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Malbranche HAÏTI,
LA PERSONNE HUMAINE, AU-DELÀ DES STÉRÉOTYPES! HAÏTI, POUR UNE CULTURE D’ÉLITE LIBÉRATRICE HAITI, pour la paix sociale, contre la violence létale… HAITI, POUR UNE CULTURE ÉCLAIRÉE CONTRE « L’ASSINGISSEMENT »
HAÏTI,
LA PERSONNE HUMAINE, AU-DELÀ DES STÉRÉOTYPES! Par CAMILLE LOTY MALEBRANCHE Aborder la question de la personne dans un article ne peut-être qu’un exercice très partitif de ce qui est au-delà des théories et qui excède tout contenu livresque possible. C’est Mounier qui, dans son personnalisme éthico-religieux donc métaphysique, précise simplement mais combien profondément le primat de la Personne humaine sur tout système, dans sa proclamation : « en toute chose, la Personne Humaine doit primer ». Nous distinguons le personnalisme mouniérien du personnalisme épistémique de Renouvier qui soutient que «la liberté du moi est absolue c'est-à-dire irréductible à toute science». Le moi renouviérien, en tant que dimension de la personne humaine globale, affirme donc l’inconnaissabilité, la non préhension scientifique de la personne humaine. En vérité, la question de la personne comporte un problème taxinomique sérieux : celui de la non conceptualité de la notion même de personne qui réfère à la réalité concrète du vivant. Le mot Personne - tout en renvoyant à une multitude de présupposés théoriques, de connotations affectives, empathiques, militantistes ou morales et à des réminiscences dramaturgiques où le théâtre fait clairement la distinction entre la personne et le personnage de l’acteur dans la mimesis (encore appelée représentation) - ne saurait être conceptualisé sans une transgression des valeurs qui, connotativement, s’imbriquent à lui une fois qu’il est évoqué. Défi définitionnel donc pour le théoricien ou le quelconque intellectuel qui ose l’approcher pour en appréhender au-delà de son faciès sémantique, les multiples dimensions et sèmes de toutes sortes qui s’y rattachent. Il n’y a sans doute de pire blasphème contre le sacré de la nature humaine que l’imposture discursive qui oublie d’avertir que la personne dans sa vérité ontologique propre, est inabordable au discours et que seuls certains de ses champs d’expression - qu’étudient différents plans théoriques - dans la réalité concrète ou imaginaire, peuvent en déterminer la présence et en signifier l’existence. Nous opérerons dans la suite de cet article, un survol holistique pour aboutir à la place de la personne au plan sociopolitique.
Parcours holistique
(plan métaphysique, plan psychanalytique…) Sur le plan métaphysique et théologique la personne est composée d’hypostases c'est-à-dire de dimensions qui, bien qu’elles soient unies en la personne, demeurent distinctes jusque dans leur destin. Socrate eut le mérite d’instaurer l’ère de la personne en philosophie en tant qu’il a placé l’homme comme Sujet et Conscience à qui se ramène tout, c’est la vision dite de l’anthropocentrisme. Chez Plotin qui a fortement influencé la théologie des pères de l’Église, l’hypostase se définit comme une dimension consciente et transcendante, une préfiguration de la Personne tant cosmique qu’humaine en tant qu’elle pense et agit, tout en ayant l’immanence d’une finalité, d’un sens. L’Un comme principe unificateur du Multiple cosmique est aussi perçu comme Personne transcendant l’univers physique. (Ce principe de l’Un transcendant le multiple est encore appelé hénologie). L’âme, l’intelligence l’unité, ces hypostases humaines de Plotin, rappellent la pluridimensionnalté de l’homme qui pousse l’individu au-delà de lui-même vers la construction de son statut de Personne. La vision de Plotin considérée redevable à Parménide et à Platon doit certainement à l’homilétique épistolaire de l’apôtre Paul qui, le premier, a évoqué l’être humain comme Esprit, Âme et Corps. Disons en passant que cette déclaration paulinienne est essentiellement un appel spirituel à la personne au-delà de son individualité. Elle nous indique le sens divin des hypostases mystiques de l’être humain dont la vocation est supérieure à l’individu. Dans la philosophie des pères de l’Église qui doivent beaucoup à Plotin, la vision des hypostases de la Trinité divine, ces Heloïm qui ne font qu’un, nous révèle pleinement la problématique de la Personne qui est une dimension consciente, intelligente, active, libre, souveraine. Si souveraine et intelligente que les Hypostases de Dieu, les trois « Personnes » divines ont ensemble créé l’univers tangible et intangible. Malgré des théologies contradictoires antitrinitaires, le Dieu du théisme quelqu’il soit : (juif, chrétien ou musulman) est une immense Personne qui crée le monde, l’aime et entretient une relation interpersonnelle avec les créatures intelligentes supérieures comme les anges et les hommes. Cette vision, bien sûr, a influencé toute la perception théologique et chrétienne de l’homme, « imago Dei » (image de Dieu) donc Personne projetée des personnes divines que sont les Hypostases. Même dans les panthéismes où le moi n’existe pas, le grand soi cosmique n’efface guère la dimension de personne à l’homme qui doit user de sa liberté pour intégrer l’ «Âme du monde»… Le nirvana, le cycle du sansara, le karma ne sauraient être évoqués sans la valeur de personne reconnue à l’homme dans un fidéisme athée comme le bouddhisme! Toutefois, avec la montée d’un certain matérialisme moderne, et de ses pendants idéologiques en gnoséologie que sont le positivisme et le scientisme, certaines visions ont confiné la personne humaine au stade d’être matériel et social que la doctrine behavioriste perçoit comme un être à stimuler, à conditionner pour tirer des résultats. Rappelons-nous Skinner et sa déclaration sur l’enfant dont il fait ce qu’il veut en le conditionnant par l’éducation! La psychanalyse, a le mérite de s’inscrire en faux face à cette réduction scientiste de la personne humaine qui, de toutes façons, doit être comprise dans sa vérité, son essence pluridimensionnelle. Car au-delà de la tridimensionnalité de l’homme freudien (ça, moi et surmoi) qui sont plutôt des schèmes d’existence et d’évolution psychique et mentale de l’homme prédéterminant ses modes d’être dans toutes les dimensions contingentes de sa présence au monde, la psychanalyse est la démonstration de la complexité humaine prise entre les conflits du conscient et de l’inconscient, de la nature et de la culture, de l’individualisme réflexe à l’humanisme réflexif. La théorie des archétypes de Jung nous évoque la prédominance d’un grand Un qu’il nomme « Inconscient collectif » et qui détermine les richesses de la conscience humaine à travers les cultures. L’homme, de ce point de vue jungien, est Personne puisant inconsciemment dans les représentations universelles et mythologiques de ce qu’il appelle un fonds commun à l’humanité, les ressources d’animus et d’anima dans la construction de l’imago déterminant sa conscience supérieure, donc sa Personne. Malgré le matérialisme scientiste de la modernité, Marcuse, ce grand néomarxiste matérialiste de l’école de Frankfort, rejette le mode hypermatérialiste de saisie de la personne et nous met en garde contre l’unidimensionalisme social capitaliste et la réification de l’homme qui s’ensuit. Preuve que la négation de l’âme chez l’homme, n’est guère celle de sa valeur pluridimensionnelle de personne qui exige toujours d’autres espaces non matériels pour son émancipation, son accomplissement. Ici, nous ne pouvons que nous rappeler que l’être humain, l’animal humain naturel part de la dimension préhumaine, préculturelle et instinctive de l’Individu, et que la Personne advient de l’intégration du meilleur dans la culture, ce dépassement façonnant de la nature humaine. La Personne est la pleine émergence de l’homme. D’elle seule peut s’ériger la construction des grands dépassements humains : l’amour, la solidarité, toutes les valeurs spirituelles et éthiques qui anoblissent nos démarches et nos facultés.
