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Archives d'Editoriaux #49 |
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aux Archives d'Editoriaux en Français HAÏTI, IL FAUT EN FINIR AVEC LE SUPPORT culturel DE LA TYRANNIE! Parti Politique et Phantasme Politique ! Aout 2004: entre alternance et persistance Sur la Route de l'Amitie Francohaitienne COMUNICATION PRÉSENTÉE PAR ROSNY DESROCHES À LA CONFÉRENCE DES BAILLEURS DES 19 ET 20 JUILLET 2004 Haïti-Politique:
good news et bad news
HAÏTI, IL FAUT EN FINIR AVEC LE SUPPORT culturel DE LA TYRANNIE!
Par CAMILLE
LOTY MALEBRANCHE Quand j’évoque les possibles d’une vraie démocratie haïtienne, ma pensée butte comme sur une sorte d’aporie imparable : le support sourd et aveugle, parce que culturel voire parfois inconscient de la société haïtienne aux mécanismes de l’irrespect tant interindividuel qu’entre les hommes et les institutions. Le refus de rationalité organisatrice, la préférence de l’informel aux structures souvent tellement disloquées tellement corrompues que les citoyens y perdent toute confiance, tout cela couronné par une sauvagerie agressive de l’État répressif et amorphe face à ses obligations, État particulièrement monté contre le citoyen et qui ainsi favorise l’arbitraire des comportements individuels, oui, tout ce chaos finit par donner l’impression que le désordre et la tyrannie sont ancrés dans l’âme haïtienne. Un monde apparemment ingérable semble prendre le dessus et devenir le butoir de tout changement souhaité. Les seules souverainetés acceptables, celles des lois et des institutions manquant à la culture socio-étatique haïtienne, c’est la débandade de l’organisation sociale quotidienne qui prévaut. Cet irrespect, cette sorte de barbarie mentale se manifestant dans la vie sociale au niveau des relations humaines, est le ferment tératogène, ce germe cancérigène de la tyrannie qui putréfie la réalité collective et dont la métastase tout au long de notre histoire de turpitudes répétées, tue le corps social. La tyrannie, cette agressivité liberticide contre l’autre, ne vient donc pas que des chefs car le peuple lui-même les y appelle par l’intolérance et le mépris les uns des autres en même temps que la déification du pouvoir qu’il idolâtre. Tout montre qu’en Haïti, les seules choses, véritables antivaleurs substantialisées et respectées sont : l’argent, la couleur claire et la force brutale répressive. Dans l’imaginaire et les réflexes haïtiens, ces éléments constituent de véritables essences, de vrais facteurs invariants, de réels mérites qui hissent n’importe quelle racaille au rang des dieux. Au-delà de ces breloques idéologiques de l’apparat social, il y a chez nous, haïtiens, une indolente et morbide tendance à tout mystifier. Nous sommes encore un peuple superstitieux à l’excès, les dieux, les saints, les morts plus présents dans les esprits que la vie elle-même, font que nous essentialisions tout privilège et mythifiions tout privilégié. Une minable culture du vertige de « classe » et du délire de puissance caractérise nos deux siècles d’existence nationale. Nous sommes pour la plupart des rois tribaux nègres, gonflés, et nous avons besoin de régner et de tyranniser pour que notre règne soit perçu. Notre baudruche est si gonflée et si prête à éclater! Nous nous produisons en amulettes vivantes, en totems régnants contre toute vraie structuration éthico-sociale de notre vie de peuple! Tout, pour la majorité d’entre nous, haïtiens, est un sujet de mystification de nos semblables, de mythification de notre personne, par des sagas de faubourg et de poussière à brandir. Le don quichottisme social haïtien est cette espèce de délire du moi « héroïque et royal » de l’individu, moi hypertrophié, placé au-dessus de tout principe surtout du respect des lois et de la personne humaine. Inutile de dire que le premier terreau de germination de la dictature et de la corruption est dans la culture. Le peuple, toutes classes confondues, adore ériger des mythes à des individus et ensuite vouer des cultes à ces êtres mythiques ainsi créés. Tout concourt à cette adoration de personnes mythifiées. Une publication de livre à l’étranger, un prix international, une place dans l’état, un emploi dans un organisme étranger. Pis encore, ces imbéciles qui réclament une société sans discrimination sont ceux qui méprisent l’haïtien d’à côté quelque soit son talent pour honorer ces géants généralement de paille qu’on leur a présentés ou qu’il se sont taillés. L’haïtien aime le maître! Il faut, pour qu’il respecte l’autre, qu’il le reconnaisse d’abord comme son supérieur. Par exemple d’un haut fonctionnaire qui vivait dans un quartier moyen et continuerait à y vivre malgré ses promotions, sans se parer de la maison la plus extravagante dans un nouveau quartier huppé et des voitures les plus luxueuses, c’est le peuple d’alentour, ses voisins et autres, qui le discréditera, le dénoncera comme moins que rien et malpropre! Allez savoir maintenant s’il faut prendre au sérieux les doléances de ces mêmes haïtiens contre la corruption et le détournement de fonds par des fonctionnaires publics montrant une trop forte opulence pour le salaire qu’ils sont censés gagner. Nous devons cesser d’être des farceurs et reconnaître nos torts, nos bévues dans le faire social, nos contresens collectifs et contreproductifs dans notre vision du monde. Nous sommes donc coupables même passifs des déboires et laideurs de ce pays! Alors rien d’étonnant que ces dictateurs de corridors, ces aristocrates de comptoirs et de pacotille, ces maîtres de toutes les inepties, ces gonflés, ou au contraire, ces faux démocrates populaciers, tous, autocrates attendant leur heure de gloire, utilisent sciemment ce qui fait figure de tare culturelle. Car le privilège et la richesse dans un monde capitaliste malade de ses pestes sont idéologiquement promus ontologiques et ne sont plus seulement des éléments contingents que