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« HAITI : SUGGESTIONS POUR LE DÉVELOPPEMENT POLITIQUE ET ÉCONOMIQUE » Par Gérard R. Latortue
13 mars 2003, Washington, D.C. I. GOUVERNANCE ET PROBLÈMES INSTITUTIONNELS Vers
une solution à la crise politique À
considérer les prises de positions de la communauté internationale, de
l’opposition démocratique haïtienne, des associations estudiantines et de la
société civile haïtienne, en général, il semblerait logique de conclure
qu’il FAUT trouver une solution à la crise politique avant de pouvoir mettre
en place un plan d’action qui puisse apporter au moins un début de
ralentissement à la dégradation sociale et alléger la pauvreté endémique
qui afflige Haïti. La résolution 822 de l’OEA fournit le cadre d’une
solution possible. Il appartient maintenant à l’OEA de prendre une décision
face à la non observation de ladite résolution par les acteurs de la crise haïtienne. Les
accrocs à la bonne gouvernance commencèrent en Haïti dès 1995, lors de
l’organisation d’élections non transparentes ou frauduleuses à l’ombre
de la Constitution de 1987 (voir les Rapports du Centre Carter et de
l’International Republican Institute – IRI). Déjà mauvaise, la situation
empira lors des scrutins de 1997 et de 2000. Dans un passé plutôt récent, les
Haïtiens avaient appris comment des fraudes aussi grossières pouvaient semer
des germes de discorde dans la nation. Elles sont à l’origine d’une sorte
de frustration qui, lorsqu’elle dure pendant un certain temps, engendre
l’instabilité sociale. Pour mettre Haïti sur la voie du progrès socio-économique,
il est indispensable de rompre avec les élections truquées et d’établir,
dans un premier temps, les conditions propices à la participation générale au
processus électoral. La
sécurité publique ainsi qu’un système judiciaire adéquat constituent
d’autres éléments essentiels de réformes visant au progrès socio-économique
en Haïti. Il est possible d’élaborer un plan qui permette aux Haïtiens de
jouir d’une sécurité accrue à leur domicile, au travail, dans les rues, sur
les routes principales et où qu’ils se trouvent dans le pays. Un
tel plan devrait être assorti de mesures pratiques de réformes judiciaires, et
conçu notamment pour éliminer la corruption. En remplissant son rôle avec
professionnalisme et efficacité, la police devrait arriver à réduire le taux
de criminalité qui a, au cours de ces dernières années, atteint des
proportions gigantesques. Ce faisant, la police se mettrait à la hauteur de sa
mission d’auxiliaire du système judiciaire. CINQ
OBJECTIFS PRÉCIS : •
Réduction de la pauvreté, promotion du développement durable et protection de
l’environnement, accélération du processus d’intégration nationale et régionale. À COURT ET À MOYEN TERME •
Protection de l’environnement et production de cultures commerciales (fruits
tropicaux / reboisement) •
Création d’un réseau de petites et moyennes entreprises dans différentes régions
du pays
-
Établissement d’un cadastre national -
Production et commerce des matériaux de construction (ciment, briques, marbre) -
Promotion du tourisme, avec une attention particulière à la clientèle haïtienne
vivant à l’étranger L’état
déplorable d’Haïti dans le domaine socio-économique exige la mise en œuvre
immédiate de certaines mesures, de sorte qu’au moment où la population
atteindra le chiffre de vingt millions, prévu d’ici la fin des deux
prochaines décennies, le pays puisse faire face aux impératifs de l’économie
en général. Environ 60 pour 100 de la population haïtienne vivent à la
campagne, sur des terres érodées à 95 pour 100. Sur la totalité des terres,
60 pour 100 présentent des pentes de plus de 20 pour 100. Grandes
lignes de la proposition sur les progrès sociaux Les
conditions sociales en Haïti pourraient bénéficier énormément d’un
partenariat entre l’État et les potentiels acquéreurs de maisons des classes
les moins favorisées. La proposition sur les progrès sociaux suggère la
construction de villages modernes comprenant des maisons modestes dans les zones
rurales et urbaines. Dans ce programme, la contribution de l’État se
limiterait au soutien logistique et technique. Ainsi, les citoyens bénéficiant
de ce programme pourraient réduire des deux tiers le coût de construction
d’une demeure adéquate. On arriverait également à établir
un environnement favorable à la prestation de services tels que l’éducation,
les soins médicaux, la sécurité publique, les réseaux téléphoniques, l’électricité,
l’eau courante, les loisirs et les marchés, à la grande majorité des
personnes qui ne les reçoivent pas encore et restent dispersées à travers les
régions rurales. DANS
L’IMMÉDIAT •
Réaffecter les ressources nationales, sur les critères de la discipline
fiscale et de la lutte continuelle contre toutes formes de corruption. •
Entreprendre une réforme fiscale axée sur la simplification et la
rationalisation du système de perception des revenus, et sur la lutte
continuelle contre la corruption. À
LONG TERME •
Augmenter les recettes grâce à la discipline dans la politique fiscale et à
l’élargissement de la base d’imposition. •
Continuer à canaliser les ressources financières provenant des expatriés haïtiens. Grandes
lignes de la proposition sur la génération de ressources financières
provenant des expatriés haïtiens L’idée
serait de générer des ressources, pouvant atteindre cinq cents millions de
dollars l’an, en vue du financement du programme gouvernemental de développement
par la vente de « coupons pour le développement » aux expatriés haïtiens.