La personne humaine et la maïeutique
sociopolitique Pour le droit, la distinction est établie : l’homme est une personne civile et physique alors que des institutions comme l’État et la Commune sont des personnes morales publiques tandis que les organismes commerciaux ou financiers ou non lucratifs ne relevant pas de l’État sont des personnes morales privées. L’individu est différent de la personne en ce que la personne va à la rencontre d’autres personnes pour atteindre des buts collectifs alors que l’individu s’enferme dans la totalité indivise de ses attributs et ne cherche point de rencontre engagée pour le collectif. L’individu est l’anonyme membre de l’espèce alors que la Personne tend à puiser dans les valeurs humaines identitaires pour manifester son dépassement de soi et sa contribution à l’accomplissement humain et social. Se doter sans cesse des moyens de fécondation de soi pour être humainement fertile est une propension de la Personne qu’ignore l’individu. Voilà pourquoi seules les vraies Personnes se démarquant des personnages de la société pathogène peuvent avoir un rapport sain à soi et à autrui pour assumer entre autres, la citoyenneté dans le civisme et la dignité! Voilà pourquoi l’éducation dans sa mission de conduire hors des ténèbres les esprits, doit aider à l’émergence de vraies Personnes en Haïti. Nous avons abordé cet article en évoquant l’anthropocentrisme socratique. Nous savons tous que cette place centrale de l’homme dans le rôle joué dans le penser, le connaître et l’agir qu’évoquait l’athénien, l’a porté à vouloir accoucher les esprits de leurs richesses, leurs attributs, cet art même qu’on appelle la maïeutique. C’est que l’homme, comme l’animal, naît individu quoique ayant potentiellement les attributs pouvant l’amener à devenir personne. L’homme naît individu mais il devient Personne, en ce sens qu’il entre en relation avec les valeurs de la civilisation et avec autrui selon les schèmes culturels et les héritages civilisationnels. Par exemple, la personne sait faire abnégation par la résignation de certains droits et privilèges individuels pour soutenir la collectivité. Ce que l’individu ne ferait pas. Pourtant, s’il semble si évident que tous sont des personnes aux yeux des institutions administratives ou juridico légales, c’est parce qu’il est inconcevable que la société fonctionne bien sans un dépassement à un certain niveau donné de l’individualité de ses membres. Quand l’individu prend le pas sur la personne, les institutions de conversion voire de répression se chargent de l’y ramener, fut-ce par éducation ou coercition. La Personne exige une assumation plénière des valeurs d’échange, de partage, d’interlocution, de respect de la liberté de l’autre par la limitation de sa propre liberté. Toute société, et surtout une société comme la nôtre où tout est à faire, doit accoucher ses individus de leur trésor de personne resté cachés en eux. Il faut briser par une maïeutique culturelle nouvelle, la stérilité des esprits réduits à l’individualité par l’individualisme idéologique dont l’acte d’individuation de l’homme est une stratégie macabre pour affaiblir la société qui ferait par la concertation de vraies personnalités, de sérieuses pressions sur l’État moloch. Là encore, c’est une responsabilité d’élite de partir accoucher le social de ses richesses enfouies! De faire de l’ « être ensemble, l’être avec » qu’est la société un terreau de germination de la personne équilibrée que doit devenir l’individu pour être positif dans son comportement dans l’espace collectif et publique. Encore qu’il faille que cette élite accouche de soi-même loin des comportements contreproductifs actuels, avant d’arriver à l’obstétrique axiologique (l’accouchement de nouvelles valeurs) pour cette maïeutique humano-citoyenne dans la société. Car parmi les bases à jeter et les terres à labourer pour déblayer nos ressources demeurées stériles, l’homme haïtien, cette ressource fondamentale, ce premier trésor pour tout enrichissement ultérieur d’Haïti, reste à être accompagné et mis en valeur, loin des déviants sociaux actuels, par la construction positive de sa Personne!
Mort au stéréotype « tout moun se moun » Puisse ce bref regard sur l’empan, l’envergure de la personne humaine nous débarrasser de l’un des pires stéréotypes haïtiens que le créole traduit par « tout moun se moun ». Le vocable « moun » ambigu confond inconsidérément individu humain et personne humaine. Le parcours de ce court survol vient de nous montrer l’abîme axiologique et éthique (il s’agit ici d’une éthique déontologique vis-à-vis de la nature humaine) qui sépare l’Individu de la Personne et qui, avec une variation intelligente sur le prédicat « Humain », nous rappelle que la nature crée l’animal humain qui doit embrasser sa vocation d’esprit par cette responsabilité individuelle à assumer l’essence de son espèce. Or l’essence humaine, dans l’histoire prouve que l’élévation est le sens le plus patent, le plus évident de l’Homme. Nous devrions y voir que sans les repères spirituels, moraux, intellectuels et matériels, l’individu peut perdre la voie tracée par l’espèce et inscrite en lui par le Créateur. Un véritable démenti donc au « tout moun se moun » (tout individu est un homme » car dans les faits, aussi choquant que cela paraisse ou puisse être, ce, sous quelque latitude que vive l’espèce, à quelque ethnie qu’appartiennent ses individus : « tout moun pa, san kondisyon, toujou kanmenm moun» (l’Individu n’est pas nécessairement et inconditionnellement une Personne Humaine)! CAMILLE LOTY MALEBRANCHE
HAÏTI,
POUR UNE CULTURE D’ÉLITE LIBÉRATRICE
(Contre le populisme culturel)
Par CAMILLE LOTY MALEBRANCHE Si le poisson commence à pourrir
par la tête, la société, elle, ne se réhabilite que par la tête, ses vraies
élites libres et éclairées structurant le changement.
