|
Loty 5 |
|
Retour vers Camile Loty
Malbranche AGIR CONTRE LA DECHEANCE HUMAINE ET STRUCTURELLE L'ART,
LE CULTE..., FOLKLORISATION DU DESTIN ET DÉMISSION POLITIQUE.
CRISE
SPÉCULAIRE Haïti, mythes fondateurs et désignification UNE
NATION MAL VENUE ET TRAHIE AU DÉPART Vertus cardinales du prochain Président haïtien Politique canadienne, évitons la tour substantialisée du symbole! Haiti, onirocratie, écliptique du réel, gel de laction rationnelle LE CONTRAT SOCIAL ET L’IDENTITÉ.
(Haïti,
mythes fondateurs et désignification, suite…) AGIR
CONTRE LA DECHEANCE HUMAINE ET STRUCTURELLE Économiquement,
Haïti est un pays mendiant et en faillite, socialement, c'est le pays de tous
les déchirements liés à un être collectif autohaï (crise spéculaire). Pays
nègre, le noir y est mal-aimé, le nègre y est moins que rien. Pays miséreux,
l'argent, fût-il, celui des déprédateurs, y constitue une divinité qui hisse
n'importe quel voyou au mât du surhomme. Pays traumatisé par l'oppression
colonialo-esclavagiste et dictatoriale, le nègre haïtien a hélas appris de
ses minables élites ultrarépressives, à ne respecter quiconque n'usant ou ne
disposant de forces répressives ou meurtrières. Curieux masturbateur sur la
hideur du bourreau que le pays ainsi réduit! L'homme ainsi méprisé et désubstantialisé,
idolâtre facilement ses bourreaux. Sans conviction, un bon nombre est aliéné
et agit par à coups instinctifs. Ceux-ci ont beau être prêts à te tuer s'ils
le pouvaient aujourd'hui, il t'encenseront et tueront en ton nom demain, si tu
as la force de ton côté. Et ce genre de dégénérés se retrouve en toutes
classes confondues. Carlyle
et Rank nous disent que les hommes et les peuples ne vivent pas sans héros.
Rank nous propose une vision non seulement du héros mais encore du traumatisme
de la naissance décuplé chez le héros
toujours en but au tragique de sa vocation.
Haïti a surtout besoin d'hommes verticaux et
redresseurs de bévues, capables d'assumer le réel. Pas de surhommes, de
messies ou de héros, car nous n'en avons eu que trop dans notre histoire récente
et contemporaine. Deux mots traduisent la nouvelle croisade à mener par la
politique nouvelle et l’éducation révolutionnaire humano-citoyenne :
décence et estime de soi. Le nègre haïtien doit apprendre à ne plus être
ce vil courtisan d'une civilisation occidentale bâtie précisément sur la
ruine de son humanité et de tout ce qu'il représente. L’haïtien doit
retrouver les ressources intrinsèques et extrinsèques qui vaincront cet abysse
de négativités tendant à transformer son pays en déchet de la déchéance
axiologique et dépouille de la déshumanisation.
Les pays paupérisés dont Haïti, doivent s'organiser de l'intérieur et
multiplier leurs rapports avec les suds en corrigeant certains de ceux qu'ils
ont avec le nord. Néanmoins, la naissance d'un nouvel internationalisme "sudiste"
défini et planifié selon les suds et leur configuration géopolitique, sans
les pressions maniaques et manipulatrices du nord, doit parallèlement ouvrir de
nouveaux champs et de nouvelles perspectives d'échanges et de solidarité.
Solidarité de toutes sortes entre des suds vraiment conscients enfin de leur
interdépendance, loin de la conception étriquée d'indépendance et de
souveraineté qui ne tient point face à l'occident néocolonialiste. Signe de
cette conscience et ouverture, ce qu'on croyait rapporté par je ne sais quel décret
de l'Histoire, le socialisme, est réétudié loin du normativisme marxiste et
du stalinisme soviétique heureusement disparu, en vue d'envisager d'ultérieures
applications dans plusieurs pays d'Amérique latine désenchantés par la
fausseté des promesses néolibérales aux pauvres. Yeux dessillés, conscience
marchant vers l'emmétropie, les peuples rejetant l’étrangeté de l'utopie
idiote et factice bricolée par les ploutocrates du Nord, peuvent et doivent
exiger une certaine justice sociale. Ils savent désormais que si l'égalité
des hommes et le communisme sont dysutopiques, (utopies irréalisables),
l'action civique de la société civile et des groupes de pressions politiques,
économiques et commerciaux fera de l'utopie du changement et de l’amélioration
globale de soi, une réalité. Alors, ce « non topos » qu'est
l'utopie, "espace du non lieu" selon Louis Vincent Thomas, espace qui,
pour nous, a plutôt l’homme comme domaine et la réalité humaine comme lieu
- l'imaginaire étant partie prenante de cette réalité - c’est donc en
l'homme occupé utilement par l'engagement motivé et actif à surmonter les
passifs de jadis, que certaines utopies sociales deviendront eutopie, c'est à
dire aboutiront au bonheur de leurs visées! Montréal, ce 10 janvier 2006, CAMILLE LOTY MALEBRANCHE
{Haïti,
mythes fondateurs.. (suite)}
CRISE SPÉCULAIRE L'une
des faces de l'aliénation sociale haïtienne, malgré une si grande histoire de
départ, (jamais le préambule ne laissait prévoir la laideur qui s'en est
suivie), est la crise spéculaire. Cette non gérance du traumatisme spéculaire
au miroir de son histoire, spéculaire mais pas narcissique - (car le
narcissisme traumatisé ou heureux
suppose au moins une autocontemplation quoique pathologique) - de l'haïtien
blessé de son image multiple: ethnique, civique, politique…,
fardeau écrasant et complexe des déviances et errements de l'histoire!
Crise spéculaire qui le hante et le meut, altérant toute estime du soi
ethnosocial, toute démarche. En effet, si la xénophobie est pathologique voire
grossière, l'auto-infériorisation et l'auto-asservissement vis à vis des prédations
et déprédations d'autrui auquel tout est autorisé à cause de son ethnie jugée
meilleure à celle du peuple-hôte par de soi disant citoyens et politiciens,
relève de la déchéance absolue et masochiste. Déchéance, autotorture,
autohumiliation, mais aussi et surtout indignité et contresens identitaire pour
un pays dont le principal mythe fondateur est précisément celui d'un état
libre et souverain où le nègre haïtien se sent maître chez lui. En fait, la
société haïtienne ne hait jamais qu’elle-même, ce, au profit d'une
opulente engeance de toutes origines, unie néanmoins dans un désintérêt
antihaïtien et contreproductif, une déresponsabilisation crapuleuse si vite
portée au crime de toutes sortes, une désimplication rétrograde proverbiale
vis à vis du pays. Ni loi ni compte à rendre à l'opinion publique ou aux
institutions. Une tendance sordide et morbide à démanteler les moindres
structures de production en faveur d'un incontrôlable commerce dont la plus
grande part est informelle: voilà l'infamie de ladite élite économique d'Haïti. Ainsi,
le complexe de son essence diluée et dissoute rattrape le fonctionnement social
haïtien à chacun de ses moindres ressorts. Je crois pourtant, il le faut, à
la bonne fois de certains haïtiens de la classe essentiellement corruptrice
comme de quelques étrangers sans autre patrie quoique la plupart de ces
derniers ne se soient jamais manifestés vraiment haïtiens dans leurs choix :
tels ces opportunistes venant du moyen orient (syriens et libanais d’abord dépourvus,
démunis et désoeuvrés puis déifiés). J'évoque aussi les européens de tous
poils, déchus d'Europe, qui ont trouvé en Haïti, la part du lion, mais jusque
là restés sans véritable contribution au progrès économique du pays,
fonctionnant aux dépens de structures étatiques disloquées, uniquement répressives
qu’ils entretiennent avec la politicaillerie qu’ils commanditent au pouvoir
depuis leur présence sur le sol haïtien profitant de la mollesse d'une société
complexée, sans estime de soi. Une douloureuse perpétuation de la prostituée
d'Alexis dans "L'Espace d'un Cillement", elle, privée de son propre
corps exproprié par les bourreaux lascifs, libidineux qui en
jouissent alors qu’elle ne jouit jamais de sa propre volupté! (La
curieuse "masse" constituée des petits-bourgeois prétentieux et
grognards méprisant tout ce qui n'est pas lucre ou apparat, des soi disant
bourgeois traditionnels et des politiciens pour la plupart infects, ont ainsi
livré flagorneusement le pays, imbus de leur
inessentialité, et de leur méprisabilité viscérale qu’ils projettent éhontés
sur toute la société.)
Camille loty malebranche
(Haïti. Mythes fondateurs et désignification. Suite…) Par Camille Loty Malebranche L'ART,
LE CULTE..., FOLKLORISATION DU DESTIN ET DÉMISSION POLITIQUE. L'une
des splendeurs sociales de ce pays, somme toute, naturellement splendide hormis
sa désorganisation sociale, est son abondante productivité artistique, signe
indéniable du génie créateur de l'haïtien de tous
les milieux. D'abord du paysan, Tiga, l’esthète rassembleur, l'a si
bellement démontré avec "saint soleil"! Cependant, comme j'aime à
le dire, l'art et le culte ne sont d'aucun secours dans l'attribution et
l'assumation identitaire d'une nation, ce qui explique, que malgré les oeuvres
sublimes de son art inspiré du vaudou comme son fantastique folklore, la nation
haïtienne demeure sans identité forte, identité diluée, identité enfermée
dans les limbes de la pauvreté et de l'inessentialité! Là, se profile la différence
entre identité nationale et identité sociale. Si la société a l'identité
d'une ou de ses ethnies composantes, la nation, elle, tout en en procédant,
sous-jacente à l'ethno-sociale, ne peut que prendre et assumer l'identité que
lui impriment les choix socio-politico-économiques faits par les élites dans
l'histoire et le présent. L'identité sociale est indépendante de l'État
qu'elle a précédé dans l'histoire au temps des société anétatiques, les
seules égalitaires parce que sans idéologie ainsi que l'explique Clastres.
