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Retour vers  Camile Loty Malbranche' Editoriaux

HAÏTI, IL FAUT EN FINIR AVEC LE SUPPORT culturel DE LA TYRANNIE!

Haïti, mort au hiératisme Historico-politique!

Rapport Debray, débrayage éhonté du sens!

HAÏTI, contre la présence fantôme!

HAÏTI, TANT QUE…

HAÏTI, IL FAUT EN FINIR AVEC LE SUPPORT culturel DE LA TYRANNIE!

                                   Par CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

Quand j’évoque les possibles d’une vraie démocratie haïtienne, ma pensée butte comme sur une sorte d’aporie imparable : le support sourd et aveugle, parce que culturel voire parfois inconscient de la société haïtienne aux mécanismes de l’irrespect tant interindividuel qu’entre les hommes et les institutions. Le refus de rationalité organisatrice, la préférence de l’informel aux structures souvent tellement disloquées tellement corrompues que les citoyens y perdent toute confiance, tout cela couronné par une sauvagerie agressive de l’État répressif et amorphe face à ses obligations, État particulièrement monté contre le citoyen et qui ainsi favorise l’arbitraire des comportements individuels, oui, tout ce chaos finit par donner l’impression que le désordre et la tyrannie sont ancrés dans l’âme haïtienne. Un monde apparemment ingérable semble prendre le dessus et devenir le butoir de tout changement souhaité. Les seules souverainetés acceptables, celles des lois et des institutions manquant à la culture socio-étatique haïtienne, c’est la débandade de l’organisation sociale quotidienne qui prévaut. Cet irrespect, cette sorte de barbarie mentale se manifestant dans la vie sociale au niveau des relations humaines, est le ferment tératogène, ce germe cancérigène de la tyrannie qui putréfie la réalité collective et dont la métastase tout au long de notre histoire de turpitudes répétées, tue le corps social. La tyrannie, cette agressivité liberticide contre l’autre, ne vient donc pas que des chefs car le peuple lui-même les y appelle par l’intolérance et le mépris les uns des autres en même temps que la déification du pouvoir qu’il idolâtre. Tout montre qu’en Haïti, les seules choses, véritables antivaleurs substantialisées et respectées sont : l’argent, la couleur claire et la force brutale répressive. Dans l’imaginaire et les réflexes haïtiens, ces éléments constituent de véritables essences, de vrais facteurs invariants, de réels mérites qui hissent n’importe quelle racaille au rang des dieux. Au-delà de ces breloques idéologiques de l’apparat social, il y a chez nous, haïtiens, une indolente et morbide tendance à tout mystifier. Nous sommes encore un peuple superstitieux à l’excès, les dieux, les saints, les morts plus présents dans les esprits que la vie elle-même, font que nous essentialisions tout privilège et mythifiions tout privilégié. Une minable culture du vertige de « classe » et du délire de puissance caractérise nos deux siècles d’existence nationale. Nous sommes pour la plupart des rois tribaux nègres, gonflés, et nous avons besoin de régner et de tyranniser pour que notre règne soit perçu. Notre baudruche est si gonflée et si prête à éclater! Nous nous produisons en amulettes vivantes, en totems régnants contre toute vraie structuration éthico-sociale de notre vie de peuple! Tout, pour la majorité d’entre nous, haïtiens, est un sujet de mystification de nos semblables, de mythification de notre personne, par des sagas de faubourg et de poussière à brandir. Le don quichottisme social haïtien est cette espèce de délire du moi « héroïque et royal » de l’individu, moi hypertrophié, placé au-dessus de tout principe surtout du respect des lois et de la personne humaine. Inutile de dire que le premier terreau de germination de la dictature et de la corruption est dans la culture. Le peuple, toutes classes confondues, adore ériger des mythes à des individus et ensuite vouer des cultes à ces êtres mythiques ainsi créés. Tout concourt à cette adoration de personnes mythifiées. Une publication de livre à l’étranger, un prix international, une place dans l’état, un emploi dans un organisme étranger. Pis encore, ces imbéciles qui réclament une société sans discrimination sont ceux qui méprisent l’haïtien d’à côté quelque soit son talent pour honorer ces géants généralement de paille qu’on leur a présentés ou qu’il se sont taillés. L’haïtien aime le maître! Il faut, pour qu’il respecte l’autre, qu’il le reconnaisse d’abord comme son supérieur. Par exemple d’un haut fonctionnaire qui vivait dans un quartier moyen et continuerait à y vivre malgré ses promotions, sans se parer de la maison la plus extravagante dans un nouveau quartier huppé et des voitures les plus luxueuses, c’est le peuple d’alentour, ses voisins et autres, qui le discréditera, le dénoncera comme moins que rien et malpropre! Allez savoir maintenant s’il faut prendre au sérieux les doléances de ces mêmes haïtiens contre la corruption et le détournement de fonds par des fonctionnaires publics montrant une trop forte opulence pour le salaire qu’ils sont censés gagner. Nous devons cesser d’être des farceurs et reconnaître nos torts, nos bévues dans le faire social, nos contresens collectifs et contreproductifs dans notre vision du monde. Nous sommes donc coupables même passifs des déboires et laideurs de ce pays! Alors rien d’étonnant que ces dictateurs de corridors, ces aristocrates de comptoirs et de pacotille, ces maîtres de toutes les inepties, ces gonflés, ou au contraire, ces faux démocrates populaciers, tous, autocrates attendant leur heure de gloire, utilisent sciemment ce qui fait figure de tare culturelle. Car le privilège et la richesse dans un monde capitaliste malade de ses pestes sont idéologiquement promus ontologiques et ne sont plus seulement des éléments contingents que peut facilement expliquer l’analyse objective du social. Chez nous où toute tare est décuplée, ou même le bien d’ailleurs se corrompt par les contre-indications, peut commencer l’aventure macabre de nos dictateurs-dieux de tous poils qui peuvent être autant maître du pouvoir politique qu’économique ou simplement chefs de famille comme un père ou une mère monoparentale. Et comme nos don quichotte sont dieux, toutes leurs conneries sont paroles d’évangile, et gare à l’infidèle ou au renégat. Le jugement misérabiliste, émotif et hypersentimental de la société y contribue vivement et donne aux foutriquets avec leur fort et inavouable instinct de domination une sorte de légitimité. L’idiotie dans le jugement, ce corollaire de l’analphabétisme factuel ou fonctionnel frappant surtout nos scolarisés, est une des rampes de lancement de la tyrannie haïtienne. Il suffit de voir tous ces agressifs, ces bourreaux inavoués qui, dans l’histoire récente haïtienne, à chaque fois q’un citoyen prenait des positions garanties par la loi, s’exclamaient: « si c’était Duvalier, ils ne se permettraient pas de s’opposer à tel chef en place ». Le chef est vraiment ici un totem, une amulette sacrée, sanctifiée pour régner. Son être est surhumain et ses privilèges et son pouvoir, ontologiques. Vraiment, cet attachement à l’esclavage, cette nostalgie du mal quand il a disparu, miséreuse attitude des aliénés à foison et de toutes sortes de notre société, traduit la masochiste mentalité d’un assez fort pourcentage de la population resté antidémocratique en deçà des indéniables progrès conquis pour les libertés depuis 1986.  

