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Retour vers Camile Loty Malbranche

HAÏTI, société DES SANS HORIZON!

DÉPESTRERIE ET GAULOISERIE D’une certaine IINTELLIGENTSIA HAÏTIENNE.

PROBLÈME NOIRS-CLAIRS, Attention au simplisme!

HAÏTI : DE L’INFANTILISME ÉLECTORALISTE!

LE THEOLOGIEN FRITZ FONTUS ET LES VALEURS FONDAMENTALES

HAÏTI, Idéologie de la couleur : Singerie et Introjection.

 

HAÏTI, société DES SANS HORIZON!

Par Camille Loty Malebranche

Pour un être humain né en Haïti dans les trente dernières années, le parcours temporel de sa vie de ressortissant d’un pays indépendant d’environ 160 ans lors de sa naissance, il n’y a d’autre sentiment dominant sinon celui de la solitude sociale de l’individu, de l’abandon pluriel de l’Homme fatalement né haïtien, de l’interdiction aux prérogatives et privilèges généralement associés au statut de citoyen dans les états modernes. De tous ses souvenirs douloureux du passé récent, les lancinements d’un passé-présent de délaissement, l’haïtien ne peut garder que la balafre non cicatrisée d’une société d’exclusion et d’oppression sans souci même du moindre décorum de justice et d’intégration de sa progéniture. Dans un monde de rejet où prime la logique du sauve qui peut comme dans un naufrage fatal du destin collectif, la condition d’orphelin du citoyen refusé dans sa citoyenneté, refoulé dans ses vœux et élans d’intégration sociale finit par miner tout sens collectif en fixant le regard de l’individu traumatisé sur son propre sauvetage, sa propre émergence individuelle. Difficile d’avoir les scrupules de personne humaine emplie des valeurs d’altruisme et de civisme qui comme toute vertu, pour exister, réclament un minimum de bien-être! Dans un pays où, hors certaines familles aisées, tous ceux qui veulent réussir doivent soit s’expatrier soit faire partie du clientélisme politique, dans un pays où l’individu qui arrive à échapper au mauvais sort de quasiment tout le peuple, est une sorte de Moïse sauvé de la noyade, un miraculé arraché du désastre par une veine exceptionnelle, l’on comprend la pesanteur de l’existence de l’écrasante majorité. En plus de l’angoisse existentielle de la condition humaine, la nationalité haïtienne est une angoisse d’abandon terrible à laquelle échappent seuls les plus veinards. D’où, dans cette ambiance, le paternalisme, le proxénétisme, la prostitution, le népotisme, les trafics illégaux, la violence, le comportement criminel et antisocial prolifèrent et remplacent le fonctionnement social normal au quotidien. La crise du sens de la société haïtienne est à ce point si grave que plusieurs en arrivent à déserter l’espoir et la volonté de s’émanciper comme dans une sorte d’aboulie collective.  

 

    Rêver juste et positif Contre le Messianisme politique, contre la fatalité.

Le hiératisme politique qui consiste à considérer le pouvoir comme un sacerdoce faisant de nos politiciens des ministres des dieux, théocrates envoyés comme prophètes et messies parmi le peuple doit être rejeté du revers la main. Nous avons en mortels profanes à choisir le sens que nous voulons à notre existence de peuple.

Il n’y a pas de fatalité du sort collectif, il n’y a que la claire vision de nos choix et stratégies  ou notre inaptitude à nous mettre ensemble pour bien choisir et assumer les bon choix. Savoir quel but visé, s’outiller mentalement, intellectuellement, politiquement et méthodologiquement à travers une stratégie du relèvement collectif issu d’un vrai consensus social, voilà la voie de la libération. Le rêve a la faculté de faire du rêveur éveillé, qui, dépassant le simple songe, parvient à un projet commun où il est un visionnaire qui va au-delà de soi et au-delà du statu quo pour fonder le devenir en jetant les semences de l’avenir. Car le songe ou le projet constituent l’une ou l’autre des modalités du rêve, selon que le rêve soit celui d’un dormeur ou l’ambition de l’homme éveillé et agissant. Le rêve-songe est celui involontaire de l’homme au sommeil alors que le rêve-projet est une volonté forte, une projection de soi dans le futur voulu différent et meilleur et qui appelle l’homme à se dépasser pour être à la taille de son rêve. Rêver seul le social peut être utopique et sans issu, mais rêver en commun est une arme invincible, capable de toutes les victoires. Un véritable consensus social constitue ce terreau du rêve mis en commun pour le miracle collectif. Loin de la longue marche funèbre des idéals perdus, loin de l’effritement du vouloir vivre, loin de l’inhumation de l’espoir pour les générations présentes, si toutes les dignes élites, tous les secteurs vifs du pays se manifestent pour rassembler les énergies éparses en un foyer de changement positif, en moteur d’une nouvelle condition, le pays peut renaître et vivre.

Comme au tombeau de Lazare, nous voici interpellés par l’indispensable nécessité du miracle de la résurrection. Un ensemble d’hommes mentalement libérés, positifs et visionnaires, est capable du miracle qui redonne vie et exorcise le feu roulant de l’abandon et du désespoir. Nous débarrassant des pierres mortelles du mental déformé qui emprisonnent les plus belles possibilités, la concertation d’un rêve collectif nouveau, enfantera le nouvel homme haïtien garanti dans ses droits et ses devoirs par le Nouvel État et la nouvelle Nation qu’il bâtira, pour vivre enfin en Citoyen. Car le vide de sens en cours dans le chaos d’aujourd’hui, l’absence d’espoir qui en découle ne peuvent générer que la haine, le conflit, l’absence d’estime de soi et de la vie, et la volonté lugubre de tuer et de tout détruire par dépit.

Un homme sans espoir est, en effet, pire qu’un mort, car le mort cesse simplement de vivre, alors que le désespéré porte la vie comme une torture, une malédiction pour lui et son semblable. Un peuple sans espoir n’est qu’un amas d’individus s’entredéchirant dans leur mal-être collectif. De cela, est l’urgence et la nécessité de prioriser cette refonte  du consensus social haïtien pour bâtir la société nouvelle d’après un nouveau projet collectif, un autre contrat de notre vie commune de peuple.

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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 DÉPESTRERIE ET GAULOISERIE D’une certaine IINTELLIGENTSIA HAÏTIENNE.

