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Retour vers Camile Loty Malbranche

HAITI, POUR UNE ESTIME DU SOI  ETHNIQUE ET NATIONAL.

pour un Hamlet caraïbéen et latino-américain.

Isis et la Libération des Ostracisés…

Idées pratiques pour un débat national vrai et fructueux.

AMÉNAGEONS LE NOUVEL ESPACE PUBLIC HAÏTIEN.

IL N’Y A PAS DE SPECIFICITE APPELEE « CRIME DE SOCIETE »>>

LA CHARITE, PRINCIPE DU VIVRE ENSEMBLRE  

DE LA SPIRITUALITE EN GUISE DE VOEUX de fin d’annee.

LA RELIGION COMME faux-fuyant SOCIO-POLITICO-ÉCONOMIQUE.

 

 

HAITI, POUR UNE ESTIME DU SOI  ETHNIQUE ET NATIONAL.

 

 (Contre la crise spéculaire des haïtiens)

 

                                   Par Camille Loty Malebranche

Nous commençons ce bref exposé par la définition de notre concept. Le prédicat spéculaire renvoie au miroir et traduit spécifiquement l’image que reflète le miroir. D’un point de vue métaphorique, l’action qui se déploie dans l’histoire individuelle ou sociale est considérée comme le miroir de la conscience de l’homme et de la société. Cette conscience qui se construit dans les contingences de l’histoire individuelle et sociale, et par les nécessités de réponses des individus et catégories sociales au conditionnement historique. La crise spéculaire est le déchirement de l’homme ou de la société traumatisée de sa propre image spéculaire que constitue son histoire et basculant dans la haine de soi projetée sur le ressemblant. C’est un suicide projeté sur celui qui rappelle au traumatisé sa condition par la ressemblance avec lui, et qui est le meurtre réel ou symbolique du ressemblant.

L’allégorie du miroir commence dans l’histoire humaine par la légende. Le premier homme se serait miré dans la rivière et y aurait contemplé son visage selon certaines légendes; alors que Narcisse, chez les grecs, ébloui de son reflet, se noya dans la fontaine à force de perdre conscience du danger de l’eau qui le reflétait. Malgré l’apparente mort, le mythe hellénique nous rapporte que de cette noyade de Narcisse, poussa la fleur Narcisse. Comme si la contemplation, même excessive, en imprégnant un individu même en le submergeant, finit par l’esthétiser, le propulser au rang de fleur. Ce n’est donc que si l’autocontemplation quelque inondante ou  excessive soit-elle, devient agressante d’autrui, qu’elle est négative et à éviter. C’est de ce dernier point de vue, de cette dérive de l’autocontemplation que le concept psychanalytique de narcissisme est péjoratif. Toutefois, en dépit de sa péjorativité, le narcissisme, quoique décrié, parce qu’il est précisément porteur d’autocontemplation, nous paraît inapproprié à traduire le cas haïtien qui est avant tout un cas de traumatismes historiques graves, de rejet de soi dérivant du rejet raciste subi de la part des tenants des puissants de la civilisation haineux du premier empire noir fondateur de l’antiesclavagisme et pionnier de l’égalité des ethnies. Nous connaissons tous les propos de haine de Jefferson et de Roosevelt contre Haïti, son ethnie et sa conquête de liberté, ajoutés à toutes les exclusions du pays principalement par la France et les États-unis qui ont imposé cette exclusion à leurs alliés!

Le pire mal de notre société, néanmoins, vient de l’intérieur, de l’héritage colonialo-esclavagiste des élites haïtiennes qui, par introjection du passé colonial français, refusent leur appartenance ethnique et préfèrent - au lieu de faire du pays un creuset pour de nouvelles valeurs et conquêtes étatico-nationales - reproduire pathologiquement à l’intérieur, à l’échelle des catégories sociales, les mêmes exclusions infligées par les colons et impérialistes de l’extérieur. Nous en sommes arrivés à une société empoisonnée par le ressentiment, le mimétisme du racisme, et une dichotomisation plurielle traduisant la polarisation idéologique de classes d’aujourd’hui. Les soi disant élites haïtiennes ont toujours péjoré leur propre pays et cru bon de se mettre avec les racistes étrangers dont ils se sentent plus proches que de leur peuple, leurs congénères pour conspuer le pays réel au nom d’un pays artificiel et d’apparats. Dans un pays où l’évocation ethnique de la société est une blessure spéculaire exprimée par les vocables péjoratifs « nèg nwè » et « milat» référant respectivement au teint foncé de la peau comme signe de ténèbre et à la peau claire comme signe de l’hybridité bestiale propre à cette bête de somme un peu brute qu’est le mulet, il nous faut nous réapproprier le langage. Nous devons donc refuser toute mièvrerie camouflant le mal par toutes sortes de préjugés. Dans un pays où, pour dépasser son peu d’estime de soi hérité des laideurs existentielles du colon, les uns miment les monstruosités colonialistes en humiliant systématiquement les autres comme par un apartheid inavouable, l’exorcisme ne peut se faire qu’en faisant face au mal. L’hypocrisie ne saurait que perpétuer la maladie. Aujourd’hui, la France et l’occident blanc en général font tout pour raturer leurs abominations racistes, ethnocentristes et antinoires en criant à leur non racisme! C’est que les saletés ethnocidaires et génocidaires de l’homme blanc le hantent dans les revendications vigoureuses de certains ex-colonisés ayant migré dans les ex métropoles et exigeant l’intégration. Trop longtemps, l’homme blanc a projeté ses tares de non estime de lui-même sur le noir, l’arabe, l’amérindien et le jaune en arguant de civilisation et d’humanisme. Les récents séismes des banlieues françaises et le scandale inqualifiable de la pauvreté des noirs de la Nouvelle Orléans dévoilée par le cyclone Katrina en plein cœur du pays de l’establishment le plus férocement impérialiste du monde, sont venus démasqués en notre temps toute la férocité et la sauvagerie de l’éternel civilisé blanc oppresseur de toutes les alterhumanités. Quand je vois à la télévision, un vieux français, présenter un livre intitulé « Fiers d’être français » pour se défendre de la mauvaise estime de soi du français interpellé par l’immonde passé colonial de la France, je souris ironiquement en pensant que ces gens-là ont tout fait pour priver d’autres de toute estime de leur être voire de leur humanité. Quand ainsi les descendants héritiers des pires déchets de la destruction d’autrui, de la négation de toute humanité différente, peuvent sans Réparation d’aucune sorte et surtout sans Restitution dans le cas d’Haïti mais en continuant leur logorrhée paternaliste et néocolonialiste, se prévaloir d’estime d’eux-mêmes, je commence à douter de leur soi disant dignité d’humanistes voire d’humains si vite portée à faire la leçon au monde au sujet des droits et du bien en général! La crapulerie cynique de ces néocolonialistes ne vise qu’à maintenir les ex colonies dans la misère et l’infériorité pour qu’ils puissent fagoter des troubles et instabilités politiques dans ces ex colonies et ensuite, intervenir comme sauveurs de la démocratie afin de ne pas payer leur dette.

