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Protestation
au Siege de l’U.N.E.S.C.O.
D'UN
LAVALASSIEN A L'AUTRE OU DIX ANS APRÈS

Protestation
au Siege de l’U.N.E.S.C.O.
Le jeudi 10 Janvier 2002 à Paris, le siège de l’U.N.E.S.C.O. fut le théâtre
d’une manifestation politique sans précédent dans les annales de cette
institution, dans la lutte contre la dictature aristidienne et dans les réceptions
diplomatiques très feutrées de la capitale française.
Un scénario bien rodé, magistralement interprété par les membres du COMITE
DE SOUTIEN A LA CONVERGENCE DEMOCRATIQUE a tout bonnement humilié puis cloué
au pilori J.B. Aristide, son factotum Antonio Joseph et son valet sur place, le
sieur Etzer Charles. Ce dernier tenta d’y organiser l’exposition intitulée
: « Haïti 2004...un autre regard », en présence du ministre de facto des
Affaires Etrangères. C’était une manipulation dont le but réel visait à
faire croire à l’opinion publique que ce personnage venait répondre à une
invitation officielle du gouvernement français et de l’O.N.U.
La communauté haïtienne de France, traumatisée par les scènes de tueries,
d’incendie et de pillage officiellement organisées par le pouvoir , a
ressenti de telles festivités comme une provocation et décida d’y répondre.
C’est donc en son nom que le comité de soutien à la Convergence Démocratique
organisa une manifestation pour dire au grand public en France l’étendue de
sa honte et de son indignation. Pour laver l’honneur national souillé par
tant d’ignominie, il fallait apostropher publiquement de tels hommes et leur
demander compte.
Le comité monta donc un mécanisme implacable dan son déroulement. En quelques
jours, le décor du drame était planté. Le reste s’est déployé comme un
irrésistible rouleau compresseur.
1. - Il fit parvenir au directeur général de
l’U.N.E.S.C.O., censé parrainer l’exposition, une lettre destinée à
l’informer sur les vêpres sanglantes qu’un pouvoir moribond, mis au banc
d’infamie par la Communauté Internationale était en train d’organiser en
Haïti.
Sans mettre en doute sa bonne foi ou son sens de l’honneur, le Comité le mit
en garde contre la manipulation sous jacente à une telle cérémonie. Le
symbolisme du choix de l’U.N.E.S.C.O., haut lieu de la culture universelle, était
patent. On pourrait dès lors prévoir l’exploitation politique et médiatique
que le régime tyrannique d’Aristide se réservait d’en tirer.
2. - Un tract également explicatif, destiné à être
distribué aux invités, fut tiré à des milliers d’exemplaires.
Car il était primordial d’attirer leur attention sur l’exceptionnelle
gravité de la situation, sur la honte et la colère qu’elle suscite dans la
diaspora.
3. - Il convenait enfin de perturber le déroulement même
de la cérémonie pour mieux interpeller les consciences et provoquer
l’agissante sympathie d’un tel public trié sur le volet.
La communauté haïtienne de France a bien saisi la charge hautement symbolique
dont cette démarche était porteuse. Elle joua donc avec brio sa partition
jusqu'à la chute finale.
Une demi-heure avant le début de la réception, plusieurs dizaines de personnes
élégamment habillées pour la circonstance, étaient massées devant les
grilles de l’U.N.E.S.C.O. Avec la plus grande dignité, ils commencèrent à
distribuer des tracts aux passants intrigués par cet attroupement. Des
discussions très sereines ont été ainsi engagées, au cours desquelles les
manifestants purent exposer les motifs de leur action.
Puis vint le tour des invités. D’abord surpris, tous ont accepté les tracts,
qu’ils ont pris soin de ranger dans leur poche ou dans leur sac à main, avec
l’évidente intention de bien les lire plus tard, à tête reposée. Le
contenu en était d’ailleurs suffisamment explicite. Des idées fortes y sont
exprimées. La conclusion est un appel indigné de la conscience nationale à
tout être civilisé de notre planète.
« ...Au nom de la dignité de la personne humaine, le comité français de
soutien à la Convergence Démocratique rejette avec dégoût ce partage
outrageant des rôles par lequel des responsables politiques s’en vont à l’étranger
benoîtement discourir sur la beauté des oeuvres d’art, tandis que dans les
rues de nos villes des jeunes à peine sortis de l’enfance, initiés au crime
par le pouvoir, traquent des journalistes et les découpent en morceaux... »
Quelques minutes plus tard, les manifestants furent informés que le ministre de
facto ne viendrait pas. Averti de l’accueil humiliant qui l’attendait, il a
préféré décliner la lutte en se décommandant lâchement au dernier moment.
