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Archives d'Editoriaux #49

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  HAÏTI, IL FAUT EN FINIR AVEC LE SUPPORT culturel DE LA TYRANNIE!

Parti Politique et Phantasme Politique !

Aout 2004: entre alternance et persistance

Sur la Route de l'Amitie Francohaitienne

COMUNICATION PRÉSENTÉE PAR ROSNY DESROCHES À LA CONFÉRENCE DES BAILLEURS DES 19 ET 20 JUILLET 2004

Haïti-Politique: good news et bad news

HAÏTI, IL FAUT EN FINIR AVEC LE SUPPORT culturel DE LA TYRANNIE!

                                   Par CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

Quand j’évoque les possibles d’une vraie démocratie haïtienne, ma pensée butte comme sur une sorte d’aporie imparable : le support sourd et aveugle, parce que culturel voire parfois inconscient de la société haïtienne aux mécanismes de l’irrespect tant interindividuel qu’entre les hommes et les institutions. Le refus de rationalité organisatrice, la préférence de l’informel aux structures souvent tellement disloquées tellement corrompues que les citoyens y perdent toute confiance, tout cela couronné par une sauvagerie agressive de l’État répressif et amorphe face à ses obligations, État particulièrement monté contre le citoyen et qui ainsi favorise l’arbitraire des comportements individuels, oui, tout ce chaos finit par donner l’impression que le désordre et la tyrannie sont ancrés dans l’âme haïtienne. Un monde apparemment ingérable semble prendre le dessus et devenir le butoir de tout changement souhaité. Les seules souverainetés acceptables, celles des lois et des institutions manquant à la culture socio-étatique haïtienne, c’est la débandade de l’organisation sociale quotidienne qui prévaut. Cet irrespect, cette sorte de barbarie mentale se manifestant dans la vie sociale au niveau des relations humaines, est le ferment tératogène, ce germe cancérigène de la tyrannie qui putréfie la réalité collective et dont la métastase tout au long de notre histoire de turpitudes répétées, tue le corps social. La tyrannie, cette agressivité liberticide contre l’autre, ne vient donc pas que des chefs car le peuple lui-même les y appelle par l’intolérance et le mépris les uns des autres en même temps que la déification du pouvoir qu’il idolâtre. Tout montre qu’en Haïti, les seules choses, véritables antivaleurs substantialisées et respectées sont : l’argent, la couleur claire et la force brutale répressive. Dans l’imaginaire et les réflexes haïtiens, ces éléments constituent de véritables essences, de vrais facteurs invariants, de réels mérites qui hissent n’importe quelle racaille au rang des dieux. Au-delà de ces breloques idéologiques de l’apparat social, il y a chez nous, haïtiens, une indolente et morbide tendance à tout mystifier. Nous sommes encore un peuple superstitieux à l’excès, les dieux, les saints, les morts plus présents dans les esprits que la vie elle-même, font que nous essentialisions tout privilège et mythifiions tout privilégié. Une minable culture du vertige de « classe » et du délire de puissance caractérise nos deux siècles d’existence nationale. Nous sommes pour la plupart des rois tribaux nègres, gonflés, et nous avons besoin de régner et de tyranniser pour que notre règne soit perçu. Notre baudruche est si gonflée et si prête à éclater! Nous nous produisons en amulettes vivantes, en totems régnants contre toute vraie structuration éthico-sociale de notre vie de peuple! Tout, pour la majorité d’entre nous, haïtiens, est un sujet de mystification de nos semblables, de mythification de notre personne, par des sagas de faubourg et de poussière à brandir. Le don quichottisme social haïtien est cette espèce de délire du moi « héroïque et royal » de l’individu, moi hypertrophié, placé au-dessus de tout principe surtout du respect des lois et de la personne humaine. Inutile de dire que le premier terreau de germination de la dictature et de la corruption est dans la culture. Le peuple, toutes classes confondues, adore ériger des mythes à des individus et ensuite vouer des cultes à ces êtres mythiques ainsi créés. Tout concourt à cette adoration de personnes mythifiées. Une publication de livre à l’étranger, un prix international, une place dans l’état, un emploi dans un organisme étranger. Pis encore, ces imbéciles qui réclament une société sans discrimination sont ceux qui méprisent l’haïtien d’à côté quelque soit son talent pour honorer ces géants généralement de paille qu’on leur a présentés ou qu’il se sont taillés. L’haïtien aime le maître! Il faut, pour qu’il respecte l’autre, qu’il le reconnaisse d’abord comme son supérieur. Par exemple d’un haut fonctionnaire qui vivait dans un quartier moyen et continuerait à y vivre malgré ses promotions, sans se parer de la maison la plus extravagante dans un nouveau quartier huppé et des voitures les plus luxueuses, c’est le peuple d’alentour, ses voisins et autres, qui le discréditera, le dénoncera comme moins que rien et malpropre! Allez savoir maintenant s’il faut prendre au sérieux les doléances de ces mêmes haïtiens contre la corruption et le détournement de fonds par des fonctionnaires publics montrant une trop forte opulence pour le salaire qu’ils sont censés gagner. Nous devons cesser d’être des farceurs et reconnaître nos torts, nos bévues dans le faire social, nos contresens collectifs et contreproductifs dans notre vision du monde. Nous sommes donc coupables même passifs des déboires et laideurs de ce pays! Alors rien d’étonnant que ces dictateurs de corridors, ces aristocrates de comptoirs et de pacotille, ces maîtres de toutes les inepties, ces gonflés, ou au contraire, ces faux démocrates populaciers, tous, autocrates attendant leur heure de gloire, utilisent sciemment ce qui fait figure de tare culturelle. Car le privilège et la richesse dans un monde capitaliste malade de ses pestes sont idéologiquement promus ontologiques et ne sont plus seulement des éléments contingents que peut facilement expliquer l’analyse objective du social. Chez nous où toute tare est décuplée, ou même le bien d’ailleurs se corrompt par les contre-indications, peut commencer l’aventure macabre de nos dictateurs-dieux de tous poils qui peuvent être autant maître du pouvoir politique qu’économique ou simplement chefs de famille comme un père ou une mère monoparentale. Et comme nos don quichotte sont dieux, toutes leurs conneries sont paroles d’évangile, et gare à l’infidèle ou au renégat. Le jugement misérabiliste, émotif et hypersentimental de la société y contribue vivement et donne aux foutriquets avec leur fort et inavouable instinct de domination une sorte de légitimité. L’idiotie dans le jugement, ce corollaire de l’analphabétisme factuel ou fonctionnel frappant surtout nos scolarisés, est une des rampes de lancement de la tyrannie haïtienne. Il suffit de voir tous ces agressifs, ces bourreaux inavoués qui, dans l’histoire récente haïtienne, à chaque fois q’un citoyen prenait des positions garanties par la loi, s’exclamaient: « si c’était Duvalier, ils ne se permettraient pas de s’opposer à tel chef en place ». Le chef est vraiment ici un totem, une amulette sacrée, sanctifiée pour régner. Son être est surhumain et ses privilèges et son pouvoir, ontologiques. Vraiment, cet attachement à l’esclavage, cette nostalgie du mal quand il a disparu, miséreuse attitude des aliénés à foison et de toutes sortes de notre société, traduit la masochiste mentalité d’un assez fort pourcentage de la population resté antidémocratique en deçà des indéniables progrès conquis pour les libertés depuis 1986.  

       CONFUSION DES TERMES DE L’ÉGALITARISME SOCIAL.

En Haïti, l’égalité en droit porte le simpliste, donc la grande majorité sociale, toutes classes confondues, à croire que les hommes sont égaux et qu’il faudrait niveler le monde par la vulgarité, la promiscuité. Du surhomme riche ou puissant à l’harengère des bas- fonds, comme par un mot d’ordre cynique, on conspue l’élévation, conspire contre l’idéal légitime de dépassement. Jamais société dite civilisée ne s’est autant insurgée contre la projection positive de soi. Une horde de niais submergés par leur propre imbécillité font tout pour retenir l’individu émergeant dans les ténèbres (vieille allégorie du panier à crabe)! Une triste prédominance du loisir populacier modelé sur un populisme médiatique à l’occidental efface, sinon prime la réflexion et le débat. On entraîne notre jeunesse dans l’évasion et la récréation alors qu’on devait la convoquer sur la vitale recréation d’Haïti qui, sans cette recréation du projet de son vouloir-vivre collectif selon un nouveau contrat social sans démagogie, sombrera à jamais comme un non pays, un non être, fantôme grimaçant et simulant l’existence. De L’extraversion malheureuse du prestige dont les signes sont tous les objets ou services de la consommation à l’impropriété de l’éducation formelle et informelle, on assassine tyranniquement nos jeunes, comme on a sacrifié ceux qui, comme nous, sont à la fin de la trentaine.

Par ailleurs, en Haïti, l’amitié est souvent confondue à de la sujétion de l’ami qui doit être l’ombre et l’écho de l’autre, dès que vient la divergence, on peut facilement le constater par la violence des propos voire l’inimitié et les animosités qui prennent place. L’amour, quant à lui, est possessivité pour l’homme et entretien par le partenaire pour la femme. Et gare à ceux qui n’entrent pas dans ce schéma tracé. Il sera de fait et tyranniquement exclu des privilèges des relations humaines. Le père de famille est un constant martyr, il faut l’entendre se plaindre de s’être sacrifié pour ses enfants! Comme si dans sa fougue de mâle, on l’avait invité à engendrer! On en rencontre, et ils sont légion, qui, tyranniquement, font payer à leurs enfants par le reproche et la brutalité, leur impudence d’être né! Quant aux mères monoparentales haïtiennes, ce sont les êtres les plus méritants de la terre. À côté du mythe de la mère qui s’enracine jusque en celui des déesses-mères, comme celui de la reine Maya, mère du Bouddha Siddhârta ou de la vierge Marie idolâtrée selon la dulie mariale du catholicisme, la mère monoparentale haïtienne est, de par sa maternité difficile de femme seule, une vertueuse voire la vertu même. Elle peut projeter comme elle le veut ses souffrances et frustrations sur la progéniture et celle-ci doit en toute occasion l’adorer et accomplir ses vœux. Elle reproche beaucoup, car cela, soit dit en passant, est une véritable tare haïtienne que de reprocher pour un rien, mais en plus, elle culpabilise, s’aigrit en rappelant à ses enfants qu’ils ont gâché sa vie. En vérité, le mal haïtien doit être traité à ce niveau familial. On ne peut avoir des hommes et femmes dignes quand leur enfance a été une dévalorisation parentale où ils se sont sentis soit indésirés soit coupables du sort de leurs parents. L’école en Haïti est tyrannique. Aucun encadrement, aucune tendance à écouter l’écolier, aucune compréhension des effets familiaux sur le psychisme de l’enfant ou du jeune adulte. Pour la plupart des parents, payer une scolarité pour un enfant est un effort si grand, que l’enfant doit leur répondre par la réussite scolaire quelque soit les circonstances. Autre tyrannie, le culte stupide de l’étranger surtout du blanc mais même du métis ou du noir né dans un pays jugé supérieur; et alors, monte la vieille obsession bestiale de certains haïtiens (ils sont légion) qui croient  devoir rabaisser le compatriote pour flatter l’étranger. C’est le peuple le plus ouvert! Ouverture complexée et idiote qui n’est en fait que l’autopunition par la flagornerie pour hisser l’autre au rang de seigneur. Pour le reste, la tyrannie des églises, ces prêtres et pasteurs, ces houngans qui prennent en main selon leurs propres insanités caractérielles et désirs de puissance la vie des ouailles, sévit et se charge de retourner ce peuple à l’esclavage.  

