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« HAITI : SUGGESTIONS POUR LE DÉVELOPPEMENT POLITIQUE ET ÉCONOMIQUE »  Par Gérard R. Latortue

Les défis d’Haïti à la veille du Bicentenaire de son Independance Nationale.

Interview Avec Gerard Latortue

 

« HAITI : SUGGESTIONS POUR LE DÉVELOPPEMENT POLITIQUE ET ÉCONOMIQUE »  Par Gérard R. Latortue

 

13 mars 2003, Washington, D.C.

I.                GOUVERNANCE ET PROBLÈMES INSTITUTIONNELS

Vers une solution à la crise politique

À considérer les prises de positions de la communauté internationale, de l’opposition démocratique haïtienne, des associations estudiantines et de la société civile haïtienne, en général, il semblerait logique de conclure qu’il FAUT trouver une solution à la crise politique avant de pouvoir mettre en place un plan d’action qui puisse apporter au moins un début de ralentissement à la dégradation sociale et alléger la pauvreté endémique qui afflige Haïti. La résolution 822 de l’OEA fournit le cadre d’une solution possible. Il appartient maintenant à l’OEA de prendre une décision face à la non observation de ladite résolution par les acteurs de la crise haïtienne.

Puisque les actions attendues de l’opposition et de la société civile avaient été conditionnées à l’application, par le gouvernement haïtien, de certaines clauses de la résolution 822, on pourrait dire qu’à présent l’OEA dispose de quatre options : 1) attendre, aussi longtemps qu’il le faudra, que le gouvernement haïtien se décide à honorer ses engagements vis-à-vis de la résolution ; 2) voter une nouvelle résolution ; 3) continuer à envoyer des missions en Haïti ; 4) de concert avec l’ensemble de la communauté internationale, les forces vives d’Haïti et la diaspora haïtienne, élaborer un scénario viable en vue de mettre fin à l’insupportable misère du peuple haïtien, conformément au « devoir d’assistance » à une population en danger, et ce, dans le respect du droit des Haïtiens à l’autodétermination (voir le Rapport de la Commission internationale sur le devoir d’intervention et la souveraineté des États).

Pour ce qui est de la constitution du CEP et de l’organisation d’élections, une chose est certaine : aucune solution durable ne peut être apportée à la crise en l’absence d’élections démocratiques, libres et justes. Toutefois, aussi longtemps que les institutions nationales, notamment la police et le pouvoir judiciaire, resteront sous le contrôle du parti au pouvoir, permettant ainsi aux partisans de ce dernier de persécuter les dissidents, la sécurité fera défaut et les candidats non lavalassiens NE se sentiront PAS suffisamment en confiance pour prendre part aux élections, même en présence d’observateurs étrangers (voir les récentes déclarations de Louis Joinet, de David Lee et d’organisations de défenses des droits de la personne). C’est là l’opinion unanime des dirigeants de l’opposition démocratique, de la société civile, des organisations religieuses, des groupes de défense des droits des femmes, et du public en général. On constate aujourd’hui avec étonnement, à la lumière d’une interprétation rétrospective de certains propos tenus par des dirigeants politiques au cours de la période de 1986 à 1990, que les élections présidentielles de 1990 furent gagnées par une faction qui ne croyait pas réellement aux élections libres comme partie intégrante du processus démocratique. C’est là une révélation qui surprend beaucoup, après les événements qui ont marqué les élections avortées de 1987.

Grandes lignes de la proposition sur les réformes politiques

Les accrocs à la bonne gouvernance commencèrent en Haïti dès 1995, lors de l’organisation d’élections non transparentes ou frauduleuses à l’ombre de la Constitution de 1987 (voir les Rapports du Centre Carter et de l’International Republican Institute – IRI). Déjà mauvaise, la situation empira lors des scrutins de 1997 et de 2000. Dans un passé plutôt récent, les Haïtiens avaient appris comment des fraudes aussi grossières pouvaient semer des germes de discorde dans la nation. Elles sont à l’origine d’une sorte de frustration qui, lorsqu’elle dure pendant un certain temps, engendre l’instabilité sociale. Pour mettre Haïti sur la voie du progrès socio-économique, il est indispensable de rompre avec les élections truquées et d’établir, dans un premier temps, les conditions propices à la participation générale au processus électoral.
Les Haïtiens déplorent souvent le trop grand nombre de partis politiques dans le pays. À tort ou à raison, il y en a beaucoup qui pensent que cette présence pléthorique constitue l’un des éléments du problème. Les gens sont libres de former autant de partis politiques qu’ils le veulent. Toutefois, à défaut de deux, trois, ou même quatre principaux partis capables de constituer une alternative claire et d’équilibrer le système, la cacophonie politique s’éternisera. C’est à ce sujet que je voudrais proposer ce qui suit :

• que tout parti ou coalition politique ayant présenté des candidats à 30 pour 100, au moins, des sièges mis au vote lors des élections de mai 2000 reçoivent de l’État un soutien financier égal, à l’occasion d’élections démocratiques, libres et justes, à organiser prochainement.

• que les trois partis ou coalitions d’oppostion ayant obtenu le plus grand nombre de votes à l’occasion des prochaines élections reçoivent de l’État un support financier budgétisé au cours des dix années qui suivront les élections.

