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Retour à Histoire d'Haïti par Frantz Haspil

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Evènements du 28/29 juillet 1958
par Frantz Haspil

 « LE  CAMP  DES  SCOUTS  A  STORILA »

Deux ans après la chute du gouvernement du Président Paul Eugène Magloire, un bon nombre de ses partisans partageait encore l'espoir de le voir retourner au pouvoir. Avec l'accession à la présidence du Docteur François "Papa Doc" Duvalier, l'espoir de ce groupe avait redoublé d’efforts. Les fausses nouvelles rapportées par le "télé-diol" (méthode empirique de transmettre des messages, soit vrais soit faux, de bouche à bouche), la baisse des revenues des entreprises commerciales causée par l'affaissement économique commencé à la fin du gouvernement de Magloire empirée par l'année tumultueuse de 1957, et l'opposition politique que lui offrait la bourgeoisie, le tout créait au nouveau gouvernement de Duvalier des obstacles ayant pour but éventuel son éffacement.

Le "télé-diol" rapportait qu'un nombre d'anciens officiers de l'armée, de commerçants, d'hommes politiques et d'exilés se seraient tournés vers Magloire pour le voir retourner au pouvoir. L'administration de Magloire au début des années 50 avait apporté du progrès et une revitalisation de l'économie qui s'était effondrée après le passage du cyclone Hazel en 1954. (Dupuy; p.152, Haiti in the World Economy). C'est dans ce contexte que l'attaque du 28 au 29 juillet 1958 aura lieu. D'après le journal Haiti Observateur (10 à 17 août 1979, La Marche du Temps) Le Président Duvalier aurait accusé "l'ancien colonel Paul Magloire" de payer ces insurgés. Néanmoins, aucune protestation officielle ne sera faite auprès du gouvernement américain vu que le Général / ex-Président Magloire résidait à New York.

Ainsi ce groupe anti-Duvalier voulait retourner au bon vieux temps. Duvalier, de son côté, voulait remplacer cette élite de commerçants et de la bourgeoisie, par une nouvelle élite tirée de la masse pour qui la question de couleur était primordiale. En effet, l'idée de Duvalier conçue depuis l'époque à laquelle il appartenait au groupe des "griots", était d'assurer l'hégémonie et la montée d'une bourgeoisie noire pour contrecarrer les commerçants - dont les plus riches étaient de "descendance syrienne"- et la présence des mulâtres qui, au fil des ans (surtout avec l'administration de Lescot et celle de Vincent), formaient les cadres de l'ancienne bourgeoisie considérée comme l'élite. Il faut préciser que les gouvernements d'Estimé et de Magloire avaient à leur façon éssayé une approche similaire dont les résultats et les moyens étaient bien différents.

L'attaque du 28 au 29 juillet 1958 fut donc le résultat de l'effort des partisans de Magloire pour renverser le nouveau régime de Duvalier. Un groupe d'hommes parmi lesquels d’anciens officiers de l'Armée d’Haiti, le Capitaine Alix Pasquet, les Lieutenants Henri Perpigan et Philippe (Fito) Dominique, accompagnés de soldats de fortune de nationalité américaine (leur leader était connu sous le nom d’Arthur Payne; les autres américains étaient: Dany Jones, Levant Kersten, Robert F. Hickey, Joe D. Walker) débarquèrent à Délugé du côté de Montrouis. Ils avaient laissé Miami à bord d'un yatch (Mollie C.) et étaient bien armés. A leur débarquement sur la plage de Montrouis (Délugé), ils eurent une escarmouche avec une patrouille militaire guidée par le Lieutenant Léveillé. Ce dernier fut blessé à mort ainsi qu'un soldat. Dans la nuit du 28 au 29 juillet, Pasquet et son groupe attaquèrent le Palais National et les Casernes Dessalines en même temps. Les anciens officiers haïtiens connaissaient bien les lieux y ayant été cantonnés. (voir: Haiti Observateur, La marche du Temps, 10 à 17 août 1979) Au prime abord, le Président Duvalier ne savait pas à qui il avait affaire et combien était le nombre des agresseurs. Ainsi il se revêtit d'un uniforme de soldat et s'apprétait à fuir. Mais, l'attaque échoua. Les agresseurs périrent tous. L'échec de cette manoeuvre sera attribuée à plusieurs raisons. La mieux connue serait qu'un des attaquants aurait confié à un sergent qui jadis fut sous ses ordres, l'achat de cigarettes "Splendides". Le soldat profita de cette opportunité pour rejoindre le Président Duvalier et son groupe. Il leur donna l'effectif et la position des agresseurs. Une autre cause parait-il, serait que les renforts attendus par les attaquants n'arriveraient pas. Le "télé-diol" dit que le bateau ou l'avion qui devait venir de Miami aurait été intercepté à la dernière minute par le gouvernement Américain. Le triomphe de Duvalier après ce coup manqué, lui établira un mythe d'invincibilité.

