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Archives d'Editoriaux sur Haiti #2

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10 ans après, quel regard sur le Coup d’Etat

Craignons de devenir un jour l¹Afghanistan de quelqu¹un...

Ceux qui n'ont que la passion du Pouvoir doivent s'écarter......

10 ans après, quel regard sur le Coup d’Etat

10 ans ne représentent peut-être pas un recul suffisant pour écrire l’histoire : les évènements sont encore trop chauds ; acteurs et victimes ne se sont pas encore débarrassés de leurs états d’âme. Loin de là. La preuve : l’Association des victimes du 30 septembre n’arrête pas de " marcher ", question de remuer ce souvenir horripilant comme une épine irritative dans la mémoire des vivants, de même les auteurs n’arrêtent pas l’exégèse des théories du despotisme éclairé et progressiste pour justifier leur " correction démocratique ". Cependant, ce laps de temps confère sérénité et profondeur à l’observateur qui peut alors analyser les évènements avec détachement, tirer les leçons et étudier les conséquences.

Plus que celui d’une victime qui a dû prendre le maquis et l’exil, mon regard veut emprunter la loupe de la Philosophie de l’Histoire pour comprendre et situer le coup d’Etat du 30 septembre 1991. Nous pleurons nos morts et la douleur de nos handicapés. Nous leur obtiendrons réparation. Nous en faisons le serment. Mais en sus de cela, le putsch du 30 septembre me semble une sécrétion même de l’Histoire d’Haïti, telle qu’elle s’est déroulée depuis 200 ans. Il a fallu qu’elle eût lieu pour montrer que les FAD’H flottaient délibérément en porte--à-faux par rapport au projet démocratique du peuple haïtien et du Président ARISTIDE. Quelle dégénérescence après les luttes épiques pour la liberté menées avec Toussaint LOUVERTURE et Jean-Jacques DESSALINES ! Il a fallu qu’il eût lieu pour que les dernières poches fascistes de l’Hémisphère occidental crussent réellement au sérieux de la Résolution de Santiago du Chili, pour condenser de façon efficace la détermination du monde libre contre toute tentative de rupture violente et tragique de la légitimité constitutionnelle. Le Coup d’Etat du 30 septembre participe, à mon avis, de cette rationalité hégélienne qui veut conférer un sens et une finalité à l’histoire des hommes.

Aujourd’hui, Haïti conduit une expérience exaltante, un peu gênée aux entournures financières certes, mais tout de même débarrassée des pesanteurs de cette institution publique moulée aux forges de la violence politique et sociale et qui, en 5 ans, de 1986 à 1991, aura perpétré une bonne douzaine de coups d’Etat :

Namphy I contre Jean-Claude Duvalier, Février 86. Namphy II contre les élections du 29 novembre 87. Namphy III contre Leslie Manigat en juin 88. Avril contre Namphy III le 17 septembre 88. Rébu et sa promotion contre Avril en Avril 89. Lafontant avec une fraction de l’armée contre Trouillot, Janvier 91. Tentative du 27 janvier 91 dénoncée par Vent-Tempête. Mars 91 avec I. Pongnon et V.S. Pierre. Juin 91 avec L. Maximilien. 14 juillet 91 avec Narcisse et Paul. 26 juillet avec la Marine Haïtienne. 30 septembre avec Cédras et Michel François.

Voilà une performance macabre, une persistance dans le mal qui fait douter du principe métaphysique de la perfectibilité de l’être humain…

Mon regard est donc un regard philosophique qui laisse à d’autres les volets non moins importants de la comptabilité des victimes, des récriminations et des réparations.

Le coup d’Etat du 30 septembre 91 a-t-il fait avancer ou reculer la Démocratie en Haïti ?

Il est clair que sans cette césure de Septembre, la cause de la Démocratie serait beaucoup plus avancée au pays. On n’aurait pas connu - ni subi - la kyrielle des mesures drastiques déployées par le monde libre pour évacuer les putschistes, notamment l’embargo qui nous a causé des torts difficilement réparables. On n’aurait pas perdu nombre de militants, fers de lance du combat démocratique. Cependant, l’évènement a aguerri nos convictions et notre détermination. Il a surtout permis d’identifier les chausse-trappes, notamment l’Armée d’Haïti que le président ARISTIDE a dû dissoudre pour ramener la PAIX dans les esprits et les cœurs.

