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Archives d'Editoriaux (#33)

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Nouvel Appel au patriotisme haitien face au risque annoncé de tutelle étrangère; Par Leslie F. Maniga

Déclaration de la présidence au nom de l'Union européenne sur Haïti; Bruxelles, le 7 mars 2003  

Possibilite de Mettre Haiti sous tutelle

Nouvel Appel au patriotisme haitien face au risque annoncé de tutelle étrangère; Par Leslie F. Maniga

Frères et soeurs en la patrie bien-aimée,

            Au moment où Haiti allait entrer en carnaval, ce temps de défoulement joyeux que le peuple se réserve chaque année pour noyer dans la danse et l’alcool ses pires tribulations et souffrances quotidiennes indicibles qui l’attendent aggravées après le mercredi des cendres, une voix officielle d’Ottawa rend publique, dans la revue  « L’Actualité », à la page 14 du numéro en date du 24 février au 2 mars 2003 , sous la plume du journaliste Michel Vastey, la nouvelle d’un projet international à l’invitation du Canada, tendant à mettre notre pays sous tutelle, et cette fois-ci sous l’égide des Nations Unies. Les « sponsors » de ce projet sont identifiés, parmi lesquels il faut souligner la participation d’un  ministre en exercice du gouvernement canadien Monsieur Denis Paradis, Secrétaire d’Etat pour l’Amérique Latine,  l’Afrique et la Francophonie, promoteur du projet et animateur d’un groupe couvrant une vingtaine de pays et qui a réuni, à sa première convocation, deux officiels « de haut rang » de l’administration américaine actuelle, la ministre des affaires étrangères du Salvador Maria da Silva, un représentant de la France en la personne du ministre francais de la Coopération Pierre-André Wiltzer, des représentants de l’OEA, de la Commission économique Européenne (CEE ? sic) et de l’Agence Intergouvernementale de la Francophonie. Ce beau monde a tenu une réunion secrète dans les derniers jours de janvier 2003 à Ottawa et dans le parc de la Gatineau et une deuxième rencontre est maintenant planifiée pour la mi-avril au Salvador, afin de préparer un projet  de résolution à déposer aux Nations Unies. La présentation introductive de l’article de Vastel détache, en exergue, : « Il faut renverser Aristide. Et ce n’est pas l’opposition haitienne qui le réclame, mais des parlementaires de plusieurs pays réunis à l’initiative du Canada. ».

Il faut dire, avec l’honnêteté qui nous caractérise, que les intentions de Monsieur le ministre Paradis sur la nécessité urgente d’un changement politique au sommet de l’Etat haitien nous paraissent partiellement bonnes, mais de la bonté de celles dont on dit que l’enfer en est pavé, parce que si est excellente la volonté d’aider à en finir avec un régime lavalassien responsable de la tragédie de la mort lente du pays dans l’horreur criminelle du « mal absolu » et dans l’impuissance collective à résoudre les problèmes de base, et si est prévoyante « la responsabilité de protéger » en prévenant un massacre du genre du génocide ruandais dont ce régime est capable selon ses propres dires et menaces, la solution préconisée ensuite par « L’initiative d’Ottawa sur Haiti » est un coup fourré contre notre indépendance étatique dont on veut faire accroire qu’il n’y a pas d’haitiens de valeur, compétents et honnêtes, pour établir un régime respectueux des droits de l’homme et de l’état de droit, tout en étant capables d’entreprendre la modernisation dont notre pays a un si urgent besoin dans le cadre d’une mondialisation humaniste. Nous autres avons toujours plaidé pour une solution haitienne à la crise, avec l’aide de nos vrais amis étrangers. Si nos dirigeants ont échoué jusqu’à aboutir à un niveau abject actuel de misère, de corruption, d’oppression et de sang, il y a une part non négligeable de responsabilité dans la politique de la communauté internationale elle-même qui a écarté, à plusieurs reprises, les meilleurs des fils d’Haiti pour imposer des dirigeants  ineptes comme en février 1986 avec la composition significative du CNG sans participation aucune de l’opposition anti-duvaliériste, ou comme en 1994 avec l’invasion militaire de 23.000 hommes de troupes étrangères pour imposer le retour d’Aristide au pouvoir, cet Aristide aujourd’hui reconnu comme un fléau par cette même communauté internationale responsable de son rétablissement sur le fauteuil présidentiel. Certes, nous l’avons dit dans notre message de Nouvel An le 26 janvier dernier, la responsabilité haitienne est première et grande dans nos malheurs, erreurs et fautes coupables, et nous ne sommes pas de ceux qui préfèrent battre leur coulpe sur la poitrine du voisin, et j’y inclus  notre relativement faible intensité de réaction collective organisée jusqu’ici, alors que la coupe est pleine et que le pays est destabilisé dans le mécontentement et le refus, mais l’étranger ne nous a pas offert non plus la main secourable sinon hélas au contraire a été jusqu’à affaiblir souvent et même contrarier délibérément dans certains cas, nos efforts et initiatives patriotiques, afin de pouvoir lui-même dérouler et faire suivre son cours d’action en fonction de ses intérêts et de sa manière de vouloir voir et résoudre les choses en vertu de son propre agenda. Et voici qu’il se propose de nous imposer, dans le projet Paradis, sans notre consentement ni participation, ce qu’il appelle, en euphémisme, une sorte de « mise en tutelle » comme au Kosovo (sic). Et ceci a été concocté en secret, dans le secret des chancelleries comme s’il s’agissait d’un mauvais coup contre les haitiens, les premiers concernés dans la réalité. La morale des fables de Lafontaine nous régit toujours !