Tous ceux qui ont vécu ce moment du 28 au 29 juillet 1958, peuvent évoquer l'évènement et l'époque à leur façon en se rappelant de faits qui auront aidé à graver cette date dans leur mémoire. Voici un de ces faits:

                                                            « STORILA »

Le 28 juillet 1958, la troupe Saint Georges des Scouts d'Haiti, s'apprète à partir pour le camp d'été. Depuis quatre heures de l'après-midi, une trentaine de jeunes scouts s'amènent au Petit Séminaire Collège Saint Martial avec leurs sacs à dos remplis de linges et d'effets personnels. Pour certains, c'est le premier camp; le premier voyage en dehors des limites de Port-au-Prince; la première séparation de leurs parents qui, après de longues recommandations, se retirent en faisant de brefs adieux. Au fur et à mesure que l'effectif des scouts augmente, les préparatifs du départ à l'aube se montrent plus acharnés. Les jeunes scouts amassent sur un camion prêté de La Croix Rouge haïtienne le matériel lourd (tantes, pelles et piques, lampes et fanaux, etc ...) ainsi que les provisions alimentaires pour une quinzaine de jours. Cette année-ci, ils se rendent à Storila, une forêt de pins située en montagne à l'Est de Seguin dans la chaîne du Morne La Selle. Cascade de Seguin.jpg (536767 bytes) La cascade de Seguin  par courtoisie de http://www.fondationseguin.org/)

Le profond sens de camaraderie qui existe parmi ces jeunes, malgré la compétition entre les patrouilles, est sans précédent. Ce sont de jeunes garçons de 13 à 17 ans, imbus de leur jeunesse, fiers d'être scouts et surtout contents d'aller au camp. Ce camp leur a pris près de six mois de préparation: rafles, cotisations, sollicitudes et aide de parents et d'amis sans compter le support des prêtres du St. Esprit qui dirigent le Petit Séminaire Collège Saint Martial. Ces derniers avaient fait de leur mieux pour faciliter la tâche aux scouts. Le Père Antoine Adrien, l'aumônier des scouts est assisté par le Père Jean Baptiste Berthaud, l'aumônier des louveteaux, et du Père Antoine Smith. Ce dernier passe des bonbons et réconforte les plus jeunes qui s'en vont au camp pour la première fois. Le Père Berthaud, de son côté, se promène parmi les scouts échangeant des histoires, tout en passant sa main sur sa barbiche comme pour la rectifier ou l'allonger. Le Père Adrien et les chefs scouts, Henri Delatour, Lucien Cuvigny, Max Manigat, Gérard Martineau, s'affèrent à tout coordonner.

Vers les huit heures du soir, Yves Jean-Louis arrive avec un deuxième camion de la Croix Rouge qui servira au transport des scouts vu que le premier est déjà rempli du matériel lourd. Le temps passe ponctué par les cris et les rires qui résonnent dans la cour et les bâtiments de St Martial. Le plan du voyage est simple. Le départ est fixé pour quatre heures du matin. Pour faciliter la tâche, les scouts vont dormir dans le dortoir des petits séminaristes qui maintenant sont chez leurs parents pour les vacances d’été.

Pour rendre l'aventure plus agréable, il avait été longtemps décidé que le voyage se ferait en deux groupes. La majorité des scouts accompagnée du Père Adrien et des chefs de troupe, ira en camion jusqu'à Furcy et de là, le trajet se fera à pieds jusqu'à Storila, en passant par le Col de la Fenêtre. Le deuxième camion de matériel lourd et de provisions alimentaires, conduit par Yves Jean-Louis, accompagné d'un petit groupe de cinq scouts [Ernst Baptiste (Ti-Baptiste), Ernst Gilles, Frantz Pilorge, Beauvoir Durandisse, Frantz Haspil] et du Père Berthaud, ira par la longue, cahoteuse et poussiéreuse route de Jacmel, Cayes-Jacmel, Marigot, Seguin. (L'ancienne route de Jacmel se faisait en passant par Fauché et Troin en traversant plusieurs cours d'eau dont les plus importants sont la Rivière La Goseline et La Grand Rivière de Jacmel. Avec la nouvelle "Route de l'Amitié" les véhicules n'ont plus besoin de traverser "100 passes d'eau" comme la route était alors connue.)