L’instauration de la Démocratie en Haïti a été retardée, retard salutaire si je peux m’exprimer ainsi, car son implantation n’en sera que plus laborieuse et assidue, plus profonde et mieux enracinée. " Rien ne sert de courir, il faut partir à point " et surtout mettre chaque pas que l’on fait sur du solide, poser chaque fondation sur et dans un roc, afin que l’édifice ne s’écroule au premier ou au moindre séisme.

Pour l’insécurité et l’instabilité, l’armée indispensable ?

Certains le pensent. À tort.

L’armée, dit-on, est le balancier de l’Histoire nationale en Haïti. Oui. Mais c’est toujours à contre-courant. En effet, chaque fois que les démocrates devaient affronter les oligarques et les ploutocrates du pays, l’armée intervenait brutalement au préjudice des premiers. Invariablement. Tout au long de notre histoire, il n’est pas une seule chute violente de gouvernement où l’on ne retrouve la main apparente ou invisible de l’armée. Elle est le facteur permanent de l’instabilité politique et du recul de la Démocratie. Pour cela, il est heureux qu’elle n’existe plus dans le panorama institutionnel haïtien. Ceux-là qui prônent sa résurrection sont simplement taraudés par la nostalgie des coups de force qui assurent ou rétablissent toujours le règne des minorités.

Habituée aux marches rectilignes et aux virages à angle droit, l’armée ne sait pas saisir les méandres labyrinthiques de la science et de l’art politiques. Elle ne possède ni la patience ni l’intelligence de suivre cette ligne brisée avec ses hauts et ses bas. Elle est allergique aux soubresauts sociaux qui invariablement accompagnent et fortifient le processus démocratique. Si elle existait, il y a longtemps qu’elle aurait posé sa patte et ses bottes sur le bébé fragile qui, pourtant, vagit allègrement, malgré les pénuries et la qualité approximative du bois et du coton du berceau. Depuis ces 4 ou 5 dernières années, combien de fois ne fût-elle intervenue, car elle prend prétexte de tout et de n’importe quoi pour arrêter la légitimité politique :

Une manifestation populaire pour renverser Lescot. Un conflit minime au Législatif pour Estimé. Une réticence au Judiciaire pour renvoyer Magloire. Une satisfaction populaire trop visible pour agir contre Fignolé et Titid. Une élection estimée perdue d’avance : Namphy II, le 29 novembre 87. Mutinerie de la base : Avril. Insatisfaction électorale d’un particulier : Lafontant. Ambition de pouvoir : 30 septembre 91…

L’armée ne respecte pas les valeurs républicaines. Elle est l’instrument de l’instabilité politique.

L’insécurité ? Elle n’est pas contemporaine de la disparition de l’armée. C’est un phénomène de société dont il convient de rechercher les causes profondes. L’une d’elles d’ailleurs renvoie à cette propension frénétique des gens d’arme à devenir trop riches et trop vite. Dans les années 87-88, les gendarmes soutenaient - individuellement il faut le reconnaître - certains trafics illicites juteux d’où ils tiraient des bénéfices inespérés. Cette collusion des forces de l’ordre avec de petits groupes de malfrats installe les premiers réseaux d’un banditisme toléré que l’appât du gain facile allait amplifier et généraliser, dans ce milieu de miséreux, de jeunes désœuvrés, de chômeurs virils et intelligents. Le " zenglendoïsme " voyait le jour, sur les fonts baptismaux du temple de l’armée dégénérée. Ainsi, l’insécurité est née dans les années 88, sous la présidence du Général Avril, dans cette conjoncture délétère de " PETITS SOLDATS ", piqués du virus politique et qui ratissaient le pays, suçaient et liquéfiaient les institutions publiques, rançonnaient le bord de mer, à la recherche d’un bonheur à la fois politique et économique. Le phénomène s’est aggravé depuis, a pris des proportions alarmantes, l’exemple d’en-haut ayant fait tache d’huile et notre milieu de misère, de chômage et d’oisiveté constituant un excellent bouillon de culture pour la prolifération de cette engeance nocive des zenglendos.

