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Retour vers Camile Loty Malbranche

 

Charité et Justice, un couple conceptuel plutôt qu’un oxymore…

Contre la pudibonderie et le maniérisme moral d’une idéologie criminelle

Non violence et utopie

La Star, illusion du thanatos social

Au sujet d’une économie suprahumaine et inéluctable!

HAÏTI, UN DRAME HUMAIN ET SOCIAL AVANT D'ÊTRE POLITIQUE

Commentaires de Louis Naud Pierre sur L'article de Camille LOTY Malebranche

Reponse de Camille Loty Malebranche

DOUBLE NATIONALITÉ, SALMIGONDIS CONSTITUTIONNEL…

Correspondance Marbranche - Bissainthe

Charité et Justice, un couple conceptuel plutôt qu’un oxymore…  

Par Camille Loty Malebranche

Il n’est de charité que la justice sociale. Toute pauvreté nécessitant des secours proprement caritatifs en pleine société d’abondance, relève du crime contre l’humanité de l’État. Dans notre société d’abondance, le caritatif institutionnel est une abominable hypocrisie des mauvais riches, prétexte ploutocratique pour laisser croire au mythe d’humanité des monstres responsables et planificateurs de la misère sociale voire planétaire.

Il est d’usage, vu l’amalgame qu’en font nos sociétés faussement humaines mais monstrueuses dans les faits et

le diabolique État ploutocratique, État-Moloch, de dichotomiser le monde axiologique des rapports des hommes dans la société et ceux internationaux des états, entre la « Charité » qui relèverait du bon plaisir du charitable octroyant aumône à son favori et la « Justice » qui, elle, appartient au droit inaliénable de l’être humain et des peuples. Cette dichotomisation conceptuelle est symptomatique de l’état d’esprit des ploutocrates vu l’infrabestiale et insidieuse propension des oligarchies à mépriser et à ravaler les hommes, les pillant légalement, bafouant leurs droits économiques par la paupérisation pour mieux les mystifier, les humilier et les esclavagiser. Pourtant, en deçà des lois et des structures, la relation des hommes et des états devraient s’axer autour la charité non pas comme empire de la faveur ou du privilège mais comme espace de droit universel où l’homme est primauté. Il n’y a de charité pour nous-mêmes et pour autrui que la justice et sa pratique. La justice, cette morale qui surpasse toute éthique par son absoluité et sa transcendance des contingences culturelles et conjoncturelles, parce que proclamation de l’équité et des droits fondamentaux, parce qu’également affirmation du primat de l’homme et du statut de l’humanité comme essence et valeur suprême dans les rapports sociaux ou structurels au sein de l’État, est une exigence de l’amour sans passion mais ô, combien engagé aux côtés de l’homme qu’est la charité! La charité est l’amour-philia (amitié) que nous nous aménageons comme membres de l’espèce en général et comme prochains impliqués dans toutes sortes de relations interpersonnelles et intersociales.  Charité, capacité d’empathie et attitude prévenante envers l’autre semblable, ouverture et disponibilité qui préconise le bien d’autrui, prédispose à l’amour de l’autre humain perçu comme prochain malgré tous les éloignements contingents des situations. Là, la charité est mode de rapport selon la justice. La charité est donc le mode opératoire et relationnel, le principe même de l’amour et du respect humain tant interpersonnel que social, alors que la justice en est la procession institutionnelle, le déploiement structurel garant dans le social par l’État. De fait, la seule justice que l’humanité commune réclame envers nos semblables de l’espèce, et qui est en société, le devoir fondamental voire la raison d’être de l’État, c’est la charité. De sorte que dans une société juste, la charité tape à l’œil des institutions parfois sincères, souvent suspectes qui s’en chargent, n’existerait point. Car le rôle suprême de l’État étant la justice et l’équité dans la société, il est d’usage que ses lois, si elles étaient justes, garantiraient une charité systémique  protégeant les administrés de l’égoïsme de classe et de la cupidité des puissants ploutocrates usurpateurs qui, détruisant l’exigence sociale de charité, violent le pacte de Justice de l’État à l’égard de ses membres. Une justice sans charité, telle que celle qui règne aujourd’hui dans nos sociétés réduites à la seule dimension de la fausse et malsaine économie dénaturée par la finance, et qui ajuste tout à celle-ci, ne peut être qu’un déni d’humanité, un crime contre le centre de toute Valeur qu’est l’Homme à qui tout choix social devrait, par la charité et sa justice, ramener. Nos cours et tribunaux ont ceci à leur actif : ils rendent parfois, exceptionnellement, des jugements plus ou moins justes. Leur drame dénaturant est que la justice étatique qu’ils représentent, est tronquée, fondée au départ sur l’exclusion des majorités et l’accaparement du bien commun par les plus forts. Et pour autant que le systémique est systématique dans ses procédés, ses conséquences, la justice de nos tribunaux, tendra la plupart du temps à l’imposition de l’horreur par la force publique. À ce state, rien n’est plus violent, ni plus prostitué et ennemi de la charité que la justice officielle de l’État.

 

         Système de justice et justice sociale

 Dans un contexte où la victime, l’exclu, le rejeté, le marginalisé, le déprimé, est constamment suspecté, surveillé, culpabilisé et accusé, l’on comprend que les baragouins idéologiques de l’État et de ses représentants gouvernementaux sur la justice, resteront insulte à l’intelligence et insignifiante absurdité  contre le sens, tant que la justice sociale ne sera à l’intérieur des états, la seule et unique poursuite des gouvernements. Dans cette occurrence idéologique d’infrabestialité, cette automation cybersociale où l’homme n’est qu’un automate mû par les stimulations idéologiques, il n’est pas rare de rencontrer des repus, des pseudo-théoriciens, des travailleurs précaires aliénés, des balourds scolarisés, des imbéciles avérés, des illuminés de l’ordre, des prostitués du système qui fêtent leur « intégration béate », leur fonctionnement machinal en conspuant les ostracisés. Toutefois, nul État, nulle société ne peut prétendre défendre la justice sans au préalable veiller à ce que chacun de ses membres ait de quoi vivre dans la dignité matérielle où ses besoins primaires et secondaires sont satisfaits dans le respect lui permettant de rêver et de partir vers son accomplissement social. Nul État ne peut garantir la justice sans interdire légalement la phagocytation des intérêts collectifs par des vœux oligarchiques. Quand un système est pourri jusque dans ses fondements, toute justice et pénalité n’est qu’instrument de l’oligarchie dominante pour imposer son pouvoir et assurer la pérennité de l’ordre qui la favorise.

Dans une société où les droits les plus inaliénables sont commués en privilège par l’artifice de l’idéologie officielle qui fait tout pour ravaler et fragiliser les moins nantis réduits au stade de favorisés sans droits, la charité alors subvertie en aumône n’est que prétexte d’humanité de la bête étatique. Cette bête étatique qui verse d’un côté - des centaines de milliards à des banques en banqueroute parce que trop prodigues de salaires onéreux aux banquiers crapuleusement hédonistes - et de l’autre, ose jouer les désemparés face à la pauvreté provoquée par ses choix politiques. Nous disons que cette bête étatique qui accuse les plus pauvres de ne pas gérer leur vie, astreignant la majorité de la société à la précarité économique et au sacrifice, dans le plus impudent vampirisme, inapte à la charité due qu’est la justice, est indigne d’exister!

Que pour la charité véritable, ceux qui se donnent au bénévolat, laissent tomber cette éponge confortable aux puissants pour penser et façonner selon leur grand cœur, des structures de pression efficaces contre l’abomination de l’État ploutocratique et de ses privilégiés bouffis qui infligent la honte de la pauvreté à la dignité de toute la société!

À moins que toute la société soit peuplée de tarés monstrueux dont la bannière est l’amour-haine du paupérisé appelé méprisamment pauvre, nous sommes tous coupables de laisser faire l’oligarchie ploutocratique qui accapare la richesse collective et planétaire tout en se plastronnant, traitant de fainéant et de désespéré quiconque ose la défier ou n’arrivant pas à s’intégrer dans l’ordre macabre de l’économie politique ostraciste parce que dénaturée par des ploutocrates.

La charité, cet amour du prochain comme devoir spirituel de l’humanité, n’est pas de l’aumône car l’aumône sociale est de la singerie d’un système voulant masquer sa culpabilité criminelle. L’aumône sociale qui force le pauvre démuni à devenir travailleur esclave et dégradé, est amour-haine des nantis pour l’humanité. Or, nous savons que l’amour-haine est toujours pathologique. En fait, il n’y a pas d’amour-haine, il n’y a que la haine inassumée s’accoutrant de sensibleries mièvres par souci des haineux de paraître humains au plus fort de leur bête déshumanisation et de leur crapuleuse monstruosité. De fait, les plus cupides arrogants s’imposent précisément par des structures bancaires et financières en accaparant les richesses collectives, expropriant ceux mêmes qui produisent la richesse pour transformer toute l’humanité en esclaves et larbins de leur égo de cossus condescendants!

Inutile donc de dire que tant que l’État ploutocratique avec ses politiciens vendus et prostitués, sous contrôle notamment des banques et multinationales, s’imposera, le droit démocratique de tous de vivre libre de la pauvreté et de la précarité vu l’immense masse de richesses produites mais indisponibles parce que expropriées aux peuples, sera un pur néant sur notre planète séquestrée par des monstres.    

Pour une oligarchie qui se retrouve paniquée et troublée devant les conséquences de ses propres gloutonneries, la charité institutionnelle des bénévoles quoique de bonne foi et de bon cœur, sert à amadouer et à apaiser la conscience criminelle et de culpabilité. L’État ploutocratique toujours putride se refuse encore et encore à abandonner ses pourritures et préfère les dissimuler par des subterfuges, cachant au populo manipulé ses monstruosités étatiques, ses ignobles politiques gouvernementales paupérisatrices et meurtrières, quand vient le temps des fêtes. En vérité, c’est de la thanatophilie idéologique que cette volonté officielle et publique de masquer la saleté sociale et gouvernementale par la blancheur du caritatif «telle de la chaux qui blanchit la décomposition inhérente aux tombes», je repense ici bien-sûr à la sainte et juste invective christique contre les pharisiens.

L’aide étatique aux banquiers le montre crument malgré les mensonges racontés aux masses abandonnées à elles-mêmes, l’État appartient à quelques riches du secteur privé dont les alliances avec une strate aisée des classes moyennes et les miettes jetées au peuple, assurent la pérennité, le règne. C’est un État totalement ploutocratique existant pour garantir et pérenniser les intérêts particuliers d’une oligarchie très opulente au mépris des intérêts collectifs du peuple. Et, comme par ironie du sort des pauvres et raillerie de la condition des exclus, chaque année, l’apparat rituel du caritatif annuel, confère à la putréfaction de l’État ploutocratique et de la société qu’il sous-tend, soutenu par la clique des riches médias commerciaux, l’exhalaison d’une bonne odeur de sainteté! Cela, naturellement, se fait pendant que l’État, impassible, continue à broyer le peuple qui fait la richesse mais doit souffrir de la dilapidation étatique de l’économie réelle. Car aux yeux des dirigeants prostitués aux ploutocrates, ne prévalent que le sauvetage des secteurs bancaires et commerciaux malsains et la restitution de la fallacieuse dette nationale vis-à-vis des banques privées et des secteurs cossus de la finance que l’État a lui-même rendu possible par sa politique et son système monétaire et financier (1). Ainsi, en ploutocratie, c’est un abject État félon et maffieux trahissant le peuple et désertant impudemment son devoir élémentaire fondamental de travailler au bonheur de tous ses administrés, préférant reléguer au bénévolat et à l’aumône caritative ses moindres charges, qui dirige le sort des nations.

1)       Référence que je fais à la vidéo « l’argent-dette » consultable au lien suivant :

 www.dailymotion.com/video/x75e0k_largent-dette-de-paul-grignon-fr-in_news

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE 

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Contre la pudibonderie et le maniérisme moral d’une idéologie criminelle
Pour une morale pleinement humaine

mercredi 22 octobre 2008

L’inaction de l’homme politique, parce qu’il s’est proposé à l’action bénéfique pour la communauté qui l’y a préposé, est un crime contre la morale et la société. L’inaction ou le silence du citoyen, quant à eux, sont complices coupables de l’indécence politique du pouvoir.

Par Camille Loty Malebranche

L’exigence de sens, l’obligation de signification chez un être social qui interagit avec ses semblables et les structures au cœur de la société - chez un être où l’intuition de la signifiance et de fin excède de loin l’immédiate absurdité de l’impermanence du Multiple c’est-à-dire des éléments épars qui constituent le nombre nombré du nombre nombrant global qu’est l’Un indivis de l’univers - aboutit nécessairement à des règles de vie qui commandent le mode d’être de l’individu dans son rapport à l’univers et à la société. Ce rapport de la conscience humaine au cosmos et au social est projeté de cet autre rapport insondable qui est le dialogue intérieur existentiel de l’homme avec lui-même, l’indescriptible et imprescriptible Rapport à Soi.

Naturellement pour manipuler les hommes, après avoir émietté la morale et y avoir substitué une éthique fonctionnaliste-utilitariste, la ploutocratie ose parler de démocratie au moment même où elle utilise les hommes comme marchepied de son enrichissement dans le mode de production et de travail, pour la monopolisation de toutes les ressources planétaires et la violence et l’excès de toutes sortes contre l’humanité et l’environnement.

Pour centrer notre point de vue, nous devons ici nous rappeler que deux catégories de valeurs jalonnent l’empan du sens : la valeur logique et la valeur morale.

La première (la valeur logique) réfère aux choses et aux faits et répond strictement à nos exigences herméneutiques, où nous entreprenons de comprendre la signification immanente des choses. C’est le champ de l’entendement et la mise en acte de l’intelligence dans l’appréhension, la quête interprétative du monde.