RÉAPPROPRIATION DU LANGAGE

En évoquant la réappropriation du langage, commençons par trois transformations pratiques dans la nomenclature des choses. 1) On dira désormais {Clair ou Brun} au lieu de « nèg nwè ou milat ». 2) Exigeons l’appellation d’île {Quisqueya} en lieu et place d’Hispagnola que les descendants des colons aiment adopter par goût colonialiste dans les communications officielles afin de maintenir l’acte de changement de nom par lequel Colomb conquit pour eux cette île caraïbéenne. 3) Enfin, crachons sur le vocable sous-développement, pour {Pays non Structurés}, car il n’y a point de pays sous-développés; et surtout, parce qu’évoquer de la sorte des pays, c’est d’abord se référer aux hommes qui les peuplent pour les insulter. L’on comprend alors que le sous-développement renvoie au prétendu retard de l’homme du Sud par rapport à celui du Nord et constitue un sociocentrisme discriminatoire et péjorant.   

S’estimer demeure pour l’homme comme pour la société, une des racines essentielles de la projection positive de soi, socle de toute assomption de soi par l’effort mélioratif. C’est aussi, dans le cas de grave traumatisme psychique, la clé de l’abréaction et de la transcendance de la souffrance par le traumatisé! Je sais que pour certains aliénés et imbéciles de mauvaise foi, aborder un tel sujet nous confine au rang d’aigri, d’antiblanc (comme si le blanc, lui, n’a pas toujours été idéologiquement antinoir). Nous n’avons que faire de ces billevesées maladives de ceux qui n’ont ni la conscience de liberté ni la volonté de voir l’émancipation des peuples et catégories humaines historiquement et perpétuellement exclus par l’ordre raciste de l’occident blanc et de ses singes ou suppôts dans les pays ex colonisés.

Au lieu d’un statut de grabataires et d’assistés éternels auquel les colons pillards comme ceux de la France dont un sixième de la population a longtemps été allaité et dépendant de la vache laitière haïtienne pendant et après la période coloniale, sans compter les villes que ce pays a construites avec l’argent haïtien de l’époque saint-dominguoise, je crois que leur dignité de peuple surtout de leurs directeurs d’opinion, est d’exiger à leur propre État, restitution de la dette française aux haïtiens, tout en manifestant un respect obligatoire envers un pays que leurs ancêtres ont si crapuleusement détruit et haï. Qu’ils cessent leur galéjade à la Régis Debray, car presque toutes les tares haïtiennes dont celui-ci voudraient rire, ne sont que des reflets des tares ignobles de la France tellement complexée!

Cet article de fermeté contre l’imposture de dénigrement de ce que nous sommes, je le sais, sera sans doute abhorré par certains de ceux mêmes pour qui il est écrit, c’est hélas, le poids de leur aliénation!

Mais pour le reste - ceux qui croient à leur dignité et qui refusent la place de marginalisés planétaires que leur réservent les pires états voyous de la civilisation, états du nord qui sont les principaux coupables de la condition d’un pays comme Haïti dont ils ont toujours altéré la politique intérieure en utilisant politiciens véreux, bourgeoisie et petite-bourgeoisie locales complexées, antihaïtiennes voire antisud  - je sais que ces mots auront leur répercussion juste et bénéfique.

Conspuons les mulatrons mulatristes, coloristes de toutes origines se retroussant le nez sur la peau foncée par mimétisme simiesque de la négrophobie blanche, conspuons également les négrillons noiristes dont les nègreries comme le duvaliérisme sont l’envers même de toute émancipation du noir et une mise à mort de l’homme!

Que vienne le règne d’une weltanschauung haïtienne plénière, purifiée et sans exclusion, où l’homme haïtien, déposant sa vieille croix de colonisé, rejette toute autodiscrimination, tout autodénigrement ethnique et tous ses misérabilismes et épidermismes façonnés par les colonialistes blancs pour le manipuler, l’inférioriser et l’abêtir!

Mort aux idéologies de couleur avouées ou hypocritement inavouées! Mort au mulatrisme, au noirisme, au blancisme, au colorisme, ces puanteurs animales d’une espèce trop souvent indigne de ses prétentions à l’humanité voire à la déification!

  Ce 12 avril 2006, Montréal.

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE  

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pour un Hamlet caraïbéen et latino-américain.

par Camille Loty Malebranche

j’ai souvent considéré Hamlet comme le théâtre ontologique par excellence. Tout ce drame shakespearien est une sorte de méditation sur la situation de l’homme face au sceptre du destin qu’il peut choisir ou non. Le rapport à soi de la conscience humaine est aussi une liberté  qui se doit de s’approprier la vision du pouvoir suprême de cette liberté qui consiste à générer tout autre pouvoir possible. À opter pour la domination et le règne ou la soumission et l’abandon face aux adversités et aux nécessités de combat. C’est donc le pouvoir comme mise en scène du rapport de l’homme à l’être.  Le «to be or not to be » est en fait une évocation du sens de la contingence existentielle de l’homme, ou dans ce que nous abordons en cet article, la contingence conditionnelle de la société voire de communauté de sociétés voisines par le sort et les occurrences historiques. Nous sommes pris au factuel de conditions contingentes et pourtant, c’est là que nous devons affirmer contre toute imposition du sort, toute fatalité historique, notre vision de nous-mêmes. Dépasser les contingences et fonder contre tout fatalisme, son espace du devenir par la liberté, voilà la vocation suprême de l’homme et des sociétés.

Le pouvoir est avant tout une question de pensée et de projection de soi que l’élite dirigeante met en acte par l’action comme une définition et une manifestation identitaire de soi. Plus qu’une fonction différentiante et culturelle - comme c’est le cas de l’identité ethnique, sorte d’équivalent de l’identité génétique et naturelle de l’individu - l’identité étant, de la plus belle définition, l’unicité d’un être parmi toutes les unicités et altérités possibles, l’identité nationale constitue, par la politique étatique qui l’exprime, une force d’affirmation, une sculpture d’être de la société érigée en nation par l’État et que celui-ci propose à soi et au monde. D’où la nécessité de défolkloriser par la gérance rationnelle et rigoureuse, l’être collectif haïtien. Ni l’art ni le culte, ni les breloques de la culture populaire très changeante au rythme et à l’influence des grandes chaînes de télévision étrangères et du multimédia, ne peuvent être un fondement pour une réforme culturelle nationale où l’individu peut enfin devenir personne humaine plénière et citoyen responsable dans la cité.

