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Archives d'Editoriaux #48 |
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La personnalité autoritaire chez l'étudiant haïtien Le Bicentenaire célébré partout, sauf en Haïti Justice - Corruption : l'Affaire du Juge Pierre Josiard Agnant La Voie pour Haïti et les Peuples Noirs Après le Départ Forcé d'Aristide
La personnalité autoritaire chez l'étudiant haïtien 22 juin 2004 Par Jn Anil LOUIS-JUSTE Soumis à AlterPresse le 22 juin 2004 L'autoritarisme semble être plus présent chez le lettré que l'analphabète en Haïti. La fréquence peut se relier à la double influence de l'école et de l'économie : l'école prépare des gens dites supérieures qui n'ont pas à partager avec des gens humbles, les ressources dont dispose le pays. L'organisation servo-capitaliste de l'économie n'a pas su libérer la société de la dépendance, et ceci, malgré la proclamation de l'Indépendance. Les maigres ressources sont alors confisquées au profit d'une minorité, et les lettrés sont appelés à la gestion bureaucratique de ces ressources. Le système politique autoritaire d'Haïti interdit la participation populaire et la socialisation économique. L'universitaire devient la pierre angulaire de la reproduction sociale, puisqu'il occupe une place prépondérante dans la médiation néo-coloniale. L'étudiant haïtien est foncièrement autoritaire : sa présence singulière dans une classe se manifeste par un individualisme excessif. L'individualisme peut s'observer dans sa relation avec l'autre. Le travail groupal, quand il lui est proposé, n'est pas toujours apprécié à sa juste valeur de coopération dans le processus de l'apprentissage. C'est que le projet de formation qu'il nourrit, est guidé par la volonté de réussite personnelle : il veut obtenir des notes de passage qui l'habilitent à la promotion scolaire sans aucun souci de transformation collective de la réalité sociale. Légitime, cette promotion ne tient pas compte de la légalité du développement social : le « marché du travail » étant très exigu, la compétition devient le mode de relation dominante dans le processus pédagogique. L'étudiant veut toujours réussir ses matières sans sa participation à l'aide nécessaire à apporter à ses camarades. Le manque d'enthousiasme à entreprendre des travaux de groupe, n'exprime-t-il pas une certaine peur à affronter la réalité sociale ? Même si la tâche n'est pas centrée sur la compréhension de celle-ci, la rencontre de subjectivités individuelles se partageant un même espace et vivant la même influence du temps, symbolise déjà un moment historico-social : les interactions se produisant dans le groupe de tâche, sont des contenus sociaux de l'expérience de chaque participant. La communication qui s'instaure durant l'accomplissement de la tâche, véhicule forcément les préoccupations des participants à l'égard de leur place dans la société. Souvent, on entend dire : « ce pays-là ne m'offre aucune perspective d'avenir ; j'attends l'heure d'émigrer pour commencer à construire ma vie. » Ce mode de réflexion oublie que tout le développement psycho-moteur de l'étudiant et son éducation scolaire, se sont précisément réalisées dans « ce pays-là », grâce à la solidarité de ceux qui produisent les richesses dans la société. Cette fuite en avant, participe de l'ultime tentative de se fermer à l'autre, pour ne pas lui ressembler. La ressemblance semble impliquer le devoir de rassemblement, expression politique de la réciprocité solidaire. Nier son appartenance sociale et l'exorciser par toute une série de mécanismes défensifs, ce sont des contenus de l'angoisse qui préfigurent la formation de la personnalité autoritaire. Si l'on ne se rencontre pas en l'autre, surtout quand ce dernier est la propre réfraction de soi, il est difficile d'admettre l'hypothèse de l'altérité. Dans ces conditions, grande est la tentation d'opprimer l'autre en vue de se montrer différent. L'idée de partage contrarie l'équilibre psychique si nécessaire à la poursuite d'objectifs rationnels, puisqu'il faut savoir