La conférence du 22 février 2005 prononcée à l’institut français d’Haïti par Dépestre nouvellement rebaptisé Depestre, vient de montrer une fois pour toutes le déficit cruel de dignité et parfois d’intelligence d’une partie de notre soi disant intelligentsia. Nous reviendrons plus tard au changement de nom de l’illustre inattaquable écrivain franco-haïtien. Avec un engouement reptilien, toutes les têtes ophidiennes et adoratrices de la France nouvellement ou permanemment coloniale, ont à l’occasion fait leur génuflexion. On croirait avoir affaire à la statue de Daniel réalisée et déifiée par le roi babylonien Nabuchodonosor pour être dieu adoré selon le vœu de l’édit royal sous peine de mort aux contrevenants. De partout, avec ou sans invitation, ils ont afflué pour louer le grand honoré de l’Hexagone. Car en fait, ce n’est point d’un écrivain haïtien qu’il s’agissait mais d’un statufié du panthéon français incarné vivant en la personne du poète écrivain longtemps expatrié qui a fait le tour du monde, et dont la « sagesse » s’étendant sur plusieurs décennies d’expériences et de rencontres de célébrités internationales, s’impose très au-dessus du petit monde haïtien! Avec la gentillesse maniérée et soumise d’esclaves idolâtres, plusieurs de nos intellectuels, dont certains d’ailleurs, n’ont littérairement rien à envier à Dépestre, ont prouvé leur sentiment d’infériorité en perdant littéralement leurs moyens devant celui ou ce qui est scellé par l’ancienne métropole, celui ou ce qui est salué par le blanc et porte le seing de ses institutions. Où sont donc passés les idéals de liberté et de libération de l’homme inscrits dans l’extase créationnelle et esthétique de l’art dont la nature est, loin des bourbiers avilissants de la mystification, transcendance de l’horreur et amélioration de l’humain? La littérature serait-elle tombée si bas au point de devenir une question de performance, un prétexte pour les serfs suzerains et nouveaux commandeurs du colonialisme qui priment tout, même la dignité de l’écrivain, abandonnée par ethnocentrisme négatif! J’appelle ethnocentrisme négatif, toute tendance d’un individu ou groupe humain à se dénigrer lui-même par flagornerie d’une ethnie autre que la sienne, jugée supérieure et déterminante du beau et du bien universels. Le maniérisme et la débilité de ces intellos ont été en deçà du fond de l’abysse lorsqu’ils ont perdu leur moyen devant ce néo-français plus intégré que Voltaire, plus intellectuellement français que Sartre. L’immensité da la seigneurie d’un nègre blanc artificiellement intronisé à la conscience négro-haïtienne par la France, ne souffre pas d’être contredite. Dès lors, toute note discordante risque le rejet, la censure en règle d’une certaine presse alignée. De toutes façons, c’est une entorse grave que de critiquer les « depestrâneries » pour parodier le propre mot de Depestre dans l’article « Mon pays est un appel au secours » où il parle d’haïtiânerie sans avoir conscience qu’il est de ces fomenteurs d’âneries idéologiques à la française qui alimentent l’hatianerie d’une bonne frange de l’intelligentsia. Dans un monde de latrie où les rencontres ne sont guère des échanges et se subvertissent en ovations faussement culturelles mais cultuelles d’un homme propulsé par les structures de l’ancien maître toujours pris pour essence surhumaine, l’on comprend les salamalecs et l’autocensure de la foule des adorateurs qui s’offusqueraient de devoir idolâtrer directement le blanc mais choisissent de lui vouer leur adoration par la personne interposée de leur nègre représentant.

                       La depestranerie critique de l’ethnocentrisme  

Avec un acharnement qu’on croirait celui du père excentrique et dominateur qui prétend châtier par amour, Dépestre fait un bilan expéditif de la tragédie bicentenaire haïtienne en banalisant l’importance écrasante de la colonisation esclavagiste française, la cause causante et principielle des déviances et dysfonctionnements de la société haïtienne qu’est l’ethnocentrisme criminel de la France corruptrice succédée par les États-Unis, pour insister sur la faute ethnocentriste de fondation du pays en 1804. Depestreest un nègre leucodermiste! (Les leucodermes, faut-il le rappeler, étant ces colons blancs perçus par les Peaux-Rouges). Reprenant Debray et ce que j’ai appelé dans un article « son débrayage éhonté du sens historique », Dépestre, crie en fustigeant la victime et en absolvant le corrupteur, qu’Haïti est un pays sans État ni nation mais en occultant les mains qui corrompent même si, nous l’avons toujours soutenu, nos salauds successifs du pouvoir et des élites sont impardonnables. Mais quel est le deus ex machina du tragique existentiel haïtien? Depestre n’en dit rien de sérieux, ou plutôt, il brandit la vertu des colons!Pour revenir au propos emprunté à Debray par Depestre, c’est une déclaration vraie seulement partiellement, car l’État existe, il existe si fortement, si monstrueusement qu’il s’est avéré Moloch qui immole les propensions du peuple à s’assumer en Nation, peuple exigeant l’encadrement et la déontologie politique et administratifs d’un État malheureusement vil et amoral. Toute l’histoire d’Haïti est l’omniprésence de la révolte et des chahuts itératifs d’un peuple clamant la constitution de soi en Nation parce qu’abandonné de ses soi disant clercs politiciens généralement appuyés par des intellos sans dignité.

Dépestre nous fait donc son tour de porte-parole de la sociodicée française, en racontant une histoire court-circuitée, tronquée dans ses rapports de causalité, en blâmant et condamnant l’ethnocentrisme fondateur de la patrie haïtienne mais absolvant lâchement, pernicieusement et inhumainement l’ethnocentrisme esclavagiste et meurtrier du colon français et de la France qui ont programmé, pour une bonne part, la débâcle du peuple révolutionnaire de 1804. Dans un stéréotype colonialiste qui fut celui de la France militairement vaincue à cette date charnière de la fondation d’Haïti, Dépestre crie que « la fondation ethnocentriste d’Haïti, est inapte à la modernité »! Où est donc le lien entre ethnocentrisme et retard dans le développement? Tout pays, quelqu’il soit, n’est-il pas dans sa fondation, ethnocentriste! L’ethnie ou les ethnies mythiques ou réelles ne sont-elles pas ce qui constitue au départ l’identité fondatrice des sociétés et des peuples? Dans son pathos soi disant anti-ethnocentriste et critique de la condition haïtienne, Dépestre opère de la manière classique de tout manipulateur, c'est-à-dire en étayant des prémisses dont il tire des conclusions qui n’ont, du reste, aucun lien logique avec lesdites prémisses, rien que pour induire en bêtise ses auditeurs ou lecteurs et les manipuler. Dépestre ne fait qu’abuser l’auditoire ou le lectorat avec ses ruminations répétées sur l’ethnocentrisme.