Le factotum du bouffon n’a pas osé ramasser le gant que des hommes
d’honneur lui ont jeté au visage pour laver en public la dignité nationale
bafouée. La décision fut alors prise d’humilier son valet à sa place.
La cérémonie débuta donc dans l’une des salles lambrissées du siège
parisien de l’U.N.E.S.C.O. Le Directeur général de cette institution, qui a
bien lu et médité le contenu de la lettre reçue, boycotta la réception et se
fit représenter : c’est le premier camouflet. Son représentant fit un bref
discours.
Mais quand Etzer Charles prit à son tour la parole, il fut plusieurs fois
interrompu par des cris répétés qui reprenaient en slogan, comme leitmotiv,
certains passages des tracts déjà distribués :
« - Cessez de massacrer des journalistes en Haïti
- Cessez de faire couler le sang des démocrates
- Cessez d’embrigader nos enfants dans les « escadrons de la mort »
et dans le crime organisé!
- Trop de sang coule depuis que ce prêtre défroqué s’occupe de
politique. »
Dès les premiers cris, Etzer Charles, visiblement déstabilisé blêmit sous
l’outrage et vacilla. L’effet de surprise de cette attaque frontale a été
foudroyant et le laissa désemparé, ne sachant comment réagir. Il grommela
quelques phrases incompréhensibles et battit en retraite. Ce fut le deuxième
camouflet de la soirée.
D’abord surprise, une grande partie de l’assistance entreprit de gagner la
sortie à petits pas guindés mais rapides. Du coup les membres du personnel de
sécurité se sont empressés de fermer les grilles d’accès, bloquant ainsi
les entrées et sorties de l’immeuble. S’estimant pris au piège, les
fuyards amorcèrent un reflux paniqué vers la salle de réception. Ils furent
courtoisement interceptés par le personnel de sécurité très bien stylé qui
les entraîna vers une petite sortie dérobée donnant sur la rue.
Mais la fermeture des grilles a eu un effet catastrophique sur la suite des
événements.
Car les invités retardataires de l’exposition haïtienne et ceux d’une
autre réception mondaine organisée sous l’égide de l’Ambassade du Vénézuéla
se sont vu refuser l’entrée. Des membres du corps diplomatique battant les
semelles et faisant le « pied de grue » dans la rue., c’est un comble !
Certains, exaspérés, ont protesté avec véhémence. Le personnel de service
de l’U.N.E.S.C.O. commença par les informer qu’il y avait un « petit souci
» à l’intérieur. Mais comme le « petit souci » avait l’air de s’éterniser,
les diplomates perdirent patience et, accompagnés de leurs chauffeurs, s’évanouirent
furtivement dans la nuit. On entendit alors des propos désobligeants tels que :
« ...cet Aristide nous aura tout fait endurer...voilà qu’il transporte vers
la France ses moeurs de paltoquet...c’était prévisible avec les bouffons qui
le représentent ici... »
Les invités les plus patients se sont pratiquement transformés en badauds,
engageant la discussion avec les manifestants sur le contenu des tracts et
sympathisant avec eux, dans une réprobation unanime de la tyrannie
lavalassienne.
Quant au public resté dans la salle, il s’est vite rasséréné, au vu du
caractère pacifique de la manifestation. Un curieux phénomène se produisit
alors. Dans un silence religieux, il entama la lecture attentive des tracts. Des
petits groupes se formèrent, discutant sereinement au sujet de l’événement.
La réception, par petites touches successives, prit la forme inattendue d’un
forum anti-Aristide. Le programme officiel initialement prévu a été mis de côté
par déshérence, devenu trop fade et dépourvu d’intérêt. Le maître de cérémonie
s’est lui-même éclipsé sur la pointe des pieds sous les sourires narquois
de l’assistance. Il a voulu singer les vrais diplomates. Les circonstances
l’ont ramené à sa véritable dimension, celle d’un pantin minable et
désarticulé.
L’histoire de cette soirée lui a fait jouer le rôle de valet dans une
mauvaise pantalonnade. Ce qui devait être, pour lui, l’apothéose s’est
achevé en un spectacle de « guignol » qui aurait pu s’intituler :
« Le tyran ubuesque - le factotum bouffon - le valet, et l’honneur
national retrouvé. »
Tous ces personnages grand-guignolesques ont donc fini par recevoir, comme le
fameux « Pantalon » de la Comedia del Arte, la correction publique que la
dignité nationale exigeait pour se sentir pleinement réhabilitée. Dans les
lambris dorés de la république française, le ridicule tue plus sûrement que
la machette des soudards, mais avec l’élégance compassée des vieilles
civilisations.
