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Archives d'Editoriaux #53

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Les grosses espérances et les petites choses

Latortue répond à ses détracteurs Date: Tue, 25 Jul 2006

 

Le gouvernement de Gérard Latortue était aussi corruptif que celui d’Aristide Neptune

 

Thèmes de l’Emission de la semaine: Orlando le 30 juin, 2006

La "Mentalité Chef"

Haïti au carnaval des autres 

D’Haiti et des Haitiens 

Les grosses espérances et les petites choses

 

Par Lyonel Trouillot

 

lyoneltrouillot@lematinhaiti.com

 

 

Il était une fois, dans un pays imaginaire, à une époque lointaine, un ministre des travaux publics à
qui un ami avait fait appel pour l’obtention d’une pompe à eau pour une petite localité. Petite localité, petite pompe, grand ministre. Il suffisait d’une lettre d’appui du ministre pour qu’un organisme étranger d’un pays tout aussi imaginaire fasse don de la pompe à la localité. Le ministre, sûr de son fait, avait répondu à son ami qu’il travaillait sur de grands projets, assez grands pour changer l’histoire et que les demandes qu’il formulait portaient sur des sommes colossales. Il attendait, il espérait. « Oui, mais, une petite signature pour l’obtention de la pompe ». Le ministre était tellement pris dans le rêve de ses grands travaux qu’il ne trouva pas le temps de signer la lettre. L’ami s’en alla, déçu. Les aléas de la politique ont fait que, dans ce pays imaginaire, il
passa peu de temps avant que le ministre ne fut plus ministre. Le croisant dans une réunion « d’anciens » hauts fonctionnaires, l’ami lui dit : « Ah, si seulement tu m’avais donné cette signature, on aurait quelque chose à mettre à ton actif, une petite pompe, un peu d’eau, pour une petite localité».

 

Derrière l’anecdote, une inquiétude. C’est bien de voir grand. C’est bien de demander beaucoup si l’on a des projets qui correspondent aux sommes espérées. Mais ce ne peut être ni un prétexte ni une excuse (je n’accuse pas l’actuel gouvernement de se livrer à pareille pratique) pour ne pas toucher tout de suite aux petites choses. L’accumulation de petites réalisations répond non seulement à la satisfaction progressive des besoins de la population, elle contribue aussi à créer un climat de confiance. Confiance que la population accorde à l’État. Et confiance de la société entière (État/société civile) sur les choses qu’elle peut faire seule ou avec une aide limitée

 

Ces conférences avec les « bailleurs de fonds » constituent un spectacle assez affligeant. Que de fois la montagne a-t-elle accouché d’une souris ! Et, sans contrepoint, elles peuvent enfoncer le pays dans le culte de sa propre incapacité. Oui, il faut être réaliste et reconnaître qu’Haïti a grand besoin d’aide. Il faut aussi reconnaître qu’Haïti n’a pas suffisamment pensé ses propres capacités, et que le point de vue dominant est celui du «kwi » tendu.

Je souhaite (c’est la prière d’un citoyen) que le gouvernement de la République sonne le rassemblement sur ce qui peut être fait par Haïti pour Haïti. Inventivité, solidarité, utilisation judicieuse des maigres ressources et moyens. Pourquoi pas une conférence sur ce thème ? Avec moins de fastes, et des ambitions plus modestes mais très concrètes.

 

 

Question de faire la part des choses. Les grandes, les petites. Les grosses attentes, les grands projets pour un pays projeté, toujours imaginé. Les petites actions positives qui transforment la vie, l’améliorent petit à petit.

Un peu d’eau pour une petite localité, cela ne peut pas faire de mal…

Jeudi 27 juillet 2006

 

 

Comments from Webmaster:

Good thinking, well written.  Not enough think like him and, even more importantly, are willing to work towards these "small" but very important achievements. The impact of these achievements is much larger than their mathematical sum since, over time, they will change the culture of the «kiw » tendu and will change this culture from speech making to achievements, although small at first but they will accelerate beyond all expectations by unleashing Haitians real potentials, as demonstrated in contexts inside and outside of Haiti.

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Le gouvernement de Gérard Latortue était aussi corruptif que celui d’Aristide/Neptune

Lundi 17 juillet 2006 - Radio Signal FM

 

Le Sénateur Kelly C. Bastien qui a fait ces révélations indique que l’ancien premier Ministre Gérard Latortue avait acheté aux Etats-Unis deux voitures de marques Lexus et Toyata « …. » aux frais de la République. Ces voitures qui n’ont jamais été transportées en Haïti sont actuellement au service de l’ancien chef du gouvernement intérimaire, précise le parlementaire.

Le Sénateur de la Plate-forme Lespwa cite un rapport de la Cours Supérieur des Comptes et du Contentieux Administratif selon lequel la primature aurait dépensé 44 Millions de gourdes seulement en per diem. Le sénateur Bastien dit en ce sens souhaiter que le travail de l’Unité Centrale de Renseignement Financier s’étende sur la gestion de l’équipe de transition.

