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INITIATIVE
POUR LE CHANGEMENT EN HAÏTI (ICH)

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Plan Pour Le changement économique et social en Haïti

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Chapitre III

Perspectives de Relance Commerciale et Industrielle

Réformes Economiques

L’emploi joue un rôle primordial dans la structure macro-économique de quel que soit le pays. Quand la force active du travail est sous utilisée, la marche de l’économie est entravée. Or, Haïti est un pays virtuellement au chômage. La création d'emplois ne sera facilitée que par la présence de firmes privées qui opèrent dans le pays. L’existence de firmes privées est elle-même conditionnée par l’accès à des capitaux. Il est donc de la responsabilité de l'Etat d’appliquer une politique susceptible d’attirer l’investissement de capitaux privés dans le pays pour la production de biens et de services. La stabilité socio-politique et une volonté étatique ferme de promouvoir un secteur privé dynamique encourageront des investissements dans différents secteurs de l’économie nationale. Il faudra encourager l’investissement de capitaux privés, tant haïtiens qu’étrangers, dans les secteurs suivants :

agriculture

agro-industrie

pêche

manufacture (assemblage et domestique)

construction

mine

énergie

services financiers

communications

tourisme

etc.

Dans le but d'augmenter l'investissement privé dans le pays, il faudra rapidement procéder à la modernisation des entreprises d'Etat, conformément à la loi sur la modernisation des entreprises publiques. Ces réformes économiques peuvent être appliquées de façon à assurer, d’une part, la création d’emplois pour l’épanouissement de l’économie nationale, et, d’autre part, le financement du plan de développement social.

Les revenus de l'Etat générés par le processus de modernisation et par ses actions dans les entreprises modernisées seront versés dans un compte strictement réservé au développement social. Des pays donateurs bilatéraux intéressés au plan de développement social seront invités à former avec l'Etat haïtien, un Conseil de Gestion des Fonds pour le Développement Social. Ces derniers seront investis strictement dans quatre domaines : la Santé, l’Education, le Programme des Communautés Rurales Modernisées et le Programme de Correction Urbaine. Vu que l'Etat aura une source de revenu continue grâce à ses actions dans les entreprises modernisées, il pourra émettre des bons, au besoin, afin de financer les programmes prévus dans le plan de développement social.

Production de biens et de services

Le rôle du secteur public - L’objectif final poursuivi par l'Etat est le bien-être du citoyen. Ce bien-être est réalisé quand les besoins de la population sont satisfaits, grâce à l’acquisition des biens et services dont elle a besoin pour mener une vie décente.

Dans une économie qui est en bonne santé, la majorité des membres de la société est engagée dans une activité productive quelconque. Dans ce cas, cette société est équilibrée. Par contre, quand dans une société, telle que la nôtre, sur 100 personnes, 70 sont restées inactives, ne produisant rien, alors qu’ils ont besoin de consommer et que de fait ils consomment, cela crée un tel déséquilibre dans cette société que tous les dérapages sont possibles. A chaque fois qu’un agent économique consomme un produit, il devrait donner un autre en échange. Puisque les 70% de chômeurs ne produisent rien, ils consomment sans rien donner en échange. La seule façon pour nous d’avoir une économie équilibrée est de faire en sorte que chaque consommateur devienne aussi un producteur. La production de chaque citoyen devrait couvrir sa consommation et même dégager une épargne devant servir au renouvellement des moyens de production.

Vu que nous avons une économie inactive, on dirait même dans le coma, il faut d’abord la réveiller avant de lui demander de produire. Au point où se trouve l’économie haïtienne actuellement, quelqu’un doit lui administrer une résurrection cardio-pulmonaire. Ce quelqu’un ne peut être autre que l'Etat. Ce dernier doit injecter directement dans les poumons de l’économie une quantité d’oxygène suffisante pour la réanimer. Cela peut se faire dans le cadre d’une politique de construction massive d’infrastructures publiques, pour servir de base à l’épanouissement de l’économie.

Le rôle du secteur privé - En adoptant une politique de construction massive d’infrastructures publiques, l'Etat injectera du sang neuf dans l’économie, l’assistera jusqu’à ce qu’elle puisse marcher sur ses propres pieds. Ces investissements de l'Etat seront faits, d’une part, pour créer des emplois, et d’autre part, pour créer les infrastructures nécessaires à l’épanouissement de l’économie. Après que l'Etat aura joué sa partition, il appartiendra au secteur privé de prendre la relève et continuer sur la base posée par l'Etat. Les chantiers qui seront ouverts par ce dernier procureront du travail à une grande partie de la population, mais pour un temps limité. Cependant, ce dont le pays a surtout besoin c’est plutôt d’emplois permanents dans une ambiance de production continue. La production des biens et services dont l’économie a besoin pour sa santé doit être confiée aux soins du secteur privé.