   Depestre et non dépestre, une dépestrerie désopilante.  

La complaisance du public intello à la susdite conférence dépestrienne, véritable ronde macabrement ridicule, macabre quoique risible, parce que tueuse du sens de l’histoire dans sa tragicomédie, aura permis encore une fois de constater que l’un des héritages de l’esclavage en Haïti est cette attitude d’incapacité de relation à hauteur d’homme. Les haïtiens de ladite élite, hormis quelques individus, sont soit bourreau soit flatteurs. Soit sadiques soit masochistes. Et quand le maître dégueule, l’esclave accepte de lui rendre hommage pour son dégueulis. En effet, en annonçant à sa venue au pays, l’aphérèse de l’accent aigu de son nom, quiconque d’autre que Dépestre devenu ponctuellement Depestre serait décrié comme affecté, niais, voire sénile. Néanmoins, dans le cas du contrehéros produit par la France pour effacer la geste ethnocentrique des héros de 1804, tout est admissible et louable. Le nom qui est en fait à l’envers du signe, un symbole, un emblème d’appartenance déposée par soit le maître soit le géniteur ou génitrice afin de montrer leur droit de propriété ou de tutelle sur l’individu nommé - ou dans le cas d’objet, pour désigner le fabricant - a lui aussi, n’en déplaise à Dépestre une connotation plus qu’ethnique quand il est présenté comme référent à une société et à ses vertus de produire tels types de célébrités que les autres ethnies ou sociétés sont moins aptes à enfanter. Voilà pourquoi l’onomasiologie  contribue à faire apparaître l’ethnie d’appartenance au centre du monde. En changeant donc de nom, se rebaptisant Depestre, Dépestre qui semble avoir découvert quelque ascendance européenne chez ses ancêtres, est devenu le vilain, le vil qui, après toutes ces années de parcours, en arrive à se vendre au point de saluer l’ethnocentrisme blanc et de pourfendre l’ethnocentrisme noir par pure crise d’identité, par manque cinglant d’estime de soi. La mascarade dépestrienne a revêtu le masque de l’intellectuel arrivé et arriviste pour mystifier ceux qui se prêtent à ses bouffonneries. Avec la flagornerie et l’esprit de cour qui prévalent parmi une bonne frange de notre soi disant intelligentsia coupable de silence, l’avanie planifiée par la France est bue jusqu’à la lie. Nous saisissons là, le sort des jeunes, étudiants ou autres, qui, menés par des cerfs intellectuels, risquent de pérenniser inconsciemment par reproduction, les schèmes de l’asservissement de l’esprit par manque d’estime de soi et quête de faveur personnelle de la part des contempteurs idéologiques cossus de la patrie haïtienne.

                                          Pontificat littéraro-colonialiste

 Devant cette manière de pontife littéraire d'un écrivain adulé et fait mythe par la critique, se prononçant avec un ton gnomique, plein d'apophtegmes virulents; et vu cette sorte de fascination idolâtre des intellos obnubilées par les structures françaises qui consacrent l'écrivain Dépestre, ou Depestre, il faut que la jeunesse prenne garde de gober des depestreries indigestes et illogiques hissées au rang de somme littéraire voire de dogme anthropologique. La phrase parlant de "culture ethnocentriste" comme celle qui évoque la "violence carnassière" liée à l'ethnocentrisme de notre révolution fondatrice de 1804 contenues dans ladite conférence du 22 février de 2005, sont en soi deux aberrations en tant qu'elles occultent la vérité historique de la condition causale de l'ethnocentrisme haïtien que traduit le vocable évocateur et éloquent de première république noire qu'on attribue à Haïti. Car de fait, l'ethnocentrisme fondateur haïtien n'a été qu'une réponse défensive à l'ethnocentrisme agressif, criminel et effaceur de la France barbare jusqu'au colonialisme et à l'esclavagisme le plus féroce, le plus ethnocidaire et génocidaire qui fût. Mais comme il s'agit, d'un culte avec ses dogmes en règle, celui de l’emblème béni de l’ex métropole idéologiquement multiethnique et multiculturelle au début du 21ème siècle, on imagine que la complaisance et l’abnégation gentille voire flatteuse, court masochistement à l’autoflagellation des intellos éberlués par les lumières de la France depestrienne, comme celle que s’infligeaient les moines du Moyen-Âge pour être près du Ciel. De fait, Depestre semble mieux vendre les merdes françaises que Debray, trop visiblement blanc pour certaines susceptibilités. Et, tous savent combien depuis Boyer, nos intellos et politiciens rampants voulant être bénis de l’Hexagone, ne cessent de se flageller eux-mêmes et le pays avec eux. Dans un tel contexte délétère, toute critique de rejet des dépestreries et dépestrâneries par qui que ce soit, verra assigner l’épithète fort prisée par Depestre de « petit nègre » à l’importun. Sauf, que regardant le devenir horizontal du grand nègre, devenir combien reptilien de cet anaconda nègre blanchi anachroniquement par Napoléon et ses ombres simiesques de la France contemporaine, j’assume verticalement ma splendide petitesse de nègre vertical. Toutefois, en attendant pour être proche du maître Hexagonal par pure pathologie de nègre du clan blanchi des intellocrates, desquels, heureusement, ne relève guère toute une part digne de notre véritable intelligentsia connue ou inconnue, sans prédicat de grandeur ou de petitesse, je dois vous apprendre en tant qu’intello justement respectueux du clan de nos intellocrates négro-gaulois, je viens d’être informé par un généalogiste depestrien, que j’ai une ascendance négro-européenne! Je suis un néoblanc! Un leucoderme investi par ukase français du 21ème siècle!

 Alors, ne vous étonnez pas si je fais prochainement quelque aphérèse ou apocope ou une quelconque élision à l’orthographe de mon nom pour être plus authentique, à la manière de Depestre, par rapport à mes origines de leucoderme noir nouvellement découvertes! Ah! Voyez-vous combien les depestrâneries sont contagieuses! Votre serviteur vient d’en être atteint, il extravague gauloisement comme Depestre! Miracle du néocolonialisme français, de l’ethnocentrisme dominateur français!