C.L.M. Penser la culture contre l’aliénation, c’est penser une praxis du penser et de l’agir pour transformer l’environnement idéel et structurel de la réalité sociale. C’est imprimer à la politique ce jeu d’échange mélioratif (qui améliore) par lequel l’État gère la gouvernance de manière optimale et rationnelle pour élever le niveau global de chaque gouverné en dynamisant les instituions étatiques. La culture est aussi ici lieu de fondation identitaire. L’identité étant cette altérité unique, c'est-à-dire cette différence qui confère à un être son caractère, sa nature unique. Or, une nouvelle culture politique proposée et appliquée par l’État peut transformer radicalement le statut d’une société. L’identité ethnique généralement pluridimensionnelle (génétique, épidermique, phénotypique, génotypique mythologique, cultuel…) est fondamentale étant la marque même de la différence d’une société parmi toutes les autres. Toutefois, l’identité politique et économique qui concerne le développement ou l’arriération sociale est heureusement malléable et amovible selon le choix des élites dirigeantes. La société russe passant de la monarchie tsariste au républicanisme fédéral soviétique avec son économie socialiste pour enfin aboutir au capitalisme de Gorbatchev et d’Eltsine, en est parmi d’autres, un signe probant. La
culture comme dialectique du développement Comme je l'ai toujours dit ailleurs, "les racines du mal haïtien sont humaines, c'est à dire mentales et comportementales". Dans un article datant déjà de quelques mois «LA CULTURE CONTRE L'ASSINGISSEMENT», j'avais insisté sur l'instauration d'une culture d'élite pour corriger notre manière de singes en cage et exhibitionnistes mimant grossièrement l'occident capitaliste et de consommation que nous ne sommes pas; culture d'élite disais-je, qui ne soit pourtant pas élitiste parce que visant à l'intégration de toutes les catégories sociales haïtiennes (le vocable de classes sociales) étant chez nous très difficilement applicable vu la dissémination des individus desdites classes. Je tiens à renouveler ce que j'ai soutenu dès le début et qui m'a valu l'admiration des uns et l'agressivité des autres. Nous vivons une société de désignification, le projet national haïtien a achoppé sur des ferments tératogènes c'est à dire des germes de monstruosité dans sa gérance qui se sont avérés abortifs et fatals. Nous devons repartir en fondant de nouvelles balises. La désignification sociale, cette perte de tout sens collectif réel, doit être révisée au néant, réduite au nul avant que commence tout changement. Nous ne devons pas croire que nous, de cette génération, aurons la chance de voir pleinement les fruits de cette rééducation humano-citoyenne de l'Haïtien. Mais nous pouvons commencer à en jeter les bases. Pour ce qui a trait à l'économie que nous devons construire parallèlement et simultanément à la campagne de recréation de la pensée-action nationale et des nouveaux principes cogito-actifs (pensée et action) d'un vrai vouloir vivre collectif, je crois que deux volets pragmatiques et faisables priment le temps encore utopique de la production des puces électroniques et des voitures à la Séoul en Haïti. Nous avons : 1) À investir dans la réhabilitation optimale de la production agricole en vue d'arriver à l'agro-industrialisation d'Haïti. Cela contribuera à élever de manière significative le niveau de vie du paysan et favorisera l’émergence d’une classe de consommateurs nationaux. 2) Réaménager le territoire et inventorier les principaux sites touristiques potentiels en vue de bâtir hôtels et centres d'attractions susceptibles d'attirer les plaisanciers de toutes origines épris de la région caraïbe et prêts à déverser leur oseille sur toutes les plages et pays leur offrant des moyens de dépaysement attrayants. C'est une façon intelligente d'entrer des devises et encore de conforter une classe productive (travailleuse) et consommatrice proprement nationale. Il faut que tout cela soit aussi accompagné d'une réforme de l'éducation misant sur l'orientation des jeunes scolarisés non vraiment intéressés à la poursuite des cours classiques, à acquérir des qualifications professionnelles dans les nouvelles technologies afin de préparer l'intégration du pays dans le mode de production et de montage propres au nouvel ordre technologique. Mais pour que cela soit, il faut rétablir l'ordre et la sécurité dans les rues, il faut mettre en confiance les investisseurs tant internes (haïtiens possédant vivant en Haïti) qu'externes (diaspora d’abord mais aussi étrangers) et surtout cesser la crapulerie politique des rois nègres de notre faune politicailleuse qui s'intéressent davantage à leur petite chapelle néotribale qu'à une vision proprement nationale. Il faut, ce qui est encore plus difficile, que les apatrides et les fascistes dits bourgeois de chez nous, consentent à embarquer dans ce navire de vie plutôt que de rester en vulgaires revendeurs qui ferment toute institution productive parce qu'il est plus profitable pour eux de revendre que de risquer et de produire. Il faut que la logique des charognards courant au coup d'État dès qu'ils ne peuvent contrôler l'État ou un gouvernement réformateur cesse de jeter le pays dans la barque à Charon. MISE AU POINT CONCEPTUELLE SUR LA CULTURE D’ÉLITE. Une culture d'élite ne serait pas une si elle n’avait cette vertu d'orientation et de réalisation rendu par l’anglicisme leadership. Quelqu’un connaît-il une Culture d'Élite qui ne soit pas d'avant-garde dans l'orientation du troupeau social et dans la projection (téléologie) vers des objectifs et buts finaux précis? Moi, pas! Si vous choisissez Haïti et ceux qu’on appelle, faute de dénomination : élites, il faut dire que ce ne sont pas des élites mais des affairistes pour la plupart, je veux dire leur quasi totalité. Comme je l’ai soutenu et le soutiens toujours, il y a des éléments d’élite haïtiens mais le plus souvent exclus, méprisés par ceux-là même pour qui ils tentent