Vers les neuf heures du soir, les scouts sont tous réunis au dortoir. Avec l'anticipation du départ très matinal du lendemain, ils ne peuvent pas dormir malgré les conseils des plus grands. Ils se racontent des histoires et de temps en temps les éclats de voix et de rires résonnent dans le calme de la nuit. Un de ces éclats de voix attire l'attention des chefs et du Père Grunenberger, le Supérieur des prêtres du Saint Esprit et directeur du Petit Séminaire Collège Saint Martial. Il suffit de sa présence pour mettre tout le groupe à l'ordre et amener le calme. Le silence maintenant imposé, les lumières sont éteintes. Les scouts se sont couchés et quelques-uns sont vite emportés par le sommeil. D'autres chuchotent avec leur voisin de lit.

Vers les dix heures trente, un coup de feu claque. L'édifice où se trouvent les scouts, domine le bas de la ville et reçoit le son comme si un pétard avait éclaté au milieu même du dortoir. Le coup de feu est maintenant suivi d'une rafale d'armes automatiques. Le dortoir est réveillé. Quelqu'un allume les lumières qui sont vites éteintes par un des chefs. Les jeunes scouts sont maintenant agités. Certains sont apeurés et réclament leurs parents. Tous se demandent qu'est-ce qui se passe? Le Père Berthaud s'amène et demande de rester calme. Le silence au dehors est revenu mais il est de courte durée. Une explosion se fait entendre. Les rafales de mitraillettes reprennent entremêlées de coup de fusils et d'une multitude de sons différents. Les lumières du Champ de Mars sont maintenant éteintes. Le Palais National qui était bien illuminé, est maintenant dans le noir. Le concert de tir continue de plus belle. L'anxiété du moment se propage rapidement parmi les scouts. Un des plus jeunes est en larmes et demande de rentrer chez lui. La peur se propage. Le silence revient encore une fois de plus au dehors. Il est maintenant presque minuit et l'ampleur des armes a repris. De nouvelles explosions se font entendre parmi les balles. Les scouts encore plus agités se sont rapprochés des fenêtres et essayent de voir ce qui se passe à l'extérieur. Le Père Supérieur s'amène et de sa voix autoritaire exhorte les scouts au calme en disant: "Calmez vous mes petits! N'ayez pas peur! Restez calme! Ce n'est rien! Ce ne sont que les cadets de l'école militaire qui s'exercent dans la cours du Palais!" Cette tirade est ponctuée du rire des jeunes et le prêtre se retire sans rien dire. Le Père Supérieur maintenant confère avec les aumôniers et les chefs et malgré les balles qui sifflent semble-t-il au-dessus de l'édifice, ils font le va-et-vient sur le balcon. Pendant ce temps un des garçons, parmi les plus grands et le plus hardi, est monté sur le toit pour observer ce qui se passe. Il a utilisé un des escaliers en spirale qui se trouvent aux coins du balcon. Il revient en disant que toute l'action, qu'il a dénoté par les éclats des armes à feu, provient du côté du Palais National dans la zone qui côtoye le Palais Législatif et le Bureau des Travaux Publics. Maintenant le combat a repris des plus acharnés. Un des chefs ordonne aux scouts de se mettre à plat ventre pour éviter qu'une balle ne les atteigne. Que va-t-on faire? La décision est prise. On part immédiatement à la prochaine pause de tir.

