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Archives d"Editoriaux #18

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« Opérations mains propres »   Editorial de Haiti Observateur

La lettre aux intellectuels par Gérard Dorcely

LE BATONNIER DE L'ORDRE DES AVOCATS DE PORT-AU-PRINCE

Des journalistes haïtiens à l'Assemblée nationale française 05/28/2002  

« Opérations mains propres »   
Editorial de Haiti Observateur

 Donnons 10 sur 10 à Jean- Bertrand Aristide pour avoir fait preuve d’une imagination fertile. Il nous régale d’un nouveau slogan : « Opération mains propres ». C’est le der­nier cri de guerre qu’il a bran­di contre la corruption endé­mique qui caractérise son ad­ministration.

A bien considérer le dossier d’Aristide, on peut se mo­quer de cette nouvelle trou­vaille en guise de mission. C’est le même individu qui nous a donné des perles comme « justice, transparence   et  participation », « le capita­lisme est un péché mortel »,  « sécurité matin, midi, soir a-gogo », « zéro tolérance pour les criminels » et « au lieu de réussir sans le peuple, je pré­fère périr avec le peuple ».

L’on comprend pourquoi le beau parleur est tourné en ridi­cule à la mention de son nou­veau slogan. Des commentai­res, les uns plus dérisoires que les autres, qui se font entendre au sujet du nouveau slogan, nous retenons celui-ci qui est plutôt fondamental : « Com­ment des mains sales peuvent-elles entreprendre une   opération mains pro­pres ? »

Aristide lança son plus ré­cent slogan, le 22 mai dernier, lors d’une visite au quartier général de l’Électricité d’Haïti (Ed’H). Il avait profité pour dénoncer la « corruption » ré­gnant dans cette boîte d’État qui sert de vache à lait, comme la Téléco, l’Autorité portuaire nationale et autres qui fournis­sent du cash à Aristide sans aucun contrôle.

Alors rentre en scène le nouveau directeur de l’Ed’H, Jules André Joseph, qui aurait dénoncé son prédécesseur, Jean François Sildor, de dé­tournement de fonds. Ainsi, la visite du 22 mai d’Aristide à l’Ed’H n’était qu’une mise en scène en vue de ce qu’on mi­jotait pour le lendemain. En effet, le 23 mai, Sildor a été arrêté et jeté en prison où il a passé 24 heures. Une vague mention de 250 mille dollars alimente   les   rumeurs, mais il   n’y  a pas d’explication officielle concernant les « pé­chés » commis par Sildor.

Certains observateurs avan­cent que Sildor n’aurait pas répondu à temps et positive­ment à une dernière demande du « chef suprême » qui vou­lait du cash instantanément. Est-ce pourquoi ce dernier ordonna la révocation de Sil­dor et son remplacement par Jules André Joseph, considéré « plus loyal ».

Sildor a-t-il payé une forte somme pour obtenir sa libéra­tion en si peu de temps ? Per­sonne ne le dira, car il est presque impossible de péné­trer les secrets de ces opéra­tions mafieuses.

Mais on se demande com­ment il fait que ce soit le « pré­sident »  du  pays – et non la justice ou la Cour supérieure des Comptes – qui prend les   devants en pareil cas !

Ceci confirme que la jus­tice est vraiment dysfonction­nelle et se trouve sous la couple réglée de l’Exécutif. Un Exécutif qui se résume à une seule personne – Aristide – qui, les mains toutes sales, a mis de côté le Premier mi­nistre, d’ailleurs sa propre création. De même a-t-il mis sous son contrôle direct le di­recteur de la Police nationale, Nesly Lucien, son ancien garde du corps, placé au som­ment de la police pour exécu­ter seulement des ordres.

Outre toutes ces considéra­tions, Aristide n’a pas l’autorité morale pour entreprendre une « opération mains pro­pres ». Il devrait d’abord pro­céder à sa propre purification. Car, Aristide et ses grands mangeurs, tels l’ex-président René Préval, ses Premiers mi­nistres, ministres, secrétaires d’État et sous-secrétaires d’État, n’ont jamais fait état de leurs comptes en biens – meu­bles et immeubles –, selon les articles 238, 279 et 279-1 de la Constitution de 1987 en vi­gueur. La presque totalité de ces pachas possèdent châteaux en Haïti et à l’extérieur au coût de millions de dollars. Com­ment peuvent-ils s’adonner à de telles extravagances, vu leurs salaires dérisoires ?