Environ deux millions d’Haïtiens vivent et travaillent à l’étranger. Le
programme ciblerait au moins un million d’entre eux, qui seraient incités à
visiter Haïti une fois l’an. Il serait ainsi demandé aux Haïtiens vivant à
l’étranger d’acheter au moins un « coupon pour le développement »
qu’ils pourraient utiliser au cours de leur visite annuelle au pays
d’origine. Le coupon leur donnerait accès à toute une gamme de services de
transport et d’autres courtoisies, de leur arrivée à l’aéroport
jusqu’au moment de leur départ du pays. L’État pourrait engager une
entreprise privée pour gérer ce programme. \une
proposition sur Haïti.
Les défis d’Haïti à la veille du Bicentenaire de son Independance Nationale.Introduction
Notre pays est en faillite. La
misère chronique de nos masses n’a jamais été aussi grande.
La dégradation de l’écosystème national annonce un désastre écologique
sans pareil. Le corps social est
dans un état de délabrement tel, que l’existence même de notre Nation est
menacée. Les
cas de viols, vols, assassinats, enlèvement et justice expéditive deviennent
partie intégrante du quotidien haitien. Ces
crimes, souvent perpétrés au grand jour et dans l’impunité, créent un
climat de peur, défiant l’Etat de droit et menacant de détruire toute la
structure sociale du pays. La
hausse du coût de la vie, causée en grande partie par une baisse considérable
de la production nationale, menace d’affamer la majeure partie de la
population. En
un mot, notre sous-développement chronique, l’insalubrité de nos villes, la
délinquance sociale, et l’instabilité politique ont fait de nous des quasi-pestiférés
aux yeux de la communauté mondiale. Haïti,
hier encore vers les années 50-60, un modèle pour les peuples alors décolonisés,
est devenue aujourd’hui le “contre-modèle” qu’il faut éviter.
Voici en quelques mots d’introduction la triste image qu’offre notre
pays à la veille presque du bi-centenaire de la proclamation de notre indépendance
nationale. Déjà
en Decembre 1903, le docteur Rosalvo Bobo décrivait une situation similaire en
Haiti à la veille du centeanaire de notre indépendance.
Il espérait alors que faute de pouvoir célébrer le premier centenaire
de l’indépendence parce que nous avons failli a notre tâche, nous aurions été
en mesure d’avoir quelque chose à célébrer en 2004. Malheureusement
le constat d’échec est aussi cuissant aujourd’hui qu’il ne l’était en
Decembre 1903. Mon
objectif, ce soir, est d’une part, d’analyser avec vous le plus grand
des défis auxquels fait face la Nation Haitienne aujourdh’hui; et d’autre
part, de proposer, au fur et à mesure que nous avancons, dans l’analyse, des mécanismes
concrets et des propositions
specifiques pouvant nous aider à relever ce grand défi qu’est la
modernisation des structures politiques, économiques et sociales de notre chère
Haiti. A.