La nouvelle politique du Venezuela de Chavez retrouvant Fidel Castro dans ce qui est en fait une affirmation de l’indépendance des peuples par une coopération horizontale de certains pays du sous-continent, exprime, bien au-delà de la dialectique classique du pouvoir entre droitiers/gauchistes, une réponse ferme des peuples au projet ploutocratique des néolibéraux de l’économie. Sans vaine polémique, des peuples du Sud, peuples de l’autre Amérique oubliée tentent d’échapper à l’inféodation féroce du capitalisme nord-américain triomphaliste d’après la chute soviétique, qu’une oligarchie du nord voudrait imposer comme allant de soi et sans possibilité de réplique de ses victimes. La propagande d’une imdépassabilité de l’ordre économique du nord et d’exigence incontournable de reddition des états du sud, se retrouve ironiquement démentie dans l’acte de résistance politico-économique pacifique de la nouvelle orientation de certains états du sous-continent latino-américain et de la Caraïbe. Alors que les économistes du nord et leurs suppôts disséminés çà et là au sud se masquent de prétextes et de conjectures scientifiques tout en adoptant une attitude dogmatique et viscéralement idéologique pour soutenir l’incontournabilité de l’ordre unique du néolibéralisme, la nouvelle politique d’échange régional et entre suds d’états de différents niveaux de ressources, est la voie que doivent emprunter les pays dignes et intelligents qui veulent s’émanciper de l’ordre ploutocratique que les oligarchies du nord veulent rendre mondial. Les allégations et logorrhées soudoyées de certains économistes traitres du sud mystificateurs et stipendiés par les tenants du nouveau capitalisme néoesclavagiste du Nord, démasquées dans leur inhumanité, attisent au lieu de la désarçonner, la volonté des peuples du sous-continent et augurent d’un nouveau visage plus digne et plus humain des économies régionales. Il ne s’agit guère ici de simple conflit classique entre capitalisme et socialisme mais d’exigence de se faire un destin socio-économique des peuples longtemps écrasés par les multiples fardeaux dissimulés de l’économisme malsain du Nord qu’il faudrait désigner aujourd’hui comme un « financiarisme » vu l’imposition de la haute finance notamment boursière à la véritable vie économique des peuples.» Arguant de la finance et des prospectives boursières, l’économie politique contemporaine est une mystificatrice de « l’économie réelle 1» des nations par l’économisme virtuel de la haute finance, un abysse idéologique pour ensevelir les peuples et pays du Sud où elle prône la démission voire l’effacement de l’État. C’est aussi un laboratoire de paupérisation de masse, de massification de la misère qui tend à fabriquer des pauvres, des miséreux afin d’en faire les nouveaux travailleurs esclaves pour des usines bénéficiant de la délocalisation des industries les plus cupides et les plus dangereuses du nord en quête de paradis fiscaux. L’intégration d’Haïti dans l’ordre alternatif de la nouvelle politique latino-américaine contre la mainmise ou tout au moins pour la limitation du nouvel ordre ploutocratique antisud, est essentielle à une diversification du soutien au progrès national et à une véritable aide de vrais amis sans faux-semblants.

 

Le Hamlet caraïbéen, la question de l’être ou du non-être latino-américain se répond positivement quand nos états à partir des choix de l’État, s’expriment dans l’autonomie qui passe par cette endogénéité régionale que tout pays responsable de la zone se doit d’intégrer sans rompre avec les puissances du nord mais en se donnant de meilleurs moyens de négociation par l’acte souverain de se doter d’une diplomatie clairvoyante et large en se dotant de relations internationales pluridimensionnelles diversifiées Sud-Sud et Sud-Nord où priment les intérêts du Sud.

 

1 concept de l’économiste engagé Ricardo Petrella.

 

Montréal, Ce 23avril 2006  

Camille loty malebranche

aecmill@yahoo.fr

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Isis et la Libération des Ostracisés…

 Par Camille Loty Malebranche

La mythologie, toute mythologie est synthétisation imaginaire et imagée de la réalité humaine et mondaine telle que la conçoit telle société selon son ethnie. La grande mythologie excède l’ethnique pour poser le problème de l’identité sur le plan de l’universel humain. En revisitant mes vieux ouvrages de mythologie, je suis retombé sur le fameux mythe égyptien d’Isis. Comme on le sait, Isis a inventé cette chose fondamentale dans la vision du monde pharaonique qu’est la momification en l’inventant rien que pour initier son frère-mari défunt au rite de la survie d’outre-tombe. Mine de rien, cette représentation d’Isis momifiant Osiris jalousement tué par Seth, et ainsi augurant de l’intronisation d’Osiris comme dieu des morts a souvent fait oublier la suite du mythe d’Isis dont les larmes sur cette mort du bien-aimé ont enfanté le Nil. Ce regard de la déesse sur la mort qui engendre la vie, le fleuve dont les eaux ont permis l’existence même de l’Égypte et de sa civilisation, la première grande du monde, est en fait le gage de résilience des brimés de l’histoire. On peut - en l’appliquant à la tragédie nègre des cinq derniers siècles, au fléau colonialiste et de la réification esclavagiste, à l’occultation de leur histoire dénaturée selon le plan macabre des néocolonialistes et ploutocrates racistes agençant structurellement la destruction et l’exclusion du négro-africain par le maintien des misères de la paupérisation - y trouver une herméneutique alternative de l’histoire. D’abord, Isis nous rappelle les bases originaires non occidentales de la civilisation, le monde s’ouvre dans une contrée africaine où comme le soutient Cheikh Anta Diop, des nègres ont réussi le prodige d’ériger, dans un environnement très difficile, un royaume prospère et puissant à la lisière du désert. Une rare force de caractère ethnique a permis le surgissement d’une représentation de l’homme et du monde qui a pris racine par la volonté d’hommes qui se sont avérés les fondateurs créatifs et inventeurs de toutes les grandes conquêtes de la civilisation et de l’histoire humaine. La suite de l’Histoire n’aura été que prolongement, correction, adaptation, révision et subvertissement de cette weltanschauung éblouissante de l’Antiquité. Quand on sait que l’Hermès trismégiste, « démiurge universel » de Platon n’a été que la copie hellénique du Thot égyptien, dieu du Savoir et des Arts, l’on appréhende la violence vitale de puissante civilisation égyptienne. Car tout mythe de la Création constitue une interprétation des origines à travers laquelle la société appréhende la source d’où ont jailli les caractéristiques qui forment son essence. Que Platon ait ainsi cru à Thot pour l’adapter si fortement à sa culture, prouve bien au-delà de ce que Diop a pu écrire, que la filiation égyptienne de l’hellénisme n’est guère le fantasme maladif de nègres en mal de se fonder un passé halluciné ou inexistant.

 

             Isis ou le mythe de la violence vitale.

 

Plusieurs aspects du mythe d’Isis révèlent l’incroyable élaboration de la mystique et de la métaphysique égyptienne de l’Antiquité. La préhension de l’univers par l’homme y figure déjà comme prémisse au logos grec. Le mythe demeure, certes, une perception collective et codée de dimension ontologique où le génie ethnique de la société se donne à voir. Le logos, lui, est le discours idéel ou idéologique de la société. Alors que le mythe se veut objectif, pérenne et positionne l’ethnie face à elle-même et au cosmos, le logos est subjectif et conjoncturel. Pour revenir à Isis, disons qu’Isis brise la sécheresse et fonde la verdoyance. Violence, ô combien vitale! Dans un environnement hostile et stérile, elle avait dans les yeux, ces miroirs de la conscience, ces fenêtres par excellence du corps et de l’âme, les ressources de germination d’un monde que sa douleur d’amoureuse allait libérer par ses larmes, Comme si l’amour et la douleur étaient les passages obligés de la vie. Comme la fille qui doit se faire dépuceler pour aimer et devenir femme, puis souffrir pour procréer et être mère. Dans cette perspective d’un féminin générateur d’être contre le néant, de fleuve fertilisant contre la rudesse arénicole de la stérilité désertique, Isis préfigure la juste place de la femme bien avant Déméter dont Luce Irigaray fera le prototype de la libération de la femme. Mais plus encore, Isis nous interpelle, au-delà de la mystique et la gnose qui tournent autour de son nom chez certaines confréries gnostiques, par la société nègre qui l’a engendrée, car elle prouve que la réification esclavagiste qui se poursuit par le complot de la paupérisation du noir dans le monde, est réversible vu les capacités de la civilisation nègre. Un une vision jaillissante pleurant la mort de nos ancêtres assassinés par le mal occidental, s’il est ancré dans la volition d’une voie propre et souveraine peut surmonter les héritages sordides et abjects du colon ou de l’impérialiste réificateur. Comme d’Isis, le fleuve de la libération doit venir de l’intérieur. L’on sait bien que l’eau est d’un sémiologie polysémique comme parturiente de la vie, comme jaillissement de l’esprit, comme onction du baptisé, Isis a en quelque sorte enfanté l’eau et donner au monde la possibilité de sortir de l’inertie. Puis, elle enfante et élève Horus, dieu des « azurs et des espaces célestes » dont le soleil et la lune constituant les yeux selon les mythographes, ne sont, à mon sens, pas sans rappeler la Totalité et le Temps, les Ténèbres et la Lumière, ces envergures cosmologiques de l’Être. Ainsi donc ayant assemblé et momifié les restes d’Osiris, et par une curieuse copulation avec ce qui représente non pas le cadavre mais la vie après la vie, Isis n’a sans commettre un acte de nécrophilie instigue la transgression de la loi de la mort qu’elle met sous la domination de l’homme. Car violer la loi du mal et réussir sa propre volonté sur la ruine de l’interdit, c’est exercer le pouvoir en domestiquant ce qu’est cette loi. Isis est donc l’emblème de la victoire sur la loi de l’effacement et l’ordre du néant. L’humanité en général, l’humanité nègre en particulier peut en elle transgresser les formes de mort que sont l’exclusion, la paupérisation, la violence agressive et létale qu’inflige le nord au sud. Car tout esclavage, parce qu’il brime la conscience, tant celle du maître que celle de l’esclave, parce qu’il est une entr’aliénation, c'est-à-dire ce jeu sordide et morbide du corrupteur infect se projetant sur le corrompu qu’il réifie et du corrompu réifié qui s’identifie à l’image de son bourreau corrupteur, est une mort à l’esprit et à l’humanité.

