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Archives d'Editoriaux # 46

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Les vraies raisons du naufrage haïtien

Déclaration du Professeur Gérard Bissainthe, au sujet de l'occupation d'Haïti par des troupes étrangères

Ce que provoquerait le départ d'Aristide

INITIATIVE CITOYENNE, Lettre Ouverte à Mgr Hubert Constant  

Deux stratégies, même chemin ... Les prochains jours seront décisifs!

D'autres pas franchis dans la contestation du régime lavalas

Les vraies raisons du naufrage haïtien

Cette opinion du Figaro accentue les aspects  négatives de la société haïtienne et arrive à des conclusions générales, qui ne peuvent s'appliquer à tous dans cette société.  Cependant, cette opinion touche sur certains points importants à reconnaître dans l'ensemble.  Le naufrage continuera à moins qu'un grand nombre d'haïtiens arrive à penser pays.  Le groupe des 184 represent un début de cette prise de conscience et devrait continuer son travail au sujet du nouveau contrat social.

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Maintenant, l'éditorial du Figaro

L'individualisme exacerbé, l'irresponsabilité généralisée et l'absence de tout dialogue politique sont, avec la frustration et la violence, les ingrédients du marasme de l'île

F. H.
[11 mars 2004]

A 11 ans, Pati ne veut plus rien apprendre de la vie. Ses épaules sont secouées de tics nerveux. Battue presque tous les jours depuis près de six ans, tout juste nourrie d'un peu de pain et de maïs quotidiens, cette Cosette de l'an 2004 se lève à 5 heures du matin, travaille d'arrache-pied seize heures durant, puis se couche sur le sol, sous une table, prostrée, la dernière de la maisonnée.

Dans le quartier poubelle de Carrefour, à Port-au-Prince, Pati est une restavek, une enfant de la campagne offerte à des citadins, dans l'espoir qu'elle puisse aller à l'école. Pati ne suit aucun cours. Comme 95% des 9 millions de Haïtiens, elle ne sait rien, «même pas son nom», dit le père Miguel, qui s'occupe d'elle lorsque la fillette réussit à s'échapper jusqu'au foyer où le prêtre accueille 250 restavek (1).

Pati est une personne au rabais, l'un des 300 000 petits esclaves d'Haïti. Elle ignore bien sûr qu'il y a deux cents ans ses ancêtres ont conquis leur indépendance en s'affranchissant de l'esclavage.

Pati, avec sa souffrance, son regard qui plonge, fuit et sombre, illustre tragiquement deux cents ans d'échec collectif en Haïti, une société comme pétrifiée dans ses contradictions, figée dans la désespérance. «C'est un pays qui ne progresse pas, il régresse», constate un prêtre depuis vingt ans en Haïti, qui n'a pas besoin des chiffres du naufrage du PNB (320 € par an et par habitants) pour constater le gâchis, immense, durable.

Aucune autre nation de la terre n'a reçu depuis un siècle autant d'aides étrangères par tête d'habitant. Des surfaces de terres cultivables à l'époque de l'indépendance, il ne reste plus que 2%. Les productions de coton, de cacao, de sucre, de bois de campêche représentent à peine 5% de celles de 1789, quand elles existent encore. Elles n'ont été remplacées par rien. Port-au-Prince, jadis capitale de la Perle des Antilles, la colonie qui à elle seule assurait le tiers du commerce extérieur du royaume de France – «Le Koweït du siècle de Voltaire», rappelle justement Régis Debray, envoyé par Dominique de Villepin en mission sur l'île à partir d'aujourd'hui –, est devenue une porcherie, où l'on s'entre-tue plus facilement que n'importe où au monde (32 coups d'Etat pour 45 chefs d'Etat en deux siècles, 80 lynchages par mois à Port-au-Prince pendant les dernières années d'Aristide), et où l'on meurt naturellement, en moyenne à l'âge de 52 ans.


Cette chute libre, cette persistance dans la calamité, pose à tous les Noirs du monde la question de leur aptitude à conduire leurs pays au développement. C'est ce qu'affirmait le président sud-africain Thabo Mbeki, le 1er juillet 2003, lors d'un discours prononcé à l'université des Indes occidentales, à Kingston, la capitale de la Jamaïque : «Nous devons constater que, si les révolutions américaines et françaises ont réussi à créer les conditions du développement pour les peuples américains et français, déclarait-il, Haïti n'a pas connu le même développement. Au contraire. Nous, les Africains, et ceux de la diaspora, nous avons à répondre à cette question : pourquoi la condition des Africains s'est-elle dégradée au fil des ans, malgré que les républiques africaines existent en temps que républiques noires, comme c'est le cas en Haïti depuis deux cents ans ?»

Haïti, c'est vrai, soulève des interrogations dérangeantes. Dans cent cinquante ans, tous les pays noirs africains seront-ils à leur tour tombés au niveau d'Haïti ? Pourquoi, en dix générations, les Haïtiens n'ont-ils pas forgé la moindre valeur commune ? Comment cet Etat sans idée de nation est-il devenu maintenant un pays sans Etat ?


L'individualisme des Haïtiens est la première des explications. On compte entre 64 et 72 partis politiques dans le pays, et une quinzaine d'organisations patronales. «L'indépendance est le seul acte unifié que nous ayons réussi à faire, explique une journaliste locale. Après, ce fut une lutte de classes, de castes, des races. Nos classes dirigeantes n'ont jamais été capables de s'entendre pour trouver des solutions. Pour cela, ils se tournent vers le Blanc, qui sait tout. Le Blanc, c'est la solution toute faite. L'Américain ou le Français décide alors en fonction de ses intérêts.»

