance, ils sont une paire de la nature duelle, de la vérité dualiste de l’humanité sociale. Toutefois, par delà la neutralité stratégique de l’anthropologie culturelle et sociale pour combattre et corriger les ethnocentrismes agressifs de l’histoire avec leurs conséquences désastreuses d’ethnocide, de racisme, de colonialisme, d’esclavagisme, de génocide - ladite anthropologie, inconfortable sur la sellette des récriminations des peuples anciennement victimes de l’ethnocentrisme et du sociocentrisme occidental ou autre, déclare que d’un point de vue comparatif, la culture des sociétés est « amorale » et que donc toutes les cultures se valent échappant à toute taxinomie négative. Cela perçu et ainsi établi, il faut désormais entreprendre toute critique culturelle de l’intérieur en scrutant les forces et les faiblesses de cet englobant de la réalité sociale qu’est effectivement la culture. Car tout dans le social : la rationalité, l’émotion, la réflexion, le réflexe, l’axiologie est conditionné, structuré par la culture, prédéterminé par elle. Il s’agit de comprendre pourquoi l’horreur et la l’inhumanité sévissent dans la culture qui est pourtant par définition, la marque même de l’humanité au-delà de notre appartenance au règne animal. Et, de là saisir les causes culturelles de la condition existentielle de chaque société donnée ou de chaque catégorie de sociétés. Les négativités de la culture envahissent et polluent la vie des peuples, empoisonnent leur rapport à eux-mêmes, à la nature et à autrui. Culture hégémonique de bellicisme, d’agressivité et de conquête chez les uns, telles les sociétés colonialistes; culture de défaitisme et de fatalisme chez d’autres; culture de répression et de mortification ailleurs, j’en veux pour preuve les invaginations et excoriations rituelles, les mutilations comme l’excision. Tantôt placées sous la bannière d’une forme de rationalité, tantôt mythiques ou mystiques, ces pratiques susdites souvent néfastes prétendent se justifier par leur culturalité. L’on connaît aujourd’hui le lever de bouclier par la loi dans les pays occidentaux interdisant formellement les pratiquants africains de l’excision mais que dire de la pertinence ou de la valseur de certaines pratiques jalousement brandies par le vaudou haïtien? En fait, l’homme peut-il renoncer à la transcendance des héritages démontrés négatifs de ses ancêtres? Et, ne faut-il pas chercher dans la weltanschauung (vision du monde) de la mythologie et de la mystique vaudoue, certaines causes de l’échec haïtien? Devons-nous avoir peur des vraies questions? Le vaudou n’est sans doute pas un monolithe - il s’agit dans une telle éventualité - de l’épurer. Pourquoi le nègre haïtien échoue-t-il dans sa culture, son milieu alors qu’il réussit fort bien dans d’autres à l’étranger? Force de chambardement, à l’avant-garde de l’indépendance, le vaudou malgré sa fécondité esthétique favorisant un art prolifique et un folklore opulent, ne construit rien de marquant sur le plan du réel depuis 1804 sinon que le maintien du peuple dans une vision antiscientifique folkloriste. Disons-le ici: Il n’y a pas de thaumaturgie de l’histoire, il n’y a que l’habileté rationnelle des peuples à faire face, à construire leur condition grâce au leadership de leurs élites. De même, il n’existe pas de fatalité historique, il n’est que d’indécrottables esprits avec leur mentalité inapte et leur comportement impropre à la libération. Mais hélas, dans le cas d’Haïti, le vaudou concourt souvent au pire par son règne d’irrationalité aggravé de suspicion mystique et de méchancetés des uns envers les autres que traduisent les noms des loas (esprits du vaudou) : èzili je rouj, bawon lakwa. Tout comme l’incapacité à s’entendre sur un projet de société viable …

 La culture, cette catégorie de l’acquis qui diffère de l’inné, cette essence donc de l’humanité ajoutée à la nature cosmique, est, paradoxalement la forme constitutive de la nature des ethnies. Mais ne nous y méprenons pas, la nature en matière ethnique, est une construction des élites des sociétés, qui évolue à travers l’histoire. La culture est donc au cœur de la définition de soi des ethnies et des sociétés.

 La culture constitue sans conteste, un sujet éminemment polysémique, un espace où malheureusement les stéréotypes font rage et ravage. Au stade proprement anthropologique, la culture, si elle n’est pas hiérarchisable entre les peuples, demeure une configuration passible du jugement logique et moral de l’humanité, et surtout l’objet devant être mis en question dans toute entreprise d’autocritique d’une société. Ses fonctionnements, ses dysfonctionnements, ses bilans diachroniques et sa vérité synchronique. Ses conséquences positives ou négatives ne doivent ni ne peuvent être éludées par l’étamine de l’autocritique de tout peuple. Sa fonction demeurait longtemps pleinement différentiante avant de ne l’être aujourd’hui qu’en partie vu la standardisation de la culture populaire planétaire par les médias. Toutefois, comme nous l’avons signalé ailleurs dans un autre article, il y a les aspects proprement ethnico-nationale trempant dans les mythes fondateurs de la société, et politico-étatique déterminant l’identité et le type de l’État par les choix des gouvernements, qui sont le socle identitaire de toute société au-delà de la culture populaire.