de penser. D’ailleurs, encore aujourd’hui, les masses comme lesdites élites économiques sont au stade de leur roulement de tambour, de leur vie végétative avec leur cri au changement sans changer eux-mêmes! Ils pataugent dans la récréation imbécile alors qu’il faudrait penser la recréation du pays! Nous avons des cossus avec tous les moyens d’être bourgeois mais pas de bourgeoisie. Pour la distanciation discursive que nous entreprenons, elle se veut discours préontologique, du logos prescrivant et fondateur du changement. Oublions donc la contradiction professionnelle de certains verbomanes. La culture d'élite, celle de la véritable élite de la transformation résulte d'une prise de conscience des vrais éléments d’élite pour constituer une élite véritable et active. Partout dans l’histoire, c'est une poignée d'hommes d'élite, le gratin intellectuel et politique qui arrive à mettre les ressources de l'État quelque maigres soient-elles en dynamisant l’État au service du nouveau, qui réalisent le changement lorsque le statu quo est damné. Nous (les haïtiens d'Élite de l'intérieur comme de l'extérieur) devons aboutir à la conception et à la construction des structures idéelles et matérielles du changement. Encore qu'il faille changer au moins le mental répulsif et défaitiste des majorités manipulées par la mauvaise élite factice qui a encore cours. Tout commence par la mentalité, la vision du monde (weltanschauung) des hommes. Pour éviter logomachie et vaine bavée contradictoire, disons que la culture d'élite dont je parle et qui n'existe pas encore dans les faits en Haïti, est d'abord culture rationnelle où le mental libéré du folklorisme politico-social, des préjugés et discriminations cachant la médiocrité et l'indécence des fausses élites négatives au pouvoir jusque là, où la pensée opulente et rationnelle remplace l'excessive opulence matérielle malpropre et exclusive des oligarchies rétrogrades et génèrent les idées rationnelles que suit l'action rationnelle pour la transformation. Il nous faut arriver à la raison suffisante du changement. 1) L'identification des obstacles mentaux et comportementaux au changement souhaité. Pourquoi notre société change-t-elle de masques sans changer de visage? Où donc est/sont le ou les blocages? (C'est ce préambule que nous tentons de faire chaque fois que nous osons nous exprimer sur le social haïtien.) 2) Proposer de nouvelles balises pour penser la nouvelle - permettez-moi cet oxymore et cette tautologie par manière de paradoxe et de redondance renforçant le sens - praxis "idéelle" et "factuelle" qui transforme le social. (Encore ce que nous tentons de faire à travers nos articles) 3) Démontrer la méliorativité de la proposition du nouveau. En quoi cette nouvelle vision est-elle réellement meilleure! 4) Chercher la meilleure formule et la meilleure approche et la pertinente stratégie pour effectivement et efficacement mettre en place le nouveau proclamé et démontré. La faiblesse de la culture fragilise l’esprit tant de l’individu que de la société, l’altération de la culture les abêtit, la déculturation ou la réduction populiste de la culture culture, les réifie. Seule la culture d’élite peut apporter les bases idéelles nécessaires au nouveau contrat social souhaité en Haïti. La culture d’élite seule fondera la nouvelle humanité haïtienne et refondera la société. La
culture d’élite, étant ensemencement et fécondation de soi, elle est
garantie de moisson d’humanité à la société comme à l’individu. La
vraie culture d’élite est un humanisme de base pour toute projection, tout
accomplissement de l’homme voire de la société! Bref, de l’humanité
individuelle et collective. CAMILLE LOTY MALEBRANCHE
Montréal,
HAITI,
pour la paix sociale,
contre la violence létale…
par
camille loty malebranche Au-delà des domaines de sécurité publique: alimentaire, policière, médicale; du désarmement urgent à entreprendre, la paix durable relève d’une démarche politique pertinente dans le sens de la transformation des rapports sociaux. Il s’agit de poser les bases d’une réforme des rapports verticaux (structures de gouvernance et gouvernés, donc structuro-humaines) mais aussi de réinventer les modes de relations horizontales humaines entre citoyens. L’ordre de la laideur qui empoigne notre réalité nationale étant un ordre mental avant d’être politique, seule une prise de conscience des élites peut aboutir à l’entreprise de l’édification du nouveau mental collectif. La violence calquée sur le modèle de l’esclavagisme hante et surplombe le paysage social haïtien et la rupture avec l’âme colonisée et esclavagisée demeure un horizon lointain qui, à l’inverse de l’horizon fuyant sans cesse, est atteignable si les élites haïtiennes s’efforcent - par une prise de conscience où elles se débarrassent des oripeaux de la livrée colonialo-esclavagiste dont elle a héritée - de la poursuivre. Il s’en faut certes de beaucoup. L’homme perfectible n’est jamais définitivement produit d’un programme. Dans son axiologie (échelle des valeurs), il doit déterminer ce qui réfère à l’être transcendantal (l’esprit) et constituant donc l’essentiel, le fondamental et de cela assumer le reste : la culture, le rapport à l’autre jusqu’au physiologique. En Haïti, un code mortifère se lit et s’exprime dans les démarches depuis cette forme de nihilisme du marginal qui rappelle à tout interlocuteur que « tous sont mortels » (nou tout ap mouri) jusqu’à l’immobilisme des riches marchands et politiciens affairistes qui crachent sur le dysfonctionnement quasi général du pays, manifestant à l’unisson une violence létale empoignant et détruisant le destin d’Haïti pris en otage par notre négativité mentale, retenu prisonnier de nos errements programmés, nos fiertés de vils réifiés et de vaudevilles grotesques, esclaves volontaires des préjugés qui nous ont anéantis tout au long de notre l’histoire. Cette honte est imputable d’abord aux plus nantis d’entre nous : grands possédants, intellectuels et hommes politiques.