Inacceptable, c’est le thème utilisé par madame Anne Marie Issa en réaction à ce chiffre. « On était tous au courant des cas de malversation perpétrés durant la période de la transition, mais ce que je viens d’entendre m’a vraiment choqué », a martelé la présidente de l’Association Nationale des Médias Haïtiens.

 

Madame Issa estime qu’il est du devoir de l’actuel gouvernement et du parlement haïtien de faire revenir Gérard Latortue au pays afin qu’il réponde à ces accusations.

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Latortue répond à ses détracteurs Date: Tue, 25 Jul 2006

Cher Nouvelliste,

(Réf: le texte du site Internet du Nouvelliste  me concernant visité le 23 Juillet 2006)

Mon départ d'Haïti prévu initialement pour le mois de février 2006 avait été retardé par les lenteurs du processus électoral et les aléas de la restauration formelle de l'ordre constitutionnel dans notre pays. Mon voyage le 23 Mai 2006 avait été longuement planifié pour des raisons personnelles et j'avais tenu les nouvelles autorités du pays au courant de mes plans. Il n'est donc pas question d'avoir pris la fuite.

Je comprends mal votre article sur le Net qui met en cause tant mon intégrité personnelle que celle de mon administration pendant les deux années du régime intérimaire.

Je regrette évidemment que votre journal n'ait pas pris la peine de me contacter pour confronter ma version des faits à celle que vous attribuez à l'un de mes « anciens collaborateurs » présumés, anonymement cité par l'AHP sans qu'elle-même n'eut recoupé ses informations, ce qu'elle prend rarement la peine de faire il est vrai, selon une pratique que vous n'étiez pas déontologiquement tenu d'imiter. Mais il est difficile, évidemment, de recouper des sources imaginaires.

Pour tenter sans trop d'illusions, de couper les ailes à des rumeurs sans fondement, je vous précise donc les informations suivantes qui avaient été régulièrement portées à la connaissance des nouvelles autorités légitimes du pays:

1.   J'ai fait déposer, début juillet, par devant le greffe du tribunal civil de Port-au-Prince, la déclaration de mon patrimoine, comme je l'avais déjà fait au début de mon mandat de Premier ministre, dans l'espoir d'inaugurer une tradition à laquelle se plieraient mes successeurs. Vous n'y constaterez pas d'enrichissement personnel.

2.    Les deux véhicules « de luxe »avaient été  mis à ma disposition par l'Etat Haïtien en conformité aux articles 2 et 3 de l'Arrête du 23 Novembre 2005 qui prévoit pour tout ancien chef d'Etat et de Gouvernement un Secrétariat, un service de sécurité rapprochée et des moyens de transport adéquat, tout ceci à la charge de l'Etat. Quand j'ai été informé officiellement  le 19 Juillet 2006 que les bénéfices prévus à l'Arrêté du 23 Novembre 2005 ne seraient accordés qu'aux anciens dignitaires résidant en Haïti, j'ai immédiatement pris contact avec le Consulat d'Haïti à Miami pour coordonner la remise de ces véhicules au gouvernement Haïtien .Ceci a été fait par mes soins dès le lendemain 20 Juillet 2006.

3.   Je n'ai bien évidemment jamais émis de décret octroyant des indemnités (« privilèges ») de 15.000 dollars US aux anciens Premiers ministres (sous entendu moi-même). Ce genre d'information, cher Nouvelliste  et chers Parlementaires, était quand même très facile à vérifier, en l'occurrence auprès du « Moniteur », ou du ministère des Finances, ou du Secrétariat du Conseil des Ministres.

Sur le fond, enfin, de votre article, à propos de per diem prétendument « auto accordés » (le montant des per diem est fixé par l'administration et non pas par le Premier Ministre) par Latortue qui seraient élevés à « 44 millions de gourdes » en deux ans, cette somme  correspondrait peut-être aux sommes investies par la Primature pour les frais de sa diplomatie et de ses nombreux déplacements à l'étranger ; frais engagés pour la défense et la promotion des intérêts d'Haïti et aussi pour mettre fin à l'isolement d'Haïti sur le plan international. (N'oublions pas si vite ce qu'était le pays au lendemain du départ d'Aristide !). Un tel investissement  a permis, entre autres, d'obtenir la fin des sanctions contre Haïti, le renouvellement de l'aide internationale par l'octroi, à travers la CCI, de 960 millions de dollars effectivement engagés à cette date sur le terrain. Ce « million de dollars » dépensés en notes d'hôtels, de transports, de représentation, peut apparaître, je le sais bien, comme une insulte à l'oreille de la femme, de l'homme et des enfants  d'Haïti qui ont faim. Accordez-moi que cette dépense a été utile (960 autres millions de dollars investis !), qu'elle est très modeste au regard des usages en cours dans les pays en développement à diplomatie dynamique, qu'elle est infiniment inférieure aux dépenses non productives dilapidées par la présidence Aristide pour gaver ses avocats et ses groupes de pressions aux Etats-Unis et en Afrique, et qu'elle est probablement du même ordre (car les hôtels, les restaurants et les avions ne sont pas gratuits), que celle engagée par la nouvelle équipe gouvernementale pour des voyages à l'étranger, avant même son investiture officielle et depuis. D'ailleurs, je souhaite respectueusement, au passage, aux nouveaux chefs de l'exécutif, encore plus de résultats, et de récolter le 25 juillet ce que nous avons essayé de semer, pour « un million de dollars », dans les décombres de Lavalas.