 Perfectibilité de la culture…

   La perfectibilité est sans doute l’une des caractéristiques principales de l’essence de la culture. Le vaudou, en tant que méga-paramètre culturel d’Haïti, doit donc se purifier de ses laideurs antirationnelles, ses contiguïtés criminelles telle la zombification qui n’existe que là où il est présent, et cesser d’être un tissu de négativités, une somme de pratiques cloutées de superstitions démonolâtres, car c’est là sa part inavouée de mal. Le monde, c’est la vision de l’homme appliquée à la lecture de l’univers et à la place de soi dans l’univers. Il implique une conscience de l’univers auquel l’homme adjoint les artefacts de la civilisation, les acquis donc de la culture. Le vaudou haïtien projette une vision dénigreuse du monde et de l’homme vulgairement appelé « chwal » c'est-à-dire cheval que chevauchent les esprits, l’environnement vaudou en est un de malsain, où quand tout n’est pas ramené à la peur de la colère des loas châtieurs, de l’envoûtement, du maléfice, il y a la mégalomanie mystique, la manipulation, l’exploitation de la naïveté superstitieuse des gens et surtout la menace permanente des uns par les autres. À côté de cela, l’insanité des potions malodorantes et des bains puants, la prédominance d’un imaginaire de paranoïa qui tient le vodouïsan à la merci du houngan ou de la mambo (prêtres et prêtresses du culte). Et de fait, quel vaudouïsan n’est pas souvent vendu aux démons, ne se voit pas expédié un mort ou un baka (esprit impur et exterminateur) pour le tuer, n’a pas été exposée à de la poudre empoisonnée sur le seuil de sa porte, n’a pas eu sa chance volée par un autre… Croyances apparemment loufoques mais fondées dans l’obsession du mal au cœur d’une société privilégiant le négatif. Empire de la suggestion du pire. Les élites du peuple haïtien - pris entre l’étranger hypocrite qui aime bien encourager le nègre dans ses excentricités grotesques totalement inoffensives et inopérantes pour l’éradication des misères et de l’hégémonie blanche, et l’intellectuel haïtien démagogue, snob ou manipulateur voulant profiter de cette surenchère, ce filon culturaliste facile – doivent courageusement se lever pour, sinon ériger, mais proposer une pensée collective et une culture d’élévation de soi et de libération par un nouvel imaginaire épuré et libéré susceptible d’ouvrir un nouveau temps pour changer l’histoire. En matière d’assumation et de projection de soi l’individuel se distingue radicalement du collectif, car l’individu s’accomplit par la métaphysique et en Dieu, la société se réalise par la politique et en l’homme faisant l’histoire. Par ailleurs, le temps et l’imaginaire sont deux moteurs de l’action qui fait l’histoire et détermine le sort et la condition des sociétés. Et, en matière de discours social, c’est une honte de faire le choix de la facilité du populaire par lâcheté ou froideur calculatrice, attitude inhumaine de profiteur. Car le populaire et le majoritaire ne sont pas nécessairement bons, justes ou positifs.

 

Ce 29 septembre, 06

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE  

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MONDE CONTEMPORAIN, LA LIBERTÉ ET LA QUESTION DU SENS

 

Par Camille Loty Malebranche

Il n’y a de sens que par la liberté et la liberté est le prérequis voire une propédeutique du sens. Car que ce soit le sens comme signification tirée de l’interprétation des causes et conséquences de l’action et des situations ou le sens comme orientation et direction vers une fin, seul un homme vraiment libre peut l’assumer. Vouloir et Choisir les démarches de sa volonté en en projetant sa responsabilité ultime, tout en sachant mesurer et contourner les obstacles du chemin, telle est la pierre de touche de la liberté. L’on comprend alors l’importance de la volonté élevée comme âme du monde qui n’est que représentation déterminée par elle selon Schopenhauer. Parmi les néants habillés d’apparence, effet magique des surenchères illusoires programmées de l’idéologie, l’homme semble être un amoncellement des valeurs factices d’un ordre qui ne connaît que la valeur d’échange. Les volontés, dans un tel contexte, sont dénaturées et le mirage de liberté par le conformisme ou la fausse révolte  sévit sauvagement, réduit les hommes en ombres simiesques de l’institution sociale. La liberté est avant tout un attribut ontologique de l’homme. Elle s’enracine dans la capacité de vouloir et d’exprimer le choix volontaire sans être soumis aux manipulations malgré le conditionnement par la culture et le poids de l’environnement social. Dans un monde où les structures provoquent la torpeur des consciences et la quasi aboulie des individus programmés et réifiés(1) dans l’ordre social ploutocratique, il faut une indomptable force de caractère et de recul affirmée et constamment entretenue pour ne pas être qu’un rouage biologique du système fort en cours. Cette volonté forte de caractère et de recul ne s’apprend que par le développement des facultés spirituelles, intellectuelles, morales, corporelles et matérielles de l’homme.

LIBERTÉ ET LA PERSONNE HUMAINE   

Il n’y a de personne humaine que dans l’occurrence de la liberté sans quoi, l’expression n’est en soi une qu’hypothèse factice. Dans l’absence de toute liberté, l’on a que des individus, des sortes d’animaux humains ou encore pire, de choses anthropomorphes que les rouages des systèmes ont ainsi réduits par toute sorte de procédés d’aliénation. Le social est assez souvent l’autel sacrificiel de l’individu humain, qui enlève tout espoir d’humanisation de la masse servile des individus que la politique des systèmes socio-économiques soumet à l’abnégation forcée voire à l’adoption de leur propre bourreau qu’est la structure sociale et l’ordre mangeur d’homme qu’il impose. Le capitalisme actuel prétend apporter la démocratie au moment même où une petite poignée de milliardaires font tout pour disparaître l’État et réduire la société en un marché où tout leur est permis : le profit, les subventions, les anticipations boursières, les délocalisations à grands coups de chantage idéologique sur les bienfaits de l’économie virtuelle qui favorise la croissance économique censée éliminer la pauvreté! Mais dans une réalité socio-économique où les paradis fiscaux, les travailleurs esclaves des pays de la périphérie font la gloire des magnats de tout acabit, la précarité ou même la pauvreté sont le lot quotidien des « citoyens » ravalés au stade travailleurs et de consommateur, patient économique à qui le bulletin de vote aux élections cycliques, donnent l’illusion de sa citoyenneté. Dans un monde, où la structure efface l’homme-personne pour l’homme-fonction, l’homme-rouage et condamne l’humanité à la figuration comme une figure fossile de l’institution sociale qui - par effet kitsch du langage - ose encore se donner le mot « humaine » comme prédicat, seul une réévaluation du rôle du citoyen dans les sociétés modernes peut redonner un sens à la citoyenneté. Alors que les pilules du droit prétendent enrayer les dommages de l’injustice, l’inégalité on oublie souvent que le droit lui-même est reflet des inégalités sociales et internationales et des servitudes et restrictions des libertés qui s’en suivent. Et dire que le droit aurait dû rendre la société et le monde plus libre par son règne qui parerait aux inégalités par la force de la loi et de son application gracieuse ou coercitive! Camus avait raison de nous mettre en garde, en nous rappelant que « l’époque romaine fut à la fois celle de la plus grande science du droit mais aussi celle de la plus terrible dictature ». Car justement l’homme n’a pas encore assez évolué pour s’entendre gracieusement et équitablement sur ses conflits, et la force publique à l’intérieur des sociétés comme entre les états (car le conseil de sécurité de l’Onu avec ses sanctions économiques et militaires en est vraiment une à l’échelle planétaire) ne frappe que les petits. Pas de sanction contre le bellicisme tragique des États-Unis de Bush ni contre la pollution des puissances industrielles, ni contre les armes à destruction massive des pays riches, ni contre les propagations de maladie comme le sida qui vient de négligence de savants occidentaux ayant utilisé sans précaution des cellules sanguines de singes dans l’homéopathie antipolio… L’hécatombe planétaire vient des grandes puissances de même que le risque de destruction de l’espèce, pourtant elles sont juges au nom du droit international! Aujourd’hui, l’international nous met en présence des pires discriminations entre états. Il existe de toute évidence, une puissance du privilège qui fait loi et prime tout droit, et qui prouve l’inégalité de droit des états. Le soi-disant débat du nucléaire en est encore une fois probant. Mais aussi le refus des voyous enrichis par les crimes contre l’humanité de l’esclavagisme et du colonialisme, qui se complaisent de voir leurs victimes appauvries de génération en génération, mourir de faim tout en les accusant de gabegie de bons à rien! Sociodicée facile pour ceux qui jouissent des fruits de la main basse de leurs pères sur la fortune des ancêtres des pays pauvres d’aujourd’hui. Hélas! avec l’agressivité aliénée de la racaille, la gangue des « sots savants » que l’on rencontre partout où l’occident leur donne la parole ou l’autorisation académique de parler, les « sots savants » venus des pays quasi détruits et mal famés, gobent et préconisent l’idéologie criminelle du Nord, par complexe d’infériorité et délire d’intégration lors même où ils sont des assimilés venant de ces pays saignant et hémorragique! Un peu comme tous ces génocidaires et tyrans du Sud qui ont miné leur propre pays en infligeant à leur peuple les politiques à la papa doc ou à la rwandaise génocidaire. Avec la canaille autorisée et allée aux démons de l’asservissement politico-économique contre leur propres congénères, la libération des ostracisés du monde et les rêves de liberté voire d’amélioration du sort des majorités, risquent de piétiner longtemps dans la marge miséreuse de la politique Nord-Sud! 

