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Archives d'Editoriaux #52

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Quand La Cour de Cassation évoque une loi inconstitutionnelle

Lorsqu'on s'appelle Baker !

Réponse à l'article de Jean Erich René :

D’Aristide à Préval et au-delà...
Vive l’utopie d’une Haiti nouvelle !



18 février 2006

Débat

Par Marie Frantz Joachim [1]

Soumis à AlterPresse le 17 février 2006

Après cinq reports de date des élections, les Haïtiens et Haïtiennes ont finalement réussi à se rendre massivement aux urnes le 7 février 2006 pour participer aux élections qui viennent de conduire René Garcia Préval à la tête du pouvoir exécutif. Cette participation à hauteur de 60 pour cent de la population aux urnes peut-elle être interprétée comme une rupture avec le passé lavalassien ? Ou encore faut-il inscrire ce geste dans un cadre plus complexe qui se situe entre une démarcation entre Lavalas et Préval ? Ou enfin une sanction des pratiques de la plupart des secteurs politiques haïtiens, et une réponse au mépris affiché par le gouvernement de transition Boniface-Latortue ?

Sans vouloir dresser un bilan du régime lavalas, il nous semble salutaire de rappeler les traits caractéristiques de ce système qui a eu la gestion du pouvoir public au cours de cette dernière décennie si l’on met de coté les trois ans du coup d’état (1991-1994).

Un trop grand appétit de pouvoir

D’emblée, nous pouvons remarquer qu’en l’espace de douze ans, nous avons connu successivement 2 chefs d’état issus des urnes qui ont été tour à tour René Préval et Jean Bertrand Aristide, ce dernier, pour des raisons qu’on expliquera plus tard, ne réussissant jamais un mandat. Si en 1991, le coup d’état orchestré par le département d’état, l’oligarchie haïtienne et l’armée d’Haïti pouvait être considéré comme un acte qui a foulé au pied la volonté populaire exprimée le 11 décembre 1990, sa démission, en février 2005, a été perçue comme une bouffée d’oxygène. Depuis l’agitation par le régime Lavalas de la nécessité d’amender la Constitution du 29 mars 1987 pour prolonger à 10 ans la durée du mandat du chef d’État, des soupçons ne cessaient de planer sur la véritable intention de ce régime (R. Colbert, AlterPresse, mai 2003). Des actes posés par Aristide ne sont pas allés dans le sens de dissiper le doute. Bien au contraire !

Alors que le parti Fanmi Lavalas est favori aux élections de mai 2000, Aristide orchestre une fraude absolument incroyable lors des joutes parlementaires et locales : bourrage des urnes, modifications des procès-verbaux, etc. Le but de l’opération n’est pas seulement de remporter la victoire mais d’occuper tous les espaces de pouvoir politique en vue d’avoir plus de latitude pour exercer une mainmise absolue sur le pays. Animé par cet esprit d’insatiabilité et de contrôle du pouvoir, « tizè pouvwa » , en été 2002, Aristide s’attaque à l’autonomie de l’Université en nommant un conseil provisoire au rectorat de l’Université d’Haïti, présidé par Charles Tardieu, sous prétexte de la fin du mandat du Conseil élu. Et, comme tout autocrate, il s’en prend aussi à ses principaux adversaires, en l’occurrence des personnalités et partis politiques de l’opposition, qui voient leurs locaux, leurs archives et tout leur patrimoine politique transformer en flammes en décembre 2001.

Les libertés d’association et de réunion sur la voie publique sont souvent suspendues par de simples communiqués de la PNH. Des responsables des mouvements sociaux et politiques se font fouetter par des partisans armés du pouvoir et font l’objet de menaces d’assassinat réitérées. Des protestataires sont passibles de toutes sortes de représailles, notamment des actes de kidnappings, de pillages, de viols collectifs sur les femmes et les filles. Les journalistes sont persécutés. Nombreux sont ceux qui se sentent contraints de se mettre à couvert ou qui se réfugient à l’étranger pour ne pas subir le sort réservé à Jean-Dominique ou à Brignol Lindor (respectivement assassiné en avril 2000 et en décembre 2001). La justice est totalement vassalisée. Les commissaires de gouvernement ignorent les décisions de justice, tandis que les accusés circulent librement en toute impunité.

Tous les mois de l’année 2002 sont émaillés de cadavres d’innocents, enlevés puis découverts criblés de balles soit à la morgue de l’hôpital général soit sur des immondices à Titanyen (nord de Port-au-Prince). Les enlèvements, disparitions et exécutions sommaires sont devenus monnaie courante. Les arrestations arbitraires sont légions.

Sous Aristide, le trafic de drogue dépasse de loin les records atteints sous la junte militaire (C. Wargny, Monde Diplomatique, 2003). La corruption et le narcotrafic pavent les allées du pouvoir de Port-au Prince.

Les « OP » (organisations populaires), munies d’armes lourdes, occupent le terrain : au Nord sévit « l’Armée Saddam Hussein » aux Gonaïves, « l’Armée cannibale » ; à Saint—Marc, « l’Armée bale wouze » (« Nettoyage complet ») ; à Cité Soleil, « l’Armée rouge » ; à Petit-Goave, « l’ Armée Domi nan bwa » ( « les Sauvages ») ...

Cette inquiétude du mouvement social haïtien va se transformer en une véritable colère suite au passage de la répression à un point culminant. En effet, le 5 décembre 2003 des partisans armés du président, les « chimères », prennent d’assaut, avec l’appui de la police, la Faculté des Sciences humaines. Ils attaquent sauvagement les universitaires présents, qui se préparent à manifester. Le recteur de l’Université d’État, qui essaye de négocier, a les jambes brisées à coups de barre de fer. Deux facultés sont saccagées, des locaux, du matériel, du mobilier, des bibliothèques et archives sont incendiés et détruits.

Dans ce contexte, la Plate-forme démocratique de l’opposition, regroupant des partis politiques pour la plupart pas plus crédibles et fiables que le Parti Fanmi Lavalas d’Aristide, voit sa capacité de convocation et de mobilisation considérablement renforcer. On assiste à Port-au-Prince à plusieurs raz-de-marée. Des manifestations se déroulent dans plusieurs autres villes, qui n’avaient connu aucune mobilisation depuis un bon bout de temps. Ce qui fait penser que le mécontentement à travers le pays est profond et que la situation peut basculer.

C’est en effet grâce à la pression des manifestations que les partis de l’opposition ne succombé aux injonctions de la « communauté internationale » en vue d’une cohabitation avec Aristide. Même s’il faut admettre par ailleurs, que la prise du commissariat de la ville des Gonaïves par d’anciens mercenaires du président, puis l’entrée en scène de quelques dizaines d’ex- militaires et d’anciens putschistes venus de la République Dominicaine favorisent le départ d’Aristide le 29 février 2004.

Deux ans plus tard, cette population, appelée aux élections de février 2006, vote majoritairement René Préval, ex premier ministre d’Aristide (1991), son jumeau, son dauphin de 1995. En d’autres termes, un homme politique fabriqué par Lavalas, élevé a l’école de Lavalas et qui a gouverné selon les principes et les modes de fonctionnement de Lavalas.

La parenthèse Préval

En 1996, alors que Préval préconise la restauration de l’autorité de l’État, sa désinvolture, son « pourianisme » et sa gestion des relations avec d’autres secteurs politiques contribuent largement à la destruction des institutions, la généralisation de la corruption et les difficultés qui en découlent. Loin de se préoccuper de consolider la démocratie, il décide de dissoudre le Parlement, ce qui, paradoxalement, réduit ses marges d’actions, et par là même, entraîne une nette détérioration du niveau de vie quotidienne de la population. Une détérioration de la qualité de vie des Haïtiens et Haïtiennes qui va grandissant avec la mise en application du plan d’ajustement structurel.

Si la résistance populaire et parlementaire à la privatisation est telle en septembre 1995, que le cabinet ministériel s’abstient de signer une lettre d’intention à la Banque Mondiale qui engage Haïti à mettre en vente plusieurs entreprises d’État, René Préval parvient à organisé la vente de la cimenterie et de la minoterie au coût de centaines d’emplois. Plusieurs milliers de fonctionnaires de l’administration publique sont également mis à pied dans le cadre des retraites anticipées (1998-1999). La création du Conseil de Modernisation des Entreprises Publiques (CMEP) qui prévoit un programme de privatisation couvrant 33 unités publiques tous types confondus témoigne admirablement bien de l’intention du modèle économique que veut instaurer le gouvernement de Rony Smarth, premier ministre de Préval (PNUD, Bilan commun de pays, 2003).

Il ne semble pas inintéressant de rappeler par ailleurs que c’est sous l’administration de Préval et plus tard sous Aristide (deuxième mandat) que les gangs connus généralement comme une forme d’organisation de malfaiteurs, trouvent leur consécration auprès du régime Lavalas qui se lance dans plusieurs séances de négociations avec eux au palais présidentiel (Raoul Peck et Yanick Lahens, Un pays pris en otage). Ils seront intégrés pas la suite au sein de la Police. On se souvient encore de cette jeune policière, Christine Jeune, qui a été violée et par la suite assassinée pour avoir refusé de serrer la main d’un chef de gang notoire, lors d’une curieuse cérémonie de « réconciliation » organisée par le président Aristide au palais en présence de la presse.

La liaison entre le narcro-trafic et le pouvoir Lavalas n’est plus un secret pour personne. En février 2005, lors de son procès tenu en Floride, Jacques Baudoin Kétant affirme qu’Aristide contrôlait 85 % du trafic de cocaïne transitant par Haïti et que lui-même lui aurait versé des dizaines de millions de dollars de commission. C’est donc à juste raison, qu’en novembre 2003, la Coordination Nationale de Plaidoyer en faveur des femmes (CONAP) qualifie ces pratiques lavalassiennes de terrorisme d’état et par la même décrète le régime Lavalas « hors la loi ».

A bien analyser les faits, sous quelque soit l’angle qu’on aborde le pouvoir lavalassien, il est difficile de faire une nette démarcation entre Préval et Aristide. Tant du point de vue économique que du point de vue social, politique et sécuritaire, on tend plus vers une dynamique de continuité, de complémentarité que de rupture. N’empêche que pourtant, encore une fois, en février 2006, le verdict populaire se prononce en sa faveur.

Alors quel sens peut on donner au vote du 7 février ? Pour comprendre le choix de la population en faveur de Préval, il faut dresser un portrait des deux autres principaux candidats dans la course à la présidence : Manigat et Baker.

Manigat, « l’homme du moment » ?

« Manigat, est l’homme du moment », se plait-on à dire durant la campagne électorale. Ayant une carrière de Professeur avéré, il préconise cinq mesures. Pour faire face au problème d’insécurité, il propose un élargissement des pouvoirs ordinaires de police. Pour combattre la corruption, il entend prendre des dispositions conservatoires sans préjuger de la culpabilité des uns ou des autres, alors que seule la justice est l’instance compétente pour déterminer les responsabilités. Il recommande comme troisième mesure, la négociation d’une suspension provisoire des déportations systématiques des délinquants coupables et condamnés par la justice américaine. La quatrième mesure est l’adoption d’une politique de casser les prix à la consommation pour combattre la vie chère en tenant compte de la complexité des intérêts acquis dans le commerce d’import-export et de détail. La cinquième mesure, concerne l’acceptation du recours à des « forces spéciales » combinées, d’origine étrangère mais en coordination avec les forces de l’ordre haïtiennes pour juguler l’insécurité urbaine et péri-urbaine.

