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RELANCE
DU DOSSIER JEAN DOMINIQUE
Pour
un développement durable en Haïti
L'Énigme
haïtienne ou la modernité hypothéquée d'une petite nation
La
vérité est au fond du puits
Assassinat
de Dessalines
Allocution
prononcée lors des funérailles de ma fille Véronique le 13 septembre 2006, a
l’Eglise St Pierre de Petion-Ville

RELANCE
DU DOSSIER JEAN DOMINIQUE
Dany Toussaint comparait de son
plein gré
PORT-AU-PRINCE, 11
Août - L'affaire Jean Dominique revient sur le tapis. Deux événements
importants ont eu lieu vendredi. L'ex-sénateur Dany Toussaint a répondu à une
convocation du nouveau juge d'instruction en charge du dossier. La veuve de Jean
Dominique, Michèle Montas, témoigne à nouveau au cabinet d'instruction.
Deux événements
importants, pas tant à cause de la réouverture du dossier (officiellement il
n'a jamais été considéré clos) mais parce que les deux acteurs que nous
venons de mentionner avaient disparu l'un comme l'autre de l'actualité. Dany
Toussaint n'a pas été revu en public depuis les présidentielles du 7 février
2006 où il s'était porté candidat parmi une dizaine d'autres. Quant à
Michèle Montas, elle avait gagné l'exil après un attentat contre sa personne.
Voici que les deux
reparaissent soudainement pour se suivre le même jour au cabinet d'instruction.
Il y a là un fait nouveau mais dont nous ignorons la signification pour
l'instant.
En qualité de
" témoin "...
D'autant que
l'ex-sénateur qui a été à un moment traité comme le suspect numéro 1 dans
l'assassinat de Jean Dominique, serait venu vendredi de son plein gré au bureau
du juge d'instruction Fritzner Fils-Aimé. Et il en est reparti de la même
façon, en précisant qu'il a été reçu par le juge en qualité de "
témoin " et qu'il croit pouvoir apporter aujourd'hui des renseignements
qui auraient été jusqu'à présent négligés ou ignorés.
Mais qui plus est, le
juge qui avait failli inculper Dany Toussaint n'est autre que l'actuel
commissaire du gouvernement, Claudie Gassant.
Enfin le président
René Préval était l'invité d'honneur toujours vendredi à l'inauguration
d'une " commission indépendante d'appui aux enquêtes sur les assassinats
de journalistes " où c'est celui de Jean Dominique, survenu le 3 avril
2000, qui ouvre la liste. La commission est composée de 9 journalistes de
différents médias de la capitale et de différentes tendances.
Faut-il rappeler enfin
que c'est sous le premier mandat de M. Préval que Jean Dominique a été tué,
dans la cour de sa radio alors qu'il venait présenter le journal du matin. Le
ou les meurtriers courent toujours. Et que lors d'une conférence de presse en
avril dernier à l'occasion de l'anniversaire de la mort du plus célèbre
journaliste haïtien, M. Préval l'a présenté comme ayant été l'un de ses
plus chers conseillers.
Un
vrai puzzle...
Voilà donc mises en
place les différentes pièces de ce qui paraît encore plus qu'avant un vrai
puzzle, car rien ne laissait prévoir ni entrevoir en ce moment une relance du
dossier.
Pour la bonne raison
que :
- Tous les suspects emprisonnés dans
le cadre de l'instruction ont disparu à la faveur des troubles politiques
de ces dernières années - de la chute du président Jean-Bertrand Aristide
en février 2004 jusqu'aux présidentielles de février 2006. Au nombre de
trois, ils ont profité d'une évasion générale survenue au Pénitencier
national et certains d'entre eux se trouveraient aujourd'hui à l'étranger
- dont le fameux Macklenton, qui aurait de là-bas appelé le juge
d'instruction pour continuer à proclamer son innocence.
- Il a été rapporté que certaines
parties du dossier Jean Dominique auraient été subtilisées au Parquet de
la capitale qui ces dernières années a été plusieurs fois vandalisé.
- Mais ce n'est pas tout. La dernière
décision judiciaire prise sur le dossier a été un arrêt de la cour
d'appel de Port-au-Prince - confirmée en cassation - ordonnant d'ouvrir une
autre instruction car celle qui a été menée jusque-là ne permet pas de
découvrir le ou les commanditaires du meurtre d'une personnalité aussi
reconnue et que les 5 détenus (lors ils étaient cinq) n'ont pu être que
des comparses.
Certains avaient considéré cette
dernière décision judiciaire comme masquant tout simplement une fin de non-recevoir.
Un nouvel atout
capital ...
Aussi se demande-t-on
avec curiosité sur quelle base va être relancé le dossier. Tous les suspects
emprisonnés disparus dans la nature ; des pans entiers du dossier d'instruction
volatilisés (à ce qu'on dit), il faudra donc tout reprendre à zéro.
Mais avec un nouvel
atout capital : les témoins ou toutes autres personnes ayant quelque
connaissance sur le meurtre peuvent se sentir plus libres de s'exprimer devant
les responsables de la justice. La peur qui constitue l'autre mamelle de
l'impunité et dont ont joui jusqu'à présent les auteurs de ces assassinats
(de journalistes et autres) a considérablement diminué. D'autant que le
président de la république et les pouvoirs publics ont pris un engagement
solennel.
De toutes façons,
quelle grande surprise que ce retour en toute liberté au cabinet d'instruction
de Dany Toussaint, celui qui a été pendant longtemps le suspect le plus en vue
dans cette affaire,
Comme le nouvel
épisode d'un film à grand suspense...
Editorial, 12 Août
2007
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Pour
un développement durable en Haïti
Guy-Robert Saint-Cyr,
Texte paru dans le quotidien Le Nouvelliste(No. 37525) du mercredi 13 décembre
2006.
Si la période marquant le départ de Duvalier au pouvoir a été caractérisée
par un grand espoir de voir amorcé un processus irréversible de développement
à travers l'ensemble d'Haïti, force est de constater aujourd'hui que nous
avons été leurrés. Notre époque est celle de la désillusion et du
désenchantement. Le développement devient problématique, sa théorie en crise,
son idéologie fait l'objet de scepticisme. Le consensus pour constater la
faillite d'Haïti, deuxième pays indépendant d'Amérique, est, hélas, total.