Vive la thaumaturgique France coloniale!

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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PROBLÈME NOIRS-CLAIRS, Attention au simplisme!

Le problème de couleur en Haïti est aussi un problème de mentalité (comme j'aime à le dire, il faut extirper les racines mentales et comportementales du multiple mal haïtien!) Tout le problème noir réfère aussi à une mentalité de complexe d'infériorité de la plupart des leaders noirs qui se soumettent volontairement au blanc ou à l'homme clair. Cela m'a toujours intrigué d'entendre parler d'hospitalité haïtienne à l'égard de l'étranger alors qu'entre eux, les haïtiens ont bâti une société d'exclusion où la hiérarchisation "interclasse" (si classes il y a) voire interindividuelle est présente partout. Il suffit d'une petite promotion, d'un changement de quartier, de l'obtention d'un emploi pour que le petit nègre ou mulâtre du peuple se croie propulser à un rang supérieur de son semblable. Comme j'aime à le dire, sans être une société de caste, un grand nombre d'haïtiens ont une mentalité de caste! Et chaque groupe a ses exclus, ses intouchables dans le sens indien.

Par ailleurs, le noir se ridiculise quotidiennement devant le blanc. Certes, les désaliénés éduqués (je ne dis pas scolarisés): les grands penseurs, les valeureux, les savants, eux qui, en général n'ont pas la médiatisation populacière des chanteurs populaires ou des sportifs et qui savent s'élever à la taille de l'homme au lieu de patauger dans la mare de l’ « aliénation raciale », n’ont malheureusement pas l’heur d’éduquer les majorités de leur congénères. Car précisément on donne la parole et les écrans aux amuseurs publics, à ceux qui ne dérangent pas! Toutefois, ceux qui ont pignon sur écran, les Michael Jackson et autres boute-en-train, n'apportent rien comme valeur au jeune noir que celle de la suprématie blanche inscrite dans le système social même qui les propulse, les enrichit démesurément comme amuseurs afin de déplacer, voire d’altérer la vérité de la réussite sociale et de l’accomplissement social de l’individu. N'oublions jamais que les pires corrupteurs et bourreaux des noirs ont toujours été des noirs utilisés par les négrophobes, les colons esclavagistes. On a exproprié même les rêves du noir qui s'imagine réussir en milieu blanc par héroïsme et supériorité.

Cette aliénation susdite est la pire misère. Car un homme sans pain peut toujours par le travail ou l'aide d'autrui parvenir à assouvir sa faim mais un aliéné, parce qu’il s'ignore et se prend pour un autre, s'identifie au système voire visage du maître corrupteur programmant et renforçant son effacement.

Il suffit de voir l'obsession du noir pour la peau blanche, des hommes qui délaissent fiancées ou femmes uniquement pour avoir trouvé une représentante de l'ethnie des grandeurs tout comme l'attitude de la négresse qui obtient les faveurs amoureuses du blanc, le vertige qui l’accapare au point que certaines jubilent sur les ondes (j'ai déjà entendu au Québec, à une émission de télévision, l’appel téléphonique d’une femme s'identifiant comme noire et qui disait ne plus vouloir avoir affaire aux hommes noirs), pour se rendre compte que l'autodénigrement est une pratique courante parmi les noirs.

En Haïti, pays des amours-haines et des ambiguïtés de l'aliénation, la question de couleur remonte pour un rien en surface. Un choc entre deux individus de teint épidermique différent devient soudain une affaire de noirs-mulâtres. Pourtant, la couleur blanche est, avec la force et l’argent, l’une de ces rares choses que respectent les haïtiens tellement méprisant de l’humain. Inaptes à apprécier le proche, ils accordent une valeur injustifiable à l'homme clair ou à l'étranger. Qu'un haïtien étaye une thèse scientifique ou philosophique sérieuse, il est méconnu, alors que le blanc de talent douteux et mineur qui reprend une partie de sa thèse est déifié! Car selon l’héritage des maîtres de jadis, l'esprit est blanc! Et il faut avoir le seing du blanc qui autorise! Nous sommes des commandeurs volontaires qui tenons un fouet que personne, du reste, ne nous force à tenir et à utiliser comme nous le faisons nous-mêmes contre nous réciproquement. Faites l’expérience d’une simulation de délit mineur à deux d’un noir avec indifféremment un blanc ou un mulâtre en Haïti, laissez venir le policier ou le militaire noir haïtien qui doit faire l’arrestation. Il y a de fortes chances que le blanc ou le mulâtre soit traité en homme avec respect alors que le noir sera bousculé lors de l’arrestation. Pourtant, personne ne commande au policier ou militaire noir de bousculer son congénère! Le drame, la dévalorisation est d’abord dans le mental du nègre puis du mulâtre qui se pâment hiérarchiquement devant l’autre ethnie!  

Voilà pourquoi quand je vois ces querelles sur la couleur et la candidature d’un homme clair ou d'origine arabe, je souris ironiquement, car c'est de l'incohérence pure et simple des majorités haïtiennes, (des noirs riches et pauvres, politiciens et intellectuels) que de d’abandonner les commandes l'économie de leur pays à des hommes de couleur claire et de leur refuser le pouvoir politique! Il fallait comme eux investir, grands nègres noirs enrichis en politique! Au lieu de déblatérer sur la question de peau claire que d’ailleurs vous aimez religieusement en cherchant la mulâtresse ou la « grimmelle » de luxe!

À quand les haïtiens seront-ils unitaires dans leurs démarches? Autre aspect du problème « clairs-foncés », les foncés, les noirs sont ouverts plus que toute autre ethnie à l’autre ethnie de peau claire, il suffit de voir de près, la proverbiale ouverture du nègre au blanc pour comprendre que ce n'est pas de l'hospitalité mais du complexe d'infériorité ou autre pathologie d'une ethnie à peau foncée qui croit même inconsciemment que l'autre couleur améliore "la race"!

Salut à vous tous!

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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HAÏTI : DE L’INFANTILISME ÉLECTORALISTE!