Ce «chacun pour soi» des habitants, doublé d'une méfiance très jalouse à l'égard de son voisin, trouve ses racines dans l'histoire du pays, où l'Etat n'a jamais incarné rien de bon. Comme l'explique l'historienne Suzy Castor (2), «en 1804, les chefs de la guerre d'indépendance se transformèrent pratiquement en gouverneurs et administrateurs de la jeune république», et s'arrogèrent les immenses domaines des colons chassés, sans rien changer à l'organisation féodale des campagnes. La moitié des 500 000 esclaves d'Haïti, «libérés» en 1804, étaient nés en Afrique. «Les paysans sont restés des quasi-citoyens, dit Laennec Hurban, chercheur au CNRS, d'ailleurs le mot «paysan» figure toujours sur leurs papiers d'identité. Les élites urbaines ont vécu de cette paysannerie robuste, et ont tout fait pour que ça dure.» (3)


«L'indice de supériorité des individus se mesure encore à la clarté de leur peau», regrette Jean-Claude Bajeux, sans doute le plus brillant intellectuel du pays. «Aujourd'hui, un million d'enfants – la moitié d'entre eux – vont à l'école. Sur ce nombre, 10% arrivent au bac. Et 10% de ces 10% savent écrire une lettre en français sans fautes.» Misérable bilan pour des hommes politiques incapables de discuter et de s'entendre, et des hommes d'affaires malthusiens. Haïti n'a donc pas les élites qui font décoller un pays. D'abord, parce qu'elles portent un regard méprisant sur «la populace analphabète». Ensuite, parce qu'elles ont un goût immodéré pour le pouvoir à tout prix. Les seules périodes de stabilité politique (mais pas de développement économique) furent les années de l'occupation américaine (1915-1934) et celles du règne des Duvalier (1957-1986).


Tout Haïtien, dès qu'il est devenu un homme d'affaires prospère, un avocat ou un spécialiste réputé, aspire à devenir président de la République, premier ministre, ou éventuellement ministre. Cette rude ambition se paye de grands mots – on invoque avec des accents révolutionnaires un passé glorieux, à tout propos, et en particulier pour fouetter un nationalisme vide de sens ou pour cacher les tares nationales –, mais, comme on se situe dans un projet ultrapersonnel, on n'a pas le moindre sens de la tolérance et du dialogue. Qui parle en Haïti de réconciliation, d'amnistie, d'un Etat de droit ? Personne, sauf lorsqu'il s'agit de chasser un dictateur. Dans ces seules circonstances, les élites savent trouver des accents communs, vite rangés au placard des accessoires, lorsque le tyran est parti en exil.


Dans cette société noire où l'apartheid entre classes sociales est une réalité (à Port-au-Prince, il y a les quartiers résidentiels et «la basse ville»), apparaissent donc régulièrement des fusées serpentines, comme Aristide, qui, surgies du peuple, le mobilisent soudain contre une classe sociale (les riches) ou une race (les mulâtres, en général), avant de terminer en dictateurs psychopathes, dans un engrenage de destructions (les «dechoukages), de folie pure. «Tous ceux qui prennent ici le pouvoir ont été des frustrés, d'une façon ou d'une autre, explique un journaliste haïtien, et on ne peut pas gouverner avec de la frustration. Aristide, par exemple, était un homme qui croyait tout savoir, qui n'avait jamais tort, et qui a tout détruit dans le pays pour être le seul homme que l'on devait consulter. N'est-ce pas effarant ?»

Ça l'est d'autant plus que le parfum tenace de l'esclavagisme dans la société haïtienne a produit un homme qui n'est jamais responsable, et donc jamais fautif. «Pas fot moin» («Ce n'est pas ma faute») est l'antienne nationale. Aristide à Bangui, après avoir amené son pays au bord du gouffre, le répète : «Pas fot moin.» Cette propension à se cacher la tête dans le sable, ce «maronage» contemporain (l'esclave qui s'enfuit dans la montagne et masque toujours son sentiment devant son maître) induit une autre tare psychologique de la population : si ce n'est pas moi, c'est donc systématiquement la faute de l'autre. Et l'autre, c'est forcément celui qui ne me ressemble pas, «l'étranger», l'Américain. Ou sa version plus souple, le Français.

Cette démission, cette irresponsabilité, est générale. Elle va du chauffeur de taxi qui tombe en panne en rase campagne et qui dit «Pas fot moin» à cet homme politique connu qui nous déclarait hier, sans rire : «La France devrait nous aider à monter des partis politiques.» Un travers qui a son corollaire, nécessaire : les «étrangers», les Américains en tête, sont accusés de tous les malheurs du pays. En ce moment, la population de Port-au-Prince fustige les marines et nos légionnaires parce qu'ils ne désarment pas en 4 jours les Chimères, ces milices de milliers de voyous armés jusqu'aux dents par Aristide...

De l'intervention réclamée aux étrangers, à la dénonciation, immédiatement après, de «l'immixtion» des étrangers dans la vie haïtienne, il n'y a donc qu'un pas. La faillite des élites du pays est dans ce constat : depuis deux cents ans, comme le dit Laennec Hurban, «le sentiment d'être un citoyen de ce pays n'est pas clair. La mentalité de citoyen n'a pas beaucoup évolué». Ce que le père Le Beller, de la Société des prêtres de Saint-Jacques, traduit à sa façon : «Les Haïtiens sont ici chez eux, le proclament, mais ont du mal à habiter la maison. Ils en ont un peu honte parce qu'elle se désagrège. Alors c'est l'étranger qui va mettre de l'ordre dans la maison. Et cela ne vous aide pas à grandir.»

(1) Le père Miguel est le seul à s'occuper de ces enfants. On peut s'informer ou faire des dons aux foyers Maurice-Sixto (du nom du fondateur), à l'adresse suivante : 89, rue St-Louis, Brochette 99 Carrefour. PB 11095, Haïti W1. Tél. : 00 (509) 234.2637 et 222.0575. (2) L'Occupation américaine, 1987, Société haïtienne d'histoire. (3) On lira sur cette paysannerie le très beau roman de Jacques Roumain, Gouverneurs de la rosée, Le Temps des cerises.