La presse française, représentée dans ces lieux par plusieurs chaînes de
radios et de télévision ne s’y est pas trompée. Elle a couvert l’événement
avec professionnalisme. Elle l’a relayé dans le monde entier, en léger
différé,
le soir même. C’est sa manière à elle de témoigner sa solidarité envers
ses confrères assassinés, envers le peuple martyr d’Haïti, victime
innocente d’un impitoyable tyran, caché sous la défroque d’un prêtre que
sa propre église a maudit pour raison d’inhumanité.
C’est en tout cas cette presse française qui infligea le plus magistral
camouflet au fou sanguinaire de Tabarre, en cette soirée du 10 janvier 2002.
Ignorant ostensiblement son délégué permanent auprès de l’U.N.E.S.C.O.,
pourtant maître de cérémonie, elle se dirigea vers le représentant officiel
de la Convergence Démocratique, Mr
Yvon SIMEON, pour lui demander d’intervenir à son micro. Le personnel de
l’Ambassade d’Haïti en France était ainsi traité par le mépris. De mémoire
de diplomate, on n’a jamais vu ça.
Le représentant officiel de la Convergence Démocratique s’est contenté de
souligner qu’il était dans la salle en qualité de simple invité. Tout en se
sentant solidaire des compatriotes qui exprimaient leur indignation face à
l’insupportable, il n’a pas participé à la manifestation. Il ne lui est
cependant pas interdit d’en comprendre les raisons. En essayant de bâillonner
la presse et de réduire toute opposition par le fer et par le feu, le pouvoir
se discrédite. Il étale au grand jour son impuissance à gouverner la nation.
Dans cette douloureuse et sanglante épreuve que traverse Haïti, le représentant
de la Convergence Démocratique en appelle à la solidarité de tous les hommes
de bonne volonté. Il a formulé le voeux que, dans une réconciliation
nationale bientôt réalisée, notre pays retrouve la serennité nécessaire
pour son retour dans la grande famille des nations démocratiques et modernes du
21°siècle.
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D'UN
LAVALASSIEN A L'AUTRE
OU DIX ANS APRÈS
Par Gérard Bissainthe
Quelle différence existe-t-il entre les deux déclarations
suivantes?
L'une
"L'élu du 16 décembre a reçu du peuple un mandat qui dépasse la
Constitution." (le Père Antoine Adrien, après les élections de 1990)
L'autre:
Parlant du gouvernement actuel de J.B.Aristide, cet ancien élu du 16
décembre 90, actuellement de nouveau au pouvoir: " "This is a
government
that allows itself to do anything it wants, to kill, to burn and to put
itself beyond the law." (Jean-Claude Bajeux cité par Leslie Manigat dans
une lettre datée du 20 décembre 2001 et publiée en anglais récemment sur
Internet. Leslie Manigat précise : Jean-Claude Bajeux, a veteran human
rights advocate and former minister of culture in Aristide's first
administration.)
De toute évidence la substance de ces deux déclarations est la même et on
peut remarquer la similitude des expressions :
"qui dépasse
la Constitution" (Adrien en 1991)
"beyond the
law" (Bajeux en 2001)
En 1991 j'avais été un des rares à protester publiquement contre la déclaration
du Père Antoine Adrien. Pourquoi? Parce qu'un mandat qui dépasse la
Constitution impliquait le droit de faire n'importe quoi, y compris "to
kill" et "to burn" et qu'en toutes choses il fallait considérer
la fin. D'autant plus que "l'élu du 16 décembre" n'avait pas attendu
cette date pour annoncer sa couleur à lui, qui était rouge vif. Il avait publié
en 1986 une brochure, "Les cent versets du déchouquage", qui
contenait déjà en termes bibliques son programme de "crazé brisé"
d'une manière qui ne laissait place à aucune équivoque. Le Prophète avait
dit aussi urbi et orbi qu'il voulait "sentir l'odeur de la chair brûlée
sur toute l'étendue du territoire haitien". Le drame avec les
dictateurs psychopathes c'est qu'ils disent et même écrivent toujours
longtemps à l'avance ce qu'ils vont faire, d'une manière tellement crue que
personne n'ose y croire; on l'avait déjà constaté avec le "Mein Kampf".