La Violence,
essence duelle, épée à double tranchant… Bien au-delà des idées générales reçues au sujet de la violence, son essence demeure duelle, bidimensionnelle : Vitale et létale, créatrice et destructrice. 1)
Violence vitale De la cosmologie dont les théories les plus éloignées semblent concorder sur la thèse d’une explosion originaire telle que le souligne la version du big-bang jusqu’à l’ontogenèse, une violence engendre l’être. L’ontologie, cette étude plurielle de l’être révèle qu’à ses débuts, l’être est fulgurance et jaillissement, donc violence c'est-à-dire déclenchement d’énergie provoquant un certain nombre d’arrangements et de mécanismes qui déterminent les structures complexes des étants ou éléments. L’homme, quant à lui, naît tout entier dans une incroyable violence allant de la course de la microgamète pour la fécondation de l’ovule à la naissance de l’enfant avec le fameux traumatisme lié à cette dernière évoqué par Rank, sans oublier les douleurs de l’enfantement de la mère comme déchirée dans son sexe après la toute première déchirure de la défloration qui a fait de la fille une femme apte à la maternité. Là, tout se passe comme pour nous faire comprendre que rien ne surgit de ce qu’on appelle par lacune lexicale «le néant, le vide» sans une énergie forte jaillissant explosive ou déchirante. 2)
Violence létale
La violence létale est une altération, une corruption de l’énergie
créatrice ou vitale déferlant comme un revers (un thanatos) de cet éros
cosmique ou phylétique que
constitue l’énergie génératrice et positive. C’est une sorte d’appel du
dessous qui bloque la transcendance. Ici, bien-sûr, nous ne pointons pas la
juste violence du révolté contre la tyrannie mais celle du terrorisme officiel
d’État ou de société qui mine l’énergie de vie et y substitue les ersatz
du conformisme, de l’apathie, de la misère matérielle ou mentale… En
Haïti, cette violence de l’indécence des élites, par massification de la
misère, par absence d’horizon, par nivellement excessif des multiples
« couches humaines de la société » (le concept de classe étant
ici trop difficile à traiter) se manifeste à plusieurs échelons :
familiale, interpersonnelle, économique, politique, religieuse. A)
Aspect familial On a beau dire,
l’intolérance et l’irrespect se propage dans la famille d’abord avant de
l’être dans la société. Trop de pères de famille mégalomanes qui se
vantent de si bien traiter leur enfant (vu le nombre de géniteurs ignobles de
chez nous qui abandonnent leurs rejetons), s’imposent en fait en le mystifiant,
lui reprochant parfois même d’exister, se plaignant sans cesse des dépenses
et emmerdes que leur provoque ce dit enfant. Quant aux familles monoparentales,
les mères y misent exagérément sur le devenir aisé de l’enfant qui doit
ultérieurement les sortir de leur triste condition avec ce misérabilisme
fameux connu chez nous sous les mots «bourik fè pitit se pou do-l repoze ».
L’enfant ainsi perçu est appelé à la performance scolaire, et s’il
défaille, sans une moindre notion ou considération de l’état psychique de
l’« enfant-otage », celui-ci mérite l’humiliation, le rejet
puisqu’il déçoit le rêve de la déesse-mère à qui il appartient. À cela,
s’ajoutent les engueulades, les punitions injustes au gré des lubies
parentales. B)
Aspect interpersonnel Il est difficile de
rencontrer en dehors d’Haïti une société laïque où l’autre est aussi
constamment traité comme s’il devait être l’écho de l’individu locuteur.
Et, retour de l’effet sur la cause, quand on réplique c’est toujours
sentencieusement avec apophtegme, menace et injure, peut-être pour intimider et
ne pas être intimidé. La relation à hauteur d’homme cruellement manquante
est ce vice de construction dans le plan du rapport à l’autre et qui tue
toute bonne communication fondatrice et enrichissante entre haïtiens. La
marchande des rues, sale et minable, vous regarde de la tête aux pieds pour
vous jeter une obscénité si vous êtes en désaccord avec le prix qu’elle
vous propose. Le diplômé à court d’arguments vous indique de vous taire en
brandissant comme un épouvantail ses parchemins rappelant sa morbide et parfois
combien médiocre autorité, inapte à argumenter dans la spontanéité sans la
servitude livresque. Le bonhomme qui gagne un bon salaire s’en sert comme
paravent à toute relation avec le moins fortuné; de même, une majorité de
mulâtres se retrousse visiblement le nez pour montrer leur gêne quand un
« intrus des classes inférieures » s’aventure sur leur territoire
« d’aryens tropicaux ». De l’autre côté, le moins que rien
noir devenu « chef » dans l’administration se transforme en
grognard arrogant et ne cherche que la compagnie de la minorité à peau claire
et des noirs riches. Véritables attirail de mouches et suite de menus fretins
que l’ignoble mental haïtien en nos errements ainsi compris. Sommes-nous une
bande de singes acrobates qui s’ébattent pour les rieurs du nord
s’esclaffant à nos dépens? Je laisse à chaque lecteur le soin d’y
répondre pour lui-même! C) Aspect économique Inutile de tabler longtemps sur cette violence en Haïti, la vie quotidienne haïtienne est le chantre de l’exclusion économique de plus des trois quarts de la population. À cela, une vision simpliste et de consommation compulsive réduit tout, même en ce « non pays », à l’acquisition des objets de luxe. Fuite de devises et paupérisation accrue s’en suivent et transforment les riches consommateurs en surhommes des poubelles humaines que deviennent peu à peu les quartiers de la capitale. Ici plus que jamais, les riches « faussement dits bourgeois » se donnent et s’adonnent à satiété à leur suprématie vile, leur consumérisme à l’envers négativement niveleurs de la société. (Nous voulons ici féliciter ceux qui font tout pour maintenir un certain fonctionnement de l’embryon industriel malgré difficultés et insécurités diverses dans un milieu où d’autres plus cossus ont fermé pour devenir revendeurs de toutes sortes avec de l’argent facile pour bannière et devise). Dans cette galère économique, la mégalomanie dans l’importation et la consommation de produits de luxe joue le rôle de piloris des maigres ressources de l’économie exsangue et charnier de l’espoir d’une amélioration du sort des masses. D) Aspect politique Dire que la politique haïtienne porte la palme de la violence constitue un euphémisme, une tautologie, un truisme. La politique haïtienne est l’autel sacrificiel de tous les droits et espoirs des majorités. Une horde d’affairistes faisant des fonctions électives le lieu d’assouvissement de tous leurs bas instincts, catharsis de toutes leurs frustrations, cautères sur leurs jambes de bois incurables, transforme l’administration en industrie devant, aux dépens de la nation, leur fournir des millions et nourrir les nouvelles femmes-objets qu’ils peuvent