L'identité nationale, quant à elle, vient et est déterminée par l'État qui
la redéfinit, la maintient ou la change tout au long de l'histoire. L'identité
sociale est immanente à la nature ethnique de la société, elle est stable ou
n'évolue que lentement, alors que l'identité nationale lui est transcendante
étant tissée par les choix politiques et le moulage étatico-institutionnel
imprimé à l'espace et à la société et peut facilement changer par une
action politique d'éclat (réforme ou révolution). Le cas de la Russie,
passant de la monarchie des tsars Romanov puis au bolchevisme léninien qui en a
fait la puissante Union Soviétique (U.R.S.S.) et à la perestroïka gorbatchévienne
aboutissant au capitalisme d'Eltsine, est éloquent. L'homme individuel
s'accomplit par la métaphysique et dans le divin, l'homme social se réalise
par la politique et en l'homme faisant l'histoire. Là, il faut appréhender le
concept de culture dans ses nuances de populaire et de nationale et aussi en
distinguer la civilisation proprement dite. La culture nationale d'un pays se définit
comme l'ensemble des éléments essentiels constitutifs du soi national. Elle
est d'ordre ethnique, cogitationnel et véhicule le mode d'être caractéristique
de la société dans sa manière de se projeter dans le temps et l'espace pour
aborder mentalement la réalité et vivre activement le réel et les situations.
Elle est beaucoup plus stable que les habitudes de la culture populaire qui lui
est seconde et reflète les secousses évolutives de la civilisation mondiale et
de la mode médiatisée. Car après les grands systèmes passablement clos des
civilisations de l'Antiquité, l'évolution du "matérialisme historique"
pour reprendre ici le terme engelsien, c'est à dire la marche ascendante des
moyens de production, une fois aboutie à la production sérielle de l'industrie
qui met à portée des masses les objets, gadgets, services et loisirs de
consommation, s'universalise. La grande civilisation industrielle donc, de révolutions
en révolutions, détermine et façonne les cultures populaires. D'où la nécessité
des états de se doter de structures fortes pour sauvegarder leur culture
nationale originaire. Le nouvel État fort passe donc par la responsabilisation
de la nation outillée grâce à des structures lui permettant de vivre sans se
perdre et selon un progrès endogène, l'évolution plurale du monde. De fait,
la nation n'a pas le choix: grotesquement ou élégamment; consciemment ou
sottement, elle évolue au rythme du progrès industriel avec ses modes économiques
et politiques. Lorsqu'elle est sans balises, sans paradigmes, elle ne peut que
s'avachir et être réduit à un mimétisme manifesté dans l'égarement. Toutes
les richesses de la culture: le culte, l'art, l'artisanat, le combitisme..., qui
constitue la face close, structure rigide de l'essence ethnique haïtienne, ne
produiront jamais ni une élévation du niveau de vie
ni la désaliénation, s'il n'y a pas une approche rationnelle et propre
à soi de l'haïtien dans l'ouverture à l'adoption des connaissances
scientifiques, techniques et technologiques qu'il doit intégrer dans son "développement"
endogène (j'en préfère le syntagme « croissance endogène » vu
les connotations sociocentristes et ethnocentristes données par les pays du
Nord au mot développement). Sinon, c'est au risque d'une ignoble
folklorisation de toute la culture que vivra toute l'évolution sociale. Le
paradoxe de la croissance endogène de la nation haïtienne pour se vivre dans
le bénéfice de la nation, doit donc savoir s'ouvrir tout en réajustant ses
mythes fondateurs, ces structures rigides et fermées, une fois établies. C'est
ici, la responsabilité de l'État d'exiger que la coopération au temps de la
mondialisation et en tout temps possible soit selon ses ressources matérielles
réelles assumées et gérées par ses ressources humaines dûment qualifiées
et soucieuses d'assumer l'haïtianité autant par la science et la technique que
la technologie. Ainsi, baragouiner ou bavarder rhétoriquement sur la
modernisation de l'économie en clamant sa non idéologisation prétendue (car
la macroéconomie, relevant de l'économie politique, est toujours science et idéologie),
sans débattre des prérequis instrumentaux de toute évolution bénéfique
possible d'un pays comme Haïti, relève de l'irresponsabilité la plus
canaille. Le vaste égarement de ceux qui parlent de rêve haïtien en direction
d'une macroéconomie d'"assingissement" - c'est à dire une économie
où c'est de la singerie idéologique et aveugle du nouvel ordre mondial qui prévaut
- prône
en fait la reddition à la ploutocratie dans le mépris de l'homme haïtien,
crachant sur l'histoire et la vocation naturelle et culturelle d'Haïti.
L'agriculture et l'agro-industrie, le tourisme, l'art, l'artisanat, le développement
des productions techniques et technologiques, la recherche scientifique appropriée
telle en énergétique et carburation pour combattre les carences dans ces
domaines, la formation d'une main d'oeuvre qualifiée et non servile dans ces
domaines comme d'autres, sont autant de champs à être fécondés et envisagés
pour une juste moisson.
camille
loty malebranche
ce
30 octobre 2005, montréal
Haïti, mythes fondateurs et désignification. Par Camille
Loty Malebranche_ « Même
la plus belle symphonie devient un écho simiesque quand l'art est prisonnier de
coryphées déviants qui déconcertent
l'orchestre, et la musique est trahie par la cacophonie sans clés du chef-crapule
sans souci des fausses notes! » Approcher
l'univers mythologique d'une société pour en appréhender les mythes
fondateurs, c'est vouloir décrypter le socle des signes divers où sont scellés
les secrets de sa vérité multiple qui part de l’imaginaire. Dans le cas d'Haïti
c'est donc parvenir à une sémiologie de la dissémination frappant la
personnalité de cette nation où, de dédoublements en déperditions par toutes
sortes d'aliénations, se lisent les signes du malaise d'une société
inassumée,
conduite à l'envers de ses mythes fondateurs, à l'inverse même de l'essence
de son sens. Car les mythes fondateurs sont pareils à une sorte de molécule
d'A.D.N. immatérielle qui détermine comme génétiquement la naissance et les
traits caractéristiques d'une nation, caractéristiques inscrites dans
l’imaginaire et portant codés les germes de la projection du soi social dans
le réel. Haïti, terre de toutes les misères et de tous les dualismes
extrêmes,
comme autant de déchirements d'un être social sans autre structure forte que
le mal d'exister, vit ce que j'appelle une terrible "désignification",
c'est à dire ce point où le sens cesse de signifier, parce que signifiant sans
signifié, étant privé d'expression et de référents dans le réel.
Désignification,
pas simple contresens. Désignification comme dénaturation,
désessentialisation, désubstantialisation..., crise du sens, crise historique d'une
société, telle
la crise ontologique chez l'individu, où tous les jalons et repères de l'étaticité
et de la citoyenneté, bref, de la substance, s'éclipsent dans le vécu
collectif et institutionnel. Crise qui n'est pas qu'une crise d'identité mais
distorsion du soi social, vice "ontologique" dans la représentation
du soi collectif et citoyen, grave
altération identitaire. Crise où la "classe-racaille" - comme je
l'appelle souvent, ce sont des familles dominantes
de la bauge sociale et leurs alliés (car ce n'est même pas une classe,
juste quelques individus ou famille fortunés et s'arrangeant pour contrôler le
pouvoir politique au service de leurs fortunes, oligarchie restreinte) -
planifie insidieusement la dénaturation. Là où le sens en crise désignifie,
devenant l'envers de son essence qui est celle de la signification ultime. Or,
le sens, on le sait, est ce qui est repéré comme structure forte selon quoi,
l'homme individuel ou social se positionne voire définit son parcours
existentiel: le but ontologique qui est (métaphysique pour l'individu) mais
projet historico-politique pour le peuple. Direction par où va l'être
individuel ou national s'orientant vers ce qu'il détermine comme sa vocation,
sa signification, finalité de cette marche et démarche existentielle, le sens
empreint l'être d'une société pour laquelle, il est donc tout. Le sens est
vocation et non simple destin, car c'est un appel qui exige une réponse. Une
assumation. L'insignifiance
haïtienne, quant à elle, est programmée de l'extérieur et bêtement abreuvée
à l'intérieur dans la cinglante inassumation constatée aujourd'hui. L'haïtien
est un être qui vit hors de soi dans l'étrangeté totale, mû par des forces
qu'il voudrait être siennes mais qui lui échappent d'autant plus qu'il n'a
point de repères de sa propre étrangeté intime: cette altérité spécifique
et assumée de soi par rapport à tous qui est l'identité. Curieuse
extraversion inassumée et inconsciente. Sans une abréaction venue d’un
nouveau rapport des élites au social pour revaloriser l’ethnie haïtienne et
exorciser les ignominies de l’histoire dont les seuls instigateurs honteux
furent les blancs colons réificateurs, le manque perdurant d’estime du soi
ethnique sévit et sévira encore longtemps. Le complexe d’infériorité dû
aux infériorisations masquées d’ontologie essentialiste par les colons
esclavagistes et leurs héritiers, finit par entraîner chez la société une véritable
infériorité pathologique dans le comportement jusque dans les réflexes de
réponse et de réaction aux pressions et situations. En effet, ses
mythes fondateurs dilués dans les crises d'assumation de son existence et de
son identité, Haïti est une ombre singeant l'être par toutes formes de
pseudodiscours où le « logos » vide se confond au mythe de
souveraineté nationale sans toutefois être endogène. Vouloir interpréter les
mythes fondateurs d'Haïti, c'est donc vouloir établir et comprendre les bases
ou étais imaginaires servant de terreau à la germination de cette fiction
cognitive protéiforme de l'être collectif haïtien pour l'autopréhension du
soi social. C'est enfin et surtout, vouloir scruter dans la conscience objective
de ce que j'appelle société-sujet, c'est à dire la société posée à priori
comme "autoassumée" qui, dans le tragique existentiel haïtien, est
tristement et criamment une hétéro assumée, ombre misérable et mimétique de
l'autre. Rien qu'une ombre où certains reflets, ceux de nos surhommes
héroïsés,
bénis de l'occident, gonflés comme d'ailleurs tout malade de la digestion
pluridimensionnelle qui fait l'homme - (on ne métabolise pas le poison ingéré
de l'académisme, ou de l'occidentalisme plural et aliénant) - clament leur
intumescence, la "gloire" bâtarde d'être reconnus par l'autre, le
plus souvent le dénaturateur, le blanc colon ou néocolon dont ils ne sont même
pas l'image mais le reflet! Enflure mortelle pour le social haïtien! Émiettement
et égrugement de la société pour d'éternels pseudoguides ou pseudoélites
n'ayant d'autre seuil de grandeur que la simiesque introjection occidentale. Hécatombe
d'âme d'une société autohaïe! Tristes élites sur qui pèse l'engramme
colonial! Et ceux, de cette pseudoélite, qui s'assument en vrais, et de bonne
foi, refusant le mal désignificateur, proposent une altérité assumationnelle
du soi collectif, se retrouvent boucs émissaires ou brebis galeuses! Ils
risquent d'affronter de violents « acting out » des programmés de
l’aliénation historico-sociale! Pourtant l'Histoire vivante et vécue bien
avant l'histoire historienne (celle qui est écrite), même si elle naît de la
subjectivité à bien des égards, est chose de la conscience objective des
hommes, à la fois en tant que civilisation, organisation, projection sociale
entrain de se construire et aussi mémoire objective et positive (laudative) de
l'aventure humaine ou nationale ininterrompue dans le temps. La temporalité et
la spatialité, ces a priori, ces paramètres essentiels du formalisme kantien,
devenues champs de la conscience qui détermine l'institution de soi de toute
société voire de tout fait humain, la naissance des mythes fondateurs sont
donc des signes du temps et de l'imaginaire si bien évoqué par Castoriadis en
direction de l'institution sociale. Nous
évoquons donc les mythes fondateurs comme cet imaginaire qui crée le social!