Effectivement, vers une heure trente, les deux camions chargés de leur cargaison, partent. Ils sortent du Séminaire par une entrée donnant sur la Rue Lamarre. (Cette entrée donne face à la Cour Jardine) Ils tournent vers la montée du Fort Nationale. Arrivés au coin du Poste Marchant, ils tournent à gauche ainsi ils contournent le côté Nord du Petit Séminaire. A gauche à nouveau pour passer devant l'entrée principale de Saint Martial à la rue Montalais. Maintenant ils tournent à droite à la Rue des Miracles. Les deux camions se dirigent vers le bas de la ville. Ils parcourent la rue des Miracles en sens inverse. C'est une rue à sens unique. (Aujourd'hui cette rue est à sens unique vers le bas de la ville) Les rues sont désertes. Les camions s'arrêtent aux bureaux de la Croix Rouge et quelques minutes plus tard sont placardés de drapeaux de la Croix Rouge. Ceci fait, ils reprennent leur roulement. Le premier, chargé de la majorité des scouts, se dirige vers la Rue de l'Enterrement, passe devant les cathédrales vers la zone du Bel Air afin de se rendre à Furcy via la route de Delmas qui monte vers Pétion Ville. Le camion de matériel et de provisions alimentaires continue sa descente de la Rue des Miracles jusqu'à la zone de l'Exposition et va suivre le littoral vers Léogâne. Arrivé à Carrefour, il passe sans fracas devant le poste militaire. Cette zone est très calme. On dirait que les soldats ne savent pas ce qui se trame à Port-au-Prince.

Vers huit heures du matin, ce camion arrive à Jacmel. "Halte!" s'écrie un soldat tout en braquant son fusils "Springfield" vers le camion. Il s'avance. Il dit au chauffeur qu'il a reçu l'ordre d'arrêter le premier véhicule arrivant de Port-au-Prince. En terme créole, "arrêter" veut également dire "détenir, mettre en prison", et cette nouvelle n'est pas bien reçue des occupants. Se mettant sur le marche pieds du camion, le soldat l'escorte aux casernes de Jacmel. Arrivé là, le camion est vite entouré d'autres soldats, également armés qui mettent les occupants en joue. Le soldat qui a escorté le camion, s'en va faire son rapport. Le Père Berthaud qui est assis à l'avant, ainsi que le chauffeur, Yves Jean-Louis, essayent de descendre et sont vite rappelé à l'ordre. Personne ne peut bouger. Le chauffeur demande s'il peut descendre pour uriner; on lui dit "Non!" Le soldat qui a escorté le camion revient. Il annonce en Créole et à haute voix, que le Commandant des Casernes s'amène pour interroger personnellement les occupants du camion. Une heure passe; le soleil amène sa chaleur sur le camion. On transpire d'autant plus durement qu'on ne sait pas qu'est-ce qui va se passer. Il est presque neuf heures. Un coup de feu claque au loin. Les soldats se mettent à l'abri. Puis, un bruit de moteur qui ronfle; une jeep de l'armée arrive à forte allure. Un officier en descend tout en vociférant des ordres et les soldats réagissent. C'est le Capitaine Farraud, le Commandant que l'on attendait.

Un garde champêtre descend du véhicule, il saigne. Son uniforme bleu-ciel est couvert de sang. Il est escorté par des soldats vers l'intérieur de la caserne. Quelques minutes passent. Un nouveau soldat s'amène disant au chauffeur et au prêtre de le suivre. Les scouts qui sont assis sur la bâche à l'arrière du camion s'interrogent. Un d'entre eux fait une réflexion comique. Personne ne rit. Les jeunes redeviennent silencieux alors qu'autour d'eux le tumulte de la ville s'éveille. Une demi-heure peut-être? Qui sait? Le chauffeur et le prêtre s'en retournent. Avant de repartir, ils mettent les scouts au courant de ce qui se passe.

Un message a été reçu pendant la nuit informant les postes militaires que le Palais National et les Casernes Dessalines étaient attaqués. Personne ne sait l'origine de cette attaque. N'ayant plus de communications après ce message, le Capitaine avait passé l'ordre de retenir tous véhicules provenant de Port-au-Prince pour avoir des renseignements. Même Radio Commerce, la radio nationale, est silencieuse. C'est ainsi que le camion de la Croix Rouge étant le premier arrivant à Jacmel est détenu.

Et le garde champêtre? Que s'est-il passé?

En route vers les casernes, la mule du "Chef de Section" a été éffrayée par le passage à forte allure de la jeep. L'animal a jeté son cavalier et le fusil de ce dernier en tombant au sol, s'est déchargé. La balle s'est logée dans la vitre-avant de la jeep, ratant le Capitaine de très peu. Il ne va sans dire que le garde champêtre est vite mis aux arrêts malgré ses blessures vu que la vie du Commandant de la zone a été menacée et qu'avec l'excitation du moment personne ne sait ce qui se passe à Port-au-Prince.