peut facilement expliquer l’analyse objective du social. Chez nous où toute tare est décuplée, ou même le bien d’ailleurs se corrompt par les contre-indications, peut commencer l’aventure macabre de nos dictateurs-dieux de tous poils qui peuvent être autant maître du pouvoir politique qu’économique ou simplement chefs de famille comme un père ou une mère monoparentale. Et comme nos don quichotte sont dieux, toutes leurs conneries sont paroles d’évangile, et gare à l’infidèle ou au renégat. Le jugement misérabiliste, émotif et hypersentimental de la société y contribue vivement et donne aux foutriquets avec leur fort et inavouable instinct de domination une sorte de légitimité. L’idiotie dans le jugement, ce corollaire de l’analphabétisme factuel ou fonctionnel frappant surtout nos scolarisés, est une des rampes de lancement de la tyrannie haïtienne. Il suffit de voir tous ces agressifs, ces bourreaux inavoués qui, dans l’histoire récente haïtienne, à chaque fois q’un citoyen prenait des positions garanties par la loi, s’exclamaient: « si c’était Duvalier, ils ne se permettraient pas de s’opposer à tel chef en place ». Le chef est vraiment ici un totem, une amulette sacrée, sanctifiée pour régner. Son être est surhumain et ses privilèges et son pouvoir, ontologiques. Vraiment, cet attachement à l’esclavage, cette nostalgie du mal quand il a disparu, miséreuse attitude des aliénés à foison et de toutes sortes de notre société, traduit la masochiste mentalité d’un assez fort pourcentage de la population resté antidémocratique en deçà des indéniables progrès conquis pour les libertés depuis 1986. CONFUSION DES TERMES DE L’ÉGALITARISME SOCIAL. En Haïti, l’égalité en droit porte le simpliste, donc la grande majorité sociale, toutes classes confondues, à croire que les hommes sont égaux et qu’il faudrait niveler le monde par la vulgarité, la promiscuité. Du surhomme riche ou puissant à l’harengère des bas- fonds, comme par un mot d’ordre cynique, on conspue l’élévation, conspire contre l’idéal légitime de dépassement. Jamais société dite civilisée ne s’est autant insurgée contre la projection positive de soi. Une horde de niais submergés par leur propre imbécillité font tout pour retenir l’individu émergeant dans les ténèbres (vieille allégorie du panier à crabe)! Une triste prédominance du loisir populacier modelé sur un populisme médiatique à l’occidental efface, sinon prime la réflexion et le débat. On entraîne notre jeunesse dans l’évasion et la récréation alors qu’on devait la convoquer sur la vitale recréation d’Haïti qui, sans cette recréation du projet de son vouloir-vivre collectif selon un nouveau contrat social sans démagogie, sombrera à jamais comme un non pays, un non être, fantôme grimaçant et simulant l’existence. De L’extraversion malheureuse du prestige dont les signes sont tous les objets ou services de la consommation à l’impropriété de l’éducation formelle et informelle, on assassine tyranniquement nos jeunes, comme on a sacrifié ceux qui, comme nous, sont à la fin de la trentaine. Par ailleurs, en Haïti, l’amitié est
souvent confondue à de la sujétion de l’ami qui doit être l’ombre et l’écho
de l’autre, dès que vient la divergence, on peut facilement le constater par
la violence des propos voire l’inimitié et les animosités qui prennent
place. L’amour, quant à lui, est possessivité pour l’homme et entretien
par le partenaire pour la femme. Et gare à ceux qui n’entrent pas dans ce schéma
tracé. Il sera de fait et tyranniquement exclu des privilèges des relations
humaines. Le père de famille est un constant martyr, il faut l’entendre se
plaindre de s’être sacrifié pour ses enfants! Comme si dans sa fougue de
mâle,
on l’avait invité à engendrer! On en rencontre, et ils sont légion, qui,
tyranniquement, font payer à leurs enfants par le reproche et la brutalité,
leur impudence d’être né! Quant aux mères monoparentales haïtiennes, ce
sont les êtres les plus méritants de la terre. À côté du mythe de la mère
qui s’enracine jusque en celui des déesses-mères, comme celui de la reine
Maya, mère du Bouddha Siddhârta ou de la vierge Marie idolâtrée selon la
dulie mariale du catholicisme, la mère monoparentale haïtienne est, de par sa
maternité difficile de femme seule, une vertueuse voire la vertu même. Elle
peut projeter comme elle le veut ses souffrances et frustrations sur la progéniture
et celle-ci doit en toute occasion l’adorer et accomplir ses vœux. Elle
reproche beaucoup, car cela, soit dit en passant, est une véritable tare haïtienne
que de reprocher pour un rien, mais en plus, elle culpabilise, s’aigrit en
rappelant à ses enfants qu’ils ont gâché sa vie. En vérité, le mal haïtien
doit être traité à ce niveau familial. On ne peut avoir des hommes et femmes
dignes quand leur enfance a été une dévalorisation parentale où ils se sont
sentis soit indésirés soit coupables du sort de leurs parents. L’école en
Haïti est tyrannique. Aucun encadrement, aucune tendance à écouter l’écolier,
aucune compréhension des effets familiaux sur le psychisme de l’enfant ou du
jeune adulte. Pour la plupart des parents, payer une scolarité pour un enfant
est un effort si grand, que l’enfant doit leur répondre par la réussite
scolaire quelque soit les circonstances. Autre tyrannie, le culte stupide de
l’étranger surtout du blanc mais même du métis ou du noir né dans un pays
jugé supérieur; et alors, monte la vieille obsession bestiale de certains haïtiens
(ils sont légion) qui croient devoir
rabaisser le compatriote pour flatter l’étranger. C’est le peuple le plus
ouvert! Ouverture complexée et idiote qui n’est en fait que l’autopunition
par la flagornerie pour hisser l’autre au rang de seigneur. Pour le reste, la
tyrannie des églises, ces prêtres et pasteurs, ces houngans qui prennent en
main selon leurs propres insanités caractérielles et désirs de puissance la
vie des ouailles, sévit et se charge de retourner ce peuple à l’esclavage.