Tout système économique est basé sur un système d’échange entre agents économiques. Qu’il s’agisse du commerce de biens ou de services, le commerce représente l’épine dorsale de l’économie d’un pays. Il y a quatre paramètres essentiels que l’on doit retrouver dans une économie fonctionnelle : le capital, la main-d'œuvre, la production, et le revenu. Ces quatre paramètres sont inextricablement liés entre eux, et ceci de la façon suivante : le producteur a besoin du capital et de la main-d'œuvre pour produire, le commerçant a besoin du capital pour acquérir les biens destinés à la commercialisation, et le consommateur a besoin du revenu pour s’approprier les biens et services produits et vendus sur le marché. Le niveau économique d’un pays est généralement mesuré à partir de sa production ou son revenu, facteur déterminant pour le bien-être social des citoyens. Pendant que le revenu national dépend du volume de production, cette dernière est elle-même conditionnée par la disponibilité des facteurs tels que : le capital, la terre, la main-d'œuvre, la technologie, et les ressources naturelles. De tous ces facteurs, nous ne disposons en Haïti suffisamment que de la main-d'œuvre et de la terre ; pas de technologie, pas suffisamment de capitaux, pas suffisamment de ressources naturelles. Or, depuis les années 60, la productivité de la terre chez nous a pris une courbe descendante. Parmi tous les facteurs de production, il ne nous reste en réalité que la main-d'œuvre. Nous pouvons comparer l’économie Haïtienne à un moteur en panne. Il nous manque trois pièces importantes pour réactiver cette machine économique, à savoir le capital, la production, et le revenu.

L'objectif des présentes propositions est de remettre le moteur de l’économie nationale en marche. Il y en a qui sont très pessimistes, quant à la possibilité de raviver une économie si anémiée. Néanmoins, nous sommes convaincus que si nous parvenons à avoir les capitaux qu’il faut, grâce aux actions envisagées dans ce plan, nous parviendrons à activer la machine productive en utilisant la main-d'œuvre disponible. Cette dernière, n’étant utilisée qu’à seulement 20% de sa capacité, constitue un atout majeur pour la relance de l’économie nationale. L'augmentation et la répartition plus équitable du revenu national, liée à cette pratique commerciale ingénieuse chez nous connue sous l’appellation du “système des Dames Sara” aboutira à la floraison du commerce interne. Cette situation créera une demande pour plus de production, créant ainsi des opportunités pour plus d’investissements dans le secteur industriel.

Il y a généralement deux façons pour un agent économique d’utiliser son revenu ; l’épargne et la dépense, cette dernière étant l’axe principal sur lequel roule une économie. Pour avoir mené pendant trop longtemps une vie austère, les Haïtiens ont une tendance naturelle à épargner. Cependant, avec un revenu continu on les verra dépenser aussi bien qu’épargner. Il importe ici de considérer les effets économiques qui découleront de l’application des programmes inclus dans la présente proposition. Qu’il s’agisse des revenus qui seront générés par les activités agricoles ou les emplois qui seront créés par l’exécution des autres programmes prévus, le pays bénéficiera de l'augmentation du pouvoir d'achat de la population. Cette situation aura l’effet d’augmenter la dépense, ce qui créera une opportunité extraordinaire pour l’épanouissement de l’industrie locale. Il y a plus de 7 millions de consommateurs qui auront besoin de tout. Les citoyens qui vivent actuellement en marge de la société, ne possédant que très peu, constitueront un marché insatiable, une fois leur pouvoir d’achat augmenté. Ce marché local sera prêt à absorber tout ce que les entrepreneurs seront à même de produire : articles ménagers, articles de toilette, vêtements, matériaux de construction, articles de loisir, produits alimentaires, toutes sortes de services, etc. Les investisseurs haïtiens, ceux de l’intérieur comme ceux de l’extérieur, qui sont animés d’un sentiment national devront saisir cette occasion pour investir dans l’industrie locale. La circulation monétaire qui résultera de l’exécution des projets et programmes proposés créera une demande que l’offre actuelle ne saura jamais satisfaire. Le système des “Dames Sara” développé dans le secteur commercial informel est tout à fait indiqué pour la distribution des produits de la nouvelle offensive industrielle. L'Etat aura pour devoir d’encadrer ce secteur afin de rendre sa participation dans l’économie nationale plus dynamique.

Dans une première phase, la production locale devra satisfaire la consommation locale.

Certains produits à haute consommation locale, tels que : le sucre, l’huile de cuisine, le riz, etc., DEVRONT être fournis par la production locale. La production du ciment et de la tôle à l’intérieur du pays devra augmenter proportionnellement à la demande qui sera provoquée par le PCRM. Au cours de l'année 1999, les importations haïtiennes se sont élevées à 773 millions de dollars américains, alors que nos exportations se sont chiffrées à 353 millions pour la même, ce qui nous donnait un déficit de 420 millions de dollars. Il est possible d'économiser au moins 300 millions des 773 millions et les investir dans l'industrie locale. Cela nous permettra de satisfaire ce marché déjà existant avec des produits fabriqués chez nous, créant du même coup des dizaines de milliers d'emplois.

Quand nous aurons satisfait la demande interne, nous pourrons entamer la deuxième phase, en nous tournant vers les marchés extérieurs. Car, les milliers d’hectares de terre qui seront mis en valeur nous mettront en position de fournir des produits agricoles aux marchés internationaux, et même contempler la possibilité de vendre à l'étranger des produits "manufacturés en Haïti".

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