Constats
À travers ce texte, nous voulons analyser cette faillite du développement en
nous situant sur le terrain du politique et de l'économique. Il va sans dire
que nous allons essayer d'apporter quelques éléments de réponse en vue de
contribuer au débat sur le développement du pays. Car on parle de tout en
Haïti, ces jours-ci, sauf du développement.
Sans grande prétention, ce texte se veut un plaidoyer pour un véritable projet
de société en Haïti. On arrive à un stade où l'on ne doit plus se contenter
de dénoncer le sous-développement et la misère, mais plutôt proposer une
véritable alternative économique afin de sortir le pays de son marasme. En
fait, ce qu'il nous faut, c'est un nouveau type de patriotisme, un patriotisme
axé sur un développement et non sur la démagogie.
C'est bien connu, tous les Haïtiens sont patriotes du moment que leur intérêt
personnel n'est pas en jeu. Ces « patriotes » se réfèrent constamment à
l'histoire, par exemple, en se targuant d'être la première nation nègre
indépendante du monde. Mais une question demeure : qu'en ont-ils fait de cette
indépendance ? Rien! Et ce sont nos patriotes ? Pour nous, un patriote est
quelqu'un qui est capable de faire d'énormes sacrifices pour son peuple et son
pays. Quand on parle de sacrifices, on ne se réfère pas uniquement à des
actions révolutionnaires, mais aussi aux réalités économiques. Ce qui veut
dire que l'on doit être capable de faire des choix économiques pour son peuple,
même si ces choix ne plaisent pas à tous nos partenaires commerciaux.
Le peuple a été leurré trop longtemps. Il ne suffit plus de promettre des
changements, il faut présenter des projets de société expliquant en des
termes clairs ses objectifs. L'heure de l'improvisation et de la simple gestion
du quotidien est révolue. Le vrai patriote doit prendre le développement de
son pays en main. Il doit agir en prophète pour son peuple, le prophète étant
simplement quelqu'un au pouvoir d'imagination plus grand que celui des autres
selon Spinoza. On se doit d'être le plus imaginatif possible au commencement de
ce troisième millénaire. Il faut tout faire pour sortir de la dépendance dans
laquelle le pays demeure.
On doit mettre en place des politiques économiques axées sur l'intérêt de la
nation, des politiques qui nous permettraient d'être autonomes aux niveaux
interne et externe, d'où l'importance d'un contrôle rigide des importations et
des exportations. Il est on ne peut plus clair qu'un contrôle sérieux de notre
économie peut encourir des représailles de la part des puissances amies et de
nos partenaires commerciaux. Quelles que soient les représailles, nous nous
devons de garder notre sang-froid. Le libre-échange peut et doit être rejeté
dès que les intérêts de la nation sont menacés. De toute façon, le
développement économique d'un pays se fait d'abord de l'intérieur. À ce
sujet, l'exemple de l'Angleterre au XIXe siècle est très significatif. En
effet, en 1800, elle a exporté seulement 10% de sa production locale ; en 1830,
7% et finalement en 1860 14%.
Pour un développement endogène
Évidemment, le lecteur averti remarquera très rapidement que nous préconisons
pour Haïti un développement endogène. Ce mode de développement a pour
caractéristique fondamentale de privilégier la production locale et le
développement rural. Cela est très important pour Haïti étant donné qu'il
s'agit d'un pays essentiellement agricole. Face à cette proposition, certains
diront sans doute que nous sommes des utopistes, des jeunes universitaires
pressés qui veulent changer le monde par des simples souhaits car,
continueront-ils sans doute, aucun pays n'a jamais expérimenté et réussi une
économie autarcique, c'est-à-dire une économie fermée sur elle-même.
D'autres, plus nuancés, diront qu'avec la globalisation de l'économie
internationale et la constitution des blocs régionaux, un tel développement
est inconcevable.
Face à ces remarques que nous anticipons, quelques précisions s'imposent pour
faire un portrait significatif de la situation. Premièrement, ce serait une
complète amnésie de l'histoire que de prétendre qu'il n'y a jamais eu de pays
pratiquant un développement endogène. La plupart des pays industriellement
avancés l'ont pratiqué à un moment donné de leur histoire. Pour s'en
convaincre, on n'a qu'à prendre en exemple les États-Unis d'Amérique,
l'Allemagne, le Japon et la Chine communiste. Parmi les pays du Tiers-Monde, le
cas du Burkina-Faso sous Thomas Sankhara, anciennement la Haute-Volta, est
révélateur. Ce pays a réussi à prouver au monde entier, durant la période
1984 - 1987, qu'un développement endogène était possible.
En ce qui concerne, à proprement parler, la globalisation du commerce
international, on peut dire qu'elle n'est nullement un problème pour Haïti
puisque, au niveau agricole, on ne produit pratiquement rien pour l'exportation.
Le café que l'on exportait autrefois est maintenant à peine suffisant pour la
consommation locale.
Du point de vue manufacturier, Haïti fait piètre figure. Les quelques rares
manufactures qu'il y a encore dans le pays se concentrent en grande partie dans
l'artisanat et la sous-traitance. Ceci dit simplement pour signaler que le
commerce international ou le libre-échange international tel que pratiqué
actuellement est préjudiciable pour Haïti. Par conséquent, on ne risquerait
pas grand-chose en essayant un autre modèle de développement.
Enfin, faut-il rappeler encore une fois qu'un développement économique
endogène n'est pas du tout synonyme de l'autarcie ? Nous ne voulons pas nous
fermer de l'extérieur. D'ailleurs, ce serait impossible. Tout ce que nous
voulons, c'est une autosuffisance alimentaire pour le pays et un développement
manufacturier efficace répondant aux besoins de la nation et suffisamment
productif pour pouvoir faire face à la concurrence internationale.