Là encore, l’armée se situe à la racine du mal. Elle en est la source.

D’ailleurs, une ambiance savamment entretenue d’instabilité, de transes sociales et d’insécurité alimente son argumentaire pour justifier la prétendue nécessité historique de son existence et de ses malencontreuses et brutales interventions dans le domaine politique. En fait, l’armée d’Haïti a été une force d’occupation de son propre pays. Elle semble faire vœu de perpétrer des coups d’Etat et d’organiser la répression. Son idéal : parader. Dévorer le budget de la République. Réprimer le peuple et la Démocratie. Entretenir l’instabilité et l’insécurité pour s’imposer. Car, en définitive, quel territoire a-t-elle jamais défendu ? Seul Pierre SULLY a fait le coup de feu symbolique de l’héroïsme solitaire le 28 juillet 1915. Notre vaillante armée était restée dans ses casernes en 1937. En septembre 94, si elle a investi les rues, c’était plus pour la bastonnade et le massacre des manifestants de la Démocratie retrouvée que pour la défense de l’intégrité du sol national, en dépit des fanfaronnades puériles d’un général qui menaçait qu’ " au premier coup de canon d’alarme, les villes disparaissent et la nation est debout ".

Oui, effectivement, ce jour-là, la Nation était debout, mais face à son armée. Cette antinomie historique et viscérale entre le peuple haïtien et l’armée d’Haïti ne pouvait aboutir logiquement qu’à la disparition de celle-ci. Qui veut la ressusciter devra peut-être d’abord se déterminer à anéantir le peuple haïtien…N’est-ce pas là un prix trop lourd… Il faut savoir choisir son camp

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Craignons de devenir un jour l¹Afghanistan de quelqu¹un...
Daniel-Gérard Rouzier

Il y a quelques mois, la Fondation Nouvelle Haïti invitait des conférenciers à débattre des différentes définitions de la société civile et du dilemme Société civile minoritaire, Société civile majoritaire.  J'ai été alors attristé de constater, la futilité d'une discussion qui loin d'aborder la descente inexorable du pays aux enfers cogitait plutôt sur la morphologie du terme Société et de la convenance de l'adjectif civile.

Face aux défis du moment il est important que la société dans toutes ces composantes s'implique et prenne position.  Puisqu'il faut définir le terme société je me cantonnerai à cette définition de Bossuet dans laquelle il y a
une forte connotation de solidarité: « En étant nés pour la société , nous sommes nés en quelque sorte les uns pour les autres. »

En l'absence d¹un engagement énergique de la société civile, le commencement
de l'aire nouvelle promise par le rétablissement de l'ordre constitutionnel n'a jamais pu avoir lieu.  La déception est généralisée et « l'espoir que la gauche depuis cinquante ans critique du pouvoir, puisse à défaut de résoudre les problèmes, imprimer un style nouveau est au point mort ».

Durant l'émergence de notre démocratie, l'implication de la société civile devra avoir lieu en trois phases.

1. La première demandera une implication à court terme qui n¹est autre que la médiation de la crise politique actuelle qu'assume d¹ailleurs l'Initiative de la Société Civile.  Mais attention, cette médiation devra rester impartiale.  Il n'existe dans ma tête aucune différence entre la prise du pouvoir du président Aristide le 7 Février 2001 et la « Percée Louverturienne »  du président Manigat, ou encore entre l'accession au pouvoir du Sénat d¹Edgard Leblanc et celle du Sénateur Neptune. Aucun des partis en conflit ne doit donc se targuer d'avoir plus de moralité, de civisme ou de patriotisme qu'un autre. Dans ce contexte, il importe, à mon sens, que l'effort de médiation de l'ISC reste impartial c'est-à-dire qu'il traite les parties avec équité, qu'il facilite un compromis politique et qu'il ne l¹influence que dans l'application scrupuleuse des prescrits démocratiques (un vote, une voix).

