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Archives d'Editoriaux sur Haiti #4

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LÈ AYITI TÉ AYITI de E. Vedrine

L'épreuve haïtienne

La guerre civile aura-t-elle lieu 

LÈ AYITI TÉ AYITI de E. Vedrine
 (poême créole prononcé à Radio Carnivale 1020 AM, Miami, par Carl, 14 Décembre 2001)

Le Ayiti te Ayiti
Yo te relel <La perle des Antilles>
Le Ayiti te Ayiti, yo te konn respekte Ayisyen.
Le Ayiti te Ayiti
Reken yo pat konn fete.
Le Ayiti te Ayiti,
Zot te konn sezi;
Yo pat konn meprize n
Yo te konn respekte n.
Le nou al lot bo dlo,
Nou pat konn pran ti bato
pou al peri nan dlo.
Tout kote n pase yo te konn bat bravo.
Le Ayiti te Ayiti,
Ayiti cheri te bel neges
Li pat meg
Men l te gen ti gres.
Le Ayiti te Ayiti,
Yo te konn rele n
Premye Nwa ki trase chemen libete,
Premye Nwa ki konjige veb libere,
Premye Nwa
Ki pote laviktwa
Nan batay pou libete,
Pep Nwa ki bwode
Ki mache tet anle.
Le Ayiti te Ayiti
Ayisyen pat konn pati
Al pran imilyasyon lot peyi.  

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L'épreuve haïtienne

Par Serge Truffaut (Editorial de Levoir.com)

En ordonnant la politique de la tolérance zéro, le président Aristide a favorisé les débordements les plus meurtriers qui soient. À l'évidence, Haïti est encore et toujours le royaume, à tous égards, des épreuves insupportables.

Le témoignage publié hier dans nos pages a ceci de riche, si l'on ose dire, qu'il nous décrit de l'intérieur, et pour la première fois, comment les forces chargées de la sécurité des citoyens se livrent, dans les faits, à un carnage. Quotidiennement, donc, des «flics» tabassent et assassinent de supposés criminels ainsi que les personnes qui ont le malheur d'être dans les parages. En toute impunité, on massacre. On saigne les démunis, la masse de pauvres, les sans-voix.

Pire, lorsque des voix osent afficher leur désir d'une justice minimale comme leur solidarité avec ceux qui n'ont jamais voix au chapitre, l'État organise leur élimination. On se rappellera à ce propos que le journaliste le plus populaire ou le plus respecté des Haïtiens, Jean Dominique, est mort des suites d'un attentat vraisemblablement commandité par des élus. L'un d'entre eux, dont on pense qu'il a trempé dans le coup - il s'agit du sénateur Dany Toussaint -, évoque l'immunité parlementaire pour ne pas se rendre à la convocation du juge. Parallèlement à cette saga de l'injustice, d'autres journalistes ont été agressés ou exécutés. En fait, pour étouffer toute critique émanant des stations de radio, le gouvernement de Jean-Bertrand Aristide a trouvé un moyen bien simple: il coupe l'alimentation électrique.

Ainsi donc, par le biais de la politique dite de la tolérance zéro, on favorise les pires exactions, on cautionne les lynchages, on étouffe toute liberté de presse pour mieux, évidemment, poursuivre les basses oeuvres. Lesquelles? Celles liées notamment, voire surtout, au narcotrafic. Si l'on en croit les chiffres de la Drug Enforcement Administration, le trafic de la cocaïne a plus que triplé au cours des quatre dernières années. L'an dernier seulement, 67 tonnes de cette drogue venant de divers pays sud-américains ont transité par Haïti.

En moins de dix ans, celle qu'on avait baptisée la perle des Antilles est devenue l'un des principaux relais de la cocaïne destinée à l'Amérique du Nord. Bien évidemment, dans la foulée de ce commerce, toutes sortes d'activités ont émergé à sa périphérie, de sorte qu'il est au coeur de l'activité économique de bien des centres urbains. Au point où c'est à se demander si le commerce en question ne serait pas devenu le centre de gravité économique de tout le pays.