       CONFUSION DES TERMES DE L’ÉGALITARISME SOCIAL.

En Haïti, l’égalité en droit porte le simpliste, donc la grande majorité sociale, toutes classes confondues, à croire que les hommes sont égaux et qu’il faudrait niveler le monde par la vulgarité, la promiscuité. Du surhomme riche ou puissant à l’harengère des bas- fonds, comme par un mot d’ordre cynique, on conspue l’élévation, conspire contre l’idéal légitime de dépassement. Jamais société dite civilisée ne s’est autant insurgée contre la projection positive de soi. Une horde de niais submergés par leur propre imbécillité font tout pour retenir l’individu émergeant dans les ténèbres (vieille allégorie du panier à crabe)! Une triste prédominance du loisir populacier modelé sur un populisme médiatique à l’occidental efface, sinon prime la réflexion et le débat. On entraîne notre jeunesse dans l’évasion et la récréation alors qu’on devait la convoquer sur la vitale recréation d’Haïti qui, sans cette recréation du projet de son vouloir-vivre collectif selon un nouveau contrat social sans démagogie, sombrera à jamais comme un non pays, un non être, fantôme grimaçant et simulant l’existence. De L’extraversion malheureuse du prestige dont les signes sont tous les objets ou services de la consommation à l’impropriété de l’éducation formelle et informelle, on assassine tyranniquement nos jeunes, comme on a sacrifié ceux qui, comme nous, sont à la fin de la trentaine.

 

Par ailleurs, en Haïti, l’amitié est souvent confondue à de la sujétion de l’ami qui doit être l’ombre et l’écho de l’autre, dès que vient la divergence, on peut facilement le constater par la violence des propos voire l’inimitié et les animosités qui prennent place. L’amour, quant à lui, est possessivité pour l’homme et entretien par le partenaire pour la femme. Et gare à ceux qui n’entrent pas dans ce schéma tracé. Il sera de fait et tyranniquement exclu des privilèges des relations humaines. Le père de famille est un constant martyr, il faut l’entendre se plaindre de s’être sacrifié pour ses enfants! Comme si dans sa fougue de mâle, on l’avait invité à engendrer! On en rencontre, et ils sont légion, qui, tyranniquement, font payer à leurs enfants par le reproche et la brutalité, leur impudence d’être né! Quant aux mères monoparentales haïtiennes, ce sont les êtres les plus méritants de la terre. À côté du mythe de la mère qui s’enracine jusque en celui des déesses-mères, comme celui de la reine Maya, mère du Bouddha Siddhârta ou de la vierge Marie idolâtrée selon la dulie mariale du catholicisme, la mère monoparentale haïtienne est, de par sa maternité difficile de femme seule, une vertueuse voire la vertu même. Elle peut projeter comme elle le veut ses souffrances et frustrations sur la progéniture et celle-ci doit en toute occasion l’adorer et accomplir ses vœux. Elle reproche beaucoup, car cela, soit dit en passant, est une véritable tare haïtienne que de reprocher pour un rien, mais en plus, elle culpabilise, s’aigrit en rappelant à ses enfants qu’ils ont gâché sa vie. En vérité, le mal haïtien doit être traité à ce niveau familial. On ne peut avoir des hommes et femmes dignes quand leur enfance a été une dévalorisation parentale où ils se sont sentis soit indésirés soit coupables du sort de leurs parents. L’école en Haïti est tyrannique. Aucun encadrement, aucune tendance à écouter l’écolier, aucune compréhension des effets familiaux sur le psychisme de l’enfant ou du jeune adulte. Pour la plupart des parents, payer une scolarité pour un enfant est un effort si grand, que l’enfant doit leur répondre par la réussite scolaire quelque soit les circonstances. Autre tyrannie, le culte stupide de l’étranger surtout du blanc mais même du métis ou du noir né dans un pays jugé supérieur; et alors, monte la vieille obsession bestiale de certains haïtiens (ils sont légion) qui croient  devoir rabaisser le compatriote pour flatter l’étranger. C’est le peuple le plus ouvert! Ouverture complexée et idiote qui n’est en fait que l’autopunition par la flagornerie pour hisser l’autre au rang de seigneur. Pour le reste, la tyrannie des églises, ces prêtres et pasteurs, ces houngans qui prennent en main selon leurs propres insanités caractérielles et désirs de puissance la vie des ouailles, sévit et se charge de retourner ce peuple à l’esclavage.

MISÉRABILISME TYRANNIQUE ET CONSTANTE FASCISTE EN POLITIQUE.