Ce résumé de l’essentiel du programme de Manigat semble rejoindre les préoccupations d’une bonne partie de l’intelligentsia haïtienne qui, pour la plupart, se réclament de la gauche, mais au jour d’aujourd’hui, mettent leurs convictions idéologiques en veilleuse pour sauver le pays de l’abîme. En effet, l’urgence du moment étant de construire la nation, de projeter une image positive du pays, la formule « d’un gouvernement sérieux qui va prendre le peuple au sérieux pour qu’enfin nous ayons un pays sérieux » correspond tout à fait à leurs préoccupations.

Dans un pays dominé par le clivage politique, la médiocrité, l’exclusion, l’immoralité, les concepts tels unité, inclusion, compétence, honnêteté, font sens mais n’atteignent pas pour autant la grande majorité de la population, ce qui explique entre autres l’échec de Manigat aux élections. Il faut néanmoins reconnaître que, depuis vingt ans, c’est la première fois le parti de Manigat, Rassemblement des Démocrates Nationaux Progressistes (RDNP), a un score aussi intéressant (11.83%) et devient la deuxième force politique aux dernières élections.

La percée de Baker

L’apparition de Baker, homme d’affaire, comme candidat à la présidence est un phénomène nouveau (durant les 20 dernières années), compte tenu de son origine sociale et de la couleur de sa peau. Depuis Lescot, le pays n’a jamais connu un mulâtre voire un blanc à la tête du pouvoir. Sa candidature vient rompre avec cette tradition qui veut qu’en Haïti, le pouvoir soit l’apanage de gens au teint foncé. Cet aspect n’a pas été abordé ouvertement lors de la campagne, mais il n’en demeure pas moins vrai que d’aucuns s’inquiétaient d’une résurgence des problèmes de couleur en Haïti qui se trouvent à l’état latent. En effet, comme par hasard, en Haïti, il est rare qu’une personne de teint foncé intègre une famille de teint très clair ou une famille mulâtre. La séparation est nette, les mulâtres fonctionnent entre eux, se marient entre eux, se font des enfants entre eux, montent des projets entre eux, s’amusent entre eux....Mais la question de couleur semble ne pas être un handicap en soi.

Indépendamment des paysans qui suivent la consigne de vote de leur leader, plusieurs petitEs marchandEs, des ouvrières, des servantes et des gardiens qui ont eu des rapports de travail d’exploitation avec un représentant de la classe bourgeoise haïtienne, peuvent avoir eu une propension à voter Baker. Ils invoquent plusieurs raisons pratiques : Ils veulent un sang neuf, des gens expérimentés dans la création d’emploi, des gens riches (ce qui représente pour certains une garantie contre la corruption).

Par ailleurs, le slogan de Baker, « lòd, disiplin, travay » agencé ainsi, quoique rappelant Mussolini, trouve sa résonance parmi des jeunes qui se refusent d’avoir comme seules perspectives d’avenir l’intégration à un gang, le basculement dans la drogue, la reproduction du système de corruption. Ils veulent un pays libre de violence où règnent l’ordre et la discipline, un président capable de faire face à ses responsabilités.

Il faut noter cependant que la classe bourgeoise, n’étant pas monolithique, n’a pas constitué un bloc derrière un seul homme. Le danger qu’il représente pour un secteur de la bourgeoisie haïtienne est plus d’ordre économique. Certains pensent en effet qu’avec une aile de la bourgeoisie au pouvoir, cela risque de provoquer du favoritisme pour l’une au détriment de l’autre voire une concurrence déloyale.

Son manque de maturité politique n’a pas joué non plus en sa faveur. Avec un homme comme Baker, on part à l’aventure comme on était parti à l’aventure avec Aristide en 1990. Certaines personnes n’étaient pas prêtes à répéter cette expérience douloureuse et catastrophique pour le pays.

Choisir Préval quand même

Si en dépit du bilan de chaos, de détérioration de la vie quotidienne de la population sous le régime lavalas, Préval a remporté la victoire, il faut se dire que la population haïtienne a établi une nette différence entre l’administration de Préval et celle d’Aristide. Le premier est le seul président depuis le départ des Duvalier en 1986 à accomplir entièrement son mandat, et donc a contribué à une pseudo stabilité. Quoiqu’on puisse reprocher à Préval, il a, entre autres, construit des routes, des écoles et promu un programme de « réforme agraire ». Les classes moyennes ont su aussi profiter de la plage publique de Montrouis (Cote des Arcadins, nord de Port-au-Prince), et des activités culturelles périodiques sur la place d’Italie, au Champ-de-Mars... Pour un gouvernement, ce n’est pas un bilan glorieux, mais à défaut de mieux, surtout après l’échec patent des deux ans de transition ayant suivi le départ d’Aristide, la population n’a éprouvé aucune réticence à opter pour le candidat de la plate-forme Espoir. (Le vote obtenu par Bazin, candidat de « Bò Tab La » fanmi lavalas, qui avait promis dans sa campagne d’oeuvrer au retour d’Aristide une fois élu, est à ce titre assez significatif).

Ce renouvellement de la confiance de la population à Preval dénote aussi la faiblesse des partis politiques qui se doivent d’assumer avec dignité leur échec. Ce verdict populaire doit servir de leçon à chacun des dirigeants politiques qui dans leur pratique, n’ont jamais fait preuve d’esprit de tolérance et de respect du principe fondamental de l’alternance démocratique à l’intérieur de leur parti. En ce sens, ils ne proposent aucun modèle différent de ce qu’ils critiquent. La population n’a aucune garantie, qu’ils ne reproduiront pas les mêmes pratiques qu’ils reprochent au pouvoir lavalas.

Manigat, même si les intellectuels qui l’ont appuyé, ont fait l’économie de rappeler la manière dont il était arrivé au pouvoir en 1988, la population n’est pas complètement amnésique. De plus, il reste un homme très peu ouvert aux suggestions des autres, confiné dans le cadre de son petit monde intellectuel, et qui a du mal à faire atterrir ses théories. Il n’est pas un homme pragmatique. Les temps sont révolus, la population exige des partis innovants. Il est grand temps pour les leaders politiques, de prendre du temps de construire de véritables partis, de promouvoir leur pensée politique pour que la population puisse dégager les grandes tendances de chacun d’eux et ce qui fait la différence de l’un par rapport à l’autre.

Ils doivent développer une pensée sur les grandes questions qui traversent la vie haïtienne notamment la question migratoire, l’aménagement du territoire, la question de la terre, la scolarisation universelle, le chômage, la pauvreté, l’alimentation de la population, la sécurité sociale, l’insécurité, le logement, l’accès à la propriété, les religions, la problématique de l’esclavage et ses conséquences, la question de la famille et ses corollaires, les violences conjugales. Ils doivent savoir mettre de l’avant l’intérêt du pays. Ils doivent penser la politique autrement en cultivant le sens de la construction au détriment de la destruction.

Bien entendu, des partis encrés dans une dynamique de changement véritable, devront prendre en compte les revendications populaires, rester à l’écoute des masses populaires et les accompagner dans la quête d’une société égalitaire, équitable, solidaire et juste.

La victoire de Préval repose sans aucun doute sur l’incapacité de la classe politique à dresser un bilan scientifique de son passage au pouvoir pour éclairer la population. Qui pourrait tenter de le faire ? On ne pouvait surtout pas s’attendre à voir l’Organisation du Peuple en Lutte (OPL) entreprendre une telle démarche compte tenu du fait de la proximité de ce parti avec Préval en 1996. Rosny Smart, dirigeant de l’OLP, n’était-il pas le premier ministre de Preval ? De ce fait, une critique de l’administration de Préval par l’OPL impliquerait automatiquement une autocritique de celle-ci, démarches, qu’elle ne semble pas prête à faire.

Préval a bien exploité la situation en menant sa campagne sur la base de ses acquis quoique pauvres. Donc, la population a voté le Préval de la réforme agraire, de la production nationale, de la pseudo sécurité, des infrastructures, de la stabilité... La population a voté l’ « Espoir » de pouvoir échapper à un certain mal-vivre quotidien, dans lequel il est plus que jamais enfoncé depuis 2 ans.

Elle suppose que les kidnappings cesseront, que les gangsters seront derrière les barreaux... que Jean Dominique et Jean-Claude Louissaint trouveront justice ! Elle voudrait aussi que la légèreté, l’arrogance et l’exclusion soient rangées parmi les souvenirs.

Préval se montrera-t-il à la hauteur des attentes de son électorat ? Saura-t-il garder le profil sage et humble, dont il a fait montre tout au cours de sa campagne ? Pourra-t-il admettre la désinvolture, le manque de responsabilité, que lui reprochent certaines tranches de la population, et de travailler à les rectifier ? Sera-t-il en mesure de travailler à la restauration de l’autorité de l’État (un État participatif dans l’intérêt public) en œuvrant à renforcer les institutions, conditions sine qua non pour l’instauration de la démocratie en Haïti ? Sera-t-il prêt à lancer des débats autour de grands dossiers qui engagent l’avenir de la nation ?

Mais, d’abord, a-t-il vaincu sa peur d’Aristide et des acolytes de ce dernier au point d’être disposé à traiter leur dossier de justice conformément à la loi ?

« Il est grand temps de rallumer les étoiles » (Gary Klang)

Quant à la gauche, s’il en existe encore une en Haïti, il est grand temps qu’il se manifeste. Il est vrai que les régimes lavalas semblent avoir tué l’espoir, que des branches du grand mouvement Lavalas prétendent vouloir réanimer. Mais rien ne justifie la léthargie actuelle qui ne favorise pas la restitution de tout un ensemble de concepts scientifiques galvaudés par les administrations passées.

La gauche doit faire son bilan et tirer les leçons appropriées. Elle doit pouvoir procéder à une analyse en profondeur de la formation sociale haïtienne, élaborer une proposition de refondation. Naturellement, cette réflexion tiendra compte de toutes les nouvelles formes de lutte qui sont en train d’être expérimentées depuis la chute du mur de Berlin et l’amplification du phénomène de la mondialisation. La génération de 1986 est essoufflée, et pour cause, nous avons connu au cours de ces deux dernières décennies beaucoup de déception. Les frustrations et les désillusions sont telles que d’aucuns se demandent ce qu’ils ont fait de leur jeunesse.

Rien n’est perdu. Il y a une population qui se cherche, qui a besoin d’être accompagnée, d’être outillée et organisée. La lutte à mener en est une de longue haleine. Changer Haiti, est un processus qui prendra, évidement, le temps qu’il faudra. L’important est d’avoir un idéal de changement, la capacité de réflexion et d’action ainsi que des ressources d’éducation politique permettant d’assurer une citoyenneté de qualité. Vive l’utopie d’une Haiti nouvelle !

P.S.

[1] Linguiste et militante féministe
Contact : marfrantz@hotmail.com.