La seconde (la valeur morale) renvoie à l’action et est du domaine du jugement et de la responsabilisation de l’homme agissant. Elle est transcendante à l’acte posé et implique la conscience de l’homme agissant qui ne peut se dérober en tant qu’être libre à sa responsabilité d’étant choisissant et volontaire.

Rejet de la « métaphysique » opportuniste de croissance personnelle

Il existe de mon point de vue trois grands schèmes d’existence pour l’homme : l’ontologique, l’organique et le politique.

1) L’ontologique référant au fait d’être me met constamment dans mon rapport au sens transcendant de l’espèce avec toutes les grandes questions métaphysiques auxquelles chacun répond selon sa foi, la lecture de son rôle dans l’univers

2) L’organique est le schème du rapport au corps à sa vie ses exigences de subsistance, de bien-être, son fonctionnement en tant qu’organisme mortel qui a besoin pour bien vivre d’un certain niveau de satisfaction de ses besoins.

3) Le politique est ce rapport dynamique des hommes aux structures sans quoi la société eût été statique. C’est donc l’univers du social avec tous les stratagèmes individuels d’intégration, de relation au pouvoir de la structure et du groupe.

En tous les trois, la morale est la voie et l’arbitre de l’action et de la réaction de l’homme. C’est par elle que cette action et réaction signifie et est jugée à la fois comme intention et fin, indépendamment de leurs prémisses et conséquences.

Contre la métaphysique des morales réactionnaires de fausse responsabilité du sujet humain pris au lasso du social et contre les mystifications d’un certain mysticisme oriental de soumission et d’opportunisme social de l’individu, la morale libérée et libératrice doit évaluer les vraies responsabilités personnelles de l’humain sans absoudre bêtement les manants profiteurs des structures qui se cachent en coiffant la kunée d’une idéologie structuraliste refusant sciemment de voir l’immonde culpabilité humaine dans l’horreur historico-structurale justement façonnée et planifiée dans le temps par les maîtres économiques et politiques de la société, qui exploitent et subvertissent l’orientalisme moral très communautaire derrière un individualisme mesquin d’une soi disant réalisation de soi.

Fort d’un tel constat, nous disons que nul n’a le droit d’accuser ceux qui refusent l’assimilation voire la phagocytation de leur être global sous prétexte d’intégration dans le social faite à ses dépens ontologiques. Car nul n’est tenu de faire abnégation de son essence humaine pour les miettes de l’acceptation sociale !

Je sais que pour l’esprit de notre temps de prêche d’opportunisme moral prôné à l’individu pour qu’il profite des opportunités structurelles, ma pensée est ici impie car elle risque de maintenir l’individu dans la marge, mais n’est-ce pas dignité, cette chose inestimable de la morale vraie, que d’affronter le social en confrontant ses bêtises idéologiques, plutôt que de se prostituer pour une aise matérielle déshumanisante !

Voilà pourquoi le christianisme authentique et sans cléricalisme, celui qui, rejetant toutes les églises, s’oppose à l’injustice sociale du monde sans la démagogie d’une nécessaire harmonisation de l’homme et du social, m’a toujours paru supérieur à toutes les morales orientales et leur « sociodicée mystique » mystificatrice, soi disant proposée en vue d’une « harmonie » supposée de l’individu avec la société où il y a toujours en filigrane une culpabilisation personnelle du révolté ou marginal face au social qu’il n’accepte pas, un autodénigrement allant à l’autopunition de l’homme qui ne se laisse pas assimiler. Morale de croissance et de réalisation personnelle dans le monde qui condamne le refus de la pseudo-intégration de la personne humaine à l’ordre sale qui lui demande de se nier et de nier tout idéal de justice sociale pour « se réaliser » en collaborant - ne serait-ce que par son silence, son abnégation - avec la réification de l’homme qui sévit structurellement dans nos sociétés.

Il semble donc que le tribut à payer dans un monde de monstres idéologiques mangeurs d’homme, est la marginalisation de quiconque ose dire non aux ploutocrates et à leur horde barbare de proxénétisme et de réification de tous ! Le mode de cette corruption de l’essence humaine sied bien à nos maîtres corrupteurs vides de toute valeur sinon le besoin pathologique d’écraser leurs semblables en brandissant l’argent comme référence de grandeur et de supériorité par laquelle ils instituent leur propre idolâtrie chez les masses. Il s’agit ici du vide qui se pare de maniérisme et d’arrogance pour dominer. L’absence d’intériorité totale des ploutocrates ne peut donc qu’engendrer la discrimination sociale, puisque leur système établit une pseudo-hiérarchie entre les humains selon leur acquisition matérielle ou leur appartenance aux institutions ploutocratiques.

Là, il ne s’agit plus de blessure narcissique des corrupteurs qui se défoulent sur les paupérisés, mais de blessure spéculaire car il n’y a pas la contemplation de soi à laquelle le narcissisme fait référence malgré son excès qu’il décrie ! Il n’y a que le désespérant vide des bêtes cupides qui s’autoproclament maîtres des vies et des biens, seigneurs qui font vivre le reste du monde par leur prétendu mode de production ! Comme si aucun autre mode de production ni de monde n’est possible fors le leur si abjectement immoral et inhumain !

Le monde-profit contre le monde-humanité…

L’un des dualismes lexicaux qui m’a toujours fortement interpellé dans l’Écriture néotestamentaire est celui qui entoure le concept Monde. Ce dualisme, cette ambiguïté sémantique se retrouve particulièrement chez l’apôtre Jean qui dans les propos liminaires de son évangile (Jean 3, 16) nous dit « Dieu a tant aimé le monde… » et qui, dans sa première épître, 1 Jean 2:15 se rétracte par « n’aimez point le monde, ni les choses qui sont dans le monde… l’amour du monde est inimitié contre Dieu. » Nous sommes en présence de la sempiternelle dialectique du monde humain (l’humanité) et le monde du système socio-politico-économique qui vilipende toute humanité. Entre la hauteur céleste et divine de l’humanité vocationnelle de l’animal humain et l’abysse satanique de la structure qui l’enfonce dans bien pire que l’animalité c’est à dire dans la choséité par la réification, les forces du bien et du mal se livrent encore bataille aujourd’hui plus que hier.

Que les plus matériellement riches d’entre cette espèce rare de ceux qui croient à la dignité humaine et la justice, créent des fraternités pécuniairement libres selon des modes de production humains permettant à ceux qui sont marginalisés dans la société globale, de travailler dignement sans que le travail ne soit jamais but mais moyen, et ainsi de subsister dans un monde haineux de tout homme qui croit à son humanité, à l’humanité !

Car les jeux sont faits, les maîtres de monstruosité du système social tératogène et déshumanisant refusent de cohabiter dans leur structure avec des hommes non transformés en ombre ou rouage de leur machine. D’ailleurs la pauvreté dans le monde, sévissant même dans les pays les plus riches, est maintenue et planifiée pour réduire les majorités au stade d’essuie-pieds des riches sur qui ils peuvent cracher à leur guise. Le manque d’estime de soi des ploutocrates bâtisseurs d’empire, en leur égo gangreneux, ne peut se glorifier qu’au détriment d’autres hommes, paupérisés, transformés en loques pour idolâtrer les possédants et leur armée de consommateurs compulsifs simiesquement accrochés aux basques de leur système, qui ne manquent pas, en sous-produits de l’ordre de discrimination capitaliste, de piétiner l’humanité des exclus.

Et vive la canaille ploutocratique amorale et ses lobbies !

L’amoralité est donc l’effigie du monde des ploutocrates qui monopolisent tout, font pression pour éviter le moindre soutien de l’État aux moins riches et accaparent toutes les subventions étatiques sur le dos des contribuables, subventions qu’ils utilisent pour leurs intérêts particuliers d’entrepreneurs, puisqu’ils délocalisent comme bon leur semble sans rien devoir à quiconque pour chercher ailleurs des paradis fiscaux et travailleurs esclaves. Dans cette platitude où l’homo œcnomicus, lui-même décrié pour sa réduction unidimensionnelle à l’ordre économique, est un stade pour lequel il faudrait se battre tant le morphème « homo » référant à l’homme, ne peut même plus être appliqué à une économie boursière tributaire de la finance et des spéculations des financiers au mépris de l’économie réelle produite des humains, le non-sens et l’insignifiance qui s’ensuit, ponctue l’empire du vide qu’est l’ordre de l’argent pour l’argent.

Nous devons nous rappeler que le sens vient de l’intuition intérieure, immanente, vécue par la conscience spirituelle. L’on comprend d’emblée, la privation de vie intérieure qui fait des hommes en présence, tant les puissants qui réifient et les faibles qui sont réifiés dans ce qu’il convient d’appeler l’entraliénation, aliénation réciproque où les maîtres corrupteurs et leurs asservis réduits au stade de pacotilles d’un ordre malsain sont la proie de toutes barbaries et d’un nihilisme plural. Nihilisme qui est ici comme toujours un envers criant de la vérité ontologique de l’homme.

Dans un monde où la racaille criminelle de l’argent est héroïque et glorieuse, dans un contexte où l’argent sale est pureté selon ceux qui le manipulent, où l’engeance riche se paie économistes et idéologues de tous poils pour berner l’opinion publique, où la canaille de l’oseille soudoie la crapule de la politique, la morale n’est plus que l’inepte bobard de la presse de propagande refilé au peuple dans l’emballage des faux débats et des élaborations désinformantes ! La ploutocratie crée des connotations factices et manipulatrices pour accoutrer le sens. Elle bricole un sens adapté à la configuration idéologique qu’elle entretient sur la ruine de toute humanité. Hélas ! Même la salissure de leur face maculée - de pillage, de prédation et de déprédations des biens collectifs de la planète - passée à l’étamine de leur cynisme et par la flagornerie de la cour permanente que leur voue leur système et la presse jet set, est rendue orgueil insulteur intumescence abêtissante du peuple plutôt que honte morale face à leurs méfaits contre l’humanité !

Et malgré ces torts les uns irréparables et les autres non réparés par mépris, se profile la perte de la pudeur ou d’une certaine retenue face aux forfaits fomentés sans égard contre le monde et l’environnement. Les monstres gargantuesques ont toujours faim et sont avides de règne et de gaspillage ! Oui, la perte de la vraie pudeur pour une pudibonderie vestale, s’offusquant du dévoilement d’un sein de Janet Jackson dont la robe s’est déchirée volontairement ou par accident à la suite d’un pas de danse brusque sur scène, prouve que les pires catins et proxénètes du crime de toutes sortes sont les plus affectés de fausse chasteté !

Dans un monde où toutes les valeurs sont inversées, j’en arrive à me demander ce qu’un ami de ma grand’mère exprimait en créole et que je traduis ici : « à la foire des salauds que devient ce monde, la merde pèserait-elle vraiment plus lourd que le sel ? »

J’ose croire que non, l’humanité n’est pas perdue, encore faut-il que les vraies valeurs trouvent le courage des hommes prêts à les montrer ! Car la dignité existe, ne manquent que les hommes dignes dans la communication de masse et l’espace public ! Alors les valeurs se retrouvent marginalisées, noyées par la mer démontée et putride de prostitution et d’aliénation soutenue par les vautours, sybarites et idéologues, ceux qui parmi les journalistes, les spécialistes, les éducateurs acceptent l’imposture inhumaine d’une éthique au rabais pour défendre l’infamie systémique mondiale, l’immoralité mondaine du jet set contre l’humanité sacrifiée pour les excès hédonistes des profiteurs de toutes les ressources expropriées aux peuples et majorités.

Tandis que les herses immatérielles de l’idéologie marchande ultramatérialiste prennent forme comme un carcan substantialisé écrouant et pourrissant les pensées et comportements, le plus bel élan de la morale par ces temps d’Érèbe et d’opacité, aura toujours dans les consciences amies de la liberté et du bien, l’exhalaison explosive, volcanique de la révolte et du refus !

La morale vraie est et restera éternellement celle qui trône la primauté des dimensions ontologique, somatique et politique de l’homme au-dessus de l’intérêt des oligarchies et de leur structure de pouvoir.