S’il est une constante dans la politique haïtienne des 50 dernières années, je réponds qu’elle ne peut être que le fascisme. Or, nous savons que le fascisme ne survient jamais des seuls politiciens mais du sinistre consensus des classes moyennes, de certains secteurs parasitaires et frustrés de la bourgeoisie décadente et une adhésion des masses embringuées par le discours populiste et nationaliste qu’entretiennent les couches petites-bourgeoises. La tyrannie est l’effigie des classes et est ancrée dans la religion de l’haïtien. Dieu qu’il soit du vaudou ou même du christianisme, l’homme haïtien lui prête des manières de dictateur qui attend le faux pas de l’homme pour le briser, l’exterminer. Tout en Haïti est essentialisé, ontologisé, et mystifié. C’est le pays des hommes-mythes vivants. Tel professeur est si grand si divin, que toucher à ses assertions « spécialisées », c’est commettre un blasphème contre  le dieu adoré de la théogonie profane. En tout, il s’agit tyranniquement d’intimider. Dans le même registre où la théologisation des êtres et choses prime l’intellection froide, c’est le diktat des structures officielles blanches de reconnaissance, toute démarche autonome est suspecte et abhorrée par les minus critiques, inaptes à la froideur intellectuelle dans le rapport analytique et cognitif aux choses. Nous savons que ce genre de tyrans officiels avec l’onction de la société existe partout au monde, mais en Haïti, terre de tous les surfaits, ils prennent des proportions encore plus inquiétantes. La « théodicée de leur propre privilège » ainsi que l’appelle Weber, caractérise dans les sociétés, l’ultime manipulation, l’extrême tyrannie des suprêmes seigneurs de l’establishment scolaire qui finissent par faire des institutions de transmission et de reconnaissance des connaissances, des dogmes, des absolus idiots que les non moins idiots abêtis de la société suivent aveuglément par snobisme d’intello. En Haïti, dernier des derniers réceptacles de ces imbécillités, les plus médiocres les seigneurs du vide en profitent pour discréditer le savoir de ceux qu’ils n’égaleront jamais parce que trop esclaves du livresque, trop hétéronomes dans leur esprit. Outre cela, dans la quête de se pavaner, beaucoup de femmes haïtiennes sont assez érotisées par la puissance pour se donner aux pires criminels parce que ceux-ci leur permettent d’agresser n’importe qui avec la certitude de l’impunité voire le pouvoir d’envoyer leur gorille de mari agresser qui elles veulent. En vérité, l’irrespect atroce qu’est la tyrannie est une question sociale, un drame humain que l’éducation, la législation et la répression judiciaire doivent s’efforcer conjointement d’enrayer. La vision du chef, bon papa du peuple malgré lui vu que tous lui lèchent la semelle pour qu’il intervienne même dans leur  vie privée, doit être révolue. En vérité, il est difficile d’avoir un privilège en Haïti sans se croire un surhomme car l’essentialisation et l’idolâtrie culturelle de notre société y pousse bêtement! Nous des idolâtres, des courtisans et nous aimons la flagornerie! La petite histoire rapporte que Vincent a déclaré avoir trouvé tous les hommes sur le ventre et touts les femmes sur le dos lorsqu’il est entré comme président au palais national, tout comme un homme ayant perdu son emploi dans l’État sous François Duvalier, l’a attendu à genoux dans les couloirs du palais pour lui adresser une prière de miséricorde digne de celles qu’on adresse à Dieu, de même, on rapporte qu’un militaire en uniforme a supplié un jour, un puissant ministre de l’intérieur qui ne l’aimait pas de mettre la semelle sur son genoux pour lui épousseter avec son mouchoir, la chaussure légèrement poussiéreuse!

Il faut que le respect soit enseigné et non l’adoration, l’infrahumaine flagornerie. Nous devons garder le frémissement et le sentiment de mortel qui doit louer l’Éternel pour les rapports spirituels avec Dieu et non les transposer dans les relations avec les mortels quelque soient leur situation. D’ailleurs, pour un croyant, cela relève du blasphème et de l’idolâtrie. L’haïtien doit rejoindre la dignité par l’estime de soi. Celui qui peut flatter comme un moins que rien, peut aussi mentir, moucharder et tuer pour plaire à son maître. Dans le même temps le respect de la vie, le respect du droit au respect de l’autre, le respect de la différence, le respect des biens d’autrui bien acquis, le respect de la vie privée, le respect du vrai mérite doivent finalement intervenir et enrayer définitivement les ordures mentales du populisme et du fascisme, ces seules faces de monstres qu’a toujours offert notre pays au citoyen et au monde.

Que l’État haïtien et surtout l’Homme et la Femme d’Haïti conscients de leur humanité se débarrassent des ferments tératogènes de la société qui font de nous souvent des bêtes sauvages, tyranniques qui oublient le respect de l’homme et dévorent leur humanité! Alors que la nature elle-même est aujourd’hui transformée quoique malheureusement et trop souvent pour le pire par des mutations provoquées selon la manipulation génétique, la beauté de la culture, elle, est de pouvoir être métamorphosée et propulsée pour le meilleur au-dessus des tares, afin de rejoindre sa vocation primitive originaire: la transcendance de l’animalité de l’homme par l’esprit et la raison méliorative façonnant esthétiquement et éthiquement jusqu'à la sensibilité et à l’émotion!

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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Haïti, mort au hiératisme Historico-politique!

                               Camille Loty Malebranche

Pour commencer, nous croyons bon de désigner le sens du concept de hiératisme employé dans le titre de cet article! Il s’agit de tout cet univers  faussement sacerdotal qui entoure la fonction de nos politiciens et chefs, lesquels s’octroient, une mission de prêtre et de prophète à vocation messianique par rapport au sort du peuple. Le hiératisme n’est rien que le mode sacré au-dessus du profane de la fonction du prêtre qui joue ainsi le rôle d’oint et de ministre des dieux auprès des simples mortels. Dès lors où le hiératisme est posé dans la politique d’un état, la vie de la société doit être déterminée par les oracles du bien total qui assignent toute note discordante ou rationnelle opposée au délire surnaturel des oints à la diabolisation.

J’écris ces lignes en ayant toujours, dois-je le dévoiler ici, été fasciné par l’impact des mythes fondateurs sur le devenir évolutif des sociétés! La face du réel qui provient de part en part de l’imaginaire. Car qu’est-ce que le mythe fondateur sinon cet imaginaire qui crée le social, véritable A.D.N. immatériel des sociétés. J’envisage dès lors d’étudier brièvement le mythe de « Boukman » dans son impact hiératique sur le mode informel, chaotique déterminant le politico-social haïtien. Mythe de Boukman devenu véritable syndrome du surhomme mystique de la politique haïtienne. Quand je dis hiératisme en direction d’Haïti, je vois donc le mythe de Boukman et sa perpétuelle résurgence subvertie avec la sacralisation de l’acteur politique posé en ministre des dieux et dieu lui-même en quelque sorte. Sans théocratie ou monarchie théocratique, comme respectivement dans l’Israël des juges et l’Égypte des pharaons, Haïti cultive un imbécile hiératisme politique qui voit le chef au-dessus de l’espèce humaine comme messie ou porte-parole d’un messianisme cosmique en faveur des masses. Dès lors, commencent les blessures narcissiques de la liberté du citoyen privé d’existence égalitaire et juridique par rapport au  gigantisme du chef-dieu dont même les mensonges deviennent plus vrais que l’évidence. Dans une culture qui s’est ouverte avec la pathologie agressive, raciste de la France prenant le relève du cheptel espagnol, à l’époque où le cheptel blanc colonial français projetait sa basse animalité sur l’africain déraciné, vendu, asservi et anéanti, l’africain devenu afro-caraïbéen avait besoin du mysticisme vaudou pour contrecarrer la mystique catholique complice de l’esclavagisme européen. Mais en notre temps, par masochisme programmé, on perpétue les tristes tares du civilisé barbare de l’esclavagisme, en évoquant le vaudou dans un tout autre sens que l’esclave africain de jadis - car c’est pour manipuler le compatriote qu’on brandit la puissance des dieux mythiques de l’Afrique ou l’appartenance à des sectes catholiques et protestantes ou dénominations de tous ressorts. Mystifié, falsifié, altéré, le faux christianisme social trahit Dieu, maudit le Christ et berne l’homme en manipulant les consciences citoyennes. L’émancipation face à la barbarie néocoloniale des puissants de la civilisation occidentale d’une part et nos propres ferments tératogènes de l’autre, exige un engagement rationnel pluriel : intellectuel, moral, voire spirituel dans la politique à tous ses niveaux d’intervention.