Pour être spécifique, Aris­tide devrait expliquer com­ment son salaire mensuel de président de 10 mille dollars lui a permis de devenir multi-millionnaire dans le pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental dans moins d’une décennie ! Comment a-t-il pu transformer sa propriété à Ta­barre d’un carreau de terre sur lequel était érigée une maison modeste en ce domaine de 15 carreaux avec un palais évalué à un million et demi de dollars U.S.? Combien a-t-il déboursé pour sa plus récente acquisi­tion – le château à la Mon­tagne Noire, au haut de Pétion-Ville ? Où sont passés les 20 millions de dollars de Taïwan versés en 1995 pour la construction de la route de Carrefour et de l’hôpital Simbi dans la même zone ?

A-t-il jamais fourni de comptes sur plus de 75 mil­lions de dollars de royalties provenant   des  appels télé­phoniques internationaux, somme qu’il avait reçue quand il était en exil à Washington ? Qu’a-t-il fait des deux millions de dollars qu’il recevait chaque mois des réserves du pays dans la Banque fédérale cen­trale des E.U.? Ceci, après la signature,   en   juillet  1993, de l’Accord de Governors’ Island !

Nous laisserons de côté les « petits projets de la prési­dence », un programme conçu par Aristide après son retour en Haïti en 1994, pour enrichir ses amis du clergé et autres membres de la famille. Envi­ron 800 millions de gourdes ont été engloutis dans ces pro­jets taillés sur mesure.

Aristide se souillait les mains bien avant d’assumer la présidence, le 7 février 1991. Nous, à Haïti-Observateur, avions présenté, preuve à l’appui, le chèque de cent mille dollars de l’ambassadeur taïwanais à Aristide, indiquant par là la duperie du « prêtre des bidonvilles » qui se disait peu intéressé à l’argent. Un deuxième chèque d’un mon­tant de deux millions de dol­lars de ce même Taïwanais était émis à l’ordre de Lafanmi Selavi sur la demande d’Aristide. Par la suite, cet orphelinat personnel du prêtre défroqué a été fermé pour « restructura­tion ».

Le « premier million pour Titid », selon Haïti Progrès, dans le temps l’organe préféré du mouvement Lavalas, prove­nait de VOAAM (« Voye Ayiti Monte »), cette vaste collecte de fonds qui avait eu lieu en diaspora durant les premiers mois de la présidence d’Aristide. On n’a jamais eu de comptes sur le montant et la disposition de ces fonds !

De plus, le Miami Herald avait rapporté qu’Aristide dé­bourse actuellement neuf mil­lions de dollars l’an pour 60 gardes du corps américains, recrutés parmi d’anciens sol­dats des « Forces spéciales » U.S. (Un autre million de dol­lars pour des armes ainsi que deux millions pour le loge­ment et le transport – y-com­pris l’usage d’hélicoptères – porte le total à 12 millions de dollars pour la sécurité d’Aristide, soit un million de dollars par mois).

Alors quelle « opération mains propres » Aristide peut-il   entreprendre,  si elle ne commence  pas par lui-même ? Ou bien veut-il nous dire : « Faites ce que je vous dis de faire, mais pas ce que je fais ? »

L’hypocrisie d’Aristide dé­passe les bornes. Ainsi, de plus en plus il s’entend dire : « Vos actions parlent si bruyam­ment que personne n’entend pas ce que vous dites ! »

 

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La lettre aux intellectuels par Gérard Dorcely

Mon cher Bob,

Avec ces échanges d'opinion  que tu facilites, tu vas devenir une courroie démocratique. De proche en proche, tes internautes sont en train de déblayer le terrain pour signaler quelques aspects de la problématique haitienne. Il y a quelques jours M. Killick faisait ressortir la nécessite d'élever le débat politique; pour moi c'était un point fort. Un autre point fort vient d'être soulevé par M.Tassy dans le troisième point de son accusé de réception à ma suggestion.Avec ces échanges d'opinion  que tu facilites, tu vas devenir une courroie démocratique. De proche en proche, tes internautes sont en train de déblayer le terrain pour signaler quelques aspects de la problématique haitienne. Il y a quelques jours M. Killick faisait ressortir la nécessite d'élever le débat politique; pour moi c'était un point fort. Un autre point fort vient d'être soulevé par M.Tassy dans le troisième point de son accusé de réception à ma suggestion.

