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Gérard
Latortue : "La France a une obligation morale vis-à-vis de notre pays"
Haïti
la maudite
Haïti
suffit à ma déprime
1888
représente une situation semblable à la situation courrante en Haïti
Haïti :
retour à une « mauvaise normalité »
HAITI-TRANSITION:
Est-ce un provisoire dans le définitif ?

Gérard
Latortue : "La France a une obligation morale vis-à-vis de notre pays"
Entretien avec le premier ministre haïtien
Votre gouvernement est critiqué pour sa lenteur : que répondez-vous
?
C'est vrai, l'impatience de la population est grande. L'héritage "aristidien"
est un chaos généralisé. Le caractère dictatorial du régime n'était pas
toujours perçu car le gouvernement de M.
Aristide dépensait des sommes considérables pour s'acheter de l'influence.
Chacun de ses lobbyistes aux Etats-Unis touchait 30 000 dollars par mois, soit
plus que le total des salaires de notre mission diplomatique à l'Organisation
des Etats américains. Il versait 9 millions de dollars par an à la Steel
Corporation -compagnie de sécurité de San Francisco qui assurait la
protection de l'ancien président-. Certaines "chimères"
recevaient des chèques de quatre ou cinq ministères ou entreprises publiques.
Tout cela, c'est terminé.
La criminalité augmente et les anciens "rebelles" n'ont pas été
désarmés. Pourquoi ?
Oui, les commerçants sont inquiets. J'ai demandé au chef de la police
d'organiser des patrouilles, à pied, dans le bas de la ville. Et nous devons
recruter de nouveaux policiers. Quant aux rebelles, le gouvernement de
transition est prêt à dialoguer avec eux. Ce sont d'anciens militaires démobilisés
qui ont contribué pendant des années à un fonds de pension et qui ont été
complètement ignorés. Ils ont aidé à libérer Haïti de la dictature
d'Aristide. Il y a encore à l'étranger des bien-pensants d'une certaine gauche
qui voient en Aristide un anti-impérialiste, un défenseur des pauvres.
Demandez donc aux étudiants, aux paysans, aux femmes de ce pays ! Mais les
mythes ont la vie dure...
L'ancien président réclamait à la France plus de 21 milliards de
dollars au titre de la "dette de l'indépendance". Quelle est
la position du gouvernement ?
A l'époque, j'avais déclaré que cette demande n'avait aucune base légale,
qu'elle relevait de ces fantasmes dont Aristide a le secret. Il faut cependant
reconnaître qu'elle avait rencontré un certain écho dans la population. Dans
notre subconscient, nous avons mal accepté d'avoir été le seul pays à avoir
dû payer des sommes importantes pour faire reconnaître notre indépendance,
acquise au prix de rudes batailles et de lourdes pertes. Nous sommes passés de
la colonie la plus prospère, Saint-Domingue, au pays le plus pauvre. Outre
notre mauvaise gestion de l'économie nationale, le fait est que le pays a été
grevé par cette dette de l'indépendance.
Mais il faut dépasser les aspects émotionnels de cette question, et je
pense que la France a plutôt une obligation morale vis-à-vis d'Haïti. Sa
contribution pourrait prendre la forme d'une ligne de crédit mise à la
disposition d'entreprises françaises pour des travaux d'infrastructure dans les
secteurs de l'énergie ou de la construction de routes. Grâce à son expérience
africaine et antillaise, la France peut jouer un rôle de premier plan dans la
modernisation d'Haïti, seul pays de l'ancien empire colonial qui n'a jamais reçu
la visite d'un chef d'Etat français.
N'êtes-vous pas déçu par la lenteur des bailleurs de fonds ?
J'ai trop longtemps travaillé aux Nations unies pour ne pas connaître les
lenteurs inhérentes au système. Mais j'espère que des fonds seront
disponibles à court terme. Lors d'une réunion, en avril, les bailleurs de
fonds ont compris la chance d'avoir affaire à un gouvernement non partisan,
dont les membres ont été choisis sur la base de leur compétence, de leur
intégrité,
de leur engagement démocratique et non en raison de leur appartenance politique.
Tous les membres du gouvernement ont accepté de ne pas participer aux
prochaines élections. Nous sommes beaucoup plus libres pour entreprendre les réformes
de structures indispensables.
Pour les investissements dans les secteurs de l'énergie, des routes, des
télécommunications,
de la santé, de l'éducation, il faudrait environ 200 millions de dollars par
an sur cinq ans. Surtout, il faut éviter le saupoudrage. Cela fait plus de
cinquante ans que la communauté internationale dépense de l'argent en Haïti,
et les résultats sont proches de zéro. Il vaut mieux se concentrer sur une ou
deux actions telles que l'électrification et la construction de 3 000 kilomètres
de routes pour désenclaver le pays. Cela permettrait de ranimer l'économie.
La communauté internationale n'aurait pas à revenir tous les dix ans pour
tenter de sauver Haïti. En raison de la mauvaise gouvernance, les bailleurs de
fonds ont privilégié les ONG, ce qui a encore affaibli l'Etat haïtien.
Aujourd'hui, ils ont la chance d'avoir en face d'eux un gouvernement capable qui
a un programme de développement.