                    Recréation rationnelle et antihiératique du destin nègre 

« Il n’y a pas de destin nègre, il n’y a pas de monde blanc, il n’y a que des humains qui se cherchent », disait admirablement Fanon. Pourtant, cette assertion du plus grand psychanalyste de l’inconscient raciste, doit être pris dans son contexte métaphysique où l’Homme cosmique, l’Homme dans l’univers est en attente de sens ou, de mon point de vue, en partage du sens divin. L’homme en tant qu’hypostase « ontico-ontologique » (nous reprenons le terme heideggérien), est un « étant » relevant du fait d’être, mais aussi un « étant » insolite, dépositaire d’une certaine vision plénière de l’Être qui se confond à l’Être, ne serait-ce que dans l’intervalle de son « déploiement dans le temps », déploiement qui est son (essence sans substance) selon Heidegger. Car malgré la réalité « existentiale » (à ne pas confondre avec existentielle) de « l’être pour la mort » qu’est l’homme heideggérien, celui-ci doit aboutir à l’assumation « authentique » du désespoir et de la fatalité (qui est celle absurde et de l’échec). Néanmoins, ne souscrivant guère à ces monstruosités métaphysiques du philosophe de l’être, l’homme naturel et cosmique, selon notre vision spirituelle, est une conscience en voyage, une quête de sens, une exigence de signifiance,  une violence d’être contre tous néants, un espace de construction d’une finalité éternelle à l’image de sa conscience d’éternité. Toutefois, pour rester avec Fanon, si nous considérons l’Histoire, cet autre espace de détermination de l’Homme, détermination somme toute temporelle, façonnée dans la temporalité, il existe bel et bien - tout au contraire de la thèse de l’éminent et brillant maître antillais - un destin blanc et un monde nègre. Les deux sont rendus antithétiques par l’aventure exterminatrice du blanc raciste qui a infligé et inflige encore une inhumaine déroute à la quête de sens collectif des noirs. Déracinement, déculturation, acculturation, dénigrement, et, le pire, car c’est ce qui perpétue le mal blanc du nègre, la pauvreté programmée. Pauvreté gardant les nations nègres à la traîne du blanc, suspendues aux basques d’institutions blanches et de leurs pays paupérisateurs qui peuvent aujourd’hui, fort de leur enrichissement criminel aux détriments du noir, obliger nos pays paupérisés à se soumettre aux conditions du blanc lequel s’immisce comme il veut dans le fonctionnement des structures étatico-sociales des anciens esclavagisés pour placer ou maintenir au pouvoir leurs voyous de service et continuer l’abomination de l’effacement néocolonialo-esclavagiste du monde noir. Et, chose nouvelle, la billevesée de la sociodicée blanche peut se permettre d’accuser les nègres d’être corrompus, incompétents et responsables de leur sort! Quand les démons de la corruption, les diables corrupteurs parlent de leurs corrompus et les accusent, moi je m’esclaffe! Désormais, dans le monde de l’hyperréalité du multiculturalisme, du métissage culturel, de l’ovation multiethnique et de « l’échange paroxystique » où tout a changé, où la blanche est plus que jamais disponible pour l’aventure sexuelle ou amoureuse avec le nègre, où le blanc est souriant, cooptant des nègres au plus haut niveau de ses propres structures, évoquer le crime raciste et ethnocidaire qui se poursuit, vaut à l’évocateur d’être accusé de racisme. Curieuse inversion du sens et de l’histoire. Car s’il ne faut pas s’enfermer dans la « tour substantialisée de l’histoire » comme disait Fanon, il ne faut pas non plus ignorer le présent de paupérisation, et tous ces passés présents par leur conséquences maintenues selon l’ordre de la domination blanche. Il faut donc que le destin soit remis dans la perspective rationnelle d’une nouvelle projection positive de la société dans tous les pays les plus minés de la périphérie. En Haïti, cette rationalité doit d’abord vaincre le hiératisme historico-social ambiant et refaire le mental à la mesure de l’homme c'est-à-dire des mortels ordinaires pour affronter nos immenses besoins de peuple, besoins qui, quelque immenses soient-ils, sont humains et à l’échelle humaine. Alors que les églises sont plus que jamais actives en Haïti, et que certains affairistes protestants sous prétexte d’avoir combattu Lavalasse recommencent à dire au peuple que Dieu va le sauver en lui donnant un vrai chef, nous devons mettre en garde la société contre cette nouvelle dérive d’imbéciles savants religieux du droit et de la politique qui usent si vilement du nom très saint de Dieu. Après le petit prêtre déchu, nous n’avons que faire de protestants maniérés ayant d’ailleurs trempé à tous les râteliers, prêts à danser nus, s’il le faut, pour devenir « chef »! Nous devons rompre le cycle infernal du hiératisme complice de tous les malheurs de ce peuple. Qu’importe la religion du futur dirigeant, elle doit rester dans l’intimité. L’État haïtien se doit d’être laïque. Laïcité qui prémunira les plus pauvres de tout culte ou messe anthropophage en l’honneur de démagogues dont les mensonges et les merdes, dans le désert émotionnel de notre triste réalité politique, sont plus justes et plus comestibles que la manne des pèlerins de Moïse.

Que par toutes les ressources de la communication, soit apportée au peuple cette mise en garde salutaire contre les hiératismes et leurs miasmes exploiteurs de toutes sortes!

Nos boukmans - (ce sont en fait des singes de Boukman qui, lui, fut quand même un faux oint mais un vrai héros) - sans héroïsme et anachroniques doivent à jamais céder la place au naturel profane et permettre que de simples mortels, des humains engagés pour de vrai aux côtés de l’homme haïtien, puissent entrer en scène et aider à la transformation de la société en commençant par l’éradication des manipulations hiératiques et messianistes des lumpen-aristocrates théocratiques, des « sots savants », des populistes illuminés, tous affairistes fascistes voilés qui manipulent la conscience naïve et trop religieuse du peuple désinformé.