Les mesures ci-dessus devraient contribuer à l’instauration d’un régime de partis stable dans le pays, comprenant deux ou trois partis majoritaires.

Grandes lignes de la proposition sur les réformes dans la sécurité publique et le système judiciaire

La sécurité publique ainsi qu’un système judiciaire adéquat constituent d’autres éléments essentiels de réformes visant au progrès socio-économique en Haïti. Il est possible d’élaborer un plan qui permette aux Haïtiens de jouir d’une sécurité accrue à leur domicile, au travail, dans les rues, sur les routes principales et où qu’ils se trouvent dans le pays.  Un tel plan devrait être assorti de mesures pratiques de réformes judiciaires, et conçu notamment pour éliminer la corruption. En remplissant son rôle avec professionnalisme et efficacité, la police devrait arriver à réduire le taux de criminalité qui a, au cours de ces dernières années, atteint des proportions gigantesques. Ce faisant, la police se mettrait à la hauteur de sa mission d’auxiliaire du système judiciaire.

En attendant qu’une force de police dépolitisée soit en mesure d’assurer la protection des citoyens, la Mission spéciale de l’OEA en Haïti a reçu le mandat d’« améliorer les conditions de sécurité autour des activités politiques » en fournissant de « l’aide dans l’élaboration de mécanismes et procédures garantissant la sécurité de tous les partis politiques, de leurs responsables et de leurs candidats, dans le cadre de l’établissement d’un climat propice aux futures élections dans le pays ». Tout en saluant la noblesse de l’objectif assigné à la Mission spéciale, nous soulignerons cependant, comme l’ont récemment fait des analystes étrangers et des responsables politiques haïtiens (tels Haiti Democracy Project et le MDN/MPSN), que la Mission ne peut pas atteindre son objectif alors qu’elle ne dispose que de cent moniteurs de police.  Il faudrait déployer « une force d’environ 2 000 à 3 000 moniteurs de sécurité électorale » pour superviser le désarmement des dites « armées populaires » et créer un « climat propice aux élections ». De plus, la communauté internationale ferait peut-être bien d’envisager une aide à Haïti dans la création d’une force de sécurité nationale chargée, entre autres, de la protection de l’intégrité territoriale, compte tenu du grand nombre de filières établies par les trafiquants de drogue à travers le pays, aux frontières et dans les eaux territoriales haïtiennes.

2.             VISION SOCIO-ÉCONOMIQUE (dans le cadre d’un partenariat dynamique entre les secteurs public et privé)

CINQ OBJECTIFS PRÉCIS :

• Établissement d’infrastructures sociales : santé, éducation, sanitation, logements sociaux, eau potable et protection sociale.

• Établissement d’infrastructures économiques : routes, télécommunication, énergie, ports aériens et maritimes (y compris la protection des investissements publics par la création d’un « Service d’entretien des ouvrages et équipements publics »).

• Création d’emplois et génération de recettes dans différentes régions du pays par le moyen de structures décentralisées.

• Réduction de la pauvreté, promotion du développement durable et protection de l’environnement, accélération du processus d’intégration nationale et régionale.

• Création d’un environnement favorable aux investissements et à l’accroissement de la production nationale par la promotion, entre autres, du développement des ressources humaines et la lutte contre la corruption.

3.                 MESURES POUVANT FAVORISER LA CROISSANCE

À COURT ET À MOYEN TERME

• Protection de l’environnement et production de cultures commerciales (fruits tropicaux / reboisement)

• Revitalisation de l’industrie d’assemblage et de l’artisanat

• Modernisation d’entreprises publiques présélectionnées

• Nouveaux investissements (par des Haïtiens vivant dans le pays, des étrangers et des Haïtiens expatriés)

À LONG TERME

• Création d’un réseau de petites et moyennes entreprises dans différentes régions du pays


• Modernisation des structures économiques par la promotion de réformes et d’investissements dans des sous-secteurs clés :

Agriculture

- Établissement d’un cadastre national
- Application de la réforme agraire par le regroupement des terres de culture
- Location ou vente d’équipements et d’appareils agricoles légers à des agriculteurs
- Allocation de crédits agricoles à titre préférentiel
- Construction de lacs et d’étangs artificiels pour l’irrigation des les zones rurales
- Développement de la pêche et de la pisciculture
- Promotion de l’élevage

Industrie

- Production et commerce des matériaux de construction (ciment, briques, marbre)
- Développement des industries agricoles, y compris la conservation et la transformation des fruits et légumes
- Développement des industries métallurgiques et mécaniques
- Développement des industries pharmaceutiques, y compris l’industrialisation des plantes médicinales
- Production et commerce des huiles végétales
- Production et commerce des huiles essentielles
- Fabrication et commerce de textiles et d’articles vestimentaires, notamment pour l’industrie d’assemblage

Services

- Promotion du tourisme, avec une attention particulière à la clientèle haïtienne vivant à l’étranger
- Promotion des technologies d’information modernes
- Promotion des compagnies d’assurance, banques et services financiers
- Promotion de cabinets de consultation
- Promotion du sport, de l’art, de la musique et du folklore
- Promotion des entreprises de transport

Grandes lignes de la proposition sur les moyens de promouvoir la croissance par la production des fruits tropicaux (reboisement)

L’état déplorable d’Haïti dans le domaine socio-économique exige la mise en œuvre immédiate de certaines mesures, de sorte qu’au moment où la population atteindra le chiffre de vingt millions, prévu d’ici la fin des deux prochaines décennies, le pays puisse faire face aux impératifs de l’économie en général. Environ 60 pour 100 de la population haïtienne vivent à la campagne, sur des terres érodées à 95 pour 100. Sur la totalité des terres, 60 pour 100 présentent des pentes de plus de 20 pour 100.