se permettre de fréquenter. À cette ostentation de fortune, se mêle le bâillonnement de la presse, le massacre des adversaires, la systématisation de la terreur dont le plus récent épisode avec Aristide est on ne peut plus probant. Et comme le pouvoir de l’haïtien vient toujours des dieux, l’oint béni élu, le messie président ou ministre est le bon et le reste, les adversaires, des agents du diable qu’il faut éliminer. Cette violence mettant à contribution la naïveté et l’analphabétisme des masses désespérées, la récupération des mouvements de jeunes, ne va jamais dans le sens de l’amélioration des sorts mais d’une transformation des pauvres en tueurs et terroristes contre les possédants et les éduqués pointés comme ennemis alors que les politiciens au pouvoir sont autant ignobles sinon pires et au service des plus poisseux riches et intellectuels négatifs dans leur rapport contreproductif au pays. La répétition de l’horreur prend allure de karma dans notre histoire. Les ferments tératogènes, les tessons idéologiques mutilent la pensée et font émerger les plus obscures couches de l’inconscient où l’homme et la bête la plus immonde n’ont point de délimitation dans notre histoire d’anciens esclaves non libérés dans le mental. De la haine narcissique du mulâtre ou noir clair pour le nègre noir qui l’empêche d’être blanc par sa présence dans sa constitution génétique à la crapulerie animale du nègre noir voulant à tout prix parvenir à être accepté par la cooptation du mulâtre ou du blanc, la politique porte l’empreinte d’un monde de frustrations inavouables où les frustrés, haineux et complexés à degrés divers usent du pouvoir directement ou indirectement pour compenser leur faille intime, leur béance caractérielle. Car le comportement social de l’haïtien est en général sauf exceptions, pathologique, sale et inhumain. E) Aspect religieux Dans son rapport à l’être en général et à l’homme en particulier, l’haïtien est tristement, lividement religieux. De ce tissu de négativités qu’est le vaudou, l’haïtien a appris que la religion doit être une somme sans fin de menaces, de peurs et de mystification. Sellé et cravaché par le loa, difficile pour un vaudouïsan d’avoir une juste estime de soi et un équilibre existentiel. Le vaudouïsan est toujours menacé des coups de poudre, de l’envoûtement par les démons ou les morts, du mauvais sort qu’on lui jette (yo pran chans li). Au manque d’estime de soi et d’équilibre métaphysique, viennent toujours le narcissisme et le délire de la personnalité, ces cultes pathologiques de l’ego, cultes ennemis de la juste estime de soi. Le vaudouïsan substitue donc à ses misères, le délire mystique mégalomane, et un onirisme débridé. Si le vaudou n’a point les tares tueuses du fondamentalisme, il a tous les défauts de la fausse mystique qui voit les prêtres et prêtresses (houngans ou mambos) exploiter les adeptes jusque dans leur âme asservie. Et cette structure vaudoue se retrouve à toutes les autres religions que pratiquent les haïtiens. Le catholicisme dans le syncrétisme classique est peut-être l’un des plus grands alliés du vaudouïsan. Quant aux multiples sectes protestantes, il suffit de vérifier pour plusieurs leur homilétique (mode de prédication proposée aux fidèles) pour découvrir la hantise vaudou qui les agite dont leur culte est souvent un pair dialectique. Par ailleurs, l’église catholique a, quant à elle, dans sa propension impérialiste à l’universalité, car « universel » est bien le sens du mot catholique, favorisé la salissure et la violence par toute la terre. De la colonisation de l’Amérique à la déportation des noirs, de l’esclavagisation négro-africaine à la dérive fasciste d’Italie et la crapulerie franquiste d’Espagne. Les siècles catholiques sont des siècles de honte et d’horreur que cache une poignée de saints dont l’hagiographie et le martyrologe se servent pour justifier l’éthique fallacieuse, vénale et prétendue sainteté de l’église, (l’infâme église) dirait Voltaire. En Haïti, le catholicisme, en contribuant à la formation classique des jeunes en a tristement et perfidement profité pour engendrer un monde de complexes qui hiérarchisent les individus à l’image même de l’église très hiérarchisée. Exacerbant la mégalomanie, cette violence du moi infligé à la communauté, il est facile de constater les méfaits des produits et sous-produits de ladite église dans notre société. Faut-il le rappeler, le génocide même n’est pas étranger à l’église, du massacre de la saint Barthélemy au génocide rwandais dont la présence avec la France dans le Rwanda génocidaire interpelle aujourd’hui à 10 ans de l’hécatombe, les analystes penchés sur la question, l’inquisition, l’autodafé aura évolué pour connaître d’autres formes mentales, difficilement tangibles d’extermination de l’homme. Enfin, le protestantisme multiple, pluridénominationnel a eu le mérite d’apporter un évangile moins biaisé que l’église romaine, toutefois, un abîme sépare les pauvres de l’armée du salut des maniérés du dimanche matin de certaines églises. Petit-bourgeois dans l’âme, leurs cultes sabbatiques ou dominicaux donnent plus l’allure d’un défilé de mode, d’une exhibition littéraire parfois belle mais vide des prêches parce que sans référent dans les actes qui étayent le nivellement négatif sans charité et réifiant des majorités comme ailleurs dans la société. Quelques familles y sont enfants légitimes et naturels de Dieu alors que le reste, l’écrasante majorité, est constitué d’étrangers à Dieu. Le maniérisme complexé de ces soi disant églises est en soi violence contre les pauvres que les dirigeants hiératiques ou laïques bernent et exploitent ne serait-ce que par le nombre qui confère puissance et représentativité à ladite dénomination sans oublier la vieille tradition des dîmes et offrandes auxquelles mêmes les démunis sont astreints. Quoique moins violent que le vaudou et le catholicisme, le protestantisme garde le schéma de la hiérarchisation des individus, l’exclusion et la manipulation infâme des majorités. Comme nous pouvons le voir, ce bref survol du paysage de nos tares violentes, mortifères, mérite que nous nous y penchions, exige une réorientation des pensées et des actes. L’action de purification mentale de nous tous est la seule juste et digne violence vitale, positive qui doit nous mobiliser aujourd’hui, car tous, nous sommes avilis et salis! Sans une prise de conscience, Haïti deviendra sans doute de manière irréversible une déchetterie méprisable. La mégalomanie et le narcissisme programmés de l’extérieur sont bêtement abreuvés à l’intérieur tout au long de notre histoire d’élimination de l’homme et d’extermination du mental sain selon la réification systémique et systématique infligée par les colons et esclavagistes de tout acabit d’hier et d’aujourd’hui. Certains narcissismes étant plus pathogènes que d’autres, celui de nos riches, de nos politiciens, nos géants de paille sans implication dans l’amélioration des sorts et conditions de la société, est une ignominie qui les atteint les premiers. Que les programmés de la mentalité d’horreur se reprogramment pour la splendeur d’un nouveau départ! Alors la grandeur de l’autonomie et de la noblesse mentale effacera narcissisme, gigantisme, lumpen-aristocratisme, orgueil des bas-fonds et mépris grossier des pseudo élites pour les majorités; oui, cette nouvelle grandeur du mental d’élite fera, une bonne fois pour toutes, échec aux misères où sévit encore infernalement l’effigie des bourreaux qui chambardent et galvaudent tout projet sérieux d’une nation haïtienne! CAMILLE