Je vais essayer de répondre au premier point et faire un bref commentaire sur le deuxième  avant de faire une autre suggestion sur le troisième.

Je commence par reproduire in extenso la lettre au risque d'être très long contrairement à mes habitudes.

 Chers Compatriotes,

La démocratie "one size fits all" imposée par les forces militaires d'occupation, a jeté le pays dans le chaos et le desordre. La violence politique et le banditisme social rendent inquiets les honnêtes citoyens. L'autorité de l'Etat s'effrite chaque jour davantage pour faire place au caciquisme. Bref le pays est retourné au moyen-age pour entrer à reculons dans le nouveau millénaire.La démocratie "one size fits all" imposée par les forces militaires d'occupation, a jeté le pays dans le chaos et le desordre. La violence politique et le banditisme social rendent inquiets les honnêtes citoyens. L'autorité de l'Etat s'effrite chaque jour davantage pour faire place au caciquisme. Bref le pays est retourné au moyen-age pour entrer à reculons dans le nouveau millénaire.

L'échec est patent, visible, voire tangible. Mais la situation est réversible, si vous, Hommes et Femmes, qui représentez les élites dirigeantes, vous ne vous contentez pas seulement d'être des politiciens, mais aussi des Hommes d'Etat qui, selon la définition attribuée à Sir Winston Churchill,"pensent aux générations futures", tandis que "les politiciens pensent aux prochaines élections." L'échec est patent, visible, voire tangible. Mais la situation est réversible, si vous, Hommes et Femmes, qui représentez les élites dirigeantes, vous ne vous contentez pas seulement d'être des politiciens, mais aussi des Hommes d'Etat qui, selon la définition attribuée à Sir Winston Churchill,"pensent aux générations futures", tandis que "les politiciens pensent aux prochaines élections." 

En effet, en préparant les prochaines compétitions électorales, vous pouvez former un CAMP de SALUT PUBLIC, sous l'égide de la Société civile et sur la base d'une trêve politique pendant dix années consécutives et d'un programme de gouvernement.

Le Camp de Salut Public regroupera, outre les partis politiques, les associations professionnelles, les syndicats, les groupements de jeunesse, les associations paysannes, les associations féminines, les dénominations religieuses et toutes autres associations légalement constituées.

La cessation de toute lutte politique partisane pendant dix années permettra de déterminer avec sérénité et objectivité les institutions nécessaires à la praxis démocratique, de mettre en train le processus de construction de l'Etat-Nation, d'établir les fondements du redressement économique.

La formation et la gestion du Camp de Salut Public ne seront pas choses faciles. Mais vous devez vous rappeler qu'aucun sacrifice n'est trop grand quand l'enjeu est le sauvetage national. Les rancœurs, les haines, les offenses personnelles seront vite oubliées, car si dans la vie privée l'on choisit ses amis, dans la vie publique c'est l'histoire qui impose les interlocuteurs.

La trêve politique, le dialogue, la concertation et un programme de gouvernement peuvent aider à arrêter l'érosion nationale et préparer un meilleur avenir aux générations montantes.

Parodiant Jacques Roumain dans "Gouverneurs de la Rosée", je vous dirai en conclusion que c'est le moment de sarcler l'esprit partisan pour planter l'esprit national et faire germer la Nouvelle Haiti de Liberté et de Justice sociale.

Patriotiquement votre,

Gérard Dorcely

Orlando, Florida, Decembre 1999

 Cette lettre a fait l'objet de débats dans plusieurs émissions de radio à Orlando et dans une émission de La Voix de l'Amerique, il y eut les opinions de M. Gérard Pierre Charles, de l'actuel Premier Ministre M.Yvon Neptune, de M.Claude Moise.

M.Neptune avait rejeté d'un revers de la main cette proposition en disant que la volonté du Peuple doit toujours prévaloir. Les deux autres intervenants étaient en gros d'accord avec la proposition tout en formulant certaines réserves portant notamment sur la durée de la trêve.M.Neptune avait rejeté d'un revers de la main cette proposition en disant que la volonté du Peuple doit toujours prévaloir. Les deux autres intervenants étaient en gros d'accord avec la proposition tout en formulant certaines réserves portant notamment sur la durée de la trêve.