2. La deuxième phase requerra une implication à long terme qui est ce que l'américain appelle de l' « advocacy » qui n'est rien d'autre qu'un plaidoyer continu et soutenu en faveur de l'établissement d'un état de droit, et d' un régime économique visant la réduction de la pauvreté et la protection de l'environnement.

Si nous ambitionnons de réduire la pauvreté, nous devrons établir une politique fiscale rationnelle qui ne décourage pas les entrepreneurs mais qui permette à l'Etat de fournir des services publics de qualité.  Nous devrons appliquer une politique équitable de transfert de ressources vers les classes défavorisées, et nous devrons limiter le pouvoir politique de l'argent.  En ce qui a trait à l'environnement, il est temps qu'avec Charles Clermont nous reconnaissions qu'Haïti est en passe de devenir LA catastrophe écologique de ce début de siècle. Le dialogue doit être entamé, les options doivent être analysées et une stratégie nationale doit nécessairement émerger.  Dans ce contexte, une ébauche d'agenda économique national est en passe d'être rédigé sous l'égide de différentes associations patronales.

3. La troisième et dernière phase visera à la construction de défenses de la collectivité face au pouvoir politique!  Nos politiciens roulent pour eux-mêmes et ont rarement défendu les intérêts d'une société qu'ils ne contactent qu'en période électorale, lorsqu¹il s'agit pour eux de pérenniser leur pouvoir.

Dans mon essai intitulé Vision ou Illusion je disais que  « toutes classes confondues, nous vivons sous des lois communes et formons la société civile
haïtienne.  Comme des abeilles nous vivons en société mais au contraire des abeilles qui se sacrifient volontiers pour défendre leur essaim, notre solidarité dépasse rarement nos liens de famille.  Il est grand temps que nous nous structurions et que nous créions un environnement où le citoyen a des références et une structure sociales lui permettant de se défendre contre les abus du pouvoir politique. »

Tout ceci est très beau mais restera lettre morte si nous ne nous astreignons pas à combattre le problème qui me tient le plus à ceur et qui ces jours-ci a pris des allures monstrueuses.  Je veux parler de la violence tant physique que spirituelle qui ravage notre société et du bellicisme de nos dirigeants politiques, cette propension à se battre qu' ont ces Ocaciques qui s'affrontent pour le pouvoir politique.

En Haïti comme à l'étranger, nos politiciens de tout bord semblent s'être mis d'accord en s'engageant dans l'exécution d'une symphonie funeste qui ne vise qu'à une chose : le prolongement sans fin de cette débâcle.  Depuis plus de vingt ans, l¹ONU a d;ailleurs conclu que les indices économiques Haïtiens rappellent ceux d'un pays en guerre.  Le désenchantement de la population est à son paroxysme et nul n'ose espérer un dénouement pacifique de la crise.

Critiquer la violence en ce temps où règne la loi du plus fort prend l'allure d¹un pêché capital. Erasme dans son Eloge de la Folie disait : «Que les animaux s'attaquent entre eux, je le comprends, je les excuse en fonction de leur ignorance, mais les hommes devraient reconnaître que la guerre en soi est obligatoirement injuste, car ordinairement elle n'atteint pas ceux qui l'allument et la déclarent mais elle pèse presque toujours de tout son poids sur les innocents, sur le pauvre peuple à qui ne profitent ni les victoires, ni les défaites.  Elle frappe la plus part du temps ceux qui n'y sont pour rien et même quand la guerre connaît le succès le plus heureux, le bonheur des uns n'est que dommage et ruine pour les autres » .

Il ne faut jamais associer le concept de violence à celui de la justice et les instigateurs de troubles à travers la République ont tort.  A vous mes pairs, je soumets la question suivante :  Comment la violence peut-elle être juste ?  Il n'existe pas de vérité absolue, exclusive!  La vérité est toujours nuancée, a plusieurs significations; En ces temps d'extrême violence, il est impérieux d'être précautionneux.  La sagesse devrait nous indiquer d'hésiter de nous prévaloir de notre bon droit pour justifier nos écarts de violence, car quel est celui de Lavalas, de la Convergence ou du reste de la population qui ne considère pas sa cause comme LA bonne ?