MISÉRABILISME TYRANNIQUE ET CONSTANTE FASCISTE EN POLITIQUE.

S’il est une constante dans la politique haïtienne des 50 dernières années, je réponds qu’elle ne peut être que le fascisme. Or, nous savons que le fascisme ne survient jamais des seuls politiciens mais du sinistre consensus des classes moyennes, de certains secteurs parasitaires et frustrés de la bourgeoisie décadente et une adhésion des masses embringuées par le discours populiste et nationaliste qu’entretiennent les couches petites-bourgeoises. La tyrannie est l’effigie des classes et est ancrée dans la religion de l’haïtien. Dieu qu’il soit du vaudou ou même du christianisme, l’homme haïtien lui prête des manières de dictateur qui attend le faux pas de l’homme pour le briser, l’exterminer. Tout en Haïti est essentialisé, ontologisé, et mystifié. C’est le pays des hommes-mythes vivants. Tel professeur est si grand si divin, que toucher à ses assertions « spécialisées », c’est commettre un blasphème contre  le dieu adoré de la théogonie profane. En tout, il s’agit tyranniquement d’intimider. Dans le même registre où la théologisation des êtres et choses prime l’intellection froide, c’est le diktat des structures officielles blanches de reconnaissance, toute démarche autonome est suspecte et abhorrée par les minus critiques, inaptes à la froideur intellectuelle dans le rapport analytique et cognitif aux choses. Nous savons que ce genre de tyrans officiels avec l’onction de la société existe partout au monde, mais en Haïti, terre de tous les surfaits, ils prennent des proportions encore plus inquiétantes. La « théodicée de leur propre privilège » ainsi que l’appelle Weber, caractérise dans les sociétés, l’ultime manipulation, l’extrême tyrannie des suprêmes seigneurs de l’establishment scolaire qui finissent par faire des institutions de transmission et de reconnaissance des connaissances, des dogmes, des absolus idiots que les non moins idiots abêtis de la société suivent aveuglément par snobisme d’intello. En Haïti, dernier des derniers réceptacles de ces imbécillités, les plus médiocres les seigneurs du vide en profitent pour discréditer le savoir de ceux qu’ils n’égaleront jamais parce que trop esclaves du livresque, trop hétéronomes dans leur esprit. Outre cela, dans la quête de se pavaner, beaucoup de femmes haïtiennes sont assez érotisées par la puissance pour se donner aux pires criminels parce que ceux-ci leur permettent d’agresser n’importe qui avec la certitude de l’impunité voire le pouvoir d’envoyer leur gorille de mari agresser qui elles veulent. En vérité, l’irrespect atroce qu’est la tyrannie est une question sociale, un drame humain que l’éducation, la législation et la répression judiciaire doivent s’efforcer conjointement d’enrayer. La vision du chef, bon papa du peuple malgré lui vu que tous lui lèchent la semelle pour qu’il intervienne même dans leur  vie privée, doit être révolue. En vérité, il est difficile d’avoir un privilège en Haïti sans se croire un surhomme car l’essentialisation et l’idolâtrie culturelle de notre société y pousse bêtement! Nous des idolâtres, des courtisans et nous aimons la flagornerie! La petite histoire rapporte que Vincent a déclaré avoir trouvé tous les hommes sur le ventre et touts les femmes sur le dos lorsqu’il est entré comme président au palais national, tout comme un homme ayant perdu son emploi dans l’État sous François Duvalier, l’a attendu à genoux dans les couloirs du palais pour lui adresser une prière de miséricorde digne de celles qu’on adresse à Dieu, de même, on rapporte qu’un militaire en uniforme a supplié un jour, un puissant ministre de l’intérieur qui ne l’aimait pas de mettre la semelle sur son genoux pour lui épousseter avec son mouchoir, la chaussure légèrement poussiéreuse!

Il faut que le respect soit enseigné et non l’adoration, l’infrahumaine flagornerie. Nous devons garder le frémissement et le sentiment de mortel qui doit louer l’Éternel pour les rapports spirituels avec Dieu et non les transposer dans les relations avec les mortels quelque soient leur situation. D’ailleurs, pour un croyant, cela relève du blasphème et de l’idolâtrie. L’haïtien doit rejoindre la dignité par l’estime de soi. Celui qui peut flatter comme un moins que rien, peut aussi mentir, moucharder et tuer pour plaire à son maître. Dans le même temps le respect de la vie, le respect du droit au respect de l’autre, le respect de la différence, le respect des biens d’autrui bien acquis, le respect de la vie privée, le respect du vrai mérite doivent finalement intervenir et enrayer définitivement les ordures mentales du populisme et du fascisme, ces seules faces de monstres qu’a toujours offert notre pays au citoyen et au monde.

Que l’État haïtien et surtout l’Homme et la Femme d’Haïti conscients de leur humanité se débarrassent des ferments tératogènes de la société qui font de nous souvent des bêtes sauvages, tyranniques qui oublient le respect de l’homme et dévorent leur humanité! Alors que la nature elle-même est aujourd’hui transformée quoique malheureusement et trop souvent pour le pire par des mutations provoquées selon la manipulation génétique, la beauté de la culture, elle, est de pouvoir être métamorphosée et propulsée pour le meilleur au-dessus des tares, afin de rejoindre sa vocation primitive originaire: la transcendance de l’animalité de l’homme par l’esprit et la raison méliorative façonnant esthétiquement et éthiquement jusqu'à la sensibilité et à l’émotion!

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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Parti Politique et Phantasme Politique !

ANALYSE

PORT-AU-PRINCE, 31 Août - A nouveau ce sont les extrêmes qui occupent le haut du pavé. L'interlude n'aura pas été long depuis le renversement le 29 février dernier du président Jean-Bertrand Aristide au milieu de manifestations et contre-manifestations populaires quotidiennes.

Revoici les grands titres monopolisés par des étudiants en médecine d'une université privée confrontés au refus des responsables de la Santé Publique de leur accorder automatiquement la reconnaissance de leur diplôme; les victimes laissées sur le tapis par des caisses d'épargne "ripoux" faisant cause commune avec des correcteurs d'épreuves du bac exigeant une meilleure rétribution etc.

Sans oublier les militaires démobilisés qui, ignorant une échéance du gouvernement provisoire pour déposer les armes (15 septembre prochain), s'emploient en ce moment à réoccuper les unes après les autres leurs anciennes casernes à travers la république.

Port-au-Prince revoit se profiler l'ombre de l'agitation long playing qui a dominé ces trois dernières années Aristide ...

En dehors du retour au climat de bruit et de fureur, sans autre signification que des petits intérêts particuliers, c'est le vide total.

 
bulletLe gouvernement est enlisé au fond d'un trésor public à sec (confirmé par le ministre de l'Economie face aux multiples revendications qui montent de la rue) et que ne peuvent renflouer ni les revenus fiscaux, ni le milliard promis, mais sine die, par les donateurs internationaux ...
bulletL'ex-opposition politique a retrouvé son impuissance des années 1986-1990, le même néant d'où avait surgi l'ascension foudroyante d'un certain petit curé de bidonville nommé Jean-Bertrand Aristide.
   

L'interminable été caniculaire haïtien ...

 
bulletLes militants Lavalas manifestent sans discontinuer, sans rencontrer de résistance de la part des autorités en place (calcul ou diplomatie?). Des manifestations on dirait même plus qu'il n'en faut: en effet, l'idée de protester contre la rencontre Brésil-Haïti du 18 août dernier à coups de pneus enflammés en travers des rues et de jets de pierres contre les voitures, a fait un flop retentissant.
bulletLa force internationale de maintien de la paix, quant à elle, semble écrasée par l'interminable été caniculaire haïtien avant même d'avoir pris son envol.
Cependant la politique a horreur du vide. Donc certains vont tenter d'en profiter ...

D'où une floraison de nouvelles formations politiques. Après le MODEREH de Dany Toussaint, la convention nationale du RDNP de Leslie Manigat se terminant par l'annonce de la candidature à la présidence de ce dernier, et autres ...

C'est depuis Oslo (Norvège), où se tient une énième réunion de leaders politiques haïtiens sur le dialogue et la négociation (dont on ne voit plus très bien le profit puisque le conflit avec Lavalas a été tranché de la manière que l'on sait), que tombe le dernier scoop: création d'un parti politique par des membres du secteur privé des affaires. Et non des moindres, tel un Michael Madsen, PDG de la bière Prestige (celle-là dont l'affiche qui a scandalisé nos féministes, n'a toujours pas été déplacée, ce qui fait une clientèle de moins pour le nouveau parti!).

Baptisée "Parti Libéral Haïtien", la nouvelle formation se veut "conservatrice", d'après son porte-parole, Frandley Denis Julien.

 

Le vide favorise les options radicales ...

Nul doute qu'on aura droit aussi bientôt à quelque formation d'extrême-gauche. C'est le propre même du vide de favoriser les tendances radicales ...

A commencer par le gouvernement intérimaire. Pendant que le Premier ministre Gérard Latortue, faute d'avoir les moyens de sa politique, se voit contraint de passer le plus clair de son temps à nous raconter des sornettes (au programme des matches internationaux de football vient s'ajouter un projet d'exploration de nos fonds marins à la recherche des trésors des pirates de la mer des Caraïbes) - des petits malins en prennent calmement avantage pour pousser leur agenda ...

D'où l'acquittement de l'ex-paramilitaire Louis-Jodel Chamblain, au cours d'un procès convoqué à la hâte le 17 août dernier. Selon toute apparence, une conspiration des responsables de la justice et de la sécurité. Pour récompenser un meneur vital dans l'insurrection anti-Aristide. Ou préparer la voie à de nouvelles élections transformées in fine en bain de sang?

Car ceux-là n'ont en effet aucune raison de s'arrêter en si bon chemin.

Une rumeur persistante veut que de nombreux barons de l'ancien régime (entendez les pouvoirs duvaliéristes et militaro-putschistes des décennies 70, 80 et 90) encombrent déjà les avenues de l'actuel pouvoir.

Ils savent d'expérience comment manoeuvrer en eaux troubles, c'est le moins qu'on puisse dire.

 

Démocratie, s'abstenir ...

On entend même dire à qui veut l'entendre que ce qu'il nous faudrait aujourd'hui c'est un Roger Lafontant. Autrement dit, à la fois un dur et un populiste. Et en même temps pouvant rassurer les milieux d'affaires. Le populisme dérange tant que c'est de l'autre côté! Démocratie, bien entendu, s'abstenir.

Ce vent de folie n'a pas encore touché le Lavalas toujours bien présent sur le terrain. Du moins, en apparence car plus d'un, semble-t-il, serait prêt à commettre le meurtre du père. Mais depuis son exil en Afrique du Sud, Aristide veille au grain.

Une première confrontation a eu lieu lorsque l'ex-parti au pouvoir fut sollicité (une idée qui serait toujours défendue par l'administration US, mais chut!) à désigner le 9e membre du conseil électoral provisoire (CEP).

Des leaders Lavalas de l'intérieur (de rares survivants du vae victis ou vengeance classique des vainqueurs) ont décidé de négocier cette offre. Mais les militants dits de base s'y sont farouchement opposés. On croit ces derniers sous le contrôle du président en exil.

Il n'empêche que de nouvelles lignes de force pourraient être en train de se dessiner au sein du grand mouvement qui a eu la faveur des masses ces dix dernières années. Même avec un bilan mitigé ...

N'empêche, personne n'a encore osé se mesurer au "chef historique."

 

Le Groupe des 184 aurait-il lui aussi éclaté? ...