Ce n’est pas la première fois que l’idée est avancée, que nous sommes tout juste bons pour une tutelle, et on se rappelle l’indignation haitienne quand une voix dominicaine l’avait dit récemment en termes méprisants et outrageux, dans la presse de Santo Domingo. Mais en réalité le projet de tutelle sur Haiti est sous-jacent dans maintes initiatives étrangères et haitiennes, car dans la pratique, qu’ils l’aient voulu ou non, tous ceux qui ont accepté et continuent d’invoquer les résolutions de l’OEA surtout la résolution 822 sont des fourriers conscients ou inconscients de la tutelle étrangère en Haiti, puisque cette résolution organise le contrôle de l’organisation régionale sur les domaines de compétence suivants qui lui sont reconnus dans les affaires haitiennes,  spécifiquement en matière de police, de justice, de droits humains et de  GOUVERNANCE. On est hypocrite ou menteur donc trompeur quand on prétend ne pas vouloir la tutelle étrangère tout en se réclamant de la résolution 822 qui fonde et établit celle-ci. C’est vrai pour le gouvernement haitien qui compte toujours sur la résolution 822 malgré ses diatribes xénophobes, pour garder la présidence et donc le pouvoir en Haiti coûte que coûte. C’est vrai pour ce qui reste de la « Convergence démocratique » qui refuse d’admettre la caducité de la dite résolution 822 dont elle appelle l’exécution intéressée, c’est vrai pour l’Initiative de la Societe Civile pour la même raison, c’est vrai pour ceux du groupe dit des 184, impressionnants dans leur effort rassembleur conjoncturel, mais qui affirment, après l’échec de trois ultimatums à Aristide, attendre toujours un « début » d’effort de celui-ci dans leur sens à eux qui se gardent bien, entre temps, et pour cause, de demander son départ, et c’est vrai en général de ceux qui attendent les « instructions » de la communauté internationale pour savoir quelle position prendre dans les affaires haitiennes. Déjà un jeune ex-lavalassien ami me dit désabusé, que la tutelle prônée par les intentions de Paradis pavant l’enfer haitien est meilleure que la continuation de l’état présent des choses. C’est ainsi que l’on justifie comparativement le mauvais par référence au pire vécu. On n’a plus d’idéal ! Et le venin  de la démission nationale est inoculé par une propagande pernicieuse qui invoque l’échec d’une politique effectivement désastreuse pour justifier  la désertion des nouveaux lâches ou même traitres prêts à se contenter d’une sous-traitance politique. Alors qu’il s’agit chez nous de « faire la politique autrement » en vue de « changer la vie » du peuple souffrant.