Modernisation
des structures politiques q
le
rêve démocratique
q
le
régime des partis politiques q
la
décentralisation de l’administration publique q
l’organisation
d’élections libres, démocratiques et transparentes q
Le
système judiciare q
L’éducation
civique de la population q
Le
secteur privé et la société civile q
Les
syndicats d’ouvriers et les mouvements de paysans q
La
presse q
En
conclusion quelle démocratie et pour qui? B.
Modernisation
des structures économiques.
La
modernisation des structures économiques requiert essentiellement que nous
apportons une solution aux problèmes de la production nationale tant sur
le plan agricole, que sur le plan industriel et celui des services dans un
environnement compétitif. 1.
Modernisation du Secteur Agricole
La modernisation du secteur agricole sera grandement facilitée si les preconditions suivantes sont remplies: q
Etablissement
du cadastre national, protection des terres et reboisement ; q
Mise
à disposition d’engrais et de pesticides a des
prix abordables sous la supervision de techniciens agricoles ; q
Réforme
agraire encourageant le regroupement des terres et protection de la
propriéte terrienne ; q
Mise
à disposition des cultivateurs ou
des fermiers d’équipement et de machines agricoles sous un régime de
location ou de location vente ; q
Construction
de marchés ruraux disposant de capacité de storage et de conservation ; q
Construction
systématique de routes reliant les centres de production agricole aux centres
de distribution; q
Crédit
agricole à des conditions préferentielles. q
Construction
de mini barages dans les zones rurales produisant de l’électricité pour les
besoins de l’agriculture et pour rendre la vie dans les zones rurales plus
attrayantes ; q
Construction
de points de retenue d’eau et de canaux d’irrigation pour que les
agriculteurs ne dependent pas exclusivement des pluies pour irriguer leurs
terres. q
Construction
de ports de pêche modernes q
Dévelopement
de l’aquaculture q
Elevage
Les objectifs d’un tel programme de modernisation du secteur agricole
sont multiples. Nous pouvons en
citer quelques uns: §
Augmenter
la production et la productivité agricoles ; §
Réduire
la dépendance alimentaire et augmenter la sécurité alimentaire;
§
Créer
des emplois et de meilleures conditions de vie dans les zones rurales ;
§
Décourager
l’exode rural vers les centres urbains ou vers les pays étrangers ; §
Réduire
le coût de la vie et le volume des importations de produits alimentaires. 2.
Modernisation
du secteur industriel
Dans le secteur industriel, la priorité devrait être accordée à la
promotion et a la création d’un réseau de petites et moyennes entreprises
sur toute l’étendue du territoire national, autant que possible à
l’interieur de petits domaines industriels ou de zones industrielles ou même
de zones franches. Une impotance particulière devrait être accordée à la
transformation ou à la conservation de ressources naturelles ou agricoles
existantes dans le pays. Envisageons quelques
exemples de sous-secteurs à considérer en priorité. q
Matériaux
de construction (ciments, briques et marbres) ; q
Agro-industries,
y compris la conservation ou la transformation de fruits et legumes pour la
consommation locale ou pour l’exportation ; q
Industries
métallurgiques et mécaniques
; q
Industries
pharmaceutiques y compris l’industrialisation des plantes medicinales et la
fabrication de medicaments génériques non proteges par des patentes
en coopération avec l’OMS et l’OMC ; q
Huiles
vegetales ; q
Huiles
essentielles ; q
Produits
textiles surtout pour l’industrie d’assemblage ; Il reste entendu que le succes de la modernisation du secteur industriel suppose un certain nombre de conditions dont les 3 principales sont: §
un
environnement politique et économique stable qui maintienne la paix sociale,
garantisse la sécurité de tous et protége les droits acquis de tous les
agents economiques y compris ceux des travailleurs ; §
un
état de droit dans lequel la loi est une pour tous et l’unique manière de résoudre
les conflits est la négociation ou l’arbitage ou l’intervention des
tribunaux ; §
une
lutte sans merci contre la corruption sous toutes ses formes y compris la
contrebande ou les fraudes fiscales. 3.