Je termine, simplement pour ne pas être accusé de ne pas les mentionner, les fonds de relogement de Fond Verrette. Leur usage, n'était pas du ressort du Premier ministre. Le Premier ministre, d'hier et d'aujourd'hui, ni le Président, ne sont pas chargés de tout (heureusement!). Arrêtons la fable duvaliérienne et aristidiste des hommes providentiels ou des prophètes. Si scandale il y a eu, cher «Nouvelliste », chers journalistes, enquêtez, investiguez, recoupez les témoignages, retournez sur le terrain, questionnez, contestez, proposez, démontrez, investissez (car une information coûte beaucoup plus cher et d'efforts qu'un zin).

Je me tiens bien évidemment à votre disposition, comme à celle de vos confrères, et de tous les organismes autorisés et des autorités légitimes, pour apporter toutes précisions utiles à la vérité et donc au renforcement de la démocratie balbutiante dans notre chère Haïti. Je m'honore pour ma part d'avoir apporté une petite pierre à l'édifice, et d'être en tout cas inattaquable sur le terrain de l'intégrité, ma plus grande ambition restant d'avoir créé sur ce plan un exemple et un précédent que j'aimerais incontournables.

En toute bonne foi,

Gérard Latortue

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Thèmes de l’Emission de la semaine

 

Orlando le 30 juin, 2006

                                                         

Actualités Politiques : Grandes Lignes

On n’a pas besoin d’être grand clerc, pour réaliser qu’aussi loin et aussi longtemps que Préval et Alexis peuvent reculer la date des élections législatives incomplètes du Nord-est et celles des Collectivités Territoriales, mieux ça vaut pour eux. Cela prendra le temps qu’il faudra pour étendre leurs tentacules. Ils veulent, comme ils l’ont fait aux élections du  21 mai 2000, confisquer celles de 2006. C’est la raison fondamentale, que le retour au statu quo ante soit géré aujourd’hui par ce même tandem. C’est le pré-requis de la garantie sans faille de la confiscation du pouvoir, pour des décades, au profit des anarcho-populistes.  

 

Si nous sommes au début d’un nouveau gouvernement, nos gouvernants ne sont ni nouveaux, ni à leurs débuts. Il est donc important, dans cette conjoncture, de bien peser les mots et de noter l’expression utilisée par l’homme fort du nouveau gouvernement, Jacques Edouard Alexis, pour mettre en exergue et encapsuler le moment historique de son retour au pouvoir par une expression qui traduit clairement son état d’esprit. Il a choisi le présent et pas le future, ni le gérondif, pour mettre l’emphase sur l’instantanéité du fait accompli : « Vent en virer. » La question est de savoir, est-ce que les vecteurs de forces tendant vers le changement et l’implantation de la Démocratie, sont instantanément renversé à 180 degrés ? Il ne faut pas s’illusionner. « Il prend des hommes neufs pour bâtir un monde nouveau. »

 

Dans le Département du Nord-est, ils ont un malaise avec un candidat au Sénat qui les gène. Sans manipulation, il est absolument certain d’être le premier Sénateur. D’ailleurs dans les deux consultations électorales tenues cette année au niveau sénatorial, il a reçu deux fois plus de voix que son compétiteur le plus important. Le prétexte utilisé pour annuler le premier tour au Département du Nord-est, est incontestablement une manipulation. On aurait pu, précisément parce que le CEP est à cour d’argent, utiliser la seconde consultation pour déclarer les 1er, 2e et 3e Sénateurs. Les deux consultations ont eu d’ailleurs les mêmes résultats. Une 3e sans manipulation aura très certainement les mêmes résultats. On est en train de perdre l’occasion d’inaugurer et de franchir une nouvelle étape dans l’effort d’inclusion multisectorielle des niveaux supérieurs des postes électifs. Malheureusement, l’effort de manipulation n’aurait pas sa raison d’être, et ne serait pas payante, s’il en était ainsi. La xénophobie totalitaire lavalassienne s’en sentirait offensé, pour qu’au moment où ils ont, par un coup de maître des hégémonistes sud-américains, réussi l’impossible, reconquérant paradoxalement le pouvoir, au lendemain du renversement spectaculaire du régime lavalas, avoir un candidat qui se trouve à l’antipode du canon idéal du populisme lavalassien, élu 1er Sénateur. Le totalitarisme lavalassien aurait perdu son sens et encore pire ses réflexe. On peut, entre paléo, crypto et néo-lavalassiens, se tolérer, pendant un temps plus ou moins long,  mais pas ça ! Pas ce monde là ! Après un demi-siècle de populisme, qu’il y a-t-il de nouveau sous le soleil d’Haïti ? Avec une telle xénophobie, de quelle dialogue national ou coalition multisectorielle en est-il question ? Avec une telle intolérance, de quelle Démocratie parle-t-on ? Avec de telles violations flagrantes du droit de la minorité, de quelle Démocratie s’agit-il ? Pensez-vous que les Haïtiens soient seuls à constater et à comprendre ce qui se trame ? Pourquoi autant d’hésitations de la part de ceux qui détiennent les courroies de la bourse ? Pourquoi sont-ils aussi durs à la détente ? Pourquoi toutes leurs promesses d’aide, sont désormais accompagnées de conditions sur la gouvernance ?    

