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Archives d'Editoriaux #9

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Jeune Afrique -- Le syndrome haïtien

HAÏTI : LE CONTEXTE DE LA DÉMISSION DU PREMIER MINISTRE JEAN MARIE CHERESTAL

Jeune Afrique -- Le syndrome haïtien
Janvier 2002
 Par FRANCIS KPATINDÉ

 Faut-il désespérer d'Haïti ? Le coup d'État manqué du 17 décembre incite à  répondre, hélas ! par l'affirmative. A deux ans de la commémoration, le 1er  janvier 2004, du bicentenaire de son indépendance, la première République  noire de l'Histoire est toujours en proie à l'instabilité politique et à la  violence, alors que l'écrasante majorité de sa population croupit dans une misère révoltante. L'espérance de vie sur ce morceau d'Afrique adossé à la République dominicaine est de 54 ans, alors que la moyenne dans les autres pays d'Amérique et des Caraïbes se situe autour de 70 ans. La mortalité  infantile y est deux fois plus élevée. La moitié des enfants de moins de 5 ans ne mangent pas à leur faim et un adulte sur deux ne sait ni lire ni écrire.

L'économie, elle, est aux mains de cinq ou six familles blanches et métisses, et le pays est placé sous une double tutelle de l'ONU et de  l'Organisation des États américains, justifiée il y a une dizaine d'années, mais désormais incongrue et, pour le moins, indécente, si l'on en juge par les salaires versés aux fonctionnaires et autres observateurs internationaux présents sur place. En dépit de ce tableau
particulièrement sombre, l'élite dirigeante (pouvoir et opposition confondus) semble se complaire dans la contestation stérile, les combinaisons d'appareils,
la transhumance politique, la palabre, le goût du complot et la propension au putsch  permanent. C'est dans cette atmosphère délétère que, selon un scénario
 désormais bien rodé, plusieurs dizaines d'hommes armés ont investi, au petit  matin du 17 décembre, le Palais national, la présidence de la République, à
 Port-au-Prince, qu'occupe depuis février 2001 un chef de l'État aussi  caractériel et mystique que Jean-Bertrand Aristide. Les assaillants se sont
 facilement rendus maîtres des lieux, avant d'en être délogés par la gendarmerie et la police, l'armée ayant été, en désespoir de cause, démantelée en 1994.

Depuis son accession à la souveraineté internationale, Haïti est devenue un  véritable laboratoire pour les étudiants en sciences politiques. Des officiers bonapartistes, des « jacobins noirs », des visionnaires, des nationalistes, des hommes de paille de la CIA, des dictateurs ubuesques, un partisan de la Théologie de la libération, puis le même en prêtre défroqué, se sont succédé à la tête de l'État. Cette instabilité chronique n'a pas provoqué de sursaut. Dans ce tiers d'île en apnée depuis deux siècles,  l'Histoire est un perpétuel recommencement.

Au seuil de l'année 2002, que je vous souhaite heureuse et radieuse, les États africains seraient inspirés de se pencher sur le destin tragique  d'Haïti, qui préfigure peut-être de ce que pourrait devenir, dans deux siècles, des pays comme le Congo, la Guinée, l'Angola, la Centrafrique, le Liberia ou la Sierra Leone. A savoir, des États en guenilles et des nations zombies qui disposeraient certes d'un fauteuil (et du droit de vote) aux Nations unies, mais dont la disparition sous les flots ne changerait rien au sort de la planète. Il est vrai, me direz-vous, que certains d'entre eux présentent déjà les mêmes symptômes qu'Haïti !

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HAÏTI : LE CONTEXTE DE LA DÉMISSION DU PREMIER MINISTRE JEAN MARIE CHERESTAL