MISÉRABILISME TYRANNIQUE ET CONSTANTE FASCISTE EN POLITIQUE. S’il est une constante dans la politique haïtienne des 50 dernières années, je réponds qu’elle ne peut être que le fascisme. Or, nous savons que le fascisme ne survient jamais des seuls politiciens mais du sinistre consensus des classes moyennes, de certains secteurs parasitaires et frustrés de la bourgeoisie décadente et une adhésion des masses embringuées par le discours populiste et nationaliste qu’entretiennent les couches petites-bourgeoises. La tyrannie est l’effigie des classes et est ancrée dans la religion de l’haïtien. Dieu qu’il soit du vaudou ou même du christianisme, l’homme haïtien lui prête des manières de dictateur qui attend le faux pas de l’homme pour le briser, l’exterminer. Tout en Haïti est essentialisé, ontologisé, et mystifié. C’est le pays des hommes-mythes vivants. Tel professeur est si grand si divin, que toucher à ses assertions « spécialisées », c’est commettre un blasphème contre le dieu adoré de la théogonie profane. En tout, il s’agit tyranniquement d’intimider. Dans le même registre où la théologisation des êtres et choses prime l’intellection froide, c’est le diktat des structures officielles blanches de reconnaissance, toute démarche autonome est suspecte et abhorrée par les minus critiques, inaptes à la froideur intellectuelle dans le rapport analytique et cognitif aux choses. Nous savons que ce genre de tyrans officiels avec l’onction de la société existe partout au monde, mais en Haïti, terre de tous les surfaits, ils prennent des proportions encore plus inquiétantes. La « théodicée de leur propre privilège » ainsi que l’appelle Weber, caractérise dans les sociétés, l’ultime manipulation, l’extrême tyrannie des suprêmes seigneurs de l’establishment scolaire qui finissent par faire des institutions de transmission et de reconnaissance des connaissances, des dogmes, des absolus idiots que les non moins idiots abêtis de la société suivent aveuglément par snobisme d’intello. En Haïti, dernier des derniers réceptacles de ces imbécillités, les plus médiocres les seigneurs du vide en profitent pour discréditer le savoir de ceux qu’ils n’égaleront jamais parce que trop esclaves du livresque, trop hétéronomes dans leur esprit. Outre cela, dans la quête de se pavaner, beaucoup de femmes haïtiennes sont assez érotisées par la puissance pour se donner aux pires criminels parce que ceux-ci leur permettent d’agresser n’importe qui avec la certitude de l’impunité voire le pouvoir d’envoyer leur gorille de mari agresser qui elles veulent. En vérité, l’irrespect atroce qu’est la tyrannie est une question sociale, un drame humain que l’éducation, la législation et la répression judiciaire doivent s’efforcer conjointement d’enrayer. La vision du chef, bon papa du peuple malgré lui vu que tous lui lèchent la semelle pour qu’il intervienne même dans leur vie privée, doit être révolue. En vérité, il est difficile d’avoir un privilège en Haïti sans se croire un surhomme car l’essentialisation et l’idolâtrie culturelle de notre société y pousse bêtement! Nous des idolâtres, des courtisans et nous aimons la flagornerie! La petite histoire rapporte que Vincent a déclaré avoir trouvé tous les hommes sur le ventre et touts les femmes sur le dos lorsqu’il est entré comme président au palais national, tout comme un homme ayant perdu son emploi dans l’État sous François Duvalier, l’a attendu à genoux dans les couloirs du palais pour lui adresser une prière de miséricorde digne de celles qu’on adresse à Dieu, de même, on rapporte qu’un militaire en uniforme a supplié un jour, un puissant ministre de l’intérieur qui ne l’aimait pas de mettre la semelle sur son genoux pour lui épousseter avec son mouchoir, la chaussure légèrement poussiéreuse! Il faut que le respect soit enseigné et non l’adoration, l’infrahumaine flagornerie. Nous devons garder le frémissement et le sentiment de mortel qui doit louer l’Éternel pour les rapports spirituels avec Dieu et non les transposer dans les relations avec les mortels quelque soient leur situation. D’ailleurs, pour un croyant, cela relève du blasphème et de l’idolâtrie. L’haïtien doit rejoindre la dignité par l’estime de soi. Celui qui peut flatter comme un moins que rien, peut aussi mentir, moucharder et tuer pour plaire à son maître. Dans le même temps le respect de la vie, le respect du droit au respect de l’autre, le respect de la différence, le respect des biens d’autrui bien acquis, le respect de la vie privée, le respect du vrai mérite doivent finalement intervenir et enrayer définitivement les ordures mentales du populisme et du fascisme, ces seules faces de monstres qu’a toujours offert notre pays au citoyen et au monde. Que l’État
haïtien et surtout l’Homme et la Femme d’Haïti conscients de leur humanité
se débarrassent des ferments tératogènes de la société qui font de nous
souvent des bêtes sauvages, tyranniques qui oublient le respect de l’homme et
dévorent leur humanité! Alors que la nature elle-même est aujourd’hui
transformée quoique malheureusement et trop souvent pour le pire par des
mutations provoquées selon la manipulation génétique, la beauté de la
culture, elle, est de pouvoir être métamorphosée et propulsée pour le
meilleur au-dessus des tares, afin de rejoindre sa vocation primitive originaire:
la transcendance de l’animalité de l’homme par l’esprit et la raison méliorative
façonnant esthétiquement et éthiquement jusqu'à la sensibilité et à l’émotion!
CAMILLE
LOTY MALEBRANCHE
Parti Politique et Phantasme Politique ! ANALYSE PORT-AU-PRINCE, 31 Août - A nouveau ce sont les extrêmes qui occupent le haut du pavé. L'interlude n'aura pas été long depuis le renversement le 29 février dernier du président Jean-Bertrand Aristide au milieu de manifestations et contre-manifestations populaires quotidiennes. Revoici les grands titres monopolisés par des étudiants en médecine d'une université privée confrontés au refus des responsables de la Santé Publique de leur accorder automatiquement la reconnaissance de leur diplôme; les victimes laissées sur le tapis par des caisses d'épargne "ripoux" faisant cause commune avec des correcteurs d'épreuves du bac exigeant une meilleure rétribution etc. Sans oublier les militaires démobilisés qui, ignorant une échéance du gouvernement provisoire pour déposer les armes (15 septembre prochain), s'emploient en ce moment à réoccuper les unes après les autres leurs anciennes casernes à travers la république. Port-au-Prince revoit se profiler l'ombre de l'agitation long playing qui a dominé ces trois dernières années Aristide ... En dehors du retour au
climat de bruit et de fureur, sans autre signification que des petits intérêts
particuliers, c'est le vide total.
L'interminable été
caniculaire haïtien ...
D'où une floraison de nouvelles formations politiques. Après le MODEREH de Dany Toussaint, la convention nationale du RDNP de Leslie Manigat se terminant par l'annonce de la candidature à la présidence de ce dernier, et autres ... C'est depuis Oslo (Norvège), où se tient une énième réunion de leaders politiques haïtiens sur le dialogue et la négociation (dont on ne voit plus très bien le profit puisque le conflit avec Lavalas a été tranché de la manière que l'on sait), que tombe le dernier scoop: création d'un parti politique par des membres du secteur privé des affaires. Et non des moindres, tel un Michael Madsen, PDG de la bière Prestige (celle-là dont l'affiche qui a scandalisé nos féministes, n'a toujours pas été déplacée, ce qui fait une clientèle de moins pour le nouveau parti!). Baptisée "Parti Libéral Haïtien", la nouvelle formation se veut "conservatrice", d'après son porte-parole, Frandley Denis Julien.
Le vide favorise les options radicales ... Nul doute qu'on aura droit aussi bientôt à quelque formation d'extrême-gauche. C'est le propre même du vide de favoriser les tendances radicales ... A commencer par le gouvernement intérimaire. Pendant que le Premier ministre Gérard Latortue, faute d'avoir les moyens de sa politique, se voit contraint de passer le plus clair de son temps à nous raconter des sornettes (au programme des matches internationaux de football vient s'ajouter un projet d'exploration de nos fonds marins à la recherche des trésors des pirates de la mer des Caraïbes) - des petits malins en prennent calmement avantage pour pousser leur agenda ... D'où l'acquittement de l'ex-paramilitaire Louis-Jodel Chamblain, au cours d'un procès convoqué à la hâte le 17 août dernier. Selon toute apparence, une conspiration des responsables de la justice et de la sécurité. Pour récompenser un meneur vital dans l'insurrection anti-Aristide. Ou préparer la voie à de nouvelles élections transformées in fine en bain de sang? Car ceux-là n'ont en effet aucune raison de s'arrêter en si bon chemin. Une rumeur persistante veut que de nombreux barons de l'ancien régime (entendez les pouvoirs duvaliéristes et militaro-putschistes des décennies 70, 80 et 90) encombrent déjà les avenues de l'actuel pouvoir. Ils savent d'expérience comment manoeuvrer en eaux troubles, c'est le moins qu'on puisse dire.