Modernisation
du secteur des services
q
Tourisme §
problèmes
du secteur : insecurite, insalubrite, etat défectueux
des infrastructures de communication , budget inadéquat
affecté à la promotion et à la publicite ; §
produit
touristique : plages et beautes naturelles ; écotourisme ;
tourisme culturel et historique ; §
rôle
de la diaspora dans la promotion d’un tourisme
national et dans des investissements dans le secteur à l’interieur des
differentes régions du pays ; §
création
de PARADORES à travers le pays en vue de favoriser le développement du
tourisme local et d’encourager les touristes venus de l’étranger à visiter
les differentes régions du pays ; §
développement
du tourisme sur les principales îles adjacentes du pays (
La Gonave, La Tortue et l’Ile a Vache ). Un tel programme
requiert des investissements enormes dans la construction de nouvelles
infrastructures telles que des
routes,des aeroports,des hotels, des amenagements
portuaires, des travaux d’adduction d’eau potable et de generation
d’electricite , par exemple .Un tel programme d’investissements
pourrait être financé et executé par
le secteur privé haïtien en partenariat avec les haïtiens vivant à l’étranger. q
Nouvelles
technologies d’information §
téléphone
et cartes d’appel téléphonique ; §
électronique ; §
traitement
de données ; §
promotion
des cyber cafés. q
Assurances,
Banques et Services Financiers §
création
de nouvelles sociétés d’assurances nationales ; §
réorganisation
du secteur bancaire pour promouvoir le financement du développement ; §
organisation
du secteur financier en vue de la création d’une bourse des valeurs. q
Firmes
privées de Consultants §
firmes
de gestion et d’audit d’entreprises §
firmes
d’ingénierie pour les projets d’infrastructure et de développement q
Sport,
Art, Musique et Folklore §
promotion
des artistes et de leurs œuvres ; §
promotion
systématique de la musique haïtienne et protection des droits d’auteurs §
réorganisation
et promotion de troupes folkloriques §
promotion
du sport dans toutes les régions du pays ; §
promotion
du livre haïtien. 4.
Modernisation
des structures sociales. La
modernisation des structures sociales passe par des réformes profondes dans les
domaines suivants: q
éducation
nationale dans sa partie primaire, secondaire et universitaire ; q
formations
professionnelles ; q
politique
de santé et d’hygiène publiques ; q
qualité
de la vie de la population ; q
protection
des travailleurs ; q
Construction
de routes sur toute l’étendue du territoire reliant les différentes régions ; q
mise
en place d’un système d’assurance et de sécurité sociales ; q
système
de pension pour les fonctionnaires publics et les travailleurs du secteur privé. 5.
Modernisation des Infrastructures q
construction
d’autoroutes reliant les différentes régions du pays ; q
utilisation
des différentes sources d’énergie pour satisfaire les besoins des ménages
aussi bien que ceux de l’industrie, du commerce, de l’agriculture et de
l’administration publique ; q
production
d’eau potable y compris la désalinisation de l’eau de mer et traitement des
eaux usées ; q
construction
de ports et d’aéoports modernes ; q
construction
de marchés publics ; q
construction
de complexes sportifs ; q
construction
d’écoles ; de bibliothèques, et de centres professionnels ; q
construction
d’hopitaux, de maternités, et de
centres de santé. Conclusion
Haiti
fait face à d’énormes défis à la veille de la célébration du bi-centenaire
de son indépendance nationale. C’est seulement dans un climat de dialogue et
de serénité que nous arriverons à identifier et à mettre en oeuvre des
solutions durables. Chacun de nous devrait s’élever au dessus de ses
convictions idéologiques et de son appartenance à un parti politique pour voir
les intérêts à long terme de la Nation haïtienne et du peuple haïtien.