On s'en doute, les mafieux profitent de cela en toute impunité. Surtout, ils sont parvenus à instiller le germe de la corruption avec un tel doigté, une telle maîtrise, que tout l'État est aujourd'hui gangrené. Aucun secteur n'y a échappé, et encore moins la police qui, grâce à cette histoire de la tolérance zéro, n'hésite pas à éliminer les voix discordantes et ceux qui voudraient rentrer en concurrence avec les bonzes de la coca.

Pendant ce temps, le pays poursuit sur la voie de la déliquescence. Pas moins de 5 % de la population a le sida, soit un taux comparable à celui de l'Afrique subsaharienne, 56 % des Haïtiens ne mangent pas à leur faim, le pays est si endetté que le seul service de la dette avoisine rien de moins que 20 % du budget de l'État, etc. Pendant ce temps, Aristide poursuit sa carrière de démagogue. Lui et les membres de son parti, Fanmi Lavalas, sont des malfrats. Point.

La situation est telle qu'il serait souhaitable que les pays membres de l'Organisation des États américains (OEA) débloquent les sommes destinées à ce pays, bloquées depuis deux ans. Mais cela, à condition évidemment que l'on s'assure que les 500 millions promis ne finissent pas dans les coffres d'un paradis fiscal. Autrement dit, que cet argent ne soit pas remis, comme il le souhaite, entre les mains du président Aristide.

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La guerre civile aura-t-elle lieu 

(Editorial de Haiti En Marche; 
Visiter Haiti enMarche.com)

Luigi Einaudi a annoncé vendredi qu'il n'a pas perdu espoir d'arriver à un accord avant la fin de l'année, mais que les deux protagonistes se raidissent toujours aussi bien l'un que l'autre, jouant selon lui : " la politique du pire ". Le secrétaire général adjoint de l'Organisation des Etats Américains est de retour à Port-au-Prince depuis mercredi pour une énième mission de négociations dans le cadre de la crise née des législatives de mai 2000.

Des commentaires faciles à comprendre. En effet, en même temps que les deux belligérants rencontrent les médiateurs de l'OEA et de la Caricom (dont l'assistant secrétaire général Albert Ramdin fait aussi partie de la délégation), l'un comme l'autre essaie de prendre son adversaire à revers … Aristide à Washington ; l'opposition sur le terrain même en Haïti.

Le président Jean-Bertrand Aristide a deux émissaires à Washington (les ministres des finances et des affaires étrangères) essayant d'obtenir la levée de l'embargo de l'aide américaine … alors que celle-ci est conditionnée à l'obtention d'un accord politique …

Un carcan de dictature sanguinaire …

De son côté, l'opposition mène tambour battant sur le terrain une formidable entreprise de déstabilisation, visant à enfermer le pouvoir Aristide dans un carcan de dictature sanguinaire dont il ne pourra pas se relever. Dès lors, pourquoi l'opposition négocierait-elle quand elle considère avoir le vent en poupe, à la faveur des derniers événements où un journaliste a été lynché par une foule de partisans du pouvoir, cela spécifiquement à cause de ses commentaires en faveur de la Convergence Démocratique, une coalition de 15 partis d'opposition d'inégale importance engagée depuis bientôt deux ans dans un terrible bras de fer avec M. Aristide … Et dont la nation fait cruellement les frais.

Ce qui a changé, ce n'est pas le double jeu dénoncé par le médiateur de l'OEA. Mais le passage de la guerre psychologique à une guerre ouverte entre partisans du pouvoir et ceux de l'opposition, véritable pré-guerre civile (la première fois qu'on doive réellement le craindre depuis la chute de Duvalier en 1986) …

Mais Haïti a-t-elle les moyens d'une guerre civile ? C'est peut-être à cette question qu'a voulu répondre la capitale en boudant un appel à la grève générale le mercredi écoulé …

Lundi dernier 3 décembre, Petit-Goâve (68 km au sud de Port-au-Prince) est le théâtre d'événements horriblement sanglants. Un journaliste, Brignol Lindor, Directeur des nouvelles d'une station locale, Radio Eco 2000, est tué à coups de machettes par une meute déchaînée.