Propos recueillis par Jean-Michel Caroi
ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 13.05.04
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Haïti
la maudite
Par Jean-Hebert ARMENGAUD
mardi 27 avril 2004
«Haïti : la fin des chimères ?»,
documentaire de Charles Najman.
On a beau aimer Haïti et les Haïtiens,
difficile d'être optimiste sur l'avenir de ce pays des Caraïbes. C'est un peu
ce qui arrive au réalisateur Charles Najman, qui pratique l'île depuis une
quinzaine d'années. Il est notamment l'auteur du premier long métrage de
fiction à avoir été entièrement tourné dans le pays, Royal Bonbon,
prix Jean-Vigo en 2002. Charles Najman est retourné à Haïti pour les célébrations
du bicentenaire de la «première république noire» du monde qui a vidé
les troupes napoléoniennes et proclamé son indépendance en 1804. Il en
rapporte ce Haïti : la fin des chimères ?, documentaire tiré au
cordeau, plein d'estime et d'admiration pour ce peuple manipulé et maintenu
dans la misère depuis deux siècles par des dirigeants qui détournent les
institutions à leur seul profit.
Le film est aussi une nouvelle pièce à
charge au dossier du dernier de ses dirigeants peu scrupuleux, Jean-Bertrand
Aristide, héritier de cette lignée de despotes paterno-populistes. Rien
d'autre qu'un «petit bonhomme qui rêvait de pouvoir absolu, de richesse, de
femmes...», témoigne Gérard Pierre-Charles, une figure de la gauche haïtienne
qui fit un bout de chemin aux côtés d'Aristide, avant que celui-ci ne mette le
pays sous la coupe de sa «famille Lavalas», son parti, où le terme «famille»
évoque surtout la Cosa Nostra, comme le remarque justement l'historien Laennec
Hurbon. Sous la coupe, aussi, de ces «chimères», gangs armés financés par
le Palais présidentiel pour réprimer violemment, jusqu'au meurtre, toute
opposition, politique, médiatique ou associative. Des sbires déjà utilisés
sous d'autres noms par d'autres dictateurs haïtiens. Aristide voulait faire du
bicentenaire une fête à sa seule gloire, il s'est enfui en exil, nuitamment,
deux mois plus tard, sous la pression d'un début de rébellion armée, des
incessantes manifestations de l'opposition et de pressions
diplomatiques quelque peu insistantes... Deux cents ans après la révolution
des esclaves contre la métropole, «voyez dans quel état est le premier
peuple noir indépendant : on vit dans la boue et on a faim», témoigne
un habitant d'un de ces immenses bidonvilles de Port-au-Prince «où les gens
dorment dans les détritus». Aristide, l'ex-«prêtre des pauvres» dévoyé
a abandonné à leur sort ces millions de mal-nourris qui l'avaient
triomphalement élu président en 1990. Au-delà de son seul cas, depuis deux
cents ans, les dirigeants haïtiens ont tous préféré se remplir les poches
plutôt que de tenter de créer une nation. Comme le dit Billy, chef de gang
dans le bidonville de Cité Soleil, qui a longtemps fait le coup de feu pour
Aristide, «on est indépendants mais on ne vit pas».
http://www.liberation.fr/page.php?Article=200066
©
Libération
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Haïti
suffit à ma déprime
Par Lyonel TROUILLOT
samedi 15 mai 2004
Lyonel Trouillot est
romancier et poète. Il est né en 1956 dans la capitale haïtienne,
Port-au-Prince. Aujourd'hui, il vit et travaille toujours dans sa ville natale,
où il enseigne la littérature à l'Institut français d'Haïti et à
l'Université caraïbe. Membre actif du collectif «NON» créé à la fin de
l'année 2003, au moment des événements tragiques d'Haïti qui ont donné lieu
au départ d'Aristide, Lyonel Trouillot est de longue date engagé sur le front
de la résistance à la dictature et de la reconstruction démocratique de son
pays. Il a publié chez Actes Sud Rue des Pas-Perdus (1998), Thérèse en mille
morceaux (2000), les Enfants des héros (2002). A paraître, chez le même éditeur,
Bicentenaire (août 2004) et Journal d'une insurrection (novembre 2004).
SAMEDI
Mais l'enfant, je l'aime
Je me rends tôt chez un ami qui travaille dans l'information. Il sait que
les bailleurs de fonds qui travaillent avec Haïti ont des exigences très
précises.
Que l'Etat haïtien devra s'y faire. Ma première nouvelle du jour, c'est que
mon pays n'a pas le capital pour penser son avenir. Mes premières émotions, la
colère et la honte. Une voisine vient nous raconter que des ravisseurs
d'enfants ont emmené son fils. Je ne sais pas ce qu'il faut penser de la mère
: elle parle riche, transpire de vieux préjugés. Mais l'enfant, sans le
connaître,
je l'aime. Même quand la vie est ainsi faite, il pourrait mal grandir et parler
comme sa mère. J'ai entendu annoncer la tenue d'une rencontre sur le travail
des enfants. Ce n'est pas le cas du petit de la voisine qui parle trop. Il a de
la chance. Les ravisseurs l'ont rendu à ses parents. La mère vit son retour
comme une grâce de Dieu, mais elle a payé en dollars. On marchande les enfants,
on les met au travail. Qu'est-ce donc que ce monde ? Ici ils crèvent de faim,
là-bas
ils font la guerre.