La libération du nègre et de tous les non occidentaux - dans un monde où il est évident que la couleur et l’ethnie détermine le sort d’une bonne part de l’humanité, sera en fait celle que les assignés à la marge, rendus derniers des derniers de la terre par le jeu abominable des forces racistes de l’économisme et de l’ostracisme occidental - échafauderont selon une nouvelle appropriation et adaptation de ce mythe fondateur de l’humanité qui contraste de loin avec la violence occidentale de la malédiction prométhéenne et de la course colonialiste augurée par l’Odyssée.

 

Revoyons Isis enfantant Horus et lui permettant ainsi de vaincre Seth, le jaloux meurtrier usurpateur du trône d’Osiris! N’est-ce pas exactement ce qu’il nous faut? Nous savons que comme Seth, l’Occident européen qui pataugeait dans la barbarie à l’époque pharaonique, a conçu l’ignoble et létale violence coloniale par laquelle il a tout volé. Puis, comme c’est toujours le cas, le vainqueur, combien immonde dans ce cas-ci, a créé un ordre qu’il impose aux expropriés et aux conquis. À nous donc de forger une juste transgression par une dialectique nouvelle et ludique qui tissera notre propre système et contre leur loi, un autre principe commun de libération. Libération qui sera aussi comme en 1804, celle de l’occidental pathologiquement esclave compulsif de ses richesses volées devenues obsessives. L’on comprend la mort de Dieu dans le contexte avaricieux de ces soi-disant maîtres du monde qui, constamment se cachent derrière le mythe de la couleur et du leucoderme supérieur pour dominer le monde. (Question plus que jamais à l’ordre du jour, car aujourd’hui encore, les Claude Imbert, les Sarcozy, les Finkielkrault et leurs complices, éhontés, osent parler des bienfaits du toxique et monstrueux colonialisme français et autre).

 Vouloir dominer, c’est déjà être malade et dénaturé. La liberté ne souffre pas d’être convertie en pouvoir de domination. La liberté ne peut être que le pouvoir d’être souverain sans détruire la souveraineté de l’autre. C’est donc plutôt une souveraineté avec qu’une souveraineté au-dessus. Une souveraineté qui reconnaît plutôt qu’une souveraineté qui agresse ou efface. Une Pensée-Mère, Idée-Motrice qui fait échec à la mort et la déchéance programmée!

 

 Renaître à nous-mêmes selon une nouvelle axiologie globale de la société, nous régénérer contre toute attente, par les valeurs endogènes au-delà du culte mais dans une rationalité propre à nous, voilà les victuailles du message isissien.

Le possible est à notre portée, il n’attend que la libération des consciences pour rafraîchir le monde de l’onde nouvelle qui fera de la page ténébreuse de l’histoire où prévaut selon Hegel l’insidieuse « dialectique du maître et l’esclave », un palimpseste où, mieux que sur un seing virginal, se rédige le chant lumineux d’une humanité rendue âmes libérées sur la ruine des ombres.         

Montréal, Ce 21 mars, 2006

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE     

 

aecmill@yahoo.fr

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Idées pratiques pour un débat national vrai et fructueux.

Par Camille Loty Malebranche

S’il est une mission impérieuse et incontournable du gouvernement issu des urnes et qui doit être investi prochainement au pouvoir suprême de la république, c’est l’organisation du dialogue national tant réclamé, tant argumenté et tellement fondamental pour la poursuite même de l’existence de la société haïtienne.

Il s’agit pour l’État fortement affaibli dans ses institutions de plus en plus dénaturées de sensibiliser et de convoquer non pour des comices mais pour un échange réel et sans complaisance, les catégories humaines et secteurs qui composent la société pour arriver à dégager les grandes lignes et avenues que prendra l’ordre social nouveau ajusté aux exigences combien nouvelles de notre société en pleine mutation démographique pour réinstaurer l’autorité et l’intervention publique en même temps que l’activité économique et l’action civile appropriée à la nouvelle donne collective haïtienne selon sa répartition dans l’espace géographique.

 

Responsabilisation des riches et intégration sociale.

 

Dire que les secteurs sociaux et catégories humaines doivent être convoquées implique la mise dans une position d’échange convivial, tourné vers le présent et le futur, ceux que la faille économique et l’apartheid de fait séparent par un dialogue de sourds et une haine réciproque sans cesse attisée et camouflée depuis 1986. Car il est évident que la plupart des grands nantis possédants d’Haïti, sauf les pires ignares et arriérés d’entre eux, se sont rendus récemment compte que la lumpénisation des majorités privés d’horizons et d’espoirs dans un pays sans lendemain parce que sans la moindre conscience sociale et planificatrice de ses nantis - je préfère ce mot « nanti » à « bourgeois » qui ne convient nullement au comportement philistin et contreproductif de nombre de nos richissimes possédants - ne peut que chambarder leur propre privilège. Toute oligarchie puissante régnant dans un environnement de misère croissante doit un jour ou l’autre faire de sérieuses concessions pour ne pas tout perdre. Ce n’est pas une menace mais une loi de l’histoire des sociétés! Regardons l’Afrique du Sud, le Chili, le Brésil…

 

Ainsi perçu dans l’humilité de nos positions citoyennes, nous proposons donc un dialogue qui doit durer le temps qu’il faudra pour qu’y participent toutes les catégories humaines constituant tous les secteurs vifs de la société haïtienne déchirée comme par le pire des tribalismes et la plus féroce des visions de castes à cause de la désimplication et de la passivité de ses élites économiques d’abord mais aussi politiques, intellectuelles et professionnelles d’une part et l’exclusion des masses et couches moyennes de l’autre.