Au milieu, la classe politique traditionnelle (ex-Convergence Démocratique). C'est le plus à plaindre. Sans programme, sans troupes, sans argent. Sans un programme commun connu (quoique étant à dominante intellectuelle); sans troupes car il lui faut arriver à détourner une partie du Lavalas; et désormais aussi sans financement assuré du moment que l'élite économique décide d'avoir son propre parti, sa propre machine de conquête du pouvoir.

De plus, il y a les "non alignés" qui indique la division de la classe politique.

Mais désormais la tentation du fractionnement n'épargne plus personne avec la création du "Parti Libéral Haïtien" dont les fondateurs, issus de l'élite économique, passaient jusqu'ici comme membres du Groupe des 184, une coalition d'associations civiques menée par le grand patronat haïtien.

Toutefois le jour même qu'on annonce la création du Parti Libéral, le coordonnateur des 184, André Apaid junior, réitère au cours d'une visite (de sensibilisation) à Jacmel (sud-est) que le mouvement qu'il dirige ne se transformera pas en parti politique (source Mélodie FM).

Le Groupe des 184 aurait-il donc lui aussi éclaté? Comme tout le reste de l'échiquier politique, directement ou indirectement. Y compris (même implicitement) le Lavalas.

 

Un hara-kiri général ...

A ce propos, le porte-parole Frandley Denis Julien a crû bon de préciser que le terme libéral ne doit pas être interprété au sens de "néo-libéralisme", mais plutôt comme l'antique Parti Libéral du XIXe siècle haïtien.

Faut-il rappeler à ce porte-parole que la lutte entre le Parti Libéral du grand Boyer Bazelais, à dominante claire, et le Parti National, du grand dirigeant noir, le président Lysius Salomon, avait dégénéré en guerre civile. Le siège de Miragoane. Choléra. Centaines de victimes ou pis. Mort de Boyer Bazelais. Défaite et exil en masse. Un siècle plus tard, on considère que c'est la crème de la classe politique haïtienne qui disparaissait dans une sorte de suicide collectif. Un hara-kiri général. La fin d'une époque. Et pourtant, plus ça change ...

De tout cela, il ressort que en ce moment la tendance est retournée à la division, au fractionnement, en un mot à la divergence au lieu de la "convergence" prêchée tant qu'Aristide n'avait pas encore disparu de l'horizon.

En République Dominicaine, il existe seulement aujourd'hui trois grands partis (PRD, Parti Réformiste et PLD), mais dont on ne saurait dire désormais lequel est plus le parti du capital que de la masse des travailleurs.

Il y a parti politique et phantasme politique. Nous semblons ne pas pouvoir encore arriver à établir ce distinguo ...

 

Haïti en Marche, 31 Août 2004

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Aout 2004: entre alternance et persistance

Nancy Roc, 2004-08-14

Haiti Democracy Project web page item #2565 (http://www.haitipolicy.org)

Cinq mois apres la montée au pouvoir du gouvernement de transition Alexandre /Latortue, ce dernier est secoué par une vague de grPves et une crise au sein du CEP qui n’annoncent rien de constructif pour l’avenir. De plus, au sein mLme de la nouvelle administration, notamment dans l’entourage du Premier ministre, se précisent des manÉuvres et tentatives de corruption et une politique d’hésitation qui inquiPte les observateurs autant que la partie saine du secteur privé haVtien. AprPs le regain d’espoir engendré par les résultats de la Conférence Internationale des Bailleurs de Fonds qui s’est tenue B Washington du 19 au 21 juillet dernier, le marasme économique et la suspicion sont désormais de rigueur. Dans une interview accordée B la Radio Cooperativa du Chili en date du 6 aoft et rapportée par l’agence EFE, Juan Gabriel Valdez, Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU, a affirmé qu’HaVti « faisait face B un réel danger d’extinction ». Selon M. Valdez, qui sera le numéro un de la MINUSTAH et doit arriver dans le pays le 16 aoft prochain, ce danger proviendrait des énormes difficultés dues B l’échec de l’Etat et d’une situation oj la société est menacée d’extinction. Et de fait, tout fin observateur politique peut constater que mLme si HaVti a connu une alternance politique, le pouvoir du dictateur Jean Bertrand Aristide s’est disséminé entre de nombreux sous dictateurs anonymes et irresponsables dont la tyrannie et la corruption persistent, devenant insupportables et constituant une menace réelle tant pour le gouvernement que pour l’avenir du pays tout entier. Face B ce sombre tableau qui se profile B l’horizon, le gouvernement arrLtera-t-il de pratiquer une politique hésitant entre la chPvre et le chou ? Dans le cas contraire, quelles seront les conséquences qui en découleront pour la société haVtienne ? Ce sont les questions que nous analyserons ce soir dans notre grand dossier intitulé : Aoft 2004 : entre alternance et persistance.

La politique de la chPvre et du chou

La récente grPve des douaniers au port et B l’aéroport de la capitale, a duré prPs de deux semaines, causant un déficit de 500 millions de gourdes B l’économie haVtienne (soit de prPs de US$14 millions uniquement pour le mois de juillet 2004). Malgré une menace de révocation générale des employés de la part du Ministre de l'Economie, M. Henri Bazin, le gouvernement a df négocier. Une commission de crise, nommée par le Premier ministre Latortue, renforcée par une délégation de grévistes a finalement trouvé une entente le jeudi 5 aoft. Ces derniers exigeaient le limogeage du directeur général des douanes, Jean Edouard ValPs. Le gouvernement leur a concédé la désignation du directeur adjoint de l'institution douaniPre. Ils ont repris le travail dPs le lendemain. Au fil du conflit, mLme si on a compris que le directeur général de la douane bénéficie de l'appui du grand patronat et de celui, jusqu’ici, inconditionnel du Ministre des Finances, d’autres informations sfres font état de l’intervention personnelle de certains membres proches de la primature dans cette grPve qualifiée de ‘’sauvage et illégale’’ par certains membres du secteur privé sain de ce pays. Ceci constituerait, selon eux, un grave précédent qui impliquerait directement la primature alors que cette grPve relevait du MinistPre des Finances. Par ailleurs, on ne doit pas sous-estimer la partie corrompue et malsaine du secteur privé et politique dans cette crise douaniPre : le premier se rebiffe déjB contre la lutte anti-contrebande lancée par le gouvernement derniPrement ; le second aurait des intérLts cachés B défendre dans l’argent de la contrebande dont il bénéficierait notamment dans le cadre des prochaines élections. Qu’B cela ne tienne, le gouvernement a composé et, en s’abstenant de trancher, vient de se voir menacer d’une nouvelle grPve des douaniers. Ceux-ci, en effet, réclament toujours de ‘’nommer’’ un directeur adjoint de leur choix…un choix qui, selon une source digne de foi, se pencherait vers une personnalité connue pour avoir entretenu la corruption et le statu quo au sein du systPme douanier dans les années précédentes. De plus, plusieurs compagnies maritimes se sont endettées auprPs des douanes et de la DGI. Selon nos informations, elles négocient ces dettes avec les différentes instances gouvernementales alors que, certains propriétaires desdites compagnies, auraient du Ltre mis aux arrLts et le paiement de leurs dettes conditionné B leur libération. En pratiquant la politique de la chPvre et du chou, le gouvernement prouve sa faiblesse et renchérit l’audace des corrupteurs et des corrompus. Si l’équipe de transition ne fait pas preuve trPs vite d’autorité et de détermination face B la corruption en posant des actions concrPtes, elle se retrouvera davantage entre l’enclume et le marteau : d’un côté, les corrupteurs et corrompus lui lieront les mains ; d’un autre, la communauté internationale ne débloquera pas le 1,5 milliard de dollars américains promis B Washington. Or le marasme économique ambiant provient aussi des méfaits de la contrebande qui a entraîné la faillite de plusieurs entreprises, dont certaines trPs importantes, du secteur sain de notre pays. L’hésitation gouvernementale aura donc des résultats directs non seulement sur l’ensemble d’HaVti mais surtout sur son économie.

La grPve annoncée par les policiers porte sans doute les mLmes stigmates que celle évoquée précédemment mais, B ceux-ci, viennent s’ajouter une possible manipulation politique comme l’a évoqué le Directeur Général de la Police Nationale, M. Léon Charles, le 9 aoft sur Vision 2000. Ce dernier, qui venait d’Ltre confirmé dans ses fonctions par un arrLté présidentiel daté du 4 aoft 2004, a précisé que la grPve est interdite au sein de la police. Il a minimisé l’appel B la grPve des policiers et indiqué qu’un dialogue serait encouragé dans les différents commissariats sur les revendications des policiers. Celles-ci concernent principalement l’augmentation des salaires au sein de la PNH. Auparavant, le porte-parole de la Police, l’inspecteur Bruce Myrthil, avait reconnu qu’il y avait eu promesse d’augmentation de salaire de 100% par la direction générale mais que le MinistPre de l’Economie et des Finances affirmait désormais que l’Etat n’avait pas les moyens d’honorer un tel engagement. Un haut responsable gouvernemental a confié B Radio Métropole que le pouvoir avait effectivement promis d’augmenter de prPs de 100 % le salaire des policiers mais que ce projet avait été bloqué au niveau de la Direction du budget. Cet officiel a également souligné que les responsables de ladite Direction affirmaient ne pas disposer de moyens financiers pour répondre aux revendications des policiers. Le 10 aoft, malgré les mises en garde du Directeur Général de la police, les policiers ont confirmé qu’ils observeraient un arrLt de travail de 12h le 16 aoft prochain. Cette décision pourrait avoir pour but final la chute du Directeur Léon Charles auquel les policiers reprochent de ne pas avoir pris les mesures adéquates pour fondamentalement changer les structures de la PNH. D’autre part, ils ont réitéré leurs exigences concernant l’augmentation de salaire en prônant que normalement, ils pourraient exiger une augmentation de 500%. Ce chiffre, qui pourrait choquer le public, ne vient pas de nulle part : selon une source du Conseil des Sages, la Force Multinationale Intérimaire aurait avoué aux policiers que, normalement, leurs salaires devraient Ltre multiplié par cinq. Les problPmes humains et matériels sont donc réels au sein de l’institution policiPre. Dans des temps caractérisés par l’insécurité encore criante, notamment au Cap HaVtien, les retombées de cette grPve pourraient s’avérer Ltre catastrophiques pour les citoyens HaVtiens. En effet, si le dictateur est parti, toute sa machine répressive, humaine et financiPre, est encore bien fonctionnelle autant sur le terrain que dans les institutions publiques du pays. La PNH, connue pour sa politisation et sa corruption ces neuf derniPres années, est sans doute encline B des manipulations politiques de toutes sortes, notamment du secteur lavalassien qui lui a permis de s’enrichir rapidement et en toute impunité. D’autre part, cette Police qui aujourd’hui a été quelque peu épurée, fait non seulement face B de bas salaires et un manque d’effectif en ressources humaines et matérielles, mais elle est devenue aussi une cible privilégiée des gangs dans la capitale et des militaires en province. Ainsi, l’esprit de la corruption doit encore la ronger et la peur doit l’encourager B revendiquer plutôt qu’B servir et protéger. Dans ce sens, l’inertie observée depuis un certain temps au sein du MinistPre de la Justice, comme l’a dénoncé la NCHR cette semaine, ne peut en aucun cas la rassurer : lB encore, l’absence d’arrestations des anciens barons et baronnes du Parti Lavalas, leurs acolytes d’hier et d’aujourd’hui et la corruption encore trPs palpable au sein du systPme judiciaire, ne peuvent que catalyser la peur ou les penchants de corruption parmi les forces de police. Encore une fois, l’hésitation gouvernementale et l’absence d’engagement réel pour changer réellement les structures de la PNH ne feront qu’accentuer ces symptômes et entraver la campagne de désarmement annoncée pour le 15 septembre 2004 ainsi que le prochain processus électoral. D’un autre côté, on observe depuis le début du mois d’aoft, une recrudescence en kidnappings, dans la capitale et dans les provinces, dont certains effectués par des policiers en uniforme. L’épuration de la police doit donc se poursuivre B la base mLme de la PNH. D’autre part, il faudra encourager le corps sain de la PNH dans les efforts déployés et démontrés ces derniers mois contre la criminalité et Ltre B l’écoute de ses revendications légitimes qui, si elles sont satisfaites au prix mLme de sacrifices, ne pourront que lui Ltre bénéficiaires en l’éloignant des manipulations politiques, tentatives de corruption et en l’encourageant B protéger et servir les citoyens. Si cette grPve se concrétise, le pire peut arriver B ces derniers qui seront, dPs lors, livrés B la barbarie criminelle des gangs et des partisans de l’ancien régime. La crédibilité accordée jusqu’ici au gouvernement de transition pourrait s’évanouir et la violence, toujours latente en HaVti, ne manquera pas de ressurgir en mettant sérieusement en danger les fragiles acquis démocratiques de l’aprPs 29 février 2004.