Quant au deuxième point, je vous dirais que l'essentiel est de trouver les fonds nécessaires. L'idéal serait qu'ils viennent d'Haïtiens; mon expérience personnelle de la coopération internationale m'a révélé que, pour financer des projets sérieux, il faut compter sur la gourde. La coopération internationale finance les projets qu'elle a identifiés et étudiés sans référence au plan national. Mais cela ne veut pas dire que je n'accepterais pas un financement international.

Le troisième point me parait d'une extrême importance, car dans le processus démocratique, les partis politiques jouent un rôle fondamental. Les commentaires de M.Tassy me paraissent très judicieux. Si un parti politique est fondé pour promouvoir la candidature de son fondateur à une fonction élective, il devient une affaire privée. Or un parti politique est une institution publique; il doit avoir un objectif d'intérêt général, même s'il vise en tout premier lieu la prise du pouvoir politique. il n'est pas question de satisfaire les ambitions personnelles d'un individu.

Puisque nous y sommes, ne serait-il pas opportun de lancer l'idée de la formation d'un parti politique, institution publique, avec une organisation démocratique, prévoyant des élections à intervalles réguliers pour choisir les dirigeants du parti et avec une structure géographiquement décentralisée. Ce serait à mon humble avis poser la première pierre de l'édifice démocratique en Haiti et un legs précieux aux générations à venir.

Pensez-y M.Tassy, vous qui, comme M.Jourdan, faites de la prose sans le savoir; car vous avez contribué à élever le débat politique. Comme la lettre ci-dessus reproduite, la suggestion faite au paragraphe précédent est une bouteille à la mer. Que les internautes donnent leur avis!

Bob, je te remercie de ton hospitalité. A Bientôt

Gérard Dorcely

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LE BATONNIER DE L'ORDRE DES AVOCATS DE PORT-AU-PRINCE

Palais de Justice, Rue Monseigneur Guilloux
Port-au-Prince Haïti W.I  tél : (509) : 222-5274
Palais de Justice le 19 mai 2002

Email : rigduplan2001@yahoo.com

Révérend Pasteur de l'Eglise Catholique
Monsieur le Président de la Cour de Cassation de la République
Monsieur le Représentant de la Chambre des Députés
Honorables Magistrats de l'Ordre Judiciaire et Administratif
Honorables Magistrats et Confrères américains
Chers Collègues Bâtonniers
Distingués Confrères et Consours du Barreau de Port-au-Prince et des autres Barreaux de la République
Distingués invités, membres de la Société Civile et de la Coopération Internationale
Mesdames et Messieurs

Ce matin, nous voilà arrivés au terme des festivités marquant la St. Yves 2002, par la célébration de cette messe traditionnelle consacrée à Yves Héloury de Kermartin,  mieux connu sous le nom de Yves de vérité, ce grand humaniste, Homme d'Eglise, prestigieux Avocat et Magistrat dont la renommée a traversé les siècles. C'est l'occasion pour nous de remercier humblement le révérend père Garcia BRENEVILLE qui, avisé dans un court délai, a bien voulu nous accompagner à cette cérémonie religieuse. Yves Héloury de Kermartin, né à Tréguier en Bretagne le 12 Octobre 1253 étudia pendant dix ans, la Théologie et le Droit, à l'Université de Paris, à l'époque où Saint Thomas d'Aquin y enseignait la Théologie. Il entreprit ensuite des études de Droit Civil pendant deux ans à l'Université d'Orléans.  Dès l'âge de 27 ans, il se vit confier la charge d'Official, poste particulièrement important puisqu'il était appelé à juger des questions religieuses ou familiales.  Magistrat intègre, il était cependant plus connu comme l'avocat des pauvres et des déshérités ayant constaté que les petites gens devaient se défendre elle-mêmes, n'étant pas en mesure de s'offrir  les services d'un  avocat. Une fois convaincu que la cause était juste, Yves Héloury de Kermartin les défendait gratuitement et c'est de là qu'a été conçue la notion de l'assistance judiciaire. A l'âge de cinquante ans, usé par une longue vie d'austérité et de sacrifices, il s'éteignit tranquillement au milieu des pauvres à qui il avait donné refuge, dans sa demeure au manoir de Kermartin, au matin du dimanche 19 mai 1303. Par un heureux hasard, nous célébrons cette année sa mémoire, aussi un dimanche, ce 19 mai.