Commençons donc, en posant alors la question d'usage : qu'est ce qu'un mythe
fondateur? Je réponds que c'est une fiction laudative en général peuplée d'êtres
surnaturels comme des dieux ou des héros, lesquels combattent et vainquent les
forces négatives ennemies pour fonder un pays, un peuple au destin sublime
contre toute opposition humaine ou suprahumaine. L'on connaît, par exemple, la
fonction ordonnante du dieu Mardouk babylonien vainqueur de Tiamat, déesse du
chaos; comme également la victoire des Heloïm juifs sur satan, l'adversaire,
jeté hors du ciel, ces mêmes Heloïm iront plus tard élire les fameux
patriarches d'Israel, accompagneront Moise dans l'exode d'Égypte et la prise de
Canaan! Tout comme le triomphe de Thésée soutenu par les dieux olympiens sur
l'affreux minotaure pour fonder Athènes. De prime abord, il me faut signaler
que les mythes générés des civilisations millénaires: telles l'égyptienne,
la babylonienne, la grecque, la juive... sont tout d'abord d'ordre cosmogonique
et théogonique, où la création de l'univers en quelque sorte préfigure à
travers la rhétorique et l'hyperbole, celle de la société et où de l'ethnie
est une sorte de bénie élue des dieux, seule capable de produire les êtres
exceptionnels qui concourent à sa naissance. Pour une nation jeune, née des
guerres victorieuses contre le colon européen, instigateur du déracinement et
des mésalliances d'un métissage inattendu voire forcé entre les conquérants
esclavagistes exterminateurs et les conquis asservis, la violence de la déportation
des noirs, l'extermination des taïnos, tout mythe ne peut que puiser dans le
refus et la révolte historique. Les mythes fondateurs d'Haïti sont donc
d'abord ceux de l'affirmation révoltée de l'ethnie abhorrée et interdite de
souveraineté par les puissants de la civilisation. C'est donc un cri contre la
barbarie ethnocidaire et génocidaire française voire occidentale, et la mise
en acte de la volonté forte, bannissant toute velléité, pour fonder une
identité sur la ruine du maître. Car c'est précisément l'action esclavagiste
en tant que façonnement de néant de l'homme asservi qui a provoqué cette réponse
mythologique et actéologique (c'est à dire modelant méthodiquement l'action
sociale) de l'haïtien à l'abjection éliminatrice du blanc contre le nègre.
Nous retenons donc quatre grands mythes fondeurs de l'haïtiannité: le
premier mythe fondateur de l'haïtien est donc: celui du nègre conquérant la
liberté par le combat et le feu, et forçant la reconnaissance de son humanité
par le blanc réificateur. Puis,
le second qui en découle: la fondation d'un État nègre souverain en Amérique,
2ème pays indépendant du continent mais premier État antiesclavagiste, là même,
où l'européen déprédateur et fossoyeur des alterhumanités, les humanités
non blanches, croyait avoir élu à jamais domicile comme maître et seigneur du
continent. Le
troisième mythe peut se lire dans la production de soi comme refuge et modèle
pour tout combattant antiesclaviste et anticolonialiste dans un monde et surtout
un continent, où la règle des dénaturateurs occidentaux, faiseurs de toutes
les déviances de l'histoire de l'ère faussement dite chrétienne, était
l'esclavagisme et le colonialisme. Ces
trois premiers mythes s’emblématisent dans le visage de Dessalines. Le
quatrième mythe enfin est celui que cristallise Henry Christophe et qui traduit
la capacité du nègre non seulement à l’humanité que lui confère la liberté
mais le dépassement de cette gloire acquise au bout du fusil par
l’acquisition du savoir et de la technique.
Nous évoquons ces faits historico-mythiques auxquels se rattache une
multitude de mythes mineurs comme celui de boukman, du nègre maron, celui de
l’«Afrik ginen » comme référence à son origine considérée positive
qu’est l’Afrique mère de la bonne spiritualité pour le vaudouïsan contre
des spiritualités négatives voire démoniaques… Naturellement, l’on
comprend plein de scories doivent être rejetées de certaines visions
mythologiques. Il faut ébarber la mythologie et ses théogonies démonolâtres.
Voilà pourquoi j’insiste sur le réajustement des mythes fondateurs
historiques alors que les mythes religieux théogoniques me paraissent sans
conséquence,
sans positivité aucune. Le ginen, le gede mort vivant et tout le reste ne sont
que du folklore actif quotidien sans importance, sans capacité de motivation
positive des mentalités. LE VER DANS LE FRUIT
Fonder
un État nègre à l'aube du dix-neuvième siècle dans un continent
exclusivement mené par l'européen, s'avérait
une entreprise pyramidale, sorte de glorieuse gageure titanesque jetée sur le
cou frileux de l'esclave d'hier, à peine parvenu à se défaire du fouet, des
chaînes et garrots du maître vampirisateur. Toute l'énergie libertaire de
l'haïtien fraîchement né sur l'échiquier étatico-national, trébuche
malencontreusement sur le butoir, la pierre d'achoppement de l'isolement raciste
et vindicatif du système colonial international, d'une part, et la faiblesse
des ressources humaines et matérielles, de l'autre. L'altération du génie
humain, constitue un méfait quasi irréparable de l'infériorisation et du déracinement
colonialistes, de l'abâtardissement culturel qui voit le maître interférer
dans la personnalité ethnique, l'assumation existentielle du colonisé asservi.
L'évolution historique du "métis" afro-caraibéen qui n'est pas
vraiment africain malgré l'omniprésence de l'africanité en l'être haïtien:
la couleur de la peau, certains héritages culturels notamment le méga-paramètre
qu'est le vaudou, certains traits linguistiques, artistiques, culinaires,...
Ailleurs, l'haïtien très métissé, n'est pas taïno ou caraïbe (je préfère
ici ces appellations de Taïno et de Caraïbe au nom indien donné par
Colomb, changement de nom qui est une turpitude esclavagiste, que le colon opère
toujours comme pour déposséder l'esclave ou le colonisé de son âme et
l'assigner à jamais à la
servitude) mais ne peut nier leur
influence dans la vie quotidienne. Des héritages taïnos : outre le titre même
du pays, un nom de ville (Gonaïbo), le hamac, l'habitat paysan (la cabane haïtienne
est de loin plus près de la chaumière taino que de la case africaine) et même
la pâtisserie, nous pensons ici à la cassave! Sur un autre plan, l'haïtien
serait ridicule de se croire européen malgré l'entrée déterminante quoique
par effraction de celui-ci dans son être profond autant génétique que
culturel où il précède de bien des façons, son expression linguistique et
littéraire, ses réflexions et réflexes intellectuels. Par exemple, l'haïtien
scolarisé apprend à modeler son amour à travers Shakespeare, sa loyauté en
Corneille, sa jalousie avec Racine et son athéisme, quand il survient, se fait
selon Nietzsche. Sa romance et sa sexualité imite le cinéma et le soap opera
étasuniens. Son organisation officielle en politique et économie n'est souvent
que le calque (parfois une véritable singerie inadaptée) de l'occident. Ici,
il faut rendre hommage au paysan qui, quand même, a toujours su garder le
"combitisme" comme version non occidentale d'organisation sociale
communautaire, proche du communisme primitif et, qui est aussi un mode très
aproprié de division du travail. Ce 23 septembre 2005, Camille Loty Malebranche
{Haïti, mythes fondateurs et désignification… (Suite)}
UNE NATION MAL VENUE ET TRAHIE AU
DÉPART
Par Camille Loty Malebranche La
fondation d'un État comme celui d'Haïti a achoppé sur les ferments de
multiples divisions tant imaginaires que réelles et matérielles héritées de
l'abominable idéologie coloniale de hiérarchisation discriminatoire de la société.
Société partie avec les mêmes vieilles visions et méthodes aristocratiques
du colon, où les privilèges de classe sont quasi "génétiques" fondés
soit sur les origines (fils d'anciens maîtres ou d'affranchis), soit sur le
grade dans l'armée indépendantiste qui conférait un rang enviable, lié aux mérites
militaires. Toutefois, au départ même de cette société, sévissent l'horreur
et l'inaptitude des nègres, par une sorte de néotribalisme africain,
incapables de taire des ambitions de pouvoir pour vaquer à transformer
l'organisation agraire proche du système esclavagiste et créer un État-Nation.