La persistance des anciens réflexes au détriment de la Nation

Comme si ce vent malsain qui se répand parmi les institutions publiques ne suffisait pas, voilB que le CEP (Conseil Electoral Provisoire) étale au grand jour l’animosité qui divise ses membres. Cette crise interne sans précédent depuis 1986, a plongé la classe politique dans une inquiétude proche de la panique. A ce propos, l’éditorial de Claude MoVse du journal Le Matin, daté du 5 aoft dernier est sans recours : « Ce n’est pas assez de dire que le CEP  traverse une période de grande turbulence (…) On ne devrait pas hésiter B parler de catastrophe, d’échec lamentable », écrit le Rédacteur en chef du journal. « Le fait mLme que cet organisme, constitué dans les circonstances politiques que l’on sait, se révPle incapable de maîtriser des problPmes de gestion apparemment simples, préfigure son incompétence B résoudre des problPmes électoraux autrement plus ardus. Ne mâchons pas nos mots, ce CEP se discrédite et le discrédit rejaillit sur ceux qui ont contribué B sa formation », poursuit-il. « Le comble est d’entendre dire par un des intervenants B la radio que la présidente Roselor Julien a écrit B l’un des conseillers qu’elle est l’envoyée de Dieu, que sa présence au sein du CEP ressort d’une mission divine »(1), s’indigne-t-il, en soulignant que le discrédit du CEP rejaillit aussi sur ceux qui ont contribué B sa formation. En attendant, la crise au sein du CEP a trouvé ses racines parmi des conflits personnels  de certains membres contre l’actuelle présidente de l’institution électorale. Les antagonismes se sont ensuite aiguisés pour devenir un conflit catholico protestant entre Mme Julien et le Pasteur Paurice Jean Baptiste. Une animosité certaine émane entre les différents membres qui non seulement ont projeté l’image de gosses récalcitrants mais, surtout, se sont discrédités aux yeux du grand public. Pour Claude MoVse, si « cette situation jette la classe politique dans une grande inquiétude, proche de la panique,(…) encore faut-il que cette panique soit salutaire, qu’elle provoque un sursaut de modestie et de rigueur chez les multitudes de groupements, fronts, grands fronts et autres regroupements qui avancent en ordre dispersé vers le pouvoir B prendre. Qu’ils comprennent une fois pour toutes qu’il n’y a de salut et d’avenir pour quiconque en dehors de la démarche d’élaboration d’un pacte politique qui garantisse les rPgles du jeu, établisse les modalités de fonctionnement strict et des procédures d’arbitrage, le CEP devant Ltre compris dans cette opération. En attendant un pacte social ou un contrat, comme on veut, qui laisse pressentir de façon convaincante, c’est-B-dire concrPte et documentée, un virage vers une nation de citoyens ». Le Comité de suivi qui a été mis sur pied pour résoudre cette crise, malgré sa bonne volonté, ne rassure pas l’opinion publique et de nombreuses questions restent posées : peut-on faire confiance B ce Comité ? Le ‘’replâtrage’’ du CEP va-t-il durer ? Quelles sont les raisons profondes derriPre autant de scandale public ? Lorsque l’on sait que 100 millions de dollars américains sont en jeu pour le prochain processus électoral, comment faire confiance au CEP aujourd’hui ?

Ces différentes crises (douanes, Police, CEP) démontrent aussi une dure réalité persistante parmi les HaVtiens : si ces derniers arrivent parfois B se rassembler contre un pouvoir ou contre quelqu’un, ils n’ont toujours pas acquis assez de maturité et de sens des intérLts supérieurs de la nation en démontrant qu’ils peuvent se mettre ensemble dans le combat pour quelque chose, aujourd’hui en l’occurrence, pour la reconstruction du pays.. Aujourd’hui, il est clair que les acquis de 1986 se sont affaiblis et qu’il sera encore plus difficile aujourd’hui de s’atteler B réussir la transition B court terme et la reconstruction du pays B long terme. Ces crises qui ébranlent les différentes institutions précitées de la République, démontrent une fois de plus, la précarité du disfonctionnement institutionnel de l’Etat. Or, comme disait Saint Just, « les institutions sont la garantie du gouvernement d’un peuple libre contre la corruption des mÉurs, et la garantie du peuple et du citoyen contre la corruption du gouvernement » (2). Ainsi, B ce tournant décisif, si le gouvernement ne s’engage pas fermement tant dans la lutte contre la corruption active et B Éuvrer B la consolidation de nos institutions publiques, il sera victime de ses hésitations et, par lB mLme, mettra en péril la transition et l’avPnement d’un nouveau gouvernement élu appliquant, enfin, les lois d’un Etat de droit. Comme l’a si bien écrit l’historienne Suzy Castor récemment, « la crise politique, se prolongeant sur un fond économique et social explosif, est porteuse de dangereuses convulsions. (…) Dans une telle conjoncture, le dénouement de la crise est ouvert B toutes les possibilités : de la plus néfaste B la plus porteuse d'espoirs » En fin de semaine, on constatait que l’agitation sociale s’amplifiait en s’étendant aux étudiants de l’Université LumiPre contre le Ministre de la Santé. A ce tournant décisif, si des exemples ne sont pas tracés immédiatement, cette crise sera néfaste et ne pourra que nous ancrer davantage dans nos pratiques persistantes de division et de corruption qui nous ont caractérisé pendant tout le rPgne de « l’HaVti barbare », comme dirait Madame Castor. « La puissance de choc des frustrations, du désenchantement ou du décalage excessif entre ce que nous pensons et ce que nous vivons, devra se transformer en un ferment créateur (…) Sortir de l'impasse est l'affaire de tous les citoyens. Personne ne le fera B notre place. Chacun doit travailler explicitement pour en finir avec ces maux qui nous rongent, ressusciter l'espoir cassé et accélérer le processus de l'avPnement d'une démocratie réelle », conclut-elle (3).

Nancy Roc, le 12 aoft 2004

1 / " Reflects Discredit Also on Those Who Chose Commission", Claude MoVse, Le Matin du 5 aoft 2004, http://haitipolicy.org/content/2536.htm.

2/ St Just, extrait des Fragments sur les institutions républicaines

3/, Suzy Castor, éditorial de la Revue Rencontre du 29 juillet 2004.

Haiti Democracy Project web page item #2565 (http://www.haitipolicy.org)

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Sur la Route de l'Amitie Francohaitienne

Transmis par: JEFF actif 28 Juil 2004 @ 15:17

sur Haiti-universite.org

A l’origine du projet de la construction de la route qui allait relier la ville de Jacmel à Port-au-Prince, la capitale du pays haïtien, précèderait l’amitié qui liait Jean Claude, un Haïtien, fils de Jacmel, étudiant à la Sorbonne, devenu plus tard professeur de philosophie, et un étudiant français, fait lui-même, plus tard, ambassadeur français en Haïti. Parce qu’il est question de mise en rapport, de mise en liaison, de mise en contact, le témoignage qui précède se révèle très instructive.

La seule route qui relie Jacmel - cette ville tant chantée par Jean Metellus , tellement magnifiée par les souvenirs adolescents de René Depestre , mythifiée par l’imagination insatiable de chaque Jacmélien - à Port-au-Prince, la capitale de Haïti, est un don de la France. Celui-ci fait suite à cette amitié personnelle qui, évoquée au début, transcenda les incompréhensions réciproques et les querelles qu’entretenaient, entre eux, les pays respectifs des deux amis, pour se traduire plus concrètement à la réalisation de la seule route qui permit de désenclaver la ville de Jacmel.

Cristallisant, à elle seule, tout le partenariat franco-haïtien dans l’opinion publique haïtienne, cette route, baptisée, à juste titre La Route de l’Amitié semble vouloir dire, déjà à l’époque de sa construction, à Haïti toute entière que l’heure était venue d’abandonner les vieux sentiers du ressentiment anti-français entretenu par un certain imaginaire historico-militantiste haïtien pour emprunter, justement, la route de l’amitié franco-haïtienne, la seule capable de permettre aux Haïtiens et Français, dans une consensuelle remise en cause d’un passé historique commun qui n’est pas encore dépassé , de convoquer la mémoire positive contre l’oubli négateur en vue de célébrer ensemble l’universel humain. Car si, en France, ce passé commun est occulté quand il n’est pas tout simplement effacé de la mémoire, à Haïti il demeure plus que présent alimentant dans l’opinion publique une déresponsabilisation collective face aux difficultés majeures et structurelles qui piègent toute évolution positive du pays. Les problèmes parce que présumés hérités de la période coloniale sont mis au passif de la France, l’ancienne métropole de Haïti jadis Saint-Domingue.

L’année 1838 consacre le traité d’amitié qui définit les premiers rapports franco-haïtiens après des années de négociation intense face au contentieux né, entre la France et Haïti, au sujet de l’indépendance haïtienne et de la fin de la possession française du pays . S’il permet la reconnaissance de la première nation nègre des Temps modernes par la France et la plupart des pays occidentaux le traité de 1838 révèle une amitié précaire parce que réalisée, d’une part, dans l’ombre historique de la souffrance esclavagiste non encore estompée et, d’autre part, à la lumière d’une indemnisation quasi suicidaire à la charge de Haïti. L’ancienne métropole devenue un pays ami n’en demeure pas moins ambiguë quant à sa présence et son rôle dans les Affaires haïtiennes.

Cherchant la sécurité de la garantie de l’Etat et n’investissant, en conséquence, que dans la banque « La France ne joua pas le rôle principal qu’on aurait pu attendre d’elle. Elle se contenta d’un second rôle, d’un rôle sans ambition, un rôle de souscripteur d’obligations ‘‘garanties par l’Etat’’. Il y eut peu d’investissements industriels de la part des Français et peu de grandes entreprises commerciales. Les Français laissèrent aux Allemands et aux Américains le soin d’investir dans l’économie locale, de prêter, à des taux usuraires, à l’Etat ou tout aussi bien aux « révolutionnaires » ; ils limitèrent leur action à refinancer les entreprises ou les créances de ces étrangers en achetant de la rente sur le gouvernement haïtien » . M. François Blancpain, poursuivant son expertise des relations financières franco-haïtiennes, rapporte les propos de Jore, un chargé d’Affaires de France en Haïti, conscient des reproches des Haïtiens à l’endroit de la Banque Nationale d’Haïti alors société anonyme française avant de devenir la Banque Nationale de la République d’Haïti affirme que « Par ses irrégularités, son procès scandaleux de 1904 et son cosmopolitisme, la BNH qui, jusqu’à présent ne s’est montrée française que de nom, a été une des principales causes de notre déchéance en Haïti » .