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Déclaration du Professeur Gérard Bissainthe
Au sujet de l'occupation d'Haïti par des troupes étrangères
 
Vendedi 12 mars 2004

 
Comme le bruit courait que Gérard Latortue ou Hérard Abraham allait être désigné comme Premier Ministre, ma première réaction fut de rédiger en vue de la publier sur l'Internet une note en ces termes:
 

_______________________________________________________
 
Une question de Gérard Bissainthe
 
Qui sera le prochain Pierre Laval haïtien?
 
Fin du suspense
aujourd'hui dimanche 7 mars ou demain lundi 8 mars, paraît-il.
 
On va savoir qui va évoluer sur la piste
de ce "
bonsoua danm" crépusculaire qui s'éternise.
 
Gérard Bissainthe
bissaint@bellsouth.net
gerarbis@att.net
7 mars 2004
 
_______________________________________________________

Puis je me suis dit que Gérard Latortue et Hérard Abraham sont des amis de longue date: Gérard depuis près d'un demi-siècle et Hérard depuis bien dix-huit ans maintenant. Il me sembla qu'avant de rendre publique une condamnation aussi cinglante d'une acceptation éventuelle de ce poste par l'un d'eux,  je devais au nom de l'amitié avoir un dialogue avec eux pour connaître leur  point de vue ou même essayer de les dissuader d'aller s'embarquer dans cette galère.
 
J'appelai au téléphone Gérard Latortue et j'eus avec lui un débat pathétique. Il n'y a aucune raison pour que ceux qui vont demain, après nous, assurer la relève, ignorent les termes de ce débat, car il est crucial. Et puis nous, les aînés, leur devons au moins une certaine transparence. Comme Gérard et moi n'avons jamais entre nous utilisé la langue de bois, je lui exprimai sans ambages ma position. Pour moi il allait compromettre, s'il acceptait ce poste, son excellente réputation de "Grand Commis" compétent et intègre et de l'Etat et des institutions internationales. Il était normal qu'une occupation essaie de s'appuyer sur des personnalités locales crédibles voire prestigieuses, car sans elles l'occupation n'a pas de racines. S'il se prêtait à ce jeu, c'est nous qui allions le perdre et il me semblait préférable que nous formions avec d'autres alliés un bloc de résistance. Il me répondit en m'expliquant en substance que tout le monde finalement avait mis le pays dans un tel état que l'occupation était devenue pratiquement incontournable et qu'il pensait que maintenant c'est seulement de l'intérieur qu'il était possible de la combattre. Cette occupation allait permettre selon lui de reformer nos institutions pour en faire les bases solides d'un véritable Etat de droit. Autrement notre situation lui paraissait sans issue. J'interprétai ainsi sa position: si un Président Louis Borno avait entériné le première occupation américaine qui avait duré de 1915 à 1934, par contre un Président Sténio Vincent qui s'y était coulé en quelque sorte, l'avait combattue et avait même pu y mettre fin. Il voulait être notre Sténio Vincent. Notre conversation n'alla pas plus loin.
 
Mon entretien avec Hérard Abraham, pressenti comme Gérard Latortue, fut plus circonstancié. Je lui présentai les mêmes objections. Il me fit savoir que, d'après les renseignements qu'il avait, le Premier Ministre éventuel ne recevrait aucun ordre de l'occupant, que les troupes étrangères seraient à sa disposition et à ses ordres et, en ce qui le concerne, il était déterminé à remettre en activité notre armée nationale, comme l'exige la constitution haïtienne. S'il en était ainsi, si tout cela etait bel et bien garanti, je conclus que nous pouvions dire que nous ne serions pas formellement sous une occupation étrangère. Cela laissait ainsi beaucoup de portes ouvertes.
 
Lorsque Gérard Latortue a été finalement choisi, il m'a été impossible d'avoir de lui aucun renseignement sur les termes de son contrat avec ceux que je dois bien continuer à appeler, faute précisément de renseignements plus explicites, les occupants. Il me paraissait souhaitable que nous ayons, en tant que deux alliés de longue date, "un mot entre nous" pour savoir au moins sur quel pied nous dansions, si même nous allions continuer à danser ensemble comme nous l'avons toujours fait jusqu'ici depuis près de cinquante ans. Faute de cela je n'ai pas aujourd'hui d'autre alternative que de conclure que jusqu'à nouvel ordre ou au moins jusqu'à plus ample informé, nous sommes bel et bien sous une occupation étrangère.
 
Je prends acte de l'intention, telle que j'ai cru la comprendre, de Gérard Latortue d'être notre nouveau Sténio Vincent. Je l'en crois capable. Et sincèrement je lui souhaite bonne chance. Mais en aura-t-il les moyens? Et n'est-il pas d'ores et déjà piégé?  En ce qui me concerne, libéré maintenant de mes devoirs d'amitié dont j'avais tenu à m'acquitter à son égard, je réitère ma condamnation sans réserve de l'occupation étrangère qui pour moi est illicite et n'est rien d'autre qu'un abus de la force brutale. Je proteste aussi contre l'imposture qui consiste de la part de ces étrangers à fouler aux pieds notre constitution sous le fallacieux prétexte de mettre sur pied chez nous un Etat de droit, lequel Etat de droit n'a été jusqu'ici qu'un Etat de droit pour l'Etranger de faire en Haïti ce qui lui plait dans l'arbitraire le plus parfait.
 
Je regrette que les responsables français, mal conseillés par des analystes bornés et irresponsables, aient jugé bon de s'associer à cette occupation militaire. La présence française aux époques d'autrefois où la France était aimée, s'appuyait sur le dévouement et les sacrifices d'éducateurs et de pionniers méritants. En choisissant d'asseoir aujourd'hui cette présence plutôt "sur des baïonnettes" la France revient deux cents ans en arrière pour faire insulte à notre Indépendance.
 