La vie étatico-nationale constamment remise au second plan des priorités, une
fois Dessalines mort, les bas instincts de domination, les propensions à la
crapulerie politique telle : les scissions du territoire, la présidence de
doublure, le mulâtrisme, le noirisme (quoique équitable et juste dans ses
revendications égalitaristes de départ mais aussitôt dévié dans les plus
hideuses des bévues fascistes). Tout cela, selon l’arbitraire administratif
anti-structurel et messianiste du Moi-État des gouvernants. Un fascisme avant
la lettre et un culte des personnalités tellement gigantesques ont fini par éclipser
le pays réel sacrifié, chosifié à la mesure de l’orgueil du faux
nationalisme des chefs vaudevilles. Ailleurs, enfin, le pseudo populisme, la vénalité,
la corruption plurale façonnés dans l'ombre par les soi disant élites
politiques ou économiques avec leurs soudoyés intellectuels, continuent de désarçonner,
de différer, de dénaturer voire de détruire aujourd’hui plus qu’hier, le
projet étatico-national haïtien en gestation sous Christophe dans le royaume
du Nord. Et, l’affreuse racaille qui s’empare des parures de messie, sans
nulle valeur d’homme d’État et sans leadership, altérant la gouvernance
par le hiératisme politique, trahissant jusqu’au sens des choses et des mots,
a, depuis, fors certaines figures comme Estimé, la voie ouverte dans un univers
de manque profitable pour les monstres et les mécréants, dictateurs de
corridors, leaders de faubourgs, rois de comptoirs et de pacotilles tapis dans
l’ombre et qui attendent. Ils fermentent le vin aigre et empoisonné de leur
politique de mort pour enivrer les désoeuvrés, les désespérés, les déviés,
tous naïfs et aveugles qui croient comprendre! En outre, le mimétisme
antinational d’une lumpen aristocratie mulâtriste et noiriste
tous au service des mêmes maîtres étrangers, ont d’abord figé
catatoniquement le regard d'Haïti sur l'Europe raciste et réificatrice et
ensuite, sur l’impérialisme diabolique et interventionniste des États-unis. En Haïti, hélas, première république
nègre et antiesclavagiste du monde, le blanc est une essence et le noir, un néant,
une anti-essence ou, tout au moins, une inessentialité! Wargny avec son titre « Haïti
n’existe pas » rejoint les
mêmes convulsions françaises voire occidentales de phagocytation, véritable
complexe d’engloutissement des colons français, ces maniaques de l’hégémonie
colonialiste anachronique qui, si impudemment, osent aujourd’hui encore parler
avec arrogance et condescendance de ce projet de pays,
de cette gestation d’État-Nation qu’ils ont toujours voulu vouer au
néant, simple statut d’ombre mimétique des colons effaceurs qu’ils sont.
Crise du déshumanisateur en démangeaison masqué en analyste! Crise des
monstres planificateurs de tous les malheurs, de toutes les déviances humaines
et structurelles d’Haïti tout au long de son histoire! Ils vont au niais, au
farfelu comme « peaux sales » qui aurait inspiré « bossales »
selon l’histrion Wargny! Et des haïtiens gobent leurs poisons idéologiques!
C’est ce figement du regard d’une société au mental colonisé sur le maître
blanc, qui a tout au long de l’histoire prévalu contre toute authenticité
politico-économique et réduit la culture et l’essence haïtienne au cultuel
et à un folklorisme dévalorisant parce que inapte à toute gestion rationnelle
du pays. Il suffit de constater le monstre étasunien que la France veut
rejoindre par un retour solennel depuis la chute d’Aristide, pour comprendre
que le néocolonialisme est autant présent qu’à venir! C’est pourquoi,
pour commencer, nous rejetons comme d’autres avant nous, l’adjectif américain
consacrant complaisamment, ainsi que le remarquent certains analystes, le
soutien de fait comme par un droit reconnu à ce qui est hors et contre tout
droit : l’impérialisme continental des États-unis. Le minotaure étasunien,
faut-il le dire ici, en 1934, à la désoccupation militaire du territoire, tels
les plus vils gangsters d’un western, avait emporté quasiment toute la réserve
d’or disponible à la banque nationale haïtienne après l’avoir fait
encercler par une horde de yankees. Véritable cambriolage impérialiste
officiel du géant nord-américain qui se veut aujourd’hui, avec
condescendance, notre généreux et charitable pourvoyeur d’aumône! Nous
devons cesser d’honorer des méprisables, de vénérer des voyous qu’ils
soient blancs, milliardaires ou puissants! Leur crapulerie politique
irrespectueuse qui va jusque dans les relations de l’ambassade étasunienne
avec un pays comme Haïti! Il ne faut pas que n’importe quel individu sous prétexte
de diplomatie vienne impunément dicter à un pays officiellement souverain, ses
quatre volontés! On se rappelle l’épisode scandaleux de ce bouffon
ambassadeur, honte des États-unis que fut « Bourik Chaje » (Alvin
Adams) et celui de ces niais de successeurs comme Foley, grand professeur de
bonne gouvernance aux haïtiens! Répugnants! Pourtant aucun blâme à ces
vulgaires fiers-à-bras excentriques sans retenue diplomatique, franchement et
simplement sans vergogne. Pour
retourner à notre bref survol historique d’Haïti, disons que l’horreur
d’autopunition de l’État commença avec ces rejets de l'histoire, ces
couards que furent Pétion et Boyer. Pétion est notre sorte de Pétain qui -
après l’héroïsme dans les guerres de l’indépendance - en a sacrifié par
cette suggestion de verser une indemnité aux esclavagistes ayant pillé les
biens produits et l’être psychosomatique de l’esclave, la valeur et le prix
humain par complaisance avec l’ennemi. Car là Pétion est irrémissible
puisqu’il s’agit d’inhumation de l’acte d’exorcisme du démon blanc
colonialiste et réifiant que fut la victoire militaire des preux va-nu-pieds de
1804. Le processus de revalorisation psychologique, matérielle et de réhabilitation
globale de l’homme afro-caraïbéen devenu haïtien, ce que le langage moderne
de certains psychologues appelle la résilience du traumatisé, a été esquinté
jusque dans son signe suprême, son mythe fondateur : la conquête par le génie
militaire et le sang sur la ruine des colonialistes esclavagistes, de la dignité
humaine des noirs et métis afro-caraïbéens pères de la nation haïtienne.
Alors que Christophe pulvérisait Franco de Medina et son projet d’endetter Haïti
en négociant ladite indemnité à verser à la France au nom des ex colons de
Saint-Domingue, Boyer, flasque, acquiesça le choix flagorneur de son ex patron,
le premier à avoir proposé d’indemniser les ex colons évincés par la révolution
de 1804, et consentit à engager officiellement Haïti à honorer la fameuse
"dette fictive de l'indépendance", laquelle a vidé le pays de tout
ce qu’il possédait pour se construire après une indépendance après les
guerres livrées aux forces napoléoniennes. Ainsi fut amorcé le camouflet
pluriel de l’haïtien qui perdure aujourd'hui: la félonie des mythes de notre
fondation collective, la vacuité de dignité dans les relations diplomatiques,
la débâcle économique, l'absence de projection positive du soi social et le néant
de tout projet national, la déviance et la négativité dans le rapport à soi
et à autrui. À suivre… Camille
loty malebranche Ce 3 octobrec 2005
Vertus cardinales du prochain Président haïtien
Par Camille loty malebranche Considérant le drame tragique du devenir haïtien, vouloir diriger Haïti doit relever d’un acte de sacerdoce ou tout au moins d’une volonté déterminée de servir plutôt que de la quête fébrile d’un quelconque couronnement personnel. La disponibilité pour une fonction aussi sérieuse dans la conjoncture délicate et difficile pour le destin déjà fortement distordu et dévié de ce pays exige un dépouillement de soi en vue d’introduire les bases structurelles du changement. Structures matérielles mais aussi et surtout, structures axiologiques et éthiques de la gouvernance. Ni satisfaction de sa clientèle politique, ni assouvissement de ses instincts individuels, ni vengeance de ses frustrations personnelles ne doivent être la motivation d’un candidat pour qui l’honnêteté dans la recherche des voies du salut haïtien sera le principal pôle directeur. La gageure des tares politiciennes haïtiennes a trop longtemps été un monstre déviant du destin collectif sacrifié à des bassesses caractérielles de la plupart des dirigeants tout au long de notre histoire. D’abord il nous faut un programme politique réaliste qui vise : a) À rétablir la sécurité publique. b) À intervenir ponctuellement contre l’infrahumaine misère des couches défavorisées c'est-à-dire le lumpen prolétariat des bidonvilles et les paysans sans terre qui viennent gonfler ces bidonvilles ou renforcer les rangs des boat people. c) Au réaménagement du territoire pour à sévir, grâce à une police écologique, contre les abus mortels infligés à l’environnement par la coupe déréglée et catastrophique des arbres tout en reboisant les bassins versants et stopper l’exploitation abusive de certaines mines comme la fameuse carrière de sable de Laboule. d) À favoriser des investissements en agriculture, agro-industrie et aménager des sites touristiques en vue d’une reprise ultérieure du tourisme. e) À mener une campagne de planning familial pour limiter l’explosion démographique et ses retombées désastreuses tout en travaillant à la prévention des M.S.T.. Ces éléments cités ne pouvant être éludés dans aucun programme politique d’un solliciteur sérieux de mandat présidentiel à l’électorat haïtien, voici ci-dessous la liste de ce que nous appelons les vertus cardinales du président haïtien.
L’iconoclastie,
première vertu cardinale pour le futur président Tout fondateur est un raseur qui bâtit le nouveau sur les ruines du statu quo ante. Il faut rompre les vieilles manières paternalistes et imposer un règne légaliste au pays. L’haïtien, parce qu’il n’est pas un extraterrestre mais un humain socialisé, doit apprendre que la vie dans l’État et la société ne peut se vautrer dans le chaos anarchique dont plusieurs profitent sans aucun contrôle de l’État sur leur port maritime et commercial privé, leur piste aéroportuaire personnel, leur invasion d’espaces publics à des fins personnelles, leur exonération de fait face à un État complaisant qui ne réclame jamais son dû. Ces monstruosités anarchisantes ne peuvent être dans un État moderne pas plus que la tyrannie autocratique des dictateurs de notre histoire. Que la présidence haïtienne rompe avec l’immobilisme du passé tribaliste rétrograde, passé redondant omniprésent, responsable de tous les maux d’Haïti parce que altérant les rapports du pouvoir au pays, de l’État à la nation, des élites aux masses. Le tyran tribaliste traditionnel et la mentalité de mâle le plus fort doivent être proscrits des méthodes de gouvernance par l’avènement du vrai homme d’État haïtien. Car la faillite de l’État haïtien est avant tout celle des élites politiques et économiques dans leur rapport pervers et antipatriotique au pays et à la société. Des politiciens, des élus abjects et traditionnels ne peuvent qu’entériner l’abjection sociale et la dénaturation de l’État. L’État a trop longtemps été pris pour une sorte d’industrie par des politiciens et un entrepôt de trafic de toutes sortes par des commerçants. Ces monstruosités de fonctionnement que j’appelle « ferments tératogènes de l’histoire haïtienne » doivent disparaître sinon c’est Haïti qui disparaîtra. C’est dans ce sens que le futur président doit être un iconoclaste une sorte de Thémis qui frappe les yeux bandés tout ennemi des principes.