Si le souvenir français reste très présent dans la mémoire haïtienne cela n’est pas du tout réciproque parce que malgré indemnisation et alignement du pays sur le modèle culturel français « Haïti fait partie de notre histoire mais pas de notre mémoire » , concède le texte du rapport Debray de 2004 sur les relations franco-haïtiennes.

Déni et négation constituent les réactions de l’historiographie officielle française quant à l’évocation de la question haïtienne. « Haïti n’a pas été, à proprement parler, une colonie française » , déclare le président français Jacques Chirac. Un problème semble, donc, persister pour la conscience historique française face au souvenir de Haïti. Coupable d’avoir brisé le joug de l’esclavage et fait perdre à la France la plus riche de ses colonies Haïti a été systématiquement oubliée ou plutôt marginalisée voire violée dans ses intérêts chaque fois que l’opportunité le permettait . S’il nous faut combattre l’ignorance savamment entretenue par une historiographie française très sélective quant à la place et au rôle de Haïti dans l’histoire française, eu égards à l’importance que représente pour Haïti l’aide internationale surtout quand, comme le reconnaît le Président français, « la France est aujourd'hui le deuxième pays, après le Japon, et avant les Etats-Unis, en valeur absolue, donneur d'aide publique au développement », il s’avère tout aussi important d’éviter de confondre devoir de mémoire et devoir d’assistance qui, amalgamés, risqueraient de compromettre les revendications haïtiennes auprès de la France pour que celle-ci rembourse ou restitue à Haïti l’indemnisation traditionnellement et improprement appelée « dette de l’indépendance » et de réparer les torts et préjudices subis par les ancêtres des Haïtiens au cours des deux siècles servo-colonialistes français à Saint-Domingue. En effet, le devoir d’assistance auquel répond toute la politique humanitaire de la France profite énormément à Haïti et c’est à juste titre que « la France en est fière d’ailleurs » et c’est tout à son honneur et à notre bonheur d’apprendre de la part de son Président que « dans le cadre de cette politique Haïti fait partie de nos priorités ». Par ailleurs un devoir de mémoire s’impose pour permettre d’une part aux Haïtiens de digérer ce passé commun resté encore indigeste et à la France d’exorciser une dette, celle-ci étant morale, qui tient encore en otage la vérité historique sur une période forte de sa propre histoire bien que commune avec celle de Haïti.

Terre de convulsions bicentenaires, Haïti défie et trahit l’attente toujours déçue d’une mort chaque jour annoncée comme imminente. Véritable trou noir où la mort et la vie s’affrontent dans une lutte perpétuelle et sans merci sans que l’une ne puisse prétendre l’emporter sur l’autre Haïti donne à voir l’expression de ce que l’existence humaine a d’effervescence, de brutalité voire de vitalité .

Le fait haïtien, pour étonnant soit-il, n’en demeure pas moins un bel accident de l’Histoire qui, à l’image du miracle grec fondateur de la civilisation occidentale, fonde la modernité occidentale. En effet, l’Occident, jusque-là exclusivement européen, est politiquement, économiquement et culturellement remis en cause. Antiesclavagiste, anticolonialiste et antiraciste, la Révolution haïtienne n’est ni religieuse même si elle est portée par la religion vodoue, ni raciale même si elle réhabilite la race noire, ni nationale même si elle débouche sur la naissance de la nation haïtienne .

Même ancrée dans la défense et l’illustration de la race noire la Révolution haïtienne ne saurait s’y enfermer. Le miracle haïtien, ainsi interprété, se veut d’une portée universelle par la réappropriation des idéaux de la Révolution française que les révolutionnaires haïtiens, eux-mêmes, soumettent à un universalisme actif des droits et des libertés humains . Faisant de la naissance de Haïti un bel accident de l’Histoire, un miracle et non une malédiction , comme persistent à le répéter les commentateurs non avertis de la réalité haïtienne, la révolution haïtienne fonde toute une pensée haïtienne dont la vision du monde s’articule autour du « rejet de la soumission de l'esclave au maître, de l'ouvrier au patron, ainsi que du travail au capital» . Il s’agit là d’une critique radicale de l’orientation capitaliste du monde occidental qui, dans sa phase esclavagiste où l’exploitation de l’homme par l’homme est poussée à ses extrêmes limites, a permis progressivement l’émergence d’un pays, d’un peuple, d’une culture en rupture totale avec le monde qui l’a vu naître.

Le beau temps négrier des colons n’en demeure pas moins l’enfer négrier des esclaves. La fin du beau temps négrier entraîne la fin de l’essor de la Perle des Antilles et l’émergence d’un Etat haïtien sans modèle référentiel et d’une nation haïtienne idéologiquement schizoïde. L’insurrection de 1791 qui aboutit à la victoire de 1803 et la proclamation de 1804 consacre ce qu’il convient d’appeler la Révolution haïtienne . Contestataire, combattive et bien que faisant siens les principes fondamentaux de la Révolution française de 1789, elle semble uniquement rivée sur la fin de l’esclavage. Pour ce faire elle a su réaliser l’union historique des Noirs et des Mulâtres mais une fois le but atteint l’union historique des deux franges de la nation haïtienne, encore en gestation, s’est révélée circonstancielle et disparaît au profit d’une lutte sans merci pour la domination économique et politique de ce que le pays n’est plus : la Perle des Antilles. Malgré les nombreux efforts déployés à travers les différentes constitutions haïtiennes aucune politique ne s’est imposée comme étant capable de fonder la nation haïtienne dans un projet commun de société. Politique dans sa rupture radicale avec la domination coloniale française, la révolution haïtienne souffre, toutefois, d’un déficit de projection sociale et culturelle commune. Cette absence de vision nationale devient caractéristique de l’évolution politique du pays qui, d’insurrections en insurrections, de coups d’Etat en coups d’Etat, d’occupations étrangères en tutelles internationales, préfère le saupoudrage politique au vrai changement politique. Depuis la constitution autonomiste de Toussaint Louverture de 1801 jusqu’à celle de 1987 réputée démocratisante la gouvernementalité haïtienne s’organise autour de la conception créole du pouvoir haïtien au détriment de celle prônée par la conception bossale . En réalité la pensée haïtienne est duale dans le sens où elle est travaillée par une double idéologie créole et bossale en mal de compromis.

Les bossales sont définis en tant que classe sociale et en tant que groupe ethnique. Leur idéologie et les luttes sociales qui en découlent se distinguent de celles des créoles. D’essence africaine et farouchement hostiles au système esclavagiste dont ils étaient les victimes exclusifs, ils sont à l’origine de la pratique du marronnage et de la guérilla organisée qui ont fini par emporter tout le système. Tenus à l’écart des rênes du pouvoir haïtien qu’ils n’arrivent jamais à saisir ils forment l’essentiel du paysannat et du prolétariat urbain haïtiens. Enfermés dans une logique de marginalisation interne et d’exclusion systématique ils sont perçus en tant que d’éternels fugitifs et déserteurs et occupent l’espace marginal des mornes connu sous le nom théorisé de Pays en dehors . Appelés aussi gens d’en-dehors, habitants ou encore paysans les bossales, Noirs dans sa totalité, adoptent et adaptent l’espace marginal et marginalisé à leur disposition pour y développer toute une structure sociale, politique et culturelle conforme à leur vision et forcément en réaction à la domination créole.

Dans sa stratégie d’accaparement du destin économique, politique et culturel du pays la frange créole réalise le premier coup de force par, d’une part, la récupération du sens idéologique de la Révolution haïtienne et, d’autre part, les avantages qui en découlent.
Le créole, au contraire du bossale qui manifeste une réaction de rejet face au système colonial et esclavagiste, développe des stratégies de compromis avec le système. Réactionnaire plus que contestataire et aucunement révolutionnaire l’idéologie créole se révèle plutôt opportuniste. A l’époque coloniale, c’est parmi les esclaves créoles que se recrutent les domestiques qui ont à côtoyer l’intimité du maître. Les créoles sont aussi la classe très influente économiquement des affranchis composés de Noirs libres et de Mulâtres dont beaucoup sont des possesseurs d’esclaves. Aux lendemains de la guerre de l’indépendance ils forment l’oligarchie haïtienne dont les franges noire et mulâtre ne cesseront de se disputer les avantages de la Révolution haïtienne. Le projet révolutionnaire qui acquiert sur le tard l’adhésion indispensable des Noirs libres et des Mulâtres, consacre le refus unanime de l’esclavage. Ils limitent le sens et la portée de la Révolution haïtienne à ce simple refus. Dans la conception de l'élite politique, le Haïtien surgit de la victoire des esclaves sur leurs maîtres. C’est ainsi que cette élite, loin de chercher à fonder l’Etat haïtien dans la cohésion nationale, croit pouvoir conserver le projet de société de plantation avec l'essentiel des définitions des rapports de classe qui lui est inhérent, ce qui permet aux créoles de la colonie et leurs descendants de transférer dans la société indépendante les positions sociales qu'ils ont acquises durant la colonisation. « Le sous-développement social du pays qui était la marque du système colonial fondé au plan humain sur l’esclavage et au plan commercial et financier sur le régime de l’Exclusif, n’a été que peu modifié par l’indépendance. Les anciens esclaves sont devenus des paysans soumis au pouvoir militaire des ‘‘chefs de section’’ chargés de faire appliquer le code rural, tandis que l’Etat naissant voyait sa croissance entravée par la ‘‘dette de l’indépendance’’ » . Dans la vision créole, l'esclavage, comme stigmate, est fondateur du peuple haïtien. Rien n'existait avant cette expérience désastreuse. On s'en guérit, non pas dans une lutte de classe, comme celle que proposent les Bossales et leurs descendants, mais en empruntant les chemins de la mobilité sociale ascendante, tels que tracés durant la colonisation. Mais cette mobilité est entravée par les préoccupations de couleur au point que déjà sous le gouvernement de Toussaint Louverture on pouvait lire dans la constitution de 1801 à l’article 4 que « Tout homme, quelle que soit sa couleur, y est admissible à tous les emplois.» Comme on peut le remarquer la constitution de 1804 négrifie tous les Haïtiens. Mais malgré cette prouesse intellectuelle qui cherche à dissuader toute tentative d’ethnicisation interne à la société haïtienne l’élite, de 1804 à nos jours, se dispute autour du continuum chromatique, légué par la colonisation, qui va du noir, vu comme négation de l'être humain, au blanc vu comme l'être humain par excellence. Ce continuum hérité de la période coloniale détruit l'égalité des chances d'emploi et inscrit la question de couleur au cœur des luttes sociales contournant ainsi celle des structures de l'exploitation et leur remise en cause par la lutte de classe.