Démocratie, s'abstenir ... On entend même dire à qui veut l'entendre que ce qu'il nous faudrait aujourd'hui c'est un Roger Lafontant. Autrement dit, à la fois un dur et un populiste. Et en même temps pouvant rassurer les milieux d'affaires. Le populisme dérange tant que c'est de l'autre côté! Démocratie, bien entendu, s'abstenir. Ce vent de folie n'a pas encore touché le Lavalas toujours bien présent sur le terrain. Du moins, en apparence car plus d'un, semble-t-il, serait prêt à commettre le meurtre du père. Mais depuis son exil en Afrique du Sud, Aristide veille au grain. Une première confrontation a eu lieu lorsque l'ex-parti au pouvoir fut sollicité (une idée qui serait toujours défendue par l'administration US, mais chut!) à désigner le 9e membre du conseil électoral provisoire (CEP). Des leaders Lavalas de l'intérieur (de rares survivants du vae victis ou vengeance classique des vainqueurs) ont décidé de négocier cette offre. Mais les militants dits de base s'y sont farouchement opposés. On croit ces derniers sous le contrôle du président en exil. Il n'empêche que de nouvelles lignes de force pourraient être en train de se dessiner au sein du grand mouvement qui a eu la faveur des masses ces dix dernières années. Même avec un bilan mitigé ... N'empêche, personne n'a encore osé se mesurer au "chef historique."
Le Groupe des 184 aurait-il lui aussi éclaté? ... Au milieu, la classe politique traditionnelle (ex-Convergence Démocratique). C'est le plus à plaindre. Sans programme, sans troupes, sans argent. Sans un programme commun connu (quoique étant à dominante intellectuelle); sans troupes car il lui faut arriver à détourner une partie du Lavalas; et désormais aussi sans financement assuré du moment que l'élite économique décide d'avoir son propre parti, sa propre machine de conquête du pouvoir. De plus, il y a les "non alignés" qui indique la division de la classe politique. Mais désormais la tentation du fractionnement n'épargne plus personne avec la création du "Parti Libéral Haïtien" dont les fondateurs, issus de l'élite économique, passaient jusqu'ici comme membres du Groupe des 184, une coalition d'associations civiques menée par le grand patronat haïtien. Toutefois le jour même qu'on annonce la création du Parti Libéral, le coordonnateur des 184, André Apaid junior, réitère au cours d'une visite (de sensibilisation) à Jacmel (sud-est) que le mouvement qu'il dirige ne se transformera pas en parti politique (source Mélodie FM). Le Groupe des 184 aurait-il donc lui aussi éclaté? Comme tout le reste de l'échiquier politique, directement ou indirectement. Y compris (même implicitement) le Lavalas.
Un hara-kiri général ... A ce propos, le porte-parole Frandley Denis Julien a crû bon de préciser que le terme libéral ne doit pas être interprété au sens de "néo-libéralisme", mais plutôt comme l'antique Parti Libéral du XIXe siècle haïtien. Faut-il rappeler à ce porte-parole que la lutte entre le Parti Libéral du grand Boyer Bazelais, à dominante claire, et le Parti National, du grand dirigeant noir, le président Lysius Salomon, avait dégénéré en guerre civile. Le siège de Miragoane. Choléra. Centaines de victimes ou pis. Mort de Boyer Bazelais. Défaite et exil en masse. Un siècle plus tard, on considère que c'est la crème de la classe politique haïtienne qui disparaissait dans une sorte de suicide collectif. Un hara-kiri général. La fin d'une époque. Et pourtant, plus ça change ... De tout cela, il ressort que en ce moment la tendance est retournée à la division, au fractionnement, en un mot à la divergence au lieu de la "convergence" prêchée tant qu'Aristide n'avait pas encore disparu de l'horizon. En République Dominicaine, il existe seulement aujourd'hui trois grands partis (PRD, Parti Réformiste et PLD), mais dont on ne saurait dire désormais lequel est plus le parti du capital que de la masse des travailleurs. Il y a parti politique et phantasme politique. Nous semblons ne pas pouvoir encore arriver à établir ce distinguo ...
Haïti en Marche, 31 Août 2004
Aout 2004: entre alternance et persistance Nancy Roc, 2004-08-14
Cinq mois apres la montée au pouvoir du gouvernement de transition Alexandre /Latortue, ce dernier est secoué par une vague de grPves et une crise au sein du CEP qui n’annoncent rien de constructif pour l’avenir. De plus, au sein mLme de la nouvelle administration, notamment dans l’entourage du Premier ministre, se précisent des manÉuvres et tentatives de corruption et une politique d’hésitation qui inquiPte les observateurs autant que la partie saine du secteur privé haVtien. AprPs le regain d’espoir engendré par les résultats de la Conférence Internationale des Bailleurs de Fonds qui s’est tenue B Washington du 19 au 21 juillet dernier, le marasme économique et la suspicion sont désormais de rigueur. Dans une interview accordée B la Radio Cooperativa du Chili en date du 6 aoft et rapportée par l’agence EFE, Juan Gabriel Valdez, Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU, a affirmé qu’HaVti « faisait face B un réel danger d’extinction ». Selon M. Valdez, qui sera le numéro un de la MINUSTAH et doit arriver dans le pays le 16 aoft prochain, ce danger proviendrait des énormes difficultés dues B l’échec de l’Etat et d’une situation oj la société est menacée d’extinction. Et de fait, tout fin observateur politique peut constater que mLme si HaVti a connu une alternance politique, le pouvoir du dictateur Jean Bertrand Aristide s’est disséminé entre de nombreux sous dictateurs anonymes et irresponsables dont la tyrannie et la corruption persistent, devenant insupportables et constituant une menace réelle tant pour le gouvernement que pour l’avenir du pays tout entier. Face B ce sombre tableau qui se profile B l’horizon, le gouvernement arrLtera-t-il de pratiquer une politique hésitant entre la chPvre et le chou ? Dans le cas contraire, quelles seront les conséquences qui en découleront pour la société haVtienne ? Ce sont les questions que nous analyserons ce soir dans notre grand dossier intitulé : Aoft 2004 : entre alternance et persistance. La politique de la chPvre et du chou La récente grPve des douaniers au port et B l’aéroport de la capitale, a duré prPs de deux semaines, causant un déficit de 500 millions de gourdes B l’économie haVtienne (soit de prPs de US$14 millions uniquement pour le mois de juillet 2004). Malgré une menace de révocation générale des employés de la part du Ministre de l'Economie, M. Henri Bazin, le gouvernement a df négocier. Une commission de crise, nommée par le Premier ministre Latortue, renforcée par une délégation de grévistes a finalement trouvé une entente le jeudi 5 aoft. Ces derniers exigeaient le limogeage du directeur général des douanes, Jean Edouard ValPs. Le gouvernement leur a concédé la désignation du directeur adjoint de l'institution douaniPre. Ils ont repris le travail dPs le lendemain. Au fil du conflit, mLme