La créativité, 2ème vertu cardinale du président Pouvoir imaginer et introduire avec son équipe une lecture dynamique de la chose publique haïtienne afin d’appréhender, au-delà des théories classiques et de la culture livresque et académique qui enrichissent, les détails et les subtilités propre à la problématique essentiellement humaine c'est-à-dire mentale et culturelle de l’échec bicentenaire haïtien pour échafauder une stratégie cathartique de l’État. Car il n’y pas une formule préfabriquée du redressement d’un pays dont la crise est avant tout la conséquence d’une part, des multiples déchirements intestins de la société haïtienne dans ses rapports de « classes » et d’autre part, du dysfonctionnement structurel tant politique qu’administratif des modalités de gouvernance. Il faut réinventer par des lois et des structures tant matérielles qu’intellectuelles pour réinventer la weltanschauung sociale, c’est à dire la vision collective haïtienne dans la nature des rapports sociaux et dans l’essence de l’interaction socio-étatique pour que le pays puisse subsister. Bref, il faut réengendrer sur d’autres bases axiologiques c'est-à-dire de nouvelles valeurs, le rapport de l’haïtien à soi, à son concitoyen, à l’État et à l’étranger. Là où les autocrates et les faux bourgeois, eux-mêmes bêtes, ont abêti la société, il faudra l’humaniser par une éducation humano-citoyenne. capacité d’écoute et réceptivité, 3ème vertu cardinale du président. Savoir faire appel à des penseurs, spécialistes et des hommes de terrain expérimentés au-delà du clientélisme politique. Pouvoir reléguer au second plan sa chapelle politique, ne voilà-t-il pas l’une des qualités essentielles qui saura prémunir la politique et l’administration des désescalades dues au népotisme porteur de médiocrité. Il faut en finir avec la médiocratie et propulser le blason du mérite en Haïti qui en a perdu jusqu’au sens. être
un humain et non un loa incarné
, 4ème vertu cardinale du président Contre le délire essentialiste de toute-puissance lié au titre de chef d’État chez nous, le futur président doit être un homme d’État qui manifeste la volonté forte d’influencer la réalité, volonté non seulement de faire l’histoire mais surtout de la rendre à son sens, de la changer en la soustrayant aux dei ex machina et aux discordes et dispersions intestines qui dénaturent et asservissent la première république antiesclavagiste du monde. Cela, il le fera grâce à ses ressources susdites dans les trois premières vertus énumérées dans ce texte, mais aussi en s’appuyant sur une équipe compétente, dynamique et sans manquements éthiques car l’éthique et surtout l’honnêteté avec sa conscience professionnelle ou décisionnelle alerte semble, chez les hauts fonctionnaires de l’État haïtien, constituer une denrée aussi rare que la pierre philosophale.
principal
Défaut
à éviter Un défaut est fondamentalement à rejeter dans la gestion de la chose publique : la Mégalomanie et son Délire de toute-puissance. Dans un pays où le parti politique est
réduit à son chef, où les regroupements ponctuels pour la prise du pouvoir
virent, sitôt les élections passées, à de basses querelles de chapelles; où
le « leader politique » est souvent, fors de rarissimes cas, un
homme-parti, homme-structure, chef à vie du parti dont il est l’éternel
candidat à la présidence, l’haïtien au pouvoir doit apprendre à redevenir
homme parmi les hommes et sachant reconnaître l’impératif du travail d’équipe.
Il faut que le leader haïtien redevienne humain et ruine à jamais le
messianisme en acceptant sa passibilité à l’erreur et en reconnaissant les
effets de l’inéluctable comme la vieillesse, la nécessité d’une
succession et le besoin d’une retraite en politique active même quand sa
sagesse continue de conseiller les responsables de la relève. Enfin, pour conclure, je tiens à dire que le hiératisme historico-politique, le complexe de Boukman avec son messianisme politique doivent à jamais être honnis du milieu de notre pays. Le messianisme est blasphématoire de Dieu mais aussi de l’action humaine. Car hormis le Christ, notre messie cosmique, nul homme ne peut sauver seul le monde ou un pays. Le messianisme, ce stade extrême de la mégalomanie, verse dans la démagogie, cette corruption de la démocratie comme l’a si bien dit Aristote. La mégalomanie et son messianisme briment le leadership pour une chefferie individuelle à qui tout est permis et autorisé, laquelle chefferie phagocyte l’intelligence de la réflexion d’équipe dans la structure de parti ou d’État en faisant du chef un Homme-structure ou Homme-État qui sacrifie le parti ou le pays à son narcissisme, ce qu’il convient d’appeler ce « Moi-État » hypertrophié, ce « syndrome du roi soleil » de nos politiciens traditionnels. Le temps de Louis XIV étant révolu depuis des siècles, que disparaissent de l’échiquier politique nos rois nègres dont la mégalomanie et le messianisme politique puent l’imposture et amorcent le fiasco de l’État! Que tout défaut abortif de notre destin de peuple soit corrigé pour l’érection du nouvel édifice national! CAMILLE LOTY
MALEBRANCHE Ce 30 août 2005
Montréal
Politique canadienne, évitons la tour substantialisée du symbole! Par CAMILLE LOTY MALEBRANCHE Je commence cette réflexion en créant le concept d’iconomanie, concept nouveau pour traduire le geste insolite du Premier Ministre Paul Martin qui a nommé Michaëlle Jean à la fonction de gouverneure générale du Canada. Si l’iconolâtrie est l’idolâtrie religieuse des icônes, l’iconomanie en serait le culte laïque, l’esclavage profane, sorte de figement de l’opinion dans l’icône officiellement consacrée, l’image systémiquement produite pour interpeller les émotions. En choisissant Michaëlle Jean comme gouverneur général du Canada, Paul Martin a adressé un message trop évident aux noirs, aux minorités ethniques du Canada d’une part, et aux haïtiens d’autre part, pour que son geste soit pris au premier degré et avec le simplisme des émotifs manipulés comme toujours par la presse du pouvoir en vue de ce qu’il convient d’appeler un plébiscite de l’opinion publique. En politique comme en science et en philosophie, l’arrêt au phénomène relève de la tare du sens commun. Il faut donc dépasser ce qui apparaît pour en aboutir à l’essence, au substratum. Opérer la fameuse réduction eidétique des phénoménologues. Pour ce faire, prenons en ce qui suit, le contexte des faits qui permettent d’établir les rapports de causalité entre la politique canadienne actuelle et cette nomination faisant passablement pérorer monsieur tout le monde. 1) Durant les derniers mois, Ottawa et le gouvernement libéral en place ont été, on le sait, fortement ébranlé par le séisme du scandale des commandites. Monsieur Martin, ancien ministre des finances et héritier dudit scandale provoqué par le dévoilement des malversations du parti libéral au pouvoir à l’occasion du référendum sur la souveraineté québécoise de 1995, cherche avidement à se faire une popularité ou du moins à conserver l’appui dont jouit le parti libéral auprès des minorités ethniques canadiennes. Dans un pays où les non blancs ne forment que la moitié de la population, l’autre moitié étant constituée par des immigrants d’origine et d’ethnies de toutes sortes, inutile de souligner l’importance à tous les échelons de cet appui ethnique traditionnel au parti libéral et la volonté intraitable de Paul Martin de le conserver à son capital politique de premier ministre d’une part mais aussi de leader de parti, de l’autre. Ajouté à cela, à une période où la fougue sécessionniste des souverainistes québécois est en hausse, compte tenu de l’indignation de la cette province contre le scandale susdit que plusieurs citoyens du Québec considèrent comme de la trahison et de l’infantilisation dirigée par les libéraux contre leur province, Paul Martin a joué en bon calculateur, la carte du charme pour maintenir l’attachement émotif au Canada et au parti libéral des minorités noires et autres du Québec.