Afin de remédier à cette situation, je proposerais le reboisement, en arbres fruitiers tropicaux, de 60 pour 100 des zones montagneuses et dénudées, ce qui représente environ 1,6 million d’hectares. Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) « les perspectives de demande en fruits tropicaux autres que les bananes devraient être favorables au cours de la prochaine décennie (les fruits faisant l’objet de ces prévisions étant les ananas, les mangues, les avocats et les papayes). La croissance annuelle moyenne prévue pour les quatre fruits en question se situerait dans une fourchette de 3 à 4,5 pour 100. Calculée sur une période de dix ans sur la base des données de 1993-1995, la demande à l’importation augmenterait en moyenne de 40 pour 100 d’ici l’année 2005. » Haïti exporte annuellement 14 000 tonnes métriques de mangues Francis (une variété unique, trouvée seulement en Haïti).  En se spécialisant dans la production des fruits tropicaux, Haïti pourrait bénéficier d’un avantage comparatif sur l’ensemble de ce marché, qui promet d’atteindre des chiffres avoisinant les dizaines de milliards de dollars au cours des prochaines décennies.

4.                 PROGRÈS SOCIAUX

Grandes lignes de la proposition sur les progrès sociaux

Les conditions sociales en Haïti pourraient bénéficier énormément d’un partenariat entre l’État et les potentiels acquéreurs de maisons des classes les moins favorisées. La proposition sur les progrès sociaux suggère la construction de villages modernes comprenant des maisons modestes dans les zones rurales et urbaines. Dans ce programme, la contribution de l’État se limiterait au soutien logistique et technique. Ainsi, les citoyens bénéficiant de ce programme pourraient réduire des deux tiers le coût de construction d’une demeure adéquate.  On arriverait également à établir un environnement favorable à la prestation de services tels que l’éducation, les soins médicaux, la sécurité publique, les réseaux téléphoniques, l’électricité, l’eau courante, les loisirs et les marchés, à la grande majorité des personnes qui ne les reçoivent pas encore et restent dispersées à travers les régions rurales.

5.             VOIES ET MOYENS

DANS L’IMMÉDIAT

• Réaffecter les ressources nationales, sur les critères de la discipline fiscale et de la lutte continuelle contre toutes formes de corruption.

• Renégocier avec la communauté internationale (au cours de pourparlers bilatéraux et multilatéraux) un nouveau programme de coopération mettant l’accent sur la responsabilité et exigeant des comptes rendus réguliers ainsi que le respect des normes et des procédures, dans l’attribution des marchés et tous les achats publics.

• Réduire les dépenses non essentielles dans toutes les activités gouvernementales, y compris les achats de véhicules de luxe et voyages à l’étranger.


À MOYEN TERME

• Entreprendre une réforme fiscale axée sur la simplification et la rationalisation du système de perception des revenus, et sur la lutte continuelle contre la corruption.

• Canaliser systématiquement les ressources financières des expatriés haïtiens (environ cinq cents millions de dollars l’an) afin de promouvoir la croissance de l’économie de leur pays d’origine.

• Renforcer la coopération internationale avec nos partenaires traditionnels, notamment les institutions financières internationales.

À LONG TERME

• Augmenter les recettes grâce à la discipline dans la politique fiscale et à l’élargissement de la base d’imposition.

• Lutter contre toutes formes de corruption et de fraude dans la perception des recettes et les achats publics.

• Poursuivre la coopération extérieure avec nos partenaires traditionnels.

• Continuer à canaliser les ressources financières provenant des expatriés haïtiens.

Grandes lignes de la proposition sur la génération de ressources financières provenant des expatriés haïtiens

L’idée serait de générer des ressources, pouvant atteindre cinq cents millions de dollars l’an, en vue du financement du programme gouvernemental de développement par la vente de « coupons pour le développement » aux expatriés haïtiens. Environ deux millions d’Haïtiens vivent et travaillent à l’étranger. Le programme ciblerait au moins un million d’entre eux, qui seraient incités à visiter Haïti une fois l’an. Il serait ainsi demandé aux Haïtiens vivant à l’étranger d’acheter au moins un « coupon pour le développement » qu’ils pourraient utiliser au cours de leur visite annuelle au pays d’origine. Le coupon leur donnerait accès à toute une gamme de services de transport et d’autres courtoisies, de leur arrivée à l’aéroport jusqu’au moment de leur départ du pays. L’État pourrait engager une entreprise privée pour gérer ce programme.

En conclusion, il est important de répéter que toutes les idées présentées dans le présent document ne peuvent être appliquées avec succès que s’il existe, en Haïti, un état de droit, la justice et la sécurité pour tous, une gestion efficace, la lutte contre toutes les formes de corruption, un partenariat dynamique entre les secteurs public et privé, ainsi que la bonne gouvernance sous la direction d’une équipe de fonctionnaires dont l’intégrité, l’expérience et la compétence sont reconnues. Ce que la communauté internationale devrait offrir aujourd’hui à Haïti, ce n’est pas seulement de l’assistance humanitaire ou financière, mais un réel engagement comme en 1994, afin de nous aider à mettre fin à cette situation inacceptable rejetée par tous les secteurs essentiels du pays.