combiner les moyens à bon escient. Quand le patrimoine à partager est matériellement limité, la perturbation psychique devient encore plus excessive. L'exacerbation ou l'irritation font perdre des humeurs humaines. Par la force ou la manipulation, on parvient à s'adjuger la part belle du patrimoine collectif. C'est en ce sens que la politique représente un exutoire à la déception expérimentée sur le « marché de l'emploi » ou dans l'entreprise d'émigration. La nécessité de partage inquiète donc le futur bureaucrate. L'étudiant affiche souvent un mépris à l'égard de l'autre ; ce mépris s'observe dans le fait que l'écoute de l'autre n'a pas de sens dans le partage de l'espace de formation. Sa communication est du type linéaire : il existe toujours un pôle communicationnel qui le définit souvent comme le seul locuteur, en dehors du professeur reconnu comme l'interlocuteur officiel. Il valorise la routine et l'autorité au détriment de la créativité et de la liberté. Cette valorisation lui fait affectionner l'examen individuel, à l'écrit et en salle de classe. La bureaucratie est en germe dans le processus de l'apprentissage, car le mode d'évaluation prépare à l'application de règles écrites, impersonnelles et formelles. Dès qu'il est question d'observer la réalité vécue et vivante, l'étudiant montre peu d'engouement : il veut fuir son quotidien et se projeter dans un autre monde. La facilité avec laquelle il laisse le pays pour habiter ailleurs, dit son déracinement et son dégoût du pays. Il est en transit, rêvant chaque jour de décoller de la terre d'Haïti. Si l'étudiant méprise ses camarades, il surestime la valeur du professeur. Une certaine intériorisation de la hiérarchie du savoir le prédispose à se comporter comme le seul apprenant de la classe : le professeur sait tout ; quelques étudiants peuvent savoir quelque chose, mais la masse des étudiants est ignorante. Aussi n'accorde-t-il pas beaucoup d'importance aux réponses données par des camarades, quand le professeur ouvre des discussions sur les contenus de séance. On peut s'en rendre compte en demandant à un étudiant de reprendre les thèses d'un camarade ou de les résumer. Souvent, il a répondu qu'il n'avait pas entendu ce que disait l'autre. En fait, la pratique d'écoute n'est pas une caractéristique du futur bureaucrate haïtien. L'obéissance passive est le lot quotidien de l'étudiant haïtien dans son rapport pédagogique avec les professeurs, surtout quand ces derniers nourrissent chez le premier, l'illusion d'une réalisation personnelle assurée, en dépit de l'existence de conditions objectives qui empêchent même l'obtention des objectifs individuels. Il accepte le commandement des professeurs religieux, tandis qu'il montre de l'arrogance la plus active dans son comportement envers des professeurs infidèles. Ces derniers comptent parmi ceux qui démontrent l'énorme difficulté de la réalisation de soi dans le contexte social, politique, économique et culturel de l'Haïti contemporaine. La violence verbale reste le contenu de cette arrogance désarmée. La socialisation de la vie reste le plus grand traitement psychologique que l'on puisse appliquer au projet de vie individualiste qui anime la volonté d'étudier en Haïti. Les ressources matérielles sont rares ; les « ressources humaines » sont abondantes. L'abondance et la rareté doivent se rencontrer en vue du bonheur de tous ceux qui se partagent l'espace haïtien. Il est difficile de comprendre les attitudes de l'étudiant haïtien en dehors de son rapport avec la réalité sociale. Nombreux sont ceux qui ne se gênent pas à dénier au créole, le statut de langue. Ce faisant, il se croit supérieur aux créolophones, mais en fait, il se dénie lui-même en tant que personne, puisqu'il ne parle aucune langue : il est aussi maladroit en créole qu'en français. L'étudiant haïtien cultive donc la culture de l'auto-domination si singulière au petit cercle des lettrés qui répriment toute construction visant la libération des couches majoritaires de la population. Port-au-Prince, 18 juin 2004.