La réaction patriotique DOIT être non seulement de rejeter, et de faire échouer et pas seulement « platoniquement » en la circonstance, le projet incongru de tutelle internationale intentionnellement lancé au moment où arrive la célébration du bi-centenaire de notre indépendance nationale, ajoutant délibérément un affront de taille à une ignominie, en masquant et en prostituant  la signification d’un haut fait mondial multi-dimensionnel de l’importance universelle que demeure l’inauguration de l’abolition de l’esclavage moderne grâce à Haiti, la promotion de l’homme noir pour la première fois à la dignité d’un droit de l’homme reconnu, la première décolonisation d’un peuple de couleur à l’époque contemporaine et l’irruption d’un petit peuple exprimant en grande nation sa contribution altruiste dans une révolution de prosélytisme émancipateur à l’universalisme militant qui a promené son agenda de réalisations solidaires dans les luttes de libération nationale en Amérique latine, en Grèce, en Afrique et même dans une partie de l’Asie !).. C’est tout cela qu’on veut occulter avec le projet de « mise en tutelle » d’Haiti à dessein à la veille du bi-centenaire d’une indépendance à nulle autre pareille dans les annales de la liberté humaine.  On veut nous flétrir au lieu de nous célébrer et de nous aider dans le malheur en respectant notre dignité.. Faudrait-il vraiment, mais je me refuse à le croire en plein 21ème siècle, pour comprendre la réaction de ceux qui veulent nous imposer leur tutelle humiliante aujourd’hui, remonter l’histoire pour trouver l’origine et la constance du fait que des cercles dirigeants étrangers n’auraient toujours pas encore tout à fait digéré la révolution haitienne d’indépendance au point de vouloir prendre une revanche politique et morale aujourd’hui contre sa victoire historique dans l’humiliation d’une tutelle internationale à l’heure du bi-centenaire de la fondation de notre nation ? Haiti a osé hier, et, pour paraphraser Victor Hugo « l’audace était belle », mais certains ne lui auraient toujours pas encore pardonné la victoire de cette audace libératrice. Elle porte encore la disgrâce d’une beauté déchue sur laquelle on s’acharne à jeter la première pierre, alors qu’il s’agit d’organiser sa réhabilitation en mémoire de sa geste inoubliable d’humanité libératrice et généreuse. Les hommes de Paradis  gagneraient à s’occuper de l’avenir d’une Haiti maintenue indépendante avec les meilleurs haitiens disponibles, après la bonne action d’avoir aidé au départ d’Aristide et de ses sbires quand ils y auront vraiment contribué. On admettrait mieux qu’ils aient des soucis humanitaires de protection peu compatibles avec le réalisme cynique de laisser faire sinon même d’accepter le pire pour pouvoir s’en prévaloir. Je veux espérer qu’il y a et qu’il y aura vraiment des « amis d’Haiti » en cas de besoin, et le besoin existe déjà depuis bien longtemps à l’horloge du martyrologe haitien. Je l’ai écrit comme une grande voix responsable de mon pays, : « On dit s’étonner du bas niveau du seuil de tolérance du peuple haitien (moi aussi) capable de subir à volonté le pire des sorts. Mais on ne dit pas assez qu’il fut cruel pour les amis d’Haiti, de soutenir trop longtemps un homme dont les dérives menaient de toute évidence le pays à la ruine.