Il est maintenant presque dix heures du matin. Le camion reprend la route vers Cayes-Jacmel et vers midi arrive à Marigot. Le poste militaire de Marigot a reçu l'ordre de Jacmel de fouiller tous les véhicules. Surtout il faut vérifier que le camion de la Croix Rouge n'apporte pas d'armes et de munitions "aux rebelles qui se trouvent dans les montagnes avoisinantes." (D'où vient cette notion? Personne ne sait!) Spécifiquement, il faut confisquer les armes à bord de ce camion et arrêter les occupants. Les ordres sont suivis à la lettre et les jeunes scouts aidés du prêtre et du chauffeur, sont forcés de décharger le camion pourqu'il puisse être fouillé. Ce qui est fait.

La fouille n'ayant pas produit le résultat que les soldats espéraient, ces derniers s'en vont conférer par téléphone avec Jacmel. Après quelques minutes, le camion reçoit le laissez-passer. Et, il faut tout remettre en place. Le camion recommence sa lente ascension vers Seguin. A mi-chemin, il faut s'arrêter. Le moteur chauffe. Il faut ajouter de l'eau au radiateur et pour cela il faut en trouver. Les quelques gourdes d'eau que les scouts ont avec eux ne suffisent pas. Le radiateur est à sec. Yves Jean-Louis et Ernst ("Tonton") Gilles s'en vont vers un ravin chercher de l'eau. Pendant ce temps, le Père Berthaud va dire la messe sous une "tonnelle" avoisinante. Le moteur est maintenant refroidi et le radiateur rempli. La montée vers Seguin et Storila reprend sans encombre. Le camion arrive à cinq heures de l'après-midi à Storila.

Les autres scouts n'échapperont pas à l'aventure. Leur camion en arrivant à Pétion-Ville est arrêté près des Casernes. Là, sous le contrôle des soldats qui les inspectent avec des lampes de poche, ils sont grillés de questions. Voyant leur ignorance de ce qui se passe à Port-au-Prince, on les laisse passer. Arrivés à Kenscoff, de nouveau leur camion est arrêté et les mêmes questions sont demandées. N'était-ce le drapeau de la Croix Rouge, ils auraient tous été incarcérés. A Kenscoff, les militaires retiennent le camion près d'une heure jusqu'à ce qu'ils reçoivent l'ordre de Pétion Ville de le laisser continuer sa montée vers Furcy. Les scouts racontent que leur peur venait du fait qu'une de leur patrouilles scoutes avait apporté des revolvers à capsules et d'autres jouets de ce genre. Ils avaient peur que les militaires dans l'obscurité de la nuit et la tension du moment, ne confondent ces jouets pour de vraies armes à feu.

La traversé à pieds s'était faite sans encombre. Ils étaient tous fatigués; avaient faim et étaient anxieux de se retrouver. Maintenant réunis, les scouts échangeaient en riant, leurs histoires. Le groupe qui fit le trajet à pieds, raconta combien dans l'obscurité ils avaient eu peur et qu'ils étaient arrivés très tôt à Storila. Ils attendaient six heures de l'après-midi pour reprendre le chemin en sens inverse car ils avaient faim et le temps menaçait. Des hypothèses se faisaient et l'imagination des jeunes faisait ressortir toutes sortes de scénarios. Malgré l'excitation du moment, les tantes furent dressées et un souper rapidement préparé. Les fanaux étaient allumés et la nuit ayant enveloppé la forêt de son manteau noir, "les scouts saluèrent la fin du jour" dans leur sac de couchage. Les émotions de la journée et la fatigue amenèrent vite le sommeil. Ainsi commença quinze jours de camp dans la forêt de pins de Storila

L'odeur des pins, la fraîcheur de la nature vierge et les escapades dans les lieux avoisinants amasseront pour ces scouts des souvenirs de jeunesse irremplaçables. Néanmoins tout le séjour ne sera pas heureux. Sept jours après leur arrivée à Storila, trois scouts qui étaient restés à Port-au-Prince à cause des examens du Baccalauréat, arrivèrent. Ces derniers informèrent les autres des évènements de la semaine passée. Et ce fut à ce moment qu'un jeune fit la mauvaise plaisanterie à Alix Multidor, lui annonçant que son père était mort dans cette "affaire Pasquet." Ce n'était pas vrai; mais était-ce une prédiction car des mois plus tard le père d'Alix, le Colonel Multidor sera réellement assassiné.

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