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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Non violence et utopie. (Réponse à Jean Dornac) version corrigée

Par Camille Loty Malebranche

 Aborder la question de la non violence comme à la fois arme et combat de libération, nous met en présence de l’utopie dans son sens étendu au-delà de l’étymologie. En effet, loin d’être « l’espace du non lieu » comme l’a décrit Louis Vincent Thomas, l’utopie, cette île imaginaire de Thomas More, est ce terreau des espérances humaines dont nous avons l’intuition par une sorte de supraconscience. C’est donc ce lieu de l’horizon pressenti et  indéfini qui est en nous. Si j’aborde ainsi la non violence par l’utopie c’est parce que Jean Dornac a évoqué dans son dernier texte, la pensée de La Boétie dans « La servitude volontaire ». Puisque selon moi, la voie majeure de la liberté exige non seulement la volonté forte mais aussi la stratégie d’évitement de la tyrannie du groupe qui semble repousser tout idéal utopique de liberté individuelle aux confins de la disutopie. Car l’empan de l’utopie implique l’un des deux pôles possibles selon la lecture que j’en fais: l’eutopie qui voit la réalisation heureuse du rêve ou la disutopie qui voit basculer une fois pour toutes les idéals d’un rêve dans la chimère de l’impossible.  Là, dans l’action de réalisation de soi par les plus grands projets ontologiques, l’homme seul, le solipsiste est vraiment plus fort que le monde entier parce qu’harmonisé en soi tout au contraire de l’homme socialisé. En effet, quand viennent les cacophonies du social, le chaos collectif et ses dissonances agressent la symphonie de l’individu, font pression sur lui au point de diluer les plus grands élans humains d’amour, de générosité, de foi, de paix… dans les abysses de la compétition farouche, de la volonté de dominer et d’inférioriser et toutes les galéjades grossièrement inhumaines de l’intérêt matériel. La juste hargne et la légitime violence sont dans ces cas là souvent le seul repère du volontaire de la liberté. Car l’homme seul doit faire face à la horde barbare de la société qui fait de lui juste un projet de la structure sociale. L’homme, être social, affronte constamment les pressions violentes et la féroce dictature du nombre qui le définit selon l’idéologie dominante. La cruauté du nombre broie l’individu, et face à cette violence, le non violent est désemparé. En effet, le semblable par l’espèce est, selon le programme social, le pire des homophages. Programmé qu’il est, sans qu’il s’en rende compte, pour être un monstre mangeur d’homme. La société rend l’homme homophage et est impitoyablement violente. C’est donc dans une mer de violence que j’évolue dans la soi disant civilisation. Les puissants instituent la violence et le crime en loi et justice qu’ils imposent à travers l’État et ses institutions. Ainsi la non violence, idéal combien noble, me paraît souvent inapte à défendre la vie et la liberté, ces mobilisateurs existentiels d’énergie qui entrent dans la triade constitutive des passions ontologiques de l’homme lesquelles sont l’expression de notre essence de spiritualité et de transcendance: la vie, la liberté, l’amour. Pour être clair, je vous dirai que :

 a) la passion de la vie est si grande que l’homme fait tout pour elle, accepte quasiment toutes les souffrances, tous les sacrifices que nous constatons au quotidien du monde dans l’espoir de vivre…

b) Pourtant, la force de cette passion du vivant pour sa vie se nie et abdique volontiers devant celle de la liberté. Sinon, comment comprendre l’esclave, l’opprimé qui ose s’opposer, expose sa vie aux armes du tyran pour dire non à l’imposture abominable de l’asservissement et clamer sa dignité!

c) Mais alors dans l’univers de ce tableau on ne peut plus exaltant des passions humaines, il en est une qui devient elle-même tyrannique mais d’une tyrannie si douce que l’homme la cherche et s’y adonne au point de renoncer à des parts de sa liberté en en recherchant les liens jugés béats et enchanteurs : l’amour.  Mais hélas, le pragmatisme social en est un de négation de toutes nos passions légitimes, et croyez-moi, il n’y a pas de pire violence que d’être nié dans ce qu’on est pour des substituts plats et des ersatz vils de l’institution sociale. C’est là que la violence létale emboîte le pas à ces violences vitales que sont les passions de la vie, de la liberté et de l’amour.

Lorsque je pose le problème de la non violence face à la servitude volontaire d’Étienne de La Boétie, il me semble que le non violent mène, pour ainsi dire, un combat envers l’écrasante majorité, contre la société tout entière... Je m’exprime ainsi rien qu’à constater l’apathie des hommes devant l’autorité sociale, le consensus niais et la flaccidité conformiste qui les caractérise dans le social. Consensus éminemment violent, car l’aliéné, l’esclave, le réifié dans sa mollesse d’asservi volontaire ou aboulique ne me reconnaît guère le droit d’être différent, le pouvoir et la détermination de vouloir être libre. D’où le fameux cri de Sartre dans son Huis Clos: « l’enfer, c’est les autres »! L’autre refusant ma vision émancipatrice de moi-même est l’agent paroxystique du mal. Déshumanisé, il m’en veut de croire à mon humanité. Décivilisé et dépolitisé dans un social débilitant, il me crache sa haine de vouloir exiger mes prérogatives citoyennes d’exercer mes droits et devoirs dans la cité…

Cette violence du nombre est en droite ligne de celle de la logique primitive et bestiale de la horde: le refus de la dissemblance, le rejet de l’altérité. Cette violence est aussi le calque individuel de la voracité systémique puisqu’il s’agit en fait de la triste et fétide dialectique du prédateur et de la proie. Nos sociétés moloch, par le biais de chaque membre de sa masse d’aliénés, comme au rituel ancien célébrant ce dieu ammonite que fut Moloch, nous sacrifie, nous qu’elle prétend être ses enfants, au rituel assassin de ses impiétés idolâtres de l’ordre économique, culturel et politique érigé en mode de pouvoir.

Puisse l’esprit, hypostase divine en l’homme, nous rappeler par l’une de ses facultés essentielles, l’intelligence, que nous sommes constamment agressés derrière les sourires des représentants des institutions idéologiques d’État. Et la grande Babylone, la plus sale des prostituées, ce secteur malsain de la grande presse manipulatrice, ne manque  pas de nous infliger ces camouflets liberticides d’une idéologie mangeuse d’homme à coups de loisir, de demi-vérités, de contre vérités voire carrément de mensonges grossiers et grotesques. Rappelons-nous que nul principe d’approche de l’homme dans la société n’est sans exception. La non violence a donc ses limites et ses exceptions, telle celle que Jean Dornac a d’ailleurs admis en citant ce mot de Gandhi : « Je crois que s’il y a seulement le choix entre la violence et la lâcheté, je conseille la violence.»

 Moi, je dis qu’il est impie et contreproductif pour l’homme de se laisser massacrer ou déposséder de tout quand on sait que cela laisse à des générations entières le pain de la misère. J’en sais quelque chose étant un homme du Sud, je côtoie une misère si répugnante des masses en Haïti, alors que je sais qu’à côté de l’immonde crapule haïtienne de « l’élite économique et politique» alliée de la ploutocratie des pays du nord et soutenue par elle, toutes les richesses du pays ont été pillées par l’Espagne, la France, qui quant à elle, a bâti des villes entières avec l’argent généré par la sueur et le sang des esclaves qui ont nourri à peu près le sixième de la population de toute la France en ces temps là, tandis qu’après ses 179 ans de crimes coloniaux contre l’humanité, elle s’est faite subventionnée copieusement en millions de francs d’or avec menace d’invasion arguant du prétexte d’une dette de l’indépendance haïtienne pour ses « colons victimes et perdants » d’avoir été dépossédés de leurs biens avec la fin de l’esclavagisme et du colonialisme abolis à l’indépendance haïtienne de 1804.  Je peux également évoquer les É.U. qui ont occupé le pays en 1915 et qui, avant de partir, ont emporté toute la réserve d’or de la banque nationale d’Haïti … Ces ignominies abjectes de l’histoire seraient encore supportables si elles ne concernaient que les choses, mais elles impliquent l’effacement pur et simple des millions de descendants de ces sacrifiés, ces damnés du racisme et du vol colonialo-esclavagistes qui en subissent de manière permanente les sinistres conséquences tant les occidentaux haineux qui ont tout fait avec la complicité des moins que rien placés par eux comme dirigeants pour former une nouvelle classe de colons mésogènes, continuent le crime d’anéantissement des faibles!

Dans un monde où les puissants par la violence tuent sans état d’âme à des échelles variables c'est-à-dire mentalement, économiquement et physiquement lorsqu’échouent leur ruse démoniaque ; dans un monde où les balafres de l’injustice restent ouvertes parce que maintenues par la méchanceté interventionniste permanente de l’agresseur et du raciste, la violence, comme par césarienne, est souvent la seule voie d’accoucher la liberté aux forceps du refus et de la neutralisation de l’oppresseur.

En guise d’épilogue, je tiens à aborder la violence vitale dans ce qu’elle a de plus beau, la création, l’amour… En matière de création, la violence est à la fois cosmologique et génétique.

1) Aspect cosmologique, l’explosion violente des éléments génère des mondes nouveaux à répétition dans l’univers interstellaire, la théorie la plus généralement admise de l’univers, le Big Bang, nous parle d’explosions s’épandant et débouchant sur la cosmogénèse. Et la terre elle-même, au fur et à mesure que nos connaissances géologiques se développent, se présente comme prenant forme par des forces violentes qui ont en définitive fait place à la phylogénèse plurielle qu’on connaît et donc à la vie. Dieu crée en utilisant la violence des forces… En passant, disons que la nature animale est faite de chasseurs et de chassés où le jeu de la vie se joue dans le sang et le ludique de la dévoration… Mais cela n’est pas mon propos, puisque j’ai promis de parler de violence positive non pas que l’instinct de prédateur et de chasseur avec leur violence mortelle ne soient pas violence vitale pour les carnassiers... Néanmoins, pour continuer sur ma lancée, après mon survol de l’aspect cosmologique, laissez-moi évoquer l’aspect génétique en le bornant à l’homme dans sa transmission de la vie. Et pour cela, je vais vous parler de la femme, cette femelle superbe qui obsède nos poésies de mâles, est de nature à nous montrer les forces jouissives de la violence des corps. La fille, en effet, doit se faire dépuceler pour devenir femme et être apte à être éventuellement mère… Puis, la course du spermatozoïde vers l’ovule, qui nous a tous engendré. Nul n’est sans savoir que l’acte sexuel si fusionnel quand l’amour est au rendez-vous, est ponctué de micro traumatismes… Il suffit pour s’en convaincre d’atomiser un liquide le moindrement alcoolisé sur le gland après ledit acte pour constater combien ça brûle! Par ailleurs, la naissance est un univers de violence physiologique pour la femme qui accouche et est comme écartelée en son milieu pour laisser passer le naissant et d’expulsion violente pour l’enfant délogé de son confort intra-utérin. Otto Rank nous en parle avec une rare éloquence en théorisant le traumatisme de la naissance!    

 Je termine pour l’instant par un propos votif: Que la force de caractère des hommes de bonne foi, fasse tout pour que, autant que possible, la non violence soit la bannière de leur vie, leur méthode d’approche d’autrui et l’idéal auquel ils tendent par respect de l’humanité et de la vie. Toutefois, nous ne pouvons oublier que le Christ Jésus, Amour de Dieu incarné parmi nous, a lui-même dans une sainte violence, tressé le fouet pour chasser du temple les imposteurs voleurs et voyous…    

Ce rêve non violent bien mesuré, bien compris, du reste, peut être eutopique parce que possible à l’échelle de l’homme cherchant spirituellement l’accomplissement.

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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La Star, illusion du thanatos social…

Par Camille Loty Malebranche  

La star est sans doute le représentant le plus puissant de la société car elle reprend quoique par des formes populacières et plaisantes, le statut du héros des temps mythologiques. Qu’est-ce qu’une star? C’est essentiellement la vedette bénie de la presse, cette parturiente de mythes, peu importe la réalité ou l’absence de talent pour la facilité de sa consommabilité par le populo en l’assouvissant de défoulements et de phantasmes. Ce n’est ni l’artiste ni le génie qui accroche par son art supérieur ou son excellence surhumaine, loin s’en faut, et la plupart des vrais artistes sont gardés hors de ce tintamarre populacier, mais le personnage fictif, fantasmagorique et suprahumain au ciel des médias faiseurs de dieux qui exprime le vœu du marché et du rêve social fabriqué par l’establishment l’adoubant et l’enrichissant à satiété pour jouer son rôle grâce à la presse qui l’impose aux consommateurs. Une presse séculièrement théogonique  c'est-à-dire génératrice des dieux-idoles de la société dans une « mystique matérialiste » d’aliénation permanente des masses. La star est donc la vedette à laquelle la presse people associe comme une aura faisant d’individus souvent très ordinaires, parfois de vils histrions, des reflets inatteignables, des mânes vivantes, plus grandes que nature - dans l’univers virtuel psychédélique de l’assouvissement irrationnel et rageur - que le populo désemparé en mal de sensations fortes, adopte, consomme et idolâtre. 

Star ou putain, dieux-idoles du panthéon médiatique.

La posture de la star est en soi une ironie pour l’intelligence. Une fuite de la vérité, fut-elle celle de l’esthétique fascinant de l’art qu’invoque l’artiste authentique. La séduction du monde parallèle combien attractif, associée à la star par la société qui, à grands coups de messes médiatiques, la célèbre dans sa liturgie du loisir, est précisément faite pour éclipser les vrais charmes intelligents de la vie et de la culture par l’hyperprésence d’un opium, l’affluence surenchérie d’images émoustillantes des pulsions et débilitantes de l’entendement. La star est en soi une magie, une prestidigitation de la société ploutocratique pour assouvir les pires instincts des masses frustrées en mal d’un défoulement hédoniste que leur refuse la vie réelle. En ce sens, le star système est une vallée de rescapés de la folie de jouir, la démence d’un éros virtuel. Un défouloir qui tend de plus en plus, à force d’invasion, à monopoliser l’espace public, vu l’intervention de plus en plus directe de la star dans la sphère du sérieux en société à l’heure de la médiocrité politique contemporaine cyniquement instituée et entretenue par la ploutocratie… Une poubelle de l’éros virtuel et simulateur auquel s’adonne un social blême et en crise de sens et de valeur dans sa réalité. Masturbation des masses, vivant au jour le jour le thanatos d’une société d’exclusion, sur l’inaccessible plaisir. Voyeurisme par le trou de la serrure médiatique sur les ébats malsains excentriques des investis des maisons de production et d’imprésarios, ces démiurges des idoles, du populo qui, se masturbant sur le pays marginal des merveilles de ses stars, peut crier en taré manipulé qu’il jouit par procuration. Assouvissement malsain sur l’horreur masquée, enjolivée, jouissance par idole interposée constituent donc les piliers de la presse people voire de la grande presse en général dont la fonction semble de plus en plus, dans un monde désenchanté, celle d’opérer un réenchantement laïc par l’éveil des sens. Réenchantement pourtant pas séculier, vu le ton sacré de la présentation médiatique, de la représentation scénique au petit écran et l’adoption sacrale que lui voue le populo. Incroyable posture idolâtre d’une société qui proclame sa laïcité! Idolâtrie de l’argent et du sensationnalisme par le pauvre d’esprit et le rude travailleur fantasmant sur la vie totalement parasitaire d’une aristocratie jet set louée, sacralisée, théocratisée par la presse people au dédain de la sécularisation du monde occidental qui rejette la théocratie formelle de certaines cultures!