Canonisé saint le 19 mai 1347 sous le nom de St. Yves, après un procès riche en témoignages éloquents, YVES HELOURY DE KERMARTIN est devenu le saint patron des Avocats, des Hommes de loi, des Juristes  et des Magistrats. Nous nous unissons en pensée aux avocats du monde entier qui aujourd'hui entreprennent le pèlerinage à Tréguier, consacré au pardon des pauvres, pour s'imprégner de l'esprit de justice, d'équité et d'humanisme qui a toujours caractérisé la vie de cet Avocat et Magistrat de belle culture et de hautes valeurs morales.
Honorables Magistrats
Chers Confrères
Mesdames et Messieurs
En consultant les discours  que nous avons eu à prononcer en pareille circonstance en notre qualité de Bâtonnier, nous nous sommes rendu compte, qu'au niveau de la justice de ce Pays, la situation n'a guère changé. Elle s'est même considérablement dégradée.
L'insécurité n'a jamais été aussi grave au point que des chefs de gangs  identifiés et reconnus ont pris part à des négociations avec des décideurs politiques. Dans certains quartiers populaires, la population est rançonnée et tenue en otage. Elle est en proie à des
violences répétées et les plus faibles en sont toujours les premières victimes. Tout ceci se produit dans un climat de tolérance incroyable qui a même amené un Commissaire du Gouvernement à servir de témoin privilégié dans un lieu de détention, à un pacte conclu entre deux Chefs de bandes. Ce genre de comportement s'accommode très difficilement à
l'instauration d'un état de droit en Haïti. C'est dommage que la criminalité chez nous, soit ainsi banalisée. Au lieu de s'intéresser à la poursuite et au jugement des criminels notoires qui terrorisent toute une population, la justice est contrainte à des fins politiques, à faire ressurgir des dossiers périmés, sans consistance et même inexistants au regard du citoyen persécuté. Dans quel dilemme se trouvent donc placés nos jeunes magistrats intimidés et menacés lorsque, sous le feu des caméras de télévision ils reçoivent ce qu'on pourrait facilement interpréter comme  une  récompense. L'un d'eux, portant bien haut l'honneur qui doit caractériser un magistrat, a préféré s'en aller vers l'inconnu en empruntant le chemin de l'exil. Souvent l'on reproche au Barreau de Port-au-Prince de s'en prendre trop souvent aux magistrats. Il convient de retenir que l'Ordre des Avocats de Port-au-Prince est respectueux de la Magistrature, il ne s'en prend pas à elle. Ses critiques s'adressent à ces magistrats qui n'obéissent pas aux exigences morales de la haute et digne fonction qu'ils remplissent puisqu' après tout, ils incarnent « la Justice ». Dans tous les Pays organisés, la Justice constitue le dernier rempart contre l'arbitraire. Elle doit intervenir chaque fois que les droits fondamentaux de la personne humaine sont menacés ou violés. Elle ne peut non plus exister sans une défense forte et indépendante. L'avocat en l'occurrence, défenseur naturel des droits fondamentaux du citoyen ne peut être soumis dans l'exercice de sa profession, à des menaces et intimidations de la part de quiconque qu'il s'agisse des pouvoirs publics, d'organisations politiques ou de groupes de pression.
L'une des formes de représailles les plus lâches et les plus abjectes, consiste à s'en prendre aux parents, alliés ou proches d'un avocat  suite à des critiques ou prises de position formulées à bon escient, en vue d'une amélioration de l'environnement judiciaire. Ces manœuvres coupables et irréfléchies, loin de nous effrayer, ne font en définitive que renforcer davantage notre foi, notre conviction et notre détermination dans le combat que nous menons quotidiennement pour le règne de la légalité en Haïti, le respect des normes et du droit, le respect de la dignité humaine, le respect des Avocats, des Magistrats et de leur indépendance, l'application rigoureuse de la loi et l'exécution normale des décisions de justice. Nous rendons un hommage mérité aux confrères qui, en dépit des graves dangers encourus : assassinats, violences sur leur personne et contre leur cabinet, représailles de toutes sortes, continuent à mener le bon combat pour la défense des intérêts de leurs clients et le triomphe de la justice. Par contre, nous condamnons l'attitude répréhensible de certains confrères qui, pour des avantages inavouables, oublient ou mettent carrément de coté le serment d'avocat. En ce jour de St. Yves, nous les invitons à la réflexion et au repentir.  
Mesdames et Messieurs
Notre Barreau est très préoccupé par la situation des détenus qui croupissent en prison, certains sans  dossier et d'autres qui passent des mois voire des années sans avoir la possibilité de comparaître par-devant leur juge naturel. A  cet égard nous avons eu à déléguer en prison des avocats de notre Barreau pour s'enquérir de leur cas et aviser au moyen de leur porter assistance sous notre supervision. Nous accueillons et appuyons toute initiative sérieuse visant à permettre un examen indépendant et rapide de leur dossier, bien entendu au cas où pareil dossier aurait existé. Nous espérons que les magistrats qui ont été ou qui seront désignés à cet effet, procéderont à l'élargissement sans délai de tous ceux qui pour une raison ou pour une autre, sont incarcérés sans dossier ou à partir de faux dossier. Nous espérons également que cette initiative débouchera finalement sur la libération immédiate et sans autre forme de procès, des détenus bénéficiant d'une décision de relaxe, mettant ainsi fin au marronage érigé en système dans certains Parquets de la République.