LOTY MALEBRANCHE
HAITI, POUR UNE CULTURE ÉCLAIRÉE CONTRE « L’ASSINGISSEMENT »
Par Camille Loty Malebranche La nature est un « mitsein » (être avec) imposé à chacun de ses éléments y compris l’homme. La gérance humaine de la nature est limitée (le vieux mot de Bacon en dit long «on ne domine la nature qu’en lui obéissant »). La culture, quant à elle, est mitsein construit par les groupes humains, lieu paroxystique de partage, d’échange et de rencontre. Culture, rencontre contingente, aléatoire mais aussitôt structurée, normée des hommes, rencontre des hommes avec la nature, projection et saisie à la fois imaginaire et rationnelle du réel, projection qui détermine la nature sociale des peuples. Mais avant d’aller plus loin dans notre démarche analytique, nous devons préciser que dans notre titre le néologisme « assingissement » que nous proposons renvoie à ce fait de folklorisation culturelle encouragée par l’occident dans « les pays exotiques » afin de nourrir les thèses des ethnographes et ethnologues des pays du centre, pays de l’essentiel et qui tendent à « transformer en singe » nos groupes humains les privant d’autonomie dans leur préhension et leur appréhension du monde. Pour l’homme, la culture est manifestation de la nature, l’homme étant le seul être à se projeter et à projeter l’univers devenu monde par les signes émanés de lui que l’homme interprète de même que les symboles que l’homme y applique dans la pensée et l’action, ces sèves du rapport à soi, du rapport au semblable, au temps, à l’espace, à l’autre en général, rapport plural qui engendre l’imaginaire et le réel. Rapport à l’être et à ses « étants », (ces diverses particularités du fait d’être) rapport donc de l’homme à l’univers dans toutes les dualités perceptives : immanence - transcendance, Foi - absurde, Dieu - néant; ces donnes de l’histoire qui signalent notre dimension d’esprit au-delà de l’animal humain. Pour le social, la culture, c’est la nature. Autant une société ne peut être un simple regroupement d’individus sur un territoire, autant donc la société émane de la somme des valeurs manifestées par des signes, par des symboles référant les uns et les autres au vouloir-vivre social et à la « téléologie » (but lointain projeté par la communauté). N’oublions pas que le signe émane d’un être présent qu’il présente alors que le symbole est projeté sur un être absent qu’il représente. Le signe évoque voire révèle la nature de l’être ou pour plus de précision de l’étant, (vu que l’être est défini en tant qu’englobant et immense configuration comme Dieu, l’Histoire, L’Esprit… selon les philosophies) tandis que le symbole prétend simplement le remplacer. La société - naissant des mythes fondateurs qui la structurent dans l’imaginaire des individus, des classes et déterminent son type de gérance humaine et institutionnelle voire le rapport interindividuel et entre lesdites classes - est donc une matérialisation dans les faits de la somme des signes et des symboles de son origine et de son évolution. Haïti, terre de métissage divers et de dualismes extrêmes est un pays à identité forte. Sa face ethnographique et la truculence des héritages de son origine font que le vocable de culture y tient lieu d’un concept complexe qu’on ne peut aborder par les lorgnettes réductrices ou émotives coutumières. En tant que carrefour de rencontres des civilisations amérindienne (taïno), européenne, africaine, brassées de force dans la baratte tropicale par ces actes d’assassinat des identités que furent les colonialismes, la hantise des douleurs historiques font de l’haïtien un être multiple et souvent une conscience de déchirement dans le rapport à soi et au monde. La violence et l’effraction coloniale du métissage ont au départ fait de ce qui constitue en soi une richesse, un abîme de conflits intérieurs inassumés. D’où une folklorisation de l’être collectif haïtien par la tendance des culturalistes de tout ressort (théoriciens et promoteurs souvent excentriques de la culture). Figés dans le passé comme des morts, ils ne font rien qui puisse poser la culture comme projection, comme propulsion futurologique de la nation. Déracinés, en effet, des mythes fondateurs authentiques : la valorisation du noir en Amérique, le refus de la colonisation sous toutes ses formes, la contribution à la libération de l’homme universel, nos pseudo théoriciens ont subi un repli sur soi, multipliant une démagogie indécente dans leur nombrilisme surenchérissant « de la geste de 1804 », geste combien galvaudée d’ailleurs par ces maîtres de la surenchère. Ces nationalistes culturalistes sont précisément ceux qui ont anéanti et continuent d’anéantir le possible haïtien. À entendre parler nos culturalistes, l’univers haïtien n’aurait que deux dimensions : le vaudou et le créole en dehors de quoi c’est le néant. Pourtant ces culturalistes dans leur sécheresse ne proposent rien contre l’aliénation culturelle galopante, c'est-à-dire cette absence de sélectivité dans l’adoption des mœurs occidentales hypermédiatisées. Car à côté de la face rigide de la culture, celle qui revêt un ancrage ethnique comme le vaudou que je désigne avec les autres religions d’ailleurs comme paramètre important de la culture nationale, il y a les formes flexibles, versatiles de ladite culture que j’appelle sociale et qui se manifestent par les pratiques de la vie quotidienne. Des exemples : La manière de manger qui voit certains citadins manger des céréales (comme corn flakes) pour déjeuner le matin, la manière d’approcher l’autre sexe, la manière même de faire l’amour, les loisirs, l’influence diabolique de la télévision d’abord et moindrement du multimédia. Cette espèce d’adaptation des niaiseries des « soap opera » (top models, les feux de l’amour) qui réinventent les rêves de la fille et la galanterie du jeune homme haïtien, la mode vestimentaire sans oublier la consommation compulsive des biens et gadgets onéreux, ce dernière étant l’une des pires tares de l’haïtien vu la fuite des devises qu’elle entraîne. Là dans cette face flexible de la