 La star contribue en fait à la mise à mort, par sa mascarade médiatique ubiquitaire, du ravissement esthétique authentique que procure l’infinie splendeur propre au grand art que la culture humaine a inventé pendant les  millénaires de notre histoire. Loin d’être une étoile, la star est une sorte de trou noir dont le disque d’accrétion engloutit la conscience des masses par les mass media en masquant les hideurs du système social.

  Altermédiatisme  ou nouvel espace public.

J’appelle altermédiatisme l’environnement nouveau que se forge la presse alternative. Environnement de réappropriation de l’information libérée et libératrice qui commence à se construire notamment sur internet. Je crois que cela constitue le possible du nouveau dans un monde sous la férule des cerbères des grands médias de désinformation publique. Il nous faut, en effet, réinventer l’espace public envahi des alluvions de la presse et la presse people en particulier. Sortir de ce guêpier de désinformation par le loisir, la publicité et la manipulation des bulletins d’information. Construire une communication altermédiatique affranchie de l’ornière des médias de marché pour promouvoir les valeurs humaines et néocitoyennes, voilà le pari des partisans de la liberté. Cet humanisme nouveau ne peut se faire que contre l’univers insane de l’héroïsme fallacieux de la star, cette prostituée exhibitionniste payée de manière déraisonnable par un système marchand inhumain et spectral auquel elle donne le masque de la sympathie. La star est la putain courtisane qui ensorcèle les choqués du désastre de l’information attristante sur un monde qui va mal. En ce sens, les émissions people instillent une information parallèle désinformante par manière de médication contre les horreurs des nouvelles. Information-diversion qui fait apparaître l’événement dans la nouvelle, mais la fait oublier dans ses causes en intronisant la bamboche délirante du people. L’une des tâches dévolues à la star, est bien de se pavaner avec les objets griffés depuis ses habits jusqu’à ses villas, ses voitures, ses bateaux et avions privés pour faire rêver à tous que le bonheur par la consommation existe et peut être accessible à tous! L’espace public nouveau doit donner la parole aux éducateurs informels, contribuer à la création de groupe de réflexion et d’action pour une alternative humaniste et citoyenne.

Aux ignominies et émonctions de la manipulation médiatique et de l’irréalisme omniprésent de la presse people dont relève les grands médias où règne la star et son « journaliste » thuriféraire, opposons la force humaine du citoyen libéré et revendicateur d’une autre société. Force humaine qui réhabilitera, loin des camouflets de la richesse astronomique insensée allouée aux stars grâce à sa consommation par les masses abêties, l’opulence légitime de l’expression et la place de la beauté et de l’art dans leur force et leur manifestation du génie humain. Il faut commencer par réhabiliter la conscience sociale, bâtir le vrai citoyen sur la ruine de la conscience déviée, grabataire maintenue malade par la presse people qui transforme nos sociétés en des asiles de déments déchaînés par l’idolâtrie de la star et la passion compulsive de la consommation. 

Quand Hollywood et ses relayeurs donnent le ton de la vie réelle à la société dite branchée, l’on comprend que la citoyenneté grugée par la désinformation soit expropriée et que le sens soit égrugé dans le débat social. Construire la nouvelle citoyenneté, voilà le pari de l’Altermondialisme.

L’autre société, l’autre citoyen ne sera possible que par un altermédiatisme révolutionnaire, une implication politique altermondialiste plurielle et pertinente, car si la personne humaine ne s’accomplit que par la métaphysique et en Dieu, la société, l’autre société possible, elle, se réalise par la révolution altermédiatique et la politique prise en main par le nouveau citoyen. Nouveau citoyen qui par sa conscience politique et sociale mettra l’utopie en route dans le réel collectif et public.

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

Par Jean Dornac

Camille Loty Malebranche est entré dans le débat sur la non-violence. Je ne peux que l’en remercier vivement. Il m’a proposé de poursuivre la réflexion, ce que je fais très volontiers. Je vais donc répondre à certains passages de son texte en fonction de ce que je sais et de ce que je crois important au regard de la non-violence. (Pour retrouver l’intégral de son texte, c’est ici : Non-violence, un dilemne éthico-idéologique)

Question fondamentale posée par Loty : Le respect de la vie d’autrui m’interdit-il de défendre la mienne ?
Bien évidemment non ! Il n’est pas interdit de défendre notre vie, c’est même un devoir. Cependant, il y a des nuances dans la façon de combattre pour sauvegarder notre vie. Il y a aussi de grosses nuances selon le type de combat qui nous est imposé : se défendre contre un agresseur, un individu ou un pays, nous voulant du mal ou nous défendre contre un pouvoir abusif n’est pas la même chose. Et puis, fondamental, à mon avis, il y a diverses façons de considérer un ennemi. Nous pouvons être obligés de nous battre, c’est vrai, mais nous ne sommes jamais obligés d’y mettre toute notre haine, de vouloir la mort de l’ennemi ou de devenir cruels, bref, nous ne sommes pas obligés d’entretenir en nous l’esprit de violence.

A propos de l’histoire colombienne d’Haïti et, au-delà, de tout le continent sud-américain :
En 1492, ce voyou criminel que fut Christophe Colomb fit la conquête de l’ouest de l’écoumène, conquête célébrée par les occidentaux comme découverte de l’Amérique. Découverte dont le concept même est un ethnocide eurocentriste en tant qu’il nie la conscience de ceux qui vivaient sur les territoires et qui avaient exploré, peuplé des siècles voire des millénaires déjà avant les européens la terre ultérieurement dénommée Amérique. (…) Pour revenir donc à l’Histoire colombienne d’Haïti, en 1492, il y avait entre 1 million et demi voire 2 millions de taïnos sur la terre haïtienne que Colomb rebaptisa Hispaniola. En 1503, il ne restait que 10 mille. Les taïnos, trop pacifiques, trop non violents furent tous détruits par les armes de l’envahisseur, par l’esclavagisation, par les sévices des barbares espagnols conduit par l’immonde italien dont le nom résonne encore comme une infamie à mon entendement d’homme.

Je ne vais assurément pas défendre Colomb et les Européens colonialistes, esclavagistes, totalement égocentriques ou comme tu dis eurocentristes. Certes, je pense qu’il faut tout de même prendre en considération l’époque de ces faits. La barbarie était la réalité des hommes d’armes et des pouvoirs de l’époque, tout cela caché sous des aspects civilisés, raffinés et très religieux. Pour autant, je ne trouve nulle excuse aux crimes commis. Face à cette barbarie, que pouvaient les Taïnos s’ils étaient pacifiques ? Rien, évidemment !
Cela dit, pour ma part, je fais une grande différence entre pacifisme et non-violence. Le pacifisme, souvent mais pas toujours, consiste à laisser faire quitte à mourir.
La non-violence, elle, signifie combat, mais oui, combat, réflexions, stratégies. En aucun cas, elle ne signifie s’asseoir et attendre… Je ne pense pas, en expliquant cela, que le peuple taïnos avait la moindre idée de ce type de combat. La non-violence est une notion très récente, développée particulièrement par Gandhi, qui reste le précurseur de ce type de lutte. Auparavant, des penseurs comme Léon Tolstoï, et plus anciennement encore comme Etienne de La Boétie avaient déjà réfléchi pour contrer la violence ou les pouvoirs. Au 19ème siècle, aux USA, Henri David Thoreau avait usé de désobéissance civile pour refuser de payer les impôts devant servir à la guerre… Ce dernier a beaucoup influencé Gandhi au début de son combat, au moment où sa pensée de la non-violence se forgeait.

Evidemment, lorsque je dis que pour expliquer les violences inacceptables de Colomb il faut tenir compte de l’époque, je n’oublie pas que le problème a d’autres sources encore. Car sinon, comment expliquer les ravages des guerres provoquées par GW Bush et quelques autres, dans la triste époque que nous vivons ? Je crois que ces derniers, en considérant l’époque actuelle et les progrès de la pensée comme de la civilisation, progrès bien réels, ont encore bien moins d’excuses pour les crimes qu’ils commettent. Nous touchons, là, je le crois, l’une des causes que je dénonce dans les deux articles suivants 6 - Conscience politique contre conscience humaine… (1/2) & 7 - Conscience politique contre conscience humaine… (2/2), c’est-à-dire le poids mortel des idéologies et des religions institutionnalisées. Que de crimes commis en leur nom ! Et derrière ces paravents commodes, toujours, on trouve l’appât du gain, le délire de puissance lié au pouvoir, la stupidité de trop nombreux humains qui s’imaginent être quelque chose alors qu’ils ne sont, tout comme nous, que poussière en devenir. À tel point qu’on peut considérer, à juste titre, que si la mentalité humaine globale a progressé depuis Colomb, celle des dirigeants ne cesse de régresser.

(…)

Dans d’autres sociétés moins crédules, plus combatives et plus violentes, les Européens n’ont pas su détruire toutes les populations. Ma question donc, est celle-ci : avec la canaille criminelle qui poursuit de paisibles gens, la violence défensive n’est-elle pas obligatoire dans certaines conditions ? Quand on sait que la presse n’existait pas au temps des taïnos, on peut me répliquer que Gandhi et Martin L. King ont réussi en partie !

Mais cette presse, dites-vous bien, ne couvre que ce qu’elle veut. Aujourd’hui de mini génocides se font couramment en Afrique, commandités par des compagnies occidentales exacerbant des imbécillités tribales de certaines régions africaines et organisant des massacres comme ce fut récemment le cas en Sierra Leone avec des compagnies commerciales européennes et nord américaines du diamant.

La violence défensive, je le dis, est hélas, nécessaire à la survie dans certaines circonstances d’agression.

Il est certains cas de violences imposées par des brutes sans nom, je pense aux nazis et aux soviétiques en leur temps, aux bouchers américains et israéliens à l’heure actuelle et à tous ces tyrans, petits ou grands, déguisés ou non en démocrates, qui hantent la surface du globe, où, oui, il nous est difficile, voire impossible d’imaginer ne pas utiliser, à notre tour, une violence immédiatement considérée comme légitime.

Le genre de cas dont tu parles, mon cher Loty, est sans aucun doute l’un des plus ardus à régler pour quelqu’un qui engage sa vie dans la non-violence de façon résolue. Il y a, là, des cas de conscience extrêmement difficiles à vivre.

Plusieurs facteurs vont nous engager dans un sens ou un autre. Lorsqu’on est en recherche de la non-violence, le mieux est encore, pour ces cas extrêmes, de se référer à ce qu’en disait le mahatma Gandhi. Ce dernier doit être considéré comme une référence, non comme un gourou, je tiens à le préciser. Ainsi, à propos de la seconde guerre mondiale, il disait ceci :
« 
Je crois que s’il y a seulement le choix entre la violence et la lâcheté, je conseille la violence.  » (Source : fr.wikipedia.org )

Mais il a dit également ceci :
« 
Il y a beaucoup de causes pour lesquelles je suis prêt à mourir mais aucune cause pour laquelle je suis prêt à tuer.  » (Source : idem)

Cela signifie quoi, en fait ? Si j’ai bien compris le contexte et la pensée de Gandhi, cela signifie, primo que face à la barbarie absolue des nazis, il n’y avait guère que le choix entre la violence et la lâcheté. Pour Gandhi, la lâcheté ne pouvait absolument pas être un choix. Mais il parlait vraiment pour un cas extrême.
La deuxième phrase, toujours si j’ai bien compris la pensée du mahatma, signifie, elle, et ce n’est pas contradictoire avec la citation précédente, qu’il ne faut pas avoir peur de la mort, de toute façon inéluctable pour tout être vivant, mais avoir honte de tuer et, autant que possible, refuser de le faire.

Il est allé plus loin encore, si loin que peu d’humains, sauf évolution majeure à venir, ne peuvent le suivre :
En 1940, quand l’invasion des îles britanniques par l’Allemagne nazie semblait imminente, Gandhi donna l’avis suivant au peuple anglais.
« 
J’aimerais que vous déposiez les armes que vous possédez comme étant inutiles pour vous sauver, vous ou l’humanité. Vous inviterez Herr Hitler et Signor Mussolini à prendre ce qu’ils veulent des pays que vous appelez vos possessions… Si ces gentlemen choisissent d’occuper vos foyers, vous les leur laisserez. S’ils ne vous laissent pas partir, vous vous laisserez massacrer, hommes, femmes et enfants, mais vous refuserez de leur prêter allégeance.  » (source idem)

Folie pour les uns, sagesse pour d’autres… Mais nous sommes dans le cas d’une situation extrême qui, heureusement, ne se présente pas sans cesse à nos consciences. Cette dernière position, j’ai bien conscience qu’elle ne peut être partagée pleinement, même si c’est avec réticence et angoisse, que par des humains ayant une foi en l’au-delà, en Dieu, à toute épreuve. La foi de Gandhi était telle que ce qu’il exprimait, même le plus choquant pour nous, était sa vérité ; il l’a prouvé tout au long de sa vie non-violente.
Sur la question des liens entre foi et non-violence, nous pourrions y revenir lors d’autres articles si nous pouvons poursuivre ce débat.

Pourquoi la persistance des crimes collectifs que sont les guerres ?

Il est bien évident qu’un tel débat n’aurait pas lieu, que de tels cas de conscience écrasants n’existeraient pas si, face aux éventuelles guerres, un seul des éléments qui la favorise était enfin remis en cause.

L’élément majeur est notre incompréhensible obéissance aux tyrans, qu’ils aient ou non l’apparence de démocrates. Cette interrogation fleurit, toujours, dans l’esprit des êtres libres. Etienne de la Boétie, il y a presque cinq siècles, l’a fort bien décrit et dénoncé.