 

Si on n’est pas encore convaincu que les manipulations et le renvoi sine die des élections législatives incomplètes du Nord-est, servent les intérêts du tandem, il faut simplement se référer à l’arithmétique parlementaire. Le contrôle des élections législatives incomplètes du Nord-est, offre au tandem Préval/Alexis, 3 sièges au Sénat et 13 sièges à la chambre des Députés. Quels sont les significations et les effets de tels gains : au Sénat, LESPWA passant de 11 à 14 sièges sur 30, augmentant substantiellement son pourcentage, de 36.66% à 46.66% du Sénat, avec la présidence de l’Assemblée Nationale par-dessus de marché. A la chambre des Députés, c’est le même scénario. LESPWA passant de 20 à 33 sièges sur 99, bénéficie d’une augmentation substantielle passant de 20% à 33% de la chambre basse. Les élections du Nord-est, est donc un enjeu politique qu’ils tiennent à confisquer, non seulement parce qu’il est de leurs intérêts de contrôler le Parlement autant que possible, mais surtout parce qu’ils veulent prévenir une première historique, l’introduction à un poste électif important, d’un membre d’un groupe ethnique et d’une classe sociale minoritaires que l’on veut exclure de la politique à tout prix. Dans ce cas, de quel dialogue national et de quelle coalition multisectorielle s’agit-il ?  

 

Si les manipulations des élections incomplètes du Nord-est, sont des violations flagrantes des concepts, principes, règles et préceptes de la Démocratie, pour pérenniser l’exclusion, les conséquences de la confiscation de celles des Collectivités Territoriales, seront plus graves. Ce sera irréfutablement le noyautage et le contrôle absolu du système d’Assemblée créé par la Constitution, qui empêcheront de décentraliser le pouvoir politique, de déconcentrer les services publics et d’établir en vérité l’indépendance du pouvoir judiciaire. Cela ne peut pas être l’effet du hasard que le régime lavalas qui a géré le pays le plus longtemps sous l’égide de la Constitution de 1987,  pendant 13 ans, soit 3 ans après son adoption, n’ait jamais tenté d’adopter les lois d’accompagnement pour la rendre fonctionnelle, ainsi que ses Assemblées, et établir en vérité l’indépendance du pouvoir Judiciaire. Ce n’est pas par hasard non plus que ce CEP ait voulu faire les élections des Collectivités Territoriales après que les pouvoirs exécutif et législatif soient établis. Créant intentionnellement ces conditions, l’exploitation de la prépondérance du titulaire, est absolument inévitable. Tous ceux qui ont fait des recherches dans les provinces et dans le milieu rural en particulier, sont unanimes sur ce fait, qu’il y ait un engouement, pour se choisir des leaders que l’on connaisse, en qui on a confiance, et à qui on a accès, pour gérer les pouvoirs locaux. Ce milieu de fait, n’est pas encore conscient du pouvoir dont il est muni par la Constitution de 1987, dans la création du régime d’Assemblée. Pendant les 13 ans de pouvoir lavalas confisqué au nom des masses, elles ont été intentionnellement maintenues dans l’ignorance totale de ce fait. Encore pire, même dans le milieu urbain, rares sont ceux qui en sont conscients. Certes, on parle haut et fort et avec insistance de « décentralisation », sans comprendre clairement et à fond le mécanisme par lequel on doit y parvenir.

 

Cette Constitution, pour créer un régime d’Assemblée, décentralisant, réduisant la prépondérance du pouvoir exécutif, déconcentrant les services publics, octroie intentionnellement aux Assemblées des Collectivités Territoriales, le pouvoir d’élire, d’intervenir et d’être les courroies de transmission entre les différentes strates d’autorités locales et nationales, inclus le pouvoir exécutif, avec participation et voix délibérative au conseil des ministres. Ces Assemblées ont le pouvoir de dresser des listes de personnes de leur choix à partir desquelles, les trois pouvoirs sont obligés de choisir pour les nominations. Par exemple : les membres du CEP permanent, proviennent de listes préparées par les Assemblées départementales. Les juges de la Cour d’appel, et des tribunaux de première instance, proviennent de listes préparées par l’Assemblée départementale concernée. Les juges de paix proviennent de listes préparées par les Assemblées communales.