 Pour revenir au nucléaire, très d’actualité avec les cas de l’Iran et de la Corée du Nord, posons la question : veut-on dénucléariser le monde? Certainement non. Juste qu’un quarteron d’États asservissant des organismes mondiaux en en faisant leurs destriers idéologiques et autoproclamés « communauté internationale » s’octroient le droit délétère de posséder les armes de destruction massive alors que le reste doit s’en priver. En fait, on aborde mal la question de l’égalité comme corollaire de la liberté car l’égalité est une histoire que l’humanisme idéal se raconte à lui-même. Et Dieu seul sait combien il est facile de manipuler les peuples, de les aliéner même par des demi-vérités, des logiques tronquées aux raisonnements fallacieux!  C’est de l’équité qu’il faut dans les rapports humains et interétatiques. L’équité sait que l’autre est différent et peut-être défavorisé par la nature ou l’histoire, elle se contente, sans juger de la condition de supériorité ou d’infériorité objective de l’autre, de le respecter et lui rendre justice. La justice. Principe de toute liberté, est l’essence même de l’équité, l’ennemi juré du droit officiel avec ses ruses et ses bluffs!      

SUBVERTION DU CHOIX OU ABSENCE D’OPTIONS

L’incandescence de la passion rend le lien plus doux que l’immédiate, la fulminante liberté. Au-delà de l’amour interpersonnel, qui fait renoncer l’amoureux à une part de sa liberté, la dignité de l’être humain ne souffre pas de voir limiter sa liberté de conscience, de pensée et d’action en tant que mode de son déploiement existentiel. L’homme a toujours fait de la liberté une question de dignité dont la valeur supplante celle de la vie et pourtant en même temps, ses amours lui ont toujours paru une force supérieure à cette force nourricière des plus grandes révolutions. Vouloir que tout soit sous contrôle autant que possible, est légitime mais le possible de l’homme est tellement limité par l’ici et le maintenant et tellement contingenté par la structure sociale! L’homme garde, toutefois, toujours le pouvoir de ne pas patauger dans la servilité de la propagande sociale, la sociodicée, ce discours autolaudatif de l’idéologie dominante qui accuse tous les retors et inadaptés à ses monstruosités, de crime et de rébellion, discours insidieux où les maîtres des biens s’autoproclament de manière inavouée, maîtres des vies et des hommes. D’un point de vue métaphysique, le déterminisme nous conduit à croire que la seule liberté de l’homme est le choix de son maître : Dieu ou l’absurde. Mais dans la vie quotidienne où végète l’écrasante majorité de l’espèce, l’émergence de la personne émancipée des chaînes du social, reste utopique. Comme un personnage pirandellien, le drame de l’humanité libérée attend désespérément ses auteurs et metteurs en scène. Le manque de culture dans un milieu où le loisir abêtissant s’est substitué aux vraies questions de société en envahissant l’espace public, finit par asséner sinon son coup de grâce, tout au moins une frappe assommante à l’esprit de notre temps.

APORIE ET LIBERTÉ

Tout est donc pour le mieux malgré le pire des mondes! C’est ce qui apparaît lorsque je vois le déferlement de la duperie et des niaiseries des loisirs « people » dans la presse, ce guide de l’opinion collective voire de la vision du monde publique. Une main cachée et adroite, celle de l’establishment ploutocratique - la petite poignée oligarchique - qui mène tout, enivre jusqu’à la débilité, jusqu’au délirium tremens d’une civilisation qui se complaît bêtement d’un discours pseudo-analytique, pseudo-critique qui chante les bienfaits du capitalisme contemporain qu’il classe comme indépassable mais qui, en même temps déplore et dénonce pour satisfaire à la conscience intello du petit bourgeois lecteur ou téléspectateur, la grande injustice planétaire et ses mégalomanies sacrifiant le monde à la gloire de quelques-uns: pillage du sud par le Nord, exploitation de travailleurs au sud, délocalisation et chômage au nord, traite de femmes, déséquilibre salarial entre hommes et femmes, tourisme sexuel pédophile, exclusion des majorités de la plupart des acquis technologiques prétendument à la portée de tous, misère et faim même dans les villes les plus riches des pays nantis, famine aux pays dits périphériques, mépris de la santé publique par les tenants de l’agriculture non biologique, leur usage des pesticides, vénalité mercantile de la pharmaceutique dont le souci des brevets et le coût des médicaments excluent du droit aux soins la majorité pauvre des malades et maladie et absence de soins adéquats aux populations privés de médecins et de remèdes… 