Quelques extraits du Discours de la servitude volontaire - Etienne de la Boétie (1530-1563) (source : www.non-violence-mp.org

«  Pour le moment, je voudrais seulement comprendre comment il se peut que tant d’hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations supportent quelquefois un tyran seul qui n’a de puissance que celle qu’ils lui donnent, qui n’a pouvoir de leur nuire qu’autant qu’ils veulent bien l’endurer, et qui ne pourrait leur faire aucun mal s’ils n’aimaient mieux tout souffrir de lui que de le contredire.
(…)
Quel est ce vice, ce vice horrible, de voir un nombre infini d’hommes, non seulement obéir, mais servir, non pas être gouvernés, mais être tyrannisés, n’ayant ni biens, ni parents, ni enfants, ni leur vie même qui soient à eux ?
(…)
Or ce tyran seul, il n’est pas besoin de le combattre, ni de l’abattre. Il est défait de lui-même, pourvu que le pays ne consente point à sa servitude. I1 ne s’agit pas de lui ôter quelque chose, mais de ne rien lui donner. (…) Ce sont donc les peuples eux-mêmes qui se laissent, ou plutôt qui se font malmener, puisqu’ils en seraient quittes en cessant de servir. C’est le peuple qui s’asservit et qui se coupe la gorge ; qui, pouvant choisir d’être soumis ou d’être libre, repousse la liberté et prend le joug ; qui consent à son mal, ou plutôt qui le recherche...
(…)
Certes, comme le feu d’une petite étincelle grandit et se renforce toujours, et plus il trouve de bois à brûler, plus il en dévore, mais se consume et finit par s’éteindre de lui-même quand on cesse de l’alimenter, de même,
plus les tyrans pillent, plus ils exigent ; plus ils ruinent et détruisent, plus on leur fournit, plus on les sert. Ils se fortifient d’autant, deviennent de plus en plus frais et dispos pour tout anéantir et tout détruire. Mais si on ne leur fournit rien, si on ne leur obéit pas, sans les combattre, sans les frapper, ils restent nus et défaits et ne sont plus rien, de même que la branche, n’ayant plus de suc ni d’aliment à sa racine, devient sèche et morte.

Voilà bien le drame majeur de l’humanité : Accepter sa servitude, accepter, c’est vrai particulièrement aujourd’hui avec les lois sécuritaires qu’on nous impose partout, la tyrannie sous des prétextes de sécurité, sous des prétextes de confort, de refus de la résistance, la préférence étant toujours donnée à l’obéissance servile et rassurante plutôt qu’à l’effort et la résistance pour préserver la liberté.
C’est bien ce qu’il faut appeler la lâcheté des peuples, des individus, de nous tous en somme, qui favorise les plans criminels des puissants qu’ils soient gouvernants, dirigeants de multinationales, financiers et autres… C’est parce que nous ne savons pas ou ne voulons pas leur dire NON que les guerres existent toujours, que la tyrannie règne un peu partout quel que soit le régime qui régit un pays.

Si nous avions enfin la force collective de leur dire NON, alors, au moins au niveau politique, il ne serait plus nécessaire de penser la non-violence… Cependant, elle resterait d’actualité sur le plan personnel en cas d’agressions de malandrins ou pour réussir nos relations familiales, amicales, professionnelles, etc…

(…)

Tant que le matériel primera sur le spirituel et que même les religions instituées officielles demeureront en filigrane des soupapes idéologiques de l’intérêt, la violence sera la seule réponse de l’opprimé poussé à bout et devant, vie contre vie, assurer sa survie, sa dignité, sa reconnaissance humaine par la bête criminelle, obsédée d’intérêt et de profit au mépris l’homme.

Ce que dit la Boétie, répond aussi, en bonne partie à ce que tu écris là, cher Loty. Tant que nous ne refuserons pas d’obéir, et dans la non-violence, avec le support des « armes » de la non-violence, comme la « désobéissance civile », certains devront, s’ils le souhaitent, passer par la violence pour survivre. En ce sens, l’époque actuelle est extrêmement dangereuse pour l’humanité. Les émeutes de la faim, si je regrette la violence utilisée, sont un signe grave, tragique, du désespoir de nombreux peuples acculés à la famine. Ce qui est effroyable et montre que nous devons, si nous en avons conscience, lutter contre les puissants qui oppriment les peuples, c’est que cette faim actuelle n’est pas due à une quelconque pénurie, mais à la spéculation de quelques monstres sans conscience…

Cessons donc de les soutenir par tous les moyens qui sont à notre disposition ! Coupons-leur les moyens d’augmenter leurs fortunes, donc leur puissance ! Ecoutons la Boétie, son discours est plus actuel que jamais !

(…)

Et moi, je le dis, la domination occidentale s’est faite et se maintient par la violence dominatrice et exterminatrice, les génocides et ce qui est peut-être la pire de toutes les violences, l’aliénation idéologique des dominés pour rendre pérenne les conquêtes abjectes du colonialisme ancien et nouveau.

Bien sûr, cher Loty, comment ne pas être entièrement d’accord avec ce que tu dis, là ? Pour l’aliénation idéologique, à laquelle j’ajoute l’aliénation religieuse entretenue par les Institutions religieuses trop souvent complices des pouvoirs en place, je crois avoir déjà expliqué ma position. L’aliénation, cependant, ne concerne pas que les peuples non-blancs. S’il n’y avait pas une identique aliénation parmi les peuples envahisseurs, le martyr des autres peuples du monde, partout où les Blancs ont voulu dominer et piller, n’aurait pas eu lieu. Aujourd’hui, cette domination se fait à la fois par l’horreur de la guerre, mais aussi par l’abomination d’une économie qui est faite pour tout ce qu’on veut, sauf pour l’humain. Et c’est une nouvelle aliénation d’autant plus puissante qu’à peu près tous les pouvoirs mondiaux sont désormais complices de cet écrasement des peuples par l’économie. Ce type d’économie, imposée par les Américains et les Anglais, vite ralliés par le reste des pouvoirs mondiaux, est une guerre menée contre les peuples ; les pratiques des financiers, des « économistes » et des politiciens sont d’une rare violence. Hélas, combien d’humains s’en rendent-ils vraiment compte ? Combien réalisent-ils que s’ils ne sont pas déjà des victimes, demain ils le seront, eux ou leurs enfants ?

Voilà un domaine où, j’en suis persuadé, la non-violence pourrait être d’une efficacité redoutable au travers de la désobéissance civile, si une majorité des peuples, particulièrement dans les pays riches, occidentaux, majoritairement blancs, la comprenait et se l’appropriait… Il est bien évident que le concours d’une majorité des peuples est nécessaire. Gandhi, sans le courage et la détermination d’une grande partie du peuple indien, n’aurait rien pu faire ; c’est vrai aussi pour Martin Luther King. Cela signifie bien que ce sont les peuples qui doivent prendre conscience, se lever, et je l’espère, combattre par la non-violence.

Dans un monde où les loups ont toujours raison à cause de leurs crocs, il me semble impossible, cher ami, que les agressés restent des agneaux non violents et en même temps prétendre se libérer voire survivre parmi leurs prédateurs carnassiers. Hélas ! le monde est le lieu de la prégnance de la violence et du règne des violents prenant tout aux non violents et ensuite faisant des lois interdisant la violence des victimes !

Devenir non-violent semble être en effet une folie ! Sans doute est-ce ce que pensait une majorité d’Indiens lorsque Gandhi et les siens débutèrent leur combat.

Le monde, dis-tu, est le lieu de la prégnance de la violence et du règne des violents. Certes, c’est vrai depuis la nuit des temps, mais depuis une bonne centaine d’années, nous savons que nous ne sommes pas condamnés à poursuivre les erreurs et les crimes des générations précédentes qui, toutes ou presque, ont toujours considéré que la violence était légitime. Et cela que ce soit pour se défendre face à un ennemi ou pour attaquer ceux que les pouvoirs présentaient comme tels.

Pour toi, les non-violents seraient des agneaux… Non, je peux t’assurer que non ! En dépit des apparences, ce sont des humains réellement et profondément combatifs ! Ils sont déterminés et lucides. Ce sont tout sauf des naïfs ou des pacifistes. Il ne faut pas oublier que le combat non-violent se déclare et se poursuit sur des provocations inacceptables pour les pouvoirs. Ensuite, la façon de mener la bataille non-violente déroute tous ceux qui ne savent ou ne peuvent que lutter par la violence. C’est l’une des forces de la non-violence en lutte.

L’esprit de non-violence est largement minoritaire, aujourd’hui encore, bien qu’il ait prouvé sa puissance. C’est notre devoir à tous, particulièrement en tant que parents, d’enseigner cette voie du courage et de la détermination à nos enfants. L’espérance viendra des jeunes s’ils comprennent l’extrême importance de ce défi. Rompre avec la violence qui a toujours régi les relations humaines ! Oui, quel défi !

Je l’ai déjà dit, mais il faudra le répéter sans cesse : Tant qu’une grande majorité d’humains considérera que la violence est légitime, qu’il le veuille ou non, qu’il en soit conscient ou non, il légitimera également la violence et les crimes des gouvernants.

Au-delà du combat non-violent en politique, c’est donc bien d’un changement personnel de mentalité, vrai et profond, qui est nécessaire. Les loups ont un bel avenir devant eux tant que les masses approuveront les relations de violence à tous les niveaux de leur vie. Mais si les peuples, une majorité d’entre eux, comprennent enfin le pouvoir qui est le leur dans la non-violence, s’ils oublient un peu leur peur et qu’ils trouvent la force de crier leur « Non » à la face des puissants, alors, oui, les oppresseurs finiront par être désarmés.

A mes yeux, ce fut la victoire principale du combat de Gandhi de montrer que nous pouvons nous battre, être efficaces, sans toucher à une arme, à condition d’accepter tout, jusqu’à l’éventualité d’un sacrifice personnel. Sacrifice qui n’est pas recherché, mais qui peut advenir, bien sûr. La liberté, la vraie, celle que l’on trouve précisément dans et par la non-violence, peut avoir un coût élevé.
Mais si l’on y réfléchit, tant qu’à mourir, ne vaut-il pas mieux se faire tuer dans un combat légitime pour la vie, pour nos descendants par la non-violence, plutôt que de se faire tuer en répandant, toujours et encore, l’erreur et l’illégitimité de la violence ?

A méditer, non ?

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Au sujet d’une économie suprahumaine et inéluctable!

L’économie politique, entre science et imposture idéologique…

Par Camille Loty Malebranche.

La « science macroéconomique », une ironie plouto-idéologique permanente de la démocratie et du citoyen!         

La plus ignoble et aussi la plus grave des impostures d’experts de notre temps est celle des économistes qui font de l’idéologie dans les médias et veulent nous faire croire qu’il s’agit de science. Car c’est là où achoppent bien des rêves de liberté, de suprématie, et de condition meilleure des peuples qui votent. Puisque le votant, dans l’usage qu’il suppose démocratique du bulletin de vote, n’élit des représentants que pour améliorer son sort matériel et social dans une société plus libre, pourtant partout ce sort, son destin dans la société, lui échappe dans le jeu économique où les dés sont pipés par les establishments ploutocrates. Malgré ses contributions civiles et politiques, les mécanismes de l’activité des puissants agents économiques font du votant un patient qui subit les décisions de ses élus. En effet, les représentants que les votants élisent à la tête de nos soi disant démocraties sont toujours, dès le départ, pris dans les structures ludiques de l’économie et de ses règles fixées par les barons supranationaux et, disons-le, supra-étatiques de l’industrie et du commerce au nom de qui procèdent les financiers spéculateurs des bourses.

Idéologie et science, une confusion à saper.

L’idéologie est, de la plus belle définition, l’entreprise de subvertir ce qui est strictement le fait d’un pouvoir profane en chose sacrée par l’appel à l’acte de foi des masses où les péremptions intéressées des puissants décideurs sont présentées comme transcendant la volonté des hommes et imposées de façon naturelle aux gouvernés. Pour dire bref, l’idéologie en tant que ce qui présente la manière de voir de l’establishment d’un type de société donnée, vision dominante parce qu’appliquée par l’État et fortement médiatisée (en l’occurrence, celle de la société de marché du libéralisme contemporain) tend, dans une société d’extrême illégalité, au mensonge et à la violence du contrôle des consciences pour se justifier. Alors que la science est en soi neutre au départ et se soucie strictement des lois permanentes et des raisonnements méthodiquement ancrés dans les démonstrations de ces lois sans jamais prétendre être naturellement transcendante se contentant, dans un contexte social, d’éclairer l’action des gouvernants sans jamais prétendre prédéterminer les choix politiques au point de se substituer à la politique d’État. Fort de cette courte distinction, il faut voir que l’économie n’est donc science que dans le champ des calculs relevant des différentes branches et lois mathématiques pérennes lui permettant d’évaluer le coût de production et d’échange des biens et services, et sa contribution méthodique à la gestion des ressources tant à l’échelle micro que macro. Hormis cela, dès que l’économie se mêle d’exiger un type de société à l’État, elle est une part de la weltanschauung des maîtres du social et donc, idéologie. Qu’on l’appelle économie politique ou macroéconomie, et quel que soient les postulats ou les prédicats (dirigée, libre, libérale, démocratique, collectiviste) qui lui sont associés dans les jargons courants y référant selon la lubie des spécialistes généralement superbement stipendiés, l’économie, lorsqu’elle concerne et implique la politique des états, est strictement idéologie dans ses choix. Et par là, parce que les puissantes chaînes de médias sont part du système libéral et hypercapitaliste actuel, l’économie est la grande mystificatrice moderne du pouvoir de la ploutocratie matoise qui feint de l’associer constamment et artificiellement aux droits démocratiques des peuples au moment où elle est de fait, une kunée qui dissimule les pires politiques paupérisatrices des masses et les plus vils crimes contre l’humanité. Car l’économie politique n’est pas qu’une affaire d’économistes mais le plan social tracé à l’instigation des ploutocrates, selon lequel est dessiné le sort des peuples par l’État contemporain totalement subordonné à la poignée des Pdg de sociétés privées, pour la plupart multinationales, dont le seul but est en fait microéconomique, c'est-à-dire: le profit des actionnaires.  