En vérité, toute éducation sérieuse de l’haïtien doit entre autres viser la désacralisation des messies politiques de notre histoire, le démantèlement de toute idolâtrie politique! Il faut que la société haïtienne, le peuple haïtien sache qu’avec tous les dons que l’être humain a reçus de Dieu, l’homme - (ici l’homme dans son immersion sociale, le superhomme collectif qu’est la société, donc le citoyen en tant que microcosme du social et du national) - a pour devoir de faire le destin temporel de la condition sociale par la gestion étatique et nationale. Chaque citoyen doit selon ses moyens de mortel profane et naturel concourir positivement à l’avènement de l’amélioration étatique et nationale par son engagement social en assumant dignement, dans un sentiment indispensable de propriéte-appartenance par rapport à L’État-Nation visé, ses droits et devoirs civils et politiques!

Que soient à jamais maudits et honnis les hiératismes messianistes d’où qu’ils viennent!

Comme j’aime à le dire : Si le destin individuel s’accomplit par la métaphysique et en Dieu, le destin collectif ou national se réalise par la politique et en l’homme!

Camille Loty Malebranche

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Rapport Debray, débrayage éhonté du sens!

                  Par CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

 En feuilletant le fameux rapport de Régis Debray sur Haïti au gouvernement français, un seul constat m’a frappé l’esprit au sujet de certains pays dits du nord ou du centre : le maintien systémique et systématique de leur grossière arrogance de coupables inassumés de la dénaturation des pays de la périphérie! Ah! Monde sublime et humanité « accomplie » des sociétés du centre quand le criminel d’hier est juge qui choisit les lois qui le régissent et les termes des dédommagements dus aux victimes de ce passé-présent qu’est le faix des paupérisations et déviances colonialo-esclavagistes! Dans ce dit rapport, par un inattendu élan de munificence, Debray trouve une insoupçonnée source jaillissante d’amitié et de communauté de destin dans le passé le plus abject jamais façonné par la France soi disant civilisée : le colonialisme esclavagiste. Debray a fignolé tout au long de son rapport une discursivité attrayante qui n’est toutefois pas sans arrogance ni mépris du paupérisé quand on y voit que le colon d’hier demeure le seul juge suprême, décideur de ce qui doit être fait pour « réparer » ce qui est irréparable, car l’intrusion du colon et de la métropole vénale dans la construction mentale de l’esclavagisé n’est guère réversible. D’où le terme de restitution qui doit être le maître mot maintenu dans toute demande de comptes d’une ancienne colonie d’esclaves aux esclavagistes. La France a altéré la généalogie originaire de l’africain déporté devenu l’afro-caraïbéen qu’est l’haïtien. Aujourd’hui, elle voudrait nous écrire une fatale eschatologie qui est celle de la dépendance permanente! Néanmoins un peu de dignité française devrait - pour faire oublier la barbarie inqualifiable de l’ignominieuse œuvre de destruction et d’exploitation négrophobe multiple de l’esclave de Saint-Domingue - accepter une restitution financière substantielle pour les préjudices subis par l’haïtien de sa part après l’indépendance sans évoquer par manière de couverture le bouclier juridico-légal des mornes dispositions du droit international et la pseudojustice qui en découle. Car quand je lis Debray parlant de non rétroactivité juridique « un pays ne peut être jugé par des lois qui n’existaient pas au moment où il posait des actes qu’on lui reproche », pour affirmer non sans une pointe cynique de satisfaction que la France n’a rien à craindre si l’État haïtien s’avisait de la citer en justice devant des tribunaux internationaux tels la Haye, le tribunal pénal international ou autres, je me sens révolté jusques en le médullaire de mon intelligence. «La révolution de Saint Domingue, (celle même qui a fondé l’identité nationale haïtienne) fait partie de la France », dit a peu près Debray à qui veut le lire! Oui, mais c’est de l’histoire du prédateur et de la proie qu’il s’agit, prédateur qui n’a jamais cessé son anthropophagie goulue contre Haïti et son ethnie. Maintenant que les dénaturateurs de l’histoire, ces minotaures de la déshumanisation évoquent le droit international pour proposer leur justice de pacotille à leurs victimes, je comprends que le nouvel acquis que doivent faire les nations de la périphérie est celle diplomatique de la décence des chartes au nom desquelles les institutions téléguidées, soudoyées par l’occident mènent juridiquement le monde. Quand les voleurs criminels d’hier se font des lois qui garantissent leur droit sur les fruits de leur pillage, il y a de quoi mobiliser la conscience des pays des différents suds face aux « états voyous » arrogants d’un certain nord qui gardent chez eux les biens des affamés. Les bobards parahistoriques, francocentristes de Debray sont un véritable débrayage du sens, une déviance de la signifiance. Cela est pourtant si facile à comprendre quand on sait que la monstruosité coloniale de la France barbare, vampire et anthropophage a réalisé le miracle de bloquer durablement le développement matériel et surtout humain des peuples empoignés, piégés dans le moule mortifère de la colonisation française. Hormis le Québec qui est d’ailleurs une province canadienne et non un pays, aucune ancienne proie de la rétrograde France n’est sortie de l’abysse du mental viscéralement inhumain et effaceur de la métropole. Le venin du serpent français n’a point encore trouvé d’antidote! Ce mépris de l’homme non blanc a d’ailleurs marqué l’histoire assez récente de la France. Il suffit de se rappeler toutes les idéologies racistes qui ont eu cours pendant le vingtième siècle et cela de manière patente jusqu’à la fin du

 nazisme lequel, ayant vu les nazis traiter les blancs comme ceux-ci ont toujours traité les autres ethnies, a déterminé la prohibition officielle des thèses racistes et racialistes. Mais cela, dans l’officialité seulement, le dernier succès de Le Pen au premier tour des présidentielles françaises de 2002 nous laissent comprendre que le racisme est loin d’être un vestige chez un assez fort pourcentage du peuple français. D’ailleurs, nous avons vu combien ce genre de tératome politique peut servir de panacée à une présidence qui baignait dans le scandale et qui se retrouve blanchie par la thaumaturgie messianiste du salut de la France vis-à-vis de l’extrême droite. Nous pouvons citer quelques-unes de ces idéologies appelées racialismes vu leur prétention scientifique par P.A.Taguieff et qui sont bien plus récentes que le pessimisme historiciste de Gobineau au 19ème siècle: La psychologie de Gustave le Bon sans oublier Vacher de Lapouge, Montandon et une nuée d’autres usant de philosophie de l’histoire, d’eugénisme ou de darwinisme social avec des variantes rencontrées parmi des millions de disciples! Personne ne nous dira qu’elles ne sont plus de mise. Elles font désormais partie de l’imbécillité cachée des idéologues politiques de tous ressorts dès que survient le rapport au sud, ces autres à qui cette sorte de nord des vieilles métropoles a attribué le sort de traînards de l’histoire, eux qui n’ont fait l’histoire qu’en la subissant. Oui, cette weltanschauung coloriste, péjorative et condescendante de la périphérie bien vivante au niveau liminal ou subliminal de l’imaginaire du centre blanc dans le rapport aux anciennes colonies de jadis sévit encore diaboliquement quoique fermée dans une latence, une inhibition imposée par l’interdiction légale et le rejet de la scientificité des racialismes acceptée assez récemment par nombre d’authentiques savants d’Europe.