Monsieur le Président de la République Française, puisque les choses sont ainsi, j'ai l'honneur de vous renvoyer les Palmes Académiques Françaises qui m'ont été décernées à l'époque où j'étais Vice-Président du "Metropolitan Chapter" de "l'American Association of Teachers of French" "pour services rendus à la culture française". La culture française à laquelle je rendais alors service, Monsieur le Président, était une culture qui défendait en ce temps la Liberté, l'Égalité et la Fraternité et non pas cette chose arrogante et rétrograde qui s'appelle l'occupation militaire d'un pays souverain. Je tiens à vous faire remarquer, Monsieur le Président, que si nous sommes dans le marasme apocalyptique actuel, la politique française en Haiti d'appui à ce qu'il y a de plus pourri et de plus aberrant dans le pays et que je dénonce depuis maintenant dix-huit ans, en est pour une très grande part responsable. A l'époque ou je dénonçais et condamnais le mouvement Lavalas d'Aristide en ces termes: "Qui sème Lavalas récoltera le déluge", Madame Danielle Mitterrand est venue scandaleusement s'ingérer dans les affaires internes haïtiennes en apportant un appui théâtral à un Aristide qui prêchait déjà urbi et orbi le lynchage par crémation de ses adversaires et qui avait fait sienne une déclaration publique de son porte-parole le plus autorisé qui le mettait "au-dessus de la constitution". Si je peux me permettre une dernière suggestion, remplacez le plus vite possible vos milliers de Légionnaires dans notre pays par des coopérants laïques qui viennent chez nous non plus comme des princes dans un pays conquis, mais comme des frères et des sœurs qui ont le feu sacré, qui sont prêts à travailler avec nous sur le terrain, à la base, dans un coude à coude égalitaire et fraternel. Je signale que j'ai fait la proposition d'une telle formule de cooperation de vive voix et par ecrit au Ministre francais de la Cooperation en 1986 et qu'il n'en a jamais été tenu compte.
 
Le State Department et le Pentagone devraient se dire que si l'occupation militaire de 1994 qui s'appuyait sur plus de vingt mille soldats, a été un échec éclatant, que j'avais prévu, on voit mal pourquoi et comment une nouvelle occupation militaire avec des effectifs bien inférieurs pourrait réussir. Petite suggestion: comme l'Invincible Armada, de nos boat people, ne va pas tarder, à prendre bientôt la mer pour fuir les effets de l'occupation militaire, plutôt que de préparer pour eux soixante mille logements à Guantanamo, comme on le fait actuellement selon une mouture d'hospitalité américaine parfaitement dégradée, combien différente de celle authentique et remarquable qu'il m'a été donné de connaître lorsque je suis arrivé aux Etats-unis en réfugié politique,  plutôt que cela pourquoi ne pas aider à créer en Haiti, par le truchement de la Diaspora haïtienne aux Etats-unis, soixante mille emplois qui reviendraient certainement moins cher et qui préviendraient les départs de beaucoup de boat people? Simple suggestion. Jusqu'ici l'administration républicaine s'était signalée par une approche des problèmes d'Haiti intelligemment pragmatique, devenue populaire dans les milieux haïtiens. L'occupation actuelle où ni les Américains ni les Français, l'Agence France-Presse dixit, "ne bougent le petit doigt" devant les pillages et autres exactions, raison pour laquelle j'appelle cette occupation "Occupation Club Med", va changer toutes les données. Le rejet classique de l'occupant ne va pas tarder; les tensions locales vont s'envenimer;  et la situation deviendra bientôt tout simplement un peu plus incontrôlable.  Le Ruanda PROGRAMMÉ n'est pas loin. Si on ne met tout de suite fin à l'occupation d'Haiti pour trouver avec  les Haïtiens des formules de synergie plus rationnelles, moins moyenâgeuses, moins arrogantes, plus humbles, plus respectueuses des droits de le nation haïtienne, le président Bush, comme le président Chirac peuvent commencer à faire leurs valises.
 
Messieurs les décideurs des Etats-unis et de la France, arrêtez de jouer de manière totalement irresponsable avec la poudrière haïtienne. Arrêtez de jouer les apprentis sorciers.
 
Mettez fin le plus vite possible à cette occupation d'Haiti, avant qu'il ne soit trop tard. Avant que toute la Caraïbe et toute l'Amérique Latine, avant que même l'Afrique ne s'enflamment. Aujourd'hui en plein troisième millénaire, on ne viole pas impunément les droits naturels et imprescriptibles de la souveraineté d'une nation qui n'a attaqué ni menacé aucune autre nation.
 
Gérard Bissainthe
Ci-devant Chevalier dans l'Ordre des Palmes Académiques de la République Française
Ancien Leader du mouvement révolutionnaire anti-dictatorial "Jeune Haiti"
Professeur Émérite de français, latin, grec de la City University of New York
Ancien Recteur de l'Université d'Etat d'Haiti
Ancien Ministre de la Culture et de l'Information
Ancien Commissaire Général aux Haïtiens d'Outre-Mer et créateur du poste
Président International élu du Forum Francophone International
Membre du Conseil Supérieur de l'Alliance Souverainiste de France

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Ce que provoquerait le départ d'Aristide

Michèle Montas, journaliste vedette haïtienne, a bien connu le président Aristide avant de prendre ses distances avec lui. Selon elle, une mise à l'écart de celui-ci ne résoudrait rien : "Elle conduirait à un bain de sang, enlèverait une partie du problème mais aussi une partie de sa solution." C'est le cruel paradoxe haïtien.

Propos recueillis par Jean-François Mongibeaux de "Le Figaro"
[21 février 2004]

Réfugiée aux Etats-Unis à la suite de l'assassinat de son mari, le journaliste Jean Dominique, Michèle Montas est de passage à Paris à l'occasion de la présentation prochaine, le 31 mars, d'un film documentaire poignant consacré à celui qui fut l'animateur le plus populaire de Radio Haïti, avant de tomber sous les balles de tueurs proches du pouvoir. Alors que les Etats-Unis sont réticents à l'envoi d'une force d'intervention suggéré par la France, Michèle Montas refuse la fatalité qui semble peser sur son pays, l'un des plus pauvres de la planète. Si elle accuse le pouvoir d'Aristide d'avoir commandité le meurtre de son mari et de jeter Haïti aux portes de la guerre civile, elle affirme pourtant que le départ de l'ex-prêtre n'arrangerait rien...