Distingués Confrères
Mesdames et Messieurs,

Comme vous l'avez constaté, les Bâtonniers de la plupart des Juridictions du Pays, viennent de constituer définitivement la «  Fédération des Barreaux d'Haïti. » Cette Fédération, nous en sommes persuadé, va permettre à tous les avocats du Pays de se servir d'une plate-forme commune pour la défenses de leurs droits et des intérêts supérieurs de la profession. Il était temps que cette association d'envergure nationale  vit le jour. Notre Justice qui est en pleine crise, en sera le grand bénéficiaire à partir surtout des actions concrètes et concertées qui seront menées dans le cadre des programmes et projets de celle-ci. Avocats et Magistrats de mon Pays, comme Nous avons eu à  vous le dire une fois, ici même dans ce prétoire. Nous vous le redisons encore aujourd'hui : «  Il est évident que vous ne pouvez pas vous élever à la hauteur de St. Yves, votre St. Patron. En essayant tout de même, dans la mesure du possible de suivre ses pas, dans le domaine de la distribution de la Justice, vous arriverez, J'en suis persuadé à contribuer efficacement et dans une large mesure, au respect du droit de chacun, au respect  de la loi et de la justice et à l'établissement de la Paix si nécessaire au relèvement de notre Nation si affaiblie et meurtrie. »  En cet instant solennel et au lendemain de la fête du drapeau, Nous réaffirmons avec force qu'Haïti est le Pays de tous les Haïtiens sans exclusive  qui ont droit à la paix, à la sécurité et au bien être. Nous invitons donc tous nos frères à méditer  ces paroles combien célèbres prononcées par feu, l'Honorable Dumarsais ESTIME  dans le discours inaugural de sa présidence devant l'Assemblée Nationale :
«  Si bergers du troupeau, nous nous en constituons les loups. Si gardiens de la maison, nous nous faisons les voleurs qui la brisent et la pillent. Si rebelles au meilleur de nous-mêmes, nous manquons à nos engagements  solennels, alors, il sera temps de rentrer en jugement avec nous mêmes, de nous demander compte mais je sais que  nous sommes en route pour une meilleure Haïti plus forte et plus fière. C'est notre désir et notre but. Que Dieu nous vienne en aide ! » Avocats, Magistrats, Juristes et Hommes de Lois, bonne fête à vous tous.
Je vous en remercie
Palais de Justice le 19 mai 2002

Joseph Rigaud DUPLAN
Bâtonnier

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Des journalistes haïtiens à l'Assemblée nationale française 05/28/2002