si on a compris que le directeur général de la douane bénéficie de l'appui du grand patronat et de celui, jusqu’ici, inconditionnel du Ministre des Finances, d’autres informations sfres font état de l’intervention personnelle de certains membres proches de la primature dans cette grPve qualifiée de ‘’sauvage et illégale’’ par certains membres du secteur privé sain de ce pays. Ceci constituerait, selon eux, un grave précédent qui impliquerait directement la primature alors que cette grPve relevait du MinistPre des Finances. Par ailleurs, on ne doit pas sous-estimer la partie corrompue et malsaine du secteur privé et politique dans cette crise douaniPre : le premier se rebiffe déjB contre la lutte anti-contrebande lancée par le gouvernement derniPrement ; le second aurait des intérLts cachés B défendre dans l’argent de la contrebande dont il bénéficierait notamment dans le cadre des prochaines élections. Qu’B cela ne tienne, le gouvernement a composé et, en s’abstenant de trancher, vient de se voir menacer d’une nouvelle grPve des douaniers. Ceux-ci, en effet, réclament toujours de ‘’nommer’’ un directeur adjoint de leur choix…un choix qui, selon une source digne de foi, se pencherait vers une personnalité connue pour avoir entretenu la corruption et le statu quo au sein du systPme douanier dans les années précédentes. De plus, plusieurs compagnies maritimes se sont endettées auprPs des douanes et de la DGI. Selon nos informations, elles négocient ces dettes avec les différentes instances gouvernementales alors que, certains propriétaires desdites compagnies, auraient du Ltre mis aux arrLts et le paiement de leurs dettes conditionné B leur libération. En pratiquant la politique de la chPvre et du chou, le gouvernement prouve sa faiblesse et renchérit l’audace des corrupteurs et des corrompus. Si l’équipe de transition ne fait pas preuve trPs vite d’autorité et de détermination face B la corruption en posant des actions concrPtes, elle se retrouvera davantage entre l’enclume et le marteau : d’un côté, les corrupteurs et corrompus lui lieront les mains ; d’un autre, la communauté internationale ne débloquera pas le 1,5 milliard de dollars américains promis B Washington. Or le marasme économique ambiant provient aussi des méfaits de la contrebande qui a entraîné la faillite de plusieurs entreprises, dont certaines trPs importantes, du secteur sain de notre pays. L’hésitation gouvernementale aura donc des résultats directs non seulement sur l’ensemble d’HaVti mais surtout sur son économie. La grPve annoncée par les policiers porte sans doute les mLmes stigmates que celle évoquée précédemment mais, B ceux-ci, viennent s’ajouter une possible manipulation politique comme l’a évoqué le Directeur Général de la Police Nationale, M. Léon Charles, le 9 aoft sur Vision 2000. Ce dernier, qui venait d’Ltre confirmé dans ses fonctions par un arrLté présidentiel daté du 4 aoft 2004, a précisé que la grPve est interdite au sein de la police. Il a minimisé l’appel B la grPve des policiers et indiqué qu’un dialogue serait encouragé dans les différents commissariats sur les revendications des policiers. Celles-ci concernent principalement l’augmentation des salaires au sein de la PNH. Auparavant, le porte-parole de la Police, l’inspecteur Bruce Myrthil, avait reconnu qu’il y avait eu promesse d’augmentation de salaire de 100% par la direction générale mais que le MinistPre de l’Economie et des Finances affirmait désormais que l’Etat n’avait pas les moyens d’honorer un tel engagement. Un haut responsable gouvernemental a confié B Radio Métropole que le pouvoir avait effectivement promis d’augmenter de prPs de 100 % le salaire des policiers mais que ce projet avait été bloqué au niveau de la Direction du budget. Cet officiel a également souligné que les responsables de ladite Direction affirmaient ne pas disposer de moyens financiers pour répondre aux revendications des policiers. Le 10 aoft, malgré les mises en garde du Directeur Général de la police, les policiers ont confirmé qu’ils observeraient un arrLt de travail de 12h le 16 aoft prochain. Cette décision pourrait avoir pour but final la chute du Directeur Léon Charles auquel les policiers reprochent de ne pas avoir pris les mesures adéquates pour fondamentalement changer les structures de la PNH. D’autre part, ils ont réitéré leurs exigences concernant l’augmentation de salaire en prônant que normalement, ils pourraient exiger une augmentation de 500%. Ce chiffre, qui pourrait choquer le public, ne vient pas de nulle part : selon une source du Conseil des Sages, la Force Multinationale Intérimaire aurait avoué aux policiers que, normalement, leurs salaires devraient Ltre multiplié par cinq. Les problPmes humains et matériels sont donc réels au sein de l’institution policiPre. Dans des temps caractérisés par l’insécurité encore criante, notamment au Cap HaVtien, les retombées de cette grPve pourraient s’avérer Ltre catastrophiques pour les citoyens HaVtiens. En effet, si le dictateur est parti, toute sa machine répressive, humaine et financiPre, est encore bien fonctionnelle autant sur le terrain que dans les institutions publiques du pays. La PNH, connue pour sa politisation et sa corruption ces neuf derniPres années, est sans doute encline B des manipulations politiques de toutes sortes, notamment du secteur lavalassien qui lui a permis de s’enrichir rapidement et en toute impunité. D’autre part, cette Police qui aujourd’hui a été quelque peu épurée, fait non seulement face B de bas salaires et un manque d’effectif en ressources humaines et matérielles, mais elle est devenue aussi une cible privilégiée des gangs dans la capitale et des militaires en province. Ainsi, l’esprit de la corruption doit encore la ronger et la peur doit l’encourager B revendiquer plutôt qu’B servir et protéger. Dans ce sens, l’inertie observée depuis un certain temps au sein du MinistPre de la Justice, comme l’a dénoncé la NCHR cette semaine, ne peut en aucun cas la rassurer : lB encore, l’absence d’arrestations des anciens barons et baronnes du Parti Lavalas, leurs acolytes d’hier et d’aujourd’hui et la corruption encore trPs palpable au sein du systPme judiciaire, ne peuvent que catalyser la peur ou les penchants de corruption parmi les forces de police. Encore une fois, l’hésitation gouvernementale et l’absence d’engagement réel pour changer réellement les structures de la PNH ne feront qu’accentuer ces symptômes et entraver la campagne de désarmement annoncée pour le 15 septembre 2004 ainsi que le prochain processus électoral. D’un autre côté, on observe depuis le début du mois d’aoft, une recrudescence en kidnappings, dans la capitale et dans les provinces, dont certains effectués par des policiers en uniforme. L’épuration de la police doit donc se poursuivre B la base mLme de la PNH. D’autre part, il faudra encourager le corps sain de la PNH dans les efforts déployés et