DIMANCHE
L'ici et l'ailleurs
Cette semaine ne me va pas. J'ai raté la veille un événement essentiel : Demele,
un spectacle fait d'authentiques chants vaudou. Je me dis que les choses ont
vraiment changé en Haïti. Il y a quelques années, on ne pouvait être que
catholique dans sa vie publique, officielle. Un petit groupe parlait français,
et les autres ne parlaient pas. La nouvelle qui me frappe le plus, c'est la
visite de René Depestre en Haïti, qu'on annonce pour vendredi, dans la délégation
qui accompagne le ministre français des Affaires étrangères. Le dimanche,
jour de repos, je n'écoute jamais les nouvelles étrangères. Mais Depestre
c'est son style c'est l'ici et l'ailleurs. Je regarde quand même le
championnat espagnol sur ESPN Amérique latine. L'équipe de Valence est
championne depuis la semaine précédente, et le match est sans importance. Je
suis heureux que le Real n'ait rien gagné. Depuis trois ans qu'ils nous
emmerdent avec des conneries du genre «l'équipe galactique», «le
club des millionnaires». Malgré tous les clichés qui nous vendent de la
mondialisation dans les rubriques économiques, la presse sportive emporte la
palme. Après le match, je regarde mon manuscrit. C'est la première fois en
trois jours qu'il me revient l'idée que j'ai un roman à finir.
LUNDI
Neuf Ave Maria
J'ai relu mon texte. Faut quand même parler de choses qui intéressent les
gens. Mais qu'est-ce qui intéresse les gens ? En France, Sarkozy, l'UMP et les
luttes internes ? En Russie, Poutine pleure la mort du président tchétchène,
après tout il l'avait «élu». En Irak, on compte les morts : trente, c'est
pas mal pour un seul jour. Et les Etats-Unis, leaders de toutes les productions
mondiales, actualisent l'invention nazie de l'industrie porno-sado-photographico-militaire.
Les Anglais, Tony Blair oblige, sont soupçonnés de les suivre de près. Mais
la nouvelle la plus importante me semble être le doute émis par un général
américain sur l'issue de la guerre. Celui-là a compris que les Etats-Unis
n'ont pas le soutien de la population irakienne. Il réclame une stratégie de
sortie. Une demande impossible, s'il faut en croire Rumsfeld. Cherchant désespérément
d'autres choses sérieuses pour boucler mon lundi, je trouve par hasard, dans
les petites annonces du quotidien le Nouvelliste, cette prière anonyme :
«Je demande à sainte Claire de recouvrir ma tête de son manteau
sacré, et conduis-moi, sainte Claire, pour que tu
puisses résoudre mes problèmes. Récite cette prière et neuf Ave Maria
pendant neuf jours avec un cierge en main, le dernier jour laisse le cierge se
consumer.» Conseil aux généraux, peut-être.
MARDI
«Yesterday»
Un nouveau directeur est installé dans le noir à l'hôpital de l'université
d'Etat d'Haïti. Le générateur est en panne. J'ai envie de crier au monde dans
quel état le pouvoir Aristide-Lavalas a laissé l'administration publique
haïtienne.
Ce qu'on découvre d'horreurs, de gaspillage, de mauvaise gestion. Un pays géré
dans le banditisme, comme une affaire de famille qu'on décide de ruiner après
en avoir tiré le maximum de profits personnels. J'ai envie que le monde entier
ne parle que de ça. Et je rencontre des membres du Front de libération qui
avait pris naissance dans la ville des Gonaïves. J'ai face à moi des hommes
qui aiment leur ville avec passion, qui veulent pour elle une plage publique,
des écoles qui fonctionnent. Je m'accroche, en les écoutant, au rêve de la
reconstruction de mon pays cassé. Le mardi 11 mai 2004, Haïti suffit à ma
déprime.
A ma colère aussi. Je vais malgré tout consulter ma boîte. J'espère un
message d'une jeune femme qui n'a aucune raison de m'écrire. Elle n'a pas
écrit.
J'hérite d'une dépêche sur un appel de l'OMS en faveur des malades du sida.
Moins de 7 % des malades du sida ont accès à un traitement médical. Aristide
qui a tout détruit. Le bonjour espéré qui n'arrive pas. Les richesses du
monde toujours mal partagées. La nuit tombe sur ma voiture. Je ne veux pas de
nouvelles, je cherche une chanson. J'écoute la voix d'un vieil ami qui
travaille tard le soir sur une station de radio avec laquelle je collabore. Il
m'a choisi de belles chansons : Yesterday, et puis, toujours, Hasta
Siempre.
MERCREDI
Le blessé et le gestionnaire
Je vais assister à la projection d'une vidéo sur les manifestations des étudiants
et de la société civile qui ont mis Aristide sur la piste du départ avant que
les Américains ne le mettent dans l'avion. On a tous
vu la mort de près. C'est du bien fait. Une bise pour Roxane Ledan, la
réalisatrice.