Les dirigeants de l’opposition démocratique réclament un changement ; la société civile réclame un changement ; les organisations religieuses réclament un changement ; les groupes de défense des droits des femmes réclament un changement ; les syndicats ouvriers réclament un changement ; les associations estudiantines réclament un changement ; les groupements de paysans réclament un changement ; les associations de défense des droits de la personne réclament un changement ; et le peuple haïtien, dans son ensemble, s’attend à un changement. Il convient aussi de préciser, néanmoins, que ceux qui demandent le changement se divisent en deux groupes : les plus radicaux veulent le départ immédiat du chef d’État, tandis que l’autre groupe appelle à un changement dans la manière dont le pays est gouverné, un changement qui aboutisse à un climat de sécurité, de justice et de développement, pour autant que nous ayons un gouvernement dirigé par un Premier ministre indépendant, prêt à assumer les responsabilités que lui confère la Constitution.

Il est important de se rappeler que, selon la Constitution de 1987, c’est le Premier ministre qui doit gouverner, et non le chef d’État. Les opinions formulées par le second groupe pourraient, à mon avis, ouvrir la voie à une solution possible de la crise. Le scénario viable évoqué plus haut pourrait s’articuler autour des opinions de ce groupe. La nation entière ouvre ses bras à ceux qui peuvent et veulent nous aider à organiser des élections fiables, libres et justes, à instaurer l’état de droit ainsi que la justice et la sécurité pour tous, et à désarmer les gangs. Souhaitons tous que quelque chose de positif puisse bientôt être fait en ce sens, avant que notre chère Haïti ne sombre dans une situation semblable à celles qui se sont produites en Somalie, en Sierra Leone, au Kosovo ou au Libéria.

* Ce document contient les principaux points de l’ordre du jour de la conférence et ne présente que les grandes lignes (dans certains cas, un bref aperçu) des sujets qui sont traités de façon plus détaillée dans le texte complet d’

\une proposition sur Haïti.

GERARD R. LATORTUE
grlato@adelphia.net

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Les défis d’Haïti à la veille du Bicentenaire de son Independance Nationale.

Introduction

            Notre pays est en faillite.  La misère chronique de nos masses n’a jamais été aussi grande.  La dégradation de l’écosystème national annonce un désastre écologique sans pareil.  Le corps social est dans un état de délabrement tel, que l’existence même de notre Nation est menacée.

Les cas de viols, vols, assassinats, enlèvement et justice expéditive deviennent partie intégrante du quotidien haitien.  Ces crimes, souvent perpétrés au grand jour et dans l’impunité, créent un climat de peur, défiant l’Etat de droit et menacant de détruire toute la structure sociale du pays.

La hausse du coût de la vie, causée en grande partie par une baisse considérable de la production nationale, menace d’affamer la majeure partie de la population.

En un mot, notre sous-développement chronique, l’insalubrité de nos villes, la délinquance sociale, et l’instabilité politique ont fait de nous des quasi-pestiférés aux yeux de la communauté mondiale.  Haïti, hier encore vers les années 50-60, un modèle pour les peuples alors décolonisés, est devenue aujourd’hui le “contre-modèle” qu’il faut éviter.  Voici en quelques mots d’introduction la triste image qu’offre notre pays à la veille presque du bi-centenaire de la proclamation de notre indépendance nationale.

Déjà en Decembre 1903, le docteur Rosalvo Bobo décrivait une situation similaire en Haiti à la veille du centeanaire de notre indépendance.  Il espérait alors que faute de pouvoir célébrer le premier centenaire de l’indépendence parce que nous avons failli a notre tâche, nous aurions été en mesure d’avoir quelque chose à célébrer en 2004. Malheureusement le constat d’échec est aussi cuissant aujourd’hui qu’il ne l’était en Decembre 1903.

Mon objectif, ce soir, est d’une part, d’analyser avec vous le plus grand des défis auxquels fait face la Nation Haitienne aujourdh’hui; et d’autre part, de proposer, au fur et à mesure que nous avancons, dans l’analyse, des mécanismes concrets  et des propositions specifiques pouvant nous aider à relever ce grand défi qu’est la modernisation des structures politiques, économiques et sociales de notre chère Haiti.

A. Modernisation des structures politiques

q       le rêve démocratique          

q        le régime des partis politiques

q       la décentralisation de l’administration publique

q       l’organisation d’élections libres, démocratiques et transparentes

q       Le système judiciare

q       L’éducation civique de la population

q       Le secteur privé et la société civile

q       Les syndicats d’ouvriers et les mouvements de paysans

q       La presse

q       En conclusion quelle démocratie et pour qui?

 

B. Modernisation des structures économiques.               

                  La modernisation des structures économiques requiert essentiellement que nous apportons une solution aux problèmes de la production nationale tant sur le plan agricole, que sur le plan industriel et celui des services dans un environnement compétitif.