 

La confiscation des élections des Collectivités territoriales, pour imposer la volonté du parti au pouvoir, est un handicape sévère et sans appel à la décentralisation, parce que ce ne serait pas l’expression de la volonté générale des masses provinciales et rurales qui octroiera, sans intervention externe, le pouvoir aux élus des Collectivités Territoriales, ce qui est un pré-requis pour entamer la décentralisation. Il suffit de jeter un coup d’œil sur les cartes publiées sur les sites du CEP, représentant la répartition du vote, pour se rendre compte de la bigarrure de l’expression de la volonté générale de la province et du milieu rural. Voilà précisément ce que la lettre et l’esprit de la Constitution veut exploiter pour forcer la décentralisation, par le biais de la participation de la mosaïque des intérêts nationaux, et pas autrement.    

 

« Tout ce qui se conçoit bien, s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément. » Littéralement à la veille de sa visite en Europe, le discours de Préval en Floride, de l’avis de plus d’un, a été des bribes de phrases incohérentes et sans cohésion. Alors que l’audience, n’exigeant de lui ni l’éloquence, ni le charisme, avait le droit d’espérer que le chef d’état aurait dû être capable au minimum d’articuler ce qu’il conçoit être sa stratégie et les grandes orientations de sa politique. Son discours a laissé beaucoup à désirer, au point où on s’inquiète de ce que pourra être la substance du tête à tête à huis clos, entre Chirac et lui. Même avec un interprète, s’il ne peut pas concevoir pour s’exprimer en créole, à quoi ça sert. Cependant quand il se fut agi pour lui de concevoir et de distiller le venin de sa haine et de sa xénophobie, il l’a articulé clairement et les mots pour le dire sont arrivés aisément. « Traître à la nation », ne fut pas un lapsus linguae. Ce discours a été articulé avec le ton, la diction, la ponctuation, la cohésion et la cohérence qu’il fallait. Ce n’est pas par hasard qu’Aristide, l’apôtre de la haine, s’est lié à lui aussi étroitement. Il a vu en lui, le reflet de sa propre image, la même vision manichéenne des choses, le même sectarisme, la même xénophobie, le même état d’âme, le même penchant pour le mal, la même propension à la violence, la même intensité de haine, la même soif de vengeance. Cette compatibilité et cette affinité se sont manifestées de plusieurs façon et à maintes reprises. Quand il se fut agi pour l’apôtre de la haine de faire son premier choix de premier ministre qui a-t-il désigné ? De se trouver un successeur à la présidence, qui a-t-il nommé ? De se doter d’un frère siamois qui a-t-il choisi ? Pensez-vous qu’après ce long temps de rodage qui s’est développé entre eux, avant, pendant et après le pouvoir, qu’il se pourrait, qu’Aristide se soit si piteusement trompé sur la personnalité et le caractère d’un homme qu’il a tant pratiqué et sur qui il a tant misé ?  

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La "Mentalité Chef"

La "Mentalité Chef" c'est un héritage de l'époque coloniale qui nous remet sans cesse à la place du commandeur.  Elle s'est transmise de génération en génération et constitue une des causes historiques de nos mésaventutres.  Elle donne l'impression que nous pensons de travers au point que certains croient qu'il nous manque un chromosome.

Il est rapporté que, le roi Christophe au moment de la construction de la citadelle Laferrière avait commandé : En avant marche! à des anciens esclaves qui s'exécutèrent. Le roi ne les ayant pas halté les pauvres continuèrent leur marche jusqu'à se jetter dans un précipice.

La "Mentalité Chef" se manifeste chez presque tous les haitiens qui attendent d'être Président pour aider le pays.

La "Mentalité Chef "c'est ce citoyen qui, une fois Président, oublie ses promesses et se transforme en dictateur.

C'est le président qui viole la Constitution et qui se permet de l'ajuster avec ses visées totalitaires.

La "Mentalité Chef" c'est le foulard rouge et le bleu denim qui font la loi.

C'est la voix nasillarde du VSN qui vous ordonne de crier: "Duvalier à vie".

C'est la voix famélique du chimère qui vous fait crier sous la menace de son arme: "Titide pou tout tan".

C'est Amaius Mayette le député de Saint-Marc qui fait incendier une maisonnette avec à l'intérieur une vingtaine d'êtres vivants.

C'est Aristide qui mange le coeur et la cervelle d'Amiot.

C'est Boss Pinte fulminant de rage qui flingue un chien pour se venger d'avoir raté le morveux qui se moquait de lui.

C'est le caporal qui vous met aux piquets pour avoir siffloté en passant devant le palais national.

C'est ce parlementaire qui s'oublie et qui se prend pour un déchouqueur à temps partiel.

C'est ce militaire qui entre dans un magasin et qui marchande en pointant son arme vers les étalages.

La "Mentalité Chef" c'est " konstitisyon se papie, bayonèt se fè".

C'est ce Major qui, cigare au bec, interrompt son interview pour pouvoir exhiber devant la caméra son colt 45.