Je veux croire que le réflexe haitien devant la menace de la giffle sera immédiatement, outre le rejet formel et catégorique d’une initiative de tutelle dont l’impropriété doit être dénoncée, de prendre la peine d’identifier pour le blanc, les haitiens de valeur, compétents, honnêtes et d’une grande probité morale éprouvée, patriotes et prêts à servir le pays dans le nouveau contexte de la mondialisation humanisée, pour réussir la double tâche et performance de la démocratisation et de la modernisation du pays avec le concours d’une coopération internationale que, nous autres, avons toujours souhaitée amicale et fructueuse mais sérieuse et respectueuse de notre petitesse physique qui ne nous ôte en rien nos droits de peuple dans les mains et sous la responsabilité de partenaires haitiens efficients. Les haitiens ont trop souvent le tort de dénigrer leurs compatriotes calomnieusement et de taire jalousement les valeurs haitiennes garantes d’une bonne gouvernance pour le pays s’ils accédaient aux responsabilités du pouvoir. Il y a un mal haitien chronique consistant a dire que ce pays n’a plus d’hommes de la trempe des grands hommes d’autrefois, plus de modèles à offrir, ce qui est faux. Et le malheur d’Haiti est de le faire accroire aux étrangers qui en font un argument fallacieux contre la nation haitienne elle-même. Ce pays est dans un triste état. Raison de plus pour que la partie saine de notre peuple se mette à désigner nommément à quin de droit dans leur environnement des individus marquants et des équipes de professionnels et de citoyens parmi les meilleurs dans toutes les branches et à tous les niveaux du savoir, du savoir-faire et du faire, dans le cadre de la compétence et de l’expérience qu’on leur connaît, afin que l’étranger cesse de prétexter qu’il n’y a pas d’alternative haitienne au mal faire politique et au mal développement économique et social. Mais cela suppose et implique la « sincérisation » de la politique haitienne. Sortons l’équipe néfaste qui encombre encore les avenues du pouvoir de son état de décomposition avancée, oui monsieur Paradis et consorts de l’initiative d’Ottawa sur Haiti, Inc, mais pour donner une chance réelle et méritée à un peuple capable de verticalité, comme notre histoire l’a montré, à travers la qualité intergénérationnelle d’hommes politiques, de professionnels, d’hommes d’affaires, de gestionnaires et promoteurs capables d’entrainer la quantité des producteurs, des travailleurs et des consommateurs vers le progrès économique et social par étapes cumulatives. Ce pays a des compétences honnêtes et dignes pour l’exercice des responsabilités du pouvoir, ceci est indéniable. Ce qu’il faut à son patriotisme, c’est un supplément d’âme pour combler  ce que j’ai appelé « le déficit d’amour » dans la société haitienne. Notre RDNP a toujours plaidé pour cette solidarité fraternelle entre compatriotes au cours de ses 24 ans d’existence et de luttes patriotiques pour la démocratisation et la modernisation véritables avec son slogan fameux : « Pour un grand sursaut national,  ensemble, ensemble, ensemble jusqu’à la victoire finale ».

J’ai terminé la partie programmatique de mon dernier message du 26 janvier à la Nation à la fin d’une liste élaborée de « que faire ? »,  en disant ce qui va me servir aujourd’hui de « mot de la fin » provisoire dans ce nouvel appel au civisme de mes compatriotes à l’heure du péril national, et que j’exprimais déjà comme suit dans mon adresse au sujet du Manifeste de l’Union Patriotique : «  Haiti, ouverte au monde et ayant besoin de lui, tout en s’occupant d’elle-même, restera nation ».

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Déclaration de la présidence au nom de l'Union européenne sur Haïti

Bruxelles, le 7 mars 2003

 

L'Union européenne est attachée au respect des valeurs démocratiques et de l'état de droit qui régit ses relations avec les pays tiers. Ces valeurs sont au cœur du partenariat entre l'Union européenne et les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP). Considérant que la démocratie n'avait pas été rétablie en Haïti, depuis la fraude aux élections sénatoriales de mai 2000 favorisant les élus du parti ''Fanmi Lavalas'', la Communauté européenne a renouvelé le 10 janvier 2003 les mesures de suspension partielle de son aide à Haïti. Elle poursuit cependant ses programmes de coopération au bénéfice direct de la population. Elle se tient prête à réviser à tout moment ces mesures en fonction de l'évolution de la situation.

L'Union européenne estime que la résolution 822, adoptée par l'OEA en septembre 2002, avec l'accord des autorités haïtiennes qui se sont immédiatement engagées à la mettre en œuvre, contient tous les éléments permettant de sortir de la crise et de relancer un processus électoral crédible. Elle rappelle qu'il incombe aux autorités de protéger le pluralisme démocratique, la liberté d'expression et les droits de la personne.

L'Union européenne s'alarme des informations récentes faisant état de la multiplication des menaces et d'actes d'intimidation à l'encontre des journalistes et des militants des droits de l'homme et de l'opposition, ainsi qu'à l'encontre des dirigeants de la société civile et des chefs syndicaux, de la part de personnes armées, souvent membres « d'organisations populaires » ou de groupes mafieux. Elle demande instamment au président Aristide de faire cesser ces agissements contraires au droit et à la démocratie et de rétablir une bonne gouvernance, pour engager le pays sur le chemin de la paix et de la prospérité.