Tout cela tend pernicieusement à rendre médiocre la perception que le simple citoyen ou individu peut avoir du monde contemporain. Or, nous savons que la candeur et la naïveté, le fatalisme devant l’intraitable et implacable course à l’intérêt et à la domination meut le vaincu ou l’asservi depuis la nuit des temps de l’histoire. L’on sait que la candeur ou le fatalisme de certains amérindiens comme les aztèques, les taïnos et les mayas leur a valu la réification, la disparition ou d’affreux génocides. On est esclave de son ignorance, son absence de défense! Dans le monde contemporain, l’on capitalise tellement sur la démocratie que l’on finit par dissimuler les vrais enjeux grossièrement ploutocratiques et tyranniques des multinationales, des marchés et de la presse alignée, conçue pour imposer leurs diktats. La facilité d’absorption des loisirs voire des vulgarités, la quête d’émotion de toutes sortes, la libération d’une forme de sexualité qu’il convient d’appeler une érotophilie par images et l’afflux de la demande dans une société de grande solitude où le multimédia et la télévision jouent le rôle de succédanés de compagnie par leur programme prétendant briser les claustrations et solitudes modernes.

« La liberté fut à l’origine gravée dix fois sur les tables de la loi, nous la méritons si peu que le prophète les brisa dans sa colère » disait un rabbin cité par Derrida! Dans un monde où la vie intellectuelle est recluse par des institutions déversant leurs spécialistes affairistes pour désinformer l’opinion publique, dans un monde où l’insertion crurale de la caméra télévisuelle et les exhibitions fessières sont faites millionnaires alors que le sérieux du débat interrogatif est méprisé par ceux-là à qui il est dédié, l’on comprend que la majorité d’entre nous avec des œillères de horde primitive et agressive masquée en « civilisés », ne méritent guère d’être libres! Le plus efficace  des outils idéologiques, est sans doute la télévision, le narcissisme populacier des acteurs hollywoodiens, le sensationnalisme des hommes de scène populaires, la tératologie, cet univers de monstres, par effets spéciaux, le choix des programmes ayant les meilleurs côtes de popularité : films policiers ou de guerre, terrorisme, épidémies mortelles imminentes, grossissement des parasites menaçant la race humaine, exposition excentrique de la fortune des imbéciles enrichis par une basse société de consommation, idolâtrie des bouffons amuseurs riant des pauvres et des victimes de l’injustice sociale, projets fantasques de coloniser la prochaine planète semblable à la terre, complaisance d’un public de bas étage qui préfère honorer les politiciens, les cossus et les icônes vivantes, les héros fabriqués, les spécialistes vendus, véritables parasites de l’ordre socio-économique mis à contribution de leur enrichissement et leur empire… Tout cela prouve que dans un monde soi-disant surinformé, où les moyens de communication par la presse et le multimédia sont si présents qu’ils débordent l’univers de l’individu, la désinformation et l’abêtissement par une information dénaturée qui bêtifie, orchestre le pire ennemi de toute liberté : l’Ignorance. On se croirait dans l’ignominie despotique du stalinisme, du soviétisme et du nazisme en peine démocratie! Le totalitarisme a changé de nom et est devenu souriant. D’autant plus dangereux et plus mortel que nos ignorants se croient informés et autorisés à avoir leur opinion. Hélas! nous vivons un monde où la démocratie subvertie impose l’opinion publique très majoritaire dénaturée par la presse et bannit la véritable analyse minoritaire qui ose interroger les faits et l’information qu’on nous en donne! Comme jadis, quand la « doxa » c'est-à-dire l’opinion, est la règle, la connaissance voire l’information véritable devient l’exception. La philosophie l’exprime très bien en différenciant la « philodoxie », semblant de philosophie sans analyse ni quête de vérité ou de propositions de solutions aux problèmes, selon Platon et Kant, de la philosophie proprement dite.

Épopée historico-sociale de la liberté

 Si l’on évoque l’idéal au nom duquel tous les grands soubresauts de l’histoire ont lieu, l’on nommera à coup sûr la terrible liberté, cette bannière de tous les mythes et de toutes réalités des prouesses, héroïsmes et révolutions au cœur des sociétés humaines. Concept brûlant, flamme fascinante et psychédélique qui guide l’histoire! Chaque champ de connaissance ou d’action invente sa vision de la liberté. Le légaliste voit la liberté dans le respect des lois à la manière d’un Montesquieu qui dit : « la liberté est le droit de faire ce que permettent les lois »; alors que l’anarchiste propose le démantèlement de toutes les lois et institutions, (on se rappelle Bakounine qui voudrait tuer Dieu pour priver tout ordre humain de ce support suprême); le croyant voit la liberté dans la foi en Dieu qui affranchit de l’absurde alors que le matérialiste n’accepte que la liberté temporelle sans contraintes ni privations d’ordre matériel; l’hédoniste proclame l’assouvissement de tous les désirs; le mysticisme bouddhique nous propose d’atteindre le nirvana en nous libérant du désir qui nous rend esclave du « sansâra » c'est-à-dire le cycle des renaissances des âmes non encore assez évoluées, non prêtes pour ledit Nirvana. Par ailleurs, si l’impermanence ponctue l’absurde existentiel des êtres, l’engagement pour la liberté et la lutte pour la libération constituent une constante de la civilisation et une permanence de l’histoire. Fichte appelle les branches de la philosophie, « les sciences de la liberté » comme si tout questionnement de l’homme dans le monde réfère à ce seul sens possible de l’action humaine. Dans l’humanité abêtie par les idéologues de l’ordre social et économique dominant, on n’imagine même pas un nettoyage radical de la planète. La puanteur et la toxicité des déchets de l’animal humain ayant infecté la terre, est aujourd’hui contournée, banalisée par des prétentions fantasques de coloniser d’autres planètes! Toujours le syndrome du virus qui caractérise une espèce impropre à son propre bien ou survie! Détruire et fuir les conséquences de sa destruction. L’ignoble intérêt immédiat l’emporte crapuleusement sur le projet de vie phylétique(2) à long terme. Pour les peuples comme les catégories humaines, la dignité exige une élévation de soi par l’opposition à toute force aliénante et liberticide, opposition à l’oppression et affirmation de soi par la liberté sans laquelle il n’y plus d’humanité mais une ombre réifiée qui mime la vie. On peut certes bricoler des sens factices par toutes sortes d’idéologies, telle celle du marché qui, aujourd’hui, masque la pauvreté voire la misère ontologique de notre temps vide de tout; on peut travestir les horreurs de la déconvenue des majorités par des promesses de croissance économique de l’État, mais le seul acte à pouvoir manifester la face de l’homme demeure celui du sens qu’il appréhende et se donne librement sans le contrôle et la peur de l’autre!