C'est le SD qui se souvient des chambres noires de la Commission d'enquête et des cellules de Fort-Dimanche.

C'est le policier aux lunettes noires et à l'air suffisant qui reste sourd aux appels au secours du contribuable.

C'est toi cherchant les relations d'un chef pour couvrir tes crimes et tes louches activités.

C'est le juge corrompu qui siège au tribunal et qui t'envoie en prison malgré ton >innocence.

C'est le maître d'école qui vous "filangue la peau" pour avoir oublié le passé simple du verbe "cocomacaquer".

C'est le rire sarcastique du détective- tortionnaire des Recherches Criminelles qui vous "djak"et qui vous transforme les fesses en chair à pâtés.

C'est Père Kébreau qui , de son confessional, vous menace d'enfer pour avoir oublié votre acte de contrition

La "Mentalité Chef" c'est aussi la femme autoritaire et dominatrice qui bat le mari qui n'a pas dessoulé.

C'est l'homme sur la femme au moment de l'acte sexuel.

C'est le père ou la mère qui impose son mode de vie à son enfant sans se rendre compte que les temps évoluent.

C'est l'irrespect affiché par les uns dans ce forum qui s'en prennent aux autres en les insultant au lieu de les combattre avec des idées.

La Mentalité Chef se transformera en quelque chose de plus constructive:

Quand, au niveau de la cellule familiale, les parents comprendront la nécessité d'ajuster leur comportement vis à vis de leurs enfants en tenant compte des facteurs d'évolution du temps.

Quand, au lieu de nous imposer sur les autres, nous accepterons qu'il soient différents.

Quand nos élites institueront de nouvelles approches dans la gestion au quotidien des affaires de l'état, dans leurs relations avec les autres secteurs de la vie nationale.

Quand la justice ne se vendra plus aux plus offrants.

Quand des mesures seront prises pour combler les disparités sociales.

Quand la société comprendra qu'il est temps de démythifier le Chef et queles chefs eux- mêmes comprendront qu'ils sont au service payés et choisis par les contribuables.

"Quand les voteurs votants se mettront tous d'accord sur une idée, sur rien, pour que l'horreur se taise"

La Mentalité Chef, "se sa'm di se sa, ban'm kòmande, fèmin djòl-ou, sou pale avek mwen map fout ou 2 souflèt..."

La "Mentalité Chef", c'est moi qui, sur mes deux ergots, vous en parle comme si j'en étais épargné.

Quand je vous parle des autres, je vous parle aussi de vous...et de moi.

"O insensé qui crois que je ne suis pas toi" (V. Hugo)

Deka bess

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Haïti au carnaval des autres 
samedi 4 mars 2006

Débat

Par Giscard Bouchotte

Paris

Soumis à AlterPresse le 2 mars 2006

« Quand donc cesseras-tu d’être le jouet sombre au carnaval des autres ? » - Aimé Césaire (Ferrements, 1960)

La politique, comme le disait si bien d’Alembert, serait-elle devenue l’Art de  tromper les hommes ? Les récentes révélations du New York Times (29/1/2006) dans l’article « Mixed U.S. signals have helped tilt Haiti toward chaos »), mettant en cause l’I.R.I. confirment une thèse toujours écartée : comment pourrait-on croire que dans la déchéance haïtienne, la Maison Blanche n’y est pour rien ? Cet institut, présent dans plus de 60 pays voit souvent large quand il s’agit de faire régner la démocratie. Les fonds fédéraux de $26 million en 2003 sont passés jusqu’à $ 76 millions en 2005. L’ex-ambassadeur américain, Brian Dean Curran non plus n’a pas caché les rapports souvent tendus sur place. Dommage que les journalistes du Times (Walt Bogdanich, Jenny Nordberg) n’aient pu encore révéler autant et parallèlement les mains cachées du Quai d’Orsay et de la Rue Wellington à Ottawa dans cette mascarade mafieuse. Sans exclure la responsabilité et la complicité des politiciens haïtiens, il faudrait revenir sur les moyens techniques mis en place par la France également pour faire taire les revendications sur la Dette en escortant l’ex-président élu.

Dans un reportage télévisé sur les élections en Haïti, la chaîne publique américaine PBS tenait à insérer des images de danses et de transes de cérémonie vaudoue en quête d’exotisme sensationnel pour l’occidental non avisé. La presse internationale, nous bombardant d’images de Cité-Soleil, a fini par réduire Haïti - 20 fois plus grande que la Martinique - à un bidonville sans foi ni loi. Ce serait comme si le Brésil, toutes proportions gardées, n’est fait que de favelas. Lors de kidnappings à New York, à Los Angeles et dans d’autres mégapoles huppées, l’affaire ne mérite que la quinzième page du journal local. Une baleine égarée dans la Tamise à Londres et une tempête de neige à New York méritent plus d’attention qu’une analyse intelligente des mécanismes insoupçonnés de la tragédie des pays du tiers-monde.