1. Modernisation du Secteur Agricole         

La modernisation du secteur agricole sera grandement facilitée si les preconditions suivantes sont remplies:

q       Etablissement du cadastre national, protection des terres et reboisement ;

q       Mise à disposition d’engrais et de pesticides a des prix abordables sous la supervision de techniciens agricoles ;

q       Réforme agraire encourageant le regroupement des terres et protection de la propriéte terrienne ;

q       Mise à disposition  des cultivateurs ou des fermiers d’équipement et de machines agricoles sous un régime de location ou de location vente ;

q       Construction de marchés ruraux disposant de capacité de storage et de conservation ;

q       Construction systématique de routes reliant les centres de production agricole aux centres de distribution;

q       Crédit agricole à des conditions préferentielles.

q       Construction de mini barages dans les zones rurales produisant de l’électricité pour les besoins de l’agriculture et pour rendre la vie dans les zones rurales plus attrayantes ;

q       Construction de points de retenue d’eau et de canaux d’irrigation pour que les agriculteurs ne dependent pas exclusivement des pluies pour irriguer leurs terres.

q       Construction de ports de pêche modernes

q       Dévelopement de l’aquaculture

q       Elevage     

       Les objectifs d’un tel programme de modernisation du secteur agricole sont multiples.  Nous pouvons en citer quelques uns:

§         Augmenter la production et la productivité agricoles ;

§         Réduire la dépendance alimentaire et augmenter la sécurité alimentaire;       

§         Créer des emplois et de meilleures conditions de vie dans les zones rurales ;

§         Décourager l’exode rural vers les centres urbains ou vers les pays étrangers ;

§         Réduire le coût de la vie et le volume des importations de produits alimentaires.

2. Modernisation du secteur industriel        

            Dans le secteur industriel, la priorité devrait être accordée à la promotion et a la création d’un réseau de petites et moyennes entreprises sur toute l’étendue du territoire national, autant que possible à l’interieur de petits domaines industriels ou de zones industrielles ou même de zones franches. Une impotance particulière devrait être accordée à la transformation ou à la conservation de ressources naturelles ou agricoles existantes dans le pays. Envisageons  quelques exemples de sous-secteurs à considérer en priorité.

q       Matériaux de construction (ciments, briques et marbres) ;

q       Agro-industries, y compris la conservation ou la transformation de fruits et legumes pour la consommation locale ou pour l’exportation ;

q       Industries métallurgiques et mécaniques ;

q       Industries pharmaceutiques y compris l’industrialisation des plantes medicinales et la fabrication de medicaments génériques non proteges par des patentes  en coopération avec l’OMS et l’OMC ;

q       Huiles vegetales ;

q       Huiles essentielles ;

q       Produits textiles surtout pour l’industrie d’assemblage ;

Il reste entendu que le succes de la modernisation du secteur industriel suppose un certain nombre de conditions dont les 3  principales sont:

§         un environnement politique et économique stable qui maintienne la paix sociale, garantisse la sécurité de tous et protége les droits acquis de tous les agents economiques y compris ceux des travailleurs ;

§         un état de droit dans lequel la loi est une pour tous et l’unique manière de résoudre les conflits est la négociation ou l’arbitage ou l’intervention des tribunaux ;

§         une lutte sans merci contre la corruption sous toutes ses formes y compris la contrebande ou les fraudes fiscales.

3. Modernisation du secteur des services

q       Tourisme

§         problèmes du secteur : insecurite, insalubrite, etat défectueux des infrastructures de communication , budget inadéquat affecté à la promotion et à la publicite ;

§         produit touristique : plages et beautes naturelles ; écotourisme ; tourisme culturel et historique ;

§         rôle de la diaspora dans la promotion d’un tourisme national et dans des investissements dans le secteur à l’interieur des differentes régions du pays ;

§         création de PARADORES à travers le pays en vue de favoriser le développement du tourisme local et d’encourager les touristes venus de l’étranger à visiter les differentes régions du pays ;

§         développement du tourisme sur les principales îles adjacentes du pays (  La Gonave, La Tortue et l’Ile a Vache ). Un tel programme requiert des investissements enormes dans la construction de nouvelles infrastructures  telles que des routes,des aeroports,des hotels, des amenagements portuaires, des travaux d’adduction d’eau potable et de generation d’electricite , par exemple .Un tel programme d’investissements pourrait être financé et executé  par le secteur privé haïtien en partenariat avec les haïtiens vivant à l’étranger.

 

q                   Nouvelles technologies d’information

§         téléphone et cartes d’appel téléphonique ;

§         électronique ;

§         traitement de données ;

§         promotion des cyber cafés.

q       Assurances, Banques et Services Financiers

§         création de nouvelles sociétés d’assurances nationales ;

§         réorganisation du secteur bancaire pour promouvoir le financement du développement ;

§         organisation du secteur financier en vue de la création d’une bourse des valeurs.

 

q       Firmes privées de Consultants

§         firmes de gestion et d’audit d’entreprises

§         firmes d’ingénierie pour les projets d’infrastructure et de développement

q       Sport, Art, Musique et Folklore

§         promotion des artistes et de leurs œuvres ;

§         promotion systématique de la musique haïtienne et protection des droits d’auteurs

§         réorganisation et promotion de troupes folkloriques

§         promotion du sport dans toutes les régions du pays ;

§         promotion du livre haïtien.