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Nous n'irons pas à la plage mardi 7 février (2006)


N'allez pas à la plage, mardi. Nous n'irons pas à la plage mardi!
par Henri J. Piquion, le 30 janvier 2006


J'ai certainement fait mon possible pour que cela se passe autrement. Tout en comprenant que les élections sont l'une des voies royales qui finissent par mener à la démocratie quand on les a souvent empruntées, j'ai souhaité que cette phase, que je voudrais la dernière, de l'interminable transition qui nous occupe depuis décembre 1956 ne s'inaugure pas par des élections.
Je dois cependant avouer qu'à aucun moment je n'ai eu la naïveté de croire que ma proposition d'un conclave pour aboutir à "un choix démocratique sans élection" allait être retenue par les candidats à la présidence qui étaient les seuls à pouvoir la légitimer et l'imposer au gouvernement et aux décideurs internationaux de nos affaires. Les nombreux éditoriaux, ententes, regroupements, pétitions, appels, comités d'appui enregistrés après (chronologiquement, pas à la suite logique) la formulation de cette proposition, sont de claires indications que toute la nation est consciente des dangers que court le pays même si les politiciens ne semblent pas l'avoir tout à fait compris.

Il y aura donc élections le 7 février 2006. La communauté internationale a décidé qu'elles auront lieu à cette date et ordonné en conséquence qu'elles aient lieu: Elles vont avoir lieu, mais dans des conditions d'incompétence et d'insécurité inédites depuis 1804. Il nous revient à nous en tant qu'électeurs de maîtriser rapidement ces circonstances pour éviter que les élections du 7 février 2006 ne soient des rééditions des coups d'état électoraux auxquels nous ont habitués les CEP aristidiens depuis décembre 1990. Nous savons théoriquement et surtout dans notre chair flagellée qu'il ne suffit que des gens aient voté pour qu'il y ait élections. Il faut que les aspirants aux postes en élection aient obtenu
légitimement des moyens et aient eu une égale liberté de se présenter aux électeurs. Il faut aussi que tous les électeurs qui veulent exercer leur droit de vote puissent le faire sans contrainte ni inhibition quelle que soit leur préférence politique. On ne peut pas dire que la première condition est remplie quand on apprend, entre autres, qu'une chancellerie
étrangère a illégalement versé la somme de 4 millions de dollars US à la caisse de campagne du candidat Préval. Et dans notre pays abandonné aux chimères par notre manque de jugement et la lâcheté, malgré son arrogance, d'une MINUSTHA complice de la criminalité ambiante, on ne peut pas prétendre que la deuxième condition est pour sa part remplie.

Malgré tout, les élections vont avoir lieu et nous avons tous le devoir d'y participer. Pour les raisons suivantes:

1. Les observateurs les plus objectifs estiment que la campagne de terreur (kidnappings, viols, vols, et autres crimes majeurs) menée systématiquement par des gens historiquement associés au mouvement lavalas, et dont certains avouent même travailler pour la victoire de René Préval, a comme objectif premier de forcer les électeurs à rester en grand nombre chez eux le jour des élections pour qu'ils soient majoritaires dans
les bureaux de vote. Ceux qui n'iront pas voter le 7 février sans raison
valable auront donc fait cadeau de leur vote à monsieur Préval. Ils lui auront surtout fait cadeau de leur liberté, de leur vie et de leur dignité, car les chimères de Préval qui les traquent déjà parviendront plus tôt qu'on le pense à les capturer, les violer, les avilir, les
diminuer pour ensuite les assassiner ou les vendre à leur famille contre rançon. Nous avons tous le choix: Les affronter mardi sur le terrain des urnes ou subir leurs caresses et leur haleine à répétition pendant les semaines, les mois et les années à venir.

2. Après près d'un demi-siècle de dictature dont les dernières quinze années (1991 - 2006) ont été faites de honte et de barbarie, nous avons l'obligation morale et patriotique de barrer la route à tous ceux qui veulent ramener le pays à cette époque et à cette situation dont il veut sortir.

3. Depuis plus de trente ans nous avons pris l'habitude de laisser aux étrangers le soin de régler nos problèmes. Depuis trente ans leur ignorance de la réalité haïtienne et leur mauvaise foi génétique ont contribué, autant que notre antipatriotisme avéré, à en augmenter le nombre et à les rendre plus complexes, plus difficiles à résoudre. L'expérience autant que la morale nous ont appris que les problèmes d'un pays doivent être résolus par les citoyens du pays, même quand des étrangers (pays ou institutions) contribuent techniquement à la réalisation matérielle des solutions définies localement. Les élections du 7 février sont l'ultime occasion avant l'apocalypse de confier les
destinées du pays à une équipe de citoyens compétents, comme on confie l'exécution d'une symphonie difficile à des musiciens d'expérience conduits par un chef d'orchestre inspiré qui connaît lui aussi la musique.

4. La "communauté internationale" veut arriver au terme de sa démonstration de notre incapacité collective de nous administrer afin de passer bien vite à la phase suivante qui est de nous infantiliser, de nous mettre sous tutelle, quel que soit le terme qu'ils trouveront pour habiller leur forfaiture. La victoire de Préval aux prochaines élections
est une étape obligée, à la suite de celle du retour d'Aristide en 1994, dans leurs plans de nous dépouiller définitivement de notre souveraineté chèrement acquise. Il nous faut leur montrer le 7 février 2006 que nos pères n'ont pas arrosé la terre d'Haïti de leur sang pour que notre génération l'abandonne par indiscipline, paresse et lâcheté à l'arrogante voracité des vautours internationaux qui attendent l'occasion de nous mettre à genoux après deux cent deux ans de contrariétés et d'embargos. Nous allons voter le 7 février pour leur signifier notre volonté de rester maîtres de notre pays, mais en leur démontrant par la qualité de notre choix que nos ambitions d'indépendance se justifient par notre capacité
intellectuelle et morale de nous relever.

5. En excluant les figurants mineurs qui encombrent la scène politique, il reste trois pôles d'acteurs:
a) Préval, frère jumeau d'Aristide dont il est inutile de dire plus.
b) Un groupe de lavalassiens non déclarés, qui se sont portés candidats dans le but de drainer de leur côté pour qu'ils n'aillent pas à un autre des votes qui ne seraient pas allées à Préval.
c) Un groupe de cinq (ou six?) candidats (Baker, Deronceray, Gilles, Gourgue, Manigat) que nous aurions spontanément (avant analyse) considérés comme équivalents dans une conjoncture normale. C'est d'ailleurs cette apparente équivalence qui fait leur faiblesse et la force de Préval. Ils vont puiser dans le même pool d'électeurs dont les votes
atomisés arriveront difficilement à équilibrer la masse compacte du vote lavalassien.


Il n'y a pas d'autre arithmétique que celle d'aller en masse voter pour celui de ces cinq (ou six?) candidats qui nous semble le plus en mesure de conduire le pays à la réconciliation par la démocratie, le développement, la justice et la justice sociale; pour celui qui nous semble le plus en mesure de ramener notre pays sur la scène internationale au niveau de
dignité qui correspond au courage, à l'intelligence et aux ambitions des Haïtiens. Nous ne pourrons pas voter cinq fois. Il nous faudra donc choisir la solidarité envers le pays et non envers un individu, quelles que soient par ailleurs les qualités qui le rendent attachant. Malgré l'honnêteté, le sérieux et le patriotisme de ces cinq personnalités, malgré la grande compétence et l'immense expérience de certains d'entre eux, il nous faudra choisir l'un d'eux et le faire pour que tout change demain, pour qu'il fasse beau demain à Cité Soleil comme à Pétionvill

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Yves Gardère écrit à M. Valdès


17 Janvier 2006

M. Juan Gabriel Valdès

Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies

Port-au-Prince

Monsieur Valdès


Au mois d'avril dernier, nous vous avons expédié une lettre, vous faisant part de l'insécurité qui régnait dans la zone de nos opérations, nous forçant à abandonner notre lieu de travail, tout en gardant l'usine en opération.


Deux jours après, un officier argentin de haut rang nous rendait visite pour nous proposer de nous ramener à l'usine avec toutes les garanties requises...bien entendu, nous avons refusé et rien n'a été fait non plus.


Le 19 août, nous subissons notre première tentative de « déchoukage », qui fut constatée selon un procès-verbal de la commune de Delmas.


Le 26 septembre, les menaces se précisant, nous avons écrit aux ministères des Affaires sociales, des Finances, du Commerce, à la DGI et à la Chambre de Commerce d'Haïti pour leur en faire part.

Voilà que depuis le 11 janvier, les déchoukeurs se sont installés à l'usine. La Police, prévenue, a immédiatement répondu à notre appel. Mais les patrouilles envoyées, pour nous protéger, se sont vues interdire - paraît-il - l'accès à la Route Nationale # 1 par le bataillon jordanien, empêchant ainsi à la Police Nationale de mettre en application sa devise : « Protéger et Servir », alors que la mission de la Minustah est justement d'appuyer la Police.


Nous n'avons donc plus d'autres choix que d'envoyer au chômage 60 ouvriers qui habitent, presque tous, à Cité Soleil et 25 à Hinche et à l'Arcahaie, sans compter les collatéraux. Voilà, donc 85 familles aux abois dont 60 à Cité Soleil.


Ainsi, s'envolent en fumée 25 ans d'angoisse, de sueurs et de larmes pour faire fonctionner une industrie nationale.


Et il faut, en plus, se faire insulter par un certain Marcel Young, ambassadeur du Chili, dont l'inélégance n'a d'égale que son ignorance complète des affaires du pays.

Faut-il se faire assassiner comme le jeune Francillon ?


Ou bien faut-il, dans un sursaut d'indignation et de révolte, mettre sur la place publique les scandales qui entourent les Nations Unies à travers le monde, y compris le dernier en date, impliquant le propre fils du secrétaire général Kofi Annan dans le programme de « Oil for Food » en Irak ?


Partez, M. Valdès ! Partez !


Faites-vous remplacer par un homme, M. Valdès, un homme qui a le courage de prendre les décisions qui soient à la hauteur de sa mission, et le plus vite possible.


Partez, M. Valdès !


Emportez avec vous tout le cinéma que vous avez créé, et arrêtez d'insulter le peuple haïtien avec cet étalage d'arrogance, de sottises et de gaspillage. Amenez avec vous toute cette bande de fonctionnaires qui se foutent royalement du pays.


Partez, M. Valdès !


Quoique vous puissiez penser, cette mission que vous dirigez devra s'en aller bientôt, car dans l'histoire du monde il n'existe pas de cas ou une mission des Nations Unies aurait réussie. Les solutions aux problèmes d'un pays sont nationales ou elles ne le sont pas.


Partez, M. Valdès!


Yves Gardère

Argiceram S.A

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La vraie bataille est économique

EDITORIAL

PORT-AU-PRINCE, 2 Janvier - La diaspora n'est pas venue pour les fêtes de fin d'année. La monnaie locale va chuter davantage par rapport au dollar américain, suite à ce manque à gagner en devises étrangères. Pendant plusieurs mois, le taux s'est maintenu à environ 40 gourdes pour 1 dollar vert.

L'actualité électorale occupe tous les grands titres. Pourtant la vraie bataille n'est pas politique, elle est en réalité économique. Les élections sont presqu'un leurre. Celui qui sera élu n'y coupera pas. Le plan est déjà dessiné. C'est le CCI ou de Cadre de Coopération Intérimaire. Mais pas si intérimaire ou temporaire que cela...