La mauvaise nouvelle du jour, le retour de Diego Maradona à l'hôpital. Il
venait d'en sortir moins d'une semaine auparavant. L'hôpital, c'est pas une
bonne fréquentation. Lorsque l'on y va trop souvent, on finit vite par mourir.
Qu'est-ce qu'ils ont donc ces Argentins à donner dans la tragédie aussitôt
qu'ils deviennent célèbres ! Je ne souhaite pas que Diego meure. Cet homme est
un rebelle qui n'a pas les mots pour le dire. Surpuissant et fragile. Je préfère
la fulgurance de son génie à la sagesse de Pelé. Il y a une sacrée différence
entre le blessé et le gestionnaire. L'un a choisi l'excès et l'autre la durée.
Le mercredi, sur fond de Barbancourt, je crains pour la santé d'un homme que je
ne connais pas.
JEUDI
L'événement, c'est la pluie
Le Premier ministre haïtien rencontre Colin Powell. Sur une photo, Colin
Powell regarde sa montre. Sur une autre, ils se serrent la main. Pour nous, sur
notre bout d'île mais chaque peuple n'a-t-il pas son centre du monde ? ,
ces photos sont très importantes. Elles concernent les mensonges et les vérités
qui nous attendent. L'une d'entre elles, sans doute, a une fonction
prémonitoire.
Mais les photos américano-irakiennes nous volent la vedette et font la une du
monde entier. Des images peuvent-elles vaincre la raison du plus fort ? Parlant
du plus fort, le FMI s'est trouvé un nouveau directeur. Il était ministre
d'Aznar. Des pays en voie de développement avaient souhaité une personnalité
plus proche de leurs problèmes, plus attentive à leurs demandes. On parle de
procédure secrète : l'argent doit être géré par un Européen ou un
Américain.
Le monde est certes un grand village, et le racisme n'existe plus. Ni la
discrimination. Ni la domination d'une partie du monde sur le monde. Ce sont des
idées vieilles sur lesquelles se masturbent des cadavres nostalgiques !
Admettons. J'aimerais cependant qu'on m'explique pourquoi un grand footballeur
peut naître à Ouagadougou, mais jamais un grand financier. Heureusement les
peuples veillent. Il y a quelques jours que l'Inde a donné une leçon aux
technocrates de la croissance en faisant mentir les sondages. On ne pense pas
partout pareil. On ne banalise pas les mêmes choses. Ici, à Port-au-Prince, on
a très peu parlé du Festival de Cannes. Juste un article sur le court métrage
d'un réalisateur d'origine haïtienne. J'ai rencontré le comédien Dominique
Batraville, qui tient le rôle principal, frappant aux portes des institutions
privées et publiques, pour ses billets, les frais de séjour. Déambulations de
l'artiste demandeur. Tous les jours, à la secrétairerie d'Etat à la Culture,
des associations de jeunes, des clubs de lecture, des volontés et des projets
en mal d'amis et d'appuis. Ils pensent peu au Festival de Cannes. Pas même aux
intermittents. Ici, ils n'ont pas de statut, quel qu'il soit. Le jeudi, le grand
événement, c'est la pluie. Elle tombe, n'arrête pas de tomber. On sait ce
qu'elle peut faire, emporter les routes, les mobiliers, les corps. Et c'est en
pensant à la nuit que Port-au-Prince veille et glisse du jeudi au vendredi.
VENDREDI
Léo, toutes les nuits
Je n'ai rien à dire. Je regarde la télé. Rien à voir pour tuer le temps.
Rien que le visage de Gainsbourg et un hommage à sa légende. On fume ensemble.
Mais Gainsbourg, je ne l'aime pas vraiment. Rien que quelques chansons avec des
phrases complètes. Je cherche un disque. Et Léo remplace Serge. Léo, toutes
les nuits, toutes les heures. Celui-là avait sa façon bien à lui de donner
les nouvelles du monde. Et de les rendre. Léo disait : «Quand j'emprunte
des paradoxes, je les rends.» Au fond, cela ne veut rien dire. Jouer avec
les mots. Avec les idées. Le vendredi, à l'aube, je sors. Y a ce sempiternel
problème d'électricité. Première station, premier envoi. Panne
d'électricité.
Deuxième station, deuxième envoi. Deuxième panne et troisième envoi. Ce
fragment, que je modifie. L'essentiel, au bout de la semaine, c'est de n'avoir
pas changé. J'ai gardé les mêmes attentes : que cette fille qui n'a aucune
raison de m'écrire m'écrive ; que l'hôpital de l'université d'Etat d'Haïti
fonctionne comme un véritable hôpital, que les richesses du monde soient mieux
partagées, que les photographes sado-porno rentrent chez eux... Des souhaits
banals qui courent les rues du monde. Les journaux,
les radios du monde. J'envoie mon texte et vais enfin pouvoir dormir, en me
promettant de passer au moins une semaine sans RFI ni Radio Caraïbe.