Cela implique donc une véritable conférence entre les vrais représentants délégués des départements (villes campagnes) et aussi de certains secteurs névralgiques tels dans les mégapoles comme Port-au-Prince, un échange sans arme ni injure entre les délégués des bidonvilles et ceux du secteur des affaires et de certains cossus qui ont tout fermé pour se consacrer à l’informel… Tous les problèmes doivent être posés et au lieu du spectre du chambardement qu’entretiennent des groupuscules politisés sans nulle représentativité démocratique lorsque viennent des joutes électorales - car on ne peut construire un pays par le chambardement permanent et l’anarchisme grotesque d’affairistes se disant porte paroles de secteurs auxquels ils appartiennent mais qu’ils ne représentent pas n’étant nullement délégués. Nous devons avec l’argent de ceux qui possèdent et qui n’ont jusque là participé au revenu de l’État pas même par le paiement fiscal et l’acquittement régulier des factures d’électricité, arriver à soulager immédiatement les misères criantes et infrahumaines comme la faim, la maladie et créer des formes coopératives pour les pauvres afin de débloquer la condition économique congestionnée qui écrase des masses. Il faudra par la suite une politique d’accompagnement, de justice sociale, de sécurité publique, de planning familial et d’investissement dans l’agriculture et l’agro-industrie, la pêche, l’art, l’artisanat et le tourisme pour réorienter le pays vers un fonctionnement social et étatico-national normal.  

 

Ces propositions, ne sont peut-être que les conseils d’un citoyen solitaire, mais je crois que par delà les orages d’une mise sous tutelle totale constamment imminente selon les dires de certaines crapules de l’O.N.U. ou de l’O.E.A., la prise en main de soi signifiera l’échec des contempteurs de l’ethnie haïtienne et imposera au monde, l’autodéfinition politique, idéologique et identitaire d’une société qui brandira sa capacité de se réguler et de se constituer un État Nation viable. C’est par une nouvelle vision de soi et du monde avec une projection collective pour le devenir futur et une redéfinition de l’axiologie sociale que la société affirmera le soi commun dans le rationnel politique loin du folklorisme dégradant auquel quelques imbéciles étrangers comme J.V.Valdes dans ses logorrhées et certains tenants éhontés de conférence sur Haïti, vu leur passé colonial qui a détruit ce pays,  voudraient inexorablement l’assigner.

 

Que vienne enfin le temps des haïtiens dignes, responsables et capables de projeter et d’assumer par l’action leur destin vraiment national! Que viennent - ainsi que le soutenait le controversé président Salomon au dix-neuvième siècle, malgré sa part de faute dans le déchirement cumulatif de la société, en cette aurore du vingt et unième siècle - les temps patriotiques qui n’ont jamais succédé aux temps héroïques!

 

 

Montréal, ce 9 mars 2006

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

  aecmill@yahoo.fr

     

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AMÉNAGEONS LE NOUVEL ESPACE PUBLIC HAÏTIEN.

 Par Camille Loty Malebranche

 Disons d’emblée que l’espace public est celui de l’intervention plurielle de chaque secteur de la société dans ce qui concerne la communication, la structuration et les modalités du vivre ensemble. Selon la tradition biblique, de Babel au Cénacle, le parcours mystico-religieux de l’espèce humaine est scellé par la communication. L’état et le devenir humains semblent illustrés à travers les turbulences de la spiritualité et de la mystique qui se communiquent par le langage que suivent l’action et la révolution ontologique (c'est-à-dire existentielle de l’être humain)… La Pentecôte, en effet, célèbre la communication retrouvée au Cénacle d’où Pierre, possédé par le Paraclet de Dieu parla à tous ceux qui l’entendirent ce jour-là dans leur propre langue. Revanche de Dieu sur l’incommunication entretenue par les intérêts confus des hommes de Babel. Revanche de la communication. Comme si la bonne communication n’existe que dans les projets salvateurs et vivifiants où les hommes forgent en harmonie leur destin et planifient leur réussite collective sans basculer dans la mégalomanie manipulatrice que dicte l’orgueil. On peut aisément imaginer qu’à cette tour primitive devenue Babel par malédiction ainsi que nous le rapporte la mythologie de la Genèse, les tribus et ethnies croyaient s’utiliser les unes les autres pour qu’enfin l’une emportât le pari hypothétique de la conquête du vide sidéral confondu au ciel. Mais le vrai ciel, c'est-à-dire l’accomplissement d’un homme ou d’une nation ne peut-être acquis ou conquis que si cet homme ou cette nation se fonde un objet précis et sensé où sa réussite ne constitue point ni l’échec ni l’utilisation du semblable fût-il étranger, qui le côtoie.

Si je fais cette digression vers le mythe et le dogme religieux pour évoquer la place éminente de la communication dans la réalité humaine et sociale, c’est pour marquer l’importance fondatrice et déterminante de la communication dans toute entreprise sociale et étatico-nationale. L’espace social, espace public par excellence, espace du vivre ensemble, ce qui dépasse à mon sens par son injonction et son devoir de collaboration pour la subsistance le simple « mitsein » (ce vivre avec) qui définit toute communauté humaine et qui est présenté comme une sorte de fatalité due à la socialité voire à la grégarité des humains. L’espace public est avant tout une communauté de droits et de devoirs ponctuant la communauté supérieure d’essence et de destin social et national. Il s’agit de construire la citoyenneté; et puis, de créer les différentes institutions culturelles, éducationnelles, juridico-légales tant matérielles qu’immatérielles qui favorisent la communication publique, l’échange citoyen où le nanti de toutes sortes participe à l’enrichissement collectif. Il chaut donc de réformer la structure même du mode d’existence sociale de l’individu et des secteurs d’intérêts. Avoir, l’ouverture et les institutions garantes des droits mais aussi disposer de toutes les structures de la répression juste pour forcer les antisociaux de toutes espèces à contribuer au bien collectif. Les visions bornées et mesquines des élites économique et politique bêtes qui, jusque là, ne voient que leur petits intérêts immédiats en oubliant que le pays, pérenne, doit primer dans leur choix de génération, doivent être impitoyablement réprimées par la loi pénale. Ainsi donc, c’est encore la nouvelle culture d’élite libératrice qui doit aujourd’hui prévaloir, en tant qu’une nouvelle élite avant-gardiste, active qui prend l’initiative sans se contenter simplement de réagir (car en fait l’homme réagit beaucoup plus qu’il n’agisse), pour réengendrer le modus vivandi collectif. Réforme du penser et de l’agir, réforme de l’imaginaire et des mythes négatifs. Car parmi nos mythes, il en est de purs défaitistes. Le mythe de Boukman, par exemple, en insistant d’abord sur le caractère surnaturel et le délire de toute-puissance du chef, a, sinon altéré, mais tout au moins, traduit la conception du pouvoir haïtien comme si le sang du porc coulait dans les veines de certains secteurs forts des « élites » hiératiques du pouvoir économique et politique pour « cochoniser » la société prise au lasso de leurs monstruosités, eux qui ne colligent que leurs cochonneries évidentes dans l’espace public dénaturé par leurs méfaits. Car certains éléments mythiques, un peu comme des totems, sont à ce point tellement indicateurs de la projection du choix social des élites, que telle élite choisissant l’aigle, conquiert; telle autre optant pour l’étoile, brille; alors que la nôtre acceptant le porc bascule comme par réflexe dans une histoire semblable à une porcherie, une cloaque infernale.  

 

TROIS MANICHÉISMES CONTRAIRES À LA          COMMUNICATION CITOYENNE À UN ESPACE PUIBLIC SAIN.

 Aujourd’hui, par delà le nacissisme de ceux qui cherchent le plébiscite des niais et des flatteurs, par-delà le tribalisme dont les signes bicentenaires sont ceux du collorisme mulatriste ou noiriste, par-delà le sectarisme qui s’exprime dans les préjugés minables, les orgueils sots, les jalousies et méchancetés interpersonnelles de ceux qui croient que dévaloriser ce que l’autre fait de bon, les grandit; les vrais amis d’Haïti, haïtiens ou étrangers embrassant sincèrement la cause haïtienne, doivent entreprendre la nouvelle croisade des mentalités et comportement en élaborant une autre axiologie (échelle des valeurs) pour redéfinir Haïti loin de ces ostracismes manichéens voire idéologiques, générateurs des polarisations groupusculaires violentes qui consument le pays. 