démontrés ces derniers mois contre la criminalité et Ltre B l’écoute de ses revendications légitimes qui, si elles sont satisfaites au prix mLme de sacrifices, ne pourront que lui Ltre bénéficiaires en l’éloignant des manipulations politiques, tentatives de corruption et en l’encourageant B protéger et servir les citoyens. Si cette grPve se concrétise, le pire peut arriver B ces derniers qui seront, dPs lors, livrés B la barbarie criminelle des gangs et des partisans de l’ancien régime. La crédibilité accordée jusqu’ici au gouvernement de transition pourrait s’évanouir et la violence, toujours latente en HaVti, ne manquera pas de ressurgir en mettant sérieusement en danger les fragiles acquis démocratiques de l’aprPs 29 février 2004. La persistance des anciens réflexes au détriment de la Nation Comme si ce vent malsain qui se répand parmi les institutions publiques ne suffisait pas, voilB que le CEP (Conseil Electoral Provisoire) étale au grand jour l’animosité qui divise ses membres. Cette crise interne sans précédent depuis 1986, a plongé la classe politique dans une inquiétude proche de la panique. A ce propos, l’éditorial de Claude MoVse du journal Le Matin, daté du 5 aoft dernier est sans recours : « Ce n’est pas assez de dire que le CEP traverse une période de grande turbulence (…) On ne devrait pas hésiter B parler de catastrophe, d’échec lamentable », écrit le Rédacteur en chef du journal. « Le fait mLme que cet organisme, constitué dans les circonstances politiques que l’on sait, se révPle incapable de maîtriser des problPmes de gestion apparemment simples, préfigure son incompétence B résoudre des problPmes électoraux autrement plus ardus. Ne mâchons pas nos mots, ce CEP se discrédite et le discrédit rejaillit sur ceux qui ont contribué B sa formation », poursuit-il. « Le comble est d’entendre dire par un des intervenants B la radio que la présidente Roselor Julien a écrit B l’un des conseillers qu’elle est l’envoyée de Dieu, que sa présence au sein du CEP ressort d’une mission divine »(1), s’indigne-t-il, en soulignant que le discrédit du CEP rejaillit aussi sur ceux qui ont contribué B sa formation. En attendant, la crise au sein du CEP a trouvé ses racines parmi des conflits personnels de certains membres contre l’actuelle présidente de l’institution électorale. Les antagonismes se sont ensuite aiguisés pour devenir un conflit catholico protestant entre Mme Julien et le Pasteur Paurice Jean Baptiste. Une animosité certaine émane entre les différents membres qui non seulement ont projeté l’image de gosses récalcitrants mais, surtout, se sont discrédités aux yeux du grand public. Pour Claude MoVse, si « cette situation jette la classe politique dans une grande inquiétude, proche de la panique,(…) encore faut-il que cette panique soit salutaire, qu’elle provoque un sursaut de modestie et de rigueur chez les multitudes de groupements, fronts, grands fronts et autres regroupements qui avancent en ordre dispersé vers le pouvoir B prendre. Qu’ils comprennent une fois pour toutes qu’il n’y a de salut et d’avenir pour quiconque en dehors de la démarche d’élaboration d’un pacte politique qui garantisse les rPgles du jeu, établisse les modalités de fonctionnement strict et des procédures d’arbitrage, le CEP devant Ltre compris dans cette opération. En attendant un pacte social ou un contrat, comme on veut, qui laisse pressentir de façon convaincante, c’est-B-dire concrPte et documentée, un virage vers une nation de citoyens ». Le Comité de suivi qui a été mis sur pied pour résoudre cette crise, malgré sa bonne volonté, ne rassure pas l’opinion publique et de nombreuses questions restent posées : peut-on faire confiance B ce Comité ? Le ‘’replâtrage’’ du CEP va-t-il durer ? Quelles sont les raisons profondes derriPre autant de scandale public ? Lorsque l’on sait que 100 millions de dollars américains sont en jeu pour le prochain processus électoral, comment faire confiance au CEP aujourd’hui ? Ces différentes crises (douanes, Police, CEP) démontrent aussi une dure réalité persistante parmi les HaVtiens : si ces derniers arrivent parfois B se rassembler contre un pouvoir ou contre quelqu’un, ils n’ont toujours pas acquis assez de maturité et de sens des intérLts supérieurs de la nation en démontrant qu’ils peuvent se mettre ensemble dans le combat pour quelque chose, aujourd’hui en l’occurrence, pour la reconstruction du pays.. Aujourd’hui, il est clair que les acquis de 1986 se sont affaiblis et qu’il sera encore plus difficile aujourd’hui de s’atteler B réussir la transition B court terme et la reconstruction du pays B long terme. Ces crises qui ébranlent les différentes institutions précitées de la République, démontrent une fois de plus, la précarité du disfonctionnement institutionnel de l’Etat. Or, comme disait Saint Just, « les institutions sont la garantie du gouvernement d’un peuple libre contre la corruption des mÉurs, et la garantie du peuple et du citoyen contre la corruption du gouvernement » (2). Ainsi, B ce tournant décisif, si le gouvernement ne s’engage pas fermement tant dans la lutte contre la corruption active et B Éuvrer B la consolidation de nos institutions publiques, il sera victime de ses hésitations et, par lB mLme, mettra en péril la transition et l’avPnement d’un nouveau gouvernement élu appliquant, enfin, les lois d’un Etat de droit. Comme l’a si bien écrit l’historienne Suzy Castor récemment, « la crise politique, se prolongeant sur un fond économique et social explosif, est porteuse de dangereuses convulsions. (…) Dans une telle conjoncture, le dénouement de la crise est ouvert B toutes les possibilités : de la plus néfaste B la plus porteuse d'espoirs » En fin de semaine, on constatait que l’agitation sociale s’amplifiait en s’étendant aux étudiants de l’Université LumiPre contre le Ministre de la Santé. A ce tournant décisif, si des exemples ne sont pas tracés immédiatement, cette crise sera néfaste et ne pourra que nous ancrer davantage dans nos pratiques persistantes de division et de corruption qui nous ont caractérisé pendant tout le rPgne de « l’HaVti barbare », comme dirait Madame Castor. « La puissance de choc des frustrations, du désenchantement ou du décalage excessif entre ce que nous pensons et ce que nous vivons, devra se transformer en un ferment créateur (…) Sortir de l'impasse est l'affaire de tous les citoyens. Personne ne le fera B notre place. Chacun doit travailler explicitement pour en finir avec ces maux qui nous rongent, ressusciter l'espoir cassé et accélérer le processus de l'avPnement d'une démocratie réelle », conclut-elle (3). Nancy Roc, le 12 aoft 2004 1 / " Reflects Discredit Also on Those Who Chose Commission", Claude Mo Vse, Le Matin du 5 aoft 2004, http://haitipolicy.org/content/2536.htm.2/ St Just, extrait des Fragments sur les institutions r épublicaines3/, Suzy Castor, éditorial de la Revue Rencontre du 29 juillet 2004.