On considère ordinairement le CCI comme un ensemble de projets dans tous les domaines (infrastructures, santé, éducation, développement etc).

Une enveloppe de US$1,3 milliard a été mise à disposition, mais financée soigneusement par tranches, comme un jeu du chat et de la souris.

Or la véritable signification du CCI n'est pas dans les promesses qu'il renferme, mais dans les conditions fixées à l'obtention de cette aide.

Ce sont celles imposées au nom du nouvel ordre économique mondial, à commencer par un strict contrôle des dépenses publiques.

Il en résulte dans un pays où le premier employeur est le gouvernement, une descente en chute libre dans la paupérisation absolue, y compris pour les classes dites moyennes (enseignants, étudiants, professionnels, artisans etc).

 

Eléments de réflexion...

Pour remplacer les emplois perdus et donner espoir aux dizaines ou centaines de milliers qui viennent gonfler chaque année l'armée des chômeurs, qu'avons-nous?

Promesses. Espoirs. Illusions?

Différents éléments de réflexion en ce début d'année.

1) Une entrée en force, et sans aucune mesure d'accompagnement, dans la formule néo-libérale. Ce qui veut dire: réduction drastique des dépenses publiques, aucun contrôle des prix et rabaissement à zéro des droits de douane dans un pays qui n'a, pour faire contrepoids, quasiment aucune production nationale et un taux de chômage de plus de 80%, donc pouvoir d'achat presque nul (selon les statistiques, moins de US$1 par jour par habitant).

2) Rien à espérer pour le moment au niveau local: la décapitalisation est consommée, la morosité à couper au couteau. Les entreprises haïtiennes ou sont incapables d'embaucher, ou sont contraintes de fermer soit à cause de l'insécurité dans la zone industrielle (Cité Soleil), soit à cause de la durée de la crise politique, soit à cause de la concurrence insoutenable (et parfois malhonnête) avec les produits venant de la République dominicaine qui occupe l'autre partie de l'île d'Hispaniola.

 

Un lit de Procuste...

3) La percée du capital dominicain dans nos murs, pour commencer dans le programme de zones franches frontalières.

4) Le facteur Siméus.

On pourrait presque dire que la crise politique a servi ces dernières années à cacher la véritable situation économique du pays.

Mais une fois que les élections auront eu lieu et un nouveau gouvernement constitutionnel installé, les vrais problèmes vont éclater au grand jour.

Ce gouvernement, quel qu'il soit, sera emporté comme un fétu de paille s'il n'est pas capable de délivrer un tant soit peu la marchandise.

Toutes les classes ont affûté leur couteau, le peuple comme les classes moyennes et la bourgeoisie. Lavalas aussi bien que le GNB anti-Lavalas, s'il est vrai qu'avec la mise à l'écart de Jean Bertrand Aristide, le facteur idéologique ou tout simplement personnel n'est plus de mise.

Cependant le nouveau régime n'est autorisé à rien changer dans le plan économique pré-établi. Il doit opérer dans le cadre du CCI, à l'intérieur de ce lit de Procuste.

Les 500 millions qui restent sur le milliard attribué, ne tarderont pas à partir en fumée. Espérons seulement que les dirigeants légitimes sauront mieux en tirer partie, matériellement parlant, que n'a pu le gouvernement intérimaire.

Ce dernier se félicite d'avoir rétabli l'équilibre des finances publiques, contrôlé la dégringolade erratique de la monnaie locale, et réduit l'inflation.

 

Pas question de regarder en arrière...

Un beau cadeau mais devant servir aussi de baromètre pour contrôler tout de suite, à la fois économiquement et politiquement, les tendances du nouveau pouvoir.

Mais un pouvoir constitutionnellemen élu, qui a de l'ambition, ne peut se contenter, comme un quelconque gouvernement intérimaire, de passer son mandat à expédier les affaires courantes.

Haïti se trouve à la croisée des chemins. Mais à une seule condition: pas question de regarder en arrière. Plus possible de fermer nos frontières, plus de monopoles locaux. Le temps est révolu. Il faut se battre. Production nationale. Esprit de compétition.

Mais avec quoi? Où sont les crédits, les capitaux?

C'est le dernier coup fatal qui nous ait été porté. Les capitaux haïtiens se réfugient dans la république voisine, espérant probablement bénéficier des meilleures performances économiques de cette dernière.

L'économie haïtienne n'est pas seulement dépendante, mais elle se met délibérément à la traine de nos voisins.

Poussant leur pion plus en avant, voici que le capital dominicain menace de prendre le leadership économique d'Haïti avec l'ouverture des zones franches frontalières mais avec des capitaux entièrement dominicains et en territoire haïtien.

 

Un défi pour nos futurs décideurs...

Ce choix étrange a été celui d'un président Aristide, en désespoir de création d'emplois et privé pendant son second mandat écourté (2001-2004) de toute forme d'assistance financière internationale.

Un défi aujourd'hui pour nos futurs décideurs, politiques et économiques.

Les uns comme les autres auront-ils la vision et l'ambition pour y faire face, ou accepterons-nous sans réfléchir cette nouvelle forme non voilée d'annexion économique. A ma botte!

D'autant que nos voisins ne font rien pour nous faciliter la tâche. Bizarrement c'est le moment qu'ils choisissent, en effet, pour déclencher les pires humiliations possibles et imaginables contre nos ressortissants qui, tout comme nos capitaux, sont attirés normalement aussi par leurs performances.

Ce qui augmente d'autant plus le défi pour nous.

Le pouvoir haïtien, à la fois politique et économique, doit donc se réformer de fond en comble.

La politique haïtienne doit se moderniser pour pouvoir comprendre les grands enjeux de la planète. Les exemples abondent: Taïwan, la Chine, le Brésil et bien sûr plus près de nous, nos voisins dominicains.

Le secteur économique ne peut rester à vivoter dans cette autarcie moyenâgeuse. Les cent familles. Le copinage ou scratch my back... Ou alors dans seulement dix ans, il n'existera même plus de nom.

Nous avons 27.500 km2 à l'intérieur desquels nous pouvons traiter avec qui nous voulons, et pas seulement nos voisins. Charbonnier est maître chez soi.

 

Le facteur Siméus...

Mais il faut secouer notre gourme, nos vieilles habitudes et surtout nos solides préjugés, et c'est le premier des défis.

Car c'est là aussi qu'intervient le facteur Siméus.

Le candidat disqualifié à la présidence, venu du big business américain, en se réclamant d'une double nationalité mais qui n'est pas reconnue par la constitution haïtienne en vigueur, aurait d'autres cordes à son arc. Une mission à accomplir.

Dumarsais Mécène Siméus, qui obtient le meilleur chiffre derrière l'ex-président René Préval dans un sondage commandité par l'Ambassade des Etats-Unis à Port-au-Prince, a annoncé récemment qu'il fera alliance avec le candidat "le plus populaire"... mais sans identifier lequel. En tout cas, par ces mots, il annonce les couleurs.

En effet, M. Siméus serait le modèle parfait si l'on voulait lancer une campagne pour essayer de créer une nouvelle génération d'entrepreneurs en Haïti. Il est noir, noir comme le soir pour employer un dicton, il est né dans une pauvre famille paysanne dans l'Artibonite, il a voyagé aux Etats-unis dans les années 60, c'est-à-dire à un moment où le racisme était encore virulent, il a fait des études universitaires qui l'ont conduit dans la classe du gourou de l'économie moderne, Milton Friedman. Et il est devenu multi-millionnaire à la sueur de son front.

Donc, ne répondant à aucun des critères traditionnellement en vigueur en Haïti et qui sont: le nom, la fortune familiale et/ou le jeu des relations sociales. Bref, la république de Port-au-Prince.

La saga Siméus a trouvé cependant peu d'écho dans le petit monde haïtien des affaires.

Doit-on dire: et pour cause!

En tout cas, autant que la percée du capital dominicain, nous pensons que le cas Siméus peut figurer aussi en bonne place comme un élément inattendu, et peut-être pas sans lendemain, dans notre horizon politico-économique.

Editorial, Mélodie 103.3 FM, Port-au-Prince

 

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Haïti : l’île de la perdition

22 décembre 2005


-  Christian Casteran


Moins de deux ans après le départ du prêtre-président Jean-Bertrand Aristide, la perle des Caraïbes, qui reste la proie des gangs et des milices malgré la présence de 7 000 casques bleus, survit sous perfusion de la communauté internationale