                                           Par CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

D’un adulte qui n’évolue guère mentalement avec son âge biologique et reste prisonnier d’une intelligence puérile, le vocabulaire psychiatrique et psychologique évoque l’arriération mentale, l’aliénation ou l’idiotie congénitale… Mais de la pathologie électoraliste qui frappe nos compatriotes dès que viennent des élections présidentielles, je ne trouve d’autres nominations que celles d’ « infantilisme électoraliste » et de « tribalisme politique ». Aujourd’hui, l’urgence étant grande, la débâcle constatable partout, le peuple bafoué a besoin de nouveaux messies. Et n’étant pas en manque de messianisme nos compatriotes politiciens et messies sont donc des dizaines, des centaines, prolifiques comme des champignons vénéneux, proliférant comme la poussière au désert, qui s’offrent comme pâtres et bergers, comme prophètes et pères. La patriarchie des politicailleurs s’annonce fort et bruyante. Et, pour les amants de la farce, rien n’est plus succulent que ces bouffons, ces histrions tragicomiques qui nous délectent de leur prouesse de guignols. Toutefois, ce n’est pas si amusant, car derrière les apparences de douceur et des propos doucereux comparables à ceux des jeunes filles fraîchement pubères et jouant les séductrices, se révèle l’un des maux les plus dévastateurs de la société haïtienne : l’inaptitude au consensus citoyen sérieux. Sommes-nous une masse informe? Ou, serions-nous, nous, haïtiens, une populace mimant le statut de peuple, une vulgaire canaille avec ses racailles arriérées, ineptes et inaptes au sérieux et à l’administration de notre moindre part de destin? Car il est tristement et désespérément hilarant voire ridicule que de constater la désopilante et désarmante propension électoraliste de nos compatriotes! L’on comprend alors que la politique chez nous est une affaire de tohu-bohu, de tintamarre vulgaire où la foule désorganisée, ivre de fausses promesses peut toujours être manipulée pour produire le miracle du chef suprême de l’État surgi en magiquement de nulle part! Qui sait! Tout le monde peut rêver d’être prophète et thaumaturge! Mais hélas, de quelle étoffe! Prophète de la déchéance future cumulative sans nul doute! Thaumaturge des miasmes et misères sans merci de nos quotidiens! Car on ne bâtit pas un pays moderne, un état moderne avec des candidatures annoncées dans la presse sans aucune racine dans le social. On ne bâtit pas non plus un pays avec une horde qu’on utilise, qu’on abuse et dont on use comme marchepied en en exploitant les indicibles et incommensurables souffrances et ignorances.

                Une logique de la horde éclipsant celle du troupeau

Dans la politique grecque, le «  laos »   (foule désorganisée et méprisable) était bien distinguée du « démos » (peuple organisé) que l’ « ecclésia » (l’assemblée des élites et leaders) appelait à se prononcer dans le cadre de l’assumation démocratique du pouvoir. Il fallait, cela va sans dire, informer et former le démos pour qu’il ait les lumières nécessaires à ses aptitudes à choisir et à jeter ses dévolus. Dans notre contexte, fort de cette admirable dichotomie hellénique du sens des vocables de peuple et de foule, je dis qu’il y a effectivement une logique de la horde et de sa manipulation chez nos politiciens incapables de s’élever au stade d’homme politique voire d’homme d’État et qui patauge dans la niaiserie de leur électoralisme tous azimuts plutôt que de contribuer à faire du peuple un troupeau qui partirait à la conquête de son statut de nation, où la citoyenneté par l’action civique et la contribution éducative des partis politiques, entre autres, permettraient au pays de sortir de son terrible déficit d’humanité et de citoyenneté. Car il faut que l’Individu (naturellement égoïste et anomique) évolue vers le stade de Personne humaine (naturellement ouverte au partage et à des valeurs communautaires et sociales). Mais là, nous sommes déjà dans ces exigences difficiles où il faut un dépassement à l’animal humain pour qu’il devienne personne humaine. L’animalité avec son glissement à la bestialité est si facile! Le besoin de dominer n’a somme toutes rien d’humain, les mâles dominants des espèces animales en sont l’éminente preuve! Alors nos danseurs nus de la politicaillerie qui nous annoncent par centaines leur candidature répondent donc à la horde animale de la domination pour leur territoire de tous les privilèges : la sexualité décuplée (esclaves sexuels mâles ou femelles à satiété), de l’argent à en jeter par la fenêtre, des armes à faire taire leurs adversaires, de la gloriole pour vaincre leur vieilles frustrations….. Pour être respectueux, je préfère ne pas crier à la bestialité, mais parler de tribalisme politico-électoraliste! Question d’euphémisme! La logique du lopin territorial avec son groupuscule fidèle comme un fief nous ramène bel bien à l’instinct animal loin de la claire vision et de l’intelligence de l’Homme d’État! Encore et encore la logique de la horde contre le troupeau possible! Manquent chez nous, et cruellement, les pâtres et les bergers avec le leadership digne et apte à guider vers le bien, les destins à eux abandonnés! Car nos politicailleurs, eux-même déviés de la noblesse du politique, ne peuvent être que des déviants pour notre peuple!

Ô! Mais à ce stade de mon billet, pendant que je vous écris, je constate que je dois vous quitter vite, car il se fait tard!!

 Je ne vous ai pas dit que dix bandes de rara associés à la fédération nationale des bizangos m’ont demandé de me présenter comme candidat à la présidence d’Haïti!

 Je vous laisse donc mes amis, question d’apprêter mes documents pour les remettre au C.E.P. pour les prochaines élections!

Excusez donc ma brièveté!

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE        

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LE THEOLOGIEN FRITZ FONTUS ET LES VALEURS FONDAMENTALES

Par Michel-Ange Momplaisir

 

Le mot valeur vient du verbe latin valere, signifiant être fort, puissant, en bonne santé. Chez les Romains,  portez-vous bien se traduisait par vale ou cura ut valeas.

Plus précisément, il s’agit des valeurs morales. Base de tout contrat social à proposer au peuple haïtien, elles sont des aspirations de l’esprit, en d’autres termes « des sentiments immédiats de l’idéal », pour reprendre Frédéric Rauh.

Depuis l’Antiquité il est classique de distinguer trois valeurs primordiales : le vrai, le beau, le bien. Selon Sartre, « la liberté est le seul fondement des valeurs. » Pourtant, après 201 ans d’indépendance, notre société a inversé l’échelle axiologique. Elle a remplacé ces trois valeurs platoniciennes par leurs opposées, des contre-valeurs : le faux, le laid, et le mal.