                    Démagogie et arrogance éhontée de Debray   

Dans son cynique rapport qui reflète les sempiternelles manières françaises de maître qui fait la leçon, Debray a le toupet de dire que notre révolution a rendu la leur vraiment « universelle ». Pardon! ô! prodige d’impudence ridicule! La France est donc dispensatrice exclusive de l’idée de liberté! Le cacique caraïbe caonabo, le taïno Henry, tous ces nègres marons de notre terre combative, maquisards bien avant 1789 ont dû lire dans l’âme de Robespierre alors que celui-ci était dans les limbes de sa préincarnation! Merci de votre magistrale et aveuglante lumière monsieur Debray! Debray ajoute en évoquant les rapports nord-sud (je prends mes distances par rapport à ces mots mais c’est ici l’idée qu’il a émise) que « le pays d’accueil d’aujourd’hui est vite décrié demain par le réfugié qui a lui-même sollicité la demande de refuge», vu le contexte, notre rapporteur évoque les réfugiés venant du sud bien qu’il y en ait venant de la Russie et d’autres pays de l’est, mais là, c’est passé sous silence l’invivabilité de nombre de pays du sud à cause de la pauvreté engendrée par le nord tant dans le passé de phagocytation directe parce que coloniale mais aussi dans le présent d’ingérence confinant plusieurs états au stade de figuration existentielle sans réellement de pouvoir sur leur destin propre. Encore une fois, je n’absous pas les monstres de nos propres faunes politiques, mais il est indélicat, indécent et historiquement insensé et occultant de ne pas tenir compte des contextes socio-historiques préfabriqués par les anciennes métropoles et les actuels impérialistes. D’ailleurs, jusqu’à très récemment les pires despotes obscurantistes étaient directement portés au pouvoir et soutenus par les néocolonialistes et impérialistes contre les mouvements populaires soupçonnés de communisme.

Le même camouflet de l’impuissance des suds sévit devant le puissant quarteron  d’États voyous responsables de la pauvreté et de la faim dans le monde. Quand Debray me dit que mon histoire fait partie de la sienne dans sa lorgnette discursive phagocytante, a-t-il conscience que la mienne, l’histoire haïtienne, est la mauvaise conscience de la sienne. Mon histoire de peuple est le cri de refus d’une « civilisation française » haineuse opérant par sociodicée c'est-à-dire propulsant la société française comme modèle suprême et mélioratif qui, quand bien même elle admet ses indéniables et indéfendables culpabilités, finit par se poser voire s’imposer en bien parfait se permettant de blâmer les formes justes de revendications, s’octroyant le privilège de désigner de quelle manière infantilisante elle doit intervenir pour aider le retardé qu’est l’ancien colonisé. « La mauvaise gestion des nombreuses aides reçues » motive les recommandations debrayennes sur la manière ultérieure d’aider ce « peuple frère » qu’est l’haïtien! Mais en quoi cela autorise-t-il un débiteur comme la France où la corruption est courante et dont la plus actuelle est l’affaire Juppé de s’ériger en parangon de vertu? L’haïtien doit et peut, si les corrupteurs du nord n’interviennent, arriver à organiser des structures de vérification des dépenses publiques et tout usage des fonds publics par l’exécutif. Ce serait à la structuration de telles institutions que la France tellement amie devrait nous aider tout en nous restituant ce qu’elle nous doit pécuniairement. Debray nous envoie l’image burlesque et ubuesque du français galéjeur par impudence colonialiste et qui jette ses turlupins souriants avec la même prétention d’une supériorité sociocentriste et ethnocentriste qui doit être exorcisé en tant qu’il porte le masque de l’ouverture pour dissimuler le sempiternel démon colonial.

Le droit international que vous évoquez, Debray, est l’alibi éhonté de quelques maffieux pour garder sans partage substantiel les fruits du travail des esclaves et colonisés de jadis. Ces mêmes États impeccables dans le bien faire le mal, États protéiformes, un peu comme le proposait l’idéologie fasciste de Mussolini, qui ont profité de l’anomie d’un monde sans lois où ils étaient décideurs pour bâtir avec le sang des nations et des ethnies non blanches leur himalaya de fortune et de structures! États abominablement cupides qui, dans un monde d’injustices économiques violentes, mortelles et inavouables, se parent des apparats, s’accoutrent de leur conquête de modernité : économie forte, idées généreuses rarement appliquées, science, technologie; pour mystifier la vérité principielle de l’effacement ou tout au moins des graves difficultés et bouleversement des pays du sud.

 Le sens est en crise car les pièces causales du triste puzzle politico-économique du monde sont éludées ou niées à la guise des dénaturateurs! Toutefois, la léthargie connaît de nombreux soubresauts qui rappellent que l’homme réduit en son contraire c'est-à-dire abêti ou réifié, n’est jamais totalement bête ou chose. L’espoir des suds passera par un nouvel ordre « sudiste » international avec des hommes désaliénés exigeant le partage en influençant positivement pour eux l’équité dans la rédaction des chartes et codes qui agencent le droit international dans la mondialisation post moderne. La nouvelle guerre mondiale doit être à ce compte juridique et menée par les suds contre l’indécence d’un certain nord. Cette utopie, du reste, est eutopique en fait, car possible à l’échelle des nations exclues et simples figurantes dans l’ordre du monde. Le dernier terrorisme des États-voyous  voleurs qui maintiennent les capitaux des paupérisés et leur font la nique de leur inculquer leur alterhumanité (humanités distinctes) qui est surtout leur infériorité d’états inaptes et enfants qu’on doit assister et qui doivent se soumettre aux humanités aptes qui ont bâti les états ayant réussi. En rejoignant cette piste tautologique, stéréotypée du nord  colonialiste car d’autres nords ont une prestance bien plus digne, je cite par exemple les pays nordiques, le rapport Debray est l’irruption d’un spectre d’insignifiance quasi fatale du cheptel blanc, français en l’occurrence qui a méconnu l’humanité des ethnies non blanches et transformé les autres humanités en bétail voire en chose. Cela prouve la pathologie infectieuse du français dans son rapport à soi et qui a projeté sa laideur par la contagion qu’elle a infligée aux peuples victimes. Rapport Debray, débrayage démagogique du sens et honte de la France! Comme dirait un ami à moi dans notre créole tant imagé : « Blan franse = blan ranse » « Le blanc français radote » dès qu’il s’agit de restituer l’argent volé aux anciennes colonies. Somme toute, il faut repréciser ici que ce n’est pas de l’esclavage ou de la colonisation qu’on demande réparation mais la restitution de l’indemnité imposée criminellement à Haïti après s’être libérée du monstre esclavagiste français. Je ne crois pas que cela se soit fait nulle par ailleurs! A-t-on fait payer à un pays libéré au prix du sang, sa liberté et son indépendance? Je crois qu’ici, à l’inverse de ce que pense Debray, la jurisprudence devrait statuer sur ce cas d’espèce en dehors de toute « immunité juridique » de la France par non rétroactivité de la loi. Debray et la France préfèrent se dérober et se référer aux laideurs de l’actuel pouvoir haïtien pour éluder ce qui est pure justice! Vraiment, ce rapport est un amas de canulars manipulateurs et désinformants sans dignité pour la France, sans respect pour Haïti.