Scènes de la schizophrénie ordinaire à Port-au-Prince : une patrouille des forces des Nations unies, casque et gilet pare-balles bleus, fusil d’assaut sur la hanche, juchée sur un véhicule blindé léger, pénètre ce matin-là dans Cité Soleil, immense bidonville où s’entassent 400 000 personnes. Comme chaque fois, les casques bleus sont fébriles. Cité Soleil est un quartier réputé dangereux, tenu par des gangs armés et des narcotrafiquants. Le commandant de l’unité est brésilien. Il a l’habitude des bidonvilles. A Rio de Janeiro, il fait le même boulot : mettre au pas les délinquants armés et manifester la présence de la force publique dans les favelas. Pour ce faire, il a appris à user de la répression autant que du dialogue avec les populations. Il amadoue les enfants, console, rassure, plaisante. Ce matin-là, il fait arrêter la patrouille et commence à parler, à jouer avec les gosses du bidonville. Il propose même de menus cadeaux. A une petite fille, il offre un cahier à colorier. Mais la fillette n’a pas le temps de remercier son bienfaiteur. Une balle l’atteint à la tête. « Une balletirée à quelques dizaines de mètres de là », selon un témoin, depuis le haut d’un tas de ferraille, par un homme armé qui n’a pas de mal à prendre la fuite et à cavaler dans ce dédale de ruelles, de décombres, de flaques d’eau où se vautrent des cochons noirs et des poulets chauves. Le message est clair pour les habitants de Cité Soleil : on ne pactise pas avec la Minustah (Mission des Nations unies pour la Stabilisation en Haïti, 7 000 hommes), déployée en Haïti depuis la mi-2004. Pleurs, larmes, cris des femmes submergées par le malheur. Colère ? Non. Il y a longtemps que le ressort de la colère est cassé. Abattement, fatalité. Quelques semaines plus tard, même endroit. Une autre patrouille de la Minustah, arme au poing, menaçante, vient arrêter un homme recherché pour crime. Un chef de gang connu de toute la population de Cité Soleil, où il se sent à l’abri. Et il a bien raison : la population fait barrage autour du quartier - quelques méchantes baraques en torchis séparées par des ruelles qui ont des allures d’égouts - et empêche les casques bleus d’avancer. Ils repartiront bredouilles. Autre message : on ne touche pas aux hommes de Cité Soleil, fussent-ils des tueurs et des gangsters. C’est l’union contre les forces étrangères. A ce stade, l’analyse politique ne suffit plus pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui en Haïti. Les rancunes, les haines non apaisées minent une société qui n’en finit pas d’accumuler ses dictateurs et ses fractures. Les pro-Duvalier et ceux qui l’ont combattu, les pro-Aristide et ceux qui l’ont fait partir, les démocrates et les partisans d’un pouvoir autoritaire, les intellectuels et le peuple, les Noirs et les Blancs, les nantis et les prolétaires, les pro-Américains et les nationalistes, les militaires et les civils, les artistes (écrivains, poètes, musiciens, peintres, de haut vol) et les analphabètes (deux tiers de la population)... Haïti n’en finit pas de remâcher ses échecs. Une société sans repères, un pays sans Etat... Cette moitié d’île, moins de deux ans après le départ d’Aristide et à quelques jours des élections présidentielle et législatives du 8 janvier 2006, ressemble à une marmite surchauffée. Il y a cinquante partis politiques, 32 candidats à l’élection présidentielle - pour la plupart inconnus de l’opinion -, 1 300 candidats pour 130 sièges à pourvoir au Sénat et à la Chambre des Députés, une campagne électorale indigente et la lune promise à tous. Et un sondage Gallup : à la question « de quel parti vous sentez-vous le plus proche ? », 45% des sondés répondent « aucun ». Parmi les partis politiques cités, Lavalas, l’ancien parti d’Aristide, est à 4%, l’un des meilleurs scores. Parmi les personnalités dont les Haïtiens se disent le plus proches : Jean-Claude Duvalier (« Bébé Doc ») est cité en premier, devant Jean-Bertrand Aristide. Un éditorialiste du « Matin », après s’être absenté quelques années de cette « Haïti chérie, tant rêvée », avoue ne retrouver à son retour qu’« un peuple aux abois dans un champ de ruines. Ruine des institutions qui n’épargne ni justice, ni banques, ni douanes ; désagrégation du milieu urbain ; détérioration de l’environnement... ». On peut poursuivre la liste des calamités : conditions sanitaires désastreuses, maladies disparues qui resurgissent, espérance de vie autour de 50 ans, plus de la moitié de la population au chômage, les deux tiers vivant avec moins de 1 dollar par jour, exode rural qui s’accentue vers les bidonvilles et celui des cerveaux vers Miami. Et aussi : effondrement de la production, services publics saccagés, réserves de la Banque centrale pillées, accroissement de la dette publi-que, corruption, droits de l’homme malmenés, infrastructures en décomposition. Les cala-mités naturelles qui viennent s’ajouter au désastre : cyclones, inondations (3 000 morts et 300 000 sinistrés lors du passage de « Jeanne », le 18 septembre 2004). Ce chaos est le résultat d’une histoire : vingt années d’occupation américaine, trois années de dictature militaire du général Cédras et d’embargo des Nations unies, une présidence de Jean-Bertrand Aristide marquée par des dérives mafieuses (complaisance avec les narcotrafiquants, détournements de fonds), des émeutes et une répression féroce. « Comment, avec ce passé, s’étonner que le peuple se méfie désormais de l’Etat ? s’interroge un universitaire. La seule loi ici, c’estchacun pour soi. » Pour le peuple, l’Etat, c’est l’ennemi. « Ce paysdevrait être mis sous tutelle pendant dix ans par les Nations unies », estime un autre. D’autres rêvent d’un « régime à la Fidel Castro ». Guy Philippe, sémillant officier qui a mis fin au règne de Jean-Bertrand Aristide et qui se présente à l’élection présidentielle, se voit en sauveur, « comme le Christ ou Thomas Sankara ». En attendant, la communauté internationale, après avoir chassé « Titid », le prêtre-président élu une première fois en 1990 avec les voix des déshérités et de la gauche, a choisi d’encourager « le retour à la démocratie »en organisant des élections. Reportées plusieurs fois, celles-ci sont prévues pour le 8 janvier. Le Premier ministre intérimaire, Gérard Latortue, 71 ans, ancien haut fonctionnaire international à l’Organisation des Nations unies pour le Développement industriel (Onudi), éphémère ministre francophile des Affaires étrangères en 1988 sous la présidence du chrétien-démocrate Leslie F. Manigat, devra remettre le pouvoir à un président élu avant le 7 février, conformément à la Constitution et à son mandat. « Le 7 février, je donnerai ma démission » et le gouvernement de transition « ne gérera plus que les affaires courantes », a averti Latortue, manifestement pressé de passer à autre chose. Le second tour n’est pas prévu avant le 15 février. Cette période transitoire laissera un goût amer aux Haïtiens : Gérard Latortue a su parler aux bailleurs de fonds et obtenir de la communauté internationale les moyens nécessaires pour relever le défi électoral. Non sans mal : les bailleurs de fonds internationaux, qui avaient promis en juillet 2004 près de 1 milliard d’euros d’aide à Haïti, ont déboursé pour l’instant 500 millions d`euros. L’Union européenne, qui a repris sa coopération avec Haïti après une interruption de plus de quatre ans, n’a débloqué que 72 millions d’euros sur les 294 millions promis. Mais le Premier ministre n’a pas su rétablir la confiance, ni parler à son peuple qui le regarde s’agiter avec ironie. « Le pays sembletoujours à la dérive et au bord du chaos social. L’insécurité reste généralisée, l’impunité est patente, la corruption est généralisée », notait dans un récent rapport la Fédération internationale des Ligues des Droits de l’Homme, qui regrette « le rendez-vous manqué ». Le Comité électoral provisoire (CEP) chargé de l’organisation des élections, impuissant et dépassé par la tâche, aussi divisé que l’est la société haïtienne, est l’objet de tous les sarcasmes. Nombreux sont ceux qui doutent de sa capacité à organiser des élections conformes aux règles. Sur les 8 millions d’habitants de Haïti, 4,5 millions sont en âge de voter mais 3,1 millions seulement sont inscrits sur les listes électorales. Lorsque les Américains et les Français ont poussé Aristide à la porte, ils entendaient mettre fin à l’anarchie et stopper « les atteintesrépétées à l’état de droit ». Les élections qui s’annoncent sont pourtant à haut risque : parmi les 34 candidats (dont une femme, Judie C. Roy) figurent des proches d’Aristide, dont l’ancien président et Premier ministre d’Aristide, René Préval, « Ti-René » pour ses amis, qui dispose d’importants moyens financiers, notamment grâce à un gros chèque reçu de Taïwan. Considéré par les diplomates occidentaux comme une « marionnette » d’Aristide, « Ti-René » pourrait, dans cinq ans, ouvrir la voie à un retour au pouvoir de l’ancien prêtre-président. Symbole du retour au passé, René Préval figure parmi les poids lourds de ce scrutin. Son succès signerait l’échec de la communauté internationale. Un peu comme si, pour succéder à Saddam Hussein, les Irakiens avaient élu Tarek Aziz. Tout ça pour ça ? En toute logique, au second tour, il devrait trouver face à lui un candidat proche du Groupe des 184, rassemblement de la société civile qui s’était mobilisée pour chasser Aristide. Mais y a-t-il une logique en Haïti ?
 

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La diaspora haïtienne : Entre admiration et suspicion

23 novembre 2005

Par Guy-Robert Saint-Cyr

« Ne pas frapper de dérision les actions
humaines, ne pas les déplorer, ne pas
les maudire, mais les comprendre. »
Spinoza

C’est souvent avec beaucoup de fierté et d’émotion que les Haïtiens parlent et constatent la réussite sociale, économique et culturelle de leurs frères et sœurs en terre étrangère. Et pour cause. Car dans un pays, comme Haïti, où les mauvaises nouvelles (gabegie de toutes sortes, corruption, cataclysme, barbarie) sont la norme et où les bonnes nouvelles sont des exceptions, on comprend aisément l’ego des Haïtiens lorsqu’un des leurs arrive à se faire un nom sur la scène internationale.

En effet, comment ne pas être en admiration devant le parcours exemplaire d’une Michaëlle Jean pour la politique canadienne, d’un Dumarsais Siméus pour l’entrepreneurship, d’un Wyclef Jean pour le show business international ou encore d’un René Depestre, d’un Émile Ollivier ou d’une Edwidge Danticat pour la littérature.

Comment comprendre aussi ce sentiment de rejet et même de suspicion dont sont victimes ces Haïtiens de l’extérieur dès lors qu’ils décident de s’impliquer concrètement dans la vie publique de leur pays d’origine ? S’agit-il d’un problème de communication et de compréhension entre ceux de l’extérieur et ceux de l’intérieur ? Les Haïtiens de l’extérieur sont-ils intéressants uniquement comme pourvoyeurs de fonds à des proches déshérités restés au pays ? Telles sont les questions auxquelles il faut trouver réponse lorsqu’on réfléchit sur la problématique de la diaspora haïtienne.

De l’expatriation à la diaspora

L’expatriation des Haïtiens remonte de très loin. En effet, on peut la situer aux environs de 1920-1930 lorsque les paysans haïtiens avaient pris pour habitude d’aller vendre leur force de travail lors des récoltes saisonnières des cannes à sucre à Cuba et en République dominicaine. Certains de ces Haïtiens ont pris racine dans ces deux pays au point d’en devenir des citoyens à part entière, particulièrement à Cuba où les descendants des Haïtiens ne considèrent pratiquement plus l’Afrique comme leur mère-patrie, mais Haïti.

S’il est vrai que de tout temps les Haïtiens avaient pris l’habitude de quitter leur pays pour des raisons économiques, c’est sous le gouvernement dictatorial de François Duvalier que l’expatriation massive pour des raisons politiques et sécuritaires a connu son plus grand essor. Durant cette période, François Duvalier a pratiquement vidé le pays de ses cadres. À telle enseigne, dans les années 1960, on dénombrait plus de médecins haïtiens pratiquant au Canada qu’en Haïti même. En d’autres termes, les Haïtiens ont quitté en de très grand nombre leur pays dans les années 1960-1970 pour aller s’installer sous des cieux plus cléments. Ainsi, on les retrouve dans les Antilles françaises, aux Etats-Unis d’Amérique, en France et dans quelques pays de l’Afrique de l’Ouest.

C’est suite à ces dispersions des enfants du pays qu’on a commencé à parler de diaspora haïtienne. Car, historiquement, le mot diaspora désigne spécifiquement la dispersion des juifs exilés de leur patrie biblique vers des terres étrangères, dans des conditions d’oppression et de dégradation morale. À la fin du XX ième siècle, la notion de diaspora s’est élargie et a été redéfinie pour inclure de nombreux autres groupes, tels les Chinois et les Haïtiens pour ne citer que ces deux peuples. Et ces groupes n’ont qu’un souhait : participer à la vie publique de leur pays d’origine.

De l’implication de la diaspora

La diaspora haïtienne s’est toujours impliquée activement dans la vie économique d’Haïti. Faut-il rappeler que ces Haïtiens de l’extérieur envoient, bon gré, mal gré, plus d’un milliard de dollars américains à leurs compatriotes restés au pays ? Sans compter qu’ils investissent dans l’immobilier et dans le commerce. C’est surtout grâce à la diaspora que le pays n’est pas totalement sombré dans la désolation et dans l’oubli. À l’heure actuelle, les Haïtiens de l’extérieur constituent les principaux partenaires économiques et financiers d’Haïti. C’est un fait.