http://www.liberation.fr/page.php?Article=205998
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Libération
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1888
représente une situation semblable à la situation courrante en Haïti
Article de Haiti-Reference
Il faut remonter
à l'année 1888 pour voir se développer une situation plus ou moins
semblable à celle que nous vivons aujourd'hui en Haiti: la perte du contrôle
de la partie septentrionale par le gouvernement central de Port-au-Prince. Le 5
Août de cette année, une révolte prenant d'abord l'allure
d'une protestation contre le gouvernement de Lysius Salomon (1879-1888) éclata
au Cap-Haitien. Elle se transforma vite en une insurrection quand le général
Séîde Thélémaque y prit le contrôle, se dirigea avec ses troupes vers
Port-au-Prince et força le président en exercice à démissionner
et à prendre le chemin de l'exil. Le gouvernement provisoire qui se
forma par la suite, organisa tout de suite des élections auxquelles se portèrent
candidats le chef des insurgés lui-même et un ancien fonctionnaire, François
Légitime. Leurs partisans qui n'avaient, par ailleurs, aucune notion des règles
du jeu démocratique, ne réculaient devant rien, utilisant même la
violence, pour parvenir à leur fin.
Dans la nuit du 28
Septembre, une échafourrée éclata entre les groupes rivaux près du palais
national et le général Thélémaque y laissa sa peau. Les
populations du Nord, de l'Artibonite, et du Nord-Ouest décidèrent alors de
former leur propre gouvernement sous le nom de "République
Septentrionale d'Haiti" tandis que les communes de Port-au-Prince et du
Sud votèrent une nouvelle constitution et élirent François Légitime chef
du pouvoir exécutif d'abord et président d'Haiti ensuite. La scission dura
neuf mois.
Le pays ne s'en remit
pas tout à fait de cette troisième scission. Des foyers de rebellions
continuèrent à se multiplier à travers le pays, et bien souvent la présidence
fut accordée par l'Assemblée législative au chef rebelle le plus
hardi ou menaçant. Une situation qui dura jusqu'à l'occupation américaine
(1915-1934).
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Haïti :
retour à une « mauvaise normalité »
DEUX MOIS APRÈS LA DESTITUTION D’ARISTIDE, LE PAYS PEINE À SE RELEVER DE
LA DERNIÈRE CRISE.
25 avril 2004, Le Devoir
Taillefer, Guy
Près de deux mois après l’éviction du pouvoir du président Jean-Bertrand
Aristide, Haïti est-il de nouveau en train de sombrer dans l’oubli ? La
crise humanitaire demeure entière, la transition politique progresse
laborieusement et la force multinationale de 2600 soldats sous direction
franco-américaine peine à rétablir un minimum de sécurité publique.
« Les résultats sont très
minces, affirme l’un des principaux chefs de l’opposition et candidat
plausible à la présidence haïtienne, Evans Paul, joint cette semaine à
Port-au-Prince. L’ambiance de violence généralisée a un peu diminué, mais
on continue à faire face à la faiblesse des institutions, de la police en
particulier. » La capitale, dit-il, est sans électricité, les rues sont
jonchées de débris.
Bien minces en effet au regard de
l’ampleur des défis de la « reconstruction » haïtienne. Dans un
pays qui n’a pour ainsi dire plus d’État, les systèmes d’éducation et
de santé se sont complètement effondrés. 40 % de la population n’a aucun
accès aux soins de base ;
80 % vit dans la pauvreté. Les
taux d’infection par le VIH et de tuberculose sont de loin les plus élevés
d’Amérique latine. L’accès à l’eau potable souffre d’insuffisances
pires que partout ailleurs dans le monde, selon un groupe d’experts
britanniques qui ont développé un « indicateur de pauvreté en eau ».
Pour ce qui est de l’éducation, un million d’enfants (dans un pays de huit
millions d’habitants) ne vont pas à l’école.
En partie par méfiance à l’égard
d’élites politiques trop souvent coupables dans le passé de détournement de
l’aide étrangère, la communauté internationale tarde encore une fois à
s’émouvoir : les Nations unies n’avaient reçu la semaine dernière
que sept petits millions de dollars sur les 35 millions demandés au début de
mars dans le cadre d’un appel d’urgence lancé en faveur du pays. « Il
est urgent qu’Haïti reçoive cet argent, les problèmes sont toujours là, même
s’il y a une amélioration générale de la sécurité. La criminalité
augmente », affirmait récemment à Genève la porte-parole du Bureau de
la coordination des affaires humanitaires (OCHA), Elisabeth Byrs. Des bailleurs
de fonds étrangers se réunissaient hier à Port-au-Prince pour discuter de la
situation.
La question est de savoir si la
communauté internationale se mouillera superficiellement en faveur d’Haïti
ou si elle acceptera de s’engager à long terme : selon le secrétaire général
de l’ONU, Kofi Annan, il faudra compter un engagement international sur 20 ans
pour véritablement rétablir la paix dans le pays le plus pauvre de l’hémisphère
et relever le niveau de vie. Dans l’immédiat, ainsi que l’affirmait, début
avril, le Comité international de la Croix-Rouge, le pays est revenu, depuis la
crise du départ d’Aristide, à une situation de « mauvaise normalité ».