Les modèles
Comme on l'a signalé précédemment, les États-Unis d'Amérique, le chef de
file du capitalisme mondial, sont passés par-là. À ce sujet, Alexander
Hamilton, personnage incontournable dans l'histoire américaine, nous a donné
raison en nous faisant savoir dans son rapport sur les manufactures que le
libre-échange n'est pas pour les petites nations, que la manufacture contribue
grandement au bien-être de la population et à la sécurité du pays tout en
créant des emplois. Friedrich List, dans son « Système national d'économie
politique » publié en 1841, n'a-t-il pas proposé, certes en des termes plus
clairs, la même chose pour l'Allemagne ? En effet, selon lui, lorsqu'un État
passe de situation agricole à situation manufacturière, il lui faut une
certaine dose de protectionnisme afin de protéger les industries naissantes. La
Chine, par exemple, a attendu d'être quasi-autosuffisante avant d'ouvrir son
marché. Il n'est donc pas étonnant que tout le monde veuille aujourd'hui
investir dans ce pays. Il a à sa disposition une main-d'oeuvre qualifiée et
disciplinée et il dispose de très bonnes infrastructures. Tout ceci est donc
le résultat d'une politique économique axée d'abord sur les intérêts de la
nation plutôt que sur l'ouverture à tout crin aux marchés mondiaux.
Conclusion
Ce n'est un secret pour personne: Haïti n'exporte pratiquement rien, sinon des
boat people. Le pays a un déficit chronique dans sa balance commerciale, il est
entièrement dépendant de l'extérieur et son système éducatif est déficient.
Bref, le pays a échoué sur presque tous les plans, sauf peut-être sur le
culturel, mais pour encore combien de temps ? À cela s'ajoutent la décadence
de l'État, l'augmentation du chômage urbain, l'exode rural, la perte des
valeurs traditionnelles, la permanence de la violence (malgré la présence des
forces onusiennes dans le pays), la montée de la délinquance, etc.
Pour s'en sortir, il nous faut un nouveau projet de société axé sur les
besoins et les problèmes du pays. Il nous faut reprendre notre avenir en main.
C'est dans cette optique qu'il faut chercher d'autres alternatives en faisant
preuve de perspicacité et d'ouverture d'esprit afin de sauver ce qui peut être
encore sauvé du pays de Toussaint Louverture.
Guy-Robert Saint-Cyr,
Professeur,
Université Quisqueya,
Port-au-Prince, Haiti.
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L'Énigme
haïtienne ou la modernité hypothéquée d'une petite nation
Guy-Robert Saint-Cyr,
Professeur à l'Université Quisqueya
Port-au-Prince, Haïti.
Mars 2007
Texte paru dans le quotidien Le Nouvelliste (Port-au-Prince), édition du 19
mars 2007.
« Le langage - le plus dangereux de tous les biens - a été donné à l'homme
afin qu'il puisse témoigner avoir hérité ce qu'il est. » Hödlerlin
Enfin vient de paraître cette année, aux Presses de l'Université de Montréal
(PUM), le livre tant attendu du politologue et chercheur haïtien Sauveur Pierre
Étienne, "L'Énigme haïtienne. Échec de l'État moderne en Haïti".
À travers ce texte fort intéressant, Étienne s'est attelé à un long et
laborieux travail de recherche sur la non-émergence de la modernité
institutionnelle et structurelle en Haïti. Ce faisant, il a posé la
problématique de la petite nation que représente cette république
carïbéenne. Que l'on s'entende bien : lorsqu'on parle de petite nation, on ne
fait pas ici nécessairement référence au 27 750 kilomètres carrés que
représente la superficie totale d'Haïti, mais bien à la fragilité de ce pays
par ses institutions, ses moeurs, son histoire et sa souveraineté extérieure.
La petite nation, nous dit Milan Kundera, est celle dont l'existence peut-être
à n'importe quel moment remise en question, qui peut disparaître et qui le
sait.
Sauveur Pierre Étienne, grâce à L'Énigme haïtienne, veut montrer et
expliquer l'échec de la modernité de cette petite nation et comment elle peut
disparaître si rien n'est fait concrètement pour redresser la situation déjà
chaotique. Sur une longue perspective historique, de 1492 à 2004, l'auteur
essaie d'analyser les maux du pays en mettant en relation les variables élite
politique, l'État et les rapports transnationaux. En effet, son idée de
départ est que la non-émergence de l'État moderne en Haïti résulte des
décisions prises par les élites politiques, dans un cadre contraignant, sur
les plans interne et externe. Il ajoute que ces décisions, jointes aux
contingences de l'histoire et aux conséquences non recherchées, ont contribué
à transformer le contexte social et économique, d'où la crise structurelle
qui secoue le pays depuis plus de deux cents ans.
Pour étayer sa thèse, il s'est mis, d'abord, dans les pas de Norbert Elias en
empruntant son concept de sociogenèse afin d'expliquer les premiers
balbutiements de l'État haïtien. Ce concept, proche de celui de Max Weber,
explique les caractéristiques d'un État moderne par la double dynamique de la
monopolisation de la contrainte légitime de la violence et de la fiscalité. Le
vol, la gabegie administrative, la corruption, les guerres civiles et la
complexité des rapports transnationaux ont toujours empêché les gouvernements
successifs d'avoir le monopole de cette double fonction d'un État moderne, soit
la contrainte et la fiscalité.
Pour parler des dictatures qui ont jalonné l'histoire d'Haïti, Sauveur Pierre
Étienne a utilisé le sultanisme, vieux concept wébérien ressuscité en 1975
par le politologue espagnol Juan J. Linz dans son étude comparative des pays en
transition démocratique. Le sultanisme est surtout caractérisé par le
favoritisme, le népotisme, le copinage et la corruption. Tout en comprenant le
bien-fondé de cette grille d'analyse qu'est le sultanisme, à notre avis, il
n'est pas suffisant pour expliquer l'accession au pouvoir et la longévité des
dictateurs qui ont saigné le pays. En effet, il nous semble que l'approche des
régimes totalitaires de Hannah Arendt aurait du être prise en compte par
Sauveur Pierre Étienne, au moins dans ses analyses relatives aux dictateurs
François Duvalier et Jean-Bertrand Aristide. Il nous semble effectivement que
l'aspect psychologique et le pathos mental doivent impérativement constituer
des variables intéressantes lorsque l'on analyse les pouvoirs mégalomanes et
paranoïaques.