Voilà pourquoi, le théologien Fritz Fontus et moi, nous n’avons jamais cessé de soutenir que le problème de notre pays est d’ordre éthique. Il n’existe plus de ces hommes capables d’incarner la fierté, la dignité, le dépassement, à l’exemple de nos aïeux et  de nos pères. Au début de cette année 2005, Haïti est rongée par le cancer de la division. Sur la scène sociale et politique, une seule constante prime: la paranoïa du pouvoir. Désormais, plus nécessaire  de se révéler digne de cette prérogative. On se met en tête qu’elle est comme une tranche de gâteau que donne un oncle candidement débonnaire à un insatiable enfant gâté. On se voue piteusement à n’importe quel lobby du diable, vain garant de l’assurance douteuse d’un succès plat et de la prolongation scabreuse d’une comédie de mauvais goût.

Face au démantèlement de la nation et à la déchéance morale de notre société une voix s’élève, une fois de plus.  Celle du sage, le Pasteur Fritz Fontus, bien connu dans notre milieu. Cette voix veut nous indiquer le chemin « des prés d’herbes fraîches et des eaux tranquilles du repos. » Et aussi nous éviter ce que mon ami, le philosophe engagé Camille Loty Malebranche, appelle « un imbécile hiératisme politique qui voit le chef au-dessus de l’espèce humaine comme messie ou porte-parole d’un messianisme cosmique en faveur des masses. »

Pour cela, il faut réinculquer les notions des valeurs perdues. Non pas des considérations transcendantales  eidétiques du ressort de l’intuition émotionnelle. Non pas des structures de la conscience, de type husserlien,  relevant  de l’analyse noétique. Mais une promotion de l’existence ayant un caractère synnomique (du grec syn, ensemble, et nomos, règle), c’est-à-dire valable pour toute notre communauté.

En insistant dans son récent article publié par Haïti Observateur sur les valeurs fondamentales, Fritz Fontus fait preuve de  beaucoup d’ouverture. Comme Heidegger, il refuse les spéculations onto-théologiques. D’autant que le Vocabulaire Technique et Critique de la Philosophie d’André Lalande met en relief l’indécision apportée par la notion de valeur dans le langage de cette discipline.

« Le sens exact du mot valeur est difficile à préciser rigoureusement, parce que ce mot représente le plus souvent un concept mobile, un passage de fait au droit, du désir au désirable, en général par l’intermédiaire du communément désiré. »

Aussi, pour éviter cette difficulté, Fontus préfère-t-il, en la circonstance, se cantonner dans le champ de bataille de la sociologie.

On comprend pourquoi il met l’accent sur l’éducation. Trois institutions y sont impliquées : la famille, les établissements scolaires, l’État.

Pourvoyeuse de la société de demain, la famille est l’école par excellence des valeurs fondamentales. C’est grâce à elle que s’apprend le dévouement, une vertu qui tend à s’estomper chez nous. Les sociologues concluent que déjà c’est un progrès la substitution à l’égoïsme absolu d’un égoïsme familial. Point de départ d’un cercle appelé à s’élargir. Je pense aux larmes du héros Elie de Coëtquidam dans un roman paru en 1934, les Célibataires. Voici ce qu’écrit l’auteur, Henry de Montherlant : « c’étaient des larmes de célibataire : les larmes de l’attendrissement sur soi-même. » A la famille il appartient aussi de prêcher le respect. Car, « le respect ne se tarit pas, mais à l’infini, il se spiritualise », affirme Vladimir Jankélévitch.

Si la famille éduque, le rôle des établissements scolaires est d’instruire. Pourtant, experte en pédagogie, Maude Paultre Fontus, de regrettée mémoire, va plus loin. Pour elle, c’est à partir des institutions destinées à l’enseignement que doit être exposé l’idéal humain. Opinion partagée entre autre par un André Momplaisir et son collègue de Léogane, Edgar Gauthier, également par une Marcelle Pierre, une Germaine Blot, tous à leur époque, des fers de lance de l’éducation en Haïti. Il appartient aux établissements scolaires de faire comprendre les grandes lois de la vie morale.  Cette  vieille formule d’une Upanishad les résume : « Dieu pèse dans la pierre, pousse dans la plante, respire dans l’animal, aime dans l’homme. »

Veiller à une adéquate préparation des jeunes, telle est l’une des taches importantes de l’État. A cet égard, on ne saurait souscrire avec Émile Durkheim, l’un des pionniers de la sociologie, que « la fin de l’éducation est de constituer en l’enfant l’être social. » En réalité, la vraie fin de l’éducation vise à la formation des citoyens. L’État haïtien doit donc remettre à l’honneur l’instruction civique autrefois enseignée dans les cours primaires. L’État doit aussi rétablir dans les classes terminales le cours de Droit usuel.  Maître Dominique Hyppolite, le célèbre auteur de La route ensoleillée, avait conçu un excellent manuel, dont je me suis servi à la fin de mes études collégiales.

Dans l’une de ses dernières entrevues avec Jean Guitton, Jean-Jacques Antier pense qu’il est temps de reprendre un discours républicain de la nation. Qu’entendez-vous par-là, lui demande Jean Guitton. Réponse : «Liberté, Égalité, Fraternité. » La devise nationale haïtienne! Les maîtres mots de la démocratie.

Comme l’a toujours soutenu Fontus, la liberté n’est pas une errance dans le vide, mais une marche dans le temps de la communauté vers un telos. En outre, Durkheim a tenu à préciser que la liberté « est le produit d’une réglementation », loin de s’opposer à l’autorité de la règle. En effet, il n’existe pas de démocratie dans l’insouciance, dans la débauche ou dans le désordre.

L’égalité n’implique nullement un nivellement absolu. Elle concerne prioritairement  la justice distributive, la même pour tous, sans parti pris. L’intègre juge Marcel Élie rappelait constamment de son vivant la mise en garde d’Etzer Vilaire, prestigieux Vice-Président du Tribunal de Cassation, la Haute Cour en Haïti : « la justice ne vit pas de scandale, elle en meurt. » Que reste-t-il maintenant de notre justice?  Je viens de me surprendre à penser à un poème des Fleurs du Mal, une charogne. Je pense aussi à Vilaire et à Élie pleurant chacun dans sa tombe.

 L’une des exigences de la démocratie consiste à réaliser l’égalité des chances, de manière à ne constituer l’élite qu’avec des supériorités authentiques. A ce sujet, je ne peux m’empêcher de citer ce mot de Georges Renard, professeur au Collège de France (1846-1930) : « la démocratie tend à rendre à l’aristocratie vraie, à l’aristocratie personnelle, celle de l’intelligence et du mérite, sa place et son rôle usurpés par l’autre, celle de l’argent. » L’égalité devient ainsi la garante de la liberté. Une société qui vit dans une inégalité si exaspérante, comme la nôtre, est condamnée à toujours refuser la liberté.