Le monde de la surinformation contemporaine - cette information ploutocratique des grands médias, qui, telle une mer déchaînée, nous noie par ses vagues - est donc celui du mensonge désinformant permanent pour la sujétion des majorités exploitées, expropriées, paupérisées de la planète et des pays qui se font dire qu’elles sont coupables de leur misère. C’est aussi un monde de camouflet d’une poignée du nord aux états de la périphérie, détruits par les politiques impérialistes des pays riches qui, après le colonialisme formel, ne cessent de financer des partis politiques factices et de propulser leurs politiciens larbins partout au monde à grands coups d’argent pour garder le contrôle des leviers du pouvoir dans le Sud. 

Ainsi, l’économiste vedette sentencieux, au plus fort de sa superbe de placeur de mots et de moralisateur proférateur d’apophtegmes visant à nous protéger de récession que nos comportements de peuple peuvent engendrer, n’est en fait qu’une putain maniérée et menteuse qui vient séduire idéologiquement par le prétexte de la science, la masse des victimes de l’économie triomphante ploutocratique. Économistes ogres qui psalmodient toujours par leur apologétique d’experts, les compagnies et leurs financiers responsables de nombreuses récessions et souffrances planifiées par soit leur gestion de maximisation extrême du profit soit les spéculations boursières qu’elles commanditent pour influencer le marché soit leur pression sur les gouvernements pour que l’État se désengage de sa mission sociale au profit des sociétés privées. Car antidémocratiques et franchement tyranniques, les cossus maîtres des compagnies sont les premiers ennemis publics des peuples par leur guerre despotique livrée aux programmes sociaux d’État, je cite le droit démocratique des peuples de profiter de l’immense richesse mondiale appartenant à tous parce que produite par tous mais crapuleusement et vampiristement monopolisée par quelques riches surhommes des compagnies et leurs associés du système bancaire et financier. Il faut le dire et se le redire: en dehors des calculs et prospectives strictement techniques que tous - une fois dotés des prérequis scolaires,  peuvent étudier à des écoles supérieures spécialisées les dispensant sous forme de cours - les suggestions politiques bonimenteuses des économistes sur les médias où ces économistes se permettent de nous réclamer sans cesse des sacrifices, de nous accuser de ne pas assez travailler, d’être responsables de nos sous-emplois ou du chômage, ne sont qu’impostures idéologiques. Imposture idéologique aussi que leur déblatération contre les pays du Sud mal gérés, toujours présentés sociocentristement par la presse du Nord comme des alterhumanités plus ou moins inférieures, en disculpant la bestiale responsabilité du Nord dans cette gabegie évidente par son interventionnisme altérant la politique contre les vœux et choix des peuples du Sud! Impostures qui détournent le regard des victimes de l’idéologie économique en faisant diversion pseudo-éthique par la culpabilisation des exploités, le blâme des agressés ruinés de l’ordre social institué par les prédateurs d’une ploutocratie anonyme derrière les  ignominies politiques des États du Nord qui empêchent autant leur peuple que ceux du Sud de choisir leur destin économique. Pure sociodicée abjecte et criminelle contre l’humanité. Aucun mot non plus de nos Charon économistes contre la mafia financière autorisée qui influe souvent sur les bourses et plonge le monde dans des crises factices tout en bombardant l’opinion publique de bobards pour se justifier en jouissant du marché noir qui accompagne lesdites crises. Alors la question qui se pose: de quel droit l’interprétation spécialisée idéologique de l’activité économique en bonne partie déterminée par des politiques financières des bourses et des tendances de marché priorisées par les géants magnats industriels et commerçants, devrait s’ériger en une prédication morale voire en prescription transcendante aux majorités qui, déjà, les subissent? Cette homilétique affairiste de spécialistes à posture hiératique, n’est pas de la science mais un déni du droit à la vérité et au respect dû aux peuples. Connivence et complot d’un monde des affaires - de plus en plus luxuriant grâce à la manne de l’économie virtuelle via la spéculation boursière - et de l’État contre la société globale bafouée pour les sociétés privées.   

L’heure doit être à la reprise en main de leur sort par les peuples, reprise en  main qui ne peut se faire qu’après avoir rejeté, exorcisé l’obscénité de cette sorte d’immense lupanar public et maudit que constitue la grande presse prostituée qui séduit le populo par l’expertise mensongère et les ragots d’une surinformation dénaturée, taillée sur mesure pour plaire à leurs patrons ploutocrates.

En faisant accroire qu’ils sont les seuls à pouvoir comprendre ce qui est essentiel dans la vie quotidienne de tous, je cite l’économie, l’économiste officiel et prêcheur des médias, est le pire des imposteurs mystificateurs, le justificateur des maffieux autorisés des grandes sociétés privées menant la planète comme une nébuleuse terroriste, infernale pour les majorités, dans le dos de L’État manipulé, dénaturé aux commandes des états. État moloch tourné férocement contre les citoyens, pourtant seule fin logique et naturelle de l’État dont ils sont la raison d’être.

Économie des experts médiatisés, imposture idéologique.

L’économie politique prêchée comme une liturgie aux médias avec toutes les raisons transcendantes artificielles de maintien du statu quo, d’exclusion des secteurs populaires gardés volontairement misérables, n’est qu’un stratagème cynique, une sadique argutie pour confner les pauvres et les travailleurs précaires au stade d’armée de réserve du capitalisme, prêts à accepter n’importe quoi pour se sortir des pires dettes et embarras pécuniaires! Le tout selon une imposture gigantesque qui ne répond à aucun principe épistémologique de la science mais qu’habilement les fabulations médiatiques alliées aux experts économistes vedettes, stars prostituées de l’oligarchie ploutocratique, imposent à l’opinion publique. L’on comprend, dans ce contexte d’économie politique néolibérale, que les riches compagnies qui pressent l’État à abandonner toute aide aux masses et tout programme social sous prétexte de créer des emplois - mendient des subventions et de fait, se font aider grassement avec l’argent des contribuables par la prodigalité gouvernementale tout en menaçant de délocaliser si elles n’en reçoivent pas, et qui délocalisent malgré tout un ou deux ans après pour s’installer ailleurs dans des paradis fiscaux et à main d’œuvre quasi gratuite au sud, sans avoir de compte à rendre - ne soient jamais critiquées mais absoutes, justifiées par nos économistes moralistes. Pas plus qu’elles (ces compagnies) ne sont poursuivies par les gouvernements subventionnant. L’exemple du géant informatique Dell - qui s’est fait financer 5000 dollars par le gouvernement comme condition d’ouverture d’un centre d’appel à Ottawa pour chaque individu employé en février 2006, et qui vient de fermer ledit centre d’appel en avril 2008 sans aucune autre explication sinon que leur communiqué stipulant qu’«Ottawa n’est pas une ville rentable pour des centres d’appel» - est probant. Pour revenir à la macroéconomie, dès qu’elle impose un mode de gestion et de vie comme étant la Voie Naturelle inexorable et inévitable de la société globale, selon une économie politique suprahumaine et transcendante vis-à-vis du citoyen considérée immanente à la nature des choses où elle incarne le Bien, la Nécessité inéluctable des hommes; elle délaisse grossièrement la sphère contingente du profane qui caractérise  les sciences sociales et humaines pour s’ériger en métaphysique séculière agressive. En loi cosmique! Cela est d’ailleurs toujours la méthode inhérente à toute idéologie d’exploitation de l’homme par l’homme de se constituer naturalisme incontournable et inviolable comme une sorte de théologie sans Dieu afin de régner en indubitable non questionnable aux dépens des exploités. Imposture cultuelle donc d’un «sacré» sociopolitique, d’un rite laïc grotesque de manipulation des consciences. L’économie politique, parce qu’elle détermine la condition sociale concrète des individus, est l’un des plus lugubres instruments de moulage des vies; la plus terrible et la pire entreprise d’expropriation du destin individuel et collectif de l’homme par l’institution sociale réifiante et phagocytante entre les mains des ploutocrates. L’économie politique capitaliste néolibérale est un behaviourisme structurel infernal de l’ordre systémique ploutocratique dans sa prégnance systématique au quotidien des individus. Comme toute idéologie est pouvoir, l’économie politique capitaliste néolibérale est un pouvoir mangeur d’homme qui se fonde sur la structure financière d’une mafia internationale richissime percevant les peuples uniquement comme instruments de production, de consommation et donc d’enrichissement de l’establishment qui constitue l’oligarchie ploutocratique mondial au dédain des états.

Parce qu’elle passe par la désinformation, la seule force d’atténuation de cette imposture idéologique est l’information totale que la presse alternative peut et doit dispenser contre le mensonge, les demi-vérités et les contrevérités des grands médias courants.

L’économie politique, la macroéconomie appliquée, est chose trop socialement impliquée et trop humainement concernée pour être abandonnée aux économistes, aux experts et aux politiciens.

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE 

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HAÏTI, UN DRAME HUMAIN ET SOCIAL AVANT D'ÊTRE POLITIQUE.

Par Camille Loty Malebranche


La sérénité de la froideur intellectuelle et phénoménologique, devrait nous inviter à l'humilité devant le phénomène du triste devenir haïtien. Ce n'est certainement pas un individu quelque diabolique soit-il qui a contribué à tous les malheurs d'Haïti, Le complexe du bouc émissaire qui - selon Henry Baruch - est responsable des complexes de haine, devrait être ostracisé du débat. La véritable interrogation eidétique du phénomène haïtien doit être: Pourquoi la société haïtienne n'a de cesse d'engendrer des monstres haineux de leur pays, aigris jusqu'à l'autodestruction collective? Pourquoi, comme je l'ai dit dans de nombreux articles publiés, le moi hypertrophié et la mégalomanie narcissique voire hiératique du chef haïtien couve-t-il toujours la mise à mort du pays sacrifié pour les glorioles et les bas instincts de telle clique au pouvoir? Où sont en notre nature sociale les ferments tératogènes, les germes de la monstruosité? La politique monstrueuse du pays change, hélas, de masques pour ne pas changer de visage! Pourquoi des Hommes-Structures qui phagocytent l'État? Pourquoi l'incapacité de la plupart d'entre les haïtiens à changer et à grandir loin des tares d'une pensée de démesure et d’esbroufe qui n'est en fait que de la surcompensation d'un passé d'esclavage?
En vérité, aucun individu seul ou groupuscule ne peut dénaturer une société si cette société n’est pas déjà pourrie, n'est pas déjà encline à la dénaturation avec tous les codes de la monstruosité politique. Quand je regarde l'individu canadien, je ne vois nullement en quoi, il dépasse l'individu haïtien, sauf que quelque chose leur permet de gérer un État responsable et de se mettre ensemble comme citoyens alors que nous, nous sommes murés dans une mentalité mesquine d'Hommes-Structure et de Moi-État suicidaire, inaptes aux principes d’une vie nationale et citoyenne. Duvalier, Aristide, je regrette, ne sont pas si loin du reste, ce ne sont que les doubles grimaciers de la laideur caractérielle haïtienne que nous devons travailler humblement et avec acharnement à enrayer.
Quand j’évoque les possibles d’une vraie démocratie haïtienne, ma pensée achoppe comme sur une sorte d’aporie imparable : le support sourd et aveugle, parce que culturel voire parfois inconscient de la société haïtienne aux mécanismes de l’irrespect tant interindividuel qu’entre les hommes et les institutions. Le refus de rationalité organisatrice, la préférence de l’informel aux structures souvent tellement disloquées tellement corrompues que les citoyens y perdent toute confiance, tout cela couronné par une sauvagerie agressive de l’État répressif et amorphe face à ses obligations, État particulièrement monté contre le citoyen et qui, ainsi, favorise l’arbitraire des comportements individuels. Oui, tout ce chaos finit par donner l’impression que le désordre et la tyrannie sont ancrés dans l’âme haïtienne. Ajouté à cela, l’impossible communication entre haïtiens, vu justement le besoin de se faire voir surhomme aux dépens de l’interlocuteur. Comme ces balourds experts si idiots qu’ils passent leur temps à claironner qu’ils sont des experts, mais sont si minables si médiocres qu’ils ne peuvent nullement le prouver par des propositions originales dans leur domaine. « Sots savants pires que les sots ignorants» dirait Molière (1). Car la vraie connaissance se prouve par la création, l’invention, la découverte. Ce n’est pas quand un ignare crie qu’il a étudié 10 ans (parfois faussement) pour apprendre à détruire, en fonctionnaire bien payé du FMI, les petits pays de la planète. Un fonctionnaire n’est pas un intellectuel mais juste un exécutant remplissant machinalement sa fonction. Et cela, nous venons de le voir, souvent pour des institutions peu recommandables de l’impérialisme affameur du Sud! Pour retourner à Haïti, je dis qu’un monde apparemment ingérable semble prendre le dessus et devenir le butoir de tout changement souhaité. La création de vraies structures faisant défaut, les seules souverainetés acceptables, celles des lois et des institutions manquant à la culture socio-étatique haïtienne, c’est la débandade de l’organisation sociale quotidienne qui prévaut. Cet irrespect, cette sorte de barbarie mentale se manifestant dans la vie sociale au niveau des relations humaines, est le ferment tératogène, ce germe cancérigène de la déshumanisation qui putréfie la réalité collective et dont la métastase tout au long de l’histoire de turpitudes répétées, tue le corps social. Tout montre qu’en Haïti, les seules choses, véritables antivaleurs substantialisées et respectées, sont : l’argent, la couleur claire, la force brutale répressive et tout ce que le Nord propose comme apparat. Dans l’imaginaire et les réflexes haïtiens, ces éléments constituent de véritables essences, de vrais facteurs invariants, de réels mérites qui hissent n’importe quel gredin au rang des dieux. Au-delà de ces colifichets idéologiques de l’apparat social, il y a dans la société haïtienne, une indolente et morbide tendance à tout mystifier. Nous sommes encore un peuple superstitieux à l’excès, les dieux, les saints, les morts plus présents dans les esprits que la vie elle-même, font que nous essentialisions tout privilège et mythifiions tout privilégié. Une minable culture du vertige de « classe » et du délire de puissance caractérise nos deux siècles d’existence nationale. Nous sommes pour la plupart des rois tribaux nègres, gonflés, et nous avons besoin de régner et de tyranniser pour que notre règne soit perçu. L’haïtien « arrivé » règne par la publication de son salaire, sa fréquentation des institutions blanches qu’il brandit pour faire peur, pour ne pas être pris à défaut dans ses conneries, pur mécanisme de défense des sots savants. La baudruche de la plupart est si gonflée et si prête à éclater au moment même où ils parlent d’humilité! Ils se produisent en amulettes vivantes, en totems régnants contre toute vraie structuration éthico-sociale du pays! Tout, pour la majorité, est un sujet de mystification du semblable, de mythification de sa propre personne, par des sagas de faubourg et de poussière à brandir. Le don quichottisme social haïtien est cette espèce de délire du moi « héroïque et royal » de l’individu médiocre et sans créativité, moi hypertrophié, placé au-dessus de tout principe surtout du respect des lois, de l’estime d’autrui voire du rejet de l’humanité parce que venant d’individus sans estime d’eux-mêmes. Inutile de dire que le premier terreau de germination de la déchéance et de la corruption est dans la culture haïtienne à refonder selon une autre axiologie. Sinon, inutile de parler sans cesse de changement.
1 Molière in les femmes savantes
 