L'Union européenne souhaite la mise en place rapide du conseil électoral provisoire afin que puisse commencer le processus de préparation des futures élections. Elle exprime l'espoir que toutes les parties pourront y designer à bref délai leurs représentants.

 

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Possibilite de Mettre Haiti sous tutelle

Dans les couloirs de certaines organisations internationales on parle de plus en plus de la possibilite de mettre HAITI sous tutelle. Le document suivant donne et explique la justification theorique et les modalites operationelles de laise en application d'une telle procedure:

LA RESPONSABILITÉ DE PROTÉGER :
PRINCIPES DE BASE

(1) Principes fondamentaux

  1. La souveraineté des États implique une responsabilité, et c’est à l’État lui-même qu’incombe, au premier chef, la responsabilité de protéger son peuple.
  2. Quand une population souffre gravement des conséquences d’une guerre civile, d’une insurrection, de la répression exercée par l’État ou de l’échec de ses politiques, et lorsque l’État en question n’est pas disposé ou apte à mettre un terme à ces souffrances ou à les éviter, la responsabilité internationale de protéger prend le pas sur le principe de non-intervention.

(2) Fondements

Les fondements de la responsabilité de protéger en tant que principe directeur pour la communauté internationale des États reposent sur :

  1. les obligations inhérentes à la notion de souveraineté;
  2. Article 24 de la Charte de l’ONU, qui confère au Conseil de sécurité la responsabilité du maintien de la paix et de la sécurité internationales;
  3. les impératifs juridiques particuliers énoncés dans les déclarations, pactes et traités relatifs aux droits de l’homme et à la protection des populations, le droit international humanitaire et la législation nationale;
  4. la pratique croissante des États et des organisations régionales, ainsi que du Conseil de sécurité lui-même.

(3) Éléments

La responsabilité de protéger comprend trois obligations particulières :

  1. La responsabilité de prévenir : éliminer à la fois les causes profondes et les causes directes des conflits internes et des autres crises produites par l’homme qui mettent en danger les populations
  2. La responsabilité de réagir : réagir devant des situations où la protection des êtres humains est une impérieuse nécessité, en utilisant des mesures appropriées pouvant prendre la forme de mesures coercitives telles que des sanctions et des poursuites internationales et, dans les cas extrêmes, en ayant recours à l’intervention militaire.
  3. La responsabilité de reconstruire : fournir, surtout après une intervention militaire, une assistance à tous les niveaux afin de faciliter la reprise des activités, la reconstruction et la réconciliation, en agissant sur les causes des exactions auxquelles l’intervention devait mettre un terme ou avait pour objet d’éviter.

(4) Priorités

  1. La prévention est la principale dimension de la responsabilité de protéger : il faut toujours épuiser toutes les possibilités de prévention avant d’envisager une intervention, et il faut lui consacrer plus de détermination et de ressources.
  2. Lorsque l’on doit assumer les responsabilités de prévenir et de réagir, il faut toujours envisager les mesures les moins intrusives et les moins contraignantes avant de passer à des interventions plus contraignantes et intrusives.

La responsabilité de protéger :
Principes pour l’intervention militaire

(1) Le seuil de la cause juste

L’intervention militaire à des fins de protection humaine doit être considérée comme une mesure exceptionnelle et extraordinaire. Pour qu’elle soit justifiée, il faut qu’un dommage grave et irréparable touchant des êtres humains soit en train — ou risque à tout moment — de se produire, tel que :

  1. des pertes considérables en vies humaines, effectives ou présumées, qu’il y ait ou non intention génocidaire, attribuables soit à l’action délibérée de l’État, soit à la négligence de l’État ou à son incapacité à agir, soit encore à la défaillance de l’État; ou
  2. un « nettoyage ethnique » à grande échelle, effectif ou présumé, qu’il soit accompli par l’assassinat, l’expulsion forcée, la terreur ou le viol.