3) Avec la nouvelle implication canadienne en Haïti, la délégation d’un Denis Coderre émissaire personnel de l’honorable M. Martin dans le dossier Haïtien, il serait franchement puéril de croire à la gratuité voire à l’innocence ou à l’ordinaire de cette nomination fortement contextuelle de Michaëlle! Il faut ici constater la triste pertinence de Senghor dans sa phrase sur la nature nègre de l’émotion. Donner, en effet, à ceux qui ont toujours été rejetés, l’illusion d’être acceptés voire honorés, fut-ce par procuration après tant d’insultes, d’effacements de rejets de la part des altérités prédatrices et éliminatrices au cours de l’histoire, ils vous offriront émotionnellement et gracieusement leur âme! Cela, il y a longtemps que les maîtres, les dominateurs, les colons le savent! L’on comprend alors que lorsque ces altérités prédatrices de l’histoire sont celles du pouvoir planétaire actuel comme par le passé, il faut apprendre à être toujours vigilant et perspicace pour discerner l’éventuelle imposture de leurs choix. 4) La fonction de gouverneur général est en fait franchement ridicule, consistant à représenter figurativement le trône d’Angleterre sans toutefois aucune réalité de pouvoir sinon que la virtualité d’être le morne calque vivant du monarque anglais. Ce qui, il faut le dire en passant, ne vaut même pas de la diplomatie car le diplomate représente réellement en terre étrangère l’État mandatant. Ladite fonction, ce n’en est même pas une mais un poste, de gouverneur général du Canada relève en fait du folklore de la confédération canadienne. Décrié par les démocrates, méprisé par les non monarchistes, abhorré par les convaincus de la citoyenneté dénonçant l’anachronisme et le superfétatoire antidémocratique du statut de sujet du monarque anglais auquel il maintient les canadiens, le poste de gouverneur général, inspire souvent l’indifférence. Ce personnage de comparse, cette figure folklorique est en fait la production en symbole vide, titre honorifique d’un individu privilégié sans conséquence pour le Canada mais avec d’immenses répercussions émotionnelles, dans le cas de Michaëlle, sur l’haïtien désinformé qui peut, par ce geste, se mettre à croire à un engagement en faveur d’Haïti. M. Paul Martin aura réalisé une offensive de séduction majeure, tout en ridiculisant diplomatiquement les noirs, plaçant une négresse descendante d’esclave comme représentante d’une des aristocraties les plus férocement racistes, les plus farouchement colonialo-esclavagistes, il s’attache les haïtiens pour exécuter le plan canadien et/ou étasunien et nord-américain en même temps qu’il redore le blason libéral fédéral et prépare l’électorat ethnique pour le « oui » au Canada à tout référendum ultérieur sur la souveraineté du Québec, au cas où le parti québécois (PQ) accèderait au pouvoir aux prochaines élections provinciales. La thaumaturgie des puissants en politique, faut-il ici le constater, est prodigieusement luxuriante de ressources, et les miracles atypiques de manipulation voire d’aliénation du pouvoir n’en finissent pas d’étonner par leur nombre et leur portée. Il est néanmoins un truisme de souligner que malgré ces tournures démagogiques des décisions trompe l’œil, pour les noirs et les exclus de la société canadienne, pour cette catégorie ethnique à peau foncée, catégorie fragilisée et malmenée par le système canadien, avec ses pourcentages record en pauvreté, en population carcérale, en chute grandissante dans la délinquance, la réalité froide et douloureuse se poursuit. L’enfer, en effet, a un avenir plus que jamais assuré dans un monde de simulacres, monde qui est aussi celui de l’État canadien lequel préfère dépenser 100.000 dollars l’an par criminel prisonnier mais laisse moisir dans la faim et la marginalisation ses démunis, ses enfants écoliers privés de déjeuner, ses honnêtes citoyens travaillant à un salaire minimum de misère, ses étudiants en prêts et bourse totalisant à peine 10.000 dollars l’an, ses assistés sociaux qui ne reçoivent pas 7.000 à l’année. Non, dans un pays qui a fait le choix de la répression et de la marginalisation au lieu de celui de la prévention, rien n’a changé. Aucun symbole n’y fait strictement rien sinon qu’il renforce la supercherie. On substantialise des symboles pour donner l’impression que tout change afin que rien n’ait à changer. Mais comme toujours, à la différence du signe qui émane de la nature de l’être qu’il fait apparaître, le symbole, hormis dans les grandes symboliques mystiques et spirituelles, tient de l’artifice des maîtres qui le projettent artificiellement sur telle réalité absente afin de la représenter et de lui prêter l’illusion de la présence! Voilà pourquoi face à cette conspiration des maîtres manipulateurs contre notre présence vraiment présente pour nous retenir dans l’absence, cette présence absente des icônes privilégiées sans conséquence sur le sort des délaissés; face à ceux qui nous dédient des figures de comparses; face aux politiques de maintien des démunis dans le néant de la misère; face à l’extermination souriante qui nous dit d’exister à travers des icônes sans conséquence; oui, face à tout cela, à tous ces absents justifiés par les icônes fignolant l’iconomanie asservissante, j’exprime le cri d’un peuple qui exige à vivre et refuse d’être la mascarade symbolisée par un trône caduc et anachronique, je crie ces mots de liberté et d’exigence de sens: Évitons la tour substantialisée des symboles que fignolent les maîtres! Montréal,
ce 8 août 05
Par
CAMILLE LOTY MALEBRANCHE Je tiens à te rappeler ce que tu as déjà appris par réflexe et par pulsion de vie: LA VIGILANCE. Il s’agit de l’éveil à soi et au monde du vivant qui veut vivre! Car la conscience supérieure, à l’instar du corps, pour s’endormir, n’a qu’à s’abandonner au coucher et se laisser gagner par le sommeil! Le plus destructeur des péchés, la plus fatale des fautes, la plus mortelle des erreurs est l’abandon de l’éveil qui l’abdication du pouvoir de veille de la Conscience. Une conscience qui s’endort est un esprit qui perd son sens dans un déni de la vie pour s’enfoncer en suicidaire dans l’absurde et la mort. S’endormir, est un abysse ténébreux, une érèbe de toute existence qui s’y retrouve déroutée, un état plus glacial que l’enfer des damnés. S’endormir, s’évanouir dans le présent et le désert où l’horizon n’est que le mur fictif des échecs et des blocages, est comme la défaite acceptée avant le combat. Mais nul guerrier n’est vaincu sans coup férir! Et si, au dire de tous tes devanciers, la vie est combat, qu’as-tu donc fait de tes prérogatives d’âme? Serais-tu un néant consentant, un mort qui, une fois la vie constatée, s’excuse par peur de l’affronter? Avorton sans existence, illusion d’optique pour tromper les curieux comme les hologrammes et les trompe-l’œil? Hélas! Tu t’es si profondément endormi que tu n’arrives plus à croire au pouvoir de l’éveil, aux possibles de la conscience vivante, à la vivification par l’esprit! Pourtant, l’éveil accède à la Vérité qui libère mais comme la majorité tu préfères l’illusion de l’immédiat et du sensoriel! Tout ce qui ne demeure pas pour l’éternité est illusoire! La Vérité quant à elle est immuable, intemporelle et éternelle. Je tiens à te dire que jusqu’ici ton être est prisonnier du charnel psychologique dont le champ est le réel qui t’enferme en ses illusions, son sommeil et sa complaisance rationnelle dans la défaite! Tu regardes le tracé chaotique de tes pas où la terre moqueuse, marâtre impassible, te révèle la vanité de tes voies passées, de ta vie déviée. La vanité est comme une pioche qui creuse la terre de ton être. La vanité, reflet illusoire de ta face livide te saute au miroir de ton agissement où ta pensée et ton action divisent ton parcours existentiel en champ de bataille où tu luttes contre toi-même comme un suicide par degrés. Dans ton miroir où ta face n’est point visage, tu te lamentes sur tes blessures intimes, traumatisme existentiel de ton âme privée de vie, ton individualité dépossédée de personnalité! Tu te vois maculé et ne peux ni te contempler ni même te regarder sans te masquer! Ton reflet fait une balafre qui n’est même plus narcissique à ton cœur, car ton image te fait si peur que tu ne te contemples plus! Tes masques renouvelés pour ne point renouveler ton visage ne renvoie plus le reflet d’une âme que tu serais mais de l’ombre que tu t’efforces, par l’abysse flottant et superflu du paraître, tes surenchères d’apparence, la superfluité de tes excès superficiels, de substituer à ton néant pour mimer l’être! Pourtant, tu dois connaître l’Harmaguédon de ton monde lugubre d’absence pour ressusciter de l’illusion et vivre ta Vraie Vie, et connaître la Vérité à laquelle tu es appelé. Tu seras au jour de la victoire sur le sommeil par le réveil, Présence présente! Tu seras enfin le temple et le Royaume de Dieu. Jusque là tu t’enfonçais dans l’abîme du paraître, à ton éveil, ta victoire sur le sommeil létal de l’esprit, ta vie émergera et deviendra - si tu m’entends pour pénétrer et écouter tes profondeurs - le règne divin. C’est là le paradoxe de la véritable spiritualité, c’est que là où la profondeur propulse dans les hauteurs la surface submerge l’homme et l’entraîne dans l’abysse ténébreux de l’apparence et de la fausseté! Pénétrant désormais tes profondeurs, ton esprit ainsi devenu hôte de l’Esprit de Dieu, ne se pâmera plus jamais dans l’illusion morbide, cette léthargie sordide, contiguë de la mort! En tes profondeurs, sans discours se tient la Hauteur et ton visage renverra tes faces d’emprunt car où est le visage, est cette élévation qui tue la désignification de toi-même, enraye la perte du sens de ton humanité jusque là avachie et dénaturée. Sais-tu combien faut-il être vigilant pour éviter les monstres dénaturants, sais-tu combien sont nombreux et insistants, les minotaures de la déshumanisation? Heureux, toutefois est ton avenir! Car les infirmités de l’esprit ne sont pas une fatalité, ce n’est que la conséquence des difformités de la conscience charnelle! Toi, tu évacueras toute gibbosité et claudication de ta conscience pour te spiritualiser et être Toi. Tu seras alors Conscience Spirituelle et Divine. Mais avant, tu dois renoncer à la facilité des options de la majorité pour passer par le chemin étroit des choix impopulaires de ton humanité, ta vocation d’homme. Tu ne dois pas oublier que les plus populaires croyances sont souvent des ragots et des superstitions d’incapables qui s’encanaillent! D’ailleurs ton unicité, ton identité t’interpelle pour que tu sois l’autre des autres, c’est-à-dire toi-même! Que ton altérité soit assumée! Et, dis-toi que même la vérité prise par le grand nombre, emparée par la foule est dénaturée pour la conscience dolente et perverse des morts mouvants! Si la palingénésie, la résurrection cyclique de toute chose est illusoire; la rédemption de l’homme par la réhabilitation des profondeurs, est Vérité et Puissance, Puissance de Vérité. Comme un nouveau Lazare spirituel, la force de la vérité divine en l’Homme éveillé