CAMILLE LOTY MALEBRANCHE
 

Commentaires de Louis Naud Pierre sur L'article de Camille LOTY Malebranche

19 mars 2008

 

J’ai pris connaissance du texte de Camille Loty Malebranche. Toutefois, certaines de ses affirmations méritent d’être approfondies.
L’Haïtien n’est pas un monstre comme il est décrit dans le texte, une idée fausse très répandue.
L’Haïtien demeure un être humain comme les autres, avec cette seule différence qu’il n’a pas toujours conscience de sa fusion dans un tout collectif : la société ou la nation, transcendant ses intérêts personnels et qui implique de poursuive des fins qui ne sont pas ses fins propres.
Ce manque de conscience est peut-être la clé de qu’on appelle  le « le drame haïtien ». Un drame qui renvoie non pas à un je ne sais quel être particulier haïtien, mais, bien, à la défaillance des institutions (l’école, la religion, l’État, etc.) chargées d’imposer la société ou la nation aux consciences individuelles d’une part, et de garantir leur engagement envers les valeurs essentielles afférentes d’autre part. Parmi ces valeurs, il convient de citer la solidarité, l’altruisme, le patriotisme, le civisme, etc.
Autrement dit, « le drame haïtien » est fonction de l’inefficacité de l’ensemble des organes de socialisation de la société ou de la nation haïtienne et de leurs agents : leaders politiques, fonctionnaires, dirigeants associatifs, éducateurs, prédicateurs, et autres.
La formation massive de nos élites à l’étranger n’est pas fait pour arranger les choses. Comme Rabelais le dit si bien : « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Et la conscience n’est pas autre chose qu’un produit du processus de socialisation par lequel l’individu apprend à considérer les autres comme des semblables à l’égard desquels il est tenu. Notre socialisation primaire reflète malheureusement le vide social, ou moral, au-delà des agrégats familiaux, d’amis d’enfance et autres.
En effet, quel que soit son niveau d’instruction (de l’Analphabète au Docteur ou PH.D)), le sujet haïtien reste attaché à son agrégat familial d’origine, d’amis d’enfance, et autres, pour lesquels il est prêt à faire des sacrifices incroyables. Que d’Haïtiens occupent plusieurs emplois pour entretenir toute la famille et assimilée au pays.
Le sens de solidarité de l’Haïtien prouve qu’il n’est pas le monstre qu’on dépeint, ni un individualiste invétéré.
L’explication de son comportement asocial, acivique ou amoral, dès lors qu’il occupe une fonction publique n’est pas à rechercher dans une quelconque particularité ontologique de sa mentalité.
Ce comportement indique chez lui l’anéantissement du sens de solidarité et de responsabilité lorsqu’on change d’échelle sociale (le groupe primaire) pour se situer dans une plus vaste : la société ou la nation globale.
À ce niveau, son comportement devient le même que celui de n’importe quel aventurier ou flibustier étranger dont l’activité est uniquement orientée dans le sens du pillage du peuple asservi. Comme en témoigne l’attitude des conquérants espagnols (appartenant pourtant au monde dit civilisé) à l’égard des indiens qu’ils ont exterminés totalement dans la partie où situe notre pays. Aujourd’hui encore, la même attitude est attestée chez les ressortissants des pays dits civilisés à l’égard des peuples détenteurs de ressources naturelles.
L’inachèvement de la construction de notre société ou de notre nation signifie que chacun des groupes constitués sur la base de la consanguinité et/ou d’autres facteurs intimes garde sa consistance, et considère tous les autres comme des corps étrangers qu’il tend à « diaboliser ». De ce point de vue, les observations d’André Corten, Misère, religion et politique en Haïti, (2001, Paris, Karthala) sont particulièrement pertinentes.
Cela explique la brutalité avec laquelle le groupe s’emparant du Pouvoir central (l’État) traite les membres des autres groupes, et l’acharnement avec lequel ces derniers cherchent à le mettre en échec. Cela explique également, le penchant au népotisme aux dépens des intérêts de tous.
En d’autres termes, on n’est pas dans un rapport de contrat social, où les individus et groupes - se sentant responsables les uns des autres - confient à certains d’entre eux la gestion de leurs affaires communes.
Dans une société à construction inachevée comme la nôtre, le véritable rapport entre le gouvernant et le gouverné, le dirigeant (chef politique, d’entreprise, éducateur, prédicateur, etc.) et le dirigé (citoyen, salarié, apprenant, fidèle, etc.) est celui qui peut exister entre les conquérant et le conquis, le maître et l’esclave, bref, le dominant et le dominé. Cela n'indique nullement la prégnance de l'esclavagisme comme certains le soutiennent. Mais simplement une certaine modalité de la rencontre entre des individus et groupes demeurant étrangers les uns des autres.
Là encore, il n’y a pas de fatalité.
Il est possible de canaliser la générosité « naturelle » du sujet haïtien vers la société ou la nation, de la mettre au service du pays.
Une telle entreprise implique de repenser le fonctionnement de tous nos organes de socialisation : l’école, l’université, l’église, la famille, l’entreprise, l’État, et surtout la préparation rigoureuse de leurs agents à la fonction qu’ils doivent y remplir. Il s’agit d’amener ces derniers à accéder à la conscience de leur mission sociale.
Il faudra se pencher sérieusement sur la formation des élites en fonction des impératifs liés à la construction de la société ou de la nation haïtienne. Un pays qui n’arrive pas à former ses élites, ce pays n’est pas viable ; surtout lorsque celles-ci ne croient pas ni en son présent ni en son avenir. Or c'est le cas aujourd'hui en ce qui concerne notre cher pays.
Pour une Haïti forte et prospère que nous partageons tous.
Louis Naud Pierre
19 mars 2008
 

Reponse de Camille Loty Malebranche

J'aime bien la réaction de Louis qui nous rappelle l'humanité haïtienne et la "normalité" de cette humanité non particulière. Mais c'est précisément au nom de cette humanité à laquelle je crois, que je parle. Car être humain c’est pouvoir être personne au-delà de l’individualité, c’est pouvoir manifester certaines valeurs essentielles et existentielles par lesquelles l’humanité d’un être vivant et conscient se reconnaît.

Je suis furibond que des êtres humains normaux puissent se vautrer dans une telle aliénation suicidaire.

Que des êtres humains normaux ne puissent prendre conscience et perpétuent

cette sorte de tribalisme primitif que Louis Naud Pierre nous dit par ses mots habiles et pleins d’euphémisme:

"il (l’haïtien) n’a pas toujours conscience de sa fusion dans un tout collectif : la société ou la nation".

 

Cela signifie que Haïti n’est pas un  pays car un pays précisément par la capacité d’une conscience de vouloir-vivre collectif, d’un mitsein (être avec) administré et géré pour le rendre viable. Hélas! avec une appétence rarissime, les haïtiens savent comment bloquer ceux qui veulent et peuvent faire le bien collectif (l’effort dans le mal dirait Firmin)! Ils savent comment exclure, comment haïr, comment humilier, comment dénigrer l’humain, le communautaire et le salutaire avec  toutes sortes de discriminations bâtées remontant à des stades infrahumains de l’histoire   esclavagiste mais onques ne fait un retour sur soi pour se dire « tiens, le mal est en nous, faisons quelque chose puisque nous nous détruisons à petit et à moyen feu, notre état piteux et abject en est la preuve ». Quand je vois le dominicain traiter l’haïtien en paria, je dis : la faute est à nous. Qu’avons-nous fait de bon après 1804? Nous fûmes leur colon après l’Espagne, quelle ignominie haitienne a-t-elle provoqué cette chute dans l’abysse? Pourquoi n’importe quel caribéen peut-il retourner chez lui dans des pays normaux alors que le nôtre est devenu un charnier, une déchetterie de barbares et charognards prêts à vous dévorer, vous kidnapper sans que personne crie gare! Je l’affirme et persiste, il y a une monstruosité haïtienne de type tribaliste non dépassée, responsable de ces anomalies. Les vraies élites existent mais Haïti leur fait clairement comprendre qu’elle n’a pas besoin d’eux. Et de fait, on les traîne dans la boue dès qu’elles se manifestent et cette éducation que j’appelle Humano-Citoyenne à la fois formelle et informelle à mener, est reléguée au diable Vauvert des priorités sociales et étatiques.

 

À très bientôt chers amis, je compte toujours sur vos lumières pour bien voir. 

 

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DOUBLE NATIONALITÉ, SALMIGONDIS CONSTITUTIONNEL…

 

                            Par Camille Loty Malebranche

 

L’actuel séisme verbal au sujet de la double nationalité dans la constitution de 1987 ranimé et exacerbé par le cas Boulos, sénateur haïtien né aux États-Unis, est une fois encore entrain de souligner l’incapacité traditionnelle de notre classe politique à dépasser la mentalité extrêmement clivée et procédurière qui caractérise depuis toujours l’idéologie antinationale de ladite classe. Car de fait, en deçà et au-delà de toutes ces joutes oratoires, cette logomachie gratuite, il y va du fonctionnement même de la démocratie haïtienne, il y va du bon fonctionnement de l’État et de la Nation. Et surtout il y va de la nature d’inclusion ou d’ostracisme que l’on veut imprimer à la nouvelle société haïtienne à construire. Une charte constitutionnelle est faite pour faciliter et simplifier la saisie des principes qui déterminent l’institution étatico-sociale. Si j’évoque ainsi ce que je perçois du sens et du destin de toute constitution, c’est pour relever l’impropriété même du concept de nationalité haïtienne - mise illogiquement en conflit avec la reconnaissance d’une double nationalité de facto pour les fils d’haïtien nés à l’étranger dans des pays dont la nationalité est régie par le jus soli - que la Constitution haïtienne de 1987 institue dans son libellé lorsque nos constituants de 87 déclarent plus tard dans le même texte, que la double nationalité n’est reconnue en aucun cas! Car lorsque le jus soli est de mise dans un pays, seuls les enfants de diplomates nés sur le sol de ce pays gardent la nationalité de leurs parents. Si les constituants de 1987 voulaient éviter la confusion et proposer une charte sensée, ils n’auraient dû en aucun cas créer ce conflit logique auquel donnent lieu les articles 11 et 15 du Titre 2 de la Constitution lorsqu’ils sont mis en rapport.

On ne peut d’un côté dire ceci :

Article 11:

Possède la Nationalité Haïtienne d'origine, tout individu né d'un père haïtien ou d'une mère haïtienne qui eux-mêmes sont nés Haïtiens et n'avaient jamais renoncé à leur nationalité au moment de la naissance.

 Et de l’autre côté, cela :

Article 15: 

La double nationalité haïtienne et étrangère n'est admise dans aucun cas.

Ces deux articles susmentionnés sont facilement repérables dans la Constitution de 1987 dont ils sont le Titre 2 intitulé DE LA NATIONALITÉ HATÏENNE selon l’appellation et la répartition du texte décidées par les constituants qui les ont consignés dans la troisième séquence du document après le Préambule et le Titre 1 de la Charte-mère traitant de la nationalité haïtienne.