Peu auparavant, une autre personne de la zone avait failli y passer aussi, Joseph Céus Duverger, employé à l'Administration portuaire nationale (APN). Attaqué lui aussi à la machette, il a été grièvement blessé …

La " zéro tolérance " dans le collimateur …

C'est pour se venger de cette précédente agression reprochée à des proches de l'opposition que des coreligionnaires de Duverger seraient descendus en ville depuis un faubourg de Petit-Goâve nommé l'Acul … Ils rencontrèrent, hélas, le journaliste Brignol Lindor sur leur chemin …

Mais pas tout à fait par accident, car Lindor aurait été désigné par un officiel de Petit-Goâve, membre du parti au pouvoir, comme un homme à abattre. Le maire adjoint Dumay Bonny aurait émis une liste de personnes contre lesquelles devrait être appliquée la " zéro tolérance ", parce qu'ils utiliseraient des biens de l'Etat à des fins de déstabilisation (il a expliqué plus tard, hélas bien trop tard, avoir voulu dire que ces gens devraient être traduits en justice).

Dans une communication officielle le 18 novembre dernier, le président Aristide réitérait la consigne de " zéro tolérance " contre la vague d'insécurité qui fait rage dans le pays, en dehors de la crise politique, et malgré les dénonciations des organisations de défense des droits humains selon lesquelles ce mot d'ordre ouvre la voie à toutes sortes de règlements de compte et d'exécutions sommaires.

La première ligne d'attaque de l'opposition …

Brignol Lindor, 32 ans, est la malheureuse victime d'une situation qui paraissait fatale aux esprits lucides, car les choses ne sont pas aussi simples qu'on le dit.

La presse est devenue aujourd'hui la première ligne d'attaque de l'opposition au pouvoir Lavalas …

Tandis que les organisations populaires dites " OP ", jouent le rôle de fantassins, de la soldatesque pour le pouvoir aristidien.

On sait que Convergence Démocratique, coalition politique lancée avec le support de secteurs de la communauté internationale, demeure à ce jour une force principalement médiatique, grâce à un excellent travail de relations publiques mené en Haïti et à l'étranger, et auquel des experts en la matière dépêchés par des officines étrangères auraient prêté leur concours.

Cela fait quelque temps que les critiques de la presse en général (et de la presse pro-Convergence en particulier) n'épargnent pas ces fameuses OP, le bras armé du pouvoir Lavalas … dénonçant leurs débordements de " chimè " (casseurs), sans compter des exactions commises contre les petits commerçants du front de mer de Port-au-Prince …

La différence est que, comme on l'a déjà vu ailleurs dans des situations similaires, les secteurs de la presse qui seraient ainsi acquis exclusivement à la cause de l'opposition fonctionnent comme qui dirait selon un agenda pré-établi …

D'autant plus qu'il y a les associations de journalistes, locales et internationales (Reporters Sans Frontières), et organisations de défense des droits humains qui sont à l'affût des moindres soubresauts de cette difficile et presque impossible expérience démocratique haïtienne, particulièrement depuis l'assassinat l'an dernier du plus célèbre journaliste haïtien, Jean Léopold Dominique, abattu aux portes de sa station, Radio Haïti Inter, et dont les meurtriers courent toujours.

Quand la guerre psychologique devient guerre tout court …

Le problème est que la crise politique a trop duré, plus que ne pouvait se l'imaginer la communauté internationale qui a aussi sa responsabilité dans le drame affreux du lundi 3 décembre à Petit-Goâve …

Ce qui devait être une guerre psychologique (" character assassination "), destinée à briser l'image d'Aristide, à casser sa popularité, dans le but soit de le démettre, soit de le soumettre, devient, à cause aussi de la misère noire décuplée par la suspension de l'aide économique, un champ ouvert de confrontations de plus en plus violentes. Les moindres critiques de la presse, quand bien même elles sont fondées, et en premier lieu les reporters radio qui sont en contact direct avec le terrain, deviennent des provocations aux yeux du petit fanatique Lavalas de base, ainsi que de l'élu local " contesté ". Pour les uns comme les autres, le suspense a trop duré, n'est plus soutenable …

Dès lors rien ne va plus … Le sort en est jeté.

Pourquoi l'échec de la grève de jeudi est reçu avec un immense soupir de soulagement par tous les observateurs qui voient ce pays en train de s'engouffrer rapidement dans le ventre d'un volcan dont il n'aura plus les moyens d'émerger … C'est la seule indication que les gens réfléchissent encore dans ce pays et que tout n'est pas encore joué définitivement.