 Du complexe d’abandon improprement appelé « complexe de Caïn » par Piaget - (car Caïn avait tort de se plaindre d’une prétendue défection ou déréliction ontologique puisqu’il fut l’abandonnant qui violait les principes de la relation avec Dieu et du rendez-vous avec le destin) - nous devons comprendre que nous sommes sinon les seuls, mais les premiers à pouvoir faire quelque chose de nous et pour nous. Si nous nous abandonnons nous-mêmes fatalement à la défaite par indignité et impéritie, ne nous étonnons pas que l’univers entier nous abandonne! Ce n’est certainement pas une civilisation occidentale prédatrice, impérialiste, raciste et ploutocrate, protagoniste de l’échec haïtien en tant que corrupteur des secteurs du pouvoir traditionnel qu’elle a toujours téléguidés, qui nous viendra au secours.

 Réinitialiser la communication dans son élément de base qu’est le dialogue serein entre les nouveaux clercs et de ceux-ci avec le pouvoir et le peuple pour rejeter les vices et pièges et dépasser la claustration d’une mentalité réduisant le discours public en idiolectes clientélistes et politiciens, voilà notre mission nouvelle d’haïtiens. Nous ne voulons pas de pontifes proclamant ex cathedra, urbi et orbi, les pires inepties en accusant sans cesse autrui de mésinterpréter leur répétition maladroite, véritable psittacisme grotesque de théories de la sociologie des administrations, théories inapplicables dans le contexte haïtien actuel. Car, il nous faut des créateurs, des imaginatifs au pouvoir et au timon des communications de masse pour refonder le monde haïtien. L’échec en Haïti des technocrates pétris de la culture administrative et excellents exécutants dans des structures fonctionnelles à l’étranger, prouve qu’il nous faille penser la refondation de l’État et remodeler la société pour briser cette croix de la défaite où le destin haïtien semble cloué.

 L’espace public n’a de sens que s’il demeure le lieu du discours citoyen dépassant l’émotion des paroles partisanes pour regarder objectivement afin de pouvoir les aplanir ou  les combler, les pierres et aspérités maudites où le projet social et la constitution d’État-Nation haïtiens ne cessent d’achopper.

 L’espace public haïtien doit être un lieu d’échanges pluriels pour les nouveaux compromis sociaux permettant aux différents composants de la société haïtienne actuellement en miettes, de se remettre ensemble selon une modalité viable et gagnante.     

 Contourner la « coprolâtrie » (ce culte et promotion de la salissure de toutes sortes) propre à certains secteurs dirigeants malsains et briser l’incommunication voire la misologie, (cette haine de la raison et du discours critique qu’elle enfante), pour repenser nos bases axiologiques (c'est-à-dire les valeurs régissant notre société) : telle est notre vocation, nous de cette génération qui avons hérité de l’échec cumulatif sévissant aujourd’hui au pays.

 Seuls les rêves forts et volontaristes forcent les murs pour entrer dans le monde et le changer. Seuls les rêveurs agissants avec la volonté forte qui excède de loin les velléités et volitions individualistes étriquées, peuvent aller au-delà du réel et d’eux-mêmes pour engendrer la nouvelle réalité.

 Le mot d’ordre nouveau et salvateur ne peut être que celui-ci : Aménageons le nouvel espace public de pensée, d’action et de vrais échanges, sans faux débat, pour révolutionner le substratum socio-étatico-national haïtien.

 Montréal, Ce 14 janvier 2006,

Camille loty malebranche

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IL N’Y A PAS DE SPECIFICITE APPELEE « CRIME DE SOCIETE »>>

Le vocable  de "crime de société" évoqué par Pradel Henriquez pour qualifier le meurtre de Ginou Mondésir, présentatrice vedette de la télévision haïtienne tuée par son amant, comme spécifique est assez difficilement soutenable ou démontrable. La logique du crime commis par un être humain, en tant que l'homme est réflexement et réflexivement  structuré par la société,  est toujours sociale quoique liée à des causes mentales, caractérielles et psychologiques conscientes et inconscientes. Le crime, bien qu’il soit fortement ancré dans les méandres multiples des subjectivités et donc projet macabre du sujet humain, est toujours produit d'un comportement objectivement motivé par le social. Tout crime, parce que fait humain, est, pour reprendre cette expression impropre "crime de société", depuis que les premières hordes humaines existent et que la société même sans Etat a été fondée au commencement de la civilisation de l"homo Sapiens. Par exemple, un couple qui vivrait à l'écart du monde, seul dans la nature, ignorerait tout du problème de la jalousie. Dans ce cas, l'un ne dévorerait l'autre qu’en cas de disette et de grande faim dans un acte d'anthropophagie pour survivre en apaisant sa fringale. Ce serait un acte animal, pas un crime. Car le crime implique une conscience legiférable et justiciable. Hormis les meurtres de prédation par besoin de nourriture qui relèvent de la survie animale, tout crime d'un être humain contre un autre, est social ; je ne vois pas d'exception à cette règle ! Surtout pas la passion qui pousse au meurtre n’y fait exception, car elle est due à la possessivité que crée la société en attisant la compétition vis à vis de tout rival par le sentiment de propriétaire de l’autre inculqué à chaque membre du couple  dans son rapport au conjoint (ou à la conjointe).>>

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CAMILLE LOTY MALEBRANCHE>>

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LA CHARITE, PRINCIPE DU VIVRE ENSEMBLRE

                              Par Camille Loty Malebranche

En ce début d’année, je propose cette brève réflexion sur l’Amour et la Charité.

Souvent nos voeux les plus chers gravitent autour de ces deux grands piliers de la Morale immémoriale qui a prévalu dès le début de notre parcours d’espèce dominante et insolite de la Terre. Sans basculer dans une théorie de « l’ultrahumain » à la manière de Teilhard de Chardin avec sa vision de la conscience comme « noosphère » (nouvelle sphère insolite) dont l’apparition aurait définitivement lancé la nouvelle espèce humaine dans l’Evolution qui l’a distingué des phyla primitifs de simiens et d’hominiens, sans entrer donc dans des dédales mystérieux du déploiement de la conscience humaine dans sa pluridimensionnalité, déploiement qui, de toute façon, s’est opéré par des facultés innées naturelles mises en acte dans les acquis de la culture sous les sollicitations de la biosphère et du social, un principe universel semble transcender toutes les différences ethniques, culturelles et individuelles des hommes : la vie avec l’autre.

Ce principe du vivre ensemble (que la philosophie appelle mitsein c'est-à-dire l’être avec) inviolable comme tout principe, comporte une règle-motrice qui est la clé de voûte de tout ce qui est humain, le sens ultime de toute existence d’homme, c’est la Charité.  Du principe qui est fondement à la règle qui est structure, l’un et l’autre étant inviolables parce qu’inhérents à la nature même de ce que respectivement, ils déterminent ou régissent, il n’y a pas de loi, car la loi n’est que la codification sociale toujours violable des normes que choisissent les dirigeants de la société.