Évidemment, après avoir investi massivement au pays, la question d’implication politique s’impose inévitablement. C’est là que les controverses commencent. Les Haïtiens de l’intérieur ont toujours manifesté une certaine méfiance envers leurs compatriotes de l’extérieur aussitôt qu’ils manifestent des velléités politiques pour leur pays d’origine. Tout d’un coup ils redeviennent des étrangers. On les accuse de traîtres à la patrie. On les soupçonne même de vouloir s’accaparer de tous les postes de responsabilité. Tout cela, avec comme toile de fond, la délicate question de la double nationalité. Il s’agit d’une question récurrente que l’on soulève comme une épée de Damoclès pour marginaliser les Haïtiens de la diaspora qui souhaitent s’impliquer politiquement dans les affaires internes du pays.

Ce que les Haïtiens semblent ignorer, c’est qu’avec la mondialisation et le transnationalisme, la question de citoyenneté est déterritorialisée, donc revisitée. En effet, la mondialisation des économies et de la culture a créé de nouvelles conditions qui sont en train de transformer l’identité et l’institution de la citoyenneté partout dans le monde. À vrai dire, on assiste à une crise du nationalisme et de l’État-nation au niveau international, dans laquelle la nation n’est plus un lien privilégié de médiation entre le régional et le mondial.

À l’heure actuelle, c’est-à-dire en ce moment de graves crises économiques, sociales, politiques et environnementales, on ne peut se permettre le luxe de faire l’économie de la participation de la diaspora dans la vie concrète et réelle du pays. Si l’on devait, par exemple, rejeter un quelconque candidat, cela devrait être sur la base de son programme et non sur la base de sa prétendue double citoyenneté. Car, dans un monde où d’importantes populations appartenant à des communautés transnationales ne font que passer, les conceptions de l’allégeance et de la citoyenneté devront être réformées ou bien la notion même d’État-nation devra être repensée.

Cette conception anachronique d’État-nation dont la création remonte d’ailleurs au traité de Westphalie de 1648 doit être revue par la prochaine législature, la 48 ième, qui sortira des prochaines joutes électorales. Aujourd’hui, la plupart des anciens pays socialistes de l’Europe de l’Est sont dirigés par des citoyens ayant longtemps vécu en terres étrangères et qui ont aussi pris la citoyenneté, par naturalisation, des pays d’accueil.

Au lieu de nous disputer sur des banalités, comme sur cette question de la double nationalité, on devrait préférablement nous concentrer sur l’essentiel, à savoir le redressement du pays. Les Haïtiens de l’intérieur et ceux de l’extérieur doivent s’unir pour que la devise d’Haïti qui est « L’union fait la force » soit quelque chose de tangible. C’est seulement de cette manière que l’on réussira à bâtir une société nouvelle.

© Guy-Robert Saint-Cyr,
Port-au-Prince, Haïti.
Courriel : saintcyr24@yahoo.fr

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La camarilla des intégristes ségrégationnistes  d'Haïti
est en train de  faire de Dumas Mécène Siméus
le Rosa Parks
de la lutte pour l'égalité civique
des citoyens haïtiens de la Diaspora.
 
Allons-nous voir l'apparition
de la désobéissance civique en Haïti?
 
par Gérard Bissainthe
 

a. Il faut avouer que probablement Siméus n'en demandait ou n'en espérait pas tant. Le voilà héros malgré lui. La camarilla des intégristes ségrégationnistes d'Haïti est en train de faire de lui le Rosa Parks de la lutte pour l'égalité civique des citoyens haïtiens de la Diaspora

 

Depuis 1989 j'avais réagi sur l'article 15 de la Constitution qui stipule que "la double nationalité haïtienne et étrangère n'est admise en aucun cas ". J'avais fait remarquer que cette clause d'une constitution élaborée à la hâte, un peu à l'improvisade, dans le dessein précis d'EXCLURE des citoyens dont la présence et l'influence semblaient aux yeux des législateurs de l'époque dangereuse pour l'avenir du pays, mettait la nation haïtienne dans une véritable impasse juridique et politique. Cette constitution "expulsait" hors du circuit  de la République une catégorie de personnes (j'évite délibérément de les appeler "citoyen(ne)s", parce qu'on en faisait des "non- citoyen(ne)s" ou des citoyen(ne)s de seconde zone) qui constituaient un vaste secteur de la nation haïtienne. Au moins un(e) Haïtien(ne) sur cinq ou même sur quatre se voyait privé(e) de la plénitude de ses civiques et politiques. Ils devenaient des handicapés, incapables de fonctionner à plein régime dans une nation qui est et demeure la leur. En particulier, ils ne pouvaient pas briguer la magistrature suprême du pays.

 

Du coup la situation de toutes ces masses d'hommes et de femmes devenait analogue à celle de collectivités diverses qui au cours de l'histoire avait été victimes de graves, injustes, odieuses discriminations. Leur sort, malgré les apparences, n'était pas meilleur dans leur pays que celui des Juifs pendant la dernière guerre mondiale en Allemagne et dans la France occupée par les Nazis, pas meilleur que celles des Noirs pendant les époques les plus sombres de la discrimination raciale aux Etats-Unis ou même en Afrique du Sud. Ces comparaisons peuvent sembler exagérées, car l'ostracisme se pratique chez nous avec une certaine élégance, voire une certaine douceur, un peu comme cela s'est fait pour les femmes aux époques où elles ont été considérées comme "mineures" et où les hommes "déposaient leurs hommages aux pieds de ces dames", tout en les confinant dans les travaux du ménage et de la cuisine. La condescendance de Leslie Manigat à l'égard de Siméus, dans un texte récent paru sur Internet est caractéristique: il le couvre de son admiration, mais lui fait bien remarquer qu'en dehors d'un rôle de conseiller ou même de manager pour "la promotion des investissements étrangers chez nous, conformément à son domaine de spécialité et à son expérience", il ne peut pas ou plus servir à grand-chose. C'est tout juste si Leslie qui connaît ses classiques, n'ajoute pas, grand seigneur: "Et je vous fais encore en cela, cher ami, beaucoup d'honneur." Leslie veut faire remarquer à Siméus que lui, Leslie qui se proclame mono-national, il fait partie de la Noblesse des Haïtiens à part entière, alors que Simeus qui s'affiche bi-national, n'est qu'un roturier, riche peut-être, mais un roturier quand même; les hautes fonctions réservées à la crème de la crème, au Gotha d'Haïti, lui sont interdites. 

L'argumentation des segrégationnistes haïtiens est curieusement la même que celle de tous les ségrégationnistes de l'histoire: "Il faut obéir à la loi. Dura lex, sed lex. Pourquoi n'attendez-vous pas tranquillement, patiemment que la loi change, au lieu d'essayer de faire sauter les fondements de la nation?" Ils laissent quasiment tous entrevoir qu'un prochain Parlement modifiera (on ne dit pas comment) l'article 15 de la Constitution.

Mais arrive un jour où les victimes en ont marre et Abraham dit: "C'est assez!" Ce jour est arrivé dans l'Alabama lorsqu'on a voulu interdire à Rosa Parks de rester assise dans le bus pendant qu'un Blanc était debout, en lui disant: "That's the law!" C'est la Loi! Cette loi était injuste. Elle est restée assise. Et depuis ce jour-là tous les Nègres d'Alabama ont crié: "Freedom NOW!" 

Je n'ai pas seulement assisté à ces luttes, j'y ai participé plus tard dans la ville de New York. Lorsque le président de notre campus de la City University of New York a invité à venir donner une Conférence un Prix Nobel du nom de William Shockley qui avançait la théorie qu'il fallait stériliser les Noirs, j'ai demandé et obtenu qu'on publie sur toute la première page du journal du campus mon article qui portait en grandes manchettes et en français ce titre: "J'ACCUSE!" Je n'étais pas encore "tenured" (titularisé). On craignait pour moi. Pas moi. Ma titularisation (tenure) fut avancée d'une année.

Les batailles pour la liberté et l'égalité ne sont jamais simples. Elles impliquent bien souvent de franchir un Rubicon. Mais quand on tient bon, on gagne.

Siméus a tenu bon. "Non, Gérard Latortue, je ne descendrai pas du bus! Freedom NOW!"

Dura lex, sed lex!" lui hurle Gérard Latortue, escorté maintenant d'un Leslie Manigat venu lui prêter main forte. Leslie passe même la main dans le dos de Siméus et lui susurre: "Attendez donc quelques jours, cher ami. Lorsque les choses s'arrangeront [ il ne dit pas comment], je vous trouverai bien un petit strapontin. Pour le moment vous êtes atteint de xénotite aiguë; on doit vous mettre en quarantaine. Restez-y. Je vous apporterai de temps en temps des "oranges. Ne désespérez pas. Après 200 ans d'indépendance presque, le pays a bien fini par avoir un Président femme. Dans moins de deux cents encore, je vous le promets, il finira bien par  avoir un président diasporien bi-national. On vit longtemps aujourd'hui, Siméus, soyez patient."

Siméus en lui-même se dit: "Si celui-là qui est un des meilleurs me tient ce langage, que vont dire les autres?"

Vieux paysan, Siméus est têtu. Les promesses pour l'an 2200 coulent sur la toile cirée de son indifférence. Homme d'affaires, il ne prend que du cash.

La foule s'attroupe. Un Siméus qui reste scotché à son siège du bus et un Gérard Latortue escorté de Leslie Manigat qui veulent le forcer à se lever et même à quitter le bus, ce n'est pas un spectacle banal. Les Blancs ou assimilés Blancs prennent tous partie pour Latortue et Manigat et scandent: 

"SI-ME-US DES-CEN-DEZ!"

"SI-ME-US DES-CEN-DEZ!"

On fait venir le juge. Le juge tranche en faveur de Siméus. Latortue et Manigat et la foule des Blancs et assimilés Blancs sont scandalisés: "Depuis quand a-t-on vu un juge trancher en faveur des Nègres?  C'est triste! La ségrégation n'est plus ce qu'elle était. On ne peut plus compter sur personne." Et ils se mettent à pleurer sur le scandale de la décadence de la morale et du droit

Au fond de quoi s'agit? Comme toujours dans ces cas: il s'agit d'une loi qui discrimine contre des dizaines, des centaines de milliers de citoyens pour en faire des parias juridiques et politiques . Car l'article 15 n'est que le sommet de l'iceberg. Il y a tous les règlements tracassiers contre les Haïtiens qui vivent à l'extérieur. Il y a ce regard oblique jeté sur les Diasporiens comme s'ils avaient tous le sida. L'interdiction faite aux Diasporiens binationaux de briguer la présidence  n'est que l'épicentre d'un problème qui a aujourd'hui envahi toute la vie nationale. Notre nation est cassée en deux: d'une part des exilés qui vont trimer pour survivre eux-mêmes et pour faire survivre le pays (5 sur 6 dollars du pays viennent de la Diaspora) et d'autre part des citoyens restés dans le pays, et parmi eux une petite mafia qui tient ce pays en otage; ils disent aux exilés: "Ce pays est un pays de Purs. Vous êtes des Impurs. Votre argent passera, mais le bonhomme ne passera pas!"

Siméus a décidé de passer. Et il est passé. Et il l'air de dire: "J'y suis, j'y reste!"