Néanmoins, sa grande maîtrise des outils théoriques, la clarté du langage
qui caractérise son ouvrage, son analyse complexe des rapports transnationaux,
Sauveur Pierre Étienne a su démontrer, et avec brio, ce qui ne va pas en
Haïti et ce qui hypothèque sa modernité.
Décidément, c'est l'un des livres les plus complets écrits sur cette
république carïbéenne depuis les trente dernières années. Désormais,
intellectuels, chercheurs et analystes ont un ouvrage de référence pouvant les
aider à réfléchir et à comprendre cette énigmatique Haïti.
Guy-Robert Saint-Cyr,
Professeur à l'Université Quisqueya
Port-au-Prince, Haïti.
Mars 2007
Texte paru dans le quotidien Le Nouvelliste (Port-au-Prince), édition du 19
mars 2007.
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La
vérité est au fond du puits
Publiee par le Nouvelliste
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«La vérité est au fond du
puits»
Ruinée par des crises successives, la
Classe moyenne s'accroche désespérement à l'Etat. La dernière
intervention de Frank Ciné, Pdg de la Haïtel et actionnaire de la
Socabank, vient relancer la question opposant la Banque sans frontières
à la BRH. Il tente de se défendre contre des allégations de pots-de-vin.
Du Procès des Timbres, sous Jean-Claude Duvalier, aux actuelles
accusations de corruption au Parlement, hommes d'affaires de "la
classe" et législateurs élus sont dans l'oeil du cyclone.
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Au Parlement haitien où des lois devraient être votées
contre la corruption |
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Le Conseil de la BRH qui doit réguler les institutions
financières de la République |
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Une importante question revient sur le tapis au cours de l'affaire
Socabank/ Banque de la République d'Haïti (BRH). Si elle a pris, pendant
un bon nombre d'années, depuis François Duvalier, des aspects
idéologiques, elle s'est révélée en 2007 l'arbre qui cache la forêt.
En soulevant le problème des classes moyennes comme pour justifier ses
prises de position en faveur de « la banque sans frontières », le
remuant sénateur Rudy Hériveaux relance un vieux débat.
Ce débat ne peut pas être rejeté d'un revers de main. Mais son
caractère conjoncturel précipité dans la circonstance démontre qu'il
garde encore l'aspect superficiel. Certains ont raison de parler de «
démagogie » au milieu d'une affaire où il serait plutôt question de
corruption. Mais d'autres profitent de la relance de la question dans les
médias pour souligner que lesdites classes moyennes n'ont jamais eu de
cadre idéal à partir duquel leur fonctionnement, sur le plan financier,
répondrait à des normes d'éthique publique ou de moralité sociale.
La question de la corruption devient le cheval de bataille des
institutions internationales qui ont projeté un «observatoire» sur
Haïti. Aujourd'hui que cette corruption toucherait l'institution qui
devrait établir des lois pour le bon fonctionnement des affaires et le
comportement exemplaire des hommes, tout le monde affirme qu'on ne sortira
pas de si tôt du cercle de l'autodestruction institutionnelle.
LE COMPROMIS POST-MONTANA
A un moment où des commissions sont créées dans le but d'enquêter sur
la gestion des fonctionnaires de l'administration de l'ancien Premier
ministre Gérard Latortue, que le ministre des Affaires étrangères est
convoqué devant ladite commission accompagné de l'ambassadeur haïtien
à Washington pour fournir des informations sur des « manipulations » de
fonds, qu'un ex-administrateur est acculé à donner des précisions sur
76 millions de gourdes, l'affaire des pots-de-vin dénoncée par les
Sénateurs Gabriel Fortuné et Anacacis Jean Hector vient soulever la
problématique de l'autorité morale du Parlement.
D'un côté,le gouvernement se trouve encore dans la phase « des
compromis post-Montana ». C'est l'impasse administrative. Il ne peut
encore prendre des mesures légitimes et élaborer une politique
internationale conforme à ses idéaux.
D'autre part, le Parlement, jusqu'à date, ne se penche pas encore sur des
lois devant régir les finances haïtiennes. Depuis François Duvalier, on
est devant un vide législatif et juridique. Et vive la course aux
enrichissements tous azimuts !
Des concessions exclusives accordées par le Père de la « Révolution
politique » à ses proches partisans passant par les largesses
présidentielles de Jean-Claude Duvalier aux « hommes de la Côte », les
glissements progressifs aux « richesses matérielles » de la Classe
moyenne passent, plus près de nous, par les grands ténors de la drogue
des années 90 ou par des fonctionnaires qui manipulaient des sommes
onéreuses pour de plus ponctuelles récupérations politiques.
LA VACHE Á LAIT
Ce n'est malheureusement pas la justice haïtienne qui a décidé sur des
cas de corruption liée à la drogue, ces dernières années. Il a été
déplorable de voir des citoyens haïtiens traînés dans des prisons
américaines alors que la justice haïtienne devrait avoir un dispositif
pour prendre des mesures de droit contre ceux sur qui pèsent des
accusations de corruption.
Beaucoup de fonctionnaires d'Etat de la Classe moyenne croupissent encore
dans les prisons américaines. Parmi eux un ex-président du Sénat de la
République, Fourel Célestin. Des coopératives ont connu des faillites
spectaculaires à la suite de scandales qui ont bouleversé l'opinion
publique. Les «sociétaires» sont encore victimes. Ils sont en grande
partie issus d'une classe moyenne qui essaie difficilement de joindre les
deux bouts. Ils ne savent où donner de la tête pour récupérer des
sommes englouties dans des opérations aux pourcentages alléchants... La
CONASOVIC (Conseil national des Sociétaires victimes des coopératives)
veut déterrer la hache de guerre contre le gouvernement qui aurait
débloqué des milliards de gourdes pour remettre à flot les actionnaires
de la Socabank.
Aujourd'hui, des dossiers sur des détournements de fonds et des actions
de corruption éclaboussant des hommes dirigeant des institutions
importantes dans le contexte ne sont pas encore techniquement connus.