C’est donc le principe sans loi du vivre ensemble que je nous propose de revoir d’après la Charité.  Et si je dis Charité et non Amour, c’est pour éviter toute ambiguïté polysémique, car la Charité est ce transport impersonnel, fraternel vers le prochain, vers l’autre semblable, transport qui refuse l’emotion-passion et l’implication sentimentale; alors que l’Amour est mouvement fortement passionnel et personnel se corsant dans l’élection d’une personne sur qui nous fixons toute notre attention et émotion. La Charité est essentiellement morale et mode de rapport général aux autres alors que l’Amour est sentimental et relation ciblée interpersonnelle.

Je nous souhaite donc de garder notre Amour en ce qu’il a de passionné de personnalisé et de force de caractère, mais d’exprimer dans la vie de chaque jour, l’impersonnelle Charité dont l’apôtre des gentils a fait à raison, la plus haute des vertus théologales, celle qui, de toute éternité anime Dieu et élève l’homme jusqu'à la stature de la déité. Que l’Amour passionné et irrépressible de cet être à la fois Tout Autre et Tout Semblable qu’est Dieu, nous engage à la Charité pour l’homme notre semblable !

Qu’au-delà du caractère prescriptif et prohibitif de la loi, que par delà les réifications systémiques des hommes rendus simples individus privé du statut effectif de personnes, nous soyons des porteurs de solidarité, de respect, de sollicitude et d’estime, ces trésors sans prix, ces règles transcendantes qui ne se commandent point et qui sont le socle de la parfaite Charité appelée à devenir en nous, norme gravée dans le seing virginal de nos âmes en quête de déification!

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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DE LA SPIRITUALITE EN GUISE DE VOEUX de fin d’annee.

 

Par Camille Loty Malebranche

Je déteste la routine qui veut que pendant la saison dite des fêtes, des gens froids, indifférents souhaitent le « meilleur » a d’autres qu’ils ignorent a l’année longue, j’ai donc longtemps hésité a présenter ces propos votifs a tous mes amis de partout. Mais pour ceux qui me lisent, ceux qui croient encore en Dieu, l’Infini Suprême et au Sens dont il est le seul dispensateur, étant le Véritable, je rédige ces quelques lignes qui suivent :

 

Alors que la liturgie romaine officielle consacre cette période dite de Noël, à l’Incarnation du Verbe, nous devons nous rappeler le mystère du Christ qui s’incarne en l’homme Jésus mais aussi et surtout celui du dualisme Createur-Creation qui donne sens à la foi chrétienne. Car le Christ incarné est le messager de ce mystère de Dieu qui, tout en étant le Tout absolu, la Totalité ubiquitaire, la Plénitude sans limites, l’Etre a qui en principe rien ne s’ajoute parce qu’on ne peut rien ajouter a l’Infini, s’est retire, s’est vidé (ce que les théologiens appellent kénose) pour laisser apparaître ce qui n’est pas Lui sans pourtant cesser d’être Plénitude et Infini. Si Jésus, le porteur humain du Christ incarné, le théophore parfait créé pour recevoir le Christ descendu parmi nous, n’est pas né au mois de décembre, comme on nous le laisse croire, mais au mois de Nisan, au début du printemps, c’est pour rappeler aux hommes qu’il est le nouveau printemps de l’humanité renouvelée en Lui et par Lui, c’est pour nous insuffler un nouveau départ par la foi, la méditation de ce mystère de Dieu et de la Création que contestent complaisamment toutes sortes d’hypothèses farfelues dites scientifiques sans aucune démonstration de leur prétention. A l’heure du retour en force de l’athéologie qui supplante les théologies négatives de l’athéisme classique, a l’heure des idolâtries nouvelles fomentées par l’ordre économique des ploutocrates, a l’heure du scientisme devenu religion séculière que j’appellerai « epistemolatrie » avec ses abus sur les consciences faibles, le mystère du Christ et de son Incarnation nous rappelle, Verbe Divin Eternel qu’Il est, notre condition de créature et de finitude dont le but de la présence dans l’existence est de rencontrer le Créateur pour vivre l’amour divin, la seule cause de notre création et accomplir notre vocation d’Infini en tant qu’image de Dieu.

Hélas! En notre temps ou l’humanité se reconnaît plus comme animale en rejetant le prédicat humain qui - justement apposé au substantif animal dans le vocable d’animal humain - était gage d’évolution vers la rédemption, la transcendance et la spiritualité, je nous souhaite de retrouver les réflexes naturels de l’élan au divin en dépassant chaque jour les appels sombres de la déchéance bestiale qui guette la civilisation autrement et nouvellement mangeuse d’homme d’aujourd’hui!

 

Que Dieu et son Image en nous, le Fonds Spirituel qui nous parle d’infini et de Splendeur cachée malgré les pires laideurs de l’actualité du monde contemporain, nous libère par notre attention nouvelle des idoles et des systèmes dénaturants en cours dans le monde! Puisse l’homme, ce projet de fils pour Dieu a travers le Christ, crier plus haut en nous au point de réduire au silence les bruits mortels des bas-fonds de ce monde! Surtout n’oublions pas de focaliser notre attention sur le Christ incarné, car l’homme, dans sa part de liberté, choisit son maître, dominé qu’il est par ce sur quoi il fixe son attention… Fixons donc notre conscience sur le Christ Libérateur qui affranchit de la mort et de ses pulsions intérieures et extérieures de toutes sortes, pour enfin être libres!

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE       

 

 

 

LA RELIGION COMME faux-fuyant SOCIO-POLITICO-ÉCONOMIQUE.
 
Par Camille Loty Malebranche

 "Prier pour le pays afin qu'il change, dit le prête ou le pasteur aux pauvres ouailles qu'ils dirigent"!