Siméus est en train de devenir le Rosa Parks de la lutte des Diasporiens contre la discrimination juridique et politique. Dura lex sed lex. La loi est dure, mais c'est la loi. Le "Code Noir" était aussi une "loi" et combien "dure". Les règlements racistes de l'Alabama étaient aussi une "loi" et combien "dure".  En 1989 j'avais conseillé la mesure sage de ne pas appliquer cette "loi" injuste, parce que profondément discriminatoire, de ne plus en parler. Le CEP en commençant ses travaux avait choisi de ne pas en parler. La petite mafia des segrégationnistes a réveillé la question par peur des "compétences" de la Diaspora. Cela a mis le feu aux poudres. Le Tribunal de Cassation, notre Cour Suprême, a interdit d'interdire Siméus. Latortue ne s'avoue pas vaincu; plus constitutionnel que lui tu meurs. Il se rappelle Christophe dont il connaît mal le texte: «Je ne rendrai la Constitution que lorsqu'elle sera réduite en cendres...» Curieux!

Si on n'avait pas cherché injustement des puces à Siméus, je serais probablement resté sur la colère dans laquelle il m'avait mis en faisant appel aux Marines. Maintenant qu'on veut qu'il quitte son siège dans le bus, je le défendrai du bec et des ongles. Et si cela doit aboutir à une désobéissance civique, je le dis tout de suite: je serai dans le camp des Rebelles.

Gérard Bissainthe

17 octobre 2000

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Quand La Cour de Cassation évoque une loi inconstitutionnelle

 On s’évertue à revenir sur cette phrase: « M. Siméus n’a jamais renoncé à sa nationalité ». Quand on acquiert la nationalité canadienne, on n’est pas forcé de renoncer à sa nationalité antérieure car, le Canada admet la double nationalité. Le cas est différent quand il s’agit d’acquérir la nationalité américaine. On est bien obligé de renoncer aux nationalités antérieures.

Cependant, dans l’un et l’autre cas, l’haïtien d’origine cesse d’être haïtien le jour même où il acquiert une autre nationalité. La Constitution est très claire sur cette question en son Article 13:

La Nationalité haïtienne se perd par : 

a)    La Naturalisation acquise en Pays étranger

 Pourquoi toujours vouloir faire diversion en revenant sur la question de « renonciation », quand la vraie question est : « M. Siméus a-t-il perdu sa nationalité ? »

 Réponse : s’il a acquis une nationalité quelconque (américaine ou autre), juridiquement il n’est plus haïtien qu’il ait renoncé ou pas à la nationalité haïtienne.

 Donc, si ce serait le cas, n’étant plus haïtien, il ne saurait prétendre accéder à la Présidence d’Haïti.

 Ce qui surprend c’est que l’arrêt de la Cour de Cassation en date du 11 octobre 2005 stipule dans l’un de ses paragraphes :

 Attendu qu’il est de règle qu’au surplus aux termes de l’article 1er alinéa  de la loi du 12 avril 2002, tout haïtien d’autre nationalité, tout haïtien d’origine jouissant d’une autre nationalité et ses descendants sauf dans les cas expressément interdits par la Constitution sont éligibles à la fonction publique ; que cette loi qui n’a jamais été déclarée inconstitutionnelle est déjà en application ;

D’une part, dans cet article cité plus haut, il est dit : «...sauf dans les cas expressément interdits par la Constitution... » Probablement, l’interdit porterait surtout sur les postes d’importance tels : Président, Premier Ministre, Sénateurs. Etc...            

D’autre part, c’est une loi inconstitutionnelle puisque étant en désaccord flagrant avec la lettre de la Constitution. Il est de toute évidence que même si cette loi serait déjà en application, elle devrait être déclarée inconstitutionnelle par décision de la Cour de Cassation. Car, l’une des attributions de cette Cour est de se prononcer sur l’inconstitutionnalité des lois.

 En effet l’article 183 de la Constitution de 1987  stipule :

« La Cour de Cassation à l'occasion d'un litige et sur le renvoi qui lui en est fait, se prononce en Sections réunies sur l'inconstitutionnalité des lois.»

 Les Juges de la Cour de Cassation  évoquent à dessein un article de la loi du 12 avril 2002 qu’ils savent être inconstitutionnel. De plus, ils se dérobent à l’une de leur principale responsabilité qui est de se prononcer sur l’inconstitutionnalité des lois. C’est un acte très grave et délictuel posé par la Cour de Cassation à un moment si critique de l’instauration de la Démocratie dans le pays. Dans un futur plus  ou moins proche, ils seront passibles de comparution devant la Haute Cour de Justice selon le vœu de la Constitution (articles 185 et 186) dès que le parlement rentrera en fonction.

 

DE LA HAUTE COUR DE JUSTICE

 

Le Sénat peut s'ériger en Haute Cour de Justice. Les travaux de cette Cour sont dirigés par le Président du Sénat assisté du Président et du Vice-Président de la Cour de Cassation comme Vice-Président et Secrétaire, respectivement, sauf si des juges de la Cour de Cassation ou des Officiers du Ministère Public près cette Cour sont impliqués dans  l'accusation, auquel cas, le Président du Sénat se fera assister de deux (2) Sénateurs dont l'un sera désigné par l'inculpé et les Sénateurs sus-visés n'ont voix délibérative.

Article 186:

La Chambre des Députés, à la majorité des deux tiers (2/3) de ses membres prononce la mise en accusation:

a) du Président de la République pour crime de haute trahison ou tout autre crime ou délit commis dans l'exercice de ses fonctions;

b) du Premieur Ministre, des Ministres et des Secrétaires d'Etat pour crimesde haute trahison et de malversations, ou d'excès de Pouvoir ou tousautres crimes ou délits commis dans l'exercice de leurs fonctions;

c) des membres du Conseil Electoral Permanent et ceux de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif pour fautes graves commises dans l'exercice de leurs fonctions;

d) des juges et officiers du Ministère Public près de la Cour de Cassation pour forfaiture;

e) du Protecteur du citoyen.

La question qu’on se pose est celle-ci : «  Sont-ils des Juges à conscience lavalassienne ? » Si la réponse est oui, ils ont tout intérêt à jeter le pays dans une situation de crise continuelle.

L’enjeu est important. Les partis politiques et la société civile doivent se mobiliser pour empêcher la violation de la Constitution. Et, peut être qu’on  forcera les Juges de la Cour à revenir sur leur décision inconstitutionnelle.

 

Bernard Miot

 
        13 octobre 2005  

 

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Lorsqu'on s'appelle Baker !Par Jean Erich René
13 août 05

La mondialisation de l'économie a provoqué une grande mutation sociale et politique. Avec la création du TPI ou Tribunal Pénal International, théoriquement un Chef d'Etat peut être accusé de crime et de corruption. Ainsi il devient plus qu'évident pour tout Candidat à la présidence d'être bien imbu des dossiers nationaux et de la nouvelle donne de la politique internationale. Le monde est réduit de nos jours à un village planétaire.

L'Internet en un temps éclair diffuse les informations sur toute la surface du globe. Le téléphone cellulaire est omniprésent et transmet l'actualité sur le vif. Le peuple haïtien est à l'écoute des moindres vagissements du monde et veut à tout prix jouir de ses progrès techniques. Il n'y a plus de place pour l'émotion ni les phraséologies creuses. Donner à manger à 8 millions d'habitants, les loger et les vêtir de manière décente tels sont les voeux de la majorité nationale.

Formuler des objectifs dans programme de gouvernement ne suffit pas. Il faut aussi indiquer de manière rationnelle et lucide les voies et moyens à mettre en oeuvre pour leurs réalisations. Vu l'état d'avancement de la science actuellement, personne ne peut nous donner la lune comme fromage. Il existe des outils performants permettant d'articuler concrètement toutes les structures nécessaires à l'exécution des projets. La méthode PERT-CPM nous permet de contrecarrer les mensonges éhontés des bâtisseurs de château de sable. Dans un passé récent, la Caravane de l'Espoir s'est lancée à travers les départements géographiques d'Haïti dans e but de proposer un nouveau Contrat Social. Leur but n'était pas du tout politique ni électoraliste s'entendait-on dire! Et maintenant ? Nous avions évidemment avalé avec un grain de sel le Contrat Social des 184 dont le profil rappelle en tout point le Cheval de Troie. Tout changement social véritable a comme corollaire obligé le changement économique ou pour mieux dire une meilleure distribution de la richesse nationale.

Depuis 1804 jusqu'à 2005, les Noirs dont les Pères sont en Afrique n'ont rien eu. Des fils de corsaires, des anciens colons et des colons des temps modernes qui occupent le Bord de Mer, par leur appétit glouton, ont tout raflé. A aucun moment de notre histoire ils n'ont jamais manifesté la moindre velléité de concevoir un projet à caractère national. Des réussites personnelles, il en existe certes. Quant aux masses de l'arrière pays ils sont des laissé-pour-compte. Les nantis économiques d'Haïti qui par surcroît font partie de la minorité visible forment un pays dans un autre pays et un état dans un autre état.

Dans un contexte politique aussi troublant, la bourgeoisie haïtienne fait preuve d'un crétinisme plus que parfait si elle croit pouvoir ravir le pouvoir en la personne de Charles Henri Baker. Les faits sociaux sont plus convaincants que le Contrat Social proposé par le Groupe des 184 pour nous donner le change. Qu'ont-ils réalisé depuis 1804 pour forcer l'admiration de la masse et obtenir leurs suffrages.

 Combien d'hôpitaux ont-ils construit? Ils préfèrent affréter un avion ambulance pour se rendre à Miami en cas d'urgence.

Combien d'écoles et d'Universités ont-ils bâti?
Avec l'argent gagné au pays ils préfèrent envoyer leurs enfants étudier dans les Universités étrangères.

Combien de projets de logements sociaux ont-ils entrepris pour éviter la prolifération des bidonvilles. Au Canada les Juifs ont lancé l'industrie de la construction et ont instauré le principe de location-vente. Ainsi chaque année les villes s'agrandissent pour répondre aux besoins de la population en pleine croissance. La bourgeoisie haïtienne détentrice des richesses nationales n'investissent pas dans ces domaines et préfèrent transférer ses profits dans des banques étrangères et se contentent du statu quo.

Toutes ces initiatives diriez-vous devraient être entreprises par l'Etat. Avec quoi ? Les Commerçants et les Industriels haïtiens de la Sous-traitance versent un salaire de poitrinaire à leurs employés et à leurs ouvriers. Qui pis est, ils refusent de payer leurs impôts et ont pu obtenir un congé fiscal de 3 ans du Gouvernement Intérimaire. C'est sur la base de ce passé honteux qu'un représentant de la bourgeoisie Charles Henry Baker vient de déclarer sa candidature aux prochaines élections présidentielles, malgré une forte opposition de son organisation "Groupe 184". Déjà Mr Barbier nous prévient: il sera un dictateur féroce. La question qu'on doit se poser pourquoi un homme qui n'a jamais travaillé dans l'administration publique veut faire ses premières armes comme Président de la République. Il pourrait s'initier comme maire, député ou sénateur?