 Amis de la liberté, conspuons le petit-bourgeois bureaucrate maniéré et pangloss complexé qui sait exécuter mais ne peut créer et qui croit qu’exécuter les dictées des maîtres du marché peut être un modèle de libération pour les peuples. Eux qui préconisent la charité nationale et internationale au lieu de la justice sociale au sein des pays. Conspuons les tyrans souriants d’une certaine presse-laboratoire de snobs et d’idiots « mal surinformés », dictant et imposant des comportements de mode comme un impératif existentiel et moral. Conspuons l’ordre de la consommation qui assoit le règne du publicitaire dénaturant le réflexif, réinventant jusqu’aux réflexes humains par les spots de l’imagerie et de l’injonction de la réclame. Conspuons le financier et l’économisme boursier, « financiarisme » qui assoit le règne du pdg sans devoir dans la société globale, tenu seulement au profit des grands actionnaires de sa société commerciale et exigeant de l’État, la suppression de tout programmes sociaux. Conspuons aussi les larbins répéteurs de l’ordre injuste en cours, eux qui exécutent les programmes sordides de l’idéologie autoproclamée imbattable, et qui proposent le prêt à penser néolibéral comme seul panacée de l’horreur dont le néolibéralisme est proprement l’une des principales causes. Conspuons le sexualisme pathologique et la prostitution masquée qui jouent au féminisme bruyant, à l’homosexualisme tonitruant cherchant audience par l’orientation sexuelle bêtement érigée en vertu, dévalorisant les luttes des gens de ces catégories pour des droits sans exhibition infâme. Conspuons notre propre passivité, la passivité des opprimés et des victimes laissant faire, car laisser faire est complice de l’entraliénation où le bourreau ploutocratique exprime sa voracité haineuse et où les majorités qu’il appauvrit, accepte voire intériorise bêtement les fausses valeurs de cette ploutocratie tueuse et ennemie de toute démocratie. Et, au bout de ces rejets nécessaires et révoltés, prenons l’initiative, ne nous arrêtons pas à conspuer, mais conspirons-nous par l’action. L’initiative n’existe que par la volonté libre, celle qui n’attend pas les gestes de ceux d’en face, car attendre, c’est être condamné à réagir et ainsi perdre la préséance et la précession du faire et du devenir sur l’ennemi. La fin de l’histoire est une fumisterie des défenseurs stipendiés du capitalisme agressif; agissons, soyons à l’origine de l’action et par là-même, élargissons notre espace public libertaire! L’individualisme, loin de renforcer l’individu, le rend vulnérable parce que l’isolant sans le support de la communauté qu’il pourrait contribuer à structurer et dont il se sépare et se prive. Ainsi, sous prétexte de vie privée, on nous isole les uns des autres, alors que le système social détient toute notre vie privée en information dans ses banques de données. Drôle de vie privée! Alors que les maîtres des structures ont inventé les mégapoles pour atomiser la société,  pour gruger et égruger l’individu réduit à sa petitesse individuelle, efforçons-nous de former des groupes de pression citoyens pertinents et efficaces qui échappent aux institutions officielles de la rection sociale, de là, passons à l’action qui libère sans compter sur de faux regroupement tels certains syndicats affairistes d’Amérique du nord, soudoyés et institués pour freiner l’action réellement syndicale et libératrice. 

Oui, prenons l’initiative d’être libres en instituant nos propres repères du sens collectif, hors de cela, pas de salut social des majorités exclues dont le sens est voracement exproprié et ravagé par le système socio-économique contemporain, maître d’absurdités au pouvoir!   

 

1  Réifié = chosifié, transformé en chose

2 Phylétique = qui réfère à l’espèce. Ici, l’espèce humaine.

Montréal, ce 24 août 06

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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HAITI, SYNDROME DE L'OPPOSANT PERMANENT ROMANTIQUE ET PSEUDO RÉVOLUTIONNAIRE

. Par Camille Loty Malebranche

Il existe un véritable syndrome de l'opposition permanente qui a ses racines dans une dénaturation de la naissance martiale et héroïque d'Haïti, qui doit être appréhendé dans le sens de la théorie de l'inconscient collectif jungien qui évoque les " archétypes, ces formes archaïques de l'histoire des sociétés " pour expliquer le comportement social. Il nous faut faire remarquer ici que l'archaïsme change de référent temporel selon l'âge des sociétés. Dans le contexte d'un peuple jeune, vieux seulement de deux siècles et né par l'épopée martiale des preux va-nu-pieds de 1804, il va de soi que les archétypes de notre mythologie fondatrice nourrissent nos réflexes d'un tempérament de révolutionnaire chambardant, réflexe révolutionnaire latent, jamais abdiquant. Ce qui est honorable! Une combativité omniprésente, véritable énergie de fond de la vision du monde haïtienne, détermine la conscience sociale de notre peuple, combativité que malheureusement dévient les politiciens véreux et des représentants de secteurs rétrogrades qui ont toujours fait le malheur du pays par la déstabilisation et la violence. Il s'agit aujourd'hui de trouver les méthodes d'une mobilisation pacifique de notre peuple hyperénergique pour transformer la violence létale des déstabilisateurs en force vitale de construction du nouveau. Il s'agit de faire la varie révolution mentale et comportementale pour l'émergence d'une élite libératrice et désaliénatrice au service des majorités.

 

CONTRE LA MISOLOGIE, POUR LE DÉBAT RATIONNEL.