4. Modernisation des structures sociales.

La modernisation des structures sociales passe par des réformes profondes dans les domaines suivants:

q       éducation nationale dans sa partie primaire, secondaire et universitaire ;

q       formations professionnelles ;

q       politique de santé et d’hygiène publiques ;

q       qualité de la vie de la population ;

q       protection des travailleurs ;

q       Construction de routes sur toute l’étendue du territoire reliant les différentes régions ;

q       mise en place d’un système d’assurance et de sécurité sociales ;

q       système de pension pour les fonctionnaires publics et les travailleurs du secteur privé.

5. Modernisation des Infrastructures

q       construction d’autoroutes reliant les différentes régions du pays ;

q       utilisation des différentes sources d’énergie pour satisfaire les besoins des ménages aussi bien que ceux de l’industrie, du commerce, de l’agriculture et de l’administration publique ;

q       production d’eau potable y compris la désalinisation de l’eau de mer et traitement des eaux usées ;

q       construction de ports et d’aéoports modernes ;

q       construction de marchés publics ;

q       construction de complexes sportifs ;

q       construction d’écoles ; de bibliothèques, et de centres professionnels ;

q       construction d’hopitaux, de maternités,  et de centres de santé.

Conclusion

            Haiti fait face à d’énormes défis à la veille de la célébration du bi-centenaire de son indépendance nationale. C’est seulement dans un climat de dialogue et de serénité que nous arriverons à identifier et à mettre en oeuvre des solutions durables. Chacun de nous devrait s’élever au dessus de ses convictions idéologiques et de son appartenance à un parti politique pour voir les intérêts à long terme de la Nation haïtienne et du peuple haïtien. L’organisation d’un  DIALOGUE NATIONAL  pourrait être le  VEHICULE  pour arriver à un consensus national. Ce consensus, une fois établi, devra faciliter une plus grande mobilisation et une meilleure allocation des ressources nationales disponibles pour le développement. Une nouvelle politique de coopération internationale, basée sur des priorités préalablement établies, devrait  pouvoir fournir le complément nécessaire au financement du programme de modernisation.

   Gerard R. Latortue

9 février 2003

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Interview Avec Gerard Latortue

Le regard amusé, le sourire sincère, Gérard R. Latortue est ce que j’appelle un mandarin ; un homme moral, sympa, raffiné, doté d’une belle culture et doué d’une intelligence peu commune. Et selon un autre critère de classement, il réunit plusieurs aspects de la vie humaine qui le définissent dans l’usage quotidien : Economiste, professeur, Chercheur, Diplomate, Consultant financier et Conférencier à travers le monde.

Gérard R. Latortue, originaire des Gonaives est un économiste par profession. Il a eu une brillante carrière d’enseignant universitaire en Haiti et à Puerto Rico où il avait enseigné les sciences économiques. Il joint l’Organisation des Nations-Unies pour le Développement Industriel (ONUDI) en 1972 où il est resté jusqu’en 1994. Au cours de sa carrière à l’ONUDI, il assuma respectivement les fonctions de chef du Service de Planification et de Politique Industrielles. Chef de Services des Négociations. Directeur de Système de Consultations et Directeur Principal.

En résumé, Monsieur Latortue a occupé de très hautes fonctions au niveau national ( Ministre des Affaires Etrangères de la Coopération Internationale et des Cultes) : au niveau régional comme Secrétaire Général de l’Association des Universités et Centres de Recherches de la Caraïbe ( UNICA) et au niveau international comme Managing Directeur à l’ONUDI. Voilà le long et fructueux parcours d’un technicien pour lequel on prendrait volontiers plaisir à suivre en exemple et sur lequel il serait bon de méditer.

Dialogue avec M. Gérard R. Latortue

Par Marie-Hélène Rameau

Pluriel Magazine. : Monsieur Gérard R. Latortue, la Chambre de Commerce et d’Industrie a inauguré ‘’Les mercredis d’affaires ‘’ : Espace de débats et d’échanges d’idées à Kinam Hôtel. Le thème choisi : Secteur privé et Coopération internationale - quoique complexe, relevait de votre compétence dans ce domaine. Quel est donc l’impact de cette Coopération dans le développement d’Haiti et quels sont les secteurs qui, d’après vous, devraient être les ténors pour la réussite des programmes et des projets ?

G.R.L : A l’invitation de la Chambre de Commerce et d’Industrie je me suis rendu à Port-au-Prince pour prononcer une conférence sur le thème : « Secteur Privé : Nouvelle Donne de la Coopération Internationale ». J’ai accepté avec plaisir cette invitation parce que je considère le thème choisi comme étant d’une grande importance pour notre pays. En effet, de nos jours, il devient évident que si la Coopération Internationale doit avoir un impact sur le développement des pays en développement, il faudra qu’elle associe le Secteur Privé dans les différentes étapes du processus de la coopération. Bien concrètement, cela veut dire que la Communauté Internationale ne devrait plus continuer à considérer le Secteur Public (l’Etat) comme son partenaire exclusif dans la coopération au développement. Il est souhaitable que le Secteur Privé soit associé à la définition des priorités, à la sélection des programmes et projets et enfin soit partie prenante dans l’exécution, le suivi et l’évaluation de ces programmes et projets.

C’est un fait que l‘Etat, par instinct de conservation, peut-être, commencera par résister et ne voudra pas perdre ses privilèges exclusifs dans le domaine de la coopération internationale. Mais les résultats obtenus jusqu’ici sont tellement insignifiants, il faudra bien que l’on se rende à l’évidence et que nos partenaires, surtout ceux de l’UNION EUROPÉENNE, finalement réclament la participation du Secteur Privé et des Entreprises dans le processus de mise en place d’un programme de coopération.