LE CRI DE DESSALINES ! ANALYSE PORT-AU-PRINCE, 20 Juin - "Et mes pauvres frères venus d'Afrique, il ne restera donc rien pour eux!", se serait écrié l'Empereur Dessalines instruit de l'intention des anciens libres (métis) de se partager les grandes propriétés laissées par les colons qui ont fui après la victoire des troupes indigènes sous le commandement de Jean-Jacques Dessalines le 18 novembre 1803. Celui-ci sera assassiné peu après, le 17 octobre 1806. Le premier chef d'Etat d'Haïti doit se retourner dans sa tombe aujourd'hui que les Haïtiens n'ont même pas droit à commémorer le bicentenaire de l'indépendance de leur pays. Le Bicentenaire est célébré partout, sauf en Haïti. Festival Smithsonian ... Ce 23 juin s'ouvre à Washington D.C. le traditionnel festival Smithsonian, dont Haïti est cette année l'invité d'honneur. "Haiti: liberty and creativity from the mountains to the sea" (Haïti: liberté et créativité des montagnes à la mer). Haïti sera représentée par une centaine d'artistes et d'artisans de toutes catégories, conduits par l'ex-Première dame Geri Benoît Préval. Celle-ci aurait eu toutes les difficultés du monde pour mener à bien cette tâche: financières (plus préoccupés par la crise politique, les commanditaires haïtiens se sont faits tirer l'oreille), logistiques, politiques (plus d'un groupe ou cénacle, aussi bien en Haïti qu'en diaspora, n'aurait pas dédaigné cet honneur).
Justice
- Corruption : l'Affaire du Juge Pierre Josiard Agnant La NCHR a appris avec indignation et consternation la nouvelle de la réintégration du Juge Pierre Josiard AGNANT au sein de l'appareil judiciaire. La NCHR rappelle que le 23 janvier 2003, le Juge Pierre Josiard AGNANT avait décidé de libérer de manière suspecte le nommé Jean Salim BATRONY alias Johny Batrony accusé de trafic illicite de stupéfiants après qu'une perquisition eut permis de découvrir chez lui un stock constitué de cinquante huit (58) kilogrammes d'une substance blanchâtre dissimulée dans des boites testée positive à la cocaïne. Des informations persistantes circulant dans les couloirs du Palais de Justice et à travers la Capitale laissaient entendre que le Juge aurait monnayé sa décision. Un montant de trois cent cinquante mille dollars américains (350 000$US) aurait été dépensé par l'accusé dans la transaction insistait-on avec force détails. Face au tollé soulevé par cette décision surprenante et dans le but de combattre, disait-on, la pratique du pot-de-vin au sein de la Justice, le Ministère de la Justice a décidé de mettre le Juge en disponibilité, le Gouvernement Américain annula son visa d'entrée aux Etats-Unis d'Amérique et le Conseil Supérieur de la Magistrature a été saisi du dossier sur plainte du Coordonnateur de la Commission Nationale de Lutte contre la Drogue. Le 6 février 2004, le Conseil Supérieur de la Magistrature a rendu un arrêt infligeant au Juge AGNANT la peine de censure simple. Ce faisant la plus haute instance judiciaire du pays reconnaît comme fondés les reproches d'immoralité à lui adressés. Les motifs de l'arrêt sont, on ne peut plus, accablants :
Avec un tel arrêt dans son dossier, la NCHR se demande quelle moralité dispose désormais un tel Magistrat pour continuer à juger ses semblables. Quel sens a le binôme : Justice et Ethique pour ceux qui l'ont autorisé à reprendre ses fonctions ? Une telle décision n'autorise-t-elle pas à questionner l'engagement proclamé du gouvernement de transition à combattre le trafic illicite de la drogue, l'impunité et la corruption ? La NCHR considère la réintégration du Juge Pierre Josiard AGNANT dans ses fonctions, comme un message terrifiant pour les partisans de la lutte anti - corruption au sein de l'appareil judiciaire. Il s'agit là d'une décision inacceptable qu'il convient de corriger.
La Voie pour Haïti et les Peuples NoirsRay Killick, 2004-06-07
Je portais toujours des pantalons courts quand j’entendis parler pour la première fois de la Négritude. En ce temps-là, le leader Sénégalais Sédar Senghor, plus tard membre de l’Académie Française, était reconnu comme le père de la Négritude. En enfant curieux, je m’acharnais à en chercher la mère. J’ai cherché et n’ai rien trouvé. Toutefois, au hasard de mes recherches, je suis tombé sur cette perle de Senghor : “La sensibilité est Nègre. L’art est Hélène”. Alors, confus et perplexe, je me suis arrêté de chercher d’autant plus que René Dépestre disait déjà “Bonjour et Adieu à la Négritude”. “Laissons Senghor avec sa pensée figée.” Pensais-je alors, car je n’avais pas encore développé ma plume, écoulant plutôt le plus clair de mon temps à mémoriser ces pages inutiles sous la lampe à kérosène, témoin fidèle et centenaire de l’échec de l’une des plus brillantes et prometteuses révolutions de l’humanité. En
Haïti, c’était toujours une question de peau. Dans sa honte, même l’homme
démuni, déshumanisé par nos élites irresponsables, empruntait également
cette échappatoire, oh combien facile ! Comme si leurs peaux pouvaient les
unir et biffer les rengaines, les petiteries, les jalousies et les
besoins primaires aux cahiers de leurs consciences. Aujourd’hui,
trente ans plus tard, j’entends parler de néo-Négritude dont Thabo M’Beki
serait le champion et “Aristide le pion ?” selon Claude Moïse du
journal haïtien “Le Matin”. Néo-Négritude ? C’est quoi exactement ?