Je termine cet article avec un arrière-goût amer car le rapport vertical des immoraux avec leur victime répugne à mon entendement d’homme du sud et d’homme tout court. L’aliénation, (je préfère parler d’entr’aliénation) c'est-à-dire ce pacte obscur, miroir aux alouettes de la victime consentante avec le victimaire froid qui l’efface, empoigne encore tant de consciences parmi les suds! Pourtant pour l’homme et pour l’équité, les rapports nord-sud actuels doivent faire place à une horizontalisation juridique des relations internationales, mais entre-temps, il faut que la posture des négociateurs revendicateurs soit verticale (donc digne et libre) contre la verticalité négative et d’autorité (rapport de maître à esclave) des relations actuelles. Des cris impudents masquant la honte par l’arrogance s’élèveront peut-être! Mais qu’importe les chacals hurleurs et les vautours au vol lourd, sinistre qui croassent de cannibalisme! Humanité glorieuse et supérieure du nord colonialiste, impérialiste, votre excellence et votre règne sentent la putréfaction de vos origines de vampires!

                            CAMILLE LOTY MALEBRANCHE 

                           Copyright Tous droits réservés 2004    

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HAÏTI, contre la présence fantôme!

(une SÉMIOLOGIE DE L’ABSENCE)

Par Camille Loty Malebranche

La sémiologie comme mode d’interprétation du réel par la compréhension des signes qui en émanent, appliquée à la lecture des sociétés, nous permet d’aboutir à l’herméneutique (c’est à dire à un mode d’interprétation) des faits sociaux et des profondeurs des phénomènes socio-historiques. Les turbulences de l’actualité haïtienne peuvent littéralement donner le vertige à l’analyste et faire dériver l’intelligence. Établir une sémiologie de l’absence affectant l’être socio-étatique  haïtien, c’est passer à l’identification des indices de ladite absence pour la poser en objet et en appréhender l’essence dans ses différents aspects. Être absent, sur le plan philosophique, c’est être soit un pur néant, soit une instance phénoménale vide de substance. La psychanalyse, quant à elle, pose l’absence sur le plan de la conscience, cette dernière ayant sa part de présence qu’est le conscient et l’autre qui est la grande part d’absence que constitue l’inconscient. La théologie croyante rappelle que l’absence est une forme de mort en tant qu’elle ponctue la condition d’isolement spirituel de l’impie qui vit absent à soi et à la présence de Dieu qu’il ne perçoit point. Haïti, aujourd’hui, bricole des semblants de présence et se paye de symboles sans référent réel, faute d’être. Surenchère du paraître pour masquer l’absence, pour cacher les néants multiples de l’ombre sociale. Dans un monde de fausseté et de simulations, la prépondérance des symboles et de la représentation joue le rôle d’agent de persuasion et la vérité importe peu si le mensonge est perçu positivement par les destinataires qu’on veut manipuler. Volonté crue et crapuleuse de structures sordides pour désarçonner les esprits et la propension de l’individu à s’assumer comme citoyen.  Il y a en Haïti, cette rature psychologique de tout ce qui gêne sans toutefois combattre les causes du mal. Dans un pays où la mort du patient passe comme un fait banal aux yeux du médecin traitant qui ne croit pas à la santé, faisant du métier, un simple instrument de valorisation sociale et un échelon de transfert de classe, dans un pays où le président comme le ministre ne croient pas à la république ou la gouvernance de l’État mais s’en servent comme moyen d’assouvir leur instinct et de venger leur passé, la première grande conquête à faire, est celle de la décence et de l’équilibre psychologique des dirigeants et des élites! Faire face au mal qui ronge le mental, est une obligation citoyenne à laquelle les vraies élites se curant elles-mêmes doivent arriver avant de pouvoir enclencher le changement social. Il faut que le pays cesse d’être un instrument pour les intérêts de quelques surhommes. Alors que des stéréotypes de toutes sortes envahissent l’échiquier d’une possible réhabilitation sociale, alors que certains prônent une révolution culturelle, on oublie se soubassement de toute culture qu’est la pensée sociale s’enracinant dans le mythe comme dans l’épistémè. La chaîne signifiante, la symbolique sociale ne peuvent contourner la nécessité de refondation mythologique et épistémique  pour le changement. Refondation qui doit partir de l’initiative des élites, ces éclaireurs de la voie sociale de la transformation! La première inférence à tirer de ces dires, est la nécessité, vitale pour le pays, que les élites s’assument en direction du nouveau sens à fonder à la société haïtienne.  