P.M. : Pouvez-vous définir pour nos lecteurs la Coopération Internationale ?

G.R.L : La Coopération Internationale est l’assistance que nous apportent des pays amis ou des institutions internationales pour nous aider à réaliser notre programme de développement. Quand la coopération est apportée par un seul pays, elle est dite bilatérale. Quand elle est apportée par une organisation internationale, elle est dite multilatérale.

Quelle soit bilatérale ou multilatérale, la coopération internationale ne devrait être qu’un complément à l’effort national dans le but d’aider à la réalisation d’un plan ou d’un programme de développement élaboré par les autorités gouvernementales en collaboration avec le secteur privé et avec la participation des populations concernées.

P.M. : Quels sont dans les faits les secteurs concernés qui participent effectivement dans les activités de Coopération internationale ?

G.R.L : Pour le moment, seul le secteur public participe vraiment à la formulation de la politique de coopération, à la définition des priorités, à la sélection des projets et à la gestion de l’aide octroyée. Les résultats de cette forme de coopération chez nous sont connus. Ils sont pratiquement nuls. Au mieux, on peut constater un certain saupoudrage fait avec les ressources octroyées par la coopération internationale dans certains domaines tels que : la santé publique, l’éducation ou encore le développement rural.. Personne ne peut vraiment mesurer l’impact de l’aide internationale octroyée au pays durant les dix (10) dernières années, même au-delà…

P.M. : Par quels moyens peut-on rendre plus efficace la Coopération internationale et assurer une meilleure gestion de l’aide octroyée au pays ?

G.R.L : Il faudra, à mon avis, profiter du blocage actuel de l’aide étrangère pour réfléchir comment redémarrer la coopération internationale sur de nouvelles bases.

En tout premier lieu, il nous faut bien préparer un plan de développement définissant les grandes priorités nationales, sectorielles et régionales avec la participation de tous les agents économiques. En second lieu, les grands axes de la coopération devront être définis selon les priorités préétablies dans le cadre d’un partenariat avec le Secteur Privé. En troisième lieu, dans le but d’éviter des doubles emplois, l’ensemble du plan de développement devrait être discuté avec nos partenaires et la répartition de l’aide faite selon l’intérêt sectoriel ou régional de chacun ou d’un groupe de nos partenaires. Il faudra, grâce à une coordination efficace de l’aide externe, éviter que tous les partenaires interviennent dans le même secteur ou dans la même région. Autant que possible, il faudra s’assurer que la Coopération internationale contribue à la décentralisation administrative et économique du pays suivant la lettre et l’esprit de la Constitution de 1987.

Enfin, il serait souhaitable de créer une institution autonome, du genre de l’Unité Centrale de Gestion (U.C.G) responsable du suivi, de l’exécution et de l’évaluation des activités de coopération. Une telle institution, financée sur les fonds de coopération, aurait la responsabilité de rendre compte périodiquement aux Agences d’aide et de coopération de l’exécution des projets, de respecter les règles et procédures de ces Agences concernant la transparence et enfin d’établir et de faire respecter les règlements généralement acceptés dans la passation des marchés publics.

P.M. : Quelle reconsidération à votre avis, la Communauté Internationale devrait-elle faire pour le redémarrage enfin du développement d’Haiti et de son économie ?

G.R.L : La Communauté Internationale aurait intérêt à guider le gouvernement dans la formulation d’une nouvelle politique de coopération et dans la coordination de l’aide externe. Le PNUD a une très grande expérience dans ce domaine. Il est dans l’intérêt de tous nos partenaires que les ressources fournies au titre de la Coopération internationale contribuent au développement durable du pays, à la création d’emplois productifs, à la génération de revenus, à la bonne gouvernance, à la protection de l’environnement et à la modernisation des infrastructures du pays.

Les représentants des Agences de Coopération ont aussi intérêt à ce que le pays dispose d’un plan de développement et que tous les projets de coopération relèvent des priorités établies dans ce plan. Ils n’ont aucun intérêt à encourager des demandes d’aide ad hoc venant d’un Ministre ou même du Président de la République si cette demande ne relève pas des priorités préétablies, sauf en cas d’urgence ou de catastrophes naturelles non prévisibles.

P.M. : Avez-vous en tête quelques bons projets indispensables à la relance économique et sociale du pays ?

G.R.L : Un bon projet est un projet qui a été retenu parmi les grandes priorités nationales, sectorielles ou régionales établies dans le plan national de développement. Il faut préciser qu’ici référence est faite non à des plans généralement préparés par les bureaucrates dans leurs bureaux. Il s’agit plutôt d’un plan qui serait établi à la suite de discussions avec tous les agents économiques et les groupes socio-économiques des différentes régions du pays. En un mot, il s’agit d’un plan avec participation populaire.

Dans le cas d’Haïti, et compte tenu de la faiblesse des infrastructures économiques, nous pouvons suggérer une liste limitée de « bons projets » indispensable à la relance économique et sociale du pays, à savoir :

Production d’énergie pour satisfaire les besoins des ménages, des entreprises et de l’administration publique sur l’ensemble du territoire national.