Ce n’est certainement pas de la mécanique céleste, encore moins de la
recherche sur l’énergie solaire ou même un pont à jeter sur l’Artibonite
ou des récoltes abondantes de café, de maïs et de mil. Non, ce n’est pas la
scolarisation de millions d’enfants noirs de l’Afrique sub-saharienne et des
Caraïbes. Ce n’est pas une durée de vie de 76 ans à la naissance ou un médecin
pour 100 familles ou une politique de prévention du SIDA. Non ! Ce n’est
pas la vision d’émancipation du nègre vers l’humain. Ce n’est pas le
destin grandiose qu’on forge par la réflexion, la vision, le travail, la démocratie
et le respect des droits humains. Ce
n’est qu’une nouvelle farce. Du superficiel. De la rhétorique de bonne
conscience. Une question de peau, pas plus, pour sûr. Ce n’est pas la cure du
mal d’Haïti ou de l’Afrique. Examinons de près les tenants de cette néo-Négritude
et vous verrez, amis lecteurs, qu’il ne peut s’agir de quelque chose de très
profond. FAUSSETÉ de la NÉGRITUDE Dites-moi
ce que vous faites et je vous dirai si vous êtes faux ou pas. N’est-ce pas
Thabo M’Beki, qui, il y a quelques années, déclarait à tue-tête sur une
grande chaîne de télévision américaine
que son pays n’avait pas un problème de SIDA et refusait par orgueil
l’assistance nécessaire en l’occurrence ? N’est-ce pas ce champion d’un
nouveau réveil africain qui pourvoyait la police lavalassienne en gaz
lacrymogènes et armes meurtrières pour réprimer dans le sang la révolte des
Gonaïves et les marches pacifiques à Port-au-Prince et à travers le pays
? N’est-ce pas le seul chef d’état du monde à avoir assisté aux cérémonies
soi-disant commémoratives de la geste de 1804 ? On dirait un leader qui se
cache les yeux pour défendre tout ce qui est noir même l’indéfendable.
Est-ce ce qu’on entend par néo-Négritude dans la pratique quotidienne
des choses ? Même
les supporteurs les plus acharnés de l’ex-tabarrois l’avaient fui en
ce jour qui marquait deux cents ans de déclin brutal et vertigineux. Le Black
Caucus à l’exception de Maxine Waters qui ne jouit d’ailleurs d’aucune crédibilité
dans le débat politique américain s’était distancé de la bêtise humaine.
Les chefs africains sont restés figés dans leur honte collective boudant la
commémoration d’une geste épique unique dans les annales de l’histoire du
monde. Personne
n’était dupe, même pas M’Beki qui choisissait de faire barrage à une
alternative meilleure pour un peuple frère. Tout le monde savait que ces cérémonies
du premier janvier 2004 n’étaient que la célébration de la réussite
personnelle d’un homme et de sa femme “aux mille doigts”, la Trouillot de
nos misères, parvenue d’entre les parvenus. Oui, pas plus que cela, la réussite
d’un homme qui peut désormais s’acheter bon nombre de chefs africains,
noir-américains et antillais. Qui
est le pion de qui ? ABSENCE TOTALE de VISION L’argument
à savoir que le Black Caucus cherchait à discréditer l’administration Bush
en l’accusant d’avoir fomenté les troubles qui ont élégamment mis le tabar-rois
en position d’échec et mat est beaucoup plus plausible. Ce, d’une part à
des fins électoraux, et d’autre part pour avoir perdu avec leurs acolytes des
privilèges et contrats alléchants du gouvernement déchu. Comme succursale de
la honte du parti Démocrate américain, le Black Caucus demeure un pion de la
stratégie de ce parti minoritaire pour regagner le pouvoir en novembre prochain.