Doubler la force policière
Résultats il y a, pourtant, même
en petites avancées. Sur le plan de la justice, on a interdit à
d’ex-ministres et proches d’Aristide de quitter le pays, alors qu’une
vague d’arrestations a placé sous les verrous une dizaine de personnes soupçonnées
d’exactions ou de corruption. Jeudi, l’ex-chef paramilitaire Louis Jodel
Chamblain, l’un des principaux leaders rebelles à avoir poussé Aristide vers
la sortie, s’est constitué prisonnier. L’ancien sergent avait deux fois été
condamné par contumace à la prison à perpétuité pour des crimes commis en
1993 et 1994.
Sur le plan, essentiel à court
terme, de la sécurité, une force de paix onusienne de 6700 soldats doit
prendre le relais le 1er juin de l’actuelle force multinationale (qui compte
450 Canadiens). À l’intérieur, le défi consiste à remplumer une police
nationale haïtienne discréditée et affaiblie par les désertions survenues en
février face à la montée du mécontentement populaire et la poussée des
« insurgés armés » regroupés autour de l’officier Guy Philippe,
rentré de son exil en République dominicaine.
Le
gouvernement espère doubler la force policière à 5000 ou 6000 policiers
d’ici deux ans. Mais il estime qu’il lui faudrait jusqu’à
20 000
policiers pour pouvoir couvrir l’ensemble du pays. En une seule journée
mercredi dernier, une campagne de recrutement a attiré 15 000 candidats dans la
capitale. En outre, les nouvelles autorités emmenées par le premier ministre Gérard
Latortue ont révoqué 120 officiers de haut rang il y a deux semaines, se
livrant ainsi à l’opération d’épuration la plus importante depuis la
chute d’Aristide, survenue le 29 février dernier.
Les
« chimères », ces bandes de jeunes armés pro-Aristide qui
faisaient la loi dans les bidonvilles de Port-au-Prince, auraient été
largement muselées. Encore que la situation n’est pas claire. Installé en
Jamaïque, à 160 km d’Haïti, Aristide est soupçonné d’encourager à
distance ses partisans à poursuivre la résistance.
À l’extérieur
de la capitale, le pays continue apparemment d’être largement contrôlé par
les groupes insurgés - que la force multinationale a pour l’instant renoncé
à désarmer. Dans les faits, dit M. Paul, « les villes contrôlées
par les insurgés, et c’est malheureux, vivent dans un climat de plus grande sécurité
qu’à Port-au-Prince, les gens ayant plus confiance en eux qu’en la police
nationale ». Son point de vue est toutefois contredit par les observations
de l’organisation Human Rights Watch, qui parlait récemment d’une « insécurité
croissante » dans le nord du pays, notamment à Cap-Haïtien où sont détenus
des fonctionnaires pro-Aristide, illustrant le climat de vengeance prévalant
dans le pays.
Évolution
politique
Sur le
plan politique, un accord a été conclu début avril pour repousser la tenue
d’élections générales à l’année prochaine, dans la perspective
d’installer le nouveau président élu le 7 février 2006. Dans l’intervalle,
il faudra toutefois obtenir la collaboration de la Famille Lavalas, le parti
d’Aristide, qui use pour l’instant de la capacité de nuisance dont elle
continue de disposer au sein de l’administration publique. Là aussi, les
chances sont qu’Aristide fasse encore jouer certains relais, sinon certaines
sympathies. Une résistance qui s’est manifestée par le refus des
lavalassiens de désigner un représentant au nouveau Conseil électoral
provisoire (CEP), pierre angulaire du nouveau processus électoral. Le premier
ministre Latortue a décidé cette semaine que le CEP entrerait en fonction le
1er mai, que la Famille Lavalas ait ou non nommé son représentant.
Reste
aussi à voir dans quelle mesure l’opposition politique, qui s’est
ponctuellement unie dans son combat contre Aristide sous le parapluie de la
Convergence démocratique, parviendra à éviter les pièges de ses
traditionnelles divisions. « Il y a toujours une certaine cohésion. Mais
on s’achemine vers une nouvelle configuration de la classe politique
haïtienne.
Je m’attends à ce qu’il y ait trois ou quatre blocs à essayer d’obtenir
le pouvoir. »
Si M. Paul
dit garder un « profil bas », il n’en prépare pas moins déjà
son KID à la compétition électorale. Après avoir rompu avec Aristide dans
les années 90, en dénonçant sa dérive dictatoriale. Briguera-t-il la présidence
aux élections de l’année prochaine ? « Une candidature est dans
l’ordre des choses, dit-il, mais je n’ai pas encore pris de décision. »
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HAITI-TRANSITION:
Est-ce un provisoire dans le définitif ?
ANALYSE
PORT-AU-PRINCE, 13 Mars
- La constitution haïtienne a tout prévu. Aussi bien la durée du mandat d'un
président élu (5 ans) que d'un président provisoire. Selon la constitution,
le président par interim a un délai de 45 à 90 jours pour organiser une
nouvelle élection présidentielle. Point.
Or cette semaine, c'est
entre les lignes que le public est contraint d'essayer de deviner les intentions
des nouvelles autorités provisoires installées en Haïti après le départ le
29 février dernier du président Jean-Bertrand Aristide.