Construction d’un réseau de d’autoroutes reliant l’ensemble des régions du pays, comme par exemple :

Port-de-Paix - Gonaïves - Port-au-Prince

Ouanaminthe - Cap - Gonaïves

Cap - Hinche - Port-au-Prince

Port-au-Prince - Cayes - Jérémie

Port-de-Paix - Fort-Liberté

Construction des chemins vicinaux reliant les centres de production agricole aux centres de commercialisation.

Construction des points de retenue d’eau et de canaux d’irrigation et de drainage pour satisfaire les besoins de l’agriculture.

Décentralisation des activités économiques notamment par la mise en valeur de nos îles adjacentes dont l’Ile de la Gonâve, l’Ile de la Tortue, et l’Ile à Vache. Ces îles peuvent devenir des points stratégiques pour un renouveau de l’industrie touristique et de nouveaux pôles de croissance, de développement économique et social.

Voici quelques exemples de « bons projets ». Nous devons éviter de trop demander et surtout de tout demander à la coopération. Si on le fait, le résultat est connu d’avance. Ce sera du saupoudrage. Nous devons plutôt concentrer nos requêtes à des activités pouvant avoir des effets multiplicateurs. Ceci est possible, si nous rentrons dans un dialogue franc, sérieux et ouvert avec l’ensemble de nos partenaires et amis. Cela ne veut pas dire évidemment que les autres activités de santé, de logements sociaux, d’habitat, ou d’éducation ou encore de protection de l’environnement devraient être ignorées ou laissées de côté.

P.M. : Pensez-vous que le secteur privé d’aujourd’hui soit prêt à jouer ce rôle dans le cadre de la coopération internationale ?

G.R.L : Oui, je pense que le secteur privé a le potentiel de jouer ce nouveau rôle dans la coopération internationale. Il faudra qu’il se regroupe, qu’il se modernise et qu’il accepte d’investir davantage dans le pays. Le secteur privé haïtien manque aujourd’hui de dynamisme et a trop peur d’investir. Aujourd’hui, le moment est venu pour qu’il se reprenne et tienne compte des nouvelles opportunités que lui offre l’ouverture des marchés américains, latino-américains et caraïbeens. La nouvelle génération d’hommes d’affaires haïtiens et les jeunes loups de la diaspora haïtienne peuvent conjuguer leurs efforts, leurs investissements et leur expérience pour lutter contre la pauvreté en Haïti, augmenter la production nationale, encourager de nouvelles exportations et promouvoir l’industrie du tourisme.

Le secteur privé doit pouvoir jouer ce rôle s’il accepte à s’ouvrir et à abandonner certaines pratiques du passé, liées à la corruption des agents de l’Etat et à la recherche de privilèges. Le temps des privilèges est révolu. Il doit pouvoir, sans complexe, revendiquer son droit légitime en tant que créateur d’emplois, et générateur de revenus.

Les gouvernements APC (Afrique, Caraïbes, Pacifiques) des Caraïbes se sont déjà engagés auprès de l’Union Européenne à faire en sorte que les opérateurs privés soient intégrés à la formulation et à la mise en œuvre des programmes indicatifs par pays. Ceux-ci doivent donc saisir l’occasion qui leur est offerte, surtout quand on sait que l’Union Européenne n’est pas la seule organisation internationale à vouloir impliquer le secteur privé dans la Coopération Internationale. Le programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), la Banque Mondiale ou encore l’USAID, seraient prêts à aller dans le même sens.

P.M. : Pour conclure, M. Latortue, quel conseil donneriez-vous aux secteurs concernés, et quels sont vos souhaits pour un bon démarrage économique du pays ?

G.R.L : Le conseil que je voudrais donner, Marie-Hélène, est de rappeler que seul un partenariat sincère et efficace entre le secteur public et le secteur privé peut garantir l’insertion de l’économie haïtienne dans l’économie régionale et mondiale.

Il faut que l’Etat se décide à moderniser les structures politiques, économiques et sociales du pays en appliquant les règles et pratiques de la bonne gouvernance, en respectant les droits de l’homme, en garantissant la sécurité de tous, en protégeant l’environnement, en créant dans le pays un climat favorable à la promotion des investissements privés et en assurant la justice à tous.

De son côté, le Secteur Privé devra aussi se moderniser en développant le sens de la recherche permanente de l’efficacité, en respectant les règles du jeu de la concurrence et en mettant en place des programmes de formation et de motivation des ressources humaines. Bref, le secteur privé devra sortir des pratiques habituelles de faire… des affaires. Il devra se transformer en une nouvelle classe d’hommes et de femmes d’affaires modernes, dynamiques, expérimentés, respectueux des lois et des procédures, capables de négocier avec les syndicats des travailleurs et enfin désireux de prendre les risques généralement associés au développement économique et social d’Haïti. Voilà, en résumé, mes souhaits pour un bon démarrage du pays à la veille de la nouvelle année ‘’2003’’ et du bicentenaire de la création de la nation haïtienne.

P.M. : Avec des hommes de bonne volonté… des hommes comme vous, M. Gérard Latortue, il n’y a pas de doute que notre pays pourrait à nouveau renaître de ses cendres. Mais il faut toujours signaler que ‘’Les Droits de l’Homme, la Bonne Gouvernance et la Démocratie sont des bases incontournables pour améliorer les conditions de vie du citoyen

Propos recueillis par

Marie-Hélène Rameau

 

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