« L’Homme libre est une nécessité toute pleine d’amour », proclamait Nietzsche. Rejetant l’hypostase du Surhomme de Ainsi parlait Zarathoustra, Fritz Fontus se tourne plutôt vers l’Être de l’Amour Éternel. Par une brèche dans le temps, voilà 2 005 ans, l’Être de l’Amour s’est inséré dans l’Histoire de l’humanité. Paradoxe qui met toute raison à l’échec. Pourtant, Fontus y croit. Auteur de Contribution pour une civilisation de l’amour, publiée il y a dix ans, il a choisi de communiquer ce message clairement exprimé dans  la Première  Épitre de Saint Jean. « Si quelqu’un possède les biens de ce monde et voit son frère dans le besoin, et qu’il se ferme à toute compassion, comment l’amour de Dieu demeurerait-il en lui? Mes petits enfants, n’aimons pas en paroles et de langue, mais en acte et dans la vérité  » ( I, 17-18). Telle est la signification exacte de la fraternité.

Au fond, que veut Fritz Fontus? En tant que missionnaire encore actif, contrer la misère matérielle et surtout morale de notre pays. Et aussi, cette culture de la mort qui a gagné nos rives. A son tour, il entend faire une révolution. Celle de l’amour. Son détonateur : le Christ!

En rappelant ce que les sociologues appellent les valeurs fondamentales, base de tout contrat social à proposer au Peuple Haïtien, Fritz Fontus a essayé de garder un équilibre délicat, pour ne pas froisser les incroyants, et aussi les croyants. Mais il a fini par succomber à la trop forte tentation de la foi.

Il est clair dans son cas que l’essence de l’homme, c’est l’amour. « Qui connaît l’ordo amoris d’un homme, connaît l’homme. L’amour de Dieu est la forme suprême de l’amour. »

On reconnaît ici Max Scheler. Notre théologien n’a pu s’empêcher de rejoindre son essentialisme phénoménologique des valeurs.  On remarque aussi le profil de l’héroïne juive anti naziste Edith Stein, devenue Sœur Bénédicte de la Croix, élève de Edmund Husserl. Elle illustre la philosophie en tant que refus de l’abjection, en tant que Croix du Christ à porter éventuellement sur les épaules, pour mieux aimer, sans distinction aucune comme le Maître. Car « l’amour du Christ ne connaît pas de frontière, il ne s’arrête jamais, ni la laideur ni la vermine ne le rebutent. » Edith Stein disparut dans la chambre à gaz le 9 août 1942.

Rien d’étonnant le rôle prépondérant que jouent la personne et la patrie dans l’essentialisme phénoménologique des valeurs. Scheler attribue à la patrie, étymologiquement la terre des pères, « une conscience propre, qui repose sur l’unité d’actes communs. »

Hélas, chez nous, les cendres de nos pères sont portées de nos jours à la semelle des souliers. L’étranger ne saurait donc nous respecter. Ceux qui persistent à rechercher une quelconque  déférence dans une dialectique de dominant-dominé, si l’on préfère, du maître et de l’esclave, se trompent lourdement.

Aussi, les Haïtiens se doivent-ils d’élire un authentique patriote, et non un démagogue mystificateur à la présidence de leurs pays aux élections de cette année 2005. Les valeurs fondamentales, l’a priori de tout contrat social, seront le cadre de référence de l’équipe dirigeante. Accordons la préséance à l’honnêteté. Elle existe encore au pays, mais cachée au milieu de l’ivraie. N’oublions pas non plus que la substitution de techniciens irresponsables à de consciencieux représentants du peuple constitue un péril grave pour la démocratie. Les exemples ne manquent pas. Franchement, nous ne pouvons plus nous permettre de repartir pour une nouvelle ère de dictature violente, de régression continue, et d’aggravation de notre déchéance morale.

Plaidant pour une éducation humano-citoyenne, avec raison, Camille Loty Malebranche s’enflamme.  Il faut rebâtir l’esprit  en Haïti.  Il faut en finir avec la « tératogénie culturelle », c’est-à-dire cette production sociale et politique de monstres qui se reproduisent aux dépens de notre droit de peuple au bonheur. »

Un pays ne meurt pas. Bien Vrai. Mais pire que la mort, l’état de vie végétative. Si Haïti persiste à s’engager dans cette voie, elle y restera indéfiniment.

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HAÏTI, Idéologie de la couleur : Singerie et Introjection.

 

Il n’y a pas de mauvais pays, il n’y a que de mauvais choix sociaux et politiques! Le mythe ou l’alibi du mauvais pays est un subterfuge social de diversion pour éviter la culpabilité et l’inaptitude. Nous sommes un peuple au fonctionnement autohaï, une société au rapport à soi, à bien des égards, négatif. Jugement de valeur, diront certains! Mais seules les valeurs peuvent sauver un peuple en crise de sens. L’idéologie haïtienne est dans une assez bonne proportion, une idéologie de l’épiderme. Une ovation du teint épidermique clair! Idéologie de la rareté donc, vu l’écrasante majorité à teint foncé qui constitue la société. Idéologie d’autodénigrement, signe sans équivoque du mal-être de la société dont les élites économiques en majorité de teint clair sont eux-mêmes abâtardis par leur sentiment d’infériorité vis-à-vis du blanc ex colonisateur.

 

Alors que le racisme est un essentialisme de la couleur et du phénotype ethnique, essentialisation de la peau, des traits et cheveux des ethnies humaines, qui prétend hiérarchiser les êtres humains d’après leur apparence, le préjugé de couleur haïtien en l’ombre simiesque. Il en appert une substitution de l’essence épidermique et phénotypique à l’essence de l’espèce,  qui est proprement humaine. Du blanc manipulateur comme Moreau de saint Rémy, comme Gobineau comme Vacher au mulâtre aigri de n’être pas blanc jusqu’au noir foncé intériorisant la condition d’infériorité assignée à son ethnie et sa couleur, le racisme comme son pendant imitateur qu’est le préjugé de couleur,  constitue une déshumanisation extrême du raciste et de son singe projetant la différence des apparences en tant condition d’appréciation de l’autre, en tant que mode de relation à l’altérité ethnique. C’est donc un rapport à la différence, qui dérive  en construction imaginaire et idéologique produite d’abord par intolérance de l’autre qui ne ressemble pas au sujet juge et dont la dissemblance est perçue comme preuve d’infériorité par rapport à la conscience du sujet qui le juge.