Il est tout aussi corrompu que la vieille machine libérale qui supporte les
associations mafieuses telles que l’union des enseignants, galère par
excellence de la médiocrité où la séniorité l’emporte toujours sur la
compétence et la performance. D’où la qualité inférieure, en général, de
l’enseignement public surtout dans les communautés minoritaires des
Etats-Unis. Où
est le Black Caucus dans tout ça, nom de Dieu ? C’est avec l’éducation
qu’on fait un peuple, pas avec la peau. C’est avec le
“contenu du caractère” que Martin Luther King voulait faire des
noirs des citoyens de premier plan. C’est avec un King qu’on fait les
peuples, pas avec M’Beki ou Maxine Waters ou le ramassis d’esprits dénués
de vision du Black Caucus. D’ailleurs,
leur support pour le boucher de Tabarre est un témoignage éloquent de la
superficialité de la néo-Négritude. Au lieu de s’engager aux côtés de
leurs peuples démunis, la majorité des dirigeants noirs du monde entier
choisissent les chemins étriqués de la barbarie, de la gabegie administrative,
de la répression, et de la désinformation, enfonçant inexorablement leurs
pays dans le quart-monde et dans la honte. A les entendre, on dirait
qu’Aristide fut un “président démocratiquement élu” en 2000. De
plus, ils font semblant de défier la puissance des Etats-Unis pour affirmer
l’identité et la souveraineté des noirs -- attitude plus réactionnaire que
créatrice. Qu’à cela ne tienne ! L’identité réelle s’acquiert par
le travail et la connaissance, par les réalisations humaines qui forgent les
nations. Le respect et l’honneur se gagnent à la sueur du front des peuples.
Pas à travers des mouvements creux comme la néo-Négritude qui nous rappelle
une initiative tout aussi superficielle, la Marche d’un Million d’hommes
Noirs de Louis Farrakhan sur Washington, D.C le 16 Octobre 1995. Il est
alors de bon ton de se poser la question : Et puis après ? M’Beki
et la néo-Négritude appartiennent au passé avec tous ceux qui s’acharnent
à les suivre. Le Black Caucus n’a aucune vision d’émancipation pour la
masse noir- américaine. On ne le voit articulant aucune stratégie ou campagne
autour d’une vision déclarée et relayée sans relâche à travers les
médias. L’Amérique
noire est malade. L’Afrique subsaharienne agonise. Où sont les Toussaint
L’Ouverture, les Martin Luther King, et les Nelson Mandela de la race noire ? L’ART S’APPREND Contrairement
à ce que nous dit Senghor, l’art n’est ni Nègre ni Hélène, il est humain.
Il se développe à mesure que les techniques sociales s’enrichissent et
s’approfondissent, que l’homme devient humain, qu’il sort du limon de la
terre, qu’il se civilise. D’ailleurs, l’art dans sa plénitude accorde nos
sens pour faire jaillir la sensibilité, l’émotion et la joie qu’il
recherche. Que de fois n’a t’on vu des spectateurs pleurer perdus dans
l’_expression de Pavarotti ou de Léontine Price ? Et la joie
d’entendre Whitney Houston ? Ou la note de Beethoven qui fait pleurer un
expert musicien ? Et j’en passe. L’art et la sensibilité se cotisent
toujours pour accomplir une mutuelle plénitude.