Le Figaro Magazine - Comment analysez-vous les événements qui ensanglantent votre pays ?

Michèle Montas - Ils sonnent le glas de ce qui a été le mal haïtien durant si longtemps : la croyance en un homme providentiel qui apporterait toutes les solutions. Le mythe Aristide a été un mythe énorme : ce qui se passe aujourd'hui témoigne de la fin de la croyance en un certain messianisme.

Le départ d'Aristide est-il susceptible de résoudre la crise ?

Enlever Aristide du chaos haïtien, c'est enlever une partie du problème mais aussi enlever une partie de sa solution. Qui va contrôler les groupes armés qui vont se déchaîner après son départ ? Certains de ces groupes, qui ne sont pas nécessairement liés au pouvoir, sont lourdement armés grâce à l'argent de la drogue. Quant aux Organisations populaires pro-Aristide, également armées, elles ont gardé le nom d'OP, mais elles ont été perverties par l'introduction en leur sein d'éléments criminels. De nombreuses forces antagonistes restent en présence, que plus personne ou presque ne contrôle. Un groupe comme celui qui a pris les Gonaïves, par exemple, n'a aucun lien avec l'opposition politique de la société civile, qui fait d'ailleurs tout pour s'en démarquer.

Ces affrontements incessants donnent l'impression d'un pays voué à une sorte de fatalité tragique...

Il est vrai qu'avec une trentaine de coups d'Etat en deux cents ans d'indépendance, avec les Duvalier, le régime militaire du général Cedras, et maintenant Jean-Bertrand Aristide, mon pays a eu son lot de violences politiques. Mais de là à parler de fatalité... L'histoire d'Haïti, c'est aussi et surtout l'histoire du long combat d'un peuple pour sa place au soleil. Un combat exemplaire qui a commencé, je vous le rappelle, face aux troupes de Napoléon. Qu'un groupe d'esclaves ait pu défaire une armée si prestigieuse, n'était-ce pas refuser cette fatalité dont vous parlez ?

Vous avez bien connu Aristide ; vous l'avez un temps soutenu au micro de votre radio avec votre mari Jean Dominique. Comment expliquez-vous l'incroyable dérive de l'ex-prêtre des bidonvilles ?

Par sa mégalomanie. Aristide ne s'est pas rendu compte de ce qui se passait autour de lui. Entouré de gens qui le trompaient, il a refusé de se remettre en question. Il s'est enfermé dans une logique suicidaire à la seule fin de garder le pouvoir à tout prix. A partir de 1995, nos rapports avec lui se sont distanciés. L'indépendance de Jean, qui n'hésitait pas à dénoncer la corruption au sein du parti, a indisposé le Président. Jean représentait la conscience d'Haïti. Et c'est cette conscience que l'on a voulu éliminer.

«On», c'est qui ?

Tout laisse à penser qu'il s'agit d'éléments du parti Lavalas, le parti du Président. L'enquête a mis en cause plusieurs de ses membres influents. Une pièce secrète de l'instruction désigne même un ancien maire de Port-au-Prince ayant appartenu au cabinet d'Aristide. Il s'agit à coup sûr d'un assassinat politique. Je ne peux pas affirmer que Jean-Bertrand Aristide a ordonné la mort de mon mari : je peux seulement vous dire que le pouvoir est intervenu pour entraver le cours de la justice, pour protéger ses hommes. Certaines des personnes qui ont voulu la mort de Jean, qui ont voulu que notre radio soit réduite au silence, sont aujourd'hui passées à l'opposition. Et il y a toujours un contrat sur moi. Mais je ne vais pas abandonner : Radio Haïti est actuellement entre parenthèses, mais elle émettra à nouveau.

Comment, après de telles accusations, pouvez-vous croire que le maintien d'Aristide au pouvoir est préférable à son départ ?

J'ai perdu une partie de ma famille sous les Duvalier, alors, la violence politique, je sais ce que c'est ! J'ai seulement voulu vous expliquer que le départ d'Aristide allait déchaîner encore plus de violence, que le chaos allait s'amplifier. Je redoute que son exil, alors que les conditions de la paix ne sont pas installées, aboutisse à un bain de sang. Pour une fois que nous avons un président élu, il serait grave, selon moi, qu'il ne puisse pas terminer son mandat. Trop d'hommes et trop de femmes sont morts en Haïti, justement, pour que vive la démocratie.

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INITIATIVE CITOYENNE, Lettre Ouverte à Mgr Hubert Constant

54, route nationale # 1

Cap-Haïtien, Haïti

initiativecitoyenne@yahoo.fr

 

Lettre Ouverte à Mgr Hubert Constant

 

Cap-Haïtien, le 11 février 2004

 

Monseigneur,

 

Depuis le week-end dernier la ville du Cap connaît des moments très sombres où les Lavalassiens s’attaquent à tous les citoyens catalogués opposants, pillent les boutiques et menacent d’éliminer physiquement les citoyens. Vous ne pouvez pas ne pas être au courant de ces actes qu’ils prennent le soin d’annoncer sur Radio Africa avant de les perpétrer.

 

Hier, nous avions dénoncé votre silence face à cette situation ; aujourd’hui vous avez finalement consenti à en parler dans la presse. Mais nous devons vous avouer que votre silence était plus éloquent que vos interventions évasives, où vous essayez de protéger la chèvre et le chou. Aidez-nous, Monseigneur, à établir la différence entre vous et l’Homme de la rue. Nous sommes complètement perdus.