L’organisation d’un DIALOGUE
NATIONAL pourrait être le
VEHICULE pour arriver à un
consensus national. Ce consensus, une fois établi, devra faciliter une plus
grande mobilisation et une meilleure allocation des ressources nationales
disponibles pour le développement. Une nouvelle politique de coopération
internationale, basée sur des priorités préalablement établies, devrait
pouvoir fournir le complément nécessaire au financement du programme de
modernisation. 9
février 2003
Interview Avec Gerard Latortue Le regard amusé, le sourire sincère, Gérard R. Latortue est ce que j’appelle un mandarin ; un homme moral, sympa, raffiné, doté d’une belle culture et doué d’une intelligence peu commune. Et selon un autre critère de classement, il réunit plusieurs aspects de la vie humaine qui le définissent dans l’usage quotidien : Economiste, professeur, Chercheur, Diplomate, Consultant financier et Conférencier à travers le monde. Gérard R. Latortue, originaire des Gonaives est un économiste par profession. Il a eu une brillante carrière d’enseignant universitaire en Haiti et à Puerto Rico où il avait enseigné les sciences économiques. Il joint l’Organisation des Nations-Unies pour le Développement Industriel (ONUDI) en 1972 où il est resté jusqu’en 1994. Au cours de sa carrière à l’ONUDI, il assuma respectivement les fonctions de chef du Service de Planification et de Politique Industrielles. Chef de Services des Négociations. Directeur de Système de Consultations et Directeur Principal. En résumé, Monsieur Latortue a occupé de très hautes fonctions au niveau national ( Ministre des Affaires Etrangères de la Coopération Internationale et des Cultes) : au niveau régional comme Secrétaire Général de l’Association des Universités et Centres de Recherches de la Caraïbe ( UNICA) et au niveau international comme Managing Directeur à l’ONUDI. Voilà le long et fructueux parcours d’un technicien pour lequel on prendrait volontiers plaisir à suivre en exemple et sur lequel il serait bon de méditer. Dialogue avec M. Gérard R. Latortue Par Marie-Hélène Rameau Pluriel Magazine. : Monsieur Gérard R. Latortue, la Chambre de Commerce et d’Industrie a inauguré ‘’Les mercredis d’affaires ‘’ : Espace de débats et d’échanges d’idées à Kinam Hôtel. Le thème choisi : Secteur privé et Coopération internationale - quoique complexe, relevait de votre compétence dans ce domaine. Quel est donc l’impact de cette Coopération dans le développement d’Haiti et quels sont les secteurs qui, d’après vous, devraient être les ténors pour la réussite des programmes et des projets ? G.R.L : A l’invitation de la Chambre de Commerce et d’Industrie je me suis rendu à Port-au-Prince pour prononcer une conférence sur le thème : « Secteur Privé : Nouvelle Donne de la Coopération Internationale ». J’ai accepté avec plaisir cette invitation parce que je considère le thème choisi comme étant d’une grande importance pour notre pays. En effet, de nos jours, il devient évident que si la Coopération Internationale doit avoir un impact sur le développement des pays en développement, il faudra qu’elle associe le Secteur Privé dans les différentes étapes du processus de la coopération. Bien concrètement, cela veut dire que la Communauté Internationale ne devrait plus continuer à considérer le Secteur Public (l’Etat) comme son partenaire exclusif dans la coopération au développement. Il est souhaitable que le Secteur Privé soit associé à la définition des priorités, à la sélection des programmes et projets et enfin soit partie prenante dans l’exécution, le suivi et l’évaluation de ces programmes et projets. C’est un fait que l‘Etat, par instinct de conservation, peut-être, commencera par résister et ne voudra pas perdre ses privilèges exclusifs dans le domaine de la coopération internationale. Mais les résultats obtenus jusqu’ici sont tellement insignifiants, il faudra bien que l’on se rende à l’évidence et que nos partenaires, surtout ceux de l’UNION EUROPÉENNE, finalement réclament la participation du Secteur Privé et des Entreprises dans le processus de mise en place d’un programme de coopération. P.M. : Pouvez-vous définir pour nos lecteurs la Coopération Internationale ? G.R.L : La Coopération Internationale est l’assistance que nous apportent des pays amis ou des institutions internationales pour nous aider à réaliser notre programme de développement. Quand la coopération est apportée par un seul pays, elle est dite bilatérale. Quand elle est apportée par une organisation internationale, elle est dite multilatérale. Quelle soit bilatérale ou multilatérale, la coopération internationale ne devrait être qu’un complément à l’effort national dans le but d’aider à la réalisation d’un plan ou d’un