Par Gotson Pierre,
22 janvier 2002
 
Finalement Jean-Marie Chérestal a jeté l'éponge. Le Premier Ministre haïtien a démissionné de son poste le 16 janvier dernier par une lettre au président Jean Bertrand Aristide. La nouvelle tardait à être confirmée officiellement jusqu'à ce 21 janvier, lorsque Chérestal a pris part à une ultime réunion en Conseil des ministres.
Dans un discours d'adieu prononcé ce 22 janvier, Chérestal a fait savoir que sa démission était motivée par "sa ferme volonté d'apporter sa contribution à l'apaisement de l'environnement politique et social du pays".  Mais en réalité, le Premier Ministre démissionnaire, qui gère à présent les affaires courantes, était au bout du rouleau. Traqué par un groupe de sénateurs appartenant comme lui au parti Fanmi Lavalas, il n'avait plus le choix qu'entre la démission et une séance d'interpellation qui devait se dérouler ce 22 janvier, suivant une résolution votée la semaine dernière par le sénat.
Un groupe de sénateurs, conduits par Gérald Gilles, Prince Sonson Pierre et Lans Clonès, voulaient confronter Chérestal à son bilan, présenté le 14 janvier, lors de l'ouverture de la première session parlementaire de cette année. Jean Marie Chérestal s'était donné un satisfecit tout en reconnaissant que le blocage de l'aide internationale rendait la situation très difficile. Des sénateurs avaient jugé sa présentation "truffée de mensonges".
 
Chérestal au carrefour des intérêts de clans.
Le Chef du gouvernement se trouvait en situation difficile depuis environ 5 mois. Tout avait commencé par éclater publiquement le 10 septembre 2001, lorsqu'à la tribune du Parlement, le vice-président du Sénat, Fourel Célestin, avait accusé Jean Marie Chérestal de gestion douteuse. Principal fait avancé : l'achat au frais de l'État d'une maison luxueuse à Port-au-Prince en tant que résidence du Premier Ministre. On saura par la suite que le Trésor public avait du déboursé 1 million 700 mille dollars américains.
Les accusations de Célestin ont fait l'effet d'une bombe et à la mi-septembre Chérestal s'est absenté durant une semaine de son bureau, menaçant de démissionner. Il devait être ramené à la Primature par le Président Jean Bertrand Aristide le 19 septembre. Et depuis, le Chef du gouvernement n'a jamais eu le sommeil facile. Il était à plusieurs reprises la cible de manifestations de groupes proches de Fanmi Lavalas qui ne faisaient aucune économie de propos les plus virulents et même d'injures.
A certains moments, l'autorité même de Chérestal a été entamée. En octobre 2001, le ministre de l'Intérieur Henry Claude Ménard a décidé de passer outre
les instructions du Premier Ministre concernant l'utilisation de fonds générés par le service des passeports livrés en urgence, au niveau du service de l'immigration. Le Premier ministre a dénoncé des malversations de son ministre de l'Intérieur et a parlé de "forfaiture" et d'"insubordination caractérisée".  Auparavant, des proches de Ménard avaient été surpris en train de distribuer des tracts contre Chérestal. Parmi les personnes appréhendées par la police il y avait le chauffeur du ministre et un ses gardes du corps.
Au début d'octobre 2001, il y a eu des tentatives de conciliation entre les clans face à face au sein du parti au pouvoir. Plusieurs personnalités, membres du parti, dont Jean Marie Chérestal, Henri Claude Ménard, Yvon Neptune, président du Sénat, et le sénateur Gérald Gilles, se sont réunis dans un hôtel de Pétion-Ville, en périphérie est de Port-au-Prince, puis au Palais National pour tenter d'aplanir leurs divergences.
Les intérêts personnels ont probablement eu le dessus, car aujourd'hui, on sait que plusieurs des ténors de Fanmi Lavalas au Parlement sont impliqués dans ce qui est maintenant connu comme "le scandale du riz", qui aurait motivé certaines attitudes. Relayant les déclarations à la radio du député Nahoum Marcellus, le quotidien "Le Nouvelliste" rapporte que "tous les sénateurs qui expriment leur hostilité au Premier Ministre, disposent d'une fiche leur habilitant à mille (1000) sacs de 50 kilogrammes de riz distribués à l'Administration Portuaire Nationale. Les sénateurs non zélés ont un quota de 400 sacs de 50 kilos et les tièdes ont 200 sacs, selon des chiffres avancés par Nahoum Marcellus."
Plus loin, citant un importateur de la place, le journal indique que "des sénateurs et des députés gèrent des quotas variant entre 4 000 et 20 000 sacs de riz, dépendamment de leur poids politique et de l'efficacité de leur réseau de distribution". Ces transactions auraient occasionné un détournement du fisc de l'ordre de 117 millions de Gourdes.
D'autre part, dès septembre dernier, le sénateur Yvon Feuillé avait mis en doute l'intégrité du sénateur Fourel Célestin, dont les accusations contre Chérestal ont fait tache d'huile. Il avait souligné que Célestin circulait dans une voiture luxueuse de plus de 100.000 dollars et qu'il aurait des comptes à rendre à propos de la gestion au Palais national de plusieurs centaines de milliers de dollars destinés à appuyer des boursiers haïtiens à l'étranger.
Est-ce en référence a ce tissus d'affaires sordides que, dans son discours d'adieu, Jean Marie Chérestal a déclaré qu'il fallait à tout prix arrêter ou essayer d'arrêter "le scandale navrant et dégradant" qui a été servi depuis cinq mois à l'opinion publique et dont "ni Fanmi Lavalas, ni les institutions concernées, ni la société haïtienne ne peut tirer aucune fierté" ?
Il est clair donc que parallèlement à la crise électorale qui persiste depuis les élections législatives de mai 2000, le pays fait face à une situation d'"ingouvernabilité", fondée en partie sur des conflits d'intérêts au sein même du parti du Chef de l'État. Dans ce contexte, le choix d'un nouveau Premier Ministre se révélera probablement ardu, alors que chacun essaie de tirer son épingle du jeu.
 