Ceux qui prêchent le dénouement des conflits par les armes sont immoraux. Ils devraient au contraire faire ressortir l'incohérence anti-chrétienne de la violence.  Dans notre communauté, il existe des prêtres et des pasteurs qui restent muets devant cette escalade d'agressions dont est victime la population.  Il en existe même d'autres qui encouragent la lutte armée et qui se targuent d'avoir un arsenal en leur possession.  Avec Erasme, je veux leur demander : « Comment peuvent-ils souffler dans la même trompette en l'honneur de Dieu et du diable? »   Cette soldatesque de pasteurs et de prêtres politiciens souscrit à une interprétation erronée de la parole divine qui trahit la très éminente mission que son Seigneur et Maître lui a confiée en disant : « La paix soit avec vous ! »

Il a toujours existé dans l¹homme un penchant pour la violence, une ardeur
belliqueuse qui lui bouillonne dans le sang; cet instinct de violence cependant n'est pas une menace sociale insurmontable.  Esseulée, elle s'épuise rapidement.  Stefan Zweig, un auteur autrichien qui a fui l'Europe à l'arrivée du Nazisme écrivait à propos de la violence que  « lorsqu'elle rentre en irruption, elle est aveugle, son jugement est borné et après quelques brusques explosions elle s'affaisse sur elle-même impuissante. Même lorsqu'elle est contagieuse et soulève la foule en créant chez celle-ci une espèce de psychose, elle ne réussit à former que des bandes indisciplinées qui se dispersent dès que l'enthousiasme du début s'est refroidi.  Jamais au cours de l'histoire, les révoltes ni les soulèvements populaires ne furent dangereux lorsqu'ils n'étaient pas dirigés par une organisation intelligente ; ce n'est que quand la violence se met au service d'une idée (ou que l'idée se sert de la violence) que se produisent les
véritables Otumulti les révolutions sanglantes et dévastatrices, car c'est grâce à un mot d'ordre que la bande devient un parti, à l'organisation qu'elle devient une armée, à un dogme qu'elle se transforme en mouvement. »

Il est donc incorrect de redouter le penchant violent des enfants d'Haïti, et de négliger les idéologues qui les poussent à commettre des sévices contre le reste de la population.  Les grands coupables sont les sectaires, ceux qui donnent aux masses instinctivement prêtes à la violence les excuses pour y recourir.  Le mal de notre communauté est le fanatisme, ce « bâtard né de l'esprit et de la brutalité » qui veut imposer à la population la dictature d'une idée en ne tolérant aucune autre forme de pensée, et en la divisant amèrement en partisans et en adversaires, en bons et en méchants. Le fanatisme recourt alors à la violence qui devient alors l'unique moyen de détruire la diversité et de l'enfermer dans le carcan de l'intolérance.

N'importe quel homme peut flatter les bas instincts d'une population et déchaîner sa colère, mais il doit comprendre et assumer la responsabilité devant Dieu et devant les hommes qu'il ne pourra jamais l'arrêter une fois qu'elle est mise en branle.  Stefan Zweig disait encore : « Celui qui met
dans ses paroles une flamme secrète doit savoir qu'il allume un incendie
dévastateur, celui qui exalte le fanatisme en proclamant la valeur unique et
absolue d'une seule forme d'existence, de pensée ou de croyance ne doit pas
ignorer qu'il prend la responsabilité d'une division sociale, qu'il pousse à
une guerre spirituelle ou réelle contre toute autre forme de pensée ou de
vie »

Je conclurai sur cette mise en garde : Haïti est au bord de la guerre civile. Notre économie est dévastée et les signes avant coureurs de violence corporelle et spirituelle sont là.  Pour l'en épargner, les femmes et les hommes de bonne volonté, la société civile dans toutes ses composantes devront former un front contre l'intolérance.  Ils devront s¹abstenir de se lier à une idéologie, de tendre à une quelconque hégémonie car sans liberté de penser et d'agir il n'y  aura jamais de dénouement juste et heureux de notre crise.   La violence est un naufrage et si la société civile continue à se terrer et à se taire, nous deviendrons fatalement un jour l'Afghanistan de quelqu'un.