Selon l'AFP citant un
des membres du "comité des sages", Paul-Emile Simon, "quant aux
élections, il ne les voit pas avant 'un an et demi à deux ans'".
Un autre membre, Ariel
Henry, a fait remarquer: "L'Organisation des Etats Américains (OEA) a
estimé qu'il faudra un minimum de 9 mois" pour organiser des élections
parlementaires.
Les présidentielles
seraient donc encore plus renvoyées sine die ...
Enfin, au cours d'une réception
organisée vendredi en son honneur par les associations patronales, le Premier
ministre intérimaire Gérard Latortue aurait déclaré qu'il voit les élections
"en plusieurs étapes."
Par conséquent, la
constitution est une fois pour toutes écartée. Dans ce domaine tout au moins
...
Mais dans quel cadre
fonctionne le pouvoir intérimaire que l'on achèvera de mettre en place cette
semaine avec la nomination d'un nouveau gouvernement, après celle du Premier
ministre Gérard Latortue, remplaçant Yvon Neptune resté à son poste après
le départ d'Aristide?
Le même dimanche 29 février,
un Président par interim a été installé en la personne du premier juge de la
cour de cassation, Me Boniface Alexandre.
Mais le recours à la
constitution s'est arrêté là ...
Toute activité économique
bloquée depuis déjà deux semaines ...
Me. Boniface Alexandre
inaugure son mandat en gelant tous les comptes de l'Etat. Mesure de sauvegarde
destinée à protéger les fonds publics. Des ex-ministres ou hauts
fonctionnaires du pouvoir renversé auraient été rattrapés à la frontière
haïtiano-dominicaine avec d'importantes sommes dans leurs bagages. Et
l'immigration canadienne qui a procédé vendredi à l'arrestation de Oriel
Jean, un ex-chef de la sécurité rapprochée du président Aristide, déclare
qu'il voyageait avec US$17.000 en cash, plus un chèque de US$300.000. M. Oriel
Jean arrivait au Canada en provenance de la République Dominicaine.
Cependant cette mesure
a eu aussi pour effet de bloquer toute activité économique dans le pays depuis
déjà deux semaines.
La gigantesque panne d'électricité
qui frappe la capitale depuis la chute de M. Aristide est due à cette mesure:
impossible de débloquer le chèque pour l'achat du gasoil faisant fonctionner
les moteurs électriques.
D'autant que le
ministre des Finances s'est enfui lui aussi ...
Qui a la compétence
de s'adresser aux chefs de mis-sions diplomatiques? ...
Une se-conde mesure du
Président Boniface Alexandre a fait presque autant de bruit. Celle de rappeler
tous les représentants diplomatiques à l'extérieur.
Laissons parler le
quotidien Le Nouvelliste (édition du vendredi 12 au dimanche 14 mars 2004) ...
La "note
circulaire" du 8 mars 2004 est signée du Responsable du Cabinet
particulier du Président Alexandre, Michel P. Brunache, rédigée sur papier à
en-tête men-tionnant "Palais National, le Président de la République
d'Haïti" ...
Pour Le Nou-velliste,
"au sein de l'Etat, qui a la compétence de s'adresser aux chefs de
missions diplomatiques pour quelque cause que ce soit?"
Sans doute pas le
Responsable du Cabinet Particulier, répond le journal, mais plus sûrement un
Chancelier, ou en son absence le directeur général du ministère des Affaires
étrangères, sur instruction du Président de la République via le Premier
ministre ...
"Ensuite, la démission
d'un président de la République peut-elle entraîner automatiquement la démission
de tous les chefs de missions diplomatiques? Depuis quand et pourquoi?" se
demande le confrère.
L'actuel système ne
répond à aucun des plans ou propositions précédemment formulés ...
D'autre part, avant le
renversement de M. Aristide, différents plans de sortie de crise avaient vu le
jour, pour être tour à tour commentés, analysés, soupesés ... Puis
finalement rejetés, beaucoup plus encore par l'opposition.
Mais l'actuel système
en train d'être mis en place ne répond non plus à aucun de ces plans ou
propositions ...
D'abord à tout
seigneur tout honneur, Washington a crû pouvoir se référer au plan Caricom (Etats
de la Caraïbe) - exception faite de l'éviction de M. Aristide, parce que la
Caricom stipulait son maintien jusqu'au terme de son mandat en février 2006.
Mais voici que, outrés
de la façon "malheureuse", selon eux, dont s'est déroulé le scénario
du 29 février dernier, la Caricom a décidé de se démarquer totalement de
tout ce qui se passe actuellement en Haïti.
Quant à la proposition
de la Conférence Episcopale d'Haïti (catholique), selon un autre article paru
dans le même numéro du Nouvelliste, on ne semble pas en faire grand cas non
plus. Alors qu'il était censé représenter la plus grande diversité du corps
social haïtien, "le Conseil de sages se donne un pouvoir discrétionnaire
dont il est le seul à avoir le secret et les fondements." Et toujours la
"République de Port-au-Prince"!
Autrement dit, aucune
information n'a filtré sur les critères ayant présidé au choix du Premier
ministre, et du nouveau gouvernement ...