Jeu des acteurs et perspectives
Le sénateur Dany Toussaint, inculpé dans l'assassinat en avril 2000 de Jean Dominique et Jean-Claude Louissaint, respectivement Directeur et gardien de Radio Haïti Inter, a proposé que les sénateurs démissionnent en bloc pour faciliter la tache au président Aristide. Le sénateur Prince Sonson Pierre a fait part de sa méfiance vis-à-vis d'une telle proposition, voyant derrière elle l'expression d'intérêt particulier.
Au niveau de l'opposition, on estime simplement que la démission de Jean-Marie Chérestal ne peut en aucune façon résoudre la crise politique. Les responsables de la Convergence Démocratique continuent de préconiser un changement de régime.
Cette crise gouvernementale, pourrait-elle avoir une quelconque conséquence
sur l'impasse électorale ? On sait seulement que les pressions internationales semblaient se multiplier à la veille de la démission de Chérestal. Le 15 janvier le Conseil Permanent de l'Organisation des Etats Américains (OEA) a voté une résolution demandant à l'Exécutif haïtien de créer les conditions nécessaires a la reprise des négociations.
La semaine dernière, le Président américain George W. Bush, qui aborde rarement la question haïtienne, a exprimé ses préoccupations sur la crise que, selon lui, les Haïtiens doivent eux-mêmes résoudre. Il a réaffirmé que l'aide américaine à Haïti continuera de passer par des ONGs tant qu'un accord ne sera intervenu entre le pouvoir et l'opposition.
 
Dans ce contexte, quelle orientation du mouvement populaire ?
En ce qui concerne le mouvement populaire, très affaibli par différentes conjonctures depuis le début des années 1990, il est pratiquement absent du débat politique. Lors d'une séance d'échanges organisée le 18 janvier dernier à l'Institut Culturel Carl Lévêque à Port-au-Prince, autour du "mouvement populaire dans la crise du pays", certains militants ont expliqué que cela n'amène à rien de prendre part au débat politique lorsqu'on ne dispose d'aucun moyen d'action.
Pour ces militants la tâche primordiale est la reprise du travail d'organisation à la base des secteurs populaires. Il faut patiemment organiser les luttes revendicatives, ont-ils dit, afin de préparer "la nouvelle sortie du mouvement populaire".
Les acteurs populaires présents ont néanmoins estimé qu'il était nécessaire de "faire face" à la situation de terreur dans laquelle le pouvoir actuel, qualifié de populiste, enfonce le pays. "La lutte contre le populisme exige une intense activité de solidarité", ont-ils fait remarquer. Constatant l'échec du processus populaire de 1986 à nos jours, les acteurs présents ont réaffirmé "la nécessité d'un bilan" afin de créer les meilleures conditions de lutte dans une société en danger de "disparaître".
 
  SICRAD - "Informer sur les processus"
 
 Service d'Information du Centre de Recherche et d'Action pour le
Développement
 BP 13241, Delmas, Haïti
 -Tel: 2463496, 2492242 >>

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