programme de développement élaboré par les autorités gouvernementales en collaboration avec le secteur privé et avec la participation des populations concernées. P.M. : Quels sont dans les faits les secteurs concernés qui participent effectivement dans les activités de Coopération internationale ? G.R.L : Pour le moment, seul le secteur public participe vraiment à la formulation de la politique de coopération, à la définition des priorités, à la sélection des projets et à la gestion de l’aide octroyée. Les résultats de cette forme de coopération chez nous sont connus. Ils sont pratiquement nuls. Au mieux, on peut constater un certain saupoudrage fait avec les ressources octroyées par la coopération internationale dans certains domaines tels que : la santé publique, l’éducation ou encore le développement rural.. Personne ne peut vraiment mesurer l’impact de l’aide internationale octroyée au pays durant les dix (10) dernières années, même au-delà… P.M. : Par quels moyens peut-on rendre plus efficace la Coopération internationale et assurer une meilleure gestion de l’aide octroyée au pays ? G.R.L : Il faudra, à mon avis, profiter du blocage actuel de l’aide étrangère pour réfléchir comment redémarrer la coopération internationale sur de nouvelles bases. En tout premier lieu, il nous faut bien préparer un plan de développement définissant les grandes priorités nationales, sectorielles et régionales avec la participation de tous les agents économiques. En second lieu, les grands axes de la coopération devront être définis selon les priorités préétablies dans le cadre d’un partenariat avec le Secteur Privé. En troisième lieu, dans le but d’éviter des doubles emplois, l’ensemble du plan de développement devrait être discuté avec nos partenaires et la répartition de l’aide faite selon l’intérêt sectoriel ou régional de chacun ou d’un groupe de nos partenaires. Il faudra, grâce à une coordination efficace de l’aide externe, éviter que tous les partenaires interviennent dans le même secteur ou dans la même région. Autant que possible, il faudra s’assurer que la Coopération internationale contribue à la décentralisation administrative et économique du pays suivant la lettre et l’esprit de la Constitution de 1987. Enfin, il serait souhaitable de créer une institution autonome, du genre de l’Unité Centrale de Gestion (U.C.G) responsable du suivi, de l’exécution et de l’évaluation des activités de coopération. Une telle institution, financée sur les fonds de coopération, aurait la responsabilité de rendre compte périodiquement aux Agences d’aide et de coopération de l’exécution des projets, de respecter les règles et procédures de ces Agences concernant la transparence et enfin d’établir et de faire respecter les règlements généralement acceptés dans la passation des marchés publics. P.M. : Quelle reconsidération à votre avis, la Communauté Internationale devrait-elle faire pour le redémarrage enfin du développement d’Haiti et de son économie ? G.R.L : La Communauté Internationale aurait intérêt à guider le gouvernement dans la formulation d’une nouvelle politique de coopération et dans la coordination de l’aide externe. Le PNUD a une très grande expérience dans ce domaine. Il est dans l’intérêt de tous nos partenaires que les ressources fournies au titre de la Coopération internationale contribuent au développement durable du pays, à la création d’emplois productifs, à la génération de revenus, à la bonne gouvernance, à la protection de l’environnement et à la modernisation des infrastructures du pays. Les représentants des Agences de Coopération ont aussi intérêt à ce que le pays dispose d’un plan de développement et que tous les projets de coopération relèvent des priorités établies dans ce plan. Ils n’ont aucun intérêt à encourager des demandes d’aide ad hoc venant d’un Ministre ou même du Président de la République si cette demande ne relève pas des priorités préétablies, sauf en cas d’urgence ou de catastrophes naturelles non prévisibles. P.M. : Avez-vous en tête quelques bons projets indispensables à la relance économique et sociale du pays ? G.R.L : Un bon projet est un projet qui a été retenu parmi les grandes priorités nationales, sectorielles ou régionales établies dans le plan national de développement. Il faut préciser qu’ici référence est faite non à des plans généralement préparés par les bureaucrates dans leurs bureaux. Il s’agit plutôt d’un plan qui serait établi à la suite de discussions avec tous les agents économiques et les groupes socio-économiques des différentes régions du pays. En un mot, il s’agit d’un plan avec participation populaire. Dans le cas d’Haïti, et compte tenu de la faiblesse des infrastructures économiques, nous pouvons suggérer une liste limitée de « bons projets » indispensable à la relance économique et sociale du pays, à savoir :