La misologie est définie comme la haine du discours rationnel, le refus de l'intervention du raisonnement froid et rigoureux face aux faits sociaux, et parmi eux, les monstruosités des idéologies mortifères. On se rappelle les eupatrides de la Grèce! C'est une cynique démarche des bourreaux démagogiques des majorités pour maintenir la société dans le dogme laïque de l'idéologie dominante et dans l'ignorance antirationnelle pour mieux l'asservir et la mystifier. C'est substituer aux élans naturels de liberté des majorités, la fausse rationalité monstrueuse et tératogène de la manipulation de classe. Les bourreaux susdits inculquent au peuple le mépris de ce et ceux qui peuvent l'amener à comprendre les causes cachées de sa condition où sévit le mensonge manipulateur et insidieux des oligarchies. Le questionnement - ce le géniteur de l'intellection des faits au-delà de leur phénomène, là où les problématiques s'enracinent avant de pouvoir dévoiler la nature et les faces cachées des choses, des faits ou des situations - est pourtant plus qu'un devoir, une planche de salut. Le combat des peuples n'étant presque plus militaire, mais davantage politique, diplomatique, idéel, idéologique et économique, toutes les ressources livresques et non livresques c'est-à-dire imaginatives, inventives doivent être mises à contribution dans la quête de libération des masses réifiées. L'intellectuel, comme toujours sans être ni Argos ni Janus, en tant qu'hyperconscient qui constate et prend position, doit arriver à lire et à fonder les nouvelles balises lecturielles pouvant traverser l'au-delà du phénomène des situations en transcendant les contingences individuelle pour appréhender la vérité essentielle et causale de l'action humaine, l'eidétique des situations.

 

PENSER LE CULTUREL COMME OUTIL D'HUMANISATION

La culture est avant tout le prolongement de la nature humaine à la fois dans le rapport à l'univers et à soi que l'homme manifeste tant sur le plan immédiat de l'usage que sur celui médiat de la représentation. Là où la nature est préhumaine et animale, la culture est la marque paroxystique de l'homme par l'émergence de cette chose exclusivement humaine : l'entendement et sa faculté de raison. À l'échelle sociale, la culture, plus qu'une fonction différentiante identitaire, est l'englobant, le macrocosme mental où s'enracinent tous les réflexes et réactions des civilisations. Abandonner la culture d'un peuple aux invertis intellectuels - ces sous-cultivés qui, aujourd'hui prennent la parole ou plutôt la polluent et la galvaudent, car parler est une lourde responsabilité que la faune anthropomorphe intéressée ne peut assumer - équivaut à un crime par omission. Parler dans l'espace public, c'est s'adresser à la raison des hommes et projeter l'accomplissement humain dans le social contre ces répétitions d'une idéologie de mode, d'un prêt à penser créé par la misologie, cet antidiscours agressif et hypercapitaliste du marché. Dans un monde qui amollit les tempéraments et affaiblit les caractères, il est certes politiquement incorrect, socialement abject de ne pas rester aux baragouins faciles qui déclenchent les névroses et les passions. Mais c'est une responsabilité d'intellect et d'humanité que de sévir par le bon questionnement contre l'absurde bêtifiant et abêtissant programmé du système en cours. Rendre la culture à son essence originaire, c'est saper l'impropriété balourde des pseudo discours de réussite d'individus suspects, réussite que la société de consommation réduit d'ailleurs à l'enrichissement matériel - l'opulence indécente des stars en est un exemple probant -, c'est humaniser les individus en les rendant à la dignité de la raison dans le champ de la vie séculière, loin de l'invasion des camouflets idéologiques, du culte auto-idolâtre d'une ploutocratie mondiale de droit divin!

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE aecmill@yahoo.fr

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 Plaidoyer pour la profondeur.

(contre la somatisation de la nature humaine)

 

     Par Camille Loty Malebranche

 

La culture populaire, hypermédiatique contemporaine est avant tout, celle de la surenchère du corps et d’une forme d’esthétique corporelle en fonction de la nouvelle iconographie somatique des revues  de mode. Les mannequins, tops modèles, sont devenus les faces hagardes - sans visage, car le visage est vie alors qu’elles sont images formelles animées, mimiques, modélisantes - du standard morphologique de corps humain admissible par la culture, sous peine de critique voire rejet de qui n’y correspond. Je ne parle pas ici de gens malades par boulimie, gourmandise, dérèglement de la nutrition et qui doivent objectivement améliorer leur condition de santé métabolique et leur forme physique. J’évoque ici ce qui fait figure d’une véritable doctrine de l’anorexie qui balaie le paysage culturel contemporain, où le corps exproprié, séquestré par l’inflation du discours néoesthétique de notre temps est devenu étranger à soi, prisonnier des modèles et standards esthétiques médiatiques. En fait, disons-le ce n’est pas du tout du corps humain et spécifiquement féminin qu’il s’agit mais du corps-signe, corps-objet de la consommation sociale qui incarne les vœux mercantiles des décideurs de la mode. Le mode de fonctionnement de cette somatisation de la culture de masse tend à redéfinir les données classiques du rapport de l’humain à son habitat biologique qu’est le corps et le dépouiller de toute intériorité. Cela, à l’analyser de près, entre dans le projet éternel de domination des oligarchies opulentes, des producteurs industriels d’objets et de biens de service qui tendent à rendre les caractères vulnérables et donc plus faciles à manipuler. Un homme totalement extériorisé, extraverti, vidé de toute la substance que révèlent les métaphysiques, les sciences humaines et les arts, n’est qu’un corps et un corps mou, une étendue qu’on peut aisément moulée dans la forme d’un imaginaire collectif amolli. Par ironie des valeurs toujours admises avant cette invasion de l’idéologie somatique, une somatologie totalement ignorante de la somatognosie qui met l’esprit d’accord avec le corps, de fait remplace philosophie et théologie, dénigre toute spiritualité intérieure et confère au corps la fonction duelle de chair et « d’âme ». Mise à mort de la profondeur, le système actuel est contempteur de l’esprit, et dans sa contemption, il initie un curieux paradoxe de déification et de réification du corps féminin. Chanté comme corps divin à l’image des déesses de la mythologie, mais aussi traîné dans la boue du sexualisme avilissant où une immense quantité des images de femme en vogue dans la banque des icônes à l’usage des organes de presse populaire, sont soi ouvertement soit suggestivement des expositions sexuelles, manière pornographique évidente ou voilée de représentation du corps féminin.

 

Alors qu’à coups de grands sous, l’ordre sordide du marché cache ses morbides effets, alors que la prostitution classique tombe de plus en plus dans l’illégalité, l’enrichissement pécuniaire « héroïse » et « surhumanise » des stars et des mannequins, ces nouvelles dispensatrices de la jouissance virtuelle d’une société désemparée de la vraie jouissance naturelle. Mais le triste de toute cette déchéance, c’est que c’est l’humanité qui s’appauvrit de l’essentiel, privée des valeurs fondamentales et pauvre de toute profondeur et transcendance. Le sacré avachi, profané par l’ère de la soma désincarnée et iconographiée, accomplit le vieux rêve d’être dieux démiurges qui a toujours hanté les oligarchies dominantes de l’Histoire des sociétés. Mais comme toujours quand l’animal humain veut remplacer Dieu par le mortel et l’absurde qu’il prétend produire en sens, c’est de la tératogénie qui remplace la Création et de la mécréance qui altère la spiritualité originelle de l’humanité.