doit égruger les pierres et les tombes mentales où l’humain endormi, produit en son contraire, se contente d’épitaphe comme les morts! Le désert du monde masqué de ses fausses opulences où les puits sont putrides et les oasis polluées sont mortelles, à l’inverse du désert des prophètes et des méditatifs, est diversion et destruction de l’esprit. Tu cesseras d’être le serpent arénicole du désert dont la plus belle trouvaille est de s’enfoncer dans le sable pour survivre dans la poussière et la chaleur. Arrête tes reptations et tes louvoiements ophidiens, tes pas reptiliens, tu n’es pas le serpent du désert, tu n’es pas un reptile. Pas plus que tu n’es un traînard ou un traîne-savates sans énergie mais un plantigrade vertical et fougueux! Ta posture est elle-même pour ton esprit un appel, car la position debout, unique parmi le règne animal, est comme un défi à l’abandon à la poussière et à la terre, un non à l’horizontalité sommeillante, un Oui aérien et céleste, un Oui strident et transcendant aux forces de la Vie et de la Victoire du conquérant qui foule aux pieds ses ennemis, piétine ses faiblesses et ses peurs. D’où vient, mon frère, que ton esprit sois veule, couché dans la poussière et dans la cendre des dépits, toi, Créature verticale qui refuse ta face à la terre et ne lui offre fièrement que la plante de tes pieds? Mais ta vie a trop longtemps été la dépouille du sommeil, des songes et de l’illusion. Tu as vécu de dépassement faux, de donquichottisme fou et d’héroïsme factice où tu as adhéré au songe macabre, mensonge cauchemardesque d’un monde immonde, privé des valeurs fondamentales et pauvre de l’essentiel. Tu as cru aimer quand tu cherchais à fuir ta solitude illusoire, car tu n’es esseulé que dans ton esprit aveugle! Mais plus tu pensais aimer de la sorte, plus ta solitude et celle de tes compagnes s’est empirée! Tu ne savais pas que l’amour n’est pas la fuite d’un vide intérieur mais le partage de deux plénitudes! Tu as voulu la richesse et tu as thésaurisé des biens, amassé des fortunes mais plus tu te crois fortuné, plus ta frilosité s’aggrave. Tu as peur de perdre et ton souci d’avoir et de demeurer dans l’avoir t’a fait oublier la seule richesse qui soit : ton Humanité, ton essence spirituelle reçue que tu dois rendre plénière! Qu’as-tu donc fait de tes talents? Je saisis pourquoi malgré tes fortunes tu n’es guère riche et à vrai dire, pourquoi malgré l’abondance matérielle, tu n’es qu’un misérable pourquoi ton être n’est que misère! Tes faims compulsives devant ta table garnie ne sont-elles pas pires que les affres de la mort? En vérité, sans ton éveil, tu ne vivras à jamais qu’une irrémédiable mort permanente! Tu as aussi aspiré au pouvoir mais que peux-tu quand tu es étranger à toi-même, quand ton être est sous l’emprise des démons de l’illusion? Tu n’as point visé à la domination et à la juste assumation des deux premiers pouvoirs: la pensée et l’action. Penser et agir pour devenir l’être promis, réaliser la promesse que tu es, telle fut et telle sera toujours ta vocation! Par la suite, une fois la Pensée et l’Action spirituelle de l’accomplissement assumées, tu n’auras qu’à vivre la contemplation, l’extase et la plénitude permanentes de la rédemption. Car tu es le fils et tu dois manifester la nature du Père prêtée à toi pour que tu sois dieu à ton tour par l’harmonie avec l’Esprit, la fusion avec Dieu! Tu as cru le pouvoir extérieur et tu en as fait une tyrannie contre autrui, un estuaire pour tes eaux sales déversées dans tes abus d’autorité sur les plus petits qui te côtoient! Lorsque tu te seras éveillé, tu comprendras que le pouvoir véritable, ce pouvoir de l’accomplissement de soi, pousse non à la domination et aux délires d’autorité ou de fausse liberté mais aspire à la croissance, tend à fortifier le plus faible, à enrichir le plus pauvre! Car du tyran qui règne par la peur au tyrannisé qu’écrase la peur du tyran, lequel est-il heureux ou libre? Nul esclavagiste n’est libre en faisant des esclaves! Pour t’avoir parlé avec tant de tranchant et de détermination, je tiens au bout de cet entretien à m’identifier! Je suis ton Autre Toi, ton Alter Ego, je constate l’usure de ton terreau si fertile et le moisissement de ton humus resté stérile qui n’attendent que la fécondation de la semence divine que tu es. Pourtant, tu n’es que dépouille et l’oripeau de chagrin! Tu es coupable de blasphème contre Dieu par tes propres laideurs où tu ne pouvais plus le voir ni le rencontrer et cela, quoique affreusement répugnant et horrible, est compréhensible; mais d’où vient que tu aies blasphémé ton humanité, abdiqué vis-à-vis de ton pouvoir de veille, la loi de l’éveil! Comme disait le Seigneur de la Vie, qui lui-même a connu la veille à Gethsémani dans la nuit atroce des dénaturés auxquels il s’est donné en sacrifice pour ta rédemption; oui, comme Lui qui te demande d’être vigilant dans l’atrocité nocturne d’un monde monstrueusement spiriticide qui vole l’esprit et le voue à la mort, je te redis: « Prie et Veille », « Sois Vigilant »! Je suis donc venu te rappeler d’où tu viens, ce message ancien et toujours nouveau de la nouvelle naissance qui est l’éveil à la conscience divine, la voie de ton humanité; et malgré les décombres, les dépouilles et les débris qui t’enterrent, je suis venu te redire qui tu es! Prête l’oreille, sers-toi de tes yeux pour contempler le possible! Car le tombeau de ton inhumation n’attend que toi pour voler en éclats! Réveilles-toi et laisse ton être s’éveiller à l’humanité véritable, ta vocation divine. Lèves-toi, réveillé de l’emprise du songe, ressuscité de l’empire de l’illusion! Lèves-toi et marche, toi le vivant qui ne t’endormira plus parmi les morts. Car désormais, tu n’auras plus de songe comme un dormeur, tu fécondes le grand Rêve éveillé de l’homme réveillé et vivant qui tend à l’accomplissement de sa vocation d’Homme, ton destin divin! N’oublie jamais que ton Rêve détermine ton essence humaine par le tremplin de la Conscience! Le réel ne doit point être un mur où tu t’enfermes, mais seulement l’une de tes dimensions. Le réel n’est que la forme spatio-temporelle du tangible. Réveilles-toi et deviens le vrai toi-même. Ne joue pas au héros matamore, don quichotte esclave des pulsions négatives qui prétend briser les inhibitions! Les plus basses pulsions le rattrapent toujours! Quand tombent les inhibitions et que montent les pulsions, ce n’est point un réveil mais une hyperactivité perverse de l’élan vital. Ne te réfugie guère non plus comme un traqué peureux dans les forteresses des diversions matérielles et des divertissements qui t’assimilent à l’autruche effrayée de regarder et de voir. Délaisse les bunkers des glorioles et de la vanité. Allume ta lampe spirituelle avec l’huile de tes pensées inspirées des révélations de peur que yeux intérieurs ne se referment par accoutumance à l’obscurité. Abandonne le crescendo de l’obscurité qui noie ta vision. Sois la vigilance incarnée pour exorciser la pitoyable arrogance qui vient des vanités! La pauvreté des vanités humaines n’a d’égal que la misère des esprits perdus, rendus ombres sans âme. Rejette la vanité des dépouilles animées qui bruissent dans le monde et que l’ordre social érige en principe! Ces débris de l’illusion, rudiments de la damnation sont, en vérité, sans avenir. Renvoie le macabre et le lugubre propres à cette déchetterie qu’est l’ordre du monde! Élèves-toi à l’orgueil de ta dignité et de ta nature. L’orgueil, ici, est une vertu vivifiante et salvatrice car il exige le Véritable en méprisant l’illusion et ses agents, et c’est lui qui t’élèvera au-dessus des vétilles idolâtrées du monde et opérera contre les vanités. Le monde dénaturé n’est même plus un désert productif d’où vient le frémissement à l’homme méditant mais le désert mortel des valeurs, désert aride de toute humanité où sévissent les forces ténébreuses de l’aliénation métaphysique et de la déroute existentielle! Pourtant, par la purgation mentale et spirituelle de toute ténèbre et toute de l’opacité, tu seras en toi-même forteresse inexpugnable contre la dénaturation et la déviance. Tu apprendras à voir la vanité des richesses et de l’or, afin de t’en servir sans en tirer une fausse gloire car les idoles, les veaux de l’infamie et de l’imposture comme toute idolâtrie luxueuse sont en or et l’oseille n’est qu’une valeur d’échange! Ton temple n’aura nul besoin de base d’acier puisque ta pensée et ta vie délivrées du factice et de l’illusoire seront un château de verre fondée sur le Rocher de l’Esprit par la transparence de ton être à toute la Lumière de la Vérité et de la Vie. Aujourd’hui, ta cécité, ton errance,
ta dénaturation prennent fin. Tu règnes dans la déité de ta nature humaine!
Pour finir, je te conjure d’être Vivant par la Vigilance en te disant ceci: Oublie
la mort, ne cherche pas l’approbation des morts mouvants, ombres ambulantes de
ce monde. La mort ne règne et ne sévit qu’au tombeau de l’illusion dans la
nécropole qu’est le monde; or toi, tu vis désormais au Royaume de la Vie et
de Dieu dont tu es le fils! CAMILLE LOTY
MALEBRANCHE
Haiti, onirocratie, écliptique du réel, gel de laction rationnelle Par Camille Loty Malebranche Pour
aborder cet entretien sur le mode d’être et d’agir antirationnel de la société
haïtienne, il nous faut, méthode oblige, définir le concept d’onirocratie
que nous avons créé dans le titre même de cet article. Que peut être
l’onirocratie? Je réponds que c’est la règne du rêve-songerie sans conséquence
du dormeur au détriment du rêve-projet éveillé par lequel l’homme comme la
société actifs se projettent dans le futur tout en entreprenant de le réaliser
par la pensée et l’action rationnelles. J’appelle onirocratie tout mode de
projection irrationnelle du réel par le psychisme collapse, incapable
d’affronter les coefficients de difficultés, les obstacles à la réalisation
de ses rêves. L’onirocratie est l’abdication de l’esprit souverain par lâcheté
et complaisance coupable au statu quo désespérant. Digression défaitiste. On
sait déjà par la psychanalyse que ce genre de rêve est mensonge, subterfuge
psychologique de l’homme se mentant à lui-même. Une
grave déréliction ravage le rapport de l’haïtien au monde: la négation du
pouvoir rationnel de l’homme à approcher et gérer le réel. Le chevauchement
du réel et de l’imaginaire constitue, chez nous et en quelque soit le milieu
de son surgissement, un chambardement des structures cognitives rationnelles de
l’entendement court-circuité pour ne pas agir. Il en résulte une totale dénaturation
de la gérance de la réalité proprement dite. L’irrationalité étant le
plus terrible coup asséné à la gérance du réel, il en appert une dérive
quasi généralisée de la condition sociale haïtienne. Une mentalité farfelue
fondée sur les dieux et les ombres caractérise trop souvent la vie sociale
haïtienne.
Rapport d’évanescence aux moindres soubresauts de la réalité par l’homme
haïtien non formé, non outillé pour affronter le réel et travailler à sa
compréhension voire sa maîtrise par la science, la technique, la technologie.