Voici quelques exemples de « bons projets ». Nous devons éviter de trop demander et surtout de tout demander à la coopération. Si on le fait, le résultat est connu d’avance. Ce sera du saupoudrage. Nous devons plutôt concentrer nos requêtes à des activités pouvant avoir des effets multiplicateurs. Ceci est possible, si nous rentrons dans un dialogue franc, sérieux et ouvert avec l’ensemble de nos partenaires et amis. Cela ne veut pas dire évidemment que les autres activités de santé, de logements sociaux, d’habitat, ou d’éducation ou encore de protection de l’environnement devraient être ignorées ou laissées de côté. P.M. : Pensez-vous que le secteur privé d’aujourd’hui soit prêt à jouer ce rôle dans le cadre de la coopération internationale ? G.R.L : Oui, je pense que le secteur privé a le potentiel de jouer ce nouveau rôle dans la coopération internationale. Il faudra qu’il se regroupe, qu’il se modernise et qu’il accepte d’investir davantage dans le pays. Le secteur privé haïtien manque aujourd’hui de dynamisme et a trop peur d’investir. Aujourd’hui, le moment est venu pour qu’il se reprenne et tienne compte des nouvelles opportunités que lui offre l’ouverture des marchés américains, latino-américains et caraïbeens. La nouvelle génération d’hommes d’affaires haïtiens et les jeunes loups de la diaspora haïtienne peuvent conjuguer leurs efforts, leurs investissements et leur expérience pour lutter contre la pauvreté en Haïti, augmenter la production nationale, encourager de nouvelles exportations et promouvoir l’industrie du tourisme. Le secteur privé doit pouvoir jouer ce rôle s’il accepte à s’ouvrir et à abandonner certaines pratiques du passé, liées à la corruption des agents de l’Etat et à la recherche de privilèges. Le temps des privilèges est révolu. Il doit pouvoir, sans complexe, revendiquer son droit légitime en tant que créateur d’emplois, et générateur de revenus. Les gouvernements APC (Afrique, Caraïbes, Pacifiques) des Caraïbes se sont déjà engagés auprès de l’Union Européenne à faire en sorte que les opérateurs privés soient intégrés à la formulation et à la mise en œuvre des programmes indicatifs par pays. Ceux-ci doivent donc saisir l’occasion qui leur est offerte, surtout quand on sait que l’Union Européenne n’est pas la seule organisation internationale à vouloir impliquer le secteur privé dans la Coopération Internationale. Le programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), la Banque Mondiale ou encore l’USAID, seraient prêts à aller dans le même sens. P.M. : Pour conclure, M. Latortue, quel conseil donneriez-vous aux secteurs concernés, et quels sont vos souhaits pour un bon démarrage économique du pays ? G.R.L : Le conseil que je voudrais donner, Marie-Hélène, est de rappeler que seul un partenariat sincère et efficace entre le secteur public et le secteur privé peut garantir l’insertion de l’économie haïtienne dans l’économie régionale et mondiale. Il faut que l’Etat se décide à moderniser les structures politiques, économiques et sociales du pays en appliquant les règles et pratiques de la bonne gouvernance, en respectant les droits de l’homme, en garantissant la sécurité de tous, en protégeant l’environnement, en créant dans le pays un climat favorable à la promotion des investissements privés et en assurant la justice à tous. De son côté, le Secteur Privé devra aussi se moderniser en développant le sens de la recherche permanente de l’efficacité, en respectant les règles du jeu de la concurrence et en mettant en place des programmes de formation et de motivation des ressources humaines. Bref, le secteur privé devra sortir des pratiques habituelles de faire… des affaires. Il devra se transformer en une nouvelle classe d’hommes et de femmes d’affaires modernes, dynamiques, expérimentés, respectueux des lois et des procédures, capables de négocier avec les syndicats des travailleurs et enfin désireux de prendre les risques généralement associés au développement économique et social d’Haïti. Voilà, en résumé, mes souhaits pour un bon démarrage du pays à la veille de la nouvelle année ‘’2003’’ et du bicentenaire de la création de la nation haïtienne. P.M. : Avec des hommes de bonne volonté… des hommes comme vous, M. Gérard Latortue, il n’y a pas de doute que notre pays pourrait à nouveau renaître de ses cendres. Mais il faut toujours signaler que ‘’Les Droits de l’Homme, la Bonne Gouvernance et la Démocratie sont des bases incontournables pour améliorer les conditions de vie du citoyen Propos recueillis par Marie-Hélène Rameau |
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