culture l’aliénation sévit comme le meurtre du mental sain auquel elle substitue des pulsions irrationnelles, des réflexes maladroits, des rêves expropriés où par un étrange goût de l’étranger à soi l’haïtien se nie et dénie ses valeurs. Voilà pourquoi, je préfère parler d’entr’aliénation c'est-à-dire d’un pacte obscur entre le victimaire froid effaceur et la victime consentante s’identifiant à l’objet même de son effacement! Ce miroir aux alouettes de l’haïtien asservi dans son mental et qui croit se libérer par le folklore, le culte tout en gardant les thèses même de la sociodicée occidentale (c'est-à-dire la justification des horreurs sociales telles l’individualisme, le racisme ici commué en colorisme, l’économisme tout en blâmant les victimes), ce miroir doit être brisé. La crise spéculaire (c'est-à-dire venant de ce miroir faux nous renvoyant l’envers de nous-mêmes) s’effacera si les élites s’attachent à brandir une autre vision du mérite social. Car jusque-là se pâmant dans la mollesse de leur appartenance à cette néoculture médiatique elles se mesurent et se distancient des majorités qui se lamentent d’ailleurs de ce manque qu’elles ne subissent que par faute d’argent. Une bonne part de la bourgeoisie haïtienne ne voit dans le pays qu’un instrument d’enrichissement. Instrumentalisation honteuse et fatale! (Remarquez que le terme d’ailleurs est mal défini en Haïti où il y a beaucoup de riches mais peu de comportement bourgeois car il faut le dire aussi, l’investisseur industriel généralement à peau claire est quand même et de loin plus digne et plus vrai bourgeois que tous ces salauds millionnaires des régimes politiques récents qui se gargarisent de nationalisme de colorisme en général noiriste sans jamais rien investir dans le pays). Les manières philistines, gonflées, simiesques de la majorité de nos riches qui ne proposent rien que leur appartenance au mode vie occidental constituent une malédiction pour le petit pays qu’elles étouffent. Quant aux politiciens fonctionnaires corrompus, ces vils voyous et voleurs qui substantialisent l’argent volé de l’État sans l’investir, sans le restituer et qui voudraient être pris pour des hommes, qu’ils sachent que la bête sociale même telle la fourmi collabore à la vie collective, alors que, eux, ils intoxiquent et détruisent le pays qui les a fait riches. Voilà pourquoi nous soutenons que la culture défolklorisée, étendue dans le sens de l’amélioration des mentalités et comportements seule peut sauver Haïti de ce gouffre pathologique et antisocial où ces élites insanes l’entraînent. Ni élitisme ni populisme ne peuvent respectivement dans leur intumescence ou grivoiserie délivrer la nation de ses chaînes. La culture a pour vocation d’être non élitiste mais élitaire en tant qu’elle doit améliorer l’homme et l’émanciper pour la société en vue de le rendre plus positif dans le mitsein social et l’éthique nécessaire qu’implique tout mitsein. L’assingissement évoqué dans les propos liminaires de cet article, tel qu’il se fait de nos temps dans un monde haïtien si vide d’estime du soi ethnique et national et qui ne sait guère intégré les perles de l’occident sans patauger dans les vilenies de l’occidentalisme ne cessera que par des élites désaliénées et engagées. Il faut que les intellectuels authentiques, les haïtiens libérés, les vraies élites aient le soutien du ministère de la culture resté jusque là ministère de l’inutilité et de la sinécure à l’image de l’État haïtien lui-même qui s’est toujours fait la triste vocation d’État-Moloch avec ses ignominies faites chefs et dirigeants dont la pathologie personnelle efface le fonctionnement structurel. Les mythes fondateurs en tant qu’imaginaire qui ouvre l’histoire en créant la société dès lors supérieure à la simple fatalité d’une communauté spatiale d’existence, doivent être réajustés. Certes, on ne réinvente pas l’essence ethnique (à moins de pratiquer une politique de métissage intense sur plusieurs décennies ou siècles par l’immigration et la favorisation des mariages interethniques) mais on peut commencer par améliorer l’identité de la nation par la transformation de l’État. Toutes les réformes ou révolutions l’ont fait à travers l’histoire. Des élites choisissent les métamorphoses positives ou négatives désirées de leur société. Cette flexibilité se constate facilement dans le cas d’un pays comme la Russie passant en moins d’un siècle du tsarisme (monarchie) des Romanov au bolchevisme unioniste de Lénine puis au capitalisme républicain des Gorbatchev et Eltsine. Là, nous avons la preuve que l’identité, terme clé de la culture et qui pourtant réfère à la nature des êtres, identité qui est unicité parmi tous les ressemblants posés par elle comme altérité doit être une responsabilité de l’État au lieu d’être abandonnée à des turlupins de baragouineurs en mal de discours. La presse haïtienne a aussi une lourde tâche, les chaînes de télévision - au lieu de minables présentations populacières de grossièretés chansonnières dites à tort de musique haïtienne avec leurs obscénités ou des imbécillités à l’américaine où Brithney Spears est le phare des ténèbres pour la jeunesse victime de ces grivoiseries dans leur programmation de détente - pourraient privilégier des productions comportant des messages de désaliénation sur fond de comique et encourager le vrai art musical ou autre. Tout est à faire dans ce domaine. L’évasion doit rejoindre l’amélioration sur nos chaînes. En croyant s’évader nos téléspectateurs s’élèveront mentalement par l’exemple proposé dans les programmes éducatifs sans en avoir l’air! Puissent une revalorisation de nos mythes fondateurs ajustés à nos nouveaux besoins nous permettre un nouveau projet collectif et national, une autre projection positive de notre société, notre ethnie. Que ce que j’appelle la désignification, cette forme de crise d’être où tout est altéré, crise pire et de loin que la crise d’identité soit exorcisée pour le devenir digne de notre société. Alors et alors seulement nous romprons le statut de singes en cage acrobates épidermistes et complexés qui s’ébattent et se tyrannisent mutuellement pour les rieurs froids du nord s’esclaffant à nos dépens! Car le nord a une approche behavioriste dans la programmation de nos bêtises ou tout au moins de leur maintien, de leur encouragement, leur exacerbation voire leur incitation. Ni l’art ni le culte ne sauvent un pays sans une politique globale qui, entre autres, doit être culturelle pour leur assigner, au-delà du folklore ou de l’élitisme confinant, un rôle d’amélioration des mentalités au niveau du réflexif qui influencera jusqu’au réflexe! Que par une réforme plurielle et élitaire de la culture vienne la nouvelle humanité haïtienne! CAMILLE LOTY MALEBRANCHE |
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