Il va de soi, que l’article 11 Titre 2, Titre sans chapitre, d’ailleurs, infère de manière explicite que la nationalité haïtienne est strictement conçue selon le jus sanguini laissant supposer implicitement mais implicitement seulement qu’il interdit toute référence au jus soli. Quant à l’article 15 Titre 2, il stipule explicitement que la double nationalité n’est admise en aucun cas. Ce qui, en référence à l’article 11, provoque textuellement une incohérence logique, une quasi aporie interprétative. Car comment ne pas accepter « en aucun cas » la double nationalité sans clairement et formellement préciser le statut de qui naît de sang haïtien mais en sol étranger? Une grave et dangereuse menace de stabilité « juridico-légale » du pays advient donc  de cet impardonnable vice de logique qu’est l’omission du rejet explicite de tout Jus Soli c'est-à-dire du refus de la nationalité haïtienne à des enfants nés au moins d’un parent dûment haïtien au moment de venir au monde mais reconnus comme ressortissants du pays étranger de leur naissance par le droit constitutionnel de ce pays étranger. La claire et formelle inacceptation du Jus Soli par le droit constitutionnel haïtien devait être édictée dans la charte pour éviter des malentendus et des dilatoires. Cette faille logique laisse ainsi donc la place à toutes sortes de tempêtes verbales et de houles byzantines dans l’interprétation du statut d’êtres humains nés au moins d’un parent haïtien n’ayant changé de nationalité mais dans des pays où c’est justement le jus soli qui détermine la nationalité. Nos constituants n’étaient pas sans savoir que les Etats-Unis, principal pays de migration haïtienne et le Canada, autre pays de migration haïtienne importante, ont adopté la nationalité par le sol et non par le sang. La Constitution de 1987 a été donc irresponsable à ce niveau, dans son obsession d’exclure des haïtiens. Il faut cesser de pratiquer l’autruche analytique et de déblatérer contre ceux qui profitent de cette faille laissée par des constituants peu visionnaires qui, par hypernationalisme ou par pur ostracisme politicailleur, ont voulu rejeter plusieurs membres de cette catégorie d’haïtiens, j’évoque la diaspora, sans quoi la société haïtienne n’existerait guère. Qu’on cesse ici de se voiler la face - ce ne sont pas nos nullards politiciens, pour la plupart, dont plusieurs sont de simples profiteurs médiocres qui ne servent en rien à la société haïtienne sinon qu’ils nuisent à son fonctionnement et ternissent son image ni des constituants mus par je ne sais quels intérêts - qui font vivre Haïti. C’est nous, de la diaspora, qui, par nos envois d’argent et de denrées, faisons fonctionner presque exclusivement la vie économique en Haïti à tous les échelons. Seul l’État vit de l’aide étrangère dont il dépend, pas la société. Le refus de la double nationalité est donc bêtement injuste venant du Parlement et ingrat venant de la société qui l’accepte sans réagir. Haïti doit cesser ses amours-haines et arrêter de mordre la main qui la nourrit. Le verbiage « constitutionnaliste » contreproductif de politiciens ne sert que des intérêts platement particuliers au mépris des intérêts généraux.

Il faut ici se rappeler qu’Haïti peut aisément se passer de la grande majorité des représentants de la minable et superfétatoire classe politique actuelle. Toutefois, si la diaspora haïtienne se mettait à bouder son pays comme le pays la boude, je ne donne pas trois mois pour que survienne un chambardement de tous les ordres institués au pays! Mais heureusement que non, onc, nous ne laisserons tomber notre pays, nos parents, nos amis. Alors, que diable cessent la canaille pseudo-intello ou politicailleuse qui nous exclut!

Que cesse enfin la friction artificielle entretenue par des constituants et politiciens insensés entre haïtiens de l’intérieur et haïtiens de l’extérieur!

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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Correspondance Marbranche - Bissainthe


In
grandsdebats@yahoogroups.com

 At 14/01/2008 , C. L.M. wrote:

Au sujet de Sartre Georges Bissainthe

Georges,

Je veux commenter ici, une de tes phrases où tu dis que "Sartre était du mauvais Nietzsche". J'écris pour mettre certains points sur les "i" dans cette comparaison.  Disons-le au départ, Nietzsche qui s'était proclamé - s'il faut en croire Albert Camus dans l'Homme révolté, citant l'une des correspondances qu'il a lues de l'auteur d'Ainsi parlait Zarathoustra - "le nihiliste le plus accompli d'Europe".

Toutefois, force est ici de constater que le nihilisme nietzschéen, est éthique et non ontologique. Cela, la proclamation de la mort de Dieu par Nietzsche nous le montre clairement, il cible dans sa pensée perverse et antichrétienne, le Dieu chrétien qui selon lui, est garant de la morale et qui, par ses interdits, empêcherait la possibilité du surhomme auquel tous devraient tendre. Mais ailleurs, Nietzsche, sur un plan strictement ontologique n'a rien d'un nihiliste, lui qui croit à l'éternel retour et qui, par le fait même, se dénie vis à vis de sa définition du nihiliste qui selon lui "n'est pas celui qui ne croit à rien mais celui qui ne croit pas à ce qui est. "

 Voila pourquoi j'ai toujours craché sur Nietzsche comme incohérent et poussé seulement par sa haine de la morale chrétienne. Quant à Sartre, lui, il se veut un nihiliste total sans foi en aucune transcendance de la mort. Sartre est sans doute du mauvais Heidegger mais surtout pas du mauvais Nietzsche. Sans prononcer le concept de l'être pour la mort heideggérien, Sartre parle de désespoir à assumer lucidement quand il évoque le sort scellé de l'homme. Sartre a néanmoins été le  père intellectuel de Simone de Beauvoir, ne t'en déplaise cher ami, car la phrase phare de Simone "on ne naît pas femme on le devient" est directement inscrite dans la perspective sartrienne de l'existence précède l'essence et cette insistance de l'auteur de l'être et le néant à nous affirmer qu' « un existant n'a pas de nature » et qu'il est plus exact de dire « je deviens professeur, je deviens écrivain plutôt que je suis professeur ou je suis écrivain. »

Je m'arrête ici, à bientôt, si jamais tu veux continuer ce débat sur cet auteur bruyant, philosophe controversé parce que trop copieur de Heidegger, mais excellent et prolifique écrivain que fut Sartre.

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

 

Bonjour CLM,

Je ne vois pas pourquoi tu tiens à m'appeler  Georges alors que mon prénom est Gérard. J'espère  que tu ne me confonds pas avec Georges Anglade, un Lavalassien de haute volée, qui s'est rendu célèbre avec cette petite phrase: "le problème de  la double nationalité n'existe pas". Sans doute voulait-il dire par là que ce problème n'existe pas plus que celui de l'Armée, puisque Lavalas avait utilisé dans ces deux cas sa thérapeutique favorite que j'avais ainsi décrite:
Si elle n'emporte point le mal Elle emporte au moins le malade.

Les motivations de Georges Anglade pour rejoindre Lavalas avaient été à l'époque, si on se rappelle, qu'en tant que géographe il savait mieux que personne qu'Haïti est une "terre glissée" et Lavalas avait pour lui, mieux que tout autre mouvement, l'avantage d'être une glissade perpétuelle.

 Je ne partage pas du tout ta lecture de Nietzsche, peut-être d'ailleurs l'auteur qui a le plus influencé Sartre. J'ai commencé à lire Nietzsche après être tombé sur cette phrase de lui: "Il faudrait qu'ils me chantent des chants plus beaux pour que je croie en leur Sauveur. Il faudrait que les disciples du Sauveur ait un air plus sauvé." La désillusion de Nietzsche c'est qu'il attendait des chrétiens "qu'ils lui chantent des chants plus beaux" et pour lui ils ne les ont pas chantés. Il exprime une sorte d'amour déçu. Mais dans amour déçu il y a amour.

 Beaucoup, je le sais, ne sont pas pour cette lecture "chrétienne" de Nietzsche; en tout cas c'est la mienne, un peu basée sur cet aphorisme de Nietzsche: "Il n'y a jamais eu qu'un seul chrétien et il est mort sur la croix".

 Nietzsche refusait le dolorisme souvent affiché du christianisme. A cause de ces critiques beaucoup de chrétiens, en particulier dans les années 50, voulurent donner au christianisme un visage nouveau reflétant plus la joie du jour de Pâques, que la tristesse du Vendredi Saint. Ce fut l'époque du renouveau biblique, intensément vécu dans les universités catholiques (j'étais dans celle de Lille) et dans les pèlerinages étudiants en particulier celui de Chartres sur les traces de Charles Péguy. Nietzsche a été une sorte d'acide décapant qui a aidé à purifier le christianisme.

Lorsque Nietzsche écrit: "Dieu est mort", paradoxalement mais implicitement cela veut dire que pour lui à un moment Dieu a existé. Comme le concept même de Dieu implique l'éternité, s'il a existé à un moment, comment peut-il mourir?

Ce qui est frappant c'est que Nietzsche ne joue pas. Sartre joue et fait tout pour capter l'attention des médias. Il y a chez Sartre un côté "people"; et ce côté "people" aurait indigné Nietzsche qui détestait ceux dont il disait: "Je vois leur chienne d'esprit tout le temps en train de reluquer des morceaux de chair." Il y a chez  Nietzsche une authenticité que n'aura jamais Sartre.

CLM, je n'ai pas voulu entrer dans un débat avec toi. Je n'ai pas voulu réfuter ta thèse. Tu m'as provoqué et j'ai réagi, en en disant un peu plus que je n'avais dit dans mon dernier message sur Sartre et Simone de Beauvoir. Mais je n'irai pas plus loin.
Amicalement
Gérard Bissainthe
15 janvier 2008

In grandsdebats@yahoogroups.com, Gerard Bissainthe <gerarbis@...> wrote:


Comme les accents français sont parfois mal  transcrits selon le pays de la réception, j'envoie aussi en général tous mes textes en annexe ("attached document").
GB


Re: Au Sujet De Sartre, à G . Bissainthe

 Salut Gérard, je regrette ma confusion onomastique à ton sujet. Ton nom m'est bien connu, mais pour une raison ou pour une autre je n'ai cessé de commettre ce lapsus calami. Bref, pour retourner à notre vrai débat, disons que « le « christianisme » déçu de Nietzsche, est dénaturé au départ, en ce sens que le solitaire de Sils Maria, a commis l'impardonnable erreur de jeter l'enfant avec le bain, de confondre christianisme et chrétienté. Nietzsche n'a pas su s'élever à la sagesse d'un Soeren Kierkegaard qui, conspuant toutes les églises officielles ou institutionnelles, a brandi la foi comme étendard de sa vie et socle de sa philosophie au point de s'appeler le poète du religieux. Comme je l'ai écrit moi-même dans mon livre inédit L'EXTASE EXPÉCIELLE : Il faut aimer l'Église anonyme au point de haïr toutes les églises! Le drame du nietzschéisme est de s'être perdu en route, dans sa prétendue ou exigence quête de vérité. Quand Nietzsche nous met en scène le christianisme comme une pensée débilitante et apathique, il bascule dans une théologie du dépit, une homilétique de la malédiction. Rappelle-toi cette phrase du Zarathoustra, où Nietzsche met en scène le prêcheur du mazdéisme face au dernier pape. Lorsque le pape dit à Zoroastre que « Dieu était dans le passé, un jeune prince d'orient qui déchirait ses ennemis, mais avec le temps, il est devenu un vieillard débile qui supporte tout et prêche le pardon des péchés »  et que Zoroastre lui réponde « qu'avons-nous besoin d'un tel Dieu, n'est-ce pas miséricorde que de le tuer »! Je tiens à te dire que le mépris du Christ est ici patent et que le prétendu christianisme de Nietzsche, est abject dès le départ dès le projet doctrinal inaugural de cet esprit diabolique qui voulait substituer à la morale chrétienne jugée amollissante, une philosophie de la volonté et de la puissance, un volontarisme impie inspiré de Schopenhauer. L'alliance du dionysiaque Nietzschéen à l'apollinien, c'est-à-dire de l'ivresse libertaire que procure la lumière de l'art, n'est pas compatible avec la morale chrétienne, puisque le surhomme de liberté auquel cette dite alliance doit donner lieu, se doit d'amener l'homme à l'enfance (j'évoque ici la troisième métamorphose de l'homme que Nietzsche prêche dans le Zarathoustra), ce qui signifie la virginité de l'esprit pour lui permettre de réengendrer un être surhumain qui n'a d'autres lois que soi. Comme je l'ai écrit dans mon livre L'EXÉCUTION DU PROMÉTHÉE, le surhomme de Nietzsche voudrait naître de l'impossible enfance de l'esprit humain, impossibilité marquée par tous les conditionnements psychiques fœtaux utérins et extra-utérins de l'enfant et ensuite par l'indélébile gramme dont la culture nous imprègne. Il suffit ici de se rappeler le traumatisme de la naissance d'Otto Rank! Tout cela, c'est pour te dire que le courant qui ait vraiment mis en pratique le nietzschéisme, est le surréalisme avec sa doctrine de l'automatisme mental. Quant à Sartre, là où Nietzsche se fait théologien négatif, lui, il est athéologien négatif. Pour Sartre, l'existence ou non de Dieu ne change rien à la condition absurde de l'homme c'est-à-dire finie et astreinte à la mort. Sur la lancée de Heidegger, Sartre a élaboré plutôt une négativité absolue et de désespérance, alors que Nietzsche prêche l'espoir et même la certitude de l'éternité où il voit un retour cyclique naturel de chaque vie qui ne saurait disparaître définitivement.

Je m'arrête ici, et j'espère que tu reviendras de ta décision de clore un si intéressant débat, qui je suis certain, doit emballer plusieurs lecteurs silencieux de ce site.

Dois-je aussi dévoiler pour finir, que là où la montagne dans la mythologie grecque, nous met en présence de la damnation et de l'absurde, je cite : le Caucase du Prométhée, la montagne de Sisyphe; Le judéo-christianisme nous présente l'orographie comme source d'élévation! Au Sinaï Dieu rencontre l'homme à travers Moïse; à Tabor, Jésus est Transfiguré en préfiguration de notre propre transfiguration; et à la colline de Galilée Jésus prend son envol vers le ciel. Ascension donc de l'homme! Le Calvaire comme je le dis à tous ceux qui me connaissent, n'est qu'un passé, l'ascension et le règne sont le présent éternel du chrétien.  

 

À bientôt Gérard.     

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE      

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