 

Au moment où nous vous adressons ces lignes, certains commerçants sont en train de vider leurs boutiques pour échapper au pillage, des enfants sont en train de trembler à la pensée des attaques dont éventuellement leurs familles seront victimes dans les prochaines heures ; vous n’auriez pas par hasard un peu d’espace à l’archevêché pour accueillir ces enfants du Bon Dieu qui peuvent, à tout moment, être massacrés comme des canards sauvages ?  Votre voix si ferme et si éloquente en temps de paix, nous avons besoin de l’entendre fermement condamner les violences perpétrées par les officiels et chimères au service du régime. La voix des forces supposées morales doit trancher sans équivoque.

 

Dans l’espoir que nous n’aurons pas prêché dans le désert, nous prions, Monseigneur Constant, pour que le Seigneur vous éclaire.

 

Frandley  Denis Julien

Coordonnateur

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Deux stratégies, même chemin ... Les prochains jours seront décisifs!

ANALYSE

PORT-AU-PRINCE, 1er Février - Tous les chemins passent aujourd'hui par la Caricom. Le Président Jean-Bertrand Aristide est parti samedi pour Kingston (Jamaïque) pour une rencontre avec les chefs de gouvernement de la Communauté caraïbe qui essayent de trouver une sortie à la crise politique haïtienne vieille de plus de trois années longues et cruelles.

L'opposition a refusé de se rendre à la Jamaïque et de s'asseoir à la même table qu'Aristide, mais n'en continue pas moins ses entretiens avec les leaders de la région dans le même but de mettre fin aux troubles politiques.

Deux stratégies séparées, mais passant par le même chemin ...

Selon Micha Gaillard, porte-parole de la coalition Convergence Démocratique (opposition), il n'a jamais été question de voyage à Kingston en même temps que "Monsieur Aristide." Une délégation de l'opposition (Convergence, Groupe des 184) a passé deux jours récemment (20 et 21 janvier) à Nassau, Bahamas dans des conversations avec la Caricom, sous la présidence du Premier ministre de la Jamaïque, et actuel chairman de l'organisation hémisphérique, P.J. Patterson, assisté de 3 autres chefs de gouvernement, dont celui des Bahamas, Perry Christie.

La rencontre de la Jamaïque a été prévue, poursuit Gaillard, afin que le Président Aristide et son parti Fanmi Favalas puissent présenter leur point de vue.

Ensuite, un prochain sommet de la Caricom en mars prochain devrait tirer les conclusions.

Donc il ne s'agit pas de négociations, en tout cas pas entre le pouvoir et l'opposition, mais de deux stratégies séparées et parallèles, d'un côté pour ne pas perdre le pouvoir, de l'autre pour renverser son actuel tenant.

L'opposition demande le départ du Président Aristide réélu en novembre 2000, mais présidentielles qui ont été boycottées par l'opposition protestant contre les législatives de mai 2000 remportées par le parti au pouvoir à une quasi unanimité et dénoncées comme frauduleuses par une commission d'observation électorale de l'Organisation des Etats Américains (OEA), dirigée d'ailleurs lors par un officiel de la Caricom, un ex-assistant secrétaire général de l'organisation régionale, Orlando Marville.

Le Président Aristide refuse de démissionner avant la fin de son mandat (février 2006).

Les deux camps lancent chaque semaine des milliers de manifestants dans les rues, et parfois des dizaines de milliers ...

La tragi-comédie ...

Parfois aussi cela tourne à la tragi-comédie. Ainsi la semaine dernière, aux Gonaïves (160 km au nord de la capitale), les chefs du Front anti-Aristide qui y règnent en maîtres depuis septembre dernier et les armes à la main, ont proclamé l'indépendance et installé un gouvernement "militaire", défilant en uniforme de hauts gradés de la police.

Selon les agences de presse étrangères, les troubles de ces derniers mois ont fait au moins 49 morts.

L'OEA a essayé en vain depuis trois ans d'établir une médiation.

Depuis un dernier sommet des chefs d'Etat du continent au début du mois à Monterrey, Mexique, la Caricom a reçu mission de faire une nouvelle tentative ...

Le Président Aristide a été reçu par le Président américain George W. Bush et le Secrétaire d'Etat Colin Powell en compagnie des dirigeants de la Caraïbe. La Caricom a la bénédiction de Washington, d'Ottawa et de l'OEA ... ainsi que de l'Union européenne.

A la première réunion qui s'est tenue aux Bahamas (20-21 janvier) avec les dirigeants de l'opposition haïtienne, l'UE était représentée ...

Par contre, l'assistant-secrétaire général de la Caricom, l'ambassadeur Colin Granderson, faisant office de "go-between" et qui rencontrait mercredi la Conférence épiscopale catholique au Cap-Haïtien, n'était pas totalement sûr de la participation de l'Union européenne (traduisez de la France de Jacques Chirac) lors des pourparlers avec le Président Aristide ce samedi à la Jamaïque.

Car la ligne de démarcation entre les deux camps adverses, le pouvoir et l'opposition, s'est encore plus approfondie ces dernier jours ...

Non-paiement d'aucune obligation à l'Etat ...

L'opposition est en train de jouer toutes ses cartes. Vendredi le secteur privé, qui se présente aujourd'hui comme son avant-garde aussi vrai que le secteur étudiant joue le rôle de fer de lance sur le terrain, a annoncé tout un attirail de mesures de "désobéissance civile", dont le non-paiement d'aucune obligation à l'Etat, y compris les bordereaux d'électricité (compagnie d'Etat), aussi bien entreprises commerciales que résidences.

La stratégie: étouffer économiquement le pouvoir. Ou pour employer une terminologie à la Kissinger, la strangulation économique. Déjà commencée avec la suspension de l'assistance financière directe par les Etats-Unis, l'UE et les institutions internationales tout de suite après le fiasco électoral de mai 2000.