Deuxième observation le fait de se présenter comme indépendant confirme les déclarations de monsieur Barbier son ex-collègue: c'est un monsieur qui ne peut pas travailler en équipe. Baker n'a aucun lien avec la paysannerie haïtienne. D'origine américaine a-t-il déjà visité la ville de Jérémie ? Sa façon cavalière d'assauter la scène politique prouve qu'il n'a aucun respect pour les masses haïtiennes ni pour les intellectuels de ce pays. Quelle est son expérience dans les affaires de l'Etat? Quelle est sa formation académique ? Connaissez-vous des Baker dans nos communautés rurales ? Une telle candidature est une brèche ouverte en faveur des diplomates du béton pour justifier leurs contestations contre la Bourgeoisie peser sucer. Lorsqu'on s'appelle Baker on ne devient pas Chef d'Etat mais Chef d'entreprise privée.

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Réponse à l'article de Jean Erich René :

Lorsqu'on s'appelle Baker ! daté du 13 août 2005, par Bernard Miot

Après avoir pris lecture de cet article ignoble écrit par Jean Erich René, j'ai, pour la première fois de ma vie, décidé de rendre publique une réponse que je soumets à l'analyse des lecteurs. J'aurais préféré qu'un intellectuel noir sérieux et honnête eut l'idée de donner à M. René une réponse en bonne et due forme. Mais, ne l'ayant pas vu venir, je le fais moi-même. Je souhaite qu'on ne me fera pas dire ce que je n'ai pas dit. Cette réponse est un geste spontané et sincère qui, en aucune manière, ne devrait être interprété comme une attaque contre les noirs bourgeois ou plus humbles parmi lesquels je compte nombre d'amis et de connaissances pour qui j'ai le plus grand respect. Ce respect doit être du à tous les gens qui recherchent l'harmonie et la vraie unité entre haïtiens si nécessaire à l'avancement de notre chère Haïti. Je m'excuse si, dans ce texte, je me rabaisse en mentionnant les haïtiens par des appellations telles noir, mulâtre, bourgeois, pauvre etc...Mais, cela se justifie car, pour répondre à un complexé, il faut se mettre à son niveau. Mais je vous assure que quand, dans ce texte, je mentionnerai le terme noiriste , il ne sera attribué qu'a cette minorité destructrice d'hommes qui ne pensent qu'à accaparer le pouvoir pour mieux s'enrichir après avoir mystifié ce pauvre peuple par leur langage démagogique. Si le noirisme est une réponse au mulatrisme, le mulatrisme est fort souvent une réaction au noirisme. C'est en fait deux idéologies mesquines que tout patriote sérieux devrait combattre. Mais, comme durant les cinquante dernières années (où duvaliéristes et lavalassiens se sont succédés au pouvoir) le noirisme a prédominé en ce qu'il y a trait aux forces politiques et à l'administration, il en découle qu'on ne peut imputé au mulatrisme la décadence vécue pendant ce dernier demi-siècle.

M. René est un écrivain dont j'ai lu les articles pendant les 2 ou 3 années écoulées et, parfois avec intérêt. Il a finalement mis bas les masques. Celui à qui je faisais un certain crédit de probité intellectuelle s'est révélé à nos yeux un adepte du noirisme,l'idéologie des hommes qui constituent l'une des engeances les plus dangereuses de notre pays.

Un ami  m'a récemment témoigné qu'au cours d'une réunion politique se tenant à New York après l'avènement du Dr. Francois Duvalier, on proposa le ralliement autour de Louis Déjoie. En la circonstance, feu le Docteur Gaston Jumelle déclara avec fermeté :" Messieurs, je préfère que Duvalier reste au pouvoir pendant 200 ans que d'avoir un mulâtre comme Président d'Haïti". Il aurait donc fait cette déclaration après que Duvalier eut exterminé ses propres frères.

Cette idéologie nous a valu le désastre duvaliériste. Les noiristes tenants du pouvoir n'ont pas délivré. Au lieu de travailler, comme promis, a relevé l'homme de l'arrière-pays (les masses de paysans et d'ouvriers), ils ont préféré l'abêtir, flattant ses bas instincts et l'initiant à nouveau, comme durant la période d'histoire précédant l'occupation américaine,aux crimes de toutes sortes réitérant mini-génocide contre les mulâtres, tuant et exilant des hommes qui étaient parmi les mieux instruits, les plus patriotes et les plus honnêtes .Déjà, auparavant dans l'histoire d'Haïti, d'autres régimes noiristes ou populistes avaient déjà commis des mini-génocides contre les mulâtres, tels les gouvernements de Soulouque, de Salnave, de Salomon, de Nord Alexis, de Domingue et de Villebrun Guilaume Sam et j'en passe. Après avoir fait le tour et le contour de l'histoire d'Haïti, les vils propos de Jean Erich René n'arriveront pas ébranler les gens à peau clair qu'il ose appeler « fils de corsaires et d'anciens colons ». Ingrat! Mille fois ingrat!

Il veut nous faire oublier que les 3/4 ( 17 sur 23 ) des Généraux, fondateurs de la nation haïtienne, furent mulâtres et donc, fils de colons. Et puis,  qu'on ne vienne pas me dire qu'après avoir eu le pouvoir presqu'absolu pendant au moins 100 ans sur 200 ans d'histoire, incluant tout le demi-siècle passé, que les noiristes au pouvoir ne se soient pas suffisamment enrichis pour former aux côtes « des fils de colons » une classe de riches encore plus nombreuse. Sauf qu'après avoir procédé à la prédation des deniers publics, ils entassent leur fortune en banque étrangère. De ce procédé, il en découle que la majorité des grandes maisons d'affaires, magasins, industries, hôtels, banques sont des investissements imputés à la bourgeoisie mulâtre. Ils constituent donc la minorité visible pour deux raisons: de part leur couleur et aussi de part leur succès dans les affaires économiques. Tandis que les autres qui auraient du être plus cossus, puisque ayant dilapidé les deniers publiques avec plus d'appétit, n'investissent pas autant. Ce qui a fini par créer une disparité qui, en réalité, n'aurait pas du exister. Il semble d'après Jean Erich René qu'il faille punir les fils de colons parce qu'ils ont au moins donner du travail à leurs frères haïtiens. 

De plus,avant le passage de lavalas au pouvoir, il aurait pu nous parler des pauvres nègres dont les pères sont en Afrique il n'auront donc rien. Mais, après lavalas, il ne peut pas nous croire avoir si courte mémoire. On a assisté à un pillage et une corruption pires que sous n'importe quel gouvernement où la bourgeoisie  mulâtre ou noire fut au pouvoir. Tout haïtien ayant un minimum de probité devrait reconnaître que les noiristes ont échoué. Durant le demi-siècle écoulé, puisqu'ils ne sont pas partis de la vérité et n'ont utilisé qu'une idéologie démagogique, ils ont desservi le peuple haïtien. Si l'on ne reconnaît pas les erreurs du passé, on ne saurait faire mieux à l'avenir.

M. René interroge: "combien d'écoles et d'universités « les fils de colons» ont-ils bâti? Nous savons que nombreux parmi nos enseignants ont été «fils de colons » créant des écoles privées et s'engageant avec désintéressement, comme un sacerdoce, à tous les niveaux de l'enseignement public tant au niveau du primaire, du secondaire qu'au niveau universitaire ce, pendant les 200 ans de notre histoire. Si, aujourd'hui, ils ne sont pas aussi visibles en province, c'est au moins partiellement parce qu'ils ont été persécutés, emprisonnés, exilés et, parfois, massacrès avec leurs familles. Ainsi, les survivants ont du, pour la plupart, abandonner les villes de province qu'ils aimaient tant pour se terrer dans le petit Pétion-Ville oú ils sont constamment persécutés.

M. René interroge " combien d'hôpitaux « les fils de colons » ont-ils construit?" La encore, il se trompe grandement car, nombre d'hôpitaux ont été construits par des bourgeois des grandes villes notamment ceux de Jacmel, des Cayes, du Cap et bien sur de Port-au-Prince. Les autres centres ayant été construit pour la plupart par des américains (Deschapelles /BonneFin / Rogers au Limbé / Turnbull à Laboule pour ne citer que ceux-la).

Alors, pourquoi toujours vouloir rejeter la responsabilité de l'état d'Haïti sur les « fils de colons » qui donnent au moins du travail et, qui en auraient donné davantage s'ils n'étaient pas entravés par des politiques négatives et destructrices. Nos écoles, universités et hôpitaux auraient aujourd'hui été mieux équipés si cette politique démagogique n'eut pas existée.

M. René s'est encore trompé en ciblant Charles Henry Baker, l'un des «fils de colons » les plus honnêtes, sérieux et patriotes qui a fait ses preuves de rassembleur et, qui veut l'unité de tous les haïtiens.

Réveillez-vous peuple haïtien? Ne vous laissez pas abêtir par les malins qui vous induisent en erreur pour pouvoir s'enrichir à vos dépens. Aussi, je souhaite, qu'en ce 21ème siècle de lumière, chaque haïtien se comportera en citoyen intègre quelque soit sa nuance de couleur de peau et, qu'au lieu 
de véhiculer des informations rétrogrades comme M. René, chaque haïtien fera l'expérience d'approcher un autre haïtien avec un esprit ouvert, sans haine et idée préconçue et l'on verra, qu'avec le temps, les tensions s'atténueront. L'on constatera, qu'après tout, nous sommes frères et que le mulâtre n'est pas plus mauvais que le noir et que le rapprochement et la confiance mutuelle constituent la seule voie civilisée à prendre. Les autres voies, comme celles proposées par Jean Erich René, qui mettent les haïtiens dos à dos sur une base de couleur devraient être condamnées par tous si nous voulons travailler ensemble à la construction de la patrie commune. Plus de haine et de mauvais coups, main dans la main, bâtissons Haïti ! Et, dès lors, notre devise «  L'Union fait la Force » reprendra son sens.

Les attaques de M. René contre M. Charles Baker ne sont que du vent. Il s'est désormais avili et, on reconnaît le haineux en lui. Nous avons eu tellement de haineux à diriger Haïti qu'ils ont créé plus de distances entre haïtiens que nécessaire. Si la haine était la voix à suivre, Haïti aurait déjà progressé à grands pas.

Issu d'une famille probe en remontant jusqu'à nos arrières grands-parents tant du côté paternel que du côté maternel, j'ose exiger de chaque haïtien qu'il se comporte comme nous s'il doit mériter notre respect. Jamais je ne condamnerais quelqu'un en rapport à son ethnie. Jamais je ne m'abuserais à généraliser et à rejeter la responsabilité du désastre de ces récentes décennies sur les gens a peau foncée même si les tenants du pouvoir ont été en vaste majorité des noirs issus de la classe moyenne et des masses. Mais, que des haineux se trouvent à accuser en général « les fils de colons » donc, entendons-nous bien les mulâtres, je pense que c'est révoltant. Je n'irai pas jusqu'à défendre ceux parmi les mulâtres qui enfreignent les lois du pays. C'est à la justice de faire son travail pour sévir contre ceux des mulâtres ou des non mulâtres qui commettent des infractions. C'est pourquoi, il nous faut un état de droit où il y aura « la dictature de la LOI » et non d'une famille ou d'un groupe d'hommes. Commençons donc par suivre la constitution à la lettre pour fonder enfin un état désormais respectueux de ses lois si nous ne voulons pas prêter le flanc à d'autres impasses politiques qui continueront à creuser notre gouffre.

Bernard Miot

30 août 2005

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