Dans une récente analyse, je disais qu’ « Haïti n’est qu’un un minuscule puzzle de terre sur le grand échiquier du monde et que, même si ce pays n’existe pas’, il ne nuira pas au chef-d’œuvre ». Plus que jamais nous en sommes au fait. Comment expliquer que tout le système politique international n’est qu’un immense carnaval sans fin, où tous ceux qui n’ont pas de masques voient s’étaler leur linge sale en public ? « Avec le nouveau président haïtien, la communauté internationale saura-t-elle tourner une page dans ses relations politico-économiques ? Quant aux élus, prudence ! Comme on l’a déjà vu, les châtiments suprêmes succèdent parfois aux plus grands honneurs. Dans ces jeux politicolympiques, c’est la ciguë après les lauriers. L’expérience seule de l’ex-président devrait rappeler ce sage conseil que les Anciens disaient aux dirigeants politiques : « La roche Tarpéienne est près du Capitole » !

Que les coopérations Sud-Sud se renouent ! L’Amérique du Sud se souvient du soutien d’Haïti à Bolivar au moment de l’indépendance de ses pays. Je veux bien espérer, même croire malgré tout, que les Haïtiens « demandent trop aux autres et pas assez à eux-mêmes » (Césaire). Peut-être récoltent-ils aussi et encore leurs propres semences, infectés de tant de politicailleries intéressées. Dans l’arène impitoyable, les assistants/assistés attendent toujours les Grands avant d’applaudir le spectacle. Et, comme aurait dit Cocteau, puisque « ces mystères nous dépassent » feignons d’en être les organisateurs...

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D’Haiti et des Haitiens 
Pour « une vision nouvelle de la société »

jeudi 23 mars 2006

Débat

Par Marc Léo Laroche [1]

Soumis à AlterPresse le 21 mars 2006

Récemment, dans un article à votre journal (Agence AlterPresse), j’en ai appelé implicitement à la bonne volonté des Haïtiens en vue d’un engagement pour le développement du pays. Je répondais au constat de déliquescence dans laquelle se trouve ce pays depuis trop longtemps, sans qu’apparaissent à l’horizon des lueurs de développement. Entre autres réactions plutôt positives à ce texte, j’ai été, néanmoins, qualifié de « naïf » par un commentateur : mes propos traduiraient, au pire, un refus de regarder la réalité en face, au mieux, une méconnaissance de l’âme nationale dans ses tendances à l’apathie, quand la convoitise du bien public n’est pas en jeu. Il associait mon comportement à un manque de repères psycho-culturels dû à un séjour prolongé à l’étranger. D’où mes vaticinations stériles d’intellectuel auxquelles le peuple haïtien ne serait aucunement sensible, pas plus qu’à l’appel de la solidarité ou à des préoccupations qui mettent à contribution l’engagement de la collectivité.

Si cette réaction est, en l’occurrence, singulière, elle ne traduit pas moins une tendance qu’il convient nécessairement d’objectiver. En fait, je l’avais échappé belle, car il s’en fallait de peu que je ne sois taxé d’hypocrite comme ces Haïtiens qui tiennent, paraît-il, des discours patriotiques idéalistes à l’étranger et qui, une fois nommés ministres, tournent casaque à la vitesse de l’éclair. Dorénavant, ce qui les préoccupe, apprend-on, c’est davantage leur marge discrétionnaire sur le budget administré, quand ce n’est pas surtout les 20 à 30% de commissions sur le financement des projets qui transitent par leur ministère. D’autres se contentent d’expliquer ces revirements par la grande capacité de récupération du système politique haïtien, comme s’il allait de soi que les principes moraux ou éthiques ne faisaient pas le poids devant la vénalité générale.

En effet, selon un mythe reconnu pour sa ténacité, l’Haïtien parvenu au sommet de l’état n’aurait rien de plus pressé que de piller le trésor public. A défaut de pouvoir atteindre ce sommet qui lui permettrait de donner libre cours à sa cupidité, toute son énergie serait vouée à circonscrire les positions stratégiques qui s’en rapprochent, perçues qu’elles sont comme le sésame ouvre-toi de son rêve de mobilité sociale. Ce modèle de comportement ou ce fantasme qui a toujours existé, devrait se perpétuer, conformément à la tendance susmentionnée, quelles que soient les transformations à venir dans ce pays. Sous la forme d’attributs ou de ressorts psychologiques, ils seraient répartis dans toute la population et auraient, semble-t-il, leur lieu d’élection privilégié dans l’administration publique. Peu importe le régime politique, ils contamineraient indifféremment tous les paliers du personnel, du sommet à la base, jusqu’aux unités dispensant des services aux plus démunis de la population.