Sur le terrain, une relance de la campagne des manifestations politiques de l'opposition, assortie d'une guerre psychologique impitoyable, communiqués et déclarations de plus en plus incendiaires, même les insultes et gros mots dont on ne se prive pas ... Afin d'inciter le régime à commettre plus de faux pas!

Alors qu'une nouvelle échéance est annoncée: le sommet de la Caricom en mars prochain qui devra décider si le Président Aristide a fait suffisamment pour le déblocage de la crise et n'a pas essayé de mener tout le monde en bateau, faisant les plus belles promesses, acceptant de s'engager sur toutes les propositions formulées mais avec bien l'intention de ne faire aucune concession réelle.

Aristide a annoncé qu'il est d'accord pour nommer un Premier ministre en consultation avec l'opposition et la société civile ("184"), le désarmement des groupes armés, la professionnalisation de la police nationale avec le concours de consultants internationaux, la composition d'un nouveau conseil électoral en accord avec les résolutions de l'OEA. Il a admis aussi la formation d'un conseil de sages pour encadrer le chef de l'Etat dans les prises de décision politiques pendant la vacance parlementaire. Etc.

Controverse autour d'un éventuel envoi de forces de police régionales ...

Dans le cas où le président haïtien renoncerait à ses engagements, a averti le PM de la Jamaïque, P. J. Patterson, ce sera aussitôt la remise en question de l'appartenance d'Haïti à la Caricom, autrement dit l'exclusion de l'organisation, "Aristide dès lors ne pourra plus compter sur la Caricom", a annoncé Patterson.

Et comme la Caricom agit en accord avec tous nos plus importants partenaires internationaux, c'est la radiation définitive, Aristide mis au ban de la société internationale. Alors que l'opposition haïtienne répète depuis longtemps à qui veut l'entendre qu'elle a mis le Président "hors la loi."

Autre important point de convergence-divergence entre les deux stratégies, en dehors du fait de passer toutes deux par le canal diplomatique de la Caricom ...

. Les deux parties acceptent la proposition de la Communauté caraïbe pour envoyer des forces de police régionales en vue de rétablir le climat de sécurité en Haïti.

Le Président Aristide, qui en a accepté le principe, l'a présenté comme une prolongation de l'application de la résolution 822 du Conseil Permanent de l'OEA en vertu de laquelle une première série de policiers internationaux sont depuis quelques mois déjà dans le pays pour encadrer la police nationale dans le cadre du processus devant conduire à des élections libres et dans un climat sécuritaire ...

Pour le leader du Grand Front Centre Droit, Hubert Deronceray, les forces de police annoncées par la Caricom pourront aider à remettre au pas les "chimères" d'Aristide ou défenseurs violents du régime Lavalas au pouvoir.

Mais Deronceray met en garde contre le piège d'enfermer l'opposition dans des négociations avec Aristide à la faveur des discussions autour de l'envoi de ces gendarmes internationaux, alors que l'opposition ne veut rien entendre avant le départ pour l'exil d'Aristide.

Quant à André Apaid Jr., le leader des leaders sur le terrain de la lutte, il ne voit pas d'objection lui non plus à l'acceptation des forces de police caribéennes à partir du moment que ce n'est pas pour protéger le pouvoir d'Aristide.

Autrement dit, oui si c'est pour accompagner le Président Aristide jusqu'à l'aéroport.

Une garantie contre un soulèvement des partisans d'Aristide ...

Bien entendu, aucun secteur de l'opposition n'a fait allusion aux rebelles armés des Gonaïves, ni aux paramilitaires qui sèment de temps à autre la mort dans le Plateau Central non loin de la frontière haïtiano-dominicaine.

D'autant qu'il est fort possible et plus que probable que l'opposition voie dans la présence éventuelle de ces forces étrangères une garantie contre un soulèvement des partisans d'Aristide si celui-ci vient à être forcé hors du pouvoir ...

. Autre point de divergence entre les deux stratégies, le balancement dans la position de l'Union européenne (traduisez la France) ...

Après avoir mené une guerre ouverte contre le pouvoir, et main dans la main avec l'opposition haïtienne (prioritairement le Groupe des 184), soudain au lendemain des cérémonies du bicentenaire de l'indépendance d'Haïti le 1er janvier 2004, la France paraît changer de cap. La crise haïtienne doit être solutionnée de manière pacifique et démocratique, déclare le ministre français à la Coopération et à la Francophonie (!).

Peu après, l'Union européenne annonce une aide de plus 20 millions d'euros, dont une partie via des ONG et le secteur privé.

L'aide directe de l'UE est bloquée depuis plus de trois ans.

La semaine dernière, Régis Debray présente au gouvernement français le rapport qu'il a été chargé de rédiger sur les relations franco-haïtiennes.

Il recommanderait le déblocage de l'aide.

Oui, mais quand? Est-ce comme les prêts de la BID (Banque interaméricaine de développement) censés être libérés depuis bien avant la fin de l'année écoulée mais qu'on attend toujours de voir se matérialiser ...

En même temps que, avec ce genre de promesses, l'UE tente d'améliorer son image auprès de la population.

La caisse publique menacée d'assèchement total ...

Alors que le secteur privé lance sa campagne de non-paiement à l'Etat haïtien d'aucune obligation, légale ou pas ...

Et que la diaspora n'a pas voyagé au pays pour les festivités de l'indépendance, tenue au loin par les troubles politiques et surtout une violente propagande anti-Aristide sur le front extérieur ... Donc pas de rentrée de devises fraîches.

Bref, il suffit de quelques jours pour que la caisse publique se retrouve totalement asséchée ...

C'est donc le cas de dire que l'opposition lance ici, si l'on peut dire, une stratégie tous azimuts: strangulation économique, guerre psychologique, bataille diplomatique sur le terrain même d'Aristide: la Caricom avait été considérée jusqu'ici par l'opposition comme alliée implicitement au chef de l'Etat haïtien ...