Quand
les leaders noirs s’arrêteront de faire des grimaces sur la scène
internationale et s’engageront réellement à émanciper leurs peuples au lieu
de les trahir à la manière d’Aristide qu’ils supportent, la race noire
participera alors à l’universelle chanson de la globalisation comme la Chine
et l’Inde. Et à l’instar de l’Europe, elle s’unira et créera un vrai
marché commun pour traiter d’égal à égal avec tous les autres marchés du
monde. La Négritude et la néo-Négritude ne représentent que des mouvements
superficiels qui marginalisent et empêchent de soulever le grand débat pour
l’émancipation continue et réelle de la race noire. (Où est l’Afrique après
la Négritude ?) HAITI et L’AFRIQUE Cet
article est une carte postale aux dirigeants politiques haïtiens pour leur dire
qu’ils ont non seulement du pain sur la planche en Haïti mais qu’ils ont
aussi un défi à relever au nom de tous les noirs du monde. Tout ce qu’ils
feront de positif et de durable aura des répercussions sur l’Afrique noire. Pour
ce faire, il faudra mettre une sourdine aux ambitions présidentielles et
consolider les partis politiques en deux ou trois grands partis et offrir des
choix limités mais solides au peuple haïtien en 2005. Il y a va de la
compassion et du respect pour un peuple majoritairement analphabète. C’est un
manque de probité intellectuelle que d’entretenir tant de divisions au sein
d’une société et de multiplicité astronomique de choix. Cette fragmentation
de l’espace politique est symptomatique de méfiance, d’un déchirement
profond du tissu social, et surtout d’une attitude de grangou qui vise
à faire mainmise sur l’appareil d’état à des fins d’enrichissement
personnel illicite. N’importe qui ayant une idée moribonde ou deux se croit
en mesure de former un parti politique au lieu de s’associer à un groupement
déjà établi et le renforcer. Ce sont ceux-là, qui, arrivés au pouvoir sans
programme, sans capacité et conviction, se transforment en des Duvalier et
Aristide et brandissent la couleur de la peau pour s’y maintenir avant qu’un
jet de la U.S. Air Force ne vienne les extraire de leur pâturage. Il
faut forger une solution de continuité entre le futur de ce présent pénible
et le passé de misères qui a abruti le peuple haïtien. Sans un peuple émancipé,
il ne peut guère y avoir de miracle national. Sans un peuple uni, Il ne peut y
avoir de nation. Sans leadership éclairé et déterminé, il sera impossible à Haïti de démarrer pour de bon. La Négritude et la néo-Négritude n’ont jamais édifié de civilisations. Ce sont “des mains qui pensent” qui font les peuples. Un jour, les peuples noirs se feront finalement entendre et à ce moment-là on n’aura plus besoin de discours sur le Noirisme ou la Négritude. L’identité noire, acquise au fer du laminoir et à travers des percées dans tous les domaines technologiques, se sera imposée de manière indélébile et positive dans la conscience universelle.
(Publie Sur Haiti-Universite.org) Les rues de Port-au-Prince ressemblent à de véritables
poubelles. Nos mornes sont dépourvus d’arbres. Inondations pendant les
saisons pluvieuses et nuée de poussière durant la saison sèche. Le peuple haïtien
doit être instruit pour remédier à cette situation. Un défi pour notre
Presse.
Haïti
dévastée par la pluie
Hélicoptères. La découverte de ces nouvelles victimes porterait à plus de 1 600 morts le bilan des inondations côté haïtien. La force multinationale, qui compte 3 500 hommes, a consacré tous ses moyens aux opérations de secours, acheminant par hélicoptères vivres, eau potable et médicaments dans les régions les plus affectées, notamment autour de Fonds-Vérettes. Mais toutes les rotations d'hélicoptères n'ont pu être menées à bien hier à cause des mauvaises conditions météorologiques. Selon un photographe de l'AFP qui a pu accompagner une mission héliportée américaine, Fonds-Vérettes est une ville qui a cessé d'exister, transformée en immense terrain vague. La localité, de plus de 40 000 habitants, était bâtie sur le lit d'une rivière asséchée la majeure partie de l'année et qui ne se remplit brièvement d'eau qu'en cas d'intempéries majeures. La déforestation sauvage que subit Haïti depuis des années est en partie responsable de la catastrophe. Dans ce pays, le plus pauvre du continent américain et qui manque cruellement entre autres choses d'énergie, les habitants déboisent systématiquement les forêts pour en faire du charbon de bois de cuisine. L'ancienne «perle des Antilles» ne compte plus que 2 % de surfaces boisées. Secours. En République dominicaine, le dernier bilan officiel est de plus de 300 morts, 375 disparus et 120 blessés, presque tous à Jimani, la ville la plus lourdement frappée, dans le sud-ouest, à la frontière avec Haïti. Les Nations unies ont annoncé hier l'envoi de deux missions pour évaluer les besoins et coordonner les secours. Par ailleurs, le Programme alimentaire mondial (PAM) a pu faire parvenir mercredi par hélicoptère à Fonds-Vérettes trois tonnes d'aide alimentaire. D'après AFP, Reuters http://www.liberation.fr/page.php?Article=209849