La domination créole se trouve renforcée par le Traité de 1838 qui reconnaît l’Indépendance haïtienne et la signature du Concordat avec le Vatican qui fait du catholicisme la religion d’Etat. L’usage de fait de la langue française et de la structure administrative héritée du droit napoléonien dès les lendemains de l’indépendance constituait déjà, pour la vision créole, un atout majeur de sa prise de contrôle du destin du pays. Avec ces deux accords officiels l’élite créole se trouve confortée dans sa position dominante puisqu’elle dispose sans conteste des institutions officielles et étatiques pour la promotion de son idéologie au détriment de celle des bossales dont la langue, la religion et le système sociopolitique ne cessent d’être combattus, déniés ou relégués dans l’espace d’exclusion du Pays en dehors. Cet espace d’exclusion explicitement posé suppose un autre non nommé mais implicite le ‘‘Pays en dedans’’. Urbaine, francophone et catholique, la frange créole de la société haïtienne, malgré sa politique de marginalisation interne vis-à-vis de la frange bossale, s’érige contre la marginalisation externe exercée à l’endroit d’Haïti par les puissances esclavagistes et coloniales. Se faisant porte-parole de Haïti vis-à-vis des autres nations, elle manifeste un rejet ambigu de l’Occident, ce qui peut s'interpréter comme un refus de la dépendance de la nation haïtienne face aux nations européennes tandis qu’elle reste liée, dans le même temps, à un besoin de reconnaissance et de modèle de la part de ces mêmes nations européennes.
S’alliant le service des éducateurs français et des congrégationistes catholiques au profit de leur seule classe sociale, les créoles se laissent, aisément, aliénés à la culture occidentale. Le savoir reste le privilège de l’élite qui envoie ses enfants dans les meilleurs lycées de l’Etat au nombre éloquemment limité ou dans des congrégations religieuses ou même en France pendant que le paysan est condamné à l’illettrisme. Ainsi s’expliquent le peu de pourcentage de la population haïtienne à s’exprimer en langue française et la dénonciation de ce que, chez l’élite créole, l’ethnologue Jean-Price Mars appelle le bovarysme collectif. Celui-ci désigne l’attitude de l’élite haïtienne qui, par sa volonté de s’assimiler à une culture autre, en vient à renier son identité profonde et réelle. Cet appel de l’auteur d’Ainsi parla l’oncle, s’il n’a pas tardé à conduire l’élite créole à une prise de conscience des valeurs authentiquement haïtiennes, loin de produire une véritable révolution politique et culturelle qui amènerait à repenser Haïti dans la cohésion nationale, a plutôt favorisé l’émergence d’une exploitation catastrophique de la schizoïdie sociale reposant sur l’antagonisme entre Mulâtres et Noirs. Il en découle le renversement de la domination politique de la frange créole où prédomine ce qu’il convient le mulâtrisme et l’avènement au pouvoir du noirisme porté par François Duvalier en 1957 grâce à une perversion de l’idéologie bossale esthétisée par le mouvement littéraire indigéniste.

L’absence de projet social commun de 1804 à nos jours traduit un déficit de la philosophie politique haïtienne incapable de penser la nation haïtienne dans la logique de la cohésion. Il convient de comprendre cette incapacité loin des considérations hasardeuses sur le ‘‘mauvais génie haïtien’’ ou sur l’« essence nègre » mais à la lumière des déterminations socio-historiques qui ont cours dans toutes les sociétés humaines et qui, dans le cas haïtien, ne cessent d’entraver l’effort d’une construction effective de la nation. Ce défaut de vision collective entraîne une absence de civisme qui, quand il existe chez quelques rares hommes politiques, les contraint vite à l’exil à cause des menaces venant des « usurpateurs du nationalisme «. Il est à souligner que des idéologies socioéconomiques créole et bossale deux idéologies politiques respectives sont nées. La première est dite libérale avec pour devise : « le pouvoir aux plus capables » tandis que la seconde dite, quant à elle, nationale prône « le pouvoir au plus grand nombre ».
Le peuple haïtien est né de l’horreur esclavagiste et sur la dépouille de la colonie de Saint-Domingue avec pour configuration nouvelle deux classes sociales dont l’une, descendant des esclaves, constitue les Nouveaux Libres dépourvus de tout et rapidement transformés en paysans pauvres enfermés dans l’idéologie bossale et l’autre, descendant des affranchis, forme les Anciens Libres accaparant tous les biens de l’ancienne colonie et se définissant en tant que l’oligarchie haïtienne pourvoyeuse de l’idéologie créole. Récusant la lutte des classes prônée par les bossales et inscrivant la promotion sociale dans la logique de la mobilité la nouvelle oligarchie empêche l’émergence d’une classe intermédiaire qui agirait, certainement et favorablement, sur la polarisation cristallisée de la société haïtienne, grâce à un appareil répressif d’Etat totalement dévolu à sa cause et usant de toutes les stratégies susceptibles d’entraver cette mobilité même. Les rares citoyens à profiter de la mobilité sociale sont aussitôt aspirés par l’idéologie créole et n’hésiteront pas à combattre les efforts de changement social en provenance des bossales. Ces citoyens en mal de classe se font passer en fonction des agitations sociales pour constitutifs des élites populaires avec le but inavoué mais soupçonné d’accéder à la classe des dominants. Toutefois, des membres, de l’élite créole qu’on pourrait qualifier de citoyens en rupture de classe savent ébranler le système qui, lui-même, est en mal de changement. Originaires de grandes familles tantôt foncières tantôt commerciales tantôt financières, ils sont pour la plupart de grands intellectuels acquis à la cause d’un vrai changement de société en Haïti.
Prenant appui sur l’état de fait social et politique haïtien responsable de la déliquescence étatique et de la délinquance sociale le rapport de réévaluation des relations franco-haïtiennes propose une nouvelle implication de la coopération française en Haïti et veut miser sur une société haïtienne dont les Haïtiens doivent être les premiers artisans et acteurs. Peuple aux mille résistances prouvées, éprouvées voire réprouvées, les Haïtiens étonnent par leur capacité de résistance au malheur. De l’esclavage de l’époque coloniale en passant par le totalitarisme de la période nationale jusqu’à la récente dictature de l’ère tutélaire partout les Haïtiens crient que Haïti n’a pas encore dit son dernier mot. Cependant l’enjeu demeure de taille parce qu’il convient d’inventer le nécessaire compromis entre nihilisme bossale et bovarysme créole. Haïti est née dans le sang et dans le feu, rappelons-le, où l’émergence du peuple haïtien était un enjeu mettant en scène la vie et la mort. Elle ne cesse d’involuer dans l’insouciance cupide de la classe dirigeante et dans la résistance résignée de la masse continuellement appauvrie. Deux cents ans d’une histoire très peu rentable force le bilan. Du sens et de la valeur doivent être ajoutés à la Révolution haïtienne pour que celle-ci puisse compter vraiment pour chaque Haïtien et l’Humanité toute entière. Une véritable philosophie politique est à bâtir pour accompagner l’action politique haïtienne. Pour ce faire nous devons commencer par compter sur le rôle de l’université publique haïtienne auprès de la jeunesse en tant que vecteur de l’unité et de la diversité de notre formation sociale. Se défaire de la force incontestable du fait politique nourri d’empirisme inadéquat pour nouer avec la pratique d’une politique de raison encadrée par des règles de droit. Le fait politique parce que toujours contingent nous surprend toujours et laisse mal augurer de l’avenir. L’acte politique posé à la lumière des principes admis de tous permet de construire la société et d’assurer son épanouissement. Tel est l’effort à fournir pour nous déprendre de l’idée négative que nous, Haïtiens, avons de nous-mêmes. Parce que c’est tout notre schéma mental qu’il faut revoir par un questionnement sans concession de notre histoire politique trop longtemps soumise à l’empire de la problématique raciale. Une nation est à construire comprenant tout simplement des citoyens acquis à la volonté commune de vivre dans le respect des biens et de la personne d’autrui.

La responsabilité haïtienne est grande parce que primordiale dans la renaissance de Haïti qui tiendra pour un épiphénomène les difficultés politiques, sociales et économiques qui, jusqu’à présent, la font passer pour la part maudite de l’hémisphère occidental. A l’horreur esclavagiste et colonial se sont ajoutées nos erreurs stratégiques qui se sont révélées tragiques honorant mal l’héritage révolutionnaire. L’horreur comme l’erreur est humaine et ne saurait être l’apanage d’un peuple, d’une nation ou d’une race. Ni juger ni condamner mais comprendre pour que l’horreur et les erreurs ne se répètent pas. L’avenir est à ce prix, celui qui, dans une mutuelle compréhension franco-haïtienne, permettra à Haïti, grâce à une mémoire française jadis oublieuse mais aujourd’hui retrouvée, de compter sur une France solidaire et amie. Reconnaissant avoir privilégié, tout au long du XIXème siècle, ses seuls liens avec le milieu créole au détriment de l’immense majorité paysanne, la France se met, depuis la seconde guerre mondiale, à la découverte de la culture bossale et s’attache à la valoriser malgré les insuffisances de l’administration publique haïtienne. Toutefois, il revient à la charge de la conscience nationale haïtienne d’opérer la cohésion nécessaire à la société haïtienne loin des conceptions nationalistes opposant Mulâtres et Noirs. La récupération idéologique et politique de la schizoïdie sociale a déjà été vivement critiquée par le révolutionnaire caco Jean-Jacques Acaau qui comprenait que « Nèg rich, se milat. Milat pòv, se nèg ». Cette clairvoyance du révolutionnaire, dénonçant l’idéologie de couleur qui divise la société haïtienne en Mulâtres et Noirs, cherchait à démystifier les mentalités acquises à la question de couleur. Parce que nous, Haïtiens, sommes tous des Nègres la distinction entre Mulâtres et Noirs ne fait qu’occulter le vrai problème social haïtien à savoir le rapport entre richesse et pauvreté, entre possédants et démunis, entre dominants et dominés.

Le défi qui, cette fois-ci, attend les Haïtiens est celui d’un sursaut vital qui saura capitaliser l’émergence de la conscience nationale en une véritable conscience de citoyenneté nationale. Celle-ci, n’étant pas contradictoire avec l’ouverture au monde, doit nous permettre d’inventer la stratégie qui saura concilier nos intérêts collectifs avec ceux des pays avec lesquels nous entrons en relation.

Un peuple résistant et courageux, une nation héroïque, une culture forte et inventive, Haïti ne manque pas d’atouts pour conjurer le drame historique attaché à son image décrite en termes de tragédie, de chaos ou encore de malédiction. Convoquer la mémoire historique pour faire « émerger des souvenirs enfouis, permettre à chacun de faire son deuil de ses humiliations comme de ses triomphes. On peut alors exorciser les fantômes pour affronter les appels de l’avenir, mais en pleine connaissance de cause(s). Ce qui s’est fait avec l’Algérie, courageusement, en 2003, à l’initiative du Président de la République, devra sans doute se faire un jour avec Haïti. » Sont-ce les prémisses d’une entente cordiale à venir entre Haïti et la France, deux Etats aux rapports « délicats, émotifs et rétractiles » ‘ Même si les promesses sont alléchantes et l’espoir demeurant, par conséquent, grand la réponse ne saurait être aisée par que le souvenir français en Haïti, du plus lointain au plus récent, doit être départi du ressentiment latent qui mine, d’un côté à l’autre de l’Atlantique, l’ambiance des rapports franco-haïtiens. Puisque la tensivité qui régit les relations entre peuples haïtien et français est celle d’une attirance-répulsion il convient de s’employer à « combattre la toute-puissance du ressentiment » qui, muée en idéologie, en vient à fonder nos pensées respectives. Au regard traditionnellement condescendant et dédaigneux posé par les médias français, tous supports confondus, sur le peuple haïtien celui-ci répond par un renversement axiologique où le critiqué, qu’il soit sujet ou objet, devient ultime signe de survie comme pour fausser l’attente du suicide collectif d’un peuple haïtien plus que jamais rebelle, plus que jamais résistant. Parce qu’il est ici repli haineux et se nourrissant du ressassement de griefs séculaires le ressentiment ne saurait être une stratégie politique qui aiderait à réparer l’imparable d’un côté comme de l’autre. En effet, comme le laisse entendre Rodney Saint-Eloi, il aliène plus qu’il ne libère. Stigmatisé, tout le peuple haïtien l’est de la capture africaine, de la traite négrière et de l’esclavage saint-domingois, réhabilité dans sa pleine et entière humanité tout le peuple haïtien l’est par la très célèbre Révolution haïtienne de 1804 mais il demeure coupable d’avoir échoué à s’organiser en réaction à la présence de l’Autre figuré par le ‘‘Blanc’’ européen et français devenu de plus en plus lointain et définitivement étranger d’autant plus que, faute de modèle, il s’est réapproprié les valeurs pourtant décriées de cet Autre. Construction paradoxale d’une nation en quête d’identité ou le « nous fantasmatique » n’est que la personnalisation de la « chimérisation de l'État et des individus » . L’Autre opposé n’est, en réalité, qu’un soi-même aux prises avec des contradictions intrinsèques. Parce que l’altérité, la diversité et le multiple auquel nous refusons toute interprétation politique dans la pratique politique haïtienne s’affirment de plus en plus incontournables dans le champ de l’action politique en Haïti l’Autre lointain, l’étranger éloigné, se fait bouc-émissaire et est chargé de la somme de tous nos maux. Ainsi se rend opérationnelle la thèse d’un complot international contre Haïti qui serait initié par la France, dès 1804, et soutenu par les grandes puissances de l’époque esclavagiste et colonialiste. L’ombre du complot persisterait dans le cynisme du contexte international de la guerre froide favorisant l’émergence et la consolidation de la dictature des Duvalier ou encore dans des choix de coopération et de réformes économiques inadéquates et d’assistance politique incohérente parce qu’ignorant les conditions de réception culturelles haïtiennes et cachant mal les visées impérialistes d’une politique néolibérale sous couvert d’ingérence humanitaire ou du devoir d’assistance à population en danger.