Sur la Route de l'Amitie Francohaitienne Transmis par: JEFF actif 28 Juil 2004 @ 15:17 A l’origine du projet de la construction de la route qui
allait relier la ville de Jacmel à Port-au-Prince, la capitale du pays haïtien,
précèderait l’amitié qui liait Jean Claude, un Haïtien, fils de Jacmel, étudiant
à la Sorbonne, devenu plus tard professeur de philosophie, et un étudiant
français,
fait lui-même, plus tard, ambassadeur français en Haïti. Parce qu’il est
question de mise en rapport, de mise en liaison, de mise en contact, le témoignage
qui précède se révèle très instructive.
COMUNICATION PRÉSENTÉE PAR ROSNY DESROCHES À LA CONFÉRENCE DES BAILLEURS DES 19 ET 20 JUILLET 2004 Je voudrais aborder la question de la gouvernance et du dialogue national dans la perspective de la société civile, qui représente un point de vue complémentaire par rapport à celui du gouvernement. D’entrée de jeu, il y a lieu de rappeler que la gouvernance est distincte de la gestion et que les deux principaux éléments constitutifs de la gouvernance sont l’orientation et le contrôle. Par exemple le conseil d’Administration d’une enterprise ou d’une administration ou d’une association assure la gouvernance de l’entité alors que la direction en assure la gestion. C’est en effet le Conseil qui à partir des indications de l’Assemblée des members ou des actionnaires définit les orientations, les politiques, les programmes d’action de l’association ou de l’entreprise. C’est aussi le Conseil qui évalue périodiquement les performances des gestionnaires, reçoit leurs rapport et les sanctionne. Qui dit gouvernance, dit orientation et contrôle. Face à deux exigences: orientation et contrôle, on peut dire que le système politique haitien souffre d’un grave déficit. Au cours de ces dernières années, les orientations socio-économiques étaient peu claires et surtout ne correspondaient ni aux besoins de développement du pays, ni aux demandes sociales majoritaires de la population. Aussi devons-nous profiter de cette transition pour améliorer les mécanismes de communication, de concertation et de dialogue entre gouvernants et gouvernés , afin que les citoyens puissent se faire entendre et influencer les décisions et les actions gouvernementales. C’est pour ce moyen que les dirigeants pourront véritablement remplir leur fonction qui est d’accroître le bien-être général. Pour atteindre un tel objectif, certaines dispositions sont nécessaires . D’abord, il faut renforcer la société civile, consolider le tissu associatif du pays, augmenter le capital social, afin de créer un climat de dialogue et d’échange entre les différents segments de la société. Dans ce sens, un excellent travail a déjà été amorcé par l’Initiative de la Société Civile (ISC), le Groupe des 184, la Fondation Nouvelle Haiti, le CLED, le Forum Citoyen, l’Initiative Citoyenne, pour ne citer que ceux-la. Ce travail de renforcement de la société civile doit continuer. Il doit être renforcé, coordonné et harmonisé en vue d’éviter des duplications et surtout pour créer cette accumulation de forces sociales, seul capable de soutenir un changement véritable. L’État doit venir en appui à ce mouvement par des moyens financiers, en facilitant le dialogue, l’accès à l’information ou en offrant des facilités logistiques. Mais il est un domaine où l’État peut jouer un rôle particulièrement important, c’est celui de l’éducation civique. Le citoyen ne pourra participer pleinement à ce processus de dialogue, de concertation, pour arriver à formuler des propositions et à imprimer une orientation à l’action gouvernementale que dans la mesure où il est informé sur ses droits, ses devoirs, le fonctionnement des instances étatiques et qu’il ait une idée même sommaire des grands dossiers nationaux. Et ceci, à tous les niveaux des cadres supérieurs, des universitaires mais aussi au niveau des couches populaires, des sections communales les plus reculées. Cette formation est possible. D’abord, le bénéficiaire est prêt. La scolarisation et l’information de masse à travers la radio ont créé une soif, une grande motivation pour l’éducation civique. Pour avoir parcouru durant ces deux dernières années, dans le cadre de l’ISC, les 10 départements géographiques du pays, à faire de la formation civique, je peux témoigner. De nombreuses associations existent à travers le pays qui dans le passé se sont nvestis dans le social et le développement. Aujourd’hui, elles sont mûres pour investir le champ du civico-politique et apporter leur contribution dans les affaires de la cité. Cette justification des masses, des zones défavorisées, marginalisées est indispensable si nous voulons que les réformes soient comprises et appuyées, si nous voulons éviter l’exploitation de l’ignorance par des démagogues au service des trafiquants de toutes sortes ou par des dinausores qui n’ont pas encore compris que le monde a changé et qu’il faut s’adapter. L’État a un rôle important à jouer dans ce domaine et des ressources substanbtielles du CCI doivent être allouées à cette activité. Des citoyens informés, des associations « branchées » en contact permanent avec les problèmes du pays, et capables de proposer des orientations pertinentes aux gouvernants. Tout ceci est indispensable mais ce n’est pas suffisant. Il faut également des partis politiques qui soient à la hauteur des énormes défis à relever. Les partis politiques haitiens ont beaucoup de mérite : le mérite d’exister, le mérite d’avoir lutté avec courage, détermination et même héroisme contre les dictatures de droite comme de gauche.Mais on peut craindre qu’ils ne présentent de sérieuses déficiences, quand il s’agira de recontruire le pays, quand il s’agira de relever avec efficacité et célérité les défis de la désertification, de la pauvreté, de la globalisation, dans un monde deplus en plus compétitif. Cette transition que nous avons aujourd’hui ne réussira pas véritablement, même si elle parvient à la stabilisation macro-économique, à la relance de l’économie, à l’amélioration de la sécurité, à des élections honnêtes et crédibles, la transition ne réussira pas véritablement dis-je, si ces élections ne permettent l’émergence d’une équipe d’hommes ou de femmes jouissant de la confiance du peuple, orientés vers la modernité, conscients des défis de l’heure, possédant une bonne connaissance des dossiers, rôdés au travail d’équipe, rompus aux pratiques démocratiques de dialogue de concertation, de tolérance, de compromis et d’alternance. Dans deux (20 ans, ce ne sera pas possible de réaliser un miracle.Mais beaucoup peut être réalisé dans ce sens. Les formations politiques ont déjà amorcé leur