 

L’homme n’est même pas encore procréé dans son essence que  l’animal humain, l’infrahumain lui brûle les étapes par la surhumanité dégénérée et monstrueuse des gargantuas industriels de la société de consommation. La somatisation de l’homme ainsi réduit à une seule dimension, signe la mort des hypostases sacrées qui, toute l’histoire, malgré errements et erreurs, ont constitué les référents de l’espèce humaine en rapport à elle-même, à l’univers et au sacré. Elle constitue le fond de l’abysse de l’homme sans humanité d’aujourd’hui qui cherche dans le triste séculier de représentation perverse de son corps virtualisé, séculier où il substitue une somatolâtrie c’est-à-dire l’idolâtrie du corps-icône à la piété spirituelle, un sens à sa déchéance incurable et ses misères irrémédiables par le fait même de cette sécularisation somatisante de la nature humaine classique!

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE      

 

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SUR L’UTOPIE (HAÏTI)

 

Par Camille Loty Malebranche

 

Je me suis toujours envisagé l’utopie, à partir de sa racine hellénique « ou-topos », où l’ «ou» « ne pas » devient « U », privatif du «TOPOS» devenu «TOPIE » qui signifie lieu, espace. Toutefois, ma vision de l’utopie se situe non à partir de cette excellente définition étymologique d’«espace du non lieu » que lui donne le sociologue Louis-Vincent Thomas, mais comme l’espace du lieu imaginaire qui est à l’intérieur de l’homme et que l’homme se crée dans ses projections passionnelles et sa quête d’accomplissement sur une terre où tout semble inachevé, privé d’aboutissement! L'utopie que Thomas More présente comme une île lointaine est sans doute l’un des concepts les plus complexes qui soient. Dans le contexte occidental, l’utopie de la souveraineté séculière de l’homme a donné naissance au mythe de la révolte du Prométhée voleur de feu, ce symbole du sceptre divin, pouvoir suprême tant créateur que répressif de Zeus. Prométhée désireux de libérer les hommes, voeu auquel il échoue, car nous savons qu’il passera lui-même par la crucifixion au Caucase avec un aigle lui dévorant le foie et ne sera secouru que par Héraclès qui l’a affranchi de ses chaînes mais n’a pu lui épargner le camouflet de régner parmi les barbares que furent les scythes. Comme si la révolte contre Dieu ne peut aboutir à terme, qu’à la déchéance, la barbarie loin de toute libération métaphysique de la personne humaine! En société, la liberté demeure la plus fragile des espérances en tant qu’elle est facilement passible d’aliénation c'est-à-dire de déviance tant par la vision dominatrice des bourreaux que par celle bornée des victimes qui n’en ont point l’usage. Il n’y a de libération sociopolitique qu’en pleine connaissance des coefficients des forces négatives, des risques et des rapports de force que sont les relations entre classes et entre états. Nous savons qu’au niveau de la science et de la technologie, de nombreuses utopies ont quand même vu leur fin heureuse : la conquête de l’espace d’abord aérien puis interstellaire est l’une de ces fins heureuses de l’utopie des hommes avant la montgolfière, le dirigeable, l’avion, la fusée… Toutefois, dans la complexité de visions aussi contraires qu’extrêmes qui caractérisent la liberté sociale, la liberté constitue un concept vertigineux  par sa polysémie et les querelles définitionnelles ou idéologiques quand il s’agit de la société, car si pour l’individu, l’homme seul, la liberté n’est que le choix du maître : Dieu ou l’Abandon; pour la société, elle devient rapport à l’autre, l’autre individu, l’autre classe, l’autre ethnie, l’autre société qui tous cherchent à régner et à dominer. D’où le cri de Sartre « l’enfer c’est les autres »! Car la liberté n’est possible que dans un monde où tous seraient égaux, or nous sommes dans une réalité où l’égalité est prisonnière du diable vauvert des rêves chimériques de l’humanité. Il faut, pour y arriver, combattre les grands corrupteurs qui aliènent autrui par le mensonge idéologique car c’est l’ennemi extrême de toute liberté, ce que j’appelle entr’aliénation, c'est-à-dire la monstruosité du bourreau qui réifie sa victime et n’est donc plus humain mais chose de ses méfaits, pas plus que la victime elle-même réifiée qui s’identifie, faute de modèle et d’émancipation psychologique, au visage même de son bourreau corrupteur! C’est cela l’héritage historique des pays ex colonisés, surtout d’un pays comme Haïti qui a connu le colonialo-esclavagisme le plus féroce qui soit, leur société se construit sur le modèle du colon parti mais dont les méthodes sont restées ancrées à l’échelle des rapports de classe. Voilà pourquoi, je l’ai toujours dit, la liberté passe ici par l’éducation humano-citoyenne en guise de catharsis pour réformer les mentalités et les comportements, dans le rapport des classes entre elles et des citoyens entre eux. Cela doit s’opérer par le démantèlement de l’État Moloch mangeur de ses fils, toujours en cours au pays. Cela, la société haïtienne doit évoluer pour y arriver par l’engagement citoyen, par une société civile organisée loin des vains vœux de chambardements permanents et d’instabilité politique chronique.

 

Il s’agit aussi de réduire les conflits sociaux en réduisant les écarts entre les classes par une économie dirigée sans pourtant faillir à un libéralisme politique respectueux des libertés civiles individuelles. Haïti doit y arriver pour être plus libre demain qu’hier et aujourd’hui.

 

Je reprends, en terminant, ma phrase fétiche :

 

 Je m’implique et nous renaissons, je m’engage donc nous devenons.

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE       

 

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Haïti, faut-il mettre l’intellectuel à l’index?

Par  Camille Loty Malebranche

Dépitée par les errements des « intellos » de caste, de chapelle et de classe, fonctionnaires serviles du livresque et de la répétition des formules et théories préfabriquées; dégoûtée de l’infamie des discoureurs stipendiés par les impérialistes et les colons; déboussolée par de soi disant clercs toujours prêts à prostituer leur conscience pour quelques glorioles pécuniaires voire la reconnaissance professionnelle des contempteurs de leur propre ethnie et peuple - la majorité haïtienne est devenue sceptique face au statut même de l’intellectuel. Mais du reste, qu’est-ce qu’un intellectuel? 