Et ainsi de suite ...
La transparence une
fois de plus n'est pas au rendez-vous.
Un gigantesque one
man show ...
Mais déjà le Premier
ministre a percé sous le Président par interim ...
A peine débarqué de
la Floride, Gérard Latortue promet de rétablir la sécurité et la justice et
de créer des milliers d'emplois ...
Avocat, économiste,
grand fonctionnaire des Nations Unies, une réputation déjà bien établie.
"Je veillerai
personnellement à ce que chaque dollar fourni à la République d'Haïti pour
son développement soit dépensé dans le but pour lequel cette somme a été
accordée" souligne-t-il dans son discours d'investiture vendredi au Palais
National.
Mieux encore, à propos
de l'assistance étrangère, gare au "saupoudrage si au départ nous ne
nous entendons pas sur des priorités nationalement définies et nationalement
acceptées", a déclaré celui qui a dirigé ou supervisé pendant de
nombreuses années des programmes de développement pour les Nations Unies dans
divers coins du monde.
Il a indiqué avoir
rencontré le même vendredi les représentants de Fanmi Lavalas, le parti du président
déchu Jean-Bertrand Aristide, dans son souci de "réconciliation nationale"
...
Il promet de donner
"les mêmes facilités" à tous les partis politiques lors des futures
élections.
Tout comme on peut apprécier
de l'entendre souhaiter "que les troupes étrangères restent le moins
longtemps possible dans le pays", tout en considérant le désarmement
comme "impératif" ...
Cependant depuis son
entrée en scène mercredi, M. Gérard Latortue s'est lancé aussi dans un
gigantesque one man show, même si cela semble si bien convenir à sa
personnalité que la grande presse internationale n'en a en effet que pour lui
...
Passe encore que
l'Agence France Presse croit que c'est à lui de trouver un asile définitif
pour l'ex-Président Aristide ...
Mais comment ne pas s'étonner
qu'un Premier ministre intérimaire croie que c'est à lui aussi qu'il revient
de "déterminer si une nouvelle armée doit être créée en Haïti."
On pourrait croire une
telle mission réservée plutôt aux futurs élus démocratiques de la Nation.
Le pays n'est pas
rassuré ...
Tout comme M. Latortue
ne semble pas avoir attendu de connaître l'avis du "conseil de sages"
pour désigner l'ex-général Hérard Abraham comme son futur ministre de l'Intérieur
ou des Affaires étrangères ...
Qui t'a fait roi?
Cependant (pour
employer un mot cher au théâtre de boulevard), malgré tout l'abattage de
notre nouveau chef de gouvernement, le public n'est pas rassuré ...
La classe politique (en
tête l'opposition, devenue aujourd'hui la Plate-forme démocratique) lui a fait
un accueil mitigé ... L'enthousiasme n'étouffe personne. Certains secteurs ont
même parlé de "peu d'expérience du terrain."
Le secteur privé quant
à lui est venu, a vu et entendu ... Pas un mot jusqu'à présent des millions
de l'assistance financière bloqués depuis trois ans, voire "un plan
Marshall" pour relancer l'investissement et l'équipement économique
tellement mis à mal lors des émeutes des derniers jours.
La seule aide envisagée
à ce jour est l'humanitaire. Les Nations Unies ont lancé un appel de fonds
portant sur 35 millions de dollars ...
Les Etats-Unis ont
fourni un million ...
Le Programme
alimentaire mondial (PAM) a besoin de 4 millions pour fournir semences et outils
aux agriculteurs. Etc.
Enfin, les quartiers
populaires quant à eux n'ont aucune confiance. "On ne fait pas du neuf
avec du vieux", déclaration rapportée par Reuters.
Cependant nous ne
pensons pas moins qu'on devrait donner une chance à l'actuelle équipe qui se
met en place.
"Who is really
in charge"? ...
Mais d'abord qu'on
sache à quoi s'en tenir? C'est une exigence normale. Sur quelle base légale
repose cette succession, à défaut de la constitution? Quel canevas, à défaut
d'un calendrier précis tout de suite, mais qui ne saurait tarder sinon c'est le
même laissez faire, "tout voum se do" ...
En un mot, "who is
really in charge"? Rien n'est moins clair ...
Est-ce un provisoire
dans le définitif? Ou est-ce faute d'un programme, de la volonté de le défendre,
des moyens de l'appliquer et enfin d'hommes non seulement compétents et intègres
mais aussi sans oeillères d'aucune sorte et ayant une conscience claire des
exigences de l'heure ...
En visite samedi à
Port-au-Prince, le chef d'état major interarmes des Etats-Unis, Général
Richard Myers, a assuré que la force internationale n'a aucune intention de se
mêler des affaires haïtiennes, mais seulement d'aider à stabiliser le pays,
"et elle réussira, grâce à l'aide de la population haïtienne" a
dit le général avec fermeté.
Cependant dans le
dernier numéro de Time (15 mars 2004), ce journal cite un officiel de haut rang
du Département d'Etat, sur un ton exaspéré: "A moins que nous fassions
tout nous mêmes, ce pays ne s'en sortira jamais."
Haïti en Marche, 13
mars 2004
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