Après le Départ Forcé d'AristideLe Monde Diplomatique, 2004-05-22
L’Etat haïtien n’existe plus. Ce qui en restait, de plus en plus limité à sa force répressive, s’est effondré en quelques semaines. Dans la période d’incertitudes qui s’ouvre, quatre grandes forces haïtiennes tenteront de s’imposer : — Lavalas,
le parti du président déposé Jean Bertrand Aristide, est affaibli ; mais
il n’est toutefois pas tout à fait hors-jeu, car il continue à être soutenu
par des membres de la fonction publique et des cadres provinciaux ;
— l’opposition
démocratique, formée contre M. Aristide, est constituée de plusieurs
dizaines de partis politiques sans troupes et souvent sans programme. Elle est
confrontée à un risque d’éclatement face à la perspective du pouvoir. Réunissant
différents partis, certains de type social-démocrate, d’autres clientélistes
voire macoutes, elle est dans l’impossibilité de s’unir durablement sur un
programme commun, le seul élément ayant permis son rassemblement étant la
volonté de chasser le despote Aristide ;
— une troisième force, beaucoup plus intéressante, a émergé depuis dix-huit mois, du côté de ce que l’on appelle la « société civile », qui exige pour fonctionner les cadres d’un Etat de droit - une première dans l’histoire d’Haïti, où la politique a toujours été monopolisée par des professionnels douteux.
Cette
mouvance est elle-même très hétérogène, puisque s’y retrouvent aussi bien
les Eglises et une nouvelle classe patronale acquise au néolibéralisme qu’un
mouvement étudiant, des syndicats paysans, des associations communautaires et
un mouvement féministe en plein développement. Ces derniers étaient par
exemple présents aux forums sociaux mondiaux, aussi bien à Porto Alegre qu’à
Bombay. Croissant ces derniers mois, leur rôle dans la « société civile »
reste tout de même minoritaire ;
— enfin,
les « barbares du nord ». L’« armée cannibale » au
service des basses œuvres de M. Aristide s’est retournée contre lui et
a aggloméré toute la lie des régimes précédents, des « attachés »
(paramilitaires) de la période de la dictature de M. Raoul Cedras
(1991-1994) aux macoutes de la fin du duvaliérisme. L’ancien officier Guy
Philippe, qui commande l’ensemble, est lui-même impliqué dans le trafic de
drogue, et plusieurs de ses lieutenants ont été condamnés à la peine
maximale pour des massacres commis dans les bidonvilles.
Le
fer de lance de cette milice devenue « front de libération » est
constitué des anciens du FRAPH (1),
pour la plupart agents de la CIA, deux cents à trois cents hommes
tranquillement réfugiés depuis 1994 en République dominicaine ou aux
Etats-Unis... L’état de désespérance de la population haïtienne explique
qu’ils aient malgré tout été accueillis comme des sauveurs.
Sur le plan diplomatique, deux surprises sont à noter : d’une part, les Etats-Unis ont peiné à définir leur politique haïtienne. Le puissant lobbying mené par M. Aristide à Washington - à travers le Black Caucus (2) mais aussi directement auprès de la conseillère à la sécurité nationale Condoleezza Rice - l’a longtemps préservé du pire. Par ailleurs, les Etats-Unis étaient reconnaissants au président haïtien d’avoir su les préserver d’un afflux de boat people.
L’arrivée
massive d’Haïtiens sur les côtes américaines est en effet le motif habituel
du réveil de Washington face à Port-au-Prince. Quoi qu’il en soit, les
Etats-Unis se sont assuré des soutiens dans toutes les factions, aussi bien au
sein de l’opposition démocratique que des « barbares du nord ».
Toute évolution de la situation peut leur permettre d’agir très vite
puisqu’ils peuvent solliciter leurs alliés dans tous les camps.
D’autre
part, la seconde surprise, c’est le rôle exceptionnellement actif de la
France, qui n’avait plus de politique haïtienne depuis 1994, et s’était
alignée - tout comme l’Union européenne - sur les résolutions de
l’Organisation des Etats américains (OEA). Au-delà de la solidarité
francophone, et du plus grand intérêt manifesté par le Quai d’Orsay depuis
2002, le bicentenaire de la révolution haïtienne fut l’occasion, pour
l’opinion publique, d’une révélation du rôle historique de la France (notamment
à travers le rapport de la commission Régis Debray sur 200 ans de relations
franco-haïtiennes). On peut à ce propos s’interroger sur la place
exceptionnelle donnée à Haïti par les médias français - une place que ce
pays n’avait jamais eue depuis 1991 lors de l’émergence d’Aristide, son
élection à la présidence et le coup d’Etat.