L'Etat est encore une vache à lait.
On peut s'en prendre à Transparency International et accuser cette
institution de faire le jeu des « détracteurs du pays ». Mais il faut
se rendre à l'évidence qu'à un très haut niveau de l'Etat, l'exemple
d'honnêteté n'est pas donné. C'est l'heure de toutes les manoeuvres «intelligentes».
Mais Haïti, en dépit de la pompe sociale affichée , reste un pays très
pauvre. L'aspect prédateur d'une classe qui s'était, dans le temps,
donné des visions politiques nobles est la caractéristique de ceux qui
veulent réussir à tout prix. Et «venger la race»...Bref!
Les aspects idéologiques passent au second plan. A l'origine, il y avait,
en 1946, des revendications bruyantes d'hommes écartés des finances, de
l'administration publique, de la diplomatie. Avec Dumarsais Estimé, un
recul de l'exclusion a été constaté. Le coup d'Etat de Paul Eugène
Magloire mit un frein à l'expérience. Daniel Fignolé faisait campagne
autour des «éléments basiques de la nation». Duvalier établit une
violence d'Etat contre l'élite traditionnelle. C'est avec Jean-Claude
Duvalier qu'un début d'intégration a été constaté sur le plan de
l'occupation des espaces financiers par ceux qui se considéraient comme
des exclus.
Il n'y avait aucun garde-fou légal. La corruption changeait de camp.
De Clémard Joseph Charles à Dumarsais Mécène Siméus, de Franck Ciné
à David Chéry et, plus près de la «nouvelle génération», de Michel
«Sweet Mickey» Martelly à Wyclef Jean, la classe moyenne a subi des
«modifications» qui ne permettent plus de la décrire en termes de
clichés. C'est Thomas Désulmé qui fait de lourds investissements à la
Jamaïque. C'est Siméus qui réussit dans les «foods» et qui serait
proche du «clan Bush». C'est le «président du compas» qui se fait
applaudir pour son audace à se déshabiller à la Place des Héros de
l'Indépendance et qui orchestre un tabac dans le showbiz haïtien. C'est
le «fugee» de la Croix-des-Bouquets qui sort des ghettos de Brooklyn
comme son prédécesseur Jean Michel Basquiat pour épater les
conservateurs politiquement corrects du Carnegie Hall.
La saga de la classe moyenne est multicolore et pleine de rebondissements.
Le travail rude se le dispute à la «chance» et à l'audace d'occuper
des espaces laissés vacants...
La Haïtel et les Coeurs-Unis connaissent des destins différents.De
François Duvalier à René Préval, les Classes moyennes balancent entre
l'idéologie mal assumée et les opportunités des finances. Par ce temps
d'expérience démocratique amorcée sur des chapeaux de roue, les
scandales dévoilent les cicatrices encore vives de ceux qu'on a traités,
des fois de bonne guerre et sans acrimonie, de «fils de paysans».
La classe moyenne, après des années d'expériences encore improductives
sur le plan national, de 1946 à nos jours et du Procès de la
Consolidation au Procès des Timbres, devrait être prête, comme l'avait
espéré Me Gérard Gourgue au Palais de justice en juin 1975,à sortir la
vérité sociale «du fond du puits».
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Assassinat
de Dessalines
Vérités historiques et Leçons à tirer
de
Bernard Miot – 24 Octobre 2006
On ne tue pas un fondateur de patrie. Telle
est la phrase clé du texte publié par le Dr. Michel Ange Monplaisir ce 14
octobre 2006 à l’occasion de la commémoration du 200ème anniversaire de l’assassinat
de L’Empereur Jean-Jacques Dessalines.
L’auteur a,
à juste titre, campé Dessalines comme l'homme du refus, l’archétype
du courage, le génie militaire et le défenseur de l'intégrité du
territoire. On peut aussi comprendre qu’il ait été campé comme l'homme de
l'ordre puis qu'en tant que tyran et seul noble en Haïti, il faisait régner la
terreur donc, l'ordre, à sa manière. Mais, il est imprudent, voir même faux,
de camper Dessalines cet Homme qui s'était accordé de larges domaines (une
trentaine de sucreries nous dit Madiou ) qu'il exploitait à son profit comme le
revendicateur des droits à l'égalité sociale et économique (tels que
semblent indiquer les arguments utilisés) . D’ailleurs, Dessalines avait, au
lendemain de l’indépendance, distribué
généreusement les meilleurs
Domaines aux Généraux Noirs. Alors que
les paysans furent attelés au servage sur les grandes plantations où
ils étaient quasiment maintenus sur surveillance étroite sans liberté vraie.
Et, ceci se passait selon le vœu du Règlement
des cultures de l’Empire ; ainsi, on lit dans le manuel d’Histoire d’Haïti
de J.C. Dorsainvil : « Le travail forcé, dit Madiou, était en
pleine vigueur ; le vol, même léger, était puni de mort. Les verges, le
bâton étaient des supplices
redoutés ». Tandis que les cultivateurs étaient soumis au servage, au
travail forcé, les grands dons de l’Empire, noirs et métis, jouissaient de
leurs grands domaines et étaient invités
par Dessalines : « à plumer la poule, mais d’éviter de la faire
crier ».
Quand nous analysons ce tableau, nous voyons
bien c'est de la passion de vouloir nous dresser un tableau de l’homme
parfait, le revendicateur des droits à l’égalité. Il faudrait d’abord s’entendre
sur la signification du terme égalité. Pouvait-il vraiment exister l’égalité
devant la loi ou même une justice sociale et économique
dans un système de servage tel qu’il exista sur le règne de
Dessalines ? Ce n’est que tard qu’il laissa échapper : «
et les enfants dont les pères sont en Afrique, ils n’auront donc rien ».
Par ailleurs, il est inconcevable que
Dessalines, ni Christophe n’ait fait aucune démarche pour encourager le
rapatriement de la femme de Toussaint Louverture et de son fils Isaac héritiers
légitimes des biens du précurseur de l’indépendance. Pendant que toute
cette nouvelle élite au pouvoir jouissait de leurs privilèges, ils laissèrent
Isaac et sa mère subir le froid, la misère et les préjugés de toutes sortes
en France. Nourrissaient-ils une rancoeur contre Toussaint ou voulaient-ils
empêcher aux héritiers légitimes de Toussaint de récupérer leurs
biens?