Haïti pour la première fois confrontée réellement à la menace de guerre civile …

Entre un pouvoir qui paraît disposer de peu d'atouts face à ce piège de la déstabilisation psychologique - orchestrée, il est vrai, de main de maître ; et une opposition qui n'a pour toute arme que de jeter toujours plus d'huile sur le feu, Haïti paraît pour la première fois confrontée réellement à la menace de guerre civile alors qu'on en parle régulièrement depuis la chute de Duvalier en 1986.

Mais ce qui a changé aujourd'hui, c'est le pays qui n'a plus aucun garde fou, aucune forme de protection. Les slogans entendus aujourd'hui sont invariablement les mêmes qui ont précédé le renversement des généraux Namphy (1986-1988) et Avril (1988-1989), ou de Leslie Manigat (1988) etc. Mais aujourd'hui il n'y a plus d'armée pour récupérer le pouvoir … Ni de Père Antoine Adrien ou de Dr. Louis Roy pour organiser rapidement un nouveau Conseil d'Etat. Ni les moyens politiques de jouer la comédie constitutionnelle (remise du pouvoir au président de la Cour de cassation). Ni de forces armées d'Haïti, comme lors du coup d'état du 30 septembre 1991 qui renversa déjà un certain président Jean-Bertrand Aristide, pour mitrailler impitoyablement la population …

Aucune institution, pas une seule personnalité crédible, rien qui puisse reprendre la situation en main ou simplement appeler au calme. Rien ni personne qui en impose … C'est la table rase. Un pays livré complètement à lui-même, et une populace à ses instincts. Voilà le feu avec lequel on est en train incroyablement de jouer en ce moment …

Après moi, le chaos ! …

Convergence fonce tête baissée, les dernières déclarations de ses dirigeants en font foi : les négociations ne sont pas de saison, la mobilisation doit se poursuivre. Bien sûr l'occasion est trop belle, alors que le pouvoir aristidien confronté aux provocations de toutes sortes, semble hésiter devant une répression qui risque de le vouer une fois pour toutes aux gémonies de l'histoire …

Comment Lavalas a-t-il pu se laisser ainsi battre de vitesse, pour se retrouver aujourd'hui quasiment désarmé au plan de la guerre psychologique proprement dite ?

Pour les uns, Aristide s'est entouré de gens n'ayant aucune préparation idéologique … Pour les autres, Lavalas s'est endormi sur ses lauriers … gros et gras, ajoutent-ils.

Toujours est-il que face à un mouvement organisé et bien coordonné que constitue cette formidable machine de relations publiques et d' " assassinat psychologique " qui a entouré le lancement de la navette Convergence, Lavalas apparaît soudain réduit à sa plus simple expression : une immense vague populiste aux comportements difficilement contrôlables, élus ou barons qui se chamaillent ou qui se font la guerre, des porte-parole en veux-tu en voilà, caciques de village ou de bidonville se croyant ouvertement au-dessus des lois, une absence aussi bien d'autorité de l'Etat que de discipline de parti … Bref, tout en restant aujourd'hui encore la seule personnalité politique qui compte, les sondages le montrent (ceux-là mêmes que l'Ambassade américaine tient régulièrement dans le pays : Convergence s'est révélée une formidable machine de guerre, mais paradoxalement dont aucune tête n'a émergé au-dessus de l'eau), Aristide n'en laisse pas moins le peuple haïtien sérieusement sur sa faim … Le véritable danger de cette politique est surtout de vouloir dire : Après moi, le chaos !

La vraie politique du pire …

Mais tel n'est pas l'avis de l'opposition qui semble plutôt penser : coupons la tête (renversons Aristide) et le reste, suivant une expression haïtienne, battra comme une poule, se désintégrera de lui-même. Sans avoir besoin de savoir comment … Car la différence avec la chute des Namphy, Avril, Manigat et compagnie, c'est que le Lavalas a ses racines au cœur même des masses populaires.

En somme, la vraie politique du pire … Le dernier saut au cœur du volcan.

La responsabilité de l'international n'en est pas moins grande que celle des acteurs haïtiens, pour avoir poussé ces derniers directement ou indirectement jusqu'au bout …

L'Histoire n'absoudra les uns ni les autres.

Haïti en Marche,

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