 

                                         Quelques mots sur l’ethnocentrisme…

 

 

 Cette construction idéologique susdite, imposée par les ethnies victorieuses et prédatrices au bout des guerres et conquêtes de l’Histoire, imprègne et subjugue jusqu’à l’imaginaire, jusqu’au réflexe des sociétés et des hommes où sévit ce que l’anthropologie culturelle et sociale appelle l’ethnocentrisme. L’ « ethno »-« centrisme » (automise au centre de l’ethnie) avec son phénotype et ses valeurs qui deviennent centre du monde autour duquel doivent graviter toutes autres ethnies dont l’altérité constitue la preuve d’infériorité, est à la base des pires des pires hécatombes de l’Histoire où à côté du génocide physique, il y a l’ethnocide qui démantèle la culture et l’imaginaire pour altérer voire détruire l’esprit des survivants asservis par la acculturation déculturante. Des thèses anciennes de l’athénien qui, dans son atticisme, considérait le béotien comme barbare et voué naturellement à l’esclavage aux plus graves crimes historiques contre l’humanité, qui est la traite négrière où périrent en trois siècles, près de trois cent millions de noirs à cause de leur couleur méritant déportation et asservissement aux yeux des leucodermes, jusqu’aux avatars aryens du nazisme perpétrant l’holocauste des juifs à cause de leur judaïcité tant ethnique que cultuelle, jusqu’au génocide rwandais,  le racisme - mot gardé par polémique et mépris des ethnocentristes agresseurs dans le vocabulaire non scientifique, le mot race n’ayant aucun référent pour la science - est une monstruosité qui avilit l’ethnocentriste et le ravale littéralement à un stade inférieur aux animaux les moins évolués. Car jamais un pigment cutané n’a fait l’objet de lutte entre les bêtes d’une même espèce. Aujourd’hui qu’avancent masqués les racistes et leurs singes de toutes les couleurs, alors que la cicatrisation des blessures d’une infériorisation systématique de la couleur du noir n’a guère été faite, le pouvoir économique mondial étant entre les mains du blanc qui n’intègre en général que ses nègres blanchis, Haïti, la première république noire indépendante au monde, ce défi à l’ordre raciste des leucodermes colonisateurs et esclavagistes, doit se repositionner contre ses propres démons du mulatrisme et du noirisme, ces avatars du racisme occidental prédateur et tueur historique de toutes les autres ethnies. Le rapport à l’autre ne doit point être le masquage de la vérité historique dont les conséquences sont plus que jamais lourdes et présentes dans les souffrances actuelles. Voilà pourquoi, comme la poursuite légale et judiciaire des agresseurs sexuels par les victimes du viol est un pas fondamental vers la réhabilitation psychologique celles-ci (encore appelée résilience de nos jours), la restitution par la France de la dette de l’indépendance imposée à Haïti, précisément pour noyer économiquement et symboliquement la libération de 1804, doit être entreprise diplomatiquement sinon juridiquement par l’État haïtien. Cela prendra le temps qu’il faudra, les États parvenus aujourd’hui à un stade de moralisation institutionnelle doivent corriger dans les faits les maux coorigibles causés par eux à l’époque où ils furent des États voyous, terroristes autorisés et criminels.

 

                                En finir avec la dialectique mulatrime/noirisme

 

Le mulatrisme court à la répression tyrannique et à l’exclusion des majorités mais le noirisme, hormis celui d’Estimé, est carrément fasciste et populacier, démagogie et basse manigance politicienne. La dialectique du « milat » et du « nèg nwè » doit disparaître dans le faire social haïtien pour un nouvel étant idéel dans le social. Car toujours dans les coulisses du rapport interindividuel, il demeure et blesse. Il remonte en surface en certaines occasions et reste inavoué ou tabou en d’autres. Comme le racisme blanc, nombre d’haïtiens de peau claire essentialisent leur couleur et croient que les foncés doivent naturellement être pauvres et soumis économiquement à eux. D’ailleurs, la société haïtienne, où prédominent l’apparence et les traits négro-africains, prête copieusement le flanc à cette vision. L’autodénigrement du nègre va jusqu’à ses confins en Haïti. C’est en fait de l’ethnocentrisme secondaire et négatif en tant qu’il est autodénigreur, autopunisseur, lorsque l’ethnocentrisme positif blanc dénigre tous sauf soi, et sciemment pour régner. Le mulâtre idolâtre le blanc et reconnaît sa propre infériorité avant de projeter celle-ci sur « le foncé » (je refuse de dire noir car le mulâtre est un noir éclairci) et ce foncé épidermique, lui, reconnaît à son tour la supériorité du blanc d’abord puis du mulâtre dans la plus ignoble et la plus bête des hiérarchisations et taxinomies qui soit : celle des hommes par leur peau et phénotype! Quand l’introjection du mal des corrupteurs déviants en arrivent ainsi à déterminer chez les déviéss manipulés, jusqu’aux réflexes et à l’imaginaire, c’est l’humanité même qui perd sens et référent.

 

L’intégration économique d’une part et l’éducation, de l’autre, doivent corriger ces monstruosités insensées où les pires manipulateurs politicailleurs appuyés par des imbéciles vont s’allier pour manipuler les consciences et altérer le débat politique et la multiple problématique sociale haïtienne. Dans une société atteinte de la tératogénie que nous appelons crise spéculaire, cette crise de l’haïtien autohaï, traumatisé par sa propre image au miroir de ses déviances et souffrances historiques, se retournant par suicide projeté contre le ressemblant, nous avons à communiquer l’estime de soi comme médication indispensable. Oui, dans un pays majoritairement de peau foncée qui prête vertu ou essence à la peau claire et qui accorde des privilèges et avantages aux pires malfrats et racailles à cause de l’épiderme moins pigmenté, moins mélanisé, où même la prostituée de teint clair réussit plus vite que la négresse de valeur et où n’importe quel minus arabe ou latino-américain devient dieu, il faut que vienne l’éducation humano-citoyenne et une nouvelle axiologie (refonte totale des valeurs morales, et sociales interrelationnelles) pour guérir la société malade jusque dans la weltanschauung « vision du monde » et l’imaginaire, maladie combien réelle d’un pays autodestructeur!

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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