Nous sommes une société moyenâgeuse, superstitieuse, qui s’autodétruit par
la religion misérabiliste et l’ignorance. Un culturalisme nationaliste
grossier grotesque prône l’attachement à des croyances cultuelles tarées
alors qu’il faudrait réformer jusqu’aux cultes. Notre maladive laideur
bicentenaire n’a jamais été curée par la raison et nous nous complaisons
morbidement au mal-être sous prétexte de culture identitaire dans le refus de
toute préhension sereine et rationnelle du sort. Nous brisons pathologiquement
et bêtement les miroirs pour ne pas changer de faces. Nous changeons de masques
pour ne pas changer nos hideux visages. Nous recherchons l’approbation des imbéciles
et des frileux (surtout quand ils viennent de l’étranger) plutôt que de
poursuivre la vérité de notre état. Nous faisons la politique comme le
carnaval, avec indolence et tours de reins, et nous confions aux dieux des panthéons
surnaturel ou politique, la mission qui nous revient de transformer nos vies et
la société. Nous mystifions, mythifions, manipulons pour éviter de nous
regarder. Par manière de diversion, nous créons des préjugés gourdes, nous dénigrons
balourdement nos propres concitoyens cherchant à comprendre les ferments tératogènes
de notre condition de peuple et nous croyons grandir aux yeux de l’étranger
contempteur viscéral de notre ethnie et de notre pays. Nous nous abandonnons à
des clichés et nous croyons exister en nous y adonnant. Le « tout moun se moun
» haïtien (tout être humain est un humain) ne se vérifie guère. La voie
d’accomplissement de l’homme est de passer du stade d’être humain où -
il est un don de la nature, un animal humain dont la substance éminemment
humaine ne se déploie guère - à la plénitude de personne humaine assumée.
Si l’être humain ne passe de ce stade d’individuation naturelle à celui de
personnalisation consciente, volontaire, assumée, il rate son humanité! Là
nous comprenons que tout humain n’est pas nécessairement humain. « Tout moun
pa toujou moun ». Car la personne implique liberté et dignité, profondeur et
raison, transcendance, téléologie et finalité. Non pas une simple conscience
en soi mais de soi et pour soi. De soi en tant qu’elle est appréhension de sa
condition par l’homme; Pour soi parce qu’elle doit aboutir à la finalité déterministe
ou non de l’homme opérant sa propre projection pour l’avenir et le devenir.
Pour l’accomplissement. LES
ICÔNES ANIMÉES ET REPRÉSENTATION TRONQUÉE DU MONDE. Une
rengaine de patenôtres sacrées compose l’univers du désespéré haïtien
qui, trop souvent, a peur d’affronter froidement le réel pour lequel il
n’est point outillé. Il s’en suit une multitude de subterfuges dits
mystiques. Ainsi, comme souvent, dans une bonne frange de la société, l’haïtien
malade privé de la culture nécessaire va d’abord chercher quel mauvais sort
lui est jeté ou quel esprit l’envoûte avant de discerner les racines
objectives du mal : le manque d’hygiène ou les causes génétiques de sa
maladie, la juste interrogation du mal sociopolitique haïtien est transposée
sur des clichés généralement fondée sur l’économisme occidental et le
culturalisme religieux. On discerne les causes « épiphénoménales » de la débâcle
sociopolitique avant les causes humaines et historiques essentielles qui la
sous-tendent. Une tendance à tout transposer dans le surnaturel entrave le face
à face rationnel avec la réalité. Le Dieu que beaucoup d’haïtiens
cherchent est un effaceur par qui remplace l’homme dans la réalité mystifiée
et éludée par des affabulations indolentes et complaisantes. Hormis
l’univers proprement onirique et de délire dû à la religion, j’évoque
tous ces songes plus vrais que la réalité pour les vaudouïsans et les
protestants du peuple, c’est Haïti elle-même qui fait figure d’un empire
onirocratique dont la vision du monde est tronquée et attentiste. Vision qui se
base sur l’espoir d’aides qui viendraient de puissances occidentales dont la
démarche classique est de subvertir le destin des haïtiens et d’altérer le
sens même de la première république nègre du monde. Aucune amitié ni amélioration
de la condition nationale n’est à attendre de ces relations avec les
impérialistes.
Il faut aménager un nouvel espace pour le déploiement des capacités haïtiennes
de transformer la réalité de déchéance qui prévaut depuis deux siècles dès
le lendemain de la geste éblouissante de 1804. De cette solitude de l’abandon
qui est la nôtre, nous devons évoluer vers la solitude du génie et du sage,
lesquels supérieurs au grand nombre trouvent en eux, dans leur for intérieur,
grâce à toutes les ressources spirituelles et morales qui sont leurs, la force
d’atteindre leur destin et de transformer celui des autres. Les vraies élites
haïtiennes - pas la racaille complexée, vénale et chose de l’occident impérialiste
- doivent fonder un nouveau rapport à soi et à la société, élaborer une
nouvelle communication réformatrice des mentalités et de l’action
civico-sociale. Il faut un vrai forum non démagogique entre haïtiens (sans
l’étranger, celui-ci viendra après), pour déterminer l’eidétique de la
nouvelle société désirée, les stratégies à adopter et l’accès aux
moyens pour la mise en place des dites stratégies. L’identité étatico-nationale
étant évolutive et changeante selon les choix des élites. L’onirocratie
actuelle est une écliptique du réel, un gel de l’action rationnelle qui
pourrait entrer dans le monde pour changer le monde.
LE CONTRAT SOCIAL ET L’IDENTITÉ. par camille loty malebranche Le
contrat social est éminemment dispensateur de sens à la société et tend à
transformer ou tout au moins, à déterminer l’identité des États-Nations.
L’identité pluridimensionnelle de la société étant culturelle d’abord et
conditionnée par l’histoire avec ses mythologies fondatrices, il va de soi
que tout contrat entre classes sociales passe par plusieurs paramètres
identitaires. La nation comme entité gérée par l’État n’a d’identité
que le politico-économique. La
Russie du vingtième siècle nous a livré les secrets de la motilité de
l’identité nationale à travers différents contrats sociaux en passant de la
dynastie monarchique des tsars au fédéralisme socialiste soviétique et à la
république capitaliste des Gorbatchev-Eltsine. Remarquons qu’un nouveau
contrat social n’est pas nécessairement mélioratif, il peut tout aussi bien
être un progrès qu’un recul du point de vue des divers droits économiques
et politiques des citoyens. Voici,
ci-dessous, sur le sujet, un bref mais édifiant dialogue que j’ai recueilli
entre un politologue et un ethnologue haïtiens gardant l’anonymat, tous deux
d’ailleurs, militants de la société civile. En abordant le sens profond et
polysémique et logique du concept d’identité au coeur du contrat social, ils
nous transmettent d’excellents outils d’approche du sujet. Messieurs le
politologue et l’ethnologue, je vous remercie de cet enrichissant entretien
que nous reproduisons pour nos lecteurs. Espérons qu’après lecture, tous en
auront profité! Toute société étant le produit d’un vouloir-vivre collectif, il est indispensable de remarquer que la vie commune implique tacitement un contrat de fait, entre les clases et les individus, qui consiste en la reconnaissance de leur appartenance au regroupement social, à ses lois et à son destin. D’où la nature essentiellement politique de la vie sociale. D’où aussi la question de l’identité qui me paraît au premier chef de la nature contractuelle de la vie sociale. Car la société, avant de définir un contrat collectif se fonde sur une mythologie fondatrice dont la pertinence rassembleuse est remise en question dès qu’il s’agit de refonder le contrat social en cours. Pas de vie sociale sans des mythes fondateurs, c’est à dire une « weltanschauung » (vision du monde) entretenant le vouloir-vivre collectif de la société qui, sans cela, s’effrite par absence et crise de sens. Vous abordez ici une question essentielle : celle de l’identité et de ses répercussions dans tout contrat social. Le contrat social, depuis l’Antiquité grecque jusqu’au socialisme utopique de Rousseau et à aujourd’hui où la pensée unique, celle de l’économie virtuelle et de la consommation prime tout rapport de classes dans les pays du nord comme du sud tendant à se planétariser pour étouffer les acquis du social dans les pays en brisant toute responsabilité sociale de l’État par l’économisme ploutocratique des multinationales, ne peut se passer du concret de la culture qui, de fait, constitue la nature de toute société. Un nouveau contrat social, pour construire le nouveau mode de relation entre classes sociales, entre catégories citoyennes et entre gouvernants et gouvernés ne peut que tenir compte de la culture s’il veut réussir. L’on comprend alors l’importance donné par les establishments au loisir sot, au populisme culturel divulgué par des soap opera et des fatras cinématographiques en guise de propagande pour ravaler et niveler négativement la culture de masse, nivellement que renforcent des défenseurs stipendiés de l’économie virtuelle des bourses, ces instruments ploutocratiques qui, selon des voix aussi autorisées que Joseph Stieglitz et Ricardo Petrella, « font primer la finance sur l’économie réelle des nations ». L’identité d’un pays est sociale et étatico-nationale. L’identité d’un pays dois-je dire ici, est duelle (je l’appellerais naturelle et culturelle). Il y a l’identité sociale qui est ethnique, cela même que l’anthropologie culturelle et sociale, mon domaine de réflexion, reconnaît comme noyau dur et fixe de la nature sociale car elle est ce qui reste malgré et après les ouvertures déculturantes de la société à l’impérialisme culturel de la superpuissance au temps de l’unipolarité idéologique et économique, de l’invasion culturelle et du nivellement des cultures populaires par la télévision, le cinéma, l’internet… bref, le multimédia. Je vous laisse le mot sur l’identité étatique. Le
politologue J’ai suivi avec admiration votre vision combien juste de l’identité plurielle des nations. Car la société n’est qu’un paramètre, fut-il de loin le plus important, le fondamental, de l’identité des États-Nations. Puis qu’il y a au-delà de la société physique, la présence corporelle des individus, leur bagage intellectuel, professionnel, mental, pécuniaire…, le territoire, les ressources matérielles et immatérielles, les institutions… Car en fait pour revenir au concept d’État, disons que depuis la création de l’État dans l’Histoire, la société ne devient une nation que lorsque l’existence d’un État lui imprime une identité politique et économique. Voyez combien de tribus sont partout en Afrique, en Asie en Océanie des sociétés mais pas des nations au sens moderne du mot. Donc, l’identité étatique est déterminante de celle de la société promue par elle au stade de vraie Nation. Et l’identité de l’État est politique c’est-à-dire portée par sa nature monarchique ou républicaine dont l’essence est idéologique (capitaliste, socialiste, mixte) mais la place d’un État parmi d’autres sied à l’économie qui rend fonctionnel ses vocations politiques et administratives. Sans une économie fonctionnelle, on tombe dans des États fatalement démissionnaires et mendiants sur le plan international. < |