On est en droit de se poser ces questions.
Car, on raconte que durant le règne de Dessalines, un fils naturel de
Toussaint, le colonel Jean-Pierre Louverture dut se cacher dans les bois de
Plaisance jusqu'à la chute de l’Empereur afin d’échapper à sa fureur. On
raconte aussi que Dessalines s’opposa à l’union de sa fille Célimène
au capitaine Bernard Chancy, neveu de Toussaint alors que Célimène
attendait déjà un enfant de lui. Chancy fut emprisonné dans un cachot où il
se donna la mort avec un pistolet.
Revenons au drame du Pont Rouge. Nul n’a le
droit d’applaudir l’assassinat de l’Empereur Dessalines, le fondateur de
la nation, mais, nous nous devons de faire une juste lecture historique. Apres 2
ans d’absolutisme complet, la popularité de Dessalines avait décliné. Les
cultivateurs, mécontents du travail forcé sur les grandes plantations,
commençaient à faire du marronnage en s’évadant vers les mornes. De plus,
la grave question des domaines avait provoqué un mécontentement général de
tous les propriétaires qui se
sentaient menacer dans le Sud comme dans le Nord du pays. C’est alors que
Bruno Blanchet servit d’intermédiaire entre Christophe et Geffrard et,
complota avec eux, la chute de l’Empire. Dessalines apprit qu’on tramait sa
ruine. Mais, comme Christophe s’était créé une très forte position dans le
Nord, il ne voulut point l’affronter au prime abord et préféra initialement
se porter vers le Sud se réservant de revenir vers le Nord pour soumettre
Christophe quand il serait devenu plus fort. C’est ainsi qu’après s’être
accordé de larges domaines comme nous l’avons vu plus haut et qu’après
avoir concédé de grandes habitations
aux officiers de son choix, Dessalines s’est porté vers le Sud contre ce qu’il
percevait comme une désobéissance aux lois établis.
On procéda à la dépossession de pas mal de
personnes et dans certains cas, des sanctions sévères furent prises. On
pouvait donc s’attendre à une réaction, un soulèvement, parce que, comme il
a eu à le dire lui même : « si après ce que je viens de
faire dans le Sud, ils ne se révoltent pas, c’est qu’ils ne sont pas des
hommes ». Quand la révolte éclata au Port Salut et s’étendit sur
toute la presqu’île du Sud, Dessalines décida alors de retourner vers le Sud.
En chevauchant vers la capitale, l’Empereur n’était-il pas en début de
mission où il espérait, avec le concours de Pétion, mater la rébellion. Il
anticipait ainsi: «je veux que mon cheval piaffe dans le sang jusqu’au
poitrail ». Devant cette grave menace qui planait sur eux, les hommes de l’Ouest
et du Sud auraient agi en légitime défense.
Je pense que cette agression de l’Empereur
vis-à-vis des hommes du Sud a été une malencontreuse décision qui, dès la
naissance de la nation, a initié un climat de division entre haïtiens au lieu
de promouvoir l’union nécessaire à la construction du nouvel état. En
agressant les hommes du Sud, il avait rouvert toutes les plaies des luttes
fratricides entreprises pendant la guerre du Sud. Suite à ces provocations
venant de l’Empereur, les hommes de l’Ouest et du Sud n’ont pas pu se
garder de penser que Dessalines n’avait pas changé de sentiment et craignait
qu’il ne leur fit un sort similaire à celui des assiégés de Jacmel lors de
la guerre du Sud.
Durant cette guerre, Dessalines et Christophe
furent chargés par Toussaint de faire le siège de Jacmel et allaient enterrer
vivant dans de grandes fosses les membres de la famille des assiéges de Jacmel
, incluant vieillards, femmes et enfants sortis
de la ville afin de trouver à manger. C’est ce degré de cruauté déjà
vécu qu’ils craignaient.
Ils avaient jusqu’ ici obéi aux caprices de l’irascible Empereur. Mais,
devant le spectre de la violence meurtrière qui les attendait, ils ont du
malheureusement prendre la décision de mettre fin aux jours de l’empereur.
On peut
comprendre qu’à ce moment précis la question de la réforme agraire
n'occupait que le second plan de la scène. On est en droit
de se poser certaines questions au sujet de cette soi-disant réforme agraire.
Si L’Empereur était si enthousiaste à la distribution des terres, pourquoi
n’avait-il pas donné le bon exemple en lotissant les multiples
domaines qu’il exploitait à profit à travers le territoire. Pourquoi
voulait-il exiger des autres ce que lui ne pratiquait nullement. Par ailleurs,
si les hommes du Sud et de l’Ouest étaient si réfractaires à la reforme
agraire comment cela se fait-il que, sous la presidence de
Pétion, on a procédé à une reforme agraire où tous les soldats et officiers
qui formaient avec leur famille la presque totalité de la population du Sud et
de l’Ouest reçurent une parcelle de terre.
Souvent, on a voulu faire du drame du Pont Rouge une question de couleur.
Pour ce faire, d’un coté, on ignore la participation active des généraux
Yayou et Vaval (tous deux des noirs) à l’assassinat
de Dessalines. De l’autre, on ignore la dévotion
des métis Charlotin Marcadieux, Delpeche et Boisrond-Tonnerre qui ont
préféré mourir en la circonstance par fidélité à l’Empereur. Et, en ce
sens, le stéréotype métis joue aujourd’hui
même contre les descendants de Charlotin
Marcadieux qui, comme par ironie, sont mis dans le même sac sans aucune analyse
du contenu de leur caractère. On ne se foule pas la rate : «
Missié sé mulat, li se exploitè ».
Dans le même ordre d’idée, Il est inacceptable de passer sous silence
la complicité de Christophe dans le drame du Pont Rouge alors qu’il
complotait bien avant ce drame avec Geffrard. On se demande aussi pourquoi l’assassinat
du Général Clerveaux par le Docteur Justamon (médecin de Christophe) et l’assassinat
du General Cappoix-la-Mort, tous deux commandités par Christophe n’ont
pas suscité presqu’autant de ressentiments que l’assassinat de l’Empereur.