Est-ce que l'Union européenne était aussi samedi à Kingston pendant la rencontre avec le Président Aristide? Ou se réserve-t-elle uniquement comme parrain de la stratégie de l'opposition?

Pendant ce temps, Washington se contente de faire le mort. Après que le Président Bush eut averti son homologue Aristide au cours du sommet de Monterrey que c'est là "sa dernière chance."

Les prochains jours vont sans doute être décisifs.

Seule certitude: tous les regards, ceux du pouvoir comme de l'opposition, sont tournés vers la Caricom.

Quant à la population, elle se calfeutre, ne sachant pas ou plutôt ne sachant que trop ce qui l'attend.

Haïti en Marche, 1er Février 2004

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D'autres pas franchis dans la contestation du régime lavalas

30 janvier 2004

[AlterPresse] --- Le secteur privé haïtien confirme « la déclaration de mise hors la loi du gouvernement par les secteurs organisés de la société civile et de l'opposition politique » et décide en conséquence que ses membres « s'abstiendront dorénavant de rencontrer les responsables politiques du gouvernement et des différents ministères ».

Dans un communiqué émis ce 30 janvier, le secteur des affaires recommande à la population des actions de désobéissance civile en commençant par la participation de tous à « la marche des braves » annoncée par la Plate-forme Démocratique (large coalition d'opposition) pour ce 1er février à Port-au-Prince, en dépit d'une interdiction de la police.

Les patrons appellent également au « non paiement immédiatement des bordereaux de l'Electricité d'Haïti tant pour les résidences que pour les entreprises ».

Le secteur privé a annoncé pour bientôt « des journées de deuil » et des « correspondances mettant personnellement en cause les responsables gouvernementaux dans le financement des activités illicites ».

Ces dispositions ont été arrêtées en réaction au « communiqué illégal » du 27 janvier du Conseil Supérieur de la Police Nationale (CSPN) (présidé par le Premier Ministre Yvon Neptune) voulant confiner les manifestations publiques à l'aire de la Place d'Italie (bord de mer, à Port-au-Prince) et à la détérioration de la situation des droits humains dans le pays.

Le secteur privé se dit « scandalisé par la sauvagerie » avec laquelle la police a réprimé la manifestation estudiantine du 28 janvier et estime « intolérable » la violation répétée des espaces hospitaliers dans les différentes villes du pays par les partisans du pouvoir et les forces de police.

« Trop de sang a coulé. Jean Bertrand Aristide doit partir », conclut le communiqué qui est paraphé par la Chambre de Commerce et d'Industrie d'Haïti (CCIH), l'Association des Industries d'Haïti (ADIH), la Chambre Franco-Haïtienne de Commerce et d'Industrie, l'Association Touristique d'Haïti, l'Association des Assureurs Haïtiens et le Centre pour la Libre Entreprise et la Démocratie.

L'Association Haïtiano-Américaine de Commerce (HAMCHAM) ne figure pas parmi les signataires de ce communiqué du secteur patronal haïtien.

La prise de position des patrons intervient à 24 heures de la tenue à Kingston, Jamaïque d'une réunion de plusieurs chefs de gouvernement de la Communauté Economique de la Caraibe (CARCOM), avec une délégation dirigée par le président Jean Bertrand Aristide.

Le chef de l'État haïtien a annoncé ce 30 janvier à Port-au-Prince que des « sanctions sévères » contre des policiers qui ont eu un comportement violent durant des récentes manifestations anti-gouvernementales. Aristide a parlé de « faux policiers » et de « faux étudiants », affirmant qu'une enquête était en cours.

Le président a fait ces déclarations en recevant au palais les parents de Lionel Victor, un militant de son parti, Fanmi Lavalas, qui est décédé le 28 février, après avoir été atteint par une grenade lacrymogène, tirée par la police.

Aristide n'a pas évoqué son voyage prévu à la Jamaique, dont le Premier Ministre, Percyval Paterson, en qualité de responsable de la CARICOM, a promis de tenir une position ferme vis-à-vis de l'administration haïtienne.

Suite à une réunion au Bahamas avec une délégation de la Plate-forme Démocratique (opposition) la CARICOM a rendu public le 21 janvier un document où elle a proposé des mesures, notamment au niveau des réformes gouvernementales, de la mise en oeuvre du processus électoral, l'établissement de la sécurité et le respect des droits humains.

Les dirigeants de l'opposition ont exprimé clairement qu'il n'était plus question de négocier avec le pouvoir. « Trop tard », ont-ils à maintes reprises déclaré, alors que les manifestations anti-gouvernementales gagnent en ampleur à travers le pays. Une manifestation du Front Nord de l'opposition est attendue ce 31 janvier au Cap-Haitien (Nord).

Ce 30 janvier des intellectuels et artistes du « Collectif Non » ont fait parvenir une lettre ouverte aux chefs de gouvernement de la CARICOM pour leur demander de condamner les méthodes antidémocratiques du pouvoir lavalas, qui ne bénéficie, selon le document, d'aucune légitimité. Ils ont réaffirmé leur volonté de voir Aristide laisser le pouvoir.

Dans une lettre remise ce 30 janvier à la représentation des Nations-Unies, des syndicalistes, soutenus par des centaines de personnes de divers secteurs qui ont effectué un sit in devant le bureau de la représentation, ont appelé l'ONU à « soutenir les démarches du peuple haïtien pour se libérer de la dictature ». Ils ont réclamé la libération de 11 syndicalistes arrêtés la semaine écoulée.

Le Regroupement Démocratique Populaire (30 organisations et plateformes de plusieurs secteurs sociaux) ont émis le 29 janvier un communiqué pour réaffirmer que « d'une manière ou d'une autre, Aristide doit partir ». Cet ensemble d'organisations populaires, paysannes, du secteur ouvrier, des milieux féministes et de divers autres secteurs ont qualifié le régime d'Aristide de « sanguinaire, qui ne respecte pas la vie ». [vs gp apr 30/01/2004 19:00]

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