    FAUSSE ÉVIDENCE DE LA SYMBOLIQUE SOCIALE

L’évidence est le champ du symbole alors que la discrétion révélatrice de la nature des êtres et situations, est la vocation du signe! Le symbole parce qu’artificiel et projeté sur l’étant auquel le destine le symbolisateur rejoint « l’hyperréalité » c'est-à-dire cette « illusion de l’évidence produite, évidence surfaite et factice » un peu comme l’étudie Baudrillard, alors que le signe, émanant toujours de la nature de l’être qu’il révèle, est l’échancrure discrète du voile de la vérité profonde. Vérité de l’être caché non encore perçu comme fait et que le signe produit propulse au statut de fait pour le sémiologue voire l’observateur analyste. Le signe est inamovible et inchangeable, on peut le dissimuler mais on ne saurait le changer sans avoir au préalable, altéré ou changé l’étant dont il émane et révèle l’essence, alors que le symbole, très amovible, change au gré des « assignateurs » de sens. Un même organisme peut, sans changer de nom ou en le changeant - (le nom, sauf celui de Dieu, étant symbole plutôt que signe) - se représenter par un autre logo ou symbole, alors que le signe d’un étant est intouchable même en changeant de nom! L’aperçu de la profondeur que donne le signe à l’observateur, dans le cas de la condition haïtienne, renvoie à l’absence totale de la Nation qui est un pur néant et la surenchère des discours des gouvernants pour dissimuler l’absence administrative de l’État uniquement superstructurel et symbolique. Un État qui existe dans les formes bureaucratiques mais sans aucune force opératoire pour intervenir, sans aucun fond infrastructurel pour agir. Alors qu’aujourd’hui se profile une mobilisation de la diaspora haïtienne, il faut allumer sur le terrain en Haïti, le feu sacré du civisme par la motivation des jeunes pour l’action publique et l’implication sociale dans les grandes urgences de l’heure : le reboisement des bassins versants, la création d’organisme d’intervention dans les quartiers les plus mal famés pour soulager la misère extrême, le commencement d’une campagne d’éducation pour la révolution mentale incontournable à entreprendre… Encore une fois, le symbole étant manipulation idéologique ou herméneutique artificielle, forme instrumentale de production de signification non nécessairement vraie, puisse une nouvelle orientation d’Haïti produire - au-delà des clameurs politiciennes de dirigeants, au-delà surtout des symboles de nationalité tels le drapeau, le passeport, les signatures d’autorités gouvernementales, les sceaux officiels qui donnent l’impression d’une existence étatique - une véritable démarche des vraies élites de toutes sortes s’engageant à transformer le pays fantôme, le non-être haïtien, le non-pays en germination et promotion d’une société nouvelle et d’un État nouveau qui contribuent à la véritable fondation de la Nation haïtienne!

Que par toutes les violences intellectuelles et vitales du nouvel État et de la nouvelle société, l’être collectif haïtien ne soit plus un amas mensonger de symboles menteurs mais un réel dont émergent les signes de la nouvelle citoyenneté, signes révélant la nouvelle nature humaine et non plus monstrueuse de la société et de l’État haïtiens. Que l’idée -  « cette fin la pensée » comme le dit Camus, en tant que, selon notre analyse, l’idée émise est en fait l’aboutissement du mouvement réflexif de l’esprit ayant parvenu à une certaine conclusion et connaissance du sujet pensé dans sa réflexion - soit celle d’une nouvelle société des mentalités et comportements, celle de nouvelles structures imposant cette autre société, celle qui fonctionne en lanterne du peuple perdu par l’incurie des chefs traditionnels. 

Qu’au-delà des mimétismes, et des « fantasmagories » des maîtres illusionnistes traditionnels qui ont dirigé et dirigent encore la société haïtienne, vienne la saine naissance du nouvel être socio-étatico-national qui se contente d’être sans jouer aux prestidigitations de nos illusionnistes professionnels et officiels pour paraître et illusionner!  

Qu’Haïti soit présence présente et non plus figure fantomatique et taupe du destin!   

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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HAÏTI, TANT QUE…

Par Camille Loty Malebranche

Tant que les haïtiens de l'élite ou se revendiquant comme tels ne reviennent de leur abominables errements et préjugés ostracistes qui excluent les majorités, tant que les plus nantis de toutes sortes ne se repentent ni ne se reprennent pour assumer des valeurs humaines plutôt que de la crapulerie politique et de l'indécence mercantile, tant que des imbéciles frileux de tous horizons refuseront de reconnaître leur infamie sociale thésaurisée de décennies en décennies, tant que sous prétexte de ménager la patrie et de favoriser l'union (ce qui n'existe nulle part car c’est un consensus qui fait fonctionner le social), on raturera les causes humaines de la débâcle plurielle d'Haïti, tant que des imbéciles cracheront leur haine sur ceux qui dénoncent le mal et font monter en surface la cause consciente et inconsciente dévoilant la hideur des soi disant grands de notre terre natale, tant que l'étiologie des maladies chroniques et aiguës de la société ne sera acceptée, tant que l'haïtien brisera le miroir que lui tend la parole constructive de dénonciation des causes de la malpropreté qui sévit en Haïti, tant que la laideur fera détourner le visage au lieu de susciter une quête de changement fut-il chirurgical des tares de la face collective haïtienne, tant que par honte haineuse, les profiteurs de la salissure en Haïti, viseront au meurtre du compatriote prêchant la transformation de l’horreur en décence, tant que l'Haïtien ne cessera de lécher la semelle de tout ce qui est étranger en haïssant et en cherchant à détruire le ressemblant, tant que le colonisé de tête ne disparaîtra, tant que l'esclavagiste vassal des impérialistes esclavagistes ne se transformera en patriote, tant que les haïtiens ne laisseront leur vilenies, leur superstition criminelle, leur diabolisation, leur aigreur mal orientée et toutes les bêtises de sa culture à purifier, tant que le complexé nègre et mulâtre ne renoncera à leur foi d'aliénés au Blanc réificateur, tant que les plus forts démissionneront et feront du pays un marchepied vers leur propre fortune contre tout le peuple, tant que le vertige s'emparera de nos surhommes dans leur délire de puissance et de grandeur, tant que la mégalomanie dans la consommation continuera, tant que la blancophilie qui porte l'haïtien à vouloir ressembler aux blancs demeurera, tant que l'haïtien ne se comportera en citoyen mais poursuivra sa vie en individu centré sur lui seul, tant que refusant son ressassement de son passé l’haïtien ne se tournera pas armé de nouvelles valeurs positives vers le futur à construire au présent tant que l'haïtien ne s'aimera pas lui-même sainement et sans pathologie, car il y a des amours pathologiques, rien, rien, rien ne sera fait de positif pour changer la scandaleuse et ignominieuse condition de l'Haïti actuelle et effacer les ténébreuses souillures historiques accumulées après un départ tellement glorieux en clarté du jour! Car depuis toujours, achoppent nos voeux de libération sur l'obstacle des chaînes mentales et du lasso comportemental qui assignent les plus grands efforts et médications des clercs et des soignants d'entre nous au stade de palliatif voire de fiasco inaptes à la délivrance et à la guérison finale.   

La gangrène est dans le corps social,  le monstre métastasant est en la vision et le comportement social haïtiens malades, mesdames et messieurs!

Que les profiteurs, les corrupteurs, les voyous officiels et puissants, les frileux stupides prennent conscience!

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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