Si le drame du Pont Rouge a été une réponse à des actes d’agressions
venant de l’Empereur, les assassinats de Clerveaux et de Cappoix commandités
par Christophe n’ont pas été provoqués. Ils ont été des crimes où
Christophe a choisi délibérément d’éliminer des hommes qui pourraient
être une barrière à la réalisation de ses ambitions. Le Général Clerveaux
était plus ancien divisionnaire que le Général Christophe et, par conséquent,
il était celui qui
hiérarchiquement aurait pu remplacer Dessalines. Par ailleurs, le Général
Cappoix n’était-il pas trop populaire et trop fervent défenseur de
Dessalines contre lequel Christophe complotait. Et, voici qu’on a toujours
essayé d’occulter la participation de Christophe non seulement au drame du
Pont Rouge mais aussi, aux assassinats de Clerveaux et de Cappoix, co-fondateurs
de la patrie.
Si nous voulons être intellectuellement
honnête, il nous faut rétablir la vérité historique. Il serait tout aussi
grave de passer sous silence les autres drames qui ont endeuillé la nation
tels les massacres perpétrés sous les ordres de Soulouque, de
Salomon, de Salnave, de Guillaume-Sam et également de justifier les crimes
commis par les régimes duvalieriste et lavalassien sous le prétexte qu'il y a
en Haïti une injustice sociale. Apres 50ans de "révolution sanguinaire",
n'a t'on pas enlisé ce pays davantage dans le gouffre en détruisant son
agriculture, son industrie naissante, ses faibles institutions, en
éliminant toutes les valeurs morales et le patriotisme et en y cultivant la
haine, la bêtise et le mensonge.
Si l'on revient au pont rouge pour en
tirer des leçons, faisons-le sans démagogie. Car, c'est le sujet sur lequel se
sont basé tous les destructeurs de nation à travers l'histoire pour
soulever les masses pauvres et
profiter de leur ignorance pour les conduire à des actions criminelles dont
elles n'ont jamais bénéficiées.
Je pense que nous devons camper nos héros de l'indépendance en les
couvrant du manteau de la gloire
pour nous avoir léguer une nation libre. Mais, on ne peut pas distordre l’histoire
pour satisfaire des intérêts personnels ou à des fins inavouées. Bien
souvent, un groupe d'haïtiens se sert de faits historiques isolés pour asseoir
leur théorie de destruction de la société haïtienne donc, d'Haïti. Ce ne
saurait être le cas du Dr Michel Ange Monplaisir. Je pense qu’en grand
patriote, il a eu un cri du cœur, il a essayé de faire rejaillir notre élan
patriotique en évoquant les
multiples et réelles qualités de l’empereur.
Par contre, une phrase malheureuse nous a retenu l’attention dans son texte
puisque utilisant des termes qui dans le langage haïtien sont à la fois flous
et élastiques :
«Quoiqu’il en soit, que
nous sommes loin aujourd’hui de l’idéal de Dessalines! Existe-t-il une différence entre
le colon d’hier et l’actuel Haïtien de l’élite ou de la bourgeoisie qui
veut accaparer tout à son profit, sans laisser la moindre miette au peuple
? ».
En Haïti, l’utilisation des
expressions : élite et bourgeoisie prête à des
confusions grotesques. Chaque haïtien semble avoir son concept pour
catégoriser les gens. En réalité, les duvaliéristes et les lavalassiens qui
ont tout accaparé à leur profit, ont-ils été tous de l’élite et/ou de la
bourgeoisie? Est-il prudent de
généraliser en jetant un
discrédit sur tous les membres d’une même catégorie sociale et en faisant
payer à tous le comportement de
certains. Je suis sur qu’on ne voudrait pas rejeter sur nos populations
pauvres la responsabilité des égarements des politiciens lavalassiens.
Apres cette longue digression, revenons à l’empereur Dessalines. Le
colosse que fut Dessalines n’était pas parfait. Nul ne l’est. Le
point que j’ai voulu faire dans ce texte est simple. Je pense qu'en évoquant
ce drame à chaque 17 octobre, l'on devrait le replacer dans son contexte
historique réel sans émotion afin de ne pas attiser et justifier la haine
et la division qui ont déjà ravagé notre nation et l'ont mises dans un état
déplorable à la suite de 2 révolutions sur une période de 50 ans prônant la
lutte des classes sur un fond de préjugé de couleur avec une philosophie qui
voudrait faire comprendre qu'Haïti n'appartient qu'aux fils de Toussaint,
Dessalines, de Cappoix, de Christophe etc... et non aux fils de Rigaud,
de Pétion, de Clerveaux, de Geffrard etc...
C'est cette division qui nous vaut cet état lamentable que connaît Haïti
aujourd'hui. Car, si le drame du Pont Rouge est regrettable,
l'exploitation de ce drame à des fins de division de la société haïtienne et
de perturbation de l'union sacrée est tout a fait criminelle et
suicidaire pour le pays. Cette philosophie a détruit le pays pendant ce
dernier demi-siècle. Il faut d'une autre stratégie, une autre façon de
faire où dans un Etat de Droit, tous les haïtiens sans distinction seront
respectés, protégés, accompagnés. Ceci devrait être notre seul souci. Le
développement économique viendrait par surcroît.
A l’occasion du 200eme anniversaire de l’assassinat de Dessalines, le chef
de l’Etat a fait un appel à la paix et à l’unité afin, dit-il, d’offrir
à nos enfants l’égalité et la fraternité en combattant l’exclusion
sociale, la misère, l’ignorance, l’analphabétisme et la faim. Ce sont de
bien belles phrases qui pourraient faire rêver. Ce que nous ne pouvons pas
comprendre, c’est le virage à 180 degré de l’homme qui a milité dans
Lavalas et qui fut le premier Ministre tandis
que le fameux discours de : « bayo sa yo merite »
fut prononcé. Discours qui, disons-le, était tout à fait contraire aux
idéaux de paix, d’unité et de fraternité. Pour se départager
de cette rhétorique violente, il aurait
mieux fait d’avoir démissionné en 1991. Il ne l’a pas fait et a, au
contraire, lutté pour le retour d’Aristide accompagné de 20,000 militaires
américains après que les militants lavalassiens eurent imposés 3 ans d’embargo
qui ont contribué à ruiner le pays. Puis, on a eu la passation de pouvoir et
les multiples crises qui ont jalonnées les 5 ans du premier mandat durant
lequel on n’a pas eu un climat de paix, d’unité et de fraternité.