Cette réaction est, à l’évidence, symptomatique du désenchantement découlant des vicissitudes historiques de la nation : l’Haïtien n’a pas traversé les mille obstacles dressés sur sa route depuis les guerres de l’indépendance jusqu’aux péripéties sans nombre qui jalonnent son parcours dans l’action politique, sans en garder des marques dans les replis de sa psyché. Est-ce à cause de ces expériences malheureuses que sa vision est embuée de méfiance et de pessimisme ? Quoi qu’il en soit des causes, au-delà des pesanteurs ataviques, la réaction traduit certainement, dans la confrontation avec la réalité d’aujourd’hui, une attitude foncièrement cynique et très peu propice à la recherche de solutions aux problèmes qui assaillent le pays. En conséquence, à cause de ses fondements, au moins en partie, dans la vie quotidienne, il devient difficile de combattre une telle attitude. On est en présence de traits culturels qui s’invétèrent et au sujet desquels toutes les hypothèses sont permises.

C’est une lapalissade de dire que la société haïtienne est pauvre. A part quelques familles qui disposent d’une certaine fortune transmise par héritage, la plupart des autres familles à bénéficier d’une relative aisance ont eu recours, hier ou aujourd’hui, et de façon plus souvent malicieuse que légitime, à la propriété de l’état. Le ressortissant de ce pays semble peu convaincu que le travail peut ouvrir la voie à l’enrichissement. Dans sa perception du champ socio-politique, les méthodes privilégiées pour y parvenir englobent, mis à part le trafic des stupéfiants de tendance récente, un éventail de procédés illicites constitués par des manœuvres étendues de spoliation, toute chose pouvant offrir un raccourci sur la voie de la réussite sociale. D’autant qu’en général, s’accaparer d’un bien appartenant à l’état, sans se faire prendre la main dans le sac, est considéré comme un acte d’intelligence comme est considéré stupide le passage à un ministère sans s’être remplumé. Il y a ici une distorsion du sens civique sur laquelle nos mythologies culturelles demeurent significativement silencieuses.

Comme il n’a pas l’habitude de la richesse, l’Haïtien ne sait pas comment se comporter quand d’aventure cela lui arrive du ciel ou d’ailleurs. Le patrimoine qui défie le temps et qui se transmet d’une génération à l’autre dans la famille, c’est l’affaire des autres. En ce qui le concerne, il en a plutôt une conception tout à fait ostentatoire. Tout se passe comme si, compte tenu de la provenance douteuse de cette richesse, il fallait la jeter par la fenêtre au plus vite. C’est à qui va construire la maison la plus grande, pas nécessairement la plus esthétique ni la plus confortable, et va disposer de l’écurie la plus sophistiquée. Les cas de familles avec plusieurs voitures de luxe, alors qu’une ou deux auraient été amplement suffisantes, ne sont pas rares. Là où d’autres peuples se préoccupent de faire fructifier leur pécule quitte à dépenser une partie des intérêts, lui, il dilapide son capital en dépenses somptuaires comme s’il était inépuisable. A la vérité, le désir chez lui d’en mettre plein la vue est tellement fort, qu’il oblitère son jugement et le rend incapable d’appréhender les conséquences de ses gestes.

Quoi d’étonnant alors à ce que l’état, source de toute richesse, soit de tout temps assiégé par une fraction importante de la population. Dispensateur des moyens conduisant à la mobilité sociale, dans la représentation populaire, il se voit assigner à lui seul le rôle de dynamiser la structure sociale. Ce n’est donc pas l’Haïtien qui ferait sien le mot de Khalil Gibran aux Libanais au début du siècle dernier (mot incidemment repris sans avouer ses sources par J.F.Kennedy) : « Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais ce que vous pouvez faire pour votre pays » Cette proposition s’inscrit en opposition avec sa mentalité profonde en ce qui concerne le rôle dévolu au pays et, bien entendu, à l’état qui le représente.

Ainsi, avec le temps, même lorsque les acteurs changent, c’est la même partition qui se joue. Pas un iota n’a changé dans les comportements, au sommet de l’état, comme à la base, chez le peuple. A la prévarication et à la rapacité des uns répondent le cynisme et la convoitise des autres. Le seul point sur lequel ils se rencontrent, c’est dans la perception de l’état comme un perpétuel démiurge des conditions d’existence.

Tant que persistera dans la société cette représentation de l’état, les choses resteront telles qu’elles ont toujours été, comme d’ailleurs l’attitude cynique qui tend à légitimer le déterminisme des conditions sociales haïtiennes. A moins de magnifier le rôle des naïfs qui sont, en l’occurrence, des citoyens dans le plein sens du mot, de tous ceux qui, en dépit des pesanteurs de toute nature, croient à un sursaut de conscience dans l’histoire et qui travaillent pour que l’utopie d’aujourd’hui devienne la réalité de demain, les choses risquent de se perpétuer indéfiniment. Car la logique du cynisme qui conduit à la fatalité récuse le pouvoir de la volonté dans l’histoire, comme d’ailleurs l’ordre des moyens pour l’étendre et l’approfondir. Malgré que l’arène où évoluent les peuples grouille de forces obscures, qui agissent dans tous les sens, ces dernières n’arriveront pas à neutraliser le rôle du citoyen en tant qu’animateur de l’histoire. C’est là où le déterminisme est battu en brèche par ce dernier qui propose une vision nouvelle de la société et des actions propres à la transformer.

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