Maîtrisant parfaitement ce jeu de mémoire-miroir le rapport Régis Debray est conçu de telle sorte que le ressassement du ressentiment anti-français en Haïti exhibé depuis le trône du pouvoir politique en vienne à traduire au mieux l’échec d’un gouvernement en déconfiture au pire celui de la nation toute entière depuis deux cents ans. Si l’effet miroir a fini par emporter le gouvernement haïtien le 29 février 2004 laissant la nation haïtienne en plein désarroi il n’a que partiellement fonctionné pour l’Etat français qui se distancie de la logique du ressassement et s’exonère, dans le même temps, de toute repentance pour miser sur l’avenir. Si le devoir de mémoire s’impose, comme le suggère le rapport, il est vrai que les Haïtiens se rendront compte que, plus que les torts de l’ère servo-colonialiste, l’oppression de la problématique « raciale » dans la société haïtienne n’a pas manqué d’éluder le projet révolutionnaire au point que « l’indépendance est vécue comme une victoire militaire et politique plus « raciale » que nationale » , ce qui, certainement, contribue, pour une large part, à compromettre le développement certain de la nation. Ainsi le peuple haïtien est appelé par l’amitié française « à se dépasser dans tous les domaines (..) pour renaître à lui-même et sortir enfin en triomphe de son surplace existentiel. » Renaître des cendres d’un passé mal passé nécessitera de Haïti plus que l’aptitude à la résilience dont elle n’a plus à donner la preuve mais surtout une grandeur d’âme parce que plus que jamais elle est seule à être comptable de son passé lourd d’une facture trop forte à partager puisque les autres protagonistes s’en sont dérobés. Tel semble être le prix de la liberté que nous avons réclamée de tous nos voeux : Liberté ou la Mort. Si l’An 2004 continue le rêve de 1804 nous devons nous faire à l’idée qu’à la fois pathétique et héroïque notre nation rêvant de futur attend de nous, Haïtiens, ce que nous souhaitons faire d’elle en compagnie ou en l’absence des autres qu’ils soient amis ou simples partenaires quand ils ne sont pas tout simplement détracteurs. Toutefois, il est à souligner que pendant deux siècles de marronnage et de solitude l’infortune nationale n’a pas manqué de faire la fortune des opportunistes avisés tant internes qu’externes. Or, l’An 2004 s’est levé sous le soleil intarissable des revendications démocratiques. Le peuple analphabète sait qu’il n’est pas bête et qu’il n’est non plus une bête à tout faire. Il sait que sa laideur n’est que le reflet de tant d’espoirs assassinés, de tant de rêves confisqués. Il sait surtout que son nihilisme apparent n’est que l’expression d’une rage indomptable de vivre et d’exister. « Ni rire, ni pleurer, comprendre » conseille René Depestre en citant le philosophe Spinoza parce que ni les larmes de la pitié, ni les pleurs de la compassion ne sauraient récompenser le courage du peuple haïtien devant son histoire tragique. Encore moins le rire parce qu’il n’y a rien de comique dans cette existence faite de drames et de tragédies. Tout est à comprendre dans le cas haïtien qui demeure à la fois singulier et universel. L’intelligence du coeur et celle de la raison sont les meilleurs atouts pour saisir le sort haïtien et le conjurer.

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COMUNICATION PRÉSENTÉE PAR ROSNY DESROCHES À LA CONFÉRENCE DES BAILLEURS DES 19 ET 20 JUILLET 2004

Je voudrais aborder la question de la gouvernance et du dialogue national dans la perspective de la société civile, qui représente un point de vue complémentaire par rapport à celui du gouvernement.

D’entrée de jeu, il y a lieu de rappeler que la gouvernance est distincte de la gestion et que les deux principaux éléments constitutifs de la gouvernance sont l’orientation et le contrôle.

Par exemple le conseil d’Administration d’une enterprise ou d’une administration ou d’une association assure la gouvernance de l’entité alors que la direction en assure la gestion. C’est en effet le Conseil qui à partir des indications de l’Assemblée des members ou des actionnaires définit les orientations, les politiques, les programmes d’action de l’association ou de l’entreprise. C’est aussi le Conseil qui évalue périodiquement les performances des gestionnaires, reçoit leurs rapport et les sanctionne. Qui dit gouvernance, dit orientation et contrôle.

Face à deux exigences: orientation et contrôle, on peut dire que le système politique haitien souffre d’un grave déficit. Au cours de ces dernières années, les orientations socio-économiques étaient peu claires et surtout ne correspondaient ni aux besoins de développement du pays, ni aux demandes sociales majoritaires de la population. Aussi devons-nous profiter de cette transition pour améliorer les mécanismes de communication, de concertation et de dialogue entre gouvernants et gouvernés , afin que les citoyens puissent se faire entendre et influencer les décisions et les actions gouvernementales. C’est pour ce moyen que les dirigeants pourront véritablement remplir leur fonction qui est d’accroître le bien-être général.

Pour atteindre un tel objectif, certaines dispositions sont nécessaires .

D’abord, il faut renforcer la société civile, consolider le tissu associatif du pays, augmenter le capital social, afin de créer  un climat de dialogue et d’échange entre les différents segments de la société. Dans ce sens, un excellent travail a déjà été amorcé par l’Initiative de la Société Civile (ISC), le Groupe des 184, la Fondation Nouvelle Haiti, le CLED, le Forum Citoyen, l’Initiative Citoyenne, pour ne citer que ceux-la. Ce travail de renforcement  de la société civile doit continuer. Il doit être renforcé, coordonné et harmonisé en vue d’éviter  des duplications et surtout pour créer cette accumulation de forces sociales, seul capable de soutenir un changement véritable. L’État doit venir en appui à ce mouvement par des moyens financiers, en facilitant le dialogue, l’accès à l’information ou en offrant des facilités logistiques.

Mais il est un domaine où l’État peut jouer un rôle particulièrement important, c’est celui de l’éducation civique. Le citoyen ne pourra participer pleinement à ce processus de dialogue, de concertation, pour arriver à formuler des propositions et à imprimer une orientation à l’action gouvernementale que dans la mesure où il est informé sur ses droits, ses devoirs, le fonctionnement des instances étatiques et qu’il ait une idée même sommaire des grands dossiers nationaux. Et ceci, à tous les niveaux des cadres supérieurs, des universitaires mais aussi au niveau des couches populaires, des sections communales les plus reculées.

Cette formation est possible. D’abord, le bénéficiaire est prêt. La scolarisation  et l’information de masse à travers la radio ont créé une soif, une grande motivation pour l’éducation civique. Pour avoir parcouru durant ces deux dernières années, dans le cadre de l’ISC, les 10 départements géographiques du pays, à faire de la formation civique, je peux témoigner. De nombreuses associations existent à travers le pays qui dans le passé se sont nvestis dans le social et le développement. Aujourd’hui, elles sont mûres pour investir le champ du civico-politique et apporter leur contribution dans les affaires de la cité.

Cette justification des masses, des zones défavorisées, marginalisées est indispensable si nous voulons que les réformes soient comprises et appuyées, si nous voulons éviter l’exploitation de l’ignorance par des démagogues au service des trafiquants de toutes sortes ou par des dinausores qui n’ont pas encore compris que le monde a changé et qu’il faut s’adapter. L’État a un rôle important à jouer dans ce domaine et des ressources substanbtielles du CCI doivent être allouées à cette activité.

Des citoyens informés, des associations « branchées » en contact permanent avec les problèmes du pays, et capables de proposer des orientations pertinentes aux gouvernants. Tout ceci est indispensable mais ce n’est pas suffisant. Il faut également des partis politiques qui soient à la hauteur des énormes défis à relever. Les partis politiques haitiens ont beaucoup de mérite : le mérite d’exister, le mérite d’avoir lutté avec courage, détermination et même héroisme contre les dictatures de droite comme de gauche.Mais on peut craindre qu’ils ne présentent de sérieuses déficiences, quand il s’agira de recontruire le pays, quand il s’agira de relever avec efficacité et célérité les défis de la désertification, de la pauvreté, de la globalisation, dans un monde deplus en plus compétitif. Cette transition que nous avons aujourd’hui ne réussira pas véritablement, même si elle parvient à la stabilisation macro-économique, à la relance de l’économie, à l’amélioration de la sécurité, à des élections honnêtes et crédibles, la transition ne réussira pas véritablement dis-je, si ces élections ne permettent l’émergence d’une équipe d’hommes ou de femmes jouissant de la confiance du peuple, orientés vers la modernité, conscients des défis de l’heure, possédant une bonne connaissance des dossiers, rôdés au travail d’équipe, rompus aux pratiques démocratiques de dialogue de concertation, de tolérance, de compromis et d’alternance.

Dans deux (20 ans, ce ne sera pas possible de réaliser un miracle.Mais beaucoup peut être réalisé dans ce sens. Les formations politiques ont déjà amorcé leur processus de modernisation en se regroupant par sensibilité. Mais un travail énorme reste à faire en matière d’écoute de la population, de traduction de leurs besoins, de leurs aspirations, en termes de programme et de politiques publiques. La société civile, elle aussi, doit se mettre au travail pour entamer un dialogue serré avec les partis politiques. Car, après tout, les partis représentent le bras politique de la société civile. Il faudra discuter d’agenda. Les citoyens devront mettre  des ressources humaines et financières à la disposition des partis politiques pour qu’ils puissent accomplir leur mission qui est de promouvoir les intérêts et les aspirations de leurs adhérents. L’État lui aussi a un rôle capital à jouer dans ce sens. Nous avons une chance historique aujourd’hui, c’est d’avoir au pouvoir une équipe qui ne cherche pas à se succéder à elle-même. Traditionnelement, des ggouvernements au pouvoir ne rêvent que destruction et anéantissement pour les partis politiques. Aujourd’hui les sentiments et les attitudes ne sauraient être les mêmes. Il appartient au Gouvernement, conformément au vœu de la Constitution d’apporter un appui financier substantiel aux partis politiques, à partir de critères transparents, justes et bien définis, pour les aider à se moderniser.