 Paris (HPN) - "Dans moins d'un mois, il y aura quelque chose de concret sur Haïti en France ", a déclaré le président du groupe parlementaire d'amitié France Haïti lors d'une rencontre, lundi, à l'Assemblée nationale française, avec des Haïtiens réfugiés Le député maire de Besançon, Jean-Louis FOUSSERET, a exprimé sa déception devant la dégradation de la situation politique, des droits de l'homme et des libertés publiques dans le pays, depuis le retour au pouvoir du président Jean-Bertrand ARISTIDE.
"Vue de l'extérieur, la situation d'Haïti est insaisissable ", a estimé le parlementaire français après avoir écouté l'exposé des journalistes haïtiens sur les événements qui les ont portés à s'exiler en terre étrangère. Il avait également entendu la famille Lindor qui a fait état des menaces du pouvoir au lendemain de la mort de leur proche, Brignol LINDOR, directeur de l'information de Radio Echo 2000. Le président du groupe d'amitié France Haïti à l'Assemblée nationale française, qui connaît très bien Haïti, estime qu'on est en train de revenir à Duvalier, sinon à pire. " Dans leur parcours professionnel, social et politique ; c'est le parallélisme pour Papa Doc et Titid. Et dans la pratique de la gestion des affaires publiques, les actes du pouvoir d'Aristide ne donnent pas à penser le contraire ", a notamment déclaré le parlementaire français.
Le député maire français est déçu de voir l'ancien curé de St Jean Bosco perdre son chemin de Damas en s'écartant totalement de la ligne morale et politique qui devrait être la sienne. La crise politique, l'insécurité, l'impunité, la corruption dans l'administration publique, les multiples violations des droits de l'homme, la dégradation de la vie physique du pays et matérielle de la population le troublent. Que des Haïtiens en arrivent à regretter l'époque des Duvalier est pour lui révélateur. " C'est inquiétant d'entendre des gens souhaiter l'établissement d'un régime fort pour redresser la situation du pays ", commente le parlementaire français et c'est grave de savoir que certains évoquent un retour possible de Jean-Claude au timon des affaires du pays, a-t-il encore ajouté.
Jean-Louis FOUSSERET a d’autre part indiqué qu'il faut une prise de conscience de la communauté internationale pour aider Haïti et soutenir réellement le peuple haïtien. " On doit relancer le dossier d'Haïti au plus haut niveau pour ne pas laisser mourir ce beau pays ".
Le président du groupe d'amitié France Haïti de l'Assemblée nationale française garantit qu'il va favoriser rapidement au sein de L'Union Européenne l'adoption de sanctions individuelles et ciblées à l'encontre des membres du pouvoir lavalas. Elles viseront, entre autres, le refus de visa d'entrée et de transit dans les territoires des pays membres de l'UE et le gel des fonds détenus dans ces pays.
Reporters Sans Frontières, qui a également participé à la rencontre sur Haïti à l'Assemblée nationale française, mise sur une telle démarche. Selon les responsables de l'organisation de défense des journalistes, elle pourrait permettre de lutter efficacement contre l'infamie des actes qui sont perpétrés en Haïti par le régime lavalas, défendre la démocratie et la liberté de la presse, et ouvrir la perspective d'un retour à l'état de droit, sans pour autant nuire à la population, déjà lourdement touchée par la misère et la maladie. Pour ce qui est des mesures en vigueur actuellement, comme le blocage par l'UE des fonds destinés à Haïti, le parlementaire reconnaît que ces sanctions touchent la population mais affirme qu'on ne peut pas donner de l'argent pour enrichir les membres d'un pouvoir gangrené par la corruption. Coincé entre les élections présidentielles françaises du 5 mai dernier et les législatives qui doivent avoir lieu les 9 et 16 juin prochains, le député maire de Besançon, Jean-Louis FOUSSERET, annonce pour la fin du mois de juin la relance du dossier d'Haïti en France et en Europe avec la prise de mesures nouvelles et d'actions plus concrètes.
Le président de Reporters Sans Frontières, M. Noël Copin, le responsable de la branche américaine de RSF, M. Régis BOURGEAT, l'un des assistants du député maire français, les journalistes haïtiens réfugiés en France suite aux menaces reçues par des proches du pouvoir lavalas lors des événements du 17 décembre 2001 et les membres de la famille du journaliste assassiné le 3 décembre 2001, Brignol LINDOR, qui sont également réfugiés en France, ont participé à cette rencontre.
La France, qui avait gardé une attitude très ferme contre les auteurs du coup d'état de 1991, ne change pas de position aujourd'hui en ce qui concerne les voies et moyens pour l'établissement de la démocratie et au respect des droits de l'homme en Haïti. Mais, plus intimement, la liste des déçus d'Aristide s'allonge.
Une correspondance du journaliste Weibert ARTHUS

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