(2) Les principes de précaution

  1. Bonne intention : le but primordial de l’intervention, peu importe les autres motivations qui animent les États intervenants, doit être de faire cesser ou d’éviter des souffrances humaines. Pour satisfaire au mieux le principe de bonne intention, les opérations doivent avoir un caractère multilatéral et bénéficier du soutien manifeste de l’opinion publique de la région et des victimes concernées.
  2. Dernier recours : une intervention militaire ne saurait être justifiée que lorsque chaque option non militaire de prévention ou de règlement pacifique de la crise a été explorée, étant entendu qu l’on a des motifs raisonnables de penser que des mesures moins radicales n’auraient pas produit le résultat escompté.
  3. Proportionnalité des moyens : par son ampleur, sa durée et son intensité, l’intervention militaire envisagée doit correspondre au minimum nécessaire pour atteindre l’objectif de protection humaine défini.
  4. Perspectives raisonnables : l’intervention ne peut être justifiée que si elle a des chances raisonnables de faire cesser ou d’éviter les souffrances qui l’ont motivée, les conséquences de l’action ne devant pas être pires que celles de l’inaction.

(3) Autorité appropriée

  1. Il n’y a pas de meilleur organe, ni de mieux placé, que le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies pour autoriser une intervention militaire à des fins de protection humaine. Il ne s’agit donc pas de trouver des substituts au Conseil de sécurité en tant que source de l’autorité, mais de veiller à ce qu’il fonctionne mieux qu’il ne l’a fait jusqu’à présent.
  2. L’autorisation du Conseil de sécurité doit être, dans tous les cas, sollicitée avant d’entreprendre toute action d’intervention militaire. Ceux qui préconisent une intervention doivent demander officiellement l’autorisation de l’entreprendre, ou obtenir du Conseil qu’il soulève cette question de son propre chef, ou encore obtenir du Secrétaire général qu’il la soulève en vertu de l’Article 99 de la Charte des Nations Unies.
  3. Le Conseil de sécurité doit statuer sans retard sur toute demande d’autorisation d’intervenir en cas d’allégations de pertes en vies humaines ou de nettoyage ethnique à grande échelle. Il doit alors procéder à une vérification suffisamment approfondie des faits ou de la situation sur le terrain susceptibles de justifier une intervention militaire.
  4. Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité devraient s’entendre pour renoncer à exercer leur droit de veto, dans les décisions où leurs intérêts vitaux ne sont pas en jeu, afin de ne pas faire obstacle à l’adoption de résolutions autorisant des interventions militaires qui, destinées à assurer la protection humaine, recueillent par ailleurs la majorité des voix.
  5. Si le Conseil de sécurité rejette une proposition d’intervention ou s’il ne donne pas suite à cette proposition dans un délai raisonnable, les autres options possibles sont les suivantes :
    1. l’Assemblée générale réunie en session extraordinaire d’urgence dans le cadre de la procédure officielle de ´ l’union pour le maintien de la paix ª peut étudier le problème; et
    2. des organisations régionales ou sous-régionales, sous réserve de l’autorisation préalable du Conseil de sécurité, peuvent agir dans le cadre de leur compétence en vertu du Chapitre VIII de la Charte.
  6. Le Conseil de sécurité devrait, dans toutes ses délibérations, tenir compte du fait que s’il n’assume pas sa responsabilité de protéger face à une situation qui choque les consciences et appelle une intervention d’urgence, il serait irréaliste de s’attendre à ce que les États concernés renoncent à tout autre moyen de faire face à la gravité et à l’urgence de ladite situation, et que le prestige et la crédibilité de l’Organisation des Nations Unies pourraient s’en trouver affectées.

(4) Principes opérationnels

  1. Des objectifs clairs; un mandat toujours clair et sans ambiguïté; et des ressources appropriées.
  2. L’adoption d’une démarche militaire commune par les différents partenaires en cause; l’homogénéité de la structure de commandement; une chaîne de commandement et des communications claires et sans ambiguïté.
  3. L’acceptation de certaines limites, l’augmentation progressive des pressions exercées et le gradualisme dans l’emploi de la force, le but étant de protéger une population, et non pas de parvenir à la défaite d’un État.
  4. Des règles d’engagement qui correspondent au concept opérationnel sont clairement énoncées; reflètent le principe de la proportionnalité; et impliquent la stricte observance du droit humanitaire international.
  5. L’acceptation du fait que la protection par la force ne doit pas devenir l’objectif principal poursuivi.
  6. Une coordination aussi étroite que possible avec les organisations humanitaires.

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