Des valeurs adéquates doivent être prévues à cette fin pour le CCI.

Voilà donc pour le volet « Orientation ».

Qu’en est-il du volet « Contrôle » ? Ici nous n’allons pas nous étendre aussi longtemps. Car les différents acteurs qui sont préposés à l’orientaion sont aussi ceux qui devront assurer le contrôle.

Les Citoyens, la Société Civile organisée, devront faire le suivi de leurs propositions. Ici, il signaler un secteur particulièrement important  de la Société Civile à savoir la Presse. Elle représente les oreilles, les yeux de la Société. C’est à travers la Presse que la société peut exercer sa vigilance. À travers la Presse, elle peut aussi dénoncer et protester s’il le afut. La Société civile doit poursuivre sa structuration afin de mieux exercer cette fonction de contrôle.

Les Partis Politiques également doivent participer à cet effort de vigilance qui trouvera sa forme légale et institutionnelle au niveau du Parlement. Sans la vigilance de la société civile, des Partis, les Parlementaires risquent de s’endormir et de s’évertuer pluôt à rechercher des avantages matériels auprès de l’Exécutif ou de se livrer entre eux à une bataille partisanne sans grandeur et surtout sans aucun lien avec le bien public.

L’une des institutions sur laquelle une attention particulière doit être attirée c’est la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif dont le rôle doit être précisé, les moyens renforcés et l’autorité restaurée.

L’établissement d’un Pouvoir Judiciaire indépendant de l’Exécutif aura aussi un effet dissuasif sur les membres de l’Exécutif, toutes les fois qu’une tentative de corruption se présentera.

Au fond s’il y a une tâche à laquelle nous devrions tous collaborer, Présidence, Gouvernement, Partis Politiques , Société Civile, c’est la mise en place d’un véritable système de contrôle au niveau des affaires de la nation. Ceci doit être l’un des objectifs du CCI et des ressources adéquates doivent être allouées à cet objectif.

Orientation des décisions, Contrôle de l’Action
Qu’en est-il du dialogue national dans tout cela ?
Vous l’avez certainement remarqué, le Dialogue National traverse en filigrane ces deux dimensions. Sans dialogue national, on ne pourra avoir une orientation claire des affaires de l’État, mais plutôt blocage, un pas en avant deux pas en arrière. Sans dialogue national, le pays continuera à régresser, il n’y aura pas de progrès, la vie politique continuera d’être une guerre sans merci, une guerre meurtrière où le gagnant prend tout et où le pays sort perdant.

Il faudra un dialogue entre le riche et le pauvre pour déterminer les droits de l’un et de l’autre et trouver les moyens de créer des richesses tout en réduisant la pauvreté. Il faudra un dialogue national entre les régions pour développer une vision commune de l’espace haitien. Il faudra un dialogue national au sein de la classe politique pour fixer les règles du jeu politique et éradiquer la violence de nos pratiques politiques. Et dans le cadre de ce dialogue politique, il est urgent d’accélérer les échanges avec Fanmi Lavalas afin d’une part, d’aider les modérés, les éléments plus modernes de cette formation politique à affirmer leur leadership pour dépersonnaliser l’organisation et en faire un parti démocratique ; afin d’autre part, de marginaliser et de neutraliser les éléments archaiques violents de ce mouvement par une application rigoureuse des lois du pays et des principes républicains.

Pour finir, je dirais que la promotion d’une bonne gouvernance politique en Haiti, d’une gouvernance démocratique, ce n’est pas seulement l’affaire d’un Gouvernement, de quelques experts et technocrates avec l’appui de l’International, c’est aussi l’affaire de chaque Haitien et de chaque Haitienne, c’est l’affaire de la Société Civile et des Partis Politiques.

Cet axe de Gouvernance politique, ce n’est pas seulement une affaire de 172 millions de dollars à dépenser ou à absorber en deux (2) ans, c’est une entreprise de longue haleine qui mobilisera des valeurs non-monétaires telles que la Participation, l’Intégrité et la Recherche du bien Commun.
Merci !

Rosny Desroches

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Haïti-Politique: good news et bad news

ANALYSE

PORT-AU-PRINCE, 18 Juillet - La situation actuelle est caractérisée par une nouvelle conjoncture marquée par un tiraillement entre des possibilités d'aller de l'avant et une brutale remontée de la violence, entre un certain glissement vers plus d'ouverture et une nouvelle menace de retour à l'anarchie, bref un mélange de bonnes et de mauvaises nouvelles.

D'abord sur le plan politique, l'attelage au pouvoir - la coalition Gouvernement intérimaire, partis politiques centristes (Convergence Démocratique) et société civile (Groupe des 184, dominé par la haute finance) - tient bon. Lors de leur récente rencontre mensuelle à l'actif du gouvernement, ce n'était que coups de chapeau de part et d'autre.

Mais autre signe des temps, Lavalas a changé de discours. Le parti de Jean-Bertrand Aristide, le président renversé le 29 février dernier et qui vit actuellement en exil en Afrique du Sud, tient aujourd'hui manifestation sur manifestation et sans rencontrer le moindre obstacle. Quelques milliers de manifestants Lavalas ont défilé encore le jeudi 15 juillet (anniversaire d'Aristide), sous la protection de la police.

La première manifestation en faveur de l'ex-président, le 18 mai dernier, s'était soldée par la mort d'un manifestant, abattu à bout portant par la police.

En même temps, l'exigence de retour sans condition de J.B. Aristide s'est transformée en une plaidoirie pour des élections libres et démocratiques, tout en conditionnant la participation Lavalas à la remise en liberté de leurs dirigeants et membres emprisonnés après le 29 février (dont l'ex-Premier ministre Yvon Neptune) et la cessation des persécutions de toutes sortes exercées contre eux à travers le pays.

Ne pas casser la chaîne de mobilisation ...

Le refus de Lavalas de siéger au nouveau conseil électoral provisoire ou CEP (pour les mêmes raisons mentionnées plus haut) ne signifie donc pas automatiquement renoncement à participer aux élections.

Au contraire, le rythme des manifes-tations pourrait être destiné à maintenir la motivation des troupes.

D'autres manifestent aussi. Sociétaires victimes de coopératives en faillite réclamant dédommagements; paysans de l'Artibonite venant dénoncer les tentatives de grands pro-priétaires terriens (grands dons) de les chasser des terres qui leur ont été concé-dées dans le cadre d'un programme de réforme agraire; enseignants pour leurs arriérés de salaire; étudiants dénonçant les politiques néo-libérales qu'ils croient en perspective ...

Histoire, qui sait, dans un camp comme dans l'autre, de ne pas casser la chaîne de mobilisation.

Une explication franche et cordiale ...

Ouverture également diplomatique. L'épée de Damoclès de la Caricom est en passe d'être levée.

Après avoir à nouveau différé la reconnaissance du gouvernement intérimaire haïtien lors de leur dernier sommet (4 au 7 juillet), les dirigeants des 15 nations de la Caraïbe ont rectifié le tir.

Une délégation de 5 ministres des Affaires étrangères a voyagé la semaine dernière en Haïti pour avoir une explication franche (et cordiale) avec les gouvernants et partis politiques haïtiens.

Conversations positives. La Caricom va admettre le retour d'Haïti dans ses rangs. De son côté, le Premier ministre Gérard Latortue s'est engagé à un processus électoral sans aucune exclusive, ensuite que les accusations portées contre des dirigeants Lavalas seront traitées avec toutes les garanties légales et que personne en Haïti ne sera persécuté pour ses opinions politiques.

C'est un bon point pour le gouvernement intérimaire à peu de jours d'une autre rencontre capitale, celle avec les bailleurs de fonds, ces 19 et 20 juillet, à Washington.

Traitement commercial préférentiel à Haïti ...

Ouverture donc aussi économique.

En effet, vendredi le Sénat américain a voté d'ouvrir plus largement le marché américain aux produits haïtiens en textile.

Haïti pourra exporter aux Etats-Unis sans payer de droits de douane vêtements et sous-vêtements assemblés dans la zone industrielle. Une mesure pour encourager les industries d'assemblage à revenir s'établir en Haïti.

Le projet a déjà été adopté par la Chambre des Représentants. Après le vote du Sénat vendredi, il sera acheminé à la Maison Blanche qui doit certifier si Haïti a fait des progrès dans les domaines requis, y compris celui des droits humains, pour en bénéficier.

La législation étend un traitement commercial préférentiel à Haïti pour les 7 prochaines années. Chaque année, le président des Etats-Unis devra certifier au Congrès que Haïti évolue vers une économie de libre échange et des pratiques démocratiques, et ne tolère pas le terrorisme ni les violations des droits humains.

Ne pas rentrer les mains vides ...

La conférence des donateurs a lieu en ce début de semaine (lundi et mardi) au siège de la Banque Mondiale, à Washington. Le gouvernement haïtien a présenté des projets pour un total de $1.3 milliard, dont il attend $924 millions de ses "grands amis", dont les Etats-Unis, l'Union européenne, les Nations Unies, la Banque Interaméricaine de Développement (BID), la Banque Mondiale ...

Selon un haut responsable de la Banque Mondiale, le gouvernement haïtien a de bonnes chances de ne pas rentrer les mains vides.

Le Premier ministre Latortue est parti dès jeudi pour Washington.

Voilà donc de bonnes nouvelles. Outre les prestations du Brésil et de l'Argentine dans le cadre de la Copa America qui passionnent tant le public haïtien.

The bad news is ...

Jeudi, alors qu'on s'y attendait le moins, des individus non identifiés sautent d'un véhicule pick-up (volé) et ouvrent le feu sur une patrouille fixe de la police au coin de Bourdon (Lalue) et de la Ruelle Nazon. Deux agents sont tués sur le coup. Un troisième est conduit grièvement blessé à l'hôpital du Canapé Vert.

Les assaillants qui ont opéré comme des professionnels, disparaissent sans laisser de traces.

La capitale est sous le choc.

Depuis les casques bleus de l'ONU mènent sans relâche des perquisitions dans différents quartiers à la recherche de caches d'armes. Mais toujours aucune nouvelle des agresseurs.

Les autorités devenues plus circonspectes ...

Certains tournent le regard automatiquement vers les partisans de l'ex-président. En effet, ceux-ci tenaient une bruyante manifestation au centre-ville au moment même où avait lieu l'attentat. Et qui plus est, à l'occasion de l'anniversaire d'Aristide, le 15 juillet. L'année dernière, le pays était couvert de banderoles à cette occasion.

Mais depuis les récents incendies au quartier commercial, dont l'investigation de la police n'a encore rien révélé des éventuels auteurs, les autorités sont devenues par la force des choses plus circonspectes, plus prudentes.

Outre qu'elles s'exposent, en cas d'erreurs et de jugements prématurés, à la foudre d'Amnesty International et autres organisations internationales des droits humains (malgré la tolérance des médias locaux tendant à confondre la lutte anti-Aristide et la lutte contre l'insécurité qui nécessite une participation unanime).

D'autre part, la délégation de la Caricom vient à peine de partir sur une promesse d'un plus grand effort vers le rétablissement de l'Etat de droit.

Et on était à deux jours de la conférence des bailleurs de fonds.

Ce n'est pas le moment pour le gouvernement de commettre des bavures.

Pour le moment, l'assassinat des deux policiers semble avoir sonné le coup d'envoi de la campagne de désarmement. Police nationale et casques bleus, accompagnés d'un hélicoptère de la force internationale, fouillent partout.

"Nous avons des armes et nous savons nous