Mais alors quelle est la grande différence entre 1991 et 2001? Apparemment
aucune en ce qui concerne le "Prophète", qui, comme je l'ai déjà
écrit,
trouve qu'on lui cherche aujourd'hui des puces. La seule différence que je puis
constater après une minutieuse analyse, c'est qu'en 1991 le Prophète tuait (to
kill) et brûlait (to burn) "les autres", et qu'aujourd'hui il a frappé
et il frappe dans son propre camp. Aussi longtemps qu'il s'agissait "des
autres", pour ses partisans c'était parfaitement acceptable et on
entendait même des
"Vous leur fîtes, Seigneur,
En les croquant beaucoup d'honneur."
Mais aujourd'hui c'est une autre paire de manches: le Prophète s'en prend aux
"Purs", aux "Bons", aux "Justes", à ces hommes
qui auraient dû rester intouchables, parce qu'ils s'étaient eux-mêmes depuis
longtemps adoubés Chevaliers du Droit et du Devoir. Monsieur le Prophète ne
fait simplement plus aujourd'hui de discrimination: tout le monde est servi.
Les "conversions" ne me gênent pas. Faillible, j'ai eu les miennes. Récemment
quelqu'un (je ne me rappelle plus qui) posait la question sur Internet:
"Qui n'avait pas applaudi à cet article de la Constitution haïtienne qui
ostracisait les "macoutes"? Je reconnais que je l'avais fait. Revenu
dans mon pays après 24 ans d'exil et ayant eu beaucoup de mes amis et alliés
morts (bien que parfois j'aie essayé en vain de me mettre au travers de leur
tentative noble, courageuse, mais téméraire que je voyais condamnée à
l'échec,
ce fut le cas avec les Treize de Jeune Haïti), étant donné tout cela, entre
les "macoutes" et moi il y avait de lourds
contentieux (la perte de ma nationalité haïtienne, entre autres). Revanchard
à l'époque, on me l'a reproché, oui je l'étais. D'autres avaient un
contentieux d'une certaine manière encore plus lourd que le mien: des parents
très proches décimés. J'avoue que rentré en Haïti après le 7 février
1986, instinctivement j'aurais voulu dans un mouvement de colère
"les" voir, tous ces "macoutes", réduits en cendre. Mais
autour de moi on tentait de le faire; le déchouquage battait son plein. Il ne
me fallut pas beaucoup de temps pour être dégoûté et, pire, épouvanté. Où
allions-nous? Toutes ces foules de désouvrés, de chômeurs, d'affamés qui
suivraient n'importe qui pour la promesse d'un morceau de pain, qui criaient
aujourd'hui : "A bas!"; tous ceux-là hier encore criaient: "A
vie!" Au
moins les trois quarts du pays, ne serait-ce que par inaction, avait trempé
dans le duvaliérisme, allait-on les brûler? Pouvait-on les brûler? Que
resterait-il après? Pour éviter la catastrophe qui s'annonçait, il
fallait vite prêcher la "Réconciliation Nationale". Je m'y appliquai
dès avril 1986 ouvertement sur le Ondes de Radio Caraïbes International. Un
tollé! Ma proposition était inacceptable; on y vit même une trahison. Et tous
ces "on" avaient, eux, en réserve des formules magiques pour mettre
le pays sur des sentiers de lumière. Je n'avais qu'à attendre et on verrait ce
qu'on verrait.
Parmi les formules magiques :
1. Le Pouvoir Populaire
2. Le Blanc, le Grand Blanc
1. le Pouvoir Populaire à résonances marxistes. Tout "homme de
gauche" que je me voulais, je craignais cependant qu'avec ce "Pouvoir
Populaire" on soit dans la queue de ce cyclone venu de l'Est et dont on ne
comptait plus les dégâts. Rien à craindre, me disait-on; les financements
n'ont absolument rien de marxiste. Tout est "clean". Ce genre
d'approche ambiguë gênait mon goût un peu simpliste peut-être de la
transparence. En la cautionnant j'aurais gardé une bonne "image",
certes, et on m'aurait aussi adoubé "Chevalier du Droit et du
Devoir". Un peu Cyrano, je l'avoue, ce n'était pas et ce n'est pas ma
tasse de thé. Refusant de jouer ce jeu, je risquais la diabolisation et je l'ai
eue. Le pouvoir populaire, je l'ai
tout de suite dénoncé dans les médias comme: "la mélasse populace
Lavalasse". On m'en a voulu; j'aurais pu en mourir physiquement; je ne l'ai
pas été. Je ne l'ai été que médiatiquement: on a écrit sur moi des
horreurs; toutes préfabriquées. Je dois avouer que ce n'est pas ce qu'il y a
de plus agréable dans la vie.