Il
faut ajouter à cela le fait que les forces armées américaines sont fortement
impliquées sur d’autres terrains, et que la campagne présidentielle
s’annonce plus difficile que prévu pour le président George W. Bush. Le
problème haïtien pèse en effet sur le vote de cet Etat déterminant qu’est
la Floride, où réside une forte minorité haïtienne et où la population (floridienne
et cubaine) fait preuve d’une forte hostilité à la perspective d’un
nouveau flux d’immigration.
Cependant,
ce sont aujourd’hui les Etats-Unis qui vont former le nouveau pouvoir. M. Boniface
Alexandre, le gouverneur par intérim, est un homme de paille. Les élections
seront très difficiles à organiser dans un délai de moins de trois mois, et
il ne serait pas étonnant que des « gouvernements provisoires » se
prolongent. L’opposition démocratique, après avoir juré le contraire,
semble prête à faire sa place, de manière officielle ou occulte, à M. Guy
Philippe, l’homme fort du nord. Ce type d’alliance paraît contre-nature, et
constituerait un nouveau et dramatique retour aux vieilles habitudes de la
« gouvernance » haïtienne. Un gouvernement mariant les contraires
ramènerait Haïti aux pires ornières de son histoire.
Mais
certains secteurs de la société civile, et surtout les centaines de
journalistes de radio, très mobilisés et très ouverts sur les pratiques démocratiques
hors d’Haïti constituent l’un des meilleurs remparts contre les dérives
envisageables. Dans un pays analphabète comme Haïti, un seul média pèse
vraiment, les radios, accessibles partout. Elles étaient d’ailleurs la cible
préférée d’Aristide au cours des deux dernières années.
L’intervention
militaire des Etats-Unis, du Canada et de la France ne paraît pas avoir fixé
clairement ses objectifs. Certes, il s’agit de « sécuriser » le
pays livré à des bandes plus ou moins contrôlables. Il s’agit aussi d’éviter
une catastrophe alimentaire - Haïti étant complètement dépendante de
l’aide extérieure. Mais pour le moyen terme, quelles pressions communes
faut-il exercer sur la constitution d’un nouveau pouvoir ? Les Etats-Unis
d’une part, et les autres membres de la communauté internationale n’ont
peut-être pas des pratiques démocratiques souhaitables la même conception.
Pour
le secrétaire d’Etat Colin Powell, il s’agit de faire émerger « une
nouvelle culture politique en Haïti ». Il s’agirait d’un
changement de cap, quand les Etats-Unis n’ont cessé, depuis la chute de
Duvalier, d’essayer de prolonger les vieilles pratiques. N’oublions pas
qu’ils ont participé au coup d’Etat contre Aristide (1991), qu’ils
l’ont ramené au pouvoir (1994), soutenu contre tous (2002-2003), et enfin
enlevé et chassé manu militari (2004). Ce que les quinze pays membres de la
Communauté économique de la Caraïbe (Caricom) dénonçaient, le 3 mars,
en se déclarant « extrêmement déçus » de l’implication
des « partenaires occidentaux » en lieu et place des soldats
de l’Organisation des Nations unies (ONU).
Les
grandes puissances devront rapidement décider si elles se contentent d’une opération
de « police » et d’aide humanitaire, ou si elles entendent renouer
avec le travail mené par l’ONU entre 1995 et 1997 pour créer les fondations
d’un Etat de droit : police, justice et administration. Si elle veut
alors pouvoir s’appuyer sur des forces locales, la communauté internationale
devra soutenir les mouvements communautaires, seuls capables d’amorcer une démocratie
participative - et surtout de contrôler les fonds qui pourraient être injectés
dans le pays.
Dans ce cas, une intervention de longue haleine avec des forces nombreuses sera nécessaire. Sa composition - pour la rendre crédible - devra comporter le moins possible d’éléments américains. Ce qui sera toujours difficile à faire accepter dans une zone considérée à Washington comme son arrière-cour. Christophe
Wargny
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