  Proclamation endormante qui refuse de proposer l'action en politique et où, lorsqu'elle est enfin proposée selon l'homilétique idéologique, dans le prêche, prend les contours de l'aventure de perte qu'est l'électoralisme dans un contexte de dislocation institutionnelle et de corruption structurelle nationale. Car Dieu est tout-puissant mais respectueux du choix des hommes! Jamais, il ne remplacera les hommes dans l’action volontaire et libre du choix de leur destin temporel. La religion est chez les haïtiens, la mise à mort des principes divins, l'indice le plus probant de l'inactivité et de l'abandon de soi à la misère plurielle qui affecte le pays. Combien d'entre ces foules compactes et informes à traîner dans les églises cherchent réellement une entéléchie spirituelle et ontologique, ces vraies fins de la foi! Les uns, gros débiles entraînés par la famille, y vont par habitude, sorte de dépendance réflexe de dénomination religieuse parentale. Là, je parle des prétendus chrétiens, attachés normativement aux dites églises mais restés grossièrement bourgeois dans leur vie économique et quand même provaudouïsans dans certaines attitudes superstitieuses. On sait qu'il y a des pasteurs qui vont consulter le houngan avant de créer une "église"! C'est à demander à tous ces farceurs, combien d'entre eux, en cas de graves problèmes persistants, (maladie ou autres) ne recourraient ou ne feraient pas recourir à des houngans, en leur nom pour les résoudre! Il y a parmi les cultes réformés des dénominations qui, à Port au Prince, sont particulièrement vouées aux petits-bourgeois pratiquant sans foi et par habitude, églises des défilés de mode et du prêche pompeux du samedi ou du dimanche matin alors que d’autres gèrent la "foi" aliénée et désespérée de certaines masses, étant majoritairement portées vers les strates infortunées des couches moyennes et des pauvres miséreux ainsi constitués en nombreuses  sortes de sottes églises. Cela, sans omettre le catholicisme, avec son abjecte histoire de toutes les inquisitions, de tous les autodafés, du racisme ethnocidaire et génocidaire de tout ce qui n'est blanc ou occidental, dont la "fréquentation" varie considérablement avec les paroisses. Nous sommes sans prétention taxinomique et nous avons surtout parler de la réalité surtout urbaine car toutes ces dites religions s'accommodent bien de la paysannerie en dehors des villes. Le vaudou, sauf exceptions, fait, lui, une quasi unanimité soit comme vraie pratique visible ou discrète soit comme pratique occasionnelle lorsque vient le malheur non élucidé. Toutefois, marqué par le mensonge métaphysique, usant de mystification et d'intimidation mystique, le vaudou haïtien est un glaive à double tranchant. D'un côté, c'est vrai qu'avec les liens mystiques de l'haïtien et de  ses terres et communautés attachées à elles par les relations aux esprits ("bitasion") la dépossession foncière a été impossible même au plus fort de l'occupation étasunienne de 1915. Il faut souligner aussi que le vaudou est aussi un lieu d'entraide agricole et économique entre des paysans de même "bitasion". Toutefois, le vaudou est à la ville, une plaie pour les gens du peuple qui s'entredéchirent derrière une paranoïa mystique où prévalent la sorcellerie, la suspicion, l’insanité des potions malodorantes et empoisonnantes et toutes sortes de négativités criminelles. Je sais, on me rétorquera, que cela, c'est de la sorcellerie, mais rien ne sépare de manière nette et diamétrale les pratiques vaudoues dites authentiques « ginen » de cette sorcellerie en fonction de quoi d'ailleurs elles semblent vivre et se nourrir. Qui d'entre ces débiles culturalistes qui pérorent au sujet de l'innocence du vaudou ferait confiance à un vodouïsan déclaré pour veiller sur son bébé en son absence ? Il faut que l'haïtien cesse de mentir à lui-même et à l'univers entier pour purifier ses propres pratiques !
       La vision religieuse débordant le cadre métaphysique qui est le sien par excellence, sans être adaptée par une pensée d'approche de l'action sociale et du réel, envahit chez le peuple haïtien, le champ de sa compréhension de la réalité. Le peuple se retrouve figé dans un non monde, une condition non gérée que hantent les esprits auxquels aucune tâche de gestion de la réalité ne peut naturellement être confiée. Alors, mystification et inaccessibilité frappent le monde haïtien échappant aux modes de rationalité propres qui pourraient le transformer positivement et le situer pour l'émancipation sociale par l'action civique et l'engagement citoyen. L'abandon de la saine approche qui, ici ne peut être que rationnelle, et l'interpénétration des schèmes religieux et civiques, d'ailleurs non interchangeables, enténèbrent mentalement, figent un faciès létal à la vie haïtienne nourrie de toutes sortes de d’irrationalités amollissantes et aliénantes de l'être social. La confusion des places logiquement et naturellement assignées aux différents schèmes de l'être collectif, provoque une sorte de dysfonctionnement de l'organisme qu'est la société. La logistique de Frege et la logique modale de Willard - cherchant respectivement les nuances référentielles d'un même objet dans la chaîne signifiante, polysémique, à travers les variations formalisées, contextuelles des énoncés verbaux, chiffrés ou réels des configurations modales instituées par l'esprit - nous instruisent très richement sur l'organon de la structure de tout système ou mode de penser  et d'action organisatrice possible. Les rôles, étant structures, sont rigides au-delà de la malléabilité et de la souplesse des éléments. A moins qu’on change de structures puis de système! (Toutefois, notre vision holistique croit que malgré leur interaction, les éléments peuvent changer en soi avant le tout systémique qui les englobe car nous refusons toute synecdoque analytique). Le système vétuste, anachronique et inapte d'Haïti ne peut faire face au monde contemporain, encore moins qu'il n'a jamais pu le faire sous les gouvernements des temps d'avant. Le hiératisme politique des messies de fortune n’y remédie guère, et même l’aggrave! Bâtir une uchronie futurologique (vision atemporelle de l'histoire) où le futur motive le présent planificateur sans se figer dans le passé - seuls les morts n'ont que leur passé - jusque là trop souvent honteux des générations indignes après les grands de notre origine étatico-nationale. Bâtir le sens en érigeant les nouvelles balises sémiologiques et institutionnelles de la signifiance, est une vocation d’élite pour les vraies élites. Les structures doivent être changées pour de nouvelles mieux différenciées, quant à leur rôle et leur fonction dans la société. Ni gigantisme, ni simiesque application idéologique n'y concourront. L'énergie de tous les haïtiens restés encore des hommes peut y parvenir à condition que de nouvelles valeurs rassembleuses et mobilisatrices soient projetées ! Là, le mûthos (vision de l'ethnicité dans le projet social vis à vis de la nature et des autres peuples) et le logos (schème des pensées et propositions individuelles) trouveront une pathétique symbiose. Le drame haïtien, même s'il doit passer, par un certain nombre de résolutions et de solutions politiques, ne peut être approché d'abord que dans ses racines humaines dans son contexte profondément humain des mentalités et comportements tenant compte de toutes ressources possibles permettant d'appréhender l'homme et le citoyen haïtien. Homme haïtien à appréhender à la fois comme présence existentielle et fatale appartenance à cette société, toutes deux très complexes, vu ses difficiles origines et son tragique existentiel ô! combien troublant et tragique dans l'histoire! De là, nous comprenons que le pays n'a nul besoin de cette épaisse couche de petits-bourgeois et de pseudo-bourgeois, tous parasitaires qui ne s'intéressent à lui, que pour dévorer à satiété ce qui pourrait rester de lui. Prédateurs et charognards se partagent un malsain échiquier : celui de la politicaillerie contreproductive qui orchestre l'effacement et l'exploitation d'un pays réduit à une constante agonie afin de leur fournir l'alibi d'obtenir l'apport en énergie que constitue l'aide externe et les relations de mendicité et d'importation avec l'étranger. Cette contreproductivité se vérifie aisément jusque dans la « misologie », cette haine du discours interrogateur, affectant le rapport des dites élites à la réalité tumultueuse et tragiquement dynamique de la société. Car malgré les apparences, le pays ne stagne point, bouge mais sans une évolution positive, cloîtré qu’il est dans son involution. Tout est quasiment à refaire après les graves calamités d'une histoire de violence destructrice, après les viles querelles assassines de l'économie et de toutes gérances, après les guerres fratricides, homicides et ce que j’appellerai « anthropocides », car est homicide ce qui tue l'homme alors que nous en distinguons l'anthropocide comme ce qui, sans tuer physiquement l'homme, annihile ses valeurs-repères et programme sa mort à lui-même asservi par une altérité corruptrice, prédatrice et réificatrice. Il ne faut jamais oublier que c'est par les valeurs que l'animal dit humain accède à l'esprit c'est-à-dire son plein statut d'homme. En Haïti, l'aventure meurtrière desdites élites, bricole un vaste anthropocide à côté des homicides et hécatombes de l’histoire. La logique du crime contre la nation de ces dites élites, rivalise de létalité avec le démoniaque spirituel de Kierkegaard et la malignité diabolique de Kant, tous deux dénoncés respectivement par l'un et l'autre comme dénaturation ontologique et spirituelle de l'homme. Et parmi toutes les morts infligées au peuple, la discrimination sous toutes les formes s'érige en véritable hypostase rituelle et mystifiante dans la configuration sociale, la vaste engeance haïtienne ainsi rendue parce que déshumanisée par lesdites élites, les plus antisociales du monde!

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

 

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