2. La deuxième formule magique: le Blanc, le Grand Blanc. Ce qui me gêne dans
la Convergence que préside quelqu'un pour lequel j'ai beaucoup d'estime, c'est
d'y retrouver aussi tous ces hommes qui n'ont jamais juré que par le Blanc, le
Grand Blanc et qui ont nom, entre autres, Victor Benoit, et surtout Micha
Gaillard. Je me demande surtout: "Sont-ils enfin ouverts; et des yeux et du
coeur? Sont-ils toujours les seuls détenteurs de la doctrine du Salut? Ont-ils
fini par avoir des doutes sur l'infaillibilité de leur savoir? Ont-ils jamais
battu leur coulpe?"
Quelques jours avant l'invasion ce même Micha Gaillard, avec le plus grand
sérieux,
adjurait ceux qui s'opposaient à l'invasion pour des raisons de principe, de céder
pour ne pas avoir sur la conscience cette invasion, UNE INVASION QUE, LUI,
GAILLARD ET CONSORTS N'AVAIENT PAS ARRÊTER DE DEMANDER QUASIMENT A GENOUX. Je
criais, j'écrivais désespérément à l'époque, encore 24 heures avant
l'invasion: "Le Blanc, l'invasion ne pourront jamais rien résoudre à
notre problème. NOUS NE POURRONS JAMAIS LE RÉSOUDRE QU'ENTRE NOUS. Après le départ
du Blanc, nous nous retrouverons à la case départ. Et même en deçà."
Des amis, rendant hommage (j'aime à le croire) à ma perspicacité, m'appelaient autrefois "le Vieux Singe". Dans
l'histoire des 15 dernières années de politique haïtienne, "le Vieux Singe" ne
s'est pas souvent trompé; et même avant. De voir les Victor Benoît, les Gérard Pierre
Charles, les Jean-Claude Bajeux, les Micha Gaillard et tant d'autres, parfois
balafrés, tailladés, essorillés, tous rassemblés versant de chaudes
larmes devant un Mur des Lamentations élevé aujourd'hui devant le Palais National, n'est pas pour
moi, contrairement à ce qu'ils s'imaginent peut-être, un spectacle
réjouissant. Je suis loin de dire et ne dirai jamais : "Bien fait pour eux." Je dis même
plutôt: "Ils méritaient
mieux que cela." En effet, cette "Gauche", puisqu'il faut l'appeler par
son nom, débordait souvent et déborde sans doute encore de générosité et de bonne
volonté. Mais générosité et bonne volonté sont hélas souvent un matériau friable dont l'Enfer est
pavé. Les Romains parlaient d'une qualité maîtresse: la "prudentia", un mélange de
sagesse, de lucidité, de
vision, de don de prévoyance. Cette Gauche ne semble pas l'avoir cultivée. Elle lui
a préféré bien souvent la brillance et l'assurance, frisant même souvent l'arrogance
intellectuelles.
Leur faire un procès? Ils en ont trop fait de procès et prononcé de sentences d'exclusion pour que j'aie envie de les imiter. Dans l'ordre des
priorités je cherche d'abord l'union. De toutes façons, je ne pense pas que les procès aient leur place (et je l'ai TOUJOURS dit) quand on est au
milieu du gué ou lorsque la maison brûle. Lorsque la maison brûle, tout le monde, mais tout le monde doit rejoindre la chaîne de l'eau, sans refuser
le seau que lui passe l'adversaire de hier. Et après? Eh bien après, qui
survivra verra!
Finalement 1986, 1990, 2001, 2002, rien n'a changé. Certains pensent toujours que seul le Blanc peut résoudre nos problèmes et ils n'arrêtent
pas d'en appeler à la Maison Blanche, à l'OEA, à l'ONU, à l'Union
Européenne. Je n'ai rien contre toutes ces respectables instances, mais je refuse de leur demander une chaise roulante; et encore plus de m'y
asseoir. Je veux avancer sur mes deux jambes, parce qu'après tout, merde! je ne suis
pas cul-de-jatte.
Si d'autres "n'ont pas changé", moi non plus; et cela depuis 1963 où
on m'offrait de m'installer dans notre Maison Blanche avec l'aide de "forces
étrangères" et que je refusais énergiquement (sans l'ombre aujourd'hui
du plus léger regret). Nous nous en sortirons lorsque nous pourrons nous asseoir ENTRE NOUS, dans un huis clos national, pour établir les bases et
les structures de notre avenir. Car l'Étranger ne fera jamais que ce que
fit le chat dans la fable "le chat, la belette et le petit lapin": il
"Mettra les plaideurs d'accord
En les croquant l'un l'autre."
A bon entendeur salut et re-salut!
Gérard Bissainthe
16 janvier 2002
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