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Ceux qui n'ont que la passion du Pouvoir doivent s'écarter......
Smarck MICHEL

Ça suffit ! La boucle est bouclée.  Nous avons fait un tour complet pour nous retrouver au point de départ.   Arrachés d'Afrique par milliers, entassés nus dans des cales de bateaux comme des animaux, des créatures sans âme et sans dignité au regard des sauvages qu'étaient les négriers, nous voici  trois siècles plus tard, en 2001, nus, comme des animaux, des créatures sans âmes et sans dignité au regard des sauvages que sont nos geôliers, sur le béton de la cour du pénitencier national d'Haïti.

Et pourtant 198 années se sont écoulées depuis notre déclaration d'Indépendance et 11 années depuis la prise du Pouvoir par "Lavalas"au cri de "Tout Moun se Moun". La photo parue en première page du Nouvelliste le vendredi 16 novembre 2001, restera dans toutes les mémoires et particulièrement celles de ceux qui ont vécu des jours, des mois et des années, nus comme des animaux, des créatures sans âmes et sans dignité au regard des sauvages qu'étaient leurs geôliers sur le béton des cellules de Fort-Dimanche.

Il est regrettable que cette image ait paru en première page sans légende, sans un éditorial outré, sans penser à la dignité de ces hommes et à l'humiliation que représente pour eux un tel étalage, sans un mot pour les pères, les mères et les enfants de ces personnes humaines couchées sur le béton du Pénitencier National tentant pudiquement de cacher leur nudité sous le regard rieur d'un jeune reporter que la camera a fixé.   Ce rire est certainement nerveux, mais il traduit surtout l'ampleur des dégâts dans nos esprits du processus de déshumanisation, du non-respect des autres et de nous-mêmes.

L'image serait choquante même si tous les détenus avaient été convaincus de crimes.  Or l'on sait que la majorité d'entre eux est en détention préventive.

Nous autres les Haïtiens, sommes-nous condamnés à transmettre de génération en génération une si basse opinion de nous-mêmes?   Sommes nous condamnés à reproduire de génération en génération cette race de commandeurs au service de leurs seuls intérêts, et ces gouvernements qui se succèdent au pouvoir, arrivés pauvres et sortis super riches alors que la Nation s'appauvrit?

Si ce que représente cette image en première page du journal ne provoque pas la réprobation générale, alors il serait vrai que les peuples n'ont que les gouvernements qu'ils méritent et, la médiocrité, la rapacité, la démagogie et la méchanceté des nôtres ne seraient que l'insupportable reflet de nous-mêmes.

Çà suffit la dérive des valeurs d'Humanité! Çà suffit la tentative de la corruption de la jeunesse! Çà suffit les meurtres! Çà suffit le mépris des autres et de nous-mêmes !

Ne pouvons nous pas enfin nous réveiller de ce cauchemar pour renaître à la vie?  Les difficultés sont nombreuses, les obstacles énormes, mais pour les surmonter, il faut que la volonté collective s'exprime. Le respect de soi  et le respect de l'autre doivent être à la base de nos démarches.   Ceux qui exercent des responsabilités envers la collectivité doivent être motivés par le devoir de servir et non par la passion du Pouvoir.

Quand le slogan "Makout pa ladam" était en vogue, on avait cru qu'il s'agissait de l'esprit "Makout"du comportement "Makout".  Maintenant, à la vue de cette image, on comprend aujourd'hui qu'il s'agissait uniquement de promouvoir une nouvelle classe de commandeurs pour perpétuer Fort-Dimanche.

Il est encore temps d'arrêter la débâcle.   Ceux qui n'ont que la passion du Pouvoir doivent s'écarter pour laisser à la Nation sa chance de retrouver la Dignité trahie.

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