La crise, toute crise sociale met à nu les consciences qui doivent s’y manifester, et à fortiori, celle de l’intellectuel. L’intellectuel, ce penseur par essence et non par accident, est celui qui sait argumenter et structurer une pensée propre et autonome qui se distancie des prêts à penser, des courants en vogue et des discours passe-partout et de mode. Sa dignité est de prendre position par des idées selon sa lecture du réel, sa perception de l’eidétique des faits au-delà de leur phénomène. Il s’oppose à la misologie crapuleuse des uns ose proposer une vision rationnelle aux autres.

Penser comporte trois grands schèmes : La méditation, la réflexion, la cognition. Aucun de ces schèmes n'est présent dans les énoncés creux que certains idéologues forcenés de l’économisme néolibéral croient proposer mais en fait qu’ils répètent servilement à la suite des servants de la ploutocratie mondiale! Ils invoquent la liberté, mais hélas, ils ne savent pas que la liberté du riche ne peut être celle du miséreux que ce riche prive de tout. Ils ignorent que la liberté est toujours contextuelle, et en société, doit être prise d’abord dans l'englobant des rapports de classe puis interindividuelles. La liberté des majorités ne peut être garantie que lorsque la loi et les institutions limitent celle des forts de l'économie et des puissants de la politique pour protéger les faibles. En vérité, leur liberté proposée est celle que Hitler et les nazis proposaient aux forçats des camps de concentration par cette phrase inscrite au fronton de certains camps de la mort : « le travail, c’est la liberté! »

Tout le monde, même les plus ignobles ennemis des haïtiens, dit qu’il faille changer l’État haïtien mais dans quel sens? C’est là, la pierre d’achoppement de ces propos parfois sans thèse! En tout cas, ce n’est pas une politique ploutocratique qui changera l’État pour la démocratie, car ploutocratie et démocratie sont antithétiques dans les termes et par essence!

CONTRE LES BOBARDS NÉOLIBÉRAUX DES SPÉCIALISTES.

Dans le sens de cette intellectualité agissante dans le civil et le politique, l’intellectuel authentique doit démasquer les fausses thèses de libération venant des ennemis des masses et du pays : telles les billevesées du néolibéralisme. En effet, l
es fumisteries défendant le néolibéralisme sont de plus en plus tristement sans imagination, c'est une minable écholalie, un méphitique psittacisme, un méprisable stéréotype sans vrai argument - reprenant les mêmes arguties de la tautologie idéologique des néolibéraux avec leurs propulsions bushiennes - par des répéteurs qui refusent de voir ce qui se passe dans tous les pays d'Amérique latine et dans le monde entier contre les horreurs du libéralisme économique via Washington. Les peuples sont si bêtes qu'il faille leur forcer à accepter cette médecine bienfaisante contre quoi toutes les masses se rebellent. D'où Bush est l'homme le plus impopulaire du monde comme le dévoilent les manifestations populaires contre les infamies de l'ordre qu'il prescrit! Le concept de Mondialisation présentée incontournable comme une sorte de métaphysique religieuse du néolibéralisme, est un prétexte du capitalisme le plus sauvage, le plus extrême dont l'idéologie est de disloquer l'État pour transformer les pays en grand comptoir, les peuples en nouveaux esclaves au profit du grand capital sans nulle amélioration du sort des majorités populaires dont la pauvreté ne cesse d'empirer par la désimplication de l’État rendu gendarme des intérêts de la ploutocratie mondiale!

Au lieu d'aborder la question du rejet populaire de la libéralisation de l'économie par des pays de plus en plus nombreux, les néolibéraux préfèrent bêtement, comme toujours, prétendre un « humanisme  financier» et arguent que la privatisation n'est pas l'une des caractéristiques essentielles de ladite libéralisation.

 Quelle aberration! Quelle imposture!

L’occident a toujours voulu mondialiser ses merdes, le colonialisme, l'impérialisme et aujourd'hui le néolibéralisme se sont toujours voulus ou se veulent en leur temps, l’Ordre du monde! En ce sens la Mondialisation n’a rien de nouveau il n’a fait que changer de forme pour être dans l’esprit du temps! De toute façon, la mondialisation n’existe pas en soi, elle est toujours liée à un prédicat; toute mondialisation est mondialisation de quelque chose, mondialisation d’une idéologie. C'est dommage que l'Internet prête la parole à tous les négrillons de service de Wall street, comme ce nègre masqué qui voit en Napoléon colonisant et esclavagisant son héros et en Bush, le dieu démiurge d'un nouveau monde libre!

Heureusement que les baragouineurs de trottoir ne peuvent berner qu'une poignée d'ignares car les peuples ne sont pas dupes.

C'est tellement répugnant quand l'idéologie de l'économie politique s'accoutre de maquillage scientifique pour snober des désinformés. Et, quel danger pour la société quand des spécialistes dogmatisent et font de leurs dogmes mystificateurs, des apophtegmes pseudo scientifiques qu’ils voudraient imposer au nom de la bonne gouvernance et de la rationalité! Gare alors aux simplets qui se fient à ses bobards délétères et mortifères!

Le néolibéralisme et sa mondialisation est donc pour ses piteux répéteurs, échos des bobards du Nord impérialiste et ses cyniques promoteurs, une preuve de la balourdise des peuples qui ne savent pas accueillir ce qui est pour leur propre bien, car partout les peuples le pointent du doigt, le dénoncent et manifestent contre lui. Un bel exemple de sociodicée(1) où l’on blâme la victime!

 Mais attendez, les tyrannosaures vont se mettre à barrir par toutes sortes d’énormités, agressifs qui miment le discours et la gentillesse attrayants pour circonvenir les simples d'esprit!

Vive l'imbécillité savante des "analystes" du Sud, aliénés par leur introjection complexée des courants idéologiques de la ploutocratie du Nord! Vive les spécialistes-échos soudoyés pour trahir leur propre pays!

(1) Terme de Taguieff qui renvoie au discours d’une catégorie de sociétés centrées sur soi par ethnocentrisme ou autres motifs et qui accusent de crimes  toutes autres sociétés dissidentes par rapport à leurs valeurs. 

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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