processus de modernisation en se regroupant par sensibilité. Mais un travail énorme reste à faire en matière d’écoute de la population, de traduction de leurs besoins, de leurs aspirations, en termes de programme et de politiques publiques. La société civile, elle aussi, doit se mettre au travail pour entamer un dialogue serré avec les partis politiques. Car, après tout, les partis représentent le bras politique de la société civile. Il faudra discuter d’agenda. Les citoyens devront mettre des ressources humaines et financières à la disposition des partis politiques pour qu’ils puissent accomplir leur mission qui est de promouvoir les intérêts et les aspirations de leurs adhérents. L’État lui aussi a un rôle capital à jouer dans ce sens. Nous avons une chance historique aujourd’hui, c’est d’avoir au pouvoir une équipe qui ne cherche pas à se succéder à elle-même. Traditionnelement, des ggouvernements au pouvoir ne rêvent que destruction et anéantissement pour les partis politiques. Aujourd’hui les sentiments et les attitudes ne sauraient être les mêmes. Il appartient au Gouvernement, conformément au vœu de la Constitution d’apporter un appui financier substantiel aux partis politiques, à partir de critères transparents, justes et bien définis, pour les aider à se moderniser. Des valeurs adéquates doivent être prévues à cette fin pour le CCI. Voilà donc pour le volet « Orientation ». Qu’en est-il du volet « Contrôle » ? Ici nous n’allons pas nous étendre aussi longtemps. Car les différents acteurs qui sont préposés à l’orientaion sont aussi ceux qui devront assurer le contrôle. Les Citoyens, la Société Civile organisée, devront faire le suivi de leurs propositions. Ici, il signaler un secteur particulièrement important de la Société Civile à savoir la Presse. Elle représente les oreilles, les yeux de la Société. C’est à travers la Presse que la société peut exercer sa vigilance. À travers la Presse, elle peut aussi dénoncer et protester s’il le afut. La Société civile doit poursuivre sa structuration afin de mieux exercer cette fonction de contrôle. Les Partis Politiques également doivent participer à cet effort de vigilance qui trouvera sa forme légale et institutionnelle au niveau du Parlement. Sans la vigilance de la société civile, des Partis, les Parlementaires risquent de s’endormir et de s’évertuer pluôt à rechercher des avantages matériels auprès de l’Exécutif ou de se livrer entre eux à une bataille partisanne sans grandeur et surtout sans aucun lien avec le bien public. L’une des institutions sur laquelle une attention particulière doit être attirée c’est la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif dont le rôle doit être précisé, les moyens renforcés et l’autorité restaurée. L’établissement d’un Pouvoir Judiciaire indépendant de l’Exécutif aura aussi un effet dissuasif sur les membres de l’Exécutif, toutes les fois qu’une tentative de corruption se présentera. Au fond s’il y a une tâche à laquelle nous devrions tous collaborer, Présidence, Gouvernement, Partis Politiques , Société Civile, c’est la mise en place d’un véritable système de contrôle au niveau des affaires de la nation. Ceci doit être l’un des objectifs du CCI et des ressources adéquates doivent être allouées à cet objectif. Orientation des décisions, Contrôle de l’Action Il faudra un dialogue entre le riche et le pauvre pour déterminer les droits de l’un et de l’autre et trouver les moyens de créer des richesses tout en réduisant la pauvreté. Il faudra un dialogue national entre les régions pour développer une vision commune de l’espace haitien. Il faudra un dialogue national au sein de la classe politique pour fixer les règles du jeu politique et éradiquer la violence de nos pratiques politiques. Et dans le cadre de ce dialogue politique, il est urgent d’accélérer les échanges avec Fanmi Lavalas afin d’une part, d’aider les modérés, les éléments plus modernes de cette formation politique à affirmer leur leadership pour dépersonnaliser l’organisation et en faire un parti démocratique ; afin d’autre part, de marginaliser et de neutraliser les éléments archaiques violents de ce mouvement par une application rigoureuse des lois du pays et des principes républicains. Pour finir, je dirais que la promotion d’une bonne gouvernance politique en Haiti, d’une gouvernance démocratique, ce n’est pas seulement l’affaire d’un Gouvernement, de quelques experts et technocrates avec l’appui de l’International, c’est aussi l’affaire de chaque Haitien et de chaque Haitienne, c’est l’affaire de la Société Civile et des Partis Politiques. Cet axe de Gouvernance politique, ce n’est pas seulement une affaire de 172
millions de dollars à dépenser ou à absorber en deux (2) ans, c’est une
entreprise de longue haleine qui mobilisera des valeurs non-monétaires telles
que la Participation, l’Intégrité et la Recherche du bien Commun. Rosny Desroches
ANALYSE PORT-AU-PRINCE, 18 Juillet - La situation actuelle est caractérisée par une nouvelle conjoncture marquée par un tiraillement entre des possibilités d'aller de l'avant et une brutale remontée de la violence, entre un certain glissement vers plus d'ouverture et une nouvelle menace de retour à l'anarchie, bref un mélange de bonnes et de mauvaises nouvelles. D'abord sur le plan politique, l'attelage au pouvoir - la coalition Gouvernement intérimaire, partis politiques centristes (Convergence Démocratique) et société civile (Groupe des 184, dominé par la haute finance) - tient bon. Lors de leur récente rencontre mensuelle à l'actif du gouvernement, ce n'était que coups de chapeau de part et d'autre. Mais autre signe des temps, Lavalas a changé de discours. Le parti de Jean-Bertrand Aristide, le président renversé le 29 février dernier et qui vit actuellement en exil en Afrique du Sud, tient aujourd'hui manifestation sur manifestation et sans rencontrer le moindre obstacle. Quelques milliers de manifestants Lavalas ont défilé encore le jeudi 15 juillet (anniversaire d'Aristide), sous la protection de la police. La première manifestation en faveur de l'ex-président, le 18 mai dernier, s'était soldée par la mort d'un manifestant, abattu à bout portant par la police. En même temps, l'exigence de retour sans condition de J.B. Aristide s'est transformée en une plaidoirie pour des élections libres et démocratiques, tout en conditionnant la participation Lavalas à la remise en liberté de leurs dirigeants et membres emprisonnés après le 29 février (dont l'ex-Premier ministre Yvon Neptune) et la cessation des persécutions de toutes sortes exercées contre eux à travers le pays. Ne pas casser la chaîne de mobilisation ... |