Il aurait été réconfortant d’entendre le
Président Préval s’excuser auprès de la Nation d’avoir auparavant mené
une politique non conforme avec la paix, l’unité et la fraternité dont il
parle aujourd’hui. Ceci nous permettrait de faire le départ entre le nouveau
Préval et l’ancien.
Le
président haïtien a précisé que la lutte pour l’égalité et la
fraternité implique qu’il faut combattre l’exclusion sociale, la misère, l’ignorance,
l’analphabétisme et la faim. En combattant ces fléaux, on travaille certes
à établir plus de justice sociale mais, il serait démagogique de faire croire
que ceci aurait pour effet de créer l’égalité économique.
Alors de
quelle égalité parle t’on ? L’égalité par définition présuppose
que les citoyens soient égaux
devant la loi
et soient soumis aux mêmes
obligations. Or, cette égalité devant la loi, c’est un droit que le gouvernement doit se
charger de garantir à tous plutôt que de nous demander de lutter pour. En tout
cas, nous verrons bien si le Président était sincère en prononçant ces
belles paroles. Il devra nous
demontrer qu’il est vraiment l’homme de la paix, de l’unité et de la
fraternité et ceci dans les faits
et à toutes les étapes de la reconstruction du pays.
En conclusion, l’assassinat de Dessalines est une des
multiples pages sombres de notre histoire écrite dans le sang. Même après
avoir revu et compris les justifications
de cet assassinat, nous pensons que ce fut un événement regrettable qui
n’a pas manqué de ternir notre image de peuple. Malheureusement pour
certaines des Républiques avoisinantes, un survol de leur histoire nous permet
de découvrir des drames presque similaires. En effet, les
fondateurs de la République Dominicaine et du Venezuela ont connu une fin moins tragique
mais, très déshonorante pour ces 2 pays; ils sont mort dans l'abandon,
le découragement et le dénuement le plus total. En réalité, ces
drames devraient appartenir au passé. N’était-ce la présence de la
guérilla urbaine qui sévit en Haïti et qui déstabilise l’économie, il
nous serait permis de commencer à bâtir une Haïti nouvelle où il n’y
aurait pas de place pour la haine entre noirs et métis, citadins et paysans,
lettrés et analphabètes, riches et pauvres et où, tous les haïtiens
dans l’unité et la fraternité pourraient
travailler à bâtir un pays économiquement fort muni d’institutions
démocratiques solides et où, chaque patriote haïtien se ferait le gardien de
notre Constitution et de nos lois garantissant ainsi graduellement le droit au
travail, à la santé, à l’éducation et à un logement décent.
Bernard
Miot
24 Octobre 2006
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Allocution
prononcée lors des funérailles de ma fille Véronique le 13 septembre 2006, a
l’Eglise St Pierre de Petion-Ville.
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Cher
parents et amis,
Ma fille Vicky que nous pleurons aujourd’hui aurait certainement
approuvé ces propos que je vous tiens cet après midi. Mon intervention sera
courte, et j’espère, suffisamment directe.
Si
nous vivons actuellement à Port-Au-Prince des moments aussi difficiles, c’est
parce que, nous autres membres de la société civile, avons, jusqu’à
présent refusé de faire face à nos responsabilités et n’avons pris tous
les moyens nécessaires pour arrêter cette descente aux enfers.
Si cette racaille, d’origine diverse, qui sème impunément le deuil et
la désolation dans nos familles avait été mise hors d’état de nuire, il y
a de très fortes chances que je ne serais pas là, à cette place, en train de
m’adresser à vous, aujourd’hui,….. Vous qui êtes venus nous supporter
dans cette épreuve.
Il y a maintenant presque dix ans qu’un ami à moi perdait sa
femme dans des circonstances aussi tragiques. J’étais persuadé que
nous aurions réalisé un sursaut et
réagi collectivement pour
contrecarrer et combattre
cette violence qui s’abattait sur nous. Malheureusement nous ne l’avons
pas fait.
Nous avons continué notre
sauve-qui-peut individuel et avons laissé à d’autres .., qui…, soit ne
peuvent pas… soit ne veulent pas, assurer la protection qui nous est dûe.
Nous
ne pouvons plus continuer à réagir
en autruche et penser que notre salut dépend seulement de gardes de corps , voitures
blindées etc. et autres artifices ponctuels et superficiels qui, au fond, ne
garantissent rien et qui ne vont certainement pas irradiquer le mal là où il
se trouve. Ces dépenses effectuées pour notre protection individuelle ne nous
empêchent pas d’être kidnappés
ou d’être tués dans les rues de
Port au Prince et de Pétion-Ville.
Par
contre.., pour assurer notre survie, ces sommes faramineuses versées en
rançons… et ..versées pour assurer une sécurité
rapprochée devraient être utilisées à mettre en place un système efficace
qui mettrait hors d’état de nuire ces gangs…ces malfrats…ces assassins…
qui doivent disparaître.
Cette
vague de violences qui s’est abattue sur nous ne pourra être contrée que par
une réaction collective et proactive de notre société dans toutes ses
composantes. Notre salut et notre futur en dépendent.
Je
ne souhaiterais pas a mon pire ennemi d’être a ma place aujourd’hui et a
plus forte raison, je ne
souhaiterais pas qu’ aucun de vous,
honnêtes pères et mères de famille soyez dans la situation pénible dans
laquelle se trouvent ma famille et moi aujourd’hui.
Aide
toi et le ciel t’aidera dit le dicton…
Je
vous remercie de votre présence. Elle nous reconforte.
Que
